jeudi 12 mai 2022

Les femmes et le sexe dans la Rome antique - Virginie Girod.


Dans une épigramme adressée à sa femme, Martial écrivait : « Je veux bien que tu sois une Lucrèce pendant le jour tout entier, mais c'est une Lais qu'il me faut la nuit. » Ce vers décrit tout le paradoxe de l'érotisme féminin dans l'Antiquité romaine.

Comme une même femme ne pouvait pas être tout à la fois le parangon de la chasteté et une amante dépravée, Virginie Girod montre que les femmes furent classées en catégories et comment leur statut social encadrait leur vie sexuelle en fonction de règles morales établies par les mythes politiques romains et par la religion. La femme mariée, la matrone, se trouvait cantonnée dans un rôle reproducteur dénué de sensualité. C'était aux prostituées (esclaves, affranchies ou plus rarement libres) qu'il incombait de distraire sexuellement les hommes.

Alors, le corps féminin érotique et le corps féminin reproducteur étaient-ils deux choses résolument différentes ? Comment les femmes vivaient-elles la sexualité au quotidien ? Quelles pratiques étaient autorisées ou non et pour qui ? Les grandes figures féminines de l'Empire telles que Messaline ou Agrippine la Jeune étaient-elles représentatives de la vie quotidienne de toutes les Romaines ? Finalement, les Romains étaient-ils des débauchés prêts à toutes les transgressions pour leur plaisir ou ont-ils posé les jalons des normes qui ont régi, des siècles durant, la sexualité occidentale ?

À l'aide d'une documentation considérable, Virginie Girod répond à ces questions pour apporter une nouvelle réflexion sur la condition de la femme romaine.


Cela fait déjà un petit bout de temps que je suis Virginie Girod sur les réseaux sociaux, et que je la découvre dans des documentaires historiques (notamment Secrets d'Histoire). Il était temps que je mette la main sur ses écrits, en particulier ce titre qui me faisait envie depuis un moment.


Dans cet ouvrage, Virginie Girod questionne la représentation des femmes dans la Rome antique, sa place dans la société romaine et ce que le sexe nous révèle sur cette société, ses codes, ses enjeux, en choisissant pour cadre l'Empire romain qui a été une période charnière pendant laquelle les mœurs ont subi une révolution, un élan de liberté favorable aux femmes, des changement et enrichissement sociaux.


L'auteure nous offre une étude détaillée et complète sur le sujet, en s'appuyant sur différentes sources : littéraire, juridique, épigraphique, archéologiques, ainsi que les recherches historiques. Divisé en trois grandes parties et différentes sous-parties, l'ouvrage aborde tous les thèmes et aspects liés à la sexualité féminine : les pratiques sexuelles, les interdits, la contraception, l'avortement, les critères de beauté, etc.  Certains peuvent lui reprocher sa forme plutôt scolaire, et il est vrai que la construction de l'ouvrage ainsi que celle du texte (phrase d'accroche, sujet, conclusion) ne sont pas sans rappeler les mémoires et dissertations d'histoire, ce fut d'ailleurs le sujet de thèse de l'auteure avant d'être publié mais personnellement, je trouve le livre parfaitement structuré, on s'y retrouve aisément, et j'avoue que cela m'a déclenché une certaine nostalgie de mes années en fac d'histoire...



Virginie Girod, historienne et spécialiste de
l'histoire ancienne, l'histoire des femmes et de la sexualité

L'auteure maîtrise à merveille son sujet et nous permet d'en apprendre plus sur la femme romaine et son rôle dans la société. La Romaine idéale était vertueuse, pas querelleuse ni dépensière. Elle savait contrôler son langage et ses passions (il valait mieux, afin de préserver l'honneur de son mari). Elle était complaisante, se livrait sans retenue aux travaux domestiques. Elle devait être chaste, fidèle et féconde pour faire le bonheur de son mari. Sa fécondité était sa plus grande qualité. Si l'on reproche à la femme romaine quelques défauts (la curiosité, le goût des cancans, la jalousie, être dépensière), ceux-ci pouvaient être tolérés, à condition qu'ils ne mettaient pas en danger l'honneur de l'époux. 


Avant d'aborder la sexualité des Romaines et leur rôle dans la société romaine, Virginie Girod aborde en première partie les lois et la morale qui fixent le comportement sexuel de la femme et ancrent son rôle dans la société


Tout d'abord, à travers la place des femmes dans les mythes romains et ce que cela nous révèle sur la figure de la femme, des figures héroïques ou non, illustrant la bonne ou la mauvaise Romaine. Par exemple, Rhéa Sylvia dont le rôle a été procréateur car elle a donné naissance aux fondateurs de Rome ; les Sabines, femmes du peuple des Sabins qui ont été enlevées par les Romains, alors que Rome était une toute jeune cité, afin d'être des épouses et des mères ; Lucrèce, qui a préféré se suicider pour préserver l'honneur de son mari, après avoir été violée, plutôt que d'incomber à son mari une femme dont la pureté et l'honneur ont été souillés. Mais il existe aussi des figures moins honorables telles que Tarpéia et Tullia qui symbolisent le stupre et l'ambition.


Les femmes prenaient également part à des cultes autour de la fécondité, de la sexualité, des cultes qui encadrent la sexualité des femmes (exemple : les Lupercales) et comment les femmes prennent part à la religion romaine.  Du statut particulier des vestales, qui représentaient le plus haut degré de pureté, devant conserver leur virginité à tout prix, aux matrones devant donner descendance à son mari en priant les divinités pour avoir un enfant mâle, ou encore les non-matrones qui prennent part à des cultes favorisant leur attractivité sexuelle dans le but de stimuler la virilité des citoyens romains.



Fêtes des Lupercales d'Andrea Camassei (vers 1635). Des jeunes hommes armés de lanières
fouettaient les femmes qu'ils rencontraient afin de leur assurer une grossesse dans l'année


Qui dit morale, dit aussi interdits, les unions qui sont contraires à la morale romaine et qui sont prohibées, telles que l'inceste, l'union avec un esclave (union interdite car l'esclave est considéré comme un sous-homme), ou encore les mésalliances entre différentes classes sociales qui risquaient de souiller le sang noble des patriciens.


Virginie Girod nous raconte ensuite dans une seconde partie que le corps féminin est avant tout un corps reproducteur. Dès qu'elle est toute petite, la fille Romaine est préparée à cela. Sa fécondité est la qualité la plus importante. Ainsi, il y avait l'attente des règles et leur importance car leur arrivée signifiait que la fille était en âge de procréer et donc en âge de se marier. Les filles étaient ainsi mariées entre l'âge de 12 et 14 ans, contre 14 - 16 ans pour les garçons. Pour autant, il fallait éviter le traumatisme de la défloration à une jeune fille à peine mariée, ce qui pouvait amener l'époux à pratiquer d'abord la sodomie.


Ce qui comptait donc dans le choix d'une épouse était sa fécondité. Il fallait qu'elle donne à son mari une descendance et à Rome des citoyens. La stérilité était ainsi perçue comme une malédiction, un handicap, ce qui pouvait être un motif de répudiation du mari envers sa femme. Sitôt adulte, la vie sexuelle de la femme devait être tournée vers la procréation (Ovide étant le seul à parler des relations sexuelles pour le plaisir des deux amants).



Mariage romain, toile d'Emilio Vasarri (1914)


L'auteure évoque la grossesse (les Romains pensaient qu'elle durait entre 7 et 13 mois ! bien que la période de gestation reste la même qu'aujourd'hui), mais aussi l'accouchement, l'allaitement, mais aussi les méthodes contraceptives, les méthodes abortives, et la place de la femme âgée et la sexualité après la ménopause qui était d'ailleurs mal vue car la femme ne devait avoir de rapports que pour la procréation, pour la société romaine. Qu'elle continue à en avoir malgré la ménopause était considéré comme une sorte de perversion. À noter que chez les Romains, une Romaine de 35 ans était déjà considérée comme.... âgée !


Il est également question des critères de beauté (chevelure, corps, visage), les moyens de se mettre en valeur (maquillage, parure) mais aussi des pratiques sexuelles habituelles, celles qui sont approuvées par la société et celles qui sont mal vues. On apprend ainsi que le cunnilingus était mal vu car la langue du citoyen romain devait être utilisée pour l'exercice de la loi, pour la cité et non pour être souillée de cette façon. La fellation était également interdite, bien que cela n'empêchait pas sa pratique, ainsi que l'homosexualité féminine (l'homosexualité masculine était tolérée mais seulement bien vue pour l'homme qui dominait, pas le dominé)


À Rome, la femme occupait grosso modo deux rôles : soit elle était matrone, soit l'épouse d'un citoyen romain, soit elle était prostituéeL'une avait pour fonction de donner une descendance à son mari, l'autre à apporter du plaisir au citoyen romain. Bien-sûr, il y avait quelques exceptions, comme le cas particulier des vestales.


Virginie Girod nous présente des exemples de matrones à travers les femmes de l'entourage des empereurs de la dynastie julio-claudienne : mères, amantes, épouses... notamment Agrippine, mère de Néron ; Livie, épouse d'Auguste ; Julie, fille d'Auguste (alias ma nouvelle héro... la dernière figure historique en date à m'intéresser) ; Poppée, épouse de Néron ; Messaline, etc. J'ai beaucoup aimé cette partie que j'ai trouvé très intéressante, et alors que je m'intéresse davantage à la République Romaine et ses personnages, j'en viens à vouloir en apprendre plus sur l'empire romain et surtout les personnages de la première dynastie.



Scène d’accouchement ornant le monument funéraire de la sage-femme Scribonia Attica.
Celle-ci constate de la main droite l’état d’avancement du travail tout en détournant la tête
pour ne pas froisser la pudeur de sa patiente assise sur un siège obstétrical.


Après les matrones, ce sont les prostituées qui ont droit à leur portrait. On en apprend plus sur leur métier, leur rôle, comment elles étaient perçues dans la société romaine. D'autres sujets sont également évoqués, tels que le traitement de la femme adultère, le traitement des affaires de viol, etc.


Pour résumer, ce livre constitue une véritable mine d'informations concernant le statut de la femme romaine dans l'antiquité. Dans un style clair, très bien documenté, l'auteure nous invite à parcourir cet univers et nous apprend beaucoup de choses, et déconstruit également certains clichés sur la société et les mœurs à l'époque romaine. Les différentes parties et sous parties permettent une progression rapide et facile de la lecture. J'ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture qui m'encourage à découvrir les autres ouvrages de l'auteure, j'ai appris bien des choses ! Seul bémol, j'aurais apprécié la présence de photographies de pièces de monnaies, fresques, peintures, statues, etc, pour mieux illustrer ses propos, mais ce n'est qu'un détail... 


Réunir les meilleures conditions n'était pas suffisant pour des parents (...). Certes, on voulait un enfant en bonne santé, mais s'il était beau, cela ne gâchait rien. Dans l'Antiquité, on craignait beaucoup que les pensées de la mère au moment de la conception ne puissent s'imprimer sur la physionomie de l'enfant à venir. Soranos illustre ce concept par deux exemples. Les femmes qui auraient vu des singes - et cela ne devait pas être banal - pendant la conception auraient donné le jour à des enfants aux traits simiesques. Le tyran de Chypre, réputé pour sa laideur, forçait sa femme à regarder de belles statues pendant l'amour pour avoir de beaux enfants.

Moi les hommes, je les déteste - Pauline Harmange



Et si les femmes avaient de bonnes raisons de détester les hommes ?

Et si la haine des hommes était un chemin joyeux et émancipateur ?

Dans ce court essai, Pauline Harmange défend la misandrie et entend lui redonner ses lettres de noblesse.

Un livre féministe et iconoclaste.




En dépit de son titre polémique, Moi les hommes, je les déteste est un essai plutôt posé et nuancé dans ses propos où l'auteure questionne davantage la place des hommes dans la société et dans la vie des femmes, nous rappelle les réalités sur cette place plutôt que de lancer un appel à la haine. Remettre en cause le pouvoir des hommes et le droit de ne pas ressentir d'attirance pour eux.


Elle s'interroge sur le pourquoi les hommes sont ce qu'ils sont. Tous les hommes ne sont pas des violeurs, des agresseurs ou des machos, mais une grande majorité des violeurs, des agresseurs et des machos sont des hommes. Elle présente les défauts fréquents des hommes et comment la société demande aux femmes de les accepter avec grâce. La société dira boys will be boys tandis que les femmes doivent apprendre à faire avec, le contraire catégoriserait ces femmes comme des hystériques, des mal-baisées, des lesbiennes.


L'auteure nous raconte trouver refuge dans la misandrie, voir en elle un moyen de se protéger. Toutefois, la misandrie est mal vue dans son ensemble. Elle décrédibilise la cause des femmes et les hommes se plaignent qu'il est difficile pour eux de la vivre... que dire dans ce cas de la misogynie qui est, elle, beaucoup plus fréquente et fait beaucoup plus de mal aux femmes que la misandrie les hommes ? La misandrie ne totalise au final qu'un nombre de zéro décès et zéro blessé. Pourtant, il serait difficile pour les hommes de vivre avec et d'être un homme de nos jours, avec tous ces mouvements de #MeToo, Men Are Trash ou #Balancetonporc. Ils ne savent plus comment draguer, comment approcher une femme, comment se comporter avec les femmes, comment faire des blagues.


Qu’ont-ils encore le droit de dire et de faire ? Tant d’angoisses existentielles pour lesquelles je n’arrive pas à ressentir beaucoup d’empathie. Tout le temps qu’ils passent à pleurnicher sur leur sort de pauvres mecs persécutés, ils esquivent habilement leur devoir : celui d’être un peu moins des purs produits du patriarcat.


Force est de constater que les hommes sont trop peu nombreux à s'interroger sur leur place au sein de la société et le pourquoi de ces mouvements féministes, préférant expliquer aux femmes que, eux, ne sont pas comme ça, que ce n'est pas bien de faire des généralités. Not all men. Des commentaires que je retrouve que trop fréquemment sur la toile, dans des commentaires d'articles ou d'une publication d'une femme osant se plaindre des hommes et parler de viols ou féminicides, en ne manquant pas de nous dire que ce genre de commentaire n'allait pas aider les femmes dans leur lutte ou de voir les hommes les rejoindre. Pourtant, nous pouvons constater une certaine indifférence des hommes envers les femmes concernant les chiffres sur le viol, le harcèlement, les féminicides et les débats. Je ne dis pas que tous les hommes agissent ainsi, il faut cependant bien avouer que ce sont des sujets bien plus souvent dénoncés par des femmes que par des hommes.


C’est pourtant égocentrique de ne savoir réagir que par un « not all men » quand une femme a le malheur de laisser échapper qu’elle en a marre des hommes ou parle d’un violeur ou agresseur. Tous les hommes ne sont pas des violeurs mais quasiment tous les violeurs sont des hommes, et quasiment toutes les femmes qui ont subi des violences de la part des hommes, c’est là le problème.


L'auteure se revendique misandre, tout en remarquant que les femmes ont du mal à se revendiquer misandres, au risque d'être considérées comme des hystériques, des lesbiennes ou des mal baisées. Si elles le font, c'est avec beaucoup de second degré. Il y a beaucoup de malaise à clamer, même entre femmes, une hostilité et une méfiance envers les hommes. Pourtant, elle trouve en la misandrie une sorte de porte de secours, un échappatoire, un moyen de sortir sa colère légitime.


L'auteure évoque également les hommes dits féministes. Pas qu'un homme féministe soit une espèce inexistante dans notre société, une denrée rare. Toujours est-il qu'hommes féministes ou soi-disant féministes reçoivent bien des lauriers pour le minimum qu’ils font, comme partir plus tôt du boulot pour aller chercher son enfant à l’école alors que les femmes sont soumises à d’impossibles standards, sont pointées du doigt et critiquées, quels que soient leurs choix. Cela ne veut pas dire pour autant que les hommes ne doivent pas s'intéresser au féminisme et ne pas prendre part aux tâches du foyer, cependant beaucoup s'y intéressent que trop peu ou pour les mauvaises raisons (pour draguer par exemple), sans oublier que derrière chaque homme féministe un peu conscient de ses privilèges masculins, il y a une ou plusieurs femmes qui ont travaillé pour l'aider à ouvrir les yeux, et ça, peu d'entre eux le reconnaissent.


Il y a un monde entre « comprendre une oppression, ses mécanismes et reconnaître sa place dans ce système » et « se l’approprier pour prendre le devant de la scène et tout rapporter à soi encore une fois ». On demande aux hommes d’utiliser leur pouvoir, leurs privilèges, à bon escient : en poliçant les autres membres masculins de leur entourage, par exemple, pas en expliquant aux femmes comment mener leur combat. On demande aux hommes de rester à leur place. Non, en fait, on exige d’eux qu’ils apprennent à en prendre moins. Ils n’ont pas le premier rôle et il va falloir s’y faire.


Il y a également le problème de la charge mentale. Même s'il y a eu une certaine amélioration, force est de constater qu’au XXIe siècle, c’est encore la femme qui s’occupe essentiellement des enfants, des courses, du travail émotionnel, elle doit rappeler à l’homme ses rendez-vous, lui expliquer comment faire certaines tâches à la maison... Bref, la charge mentale reste encore le poids de la femme qu'elle porte seule… Le problème est aussi dans le fait que les hommes prennent toute la place dans l’espace public, dans les conversations, quand ils rient à des blagues sexistes parce que « ça ne fait de mal à personne », ou qu’une femme l’a peut-être un peu cherché en se faisant violer ou agresser... 


Mais les hommes, pourquoi détestent-ils les femmes ? Depuis des siècles qu'ils profitent de leur position de dominants, qu'ils profitent d'une société patriarcale, qu'ont fait les femmes pour mériter encore et toujours leur violence et leur haine ? Lorsque l'on compare la misogynie à la misandrie, on remarque tout de suite une différence au niveau des chiffres : la misandrie ne fait pas de victime dont le nombre morbide augmente chaque jour. Personne n'empêche d'autant plus les hommes à exercer la passion ou le métier qu'il souhaite. On ne dit pas à un homme comment s'habiller, où et jusqu'à quelle heure sortir, il peut marcher librement dans la rue à la nuit tombée et s'exprimer comme il l'entend.


L'auteure adresse un autre point : la colère des filles n’est pas encouragée. Une fille peut se mettre en colère mais c’est difficile pour elle face à un homme de son entourage d’exprimer des reproches et des critiques. Les filles sont élevées pour être douces, calmes, dociles, compréhensives. On n'encourage pas les filles à se mettre en colère et à rendre les coups, alors que c'est tout l'inverse pour les garçons car c'est vu comme de la virilité. Les filles sont aussi élevées pour douter d’elles, tandis que garçons grandissent avec l’assurance qu’ils peuvent faire beaucoup de choses. On place bien des attentes sur les épaules des femmes, les femmes sont celles qui pensent beaucoup, qui ont beaucoup d'inquiétudes en tête.

 

Si tant de mecs peuvent se frayer un chemin dans le monde sans approcher même de loin la perfection dans aucun domaine, il est peut-être temps de nous autoriser à lâcher du lest aussi. 
Ils sont où, les hommes qui culpabilisent jusqu’à ne plus dormir parce qu’ils ont laissé leur enfant à leur partenaire pour un déplacement professionnel ? Ils sont où, les hommes qui ressassent pendant deux semaines une confrontation avec un·e collègue en craignant d’avoir été trop cash ? 
Je ne dis pas qu’on doit s’abaisser au niveau relationnel abyssal de la majorité des hommes. Juste qu’il est temps de ne plus culpabiliser d’échouer à être des Wonder Women doublées de saintes, qu’il est temps de nous laisser être des humaines avec quelques défauts. Les standards sont très bas pour les hommes, mais pour les femmes ils sont bien trop hauts. Réservons-nous le droit d’être moches, mal habillées, vulgaires, méchantes, colériques, bordéliques, fatiguées, égoïstes, défaillantes


L'auteure évoque également le piège de l’hétérosexualité.

Depuis l’enfance, filles et garçons sont conditionnés pour être en couple : le traditionnel « alors tu as un amoureux ? », ou dire d'un garçon qu'il sera un tombeur lorsqu'il fait la bise à une fille. Ce conditionnement est davantage placé sur les femmes à qui on fait comprendre qu'il y a nécessité à être en couple, qu'une femme célibataire a moins de valeur qu'une femme en couple avec des enfants. L'opinion collective imagine la femme célibataire et sans enfant comme seule, triste, égoïste, aigrie. Beaucoup d'énergie est déployée pour persuader les femmes d'être en couple avec un homme et que ce serait la chose la plus bénéfique pour elles, la peur de la vieille fille à chats plane au-dessus d'elles comme un spectre sinistre et que l'épanouissement ne passe que par un homme, quand bien même il serait insensible et paresseux. Tout, plutôt que d'être seule. Pourtant, le bonheur de vivre seule existe, être son propre chef avec seulement nos propres inquiétudes et pas celles des autres, cultiver nos réseaux de relations non amoureuses. Personnellement, je ne vois pas le mal dans le fait de vivre entourée de chats et dont les personnes de ma vie seraient des personnes de ma famille et des amies.


Est également évoquée la sororité et comment les femmes ne sont pas encouragées à être unies, soudées. Quand on est jeune, on se targue de ne pas être une fille comme les autres, surtout lorsqu’on ne partageait pas les passions communément considérées comme féminines. Se dire qu’on est pas comme les autres filles, mépriser ces dernières, c’était avoir cette impression d’être cool, surtout auprès des garçons, une chose que j'avoue avoir vécu et reproduit dans ma jeunesse avant de me rendre compte que ce comportement était plutôt puéril... 


Or, il est bon de solidifier ses relations avec les femmes, celles de son entourage mais aussi les inconnues. Être des alliées pour elles lorsqu’elles ne se sentent pas en sécurité, être à leurs côtés si elles sont victimes de sexisme ou d’agression. Donner aux femmes du réconfort, de l’amitié, du soutien et il y a dans les relations féminines une réciprocité. La sororité fait du bien. Pourtant, bon nombre d’hommes ne voient pas d’un bon œil les rassemblements entre femmes, ne saurant tolérer d’être tenus à l’écart.


Ce n’est pas tant qu’on se rassemble entre femmes qui les choque : quand ce sont des clubs de tricot, des associations de mères ou des réunions Tupperware, rien ne pourrait moins les intéresser. Ce qu’ils ne supportent pas, ce qui les effraie même, c’est qu’on s’organise, qu’on s’assemble et qu’on forme une masse politique d’où émergent des idées et des plans d’action. Et qu’on ne leur accorde aucune importance.



En bref, je pourrais citer tout l’ouvrage tant les propos de l’auteure sont justes et percutants, mais j’ai déjà cité bien des extraits… impossible de me décider sur mon préféré, celui qui m’a le plus frappé, tant l’auteure a abordé tout un tas de sujets essentiels dans un court ouvrage. La plume et le style sont agréables, cela se lit avec beaucoup de fluidité.


Bien que son titre soit provocateur, c’est un essai qui touche juste et qui comprend une vraie réflexion autour du mal qu’engendre le patriarcat à la société, la trop grande place des hommes dans cette dernière, la charge mentale, la différence d'éducation entre les hommes et les femmes, sexisme ordinaire et autres sujets. L’auteure explique le cheminement de sa pensée, ce qui l’a mené à la misandrie, sans pour autant que ce soit un texte scandaleux qui appelle à cramer les hommes. Non, c’est une simple explosion de sa colère, de son ras-le-bol, sans que le ton soit agressif ou haineux. C’est un essai qui touche juste, qui est instructif et percutant, tout en s’appuyant sur d’autres textes féministes et de statistiques. Je conseille, aussi et surtout si l’on n’a pas le courage de se lancer dans un long essai féministe.



Si la misandrie est la caractéristique de qui déteste les hommes, et la misogynie celle de qui déteste les femmes, il faut bien admettre qu’en réalité, ces deux concepts ne sont pas égaux, que ce soit en termes de dangerosité pour leurs cibles ou de moyens utilisés pour s’exprimer. On rappelle que les misogynes usent d’armes allant du harcèlement en ligne jusqu’à l’attentat, comme celui de l’École polytechnique de Montréal en 1994, dont il n’y a à ce jour pas d’équivalent misandre. On ne peut pas comparer misandrie et misogynie, tout simplement parce que la première n’existe qu’en réaction à la seconde.


vendredi 15 avril 2022

Les amants de Baker Street (T.2) L'ombre de Reichenbach - Isabelle Lesteplume.


Les clients se bousculent à la porte du 221B Baker Street. La réputation de Sherlock Holmes ne cesse de grandir, Watson est toujours prêt à partir à l’aventure à ses côtés et leur relation ne s’est jamais mieux portée. Leur bonheur semble complet.

Mais depuis que Holmes a découvert l’existence du Professeur Moriarty, un criminel aussi génial que lui, l’idée de l’arrêter tourne à l’obsession. Un duel sans pitié s’engage entre eux, un duel qui les mènera au bord du précipice...

Et dont personne ne ressortira indemne.


Le 13 avril marquait pour moi la sortie de deux choses très attendues pour moi : le troisième volet des Animaux FantastiquesLes Secrets de Dumbledore, et le deuxième tome des Amants de Baker Street ! Après un premier tome que j'avais dévoré en novembre dernier, il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour me mettre le deuxième tome sous la dent.



Ce second tome s'annonce plus sombre que le premier avec une intrigue placée dans l'ombre du professeur Moriarty, la célèbre Némésis de Sherlock Holmes. Toute personne ayant lu le canon holmesien connaît l'histoire de leur affrontement près des chutes de Reichenbach en Suisse, [spoiler] résultant en la mort du professeur, la survie de Holmes qui a pourtant dû se faire passer pour mort pendant trois ans afin de démanteler tout le réseau de Moriarty [/spoiler]Moriarty s'affiche comme un spectre menaçant Londres ainsi que la vie d'Holmes et Watson tout au long du roman, même après Reichenbach il laisse sa trace dans les esprits de nos deux héros.



Nous commençons l'histoire avec une première enquête, celle de la fameuse affaire du rat géant de Sumatra. J'ai trouvé qu'il s'agissait d'une appropriation prenante et originale de cette affaire dont Watson, dans le canon de Doyle, ne nous a révélé que le titre, et qui se lie très bien avec l'intrigue principale autour de Moriarty et qui a lancé le jeu mortel entre le détective et le Napoléon du crime, tel un jeu d'échec, où chacun essaye de déjouer les plans de l'autre, avoir un train d'avance, se mettre des bâtons dans les roues. S'il est peu présent au final, Moriarty se révèle être un criminel fort efficace, un digne adversaire pour Holmes, avec son intelligence et son redoutable bras droit, le chasseur et colonel Sebastian Moran. Corruption, espionnage, pièges mortels, faux semblants... L'auteur nous offre une histoire prenante de la confrontation Holmes/Moriarty, nous montrant une fois de plus que ce n'est pas qu'une romance Holmes/Watson, c'est un roman policier regorgeant de péripéties !



J'ai beaucoup aimé l'approche de l'auteure sur le hiatus, en nous montrant les vies d'Holmes et Watson loin de l'autre, l'un désespérant de pouvoir revenir à Londres auprès de son amant, et l'autre croyant son amour disparu à tout jamais et portant son deuil.



A thousand apologies, de FerioWind (DeviantART)


D'un côté, nous avons Holmes sans cesse traqué par les alliés de feu Moriarty, devant vivre caché, déguisé, toujours sur le qui-vive, s'attendant à trouver le moindre danger partout où il est, ne pouvant se fixer longtemps dans un endroit tandis qu'il travaille d'arrache-pied à démanteler le réseau de Moriarty et cacher la nouvelle de sa survie à ses proches afin de les protéger. Il supporte souvent difficilement cette vie et il aurait été prêt à abandonner tout espoir de revenir si ce n’était que la pensée de Watson pour le faire tenir.



De l'autre, Watson qui sombre dans la dépression, n'ayant plus le goût de rien, la vie perdant ses couleurs avec l'absence de Holmes s'imposant comme un spectre le hantant sans cesse, un personnage à part entière, l'Absence avec un grand A. J'ai ensuite observé avec fascination [spoiler] le début de son affaire à Whitechapel où il s'attelait à soigner gratuitement les personnes démunies de ce quartier pauvre et misérable, se lier avec leurs habitants, participer à des combats de boxe, gagnant le respect et la protection des gangs de Whitechapel [/spoiler] ; puis son travail en tant que médecin légiste pour Scotland Yard (que nous retrouvons dans la série Granada Sherlock Holmes il me semble).



Bien-sûr, les retrouvailles entre Holmes et Watson étaient touchantes, ce que j'ai attendu le plus de lire. Tout au long du roman, ils sont toujours aussi complices et amoureux, sans mièvrerie ou de guimauve, avec beaucoup de tendresse, de loyauté et de passion. Chaque scène entre eux, chaque plaisanterie, chaque geste ou parole tendre, chaque discussion, est un bonheur à lire. Bien évidemment, comme il fallait s'y attendre, ces trois années d'absence ont laissé leur marque en eux et dans leur relation. Même si Holmes ressort victorieux de son duel contre Moriarty et qu'il finit par revenir à Londres sans cette menace, ce n'est pas sans conséquence pour lui comme pour Watson.



C'était intéressant de découvrir les traces psychologiques laissées par l'affaire Moriarty et le hiatus de trois ans. Holmes a bien du mal à revenir à la vie civile après avoir passé toutes ces années, caché. Il garde des réflexes de cette vie de cavale, s'attendant à être attaqué, espionné, le moindre bruit lui paraissant suspect et lui faisant craindre le pire. Et malgré le retour de HolmesWatson a du mal à se dire que c'est bien réel et non un fragment de son imagination. Il a du mal à se remettre dans ses habitudes domestiques avec Holmes, à rire, à faire taire les craintes et les cauchemars. On ressent bien que le Watson d'avant Reichenbach n'est plus le même que celui des événements de l'affaire de la Maison Vide. Même s'il reste lui-même profondément, il a changé et aura du mal à se remettre complètement de ce qu'il a vécu. Et quel bonheur est-ce au final de les voir se retrouver définitivement et goûter au bonheur qui leur a fait longtemps défaut, sans crainte... ou presque.



Moriarty, de Umino-aka-Morskaya (DeviantART)


L'auteure nous rappelle, en effet, l'homophobie encore présente de l'époque, notamment en dernière partie de roman lorsqu'elle évoque à de nombreuses reprises l'affaire Oscar Wilde, condamné pour ses mœurs et amours homosexuelles. Au terme de trois procès retentissements, évoqués dans le roman, l'écrivain a fini ruiné et condamné à deux ans de travaux forcés en prison. Une affaire qui a beaucoup ébranlé Holmes et Watson qui doivent, plus que jamais, faire preuve de prudence.



Outre Moriarty, les enquêtes et le couple Holmes/Watson, j'ai retrouvé Mrs Hudson, Mycroft, Mary et Lestrade avec beaucoup de plaisir. J'ai constaté avec plaisir l'évolution du personnage de Gregson et j'ai beaucoup aimé sa dynamique entre lui, sa femme et l'inspecteur Lestrade, ils forment un trio proche et très attachant.



J’ai, en outre, repéré quelques références sympathiques : Reginald Jeeves, Hercule Poirot, Sigmund Freud... puis-je espérer une référence à Arsène Lupin dans le tome 3 ?



En résumé : un très bon tome, aussi prenant que le premier, et dévoré en peu de temps ! J’ai hâte de lire le tome 3 prévu pour fin décembre !


Il voulait de nouveau écrire. Il voulait écrire sur lui. Sur eux. Il voulait offrir au papier, et au monde, le souvenir de l’être extraordinaire que son compagnon avait été. Il choisit une affaire un peu au hasard, un moment joyeux qui n’impliquait rien de personnel pour son détective et lui. Cette histoire avec Irène Adler, par exemple. Bon sang, qu’est-ce qu’il avait ri, à l’époque… 

Il traça la première lettre et les mots commencèrent à se déverser sur le papier comme un torrent libéré des digues qui l’entravaient. Et soudain, l’espace d’un instant, une fraction de seconde arrachée au temps, il fut de retour à Baker Street. Holmes fumait sa pipe dans son fauteuil, des odeurs de cuisine montaient du rez-de-chaussée, des bruits de fiacre passaient dans la rue, le feu dansait dans la cheminée… 

Le temps d’un saut entre les mots, Holmes fut présent de nouveau. Cher, cher Holmes… Dans sa douleur, il avait presque oublié à quel point il l’aimait et l’admirait. Il écrivit longtemps ce soir-là, en ne s’arrêtant que pour sécher ses larmes.

jeudi 14 avril 2022

L'art d'aimer - Ovide.



La séduction : un art subtil, un rite mis à l'honneur pendant la Renaissance avec les cours d'amour, mais déjà chanté par Ovide. La femme étant libre de ses sens et de ses sentiments, comment la conquérir ? Où tendre ses filets ? Compliments, promesses, larmes, baisers, hardiesse... Toutes les armes sont bonnes. Celle que l'on aime une fois séduite, comment la retenir ? 

Au terme d'un jeu dont le prix est le plaisir, l'amant raffiné a plus d'une corde à son arc... Quant à la femme, il lui appartient de garder son éternel féminin, ce qui n'est pas le plus facile... 

Au-delà de l'artifice, l'art doit gouverner l'amour. Un art dans lequel Ovide est passé maître.



L'art d'aimer se veut être un guide d'initiation à l'amour mais surtout à la séduction pour les Romains et les Romaines de son temps. Il est divisé en trois livres, assez courts :



Le premier livre enseigne aux hommes à comment séduire les femmes (Ovide ne parle pas des amours homosexuelles, les considérant comme non-naturelles) en décrivant notamment où faire des rencontres à Rome (le cirque, le forum, le théâtre, lors de repas, etc.), les périodes les plus favorables pour séduire selon le calendrier romain, comment engager la conversation. Par exemple : si la rencontre se fait au cirque lors des jeux, il suggère de demander à la personne désirée quel est son cheval préféré parmi ceux qui font la course et ce cheval doit devenir le préféré de l'amoureux transit ; ou encore, enlever la poussière de ses vêtements, ramasser un pan de manteau qui traîne à terre afin qu'il ne se salisse pas, etc. Il parle également des lettres d'amour ainsi que le soin à porter à sa tenue et à sa personne afin de mieux séduire, par exemple : pas de tenue large, pas de coupe de cheveux maladroite, être bien coiffé, bien rasé ou sinon une barbe bien taillée, avoir bonne haleine, l'importance des compliments mais ne pas parler sous l'influence du vin, etc.



Le second livre apprend à transformer sa conquête en amour durable, notamment en étant aimable car la beauté ne suffit pas pour continuer à plaire et la beauté est une chose fragile, éphémère ; ne pas s'arrêter aux obstacles, se dépouiller de son orgueil ; offrir également des cadeaux, faire preuve de dévouement, et bien d'autres conseils.



Le troisième livre s'adresse aux femmes, comment elles peuvent séduire et faire durer leur couple, comment prendre soin d'elles, le maquillage, la coiffure, les vêtements et autres artifices pour dissimuler les défauts physiques (par exemple, ne pas rire si les dents sont en mauvais état), toutefois sans se laisser paraître en train de s'apprêter, car il considère cela désagréable pour ces sensibles messieurs. Ovide leur parle également les hommes à éviter (les beaux parleurs qui font promesses sur promesses, les hommes volages et vaniteux, ceux dont l'amour papillonne et ne sait se fixer nulle part), comment ne pas traiter pareillement un homme expérimenté d'un novice. Ovide parle également de l'importance pour une Romaine de savoir chanter, danser, faire la conversation, jouer (le jeu étant très important dans la société romaine), comment se comporter en présence d'une rivale, et encore bien d'autres choses.


L'écriture d'Ovide est très imagée, il y a de très nombreuses références à la nature, la chasse, l'agriculture mais aussi et surtout à la mythologie qu'il cite très régulièrement, utilisant des épisodes de la mythologie comme exemples pour illustrer ses propos, ce qui peut être intéressant pour tout féru de mythologie mais aussi déconcertant si l'on est moins familier avec ces mythes.


Ovide


J'ai été frappée de constater, le long de ma lecture, des conseils souvent très misogynes. Les femmes y sont décrites comme des âmes légères, un cœur délicat, qui aiment qu'on leur fasse la cour même si elles résistent. C'est une créature qui a l'art de s'approprier l'argent de son amant, lui demande des choses en se faisant câline.



Il est également fait mention d'une forme de séduction forcée, dans laquelle il conseille de ne pas hésiter à forcer car la femme finira par céder, qu'elle cache souvent son amour sous le voile de l'amitié. Il nous présente une vision de l'amour semblable à une chasse où la femme est une proie farouche à emprisonner dans ses filets.



Il prodigue également des conseils plus que douteux notamment en proposant de ne pas hésiter à tromper (par exemple, en se rapprochant de la servante pour séduire la maîtresse, si l'homme désire la servante, qu'il possède d'abord la maîtresse avant de coucher avec la servante) ou comment la moisson plus riche dans le champ d'autrui ; ou encore, si l'homme est infidèle, qu'il s'arrange pour cacher ses infidélités et si elles sont découvertes, nier tout, ne pas se montrer coupable ou câlin car ça prouve l'infidélité. Il conseille également de rendre la femme aimée jalouse pour raviver la flamme car son amour languit sans rivale, faire craindre à la femme de lui être infidèle, cela réveillera l'ardeur de son cœur attiédi. Macho, vous avez dit macho ?



Pourtant, tout n'est pas à jeter dans les conseils du cher poète, et il a mis un point d'honneur à parler de l'importance du désir féminin dans les rapports intimes, nous offrant un texte libertaire sans pour autant être érotique. Le plaisir ne doit pas être uniquement celui de l'homme mais aussi et surtout celui de la femme, il est important pour l'amant de se concentrer sur le plaisir de la femme, ne pas presser l'acte d'amour mais découvrir là où elle aime être embrassée et caressée. Il évoque également son mépris pour les amours forcés, que les femmes ne doivent pas s'appliquer à l'acte d'amour parce qu'elle le doit, que c'est un devoir, mais par plaisir, ce qui est un peu contradictoire avec certains conseils misogynes évoqués plus haut...



Sans doute s'agit-il d'une œuvre à replacer dans son contexte. Dans la Rome antique, la société était une société patriarcale stricte dans laquelle la femme était une éternelle mineure sous l'autorité de son père puis de son époux puis le fils si elle devient veuve, elle n'était jamais autonome même si l'on a des exemples de figures romaines féminines puissantes, des exceptions (les vestales par exemple).



J'ai toutefois du mal à considérer, à l'instar de nombreux commentaires sur cette œuvre, qu'il s'agit d'une œuvre encore très moderne ou encore "d'une fraîcheur incroyable", sauf si l'on se dit qu'en effet, nombreux sont encore les hommes à forcer et à avoir cette mentalité (les mouvements #MeToo, #Balancetonporc et autres, le prouvant bien). Après, peut-être n'ai-je pas bien saisi le sens de cette œuvre. Au cours de mes lectures des différentes critiques, certaines affirment qu'il s'agit ni plus ni moins qu'une parodie, que l'œuvre n'est pas à prendre au sérieux et qu'Ovide a utilisé la satire (celle des mœurs de son époque) et l'ironie. Peut-être s'agit-il effectivement d'une parodie (pourvu que ce soit une parodie...) mais il n'est pas donné à tout le monde de le découvrir ou le deviner, peut-être une étude de cette œuvre m'aurait permis de mieux la comprendre et en saisir l'humour et les subtilités... 


Crois-moi, il ne faut pas hâter le terme de la volupté, mais y arriver insensiblement après des retard qui la diffèrent. Quand tu auras trouvé l'endroit que la femme aime à sentir caressé, la pudeur ne doit pas t'empêcher de la caresser. Tu verras les yeux de ton amie briller d'un éclat tremblant, comme il arrive souvent aux rayons du soleil reflétés par une eau transparente. Puis viendront des plaintes, viendra un tendre murmure et de doux gémissements et les paroles qui conviennent à l'amour. Mais ne va pas, déployant plus de voiles [que ton amie], la laisser en arrière, ou lui permettre de te devancer dans ta marche. Le but, atteignez-le en même temps ; c'est le comble de la volupté, lorsque, vaincus tous deux, femme et homme demeurent étendus sans force.

lundi 4 avril 2022

La Momie - Anne Rice.


Le pharaon Ramsès ressuscité dans l'Angleterre de 1914, voilà la folle histoire que nous propose Anne Rice ! 

L'absorption d'un élixir l'ayant rendu immortel, Ramsès - rebaptisé Docteur Ramsey pour plus de discrétion - découvre le monde moderne. 

Mais le souvenir de la belle Cléopâtre le hante. Revenue à la vie à son tour, celle-ci va se révéler bien plus dangereuse que ne le dit la légende...



C’est étrange, la première fois que j’ai emporté ce livre à la bibliothèque. Je n’avais plus lu d’Anne Rice depuis des années, et c’était ma première lecture depuis l’annonce de sa mort en décembre 2021, qui nous a causé choc et tristesse. Me replonger dans son écriture a finalement été plus facile que je ne le pensais, et je me suis laissée bercer par ses mots.


Je regrette que ce roman m’ait finalement laissé un avis plus que mitigé.


Nous sommes en 1914, et Lawrence Startford, éminent archéologue anglais, fait la découverte du siècle. Un étrange tombeau dans une pièce au style gréco-romain et dont l’occupant momifié n’est d’autre que Ramsès II. Impossible, puisque la momie de ce célèbre pharaon a déjà été découverte il y a près de deux siècles. Pourtant, les écrits qui s’y trouvent semblent prouver le contraire et révèlent une bien étrange histoire. Ramsès le Grand est un immortel, qui a planifié sa mort et voyagé à travers les siècles et les contrées, avant de plonger dans un éternel sommeil… du moins, jusqu’à ce qu’il ne soit réveillé bien plus tard par une jeune reine d’Égypte demandant son aide et ses conseils, Cléopâtre.


Si j'étais sceptique quant à l'idée de départ, il faut avouer qu'elle présente une sacrée originalité ! Faire de Ramsès un immortel qui a non seulement joué un rôle auprès d'une autre figure historique toute aussi célèbre que lui et qui se retrouve dans le monde moderne, non pas en tant que momie meurtrière laissant des cadavres sur son chemin, mais en tant qu'homme de raison déstabilisé mais fasciné par ce nouveau monde, ce qui nous présente un choc des cultures déstabilisant pour Ramsès, mais ô combien intéressant pour les lecteurs, entre Antiquité égyptienne et modernité occidentale.


J'ai beaucoup aimé voir la première partie du roman avec le réveil de Ramsès et le voir découvrir l'Angleterre de 1914, ainsi que toutes les avancées sociales, culturelles, scientifiques et technologiques, être submergé par la surprise et l'émerveillement... j'en viens à regretter qu'il soit semblable à un surhomme, capable d'assimiler toutes ces nouvelles connaissances à une vitesse folle et être capable de maîtriser l'Anglais et son environnement assez facilement. Toutefois, c'est un personnage charismatique et plein d'assurance que l'on découvre pendant une bonne partie du roman. Tout doué qu'il est, il n'échappe pas aux suspicions de l'entourage de Julie Startford, la fille de l'archéologue qui a découvert Ramsès, qui vont essayer de percer les secrets de son identité mais aussi de son élixir d'immortalité. J'ai trouvé intéressant les réflexions de Ramsès quant à l'époque dans laquelle il se trouve, et le semblant de mystère autour de la mort de l'un des personnages de l'expédition archéologique, notamment l'identité du coupable et ses prochains agissements. 



Couvertures proposées par Pocket à travers les années



La seconde partie du roman, celle où Ramsès et Julie voyagent en Egypte pour permettre à l'ancien pharaon de faire ses adieux à son passé, est un peu plus longue... du moins, jusqu'à ce que Ramsès ne découvre inopinément la momie de Cléopâtre et ne décide, sur un coup de tête inconséquent, de la ramener à la vie. Cependant, sa momie n'est pas complète et cette résurrection ne se passe pas comme prévu, et c'est là où ça coince.


Je peux accepter l'idée de Cléopâtre réveillée contre son grès, dont le réveil se passe mal car elle est une momie incomplète. De ce fait, son apparence présente de nombreux défaut et elle a perdu de très nombreux souvenirs de sa vie passée. Déboussolée, rejetée par Ramsès dans un premier temps, elle ne s'y retrouve pas dans ce monde qui n'est pas le sien et se présente plus comme créature meurtrière, pourtant vulnérable dont on ne peut prédire les réactions. Je n'ai toutefois pas du tout adhéré au fait de voir Cléopâtre sauter sur tout ce qui bouge (ou sauter tout ce qui bouge, mais que des hommes hein, forcément…) et la voir comme une femme fatale qu'aucun homme ne peut résister et qui [spoiler] tombe sous le charme de l'insipide Alex, (le fiancé de Julie, comme c'est pratique tiens !) [/spoiler]


J'ai également été déçue par le personnage de Julie qui était prometteur. Fille unique, elle se retrouve comme seule héritière de l'empire de son père, et s'est donnée pour tâche de faire découvrir son monde à Ramsès et de l'aider, tout en évitant ce mariage dans lequel on la presse et les manigances de son entourage pour avoir la main mise sur l'entreprise familiale. C'est au départ une femme forte cherchant à s'émanciper, ne pas se laisser dicter sa conduite et vivre comme elle l'entend. Elle perd de sa saveur en tombant amoureuse de Ramsès et en devant une amante malheureuse sans son Ramsès, prête à se donner la mort s'il la quitte car elle ne peut vivre sans lui, et qu'elle passe son temps à pleurer et se languir.


La plupart des personnages n'est pas inintéressante mais ne m'a pas laissé forte impression, en particulier l'entourage masculin de Julie, outre Samir (Samir parfait, Samir pas besoin de changer) qui cherche à avoir main prise sur l'entreprise des Startford et à marier Julie au poulain de leur choix pour les avantages que cela leur apporterait.


Cependant, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écriture d'Anne Rice qui maîtrise sa plume à la perfection (à part ses scènes hot risibles tant au niveau du dialogue que des descriptions), et qui parvient à nous faire voyager en Angleterre aussi bien qu'au Caire, mais au final je suis ressortie très mitigée de cette lecture, presque déçue. Peut-être en attendais-je un peu trop, ou que je m'attendais tout simplement à autre chose. Je reste davantage charmée par ses vampires que par sa momie. Peut-être que j'aime tout simplement mes momies comme assoiffées de sang que comme des âmes torturées... Dommage ! Peut-être me laisserais-je convaincre un jour par ses loups-garous... 


- Ce que vous voulez nous faire comprendre, dit Elliott, c'est que nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les anciens Egyptiens.

(...) - Non, ce n'est pas ce que je veux dire, dit Ramsès d'un air pensif. Vous êtes meilleurs. D'un millier de façons. Mais vous êtes toujours humains. Vous n'avez pas encore trouvé toutes les réponses. L'électricité, le téléphone, ce sont là des objets magiques. Mais les pauvres meurent de faim. Les hommes tuent pour avoir ce que leur refuse leur propre travail. Comment partager la magie, les richesses, les secrets, voilà bien le problème.