samedi 28 janvier 2023

Contes des royaumes oubliés (T.2) Le prince cygne - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois deux royaumes amis, que la disparition d'un prince précipita dans une guerre sans merci.

Dix ans plus tard, Siegfried, héritier du trône, écrasé par ses responsabilités et déchiré par la perte de ses proches, fuit la bataille en s'engouffrant dans une forêt dite maudite. Il y rencontre Ode, un jeune homme ensorcelé, cygne le jour, humain la nuit, dont le visage lui semble étrangement familier. Qu'est-il réellement arrivé au prince disparu ? Quel rapport avec ce bal dont Siegfried ne cesse de rêver ?


Alors qu'ils se penchent sur ces mystères, une ombre rôde, tout près. Humain ou monstre, souvenir ou simple cauchemar, derrière tout cygne blanc se trouve un cygne noir...



Après Les Amants de Baker Street, j’étais curieuse de découvrir les autres romans de l’auteure, ce qui m’a amené à ma découverte de ses Contes des royaumes oubliés dans lesquels elle nous propose une revisite de contes célèbres tout en y ajoutant une romance M/M. Bien que mes contes préférés restent La Belle et la Bête ainsi que La Petite Sirène, mon choix s’est porté sur Le Prince Cygne car c’est une histoire qui me plaît (j’avoue, j’ai davantage grandi avec Le Cygne et la Princesse qu’avec le célèbre ballet du Lac des Cygnes) mais aussi parce que la couverture semblait se prêter au Cold Winter Challenge.



Ce ne fut pas le coup de cœur que j’ai eu avec Les Amants de Baker Street, mais Le Prince Cygne reste un roman fort sympathique que j’ai pris plaisir à découvrir. Je dois toutefois avouer avoir davantage accroché à l’enquête qu’à l’histoire d’amour, même s’ils sont adorables nos deux tourtereaux. Chacun a son propre vécu, ses propres blessures, et une personnalité avec ses qualités et ses défauts qui rendent nos personnages profondément humains et attachants. Ode nous semble de prime abord froid et méfiant, ce qui est justifié compte-tenu de son vécu, ce qui ne le rend toutefois pas fragile et il se révèle plus malicieux qu’on le pense. S’il subit sa malédiction, il ne s’apitoie pas sur son sort et fait preuve de beaucoup de persévérance et de courage.



Mais je dois avouer que ma préférence va au prince Siegfried, pas comédien pour deux sous, rêveur, courageux, parfois maladroit. C’est un personnage profondément marqué par le deuil qui a du, tout au long de sa vie, abandonner ses rêves et ses passions pour être le prince et le soldat qu’on attendait de lui qu’il soit. Sous l’influence d’Ode, il va retrouver l’âme de rêveur qui sommeillait en lui, se réapproprier tout ce qu’il aimait, l’art, la danse, la lecture. Il n’en demeure pas moins un prince désintéressé qui grandit tout au long du roman, loyal envers ses sujets et prêt à tout pour leur bonheur, pour rétablir la paix au sein de son royaume, pour que son royaume et ses habitants réapprennent à vivre dans le bonheur et l’insouciance. J’ai beaucoup aimé son parcours et son évolution tout au long du roman, tout comme j’ai aimé sa dynamique avec sa mère, ses sœurs d’adoption Odile et Claude (et comment Claude est un personnage à part entière, présente tout le long du roman bien qu’elle ait trouvé la mort en début de roman) mais aussi avec Rothbart, sorcier et ministre.



J’ai aimé la réappropriation du conte par l’auteure. Si la véritable identité de l’antagoniste, celui qui est à l’origine de la malédiction d’Ode, ne sera pas une surprise pour qui connaît un minimum l’histoire du Lac des Cygnes, l’intrigue n’en demeure pas moins intéressante. Tout commence avec l’histoire de la disparition du prince Ode du royaume de Pyrh, un soir de bal donné au château du royaume voisin d’Ezrhyn. Siegfried, alors âgé d’une dizaine d’années, a assisté à cette disparition sans en garder de souvenirs. La reine de Pyrh accuse le royaume d’Ezrhyn de la disparition de son fils. Peu de temps après, on attente à la vie de Siegfried et le royaume de Pyrh est accusé. Depuis, les deux royaumes se livrent une guerre sans merci, qui dure depuis dix ans, n’accordant une trêve qu’à la période hivernale. C’est au cours de cette guerre que Siegfried, grièvement blessé, découvre des bois mystérieux, coupés du monde, dans lesquels vit toute une troupe… des déserteurs ayant trouvé une meilleure vie au sein de ces bois, et l’ancien prince Ode, condamné à revêtir une forme de cygne le jour et redevenir humain la nuit. Ode et Siegfried font connaissance, mais très vite Siegfried fait le lien entre cet étrange jeune homme et le prince disparu. Pour rétablir la paix et briser la malédiction de son ami, Siegfried décide d’enquêter sur le bal où tout a changé.



J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette enquête et découvrir en même temps que Siegfried les événements du passé, voir les morceaux du puzzle s’assembler lentement mais sûrement pour reformer la nuit où Ode a été maudit puis a disparu. Si l’identité du coupable ne m’a pas surprise, il en était autrement des enjeux autour de la malédiction d’Ode [spoiler] le fait qu’Ode n’était pas un cas isolé même s’il était la « pièce maîtresse » si je peux dire, les raisons qui ont fait que le sorcier l’a ensorcelé et qui suggère de la pédophilie. Ce n’est pas montré, simplement suggéré mais cela suffit à nous faire glacer d’effroi [/spoiler], sans oublier la véritable personnalité de l’antagoniste qui se dévoile… malsain, manipulateur, menteur, dangereux et perfide. Un méchant plus que réussi qui nous fait glacer d’effroi une fois les masques tombés.



Les personnages secondaires et tertiaires ne sont pas en reste, et s’ils sont moins mémorables, ils restent plutôt sympathiques. L’enquête tient toutes ses promesses, la romance reste mignonne et avance à son rythme et de façon crédible, même si certains moments le sont beaucoup moins [spoiler] par exemple, Siegfried à peine sorti d’un coma trouve la force de courir hors de son royaume pour retrouver Ode tout en gardant sa forme, pas crédible pour deux sous ! Ou encore lorsque la reine de Pyhr accepte sans trop se méfier la proposition de paix de celle à qui elle fait la guerre depuis dix ans, même si la proposition de paix était sincère, comment pouvait-elle le savoir ? [/spoiler]. Si la fin reste un peu trop précipitée à mon goût, cela n’enlève rien à l’appréciation positive que j’ai de ce roman qui reste une sympathique découverte. Je continuerai par la suite ma découverte des revisites de cette série.


Un grand calme avait envahi Siegfried, qui continuait d’avancer en tenant le bras d’Odile, sans s’arrêter ni se presser. Il avait vaguement conscience que les gens se regroupaient pour les suivre en procession, mais n’y prêtait pas vraiment attention. Il ne pouvait pas voir le tableau qu’ils représentaient, son amie et lui. Un prince en deuil, marchant dignement au milieu de son peuple, partageant sa peine et continuant pourtant sans faillir un seul instant. 

Il songea à Claude. Qu’aurait-elle dit ou fait si elle avait été là ? Qu’aurait-elle pensé ? Il songea à elle et, pour la première fois depuis qu’il l’avait quittée, il ne vit pas son visage éclaboussé de sang, mais souriant, heureux, décidé, comme il l’avait toujours été. Cette vision s’imprima dans sa mémoire. En un sens, elle marchait aussi à ses côtés.

Il prit une grande inspiration, délivré d’un poids. Rien ne serait comme avant. Mais il avait Odile. Il avait Ode. Il avait la vie devant lui. 

Ils mirent une heure à arriver au temple, suivis d’une foule énorme, dont le silence se propagea à ceux qui attendaient déjà sur le parvis. 

La Reine, qui commençait à s’impatienter, se tut aussi en voyant Siegfried arriver, si calme, si solennel, guidant un peuple entier. Son cœur se serra brusquement. Elle fut surprise de sentir une larme se former au coin de ses yeux. Son fils n’était plus un enfant. Plus un prince. Il était roi, déjà, dans son cœur et celui de ses sujets.

mardi 17 janvier 2023

Là où réside l'hiver - Laetitia Arnould.


À dix-sept ans, Edda Nightingale est une jeune fille solitaire et hypersensible. Orpheline, elle vit avec sa belle-mère et la fille de cette dernière. Même mise à l'écart, elle veille chaque jour sur le manoir de son enfance et les bois de Moonland.

Garant des glaciers, Jack Frost est la quintessence de l'hiver. Pourtant, qui connaît encore son nom ? Invisible pour les hommes, délaissé des fantômes, Jack œuvre sans relâche : il roussit les feuilles, souffle le givre et fait danser les flocons...

Est-ce le vent du nord, un étang gelé ou une aurore boréale qui va mettre Edda et Jack sur le même chemin ? Si la première découvrira un univers de conte, le second devra côtoyer les humains, ces Ephémères qui l'ont laissé pour compte.

Quand les rêves de neige disparaissent et que la Terre surchauffe, Edda et Jack devront s'apprivoiser et s'allier aux Veilleurs de l'Hiver, pour que demeure l'équilibre des saisons...


Lorsque j’ai entendu parler de ce roman avant sa sortie, j’étais très emballée et j’ai tout fait pour avoir une copie, alors que j’étais arrivée tard pour la campagne autour du roman. Le livre en lui-même est un très bel objet, relié avec sa languette bleue, ainsi que de jolies illustrations et une couverture sublime aux motifs et couleurs de l’hiver. Le résumé « teaser » que l’on avait au départ avait attisé ma curiosité. Une histoire fantastique autour de l’hiver et du personnage de Jack Frost – que j’affectionne beaucoup après l’avoir découvert dans le film Les Cinq Légendes - voilà qui me semblait prometteur !



Mais… voilà. Après lecture, je dois avouer ne pas avoir été très convaincue par son histoire qui me semblait pourtant pleine de promesses.



Je n’ai absolument pas adhéré au personnage d’Edda Nightingale dont même le nom de famille fait Mary-Sue. C’est une hypersensible (entendons là une fille specialz, dans le sens où elle est sensible à la magie, à ce que nous ne pouvons pas voir habituellement), amoureuse de l’hiver (dans tous les sens du terme, hélas), sensible, imaginative, incomprise de tous, pure, désintéressée… bref, la fille parfaite quoi et donc inintéressante pour moi. L’auteure a voulu lui donner un vécu tragique avec son statut d’orpheline et le cliché de la belle-mère méchante qui traite plus ou moins Edda comme une sorte de Cendrillon. Que l’auteure me pardonne, je n’y ai pas été sensible même si je la remercie de ne pas s’être enfoncée davantage dans le cliché en créant une rivalité entre Edda et Ally, sa demi-sœur et que je trouve leur lien plutôt attachant.



J’ai largement préféré à Edda le personnage de Jack Frost. Son tempérament, ses pouvoir, son histoire et ses tourments qui lui rendent cette humanité qu’il a perdue en devenant l’incarnation même de l’hiver. C’est un personnage imparfait, énigmatique et touchant et j’aurais voulu en apprendre plus sur lui et son passé. Je déplore cependant le fait que l’auteure ait crée une romance entre Jack Frost et Edda, d’autant plus que le rapprochement est trop rapide à mon goût, sans vraisemblance. Ils s’attachent vite (trop vite) l’un à l’autre. Je l’avoue que mon ressenti est aussi dû au fait que je ne m’attendais pas à une romance, ni n’en attendait une, même si elle n’est clairement pas le focus du roman, et je déplore une fois de plus le fait que les romans YA se sentent toujours obligés d’ajouter une romance à leur intrigue, fut-elle secondaire ou non et qu’il est impossible pour eux de faire une amitié garçon-fille, qu’elle soit fusionnelle ou pas, sans en faire une romance.



J’ai toutefois aimé l’ambiance qui se dégage globalement du roman. Il adopte des sonorités de contes par sa magie et son folklore, son monde caché et ses êtres surnaturels. Ce roman n’est ni plus ni moins qu’une ode à l’hiver, une lettre d’amour pour cette saison et cet amour est palpable et communicatif. Il nous rend nostalgique des hivers d’autrefois et nous donne envie de se promener dans des bois enneigés et enchanteurs. J’ai également trouvé intéressant le fait que chaque saison a non seulement sa propre personnification mais les mois de l’année également et que l’on appelle les Veilleurs de l’An, capables de revêtir une forme humaine mais aussi animale, et qui jouent un rôle dans les saisons. Je trouve cependant plutôt exagéré que l’auteure ait rendu Edda encore plus spéciale en [spoiler] faisant de sa mère décédée l’esprit du mois de Décembre. C’est bon, on a fini avec ses caractéristiques qui font d’elle une fille spéciale et parfaite pour l’hiver ? [/spoiler].



J’ai également apprécié et trouvé intéressant que l’auteure confronte ce folklore – en grande majorité hivernal – à des problématiques plus actuelles, notamment notre dure réalité écologique car la problématique que le roman nous dépeint ni plus ni moins est la mort progressive des saisons et surtout de l’hiver. Nous pouvons le voir par nous-mêmes. La neige se fait plus rare, il y a également la fonte des glaces, des hivers de plus en plus doux, et cela impacte les saisons et les veilleurs de l’an dans ce roman, qui vont essayer de sauver ce qu’ils peuvent sauver, de préserver l’hiver, de faire prendre conscience à tous de la gravité de la situation. Le message est fort, car le bouleversement climatique ici est associé à une mort programmée du folklore et de l’imaginaire et, peut-être même de manière indirecte, notre enfance. J’ai trouvé que c’était très bien amené et j’ai apprécié cet aspect du roman, d’autant plus que, sans faire une fin où tout le monde est sauvé, le réchauffement climatique n’est plus, les oiseaux chantent, le soleil brille… ça n’aurait pas été réaliste d’avoir une conclusion heureuse aussi soudaine. Ainsi l’auteure ne nous offre pas un véritable happy ending ni de fin malheureuse mais entre les deux, une fin douce et amère à la fois qui est plus crédible.



Sans m'être ennuyée, je n'étais pas non plus complètement immergée dans cet univers si attrayant de prime abord. Cela reste quelque chose de très personnel et je ne doute pas que beaucoup de personnes arrivent à se laisser porter, savourant simplement l'univers qui nous est proposé ici ainsi que d’adorer ses personnages et la relation qui se lie entre nos deux protagonistes, ce qui est pourquoi j’ai choisi de me séparer de ce livre pour l’envoyer à quelqu’un qui, je l’espère, saura mieux l’apprécier que moi et être envoûté par sa magie. Pour conclure, ce livre n’est pas une déception dans le sens où c’est un livre mauvais. Il n’est pas dénué de qualité et j’ai apprécié certains aspects du roman. Il y en a cependant qui m’ont beaucoup plus chagriné et qui m’empêchent d’apprécier le livre et de le trouver mémorable, mais je ne doute pas que ce livre trouve amplement son succès ailleurs.


Comment avons-nous pu en arriver à cet instant, à cette époque où les saisons ont fini par perdre leurs repères ? Ça me dépasse. L'équilibre du monde ne tient qu'à un fil mais j'estime qu'il est du devoir de chacun de tout faire pour qu'il ne se rompe pas. Nous avons déjà trop tardé.

lundi 16 janvier 2023

Sherlock Holmes et le démon de Noël - James Lovegrove.


1890. Peu avant Noël, Sherlock Holmes et John Watson reçoivent à Baker Street la visite d'une nouvelle cliente. Eve Allerthorpe, fille aînée d'une dynastie prestigieuse, mais quelque peu excentrique du Yorkshire, se trouve dans une profonde détresse : elle se croit possédée par un démoniaque esprit de Noël.

Eve doit hériter d'une fortune à condition d'être saine d'esprit, mais il semble que quelque chose - ou quelqu'un - menace son équilibre mental.

Holmes et Watson partent enquêter au château de Fellscar, demeure familiale des Allerthorpe, mais s'aperçoivent vite que l'affaire est plus complexe qu'il y paraît.

Un autre esprit hante la famille ; et lorsque l'on découvre le cadavre d'un membre de la maisonnée, le duo comprend que nul n'est au-dessus de tout soupçon...




Après avoir beaucoup apprécié ma lecture de Sherlock Holmes et la bête des Stapleton, j’étais résolue à découvrir un autre pastiche holmésien de l’auteur avec Sherlock Holmes et le démon de Noël, qui s’est révélé être une lecture qui tombait à pic pour le Cold Winter Challenge.



Nous débutons ce roman avec un Père Noël en fuite, coursé par Sherlock Holmes et le Dr Watson. Car oui, ce père Noël est une ordure crapule qui a décidé que la générosité et la charité que l’on prête à la saison de Noël commencerait tout d’abord et surtout par lui-même, en subtilisant une panoplie de bijoux. Nous commençons ainsi ce roman avec une mise en bouche amusante et qui nous fait entrer directement dans l’action.



Sitôt le Père Noël arrêté, une jeune femme du nom de Miss Eve Allerthorpe – qui a assisté à la scène – prend son courage à deux mains pour demander de l’aide au célèbre détective. Appartenant à une ancienne et illustre famille, Eve Allerthorpe fêtera sa majorité peu de temps après Noël. Sa tante décédée a fait d’elle l’unique héritière de sa fortune, à la seule condition d’être saine d’esprit. Un jeu d’enfant n’est-ce-pas ? Pas pour la jeune femme dont la mère, que l’on disait folle, s’est tragiquement donnée la mort dans la fleur de l’âge et l’on craint au sein de sa famille que sa folie ne soit héréditaire… Or, Eve Allerthorpe craint pour sa santé mentale depuis qu’elle est victime de vilains tours qu’elle attribue à un personnage du folklore de son enfance : Thurrick le Noir, sorte de Père Fouettard, qui enlève les enfants si on ne lui fait pas d’offrande et qui laisse un paquet de brindilles dans chaque maisonnée. Eve Allerthorpe est persuadée de l’existence de ce sinistre personnage qu’elle affirme avoir croisé en pleine nuit, d’autant plus qu’elle retrouve des brindilles sur son rebord de fenêtre. Pour Sherlock Holmes, on joue un tour à la jeune femme pour lui faire douter de sa santé mentale et lui subtiliser son héritage. C’est ainsi que le détective et son ami décident de passer Noël au manoir des Allerthorpe pour mener l’enquête.



J’ai beaucoup aimé l’ambiance surnaturelle, folklorique qui se dégage du roman, entre la figure du Thurrick Noir et du fantôme de Perdita Allerthorpe qui hanterait l’aile du manoir où elle se serait suicidée et où personne n’ose mettre les pieds. Pourtant, bien que saupoudrée de surnaturel, l’enquête s’ancre définitivement dans l’univers rationnel de Sherlock Holmes. Ainsi, l’auteur nous offre – à l’instar de La Bête des Stapleton – une enquête policière où l’aspect surnaturel s’explique par des raisons rationnelles. On se doute bien que le Thurrick ne soit pas réel et que sous ce déguisement inquiétant se cache notre criminel en chair et en os. Cela n’enlève rien au charme de la campagne anglaise et de ses villages dans lequel s’ancre le manoir Allerthorpe et l’intrigue en elle-même, ainsi que l’ambiance de Noël dans les vieux manoirs anglais, que j’ai beaucoup aimé lors de ma lecture. Je déplore toutefois que l’auteur ait rendu le Dr Watson superstitieux, au point de croire en l’existence du fantôme ou du Thurrick alors que – dans mon humble opinion – c’est un homme terre-à-terre que des années passées en la compagnie du rationnel Sherlock Holmes auraient fini de convaincre que derrière chaque chose inexplicable se cache quelque chose de plus concret et rationnel. Et puis, personnellement, j’ai du mal à croire que Watson – qui a connu des criminels sans scrupules aux côtés de Holmes et qui est un vétéran d’une guerre où il a dit avoir vu ses camarades déchiquetés – prenne peut à la simple évocation d’un fantôme ou d’une créature folklorique, même si les peurs ne sont jamais rationnelles.



Toutefois, je ne peux pas nier que le duo Holmes/Watson fonctionne sous la plume de l’auteur et que les deux personnages restent fidèles à eux-mêmes. Holmes est toujours aussi efficace, cynique, rationnel, dynamique et intelligent. Si Watson est parfois un peu plus lent pour comprendre le raisonnement de son ami, il ne reste pas les bras croisés et sait montrer son utilité en tant qu’homme d’action ou en tant que médecin, et ses remarques parfois sarcastiques sont tout simplement savoureuses. L’amitié qui lie nos deux personnages reste perceptible, ce sont deux amis que l’on sait proches et qui le montrent, qui se taquinent, sont inséparables, s’aident mutuellement et qui travaillent très bien ensemble. On retrouve avec plaisir leur complicité et leur verve, d’autant plus que l’auteur nous a offert des moments touchants avec eux sur la fin du roman [spoiler] Holmes qui s’inquiète lorsque Watson est blessé par le coupable, ou encore lorsqu’il débarque chez les Watson déguisé en Père Noël [/spoiler]



L’enquête est classique mais bien ficelée, elle nous tient en haleine du début à la fin. Elle ne souffre pas de longueur et le rythme est soutenu avec un bon équilibre entre les moments de calme et les moments d’action. Il y a juste de qu’il faut en terme de longueur pour garder le suspense et l’intérêt du lecteur, sans s’éterniser. L’auteur a réussi à me surprendre concernant l’identité de Thurrick le Noir, sans que la révélation ne soit tirée par les cheveux. Son style reste très agréable à la lecture. Dans son style et sa façon de construire l’intrigue, il a su tirer son inspiration d’Arthur Conan Doyle. On sent bien l’influence doylienne ainsi que l’amour de l’auteur pour son univers, et il parvient à nous plonger dans une ambiance de roman gothique (le manoir mystérieux, le folklore local avec Thurrick le Noir, et le fantastique avec le présumé fantôme) et du conte de Noël victorien, ce qui nous donne un étonnant mélange entre la féerie et le macabre et qui fonctionne à merveille et qui doit beaucoup à l’ambiance très particulière du château.



En résumé, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. L’auteur respecte l’univers et ses personnages, l’enquête est bien menée, l’ambiance est réussie, le tout donnant un sympathique pastiche holmésien à savourer à la période de Noël… voire hors saison !


Lorsque nous arrivâmes de nouveau à proximité du château de Fellscar, j’étais gelé jusqu’aux os. J’avais vraiment hâte de rentrer. Le château ne me semblait pas moins sévère et sinistre qu’avant, mais du moins offrait-il la perspective d’un minimum de chaleur.

Il s’avéra que Holmes avait d’autres projets.

— Si nous faisions le tour du lac ? proposa-t-il.

— Ai-je le choix ?

— Je ne suis pas votre maître. Vous êtes parfaitement libre d’aller où bon vous semble.

— Mais si je pars de mon côté, je risque de rater une partie de l’enquête.

— Ne pourrais-je être tout simplement pris d’une fantaisie ?

— Je vous connais, Holmes. Vous agissez rarement par fantaisie. En fait, vous êtes la personne la moins fantaisiste que j’aie jamais rencontrée.

— Ah diantre. Je crains de ne plus être une énigme pour vous.

— Au contraire. Vous demeurez diablement énigmatique. Mais j’ai appris certaines de vos manies les plus évidentes.

mardi 3 janvier 2023

My Dearest Holmes - Rohase Piercy.

... The accounts of these cases are too bound up with events in my personal life which, although they may provide a plausible commentary to much of my dealings with Mr Sherlock Holmes, can never be made public while he or I remain alife ...


Although Dr Watson is known for recording some sixty of his adventures with the celebrated Sherlock Holmes, he also wrote other reminiscences of their long friendship which were never intended for publication during their lifetimes. Rescued from oblivion by Rohase Piercy, here are two previously unknown stories about the great detective and his companion, throwing a fresh light upon their famous partnership, and helping to explain much which has puzzled their devotees.


Together Holmes and Watson face disturbing revelations as they investigate the case of the Queen Bee; and we finally learn what actually happened at the Reichenback Falls, and the real reasons which lay behind Holmes' faked death and his subsequent return.


La trilogie d’Isabelle Lesteplume ne m’a pas guéri de mon envie de me replonger dans les histoires de Sherlock Holmes, en particulier le Holson (nom de couple Holmes/Watson), et si les fanfictions ne manquent pas sur ce fandom et sur le couple, j’étais curieuse de découvrir si des pastiches holmesiens avaient osé aller aussi loin en nous présentant une romance entre nos deux personnages.



My Dearest Holmes est un ouvrage, encore non traduit en français, divisé en deux nouvelles : A Discreet Investigation et The Final Problem. La première se présentant comme une nouvelle inédite tandis que la seconde se présente davantage comme une réécriture de la nouvelle du même nom d’Arthur Conan Doyle.



A Discreet Investigation reprend les mêmes codes des aventures de Sherlock Holmes telles qu’elles ont été écrites par l’auteur. On sent clairement l’influence Doylienne dans cette histoire, avec une enquête très sympathique comme on a l’habitude de lire dans le canon holmesien et une cliente, Miss D’Arcy, très appréciable également, notamment dans son vécu, son tempérament et son amitié avec le docteur Watson dont les discussions et confidences nous donnent une analyse intéressante de la relation entre Holmes et Watson. L’ensemble de nos personnages sont très sympathiques à suivre et Holmes reste ce détective admirable que l’on connaît et admire. J’ai toutefois été un peu chagrinée concernant le personnage de Watson qui est appréciable quand son humeur s’y prête, car, au risque de sortir des clichés que je déteste employer, Watson se comporte souvent comme s’il avait ses règles avec son irritabilité presque constante envers Holmes et ses émotions qui prennent bien trop souvent le pas à mon goût. Si Holmes est certes le cerveau et Watson le cœur dans leur relation, et que le docteur apporte la touche plus humaine de leur duo, et qu’il est toujours appréciable de voir un Watson qui ne se laisse pas faire face aux manies souvent insupportables de Holmes, le montrer ainsi incapable de gérer correctement ses émotions et s’irriter sur Holmes pour un oui ou pour un non m’a paru franchement exagéré et caricatural. Je dois également avouer ne pas avoir adhéré à l’interprétation de Mycroft Holmes, qui est un personnage que j’affectionne beaucoup, en lui donnant une certaine homophobie alors que je pense que, même à l’époque victorienne, la sexualité de son frère serait bien le cadet de ses soucis, surtout quand on sait dans quelle sorte de pétrin Holmes a pour habitude de se fourrer.



The Final Problem est, quant à elle, une réécriture de la nouvelle du canon où la tension amoureuse de nos personnages s’ajoute à la tension que fait planer la Némésis de Sherlock Holmes, le professeur James Moriarty, obligeant nos personnages à voyager à travers l’Europe jusqu’à la confrontation finale aux chutes du Reichenbach. La différence avec le canon holmesien – outre donc la romance – est que les retrouvailles Holmes/Watson se font beaucoup plus tôt que dans le canon [spoiler] au lieu des trois ans de hiatus, Watson est amené à se rendre à Paris où il sera rejoint par Holmes au bout d’un an [/spoiler] J’avoue avoir beaucoup apprécié cette approche ainsi que l’ambiance parisienne de l’histoire. Je déplore toutefois la tension amoureuse mal gérée car ici Watson demeure irritable et songe à l’impensable, à savoir quitter Holmes, ce qui me donne l’impression que Watson agit plus ou moins lâchement et préférait envisager quitter Holmes plutôt que de se battre pour rester à ses côtés malgré tout ou sans laisser à Holmes le choix ou le temps de prendre une décision concernant leur relation. J’ai trouvé Holmes plus cohérent et plus brave dans cet aspect. Heureusement que cela s’arrange en fin d’histoire, lorsqu’arrive la partie se déroulant à Paris.



La romance dans son ensemble reste très pudique, très sensible, à l’image des mœurs victoriennes sans aucun doute. On sent la romance sans pour autant s’en prendre plein la face. C’est subtil, progressif, à demi-mots. On sent la tension amoureuse au fil des pages en se demandant si tout cela va se concrétiser. Bien que dans l’ensemble, je trouve parfois la tension amoureuse mal gérée avec le tempérament de Watson et l’impression que cette tension soit là pour ajouter du drama là où il n’y en a pas besoin, ou alors au détriment de la « vraie » tension dangereuse entre l’animosité de Holmes et Moriarty, j’ai aimé que l’auteure ne nous jette pas immédiatement dans la romance mais qu’elle s’installe tout doucement, tout en pudeur pour enfin nous offrir la concrétisation que nous attendons tous à la fin [spoiler] rien de trop physique cela dit, un baiser et quelques gestes simples [/spoiler]. Cela ne pourra pas toujours convenir à certains lecteurs qui pourraient s’attendre à quelque chose de plus physique, de plus concret, j’avoue que j’aurais moi-même ressenti de la frustration si l’auteure ne nous avait pas donné un os à ronger sur la fin, si je puis dire, hem hem.



Malgré les griefs que j’ai pu avoir, j’ai tout de même aimé l’ouvrage dans son ensemble. Les histoires sont proches au possible du style de Doyle et du canon holmesiens, la romance reste intéressante à découvrir, tout en douceur et en pudeur jusqu’au moment où cela se concrétise enfin, pour notre plus grand bonheur. J’ai également aimé la réinterprétation du Problème Final avec une réunion plus précoce entre Holmes et Watson. Cela reste un pastiche holmesien intéressant à découvrir dans la mesure où il nous présente une relation romantique entre nos personnages principaux et comment l’intégrer dans le canon holmesien sans fausse note, avec toutes ses implications (le mariage de Watson, etc). 


« The assurance is that Mr Sherlock Holmes feels much for you, though he seems unable to show it. Why else would he provoke you as he does, why administer drugs to himself in your presence if he does not want to stimulate a reaction and be assured of your concern for him ? He is more dependant upon you than you realise ; he gives to you, and to you alone, his vulnerable side, all his needs, all his love, so far as he is able. However there exists in him some deep emotional wound, inflicted long ago no doubt, which prevents him from acknowledging his own feelings and compels him to present himself as all brain and no heart. The cost of his inner struggle is high, as his need for the drug testifies. Now, I do believe that you will change him ; as far as I can see, if you let matters remain as they are he will hurt you badly. Of his basic preference for his own sex, and his indifference to mine, I have no doubt whatsoever. But rather than accept himself, he will be cruel, even to one he loves. You, Dr Watson, are more stable than he, and unless I am much mistaken, more naturally versatile. You are also, by virtue of your being more demonstrative and self-accepting, more at risk. »

jeudi 29 décembre 2022

Les amants de Baker Street (T.3) Les années Sussex - Isabelle Lesteplume.


Un détective peut-il vraiment prendre sa retraite ?

Angleterre, début du XXe siècle.

Propulsé par la révolution industrielle, le monde est en plein changement. Sherlock Holmes et John Watson sont désormais célèbres, leurs méthodes sont utilisées par la police et leur courrier déborde de propositions d’enquêtes.

Mais plus le temps passe, plus l’âge les rattrape et plus ils sont fatigués de devoir constamment cacher leur relation. Ils commencent à imaginer une vie différente dans un petit havre de paix perdu dans le Sussex...

Hélas, l’Histoire n’a pas dit son dernier mot. Embarqués malgré eux dans la tourmente de plusieurs événements dramatiques, ils devront se battre pour survivre...

Et pour sauver le monde entier.



Quelle bonne façon de terminer l’année et d’en commencer une nouvelle avec Sherlock Holmes et ses aventures plein la tête ! J’attendais avec impatience ce dernier tome, dévorée de curiosité en me demandant comment l’auteure allait conclure sa trilogie et ce que ce troisième tome nous réservait.



C’est la fin d’une époque ! Sherlock Holmes rend son tabli… son deerstalker pour une retraite bien méritée dans le Sussex en compagnie de son compagnon. Mrs Hudson n’est plus, nous fermons les portes du 221B Baker Street. Holmes et Watson profitent de leur retraite… oui mais pas pour très longtemps ! Une affaire importante du gouvernement britannique, en la personne de Mycroft Holmes et de son jeune agent secret, tirent Holmes et Watson de leur retraite. Il en va de la sécurité du pays, voire même de l’Europe qui est sous tension. Une guerre mondiale menace… Afin de récupérer des documents officiels importants, Holmes et Watson doivent traverser l’Atlantique et se rendre en Amérique. Pour cela, le gouvernement leur propose le nec plus ultra ! Un magnifique paquebot qui est sur le point d’effectuer son premier voyage en avril 1912… ça vous dit quelque chose ?



Holmes et Watson embarquent donc au sein du RMS Titanic ! Certains lecteurs pourraient trouver que cela fait de trop. Faut-il donc s’attendre à ce qu’ils rejouent Jack et Rose ? Si j’ai été surprise que l’auteure ait inclus le Titanic dans son roman, je ne suis pas choquée. Ce n’est pas le premier pastiche holmesien à faire embarquer nos deux héros sur le célèbre paquebot. Sherlock Holmes a été cuisiné à toutes les sauces dans les nombreux pastiches holmesiens. Il aura rencontré Sigmund Freud, confronté Arsène Lupin, le fantôme de l’opéra ou Jack l’Eventreur, enquêté sur l’affaire Mayerling, participé à la Première Guerre Mondiale en tant qu’espion… alors le faire voyager à bord du Titanic ne m’étonne pas. Je dois même avouer avoir couiné de plaisir lorsque j’ai appris qu’une partie de l’intrigue était consacrée au Titanic. Est-ce que j’ai écouté la soundtrack du film en lisant ces chapitres ? Bien-sûr que oui ! Mais je promets ne pas avoir imaginé Holmes et Watson refaire la fameuse scène à l’avant du paquebot.



Afternoon, de suwi (Source)
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette partie consacrée au Titanic, le voyage aussi bien que le naufrage, d’autant plus qu’elle est chargée en émotion, ajoutons à cela que l’auteure a également introduit des personnalités qui ont bel et bien vécu et qui ont péri dans le naufrage. On se doute bien-sûr que Holmes et Watson vont s’en sortir, bien que cela ne nous empêche pas de craindre pour eux tant ils craignent de perdre l’autre et chaque séparation nous donne envie de voir les heureuses retrouvailles, après une bonne dose d’angst. J’ai également eu mal au cœur en lisant la disparition de certains personnages [spoiler] et notamment celle du jeune agent secret, qui a péri dans le naufrage [/spoiler].

Après cette partie, la suite n’en est pas moins chargée en émotions et en rebondissement. Un antagoniste bien connu refait parler de lui, en Amérique cette fois-ci, obligeant nos personnages principaux à tout mettre en œuvre pour éliminer cette menace, ce qui amène de nouvelles scènes d’action, de tension et de rebondissements et… je dois avouer qu’un élément de cette partie du roman m’a semblé vraiment too much et qui a surtout servi à créer davantage de drama entre nos différents personnages [spoiler] à savoir que Mary Morstan Watson et son amante, Cecil Forrester, ont survécu à leur naufrage et ont fait croire à leur mort pour vivre dans la clandestinité en amoureuses puis plus tard en tant que super espionnes. Pour ce coup, la rancœur de Watson m’a paru plus que justifiée [/spoiler].



Il y a aussi l’ombre de la Première Guerre Mondiale qui plane et assombrit l’intrigue. Nous sommes bien loin de l’époque victorienne et, loin de leurs premières enquêtes, Holmes et Watson doivent survivre dans un Londres en guerre tout en prêtant main forte, notamment dans les hôpitaux pour soigner les blessés. Ce dernier roman est donc riche en action et en rebondissement, avec très peu de temps morts. L’écriture de l’auteure reste très vivante et dynamique, elle captive notre attention et nous donne envie de dévorer la suite.



Malgré les moments de tension et de drame, l’auteure ne néglige pas les moments plus tendres où notre couple peut se reposer et profiter de l’autre. Malgré les obstacles qu’ils continuent de rencontrer, ils restent ce couple très uni et toujours amoureux qu’on aime, et on saura apprécier les moments de domesticité (notamment durant leur retraite dans le Sussex) autant que les moments plus dramatiques, et j’ai d’ailleurs apprécié que l’auteure reprenne l’aventure des Trois Garridebs, et son interprétation des personnages reste fidèle et intéressante à suivre. On sent véritablement que Holmes et Watson ont vieilli. S’ils restent fidèles à eux-mêmes, on sent qu’ils n’ont plus les mêmes capacités que lorsqu’ils étaient plus jeunes, qu’ils ne peuvent plus se permettre le même genre d’aventure qu’avant. Watson, notamment, qui est limité. Il se fatigue plus vite, ne parvient plus à courir aussi vite et aussi longtemps, et cela pèse sur son moral, il doute de sa valeur, s’il a encore sa place auprès de Holmes dans leurs aventures, a peur d’être mis de côté et à la fois de ralentir et limiter Holmes dans ses enquêtes.



L’auteure nous a offert un dernier tome aussi riche en émotion, en action et en rebondissement que les précédents, et elle clôt avec brio sa trilogie sur Sherlock Holmes que je referme à regret, tant j’aurais voulu lire d’autres aventures du détective et de son Boswell sous sa plume. J’ignore si elle se consacrera de nouveau à cet univers, toujours est-il que je suivrai sa bibliographie avec intérêt et que je découvrirai un jour avec plaisir ses réécritures M/M des contes de fées.


Le monde changeait à toute allure en ce début de siècle, lancé dans une course au progrès qui le transformerait à tout jamais. Et eux, dans tout cela ? Trouveraient-ils une place dans cette nouvelle ère ? 

— Nous ne sommes pas encore de vieux croulants, tout de même ! s’exclama Holmes, le tirant de ses rêveries mélancoliques. 

Il s’aperçut qu’ils venaient d’atteindre le 221b. Il soupira, habitué à ce que son compagnon suive le train de ses pensées sans qu’il les ait partagées à haute voix, et sortit sa clé.

(...) — Je n’ai jamais pensé que nous étions de vieux croulants, lâcha le docteur en se laissant tomber sur le sofa. Mais j’ai quelques fois l’impression d’appartenir à un univers en train de disparaître. Pas vous ? 

Holmes lui tendit son verre et s’assit à côté de lui. 

— Mon pauvre Watson, répondit-il affectueusement. Ne vous en faites pas, je suis certain que tous les hommes de votre âge depuis le début de la civilisation ont réagi de la même façon. 

— Voilà qu’on me traite de sénile, à présent…