lundi 4 février 2019

Nous, Louis, Roi - Eve de Castro.


L'auteur : Née en 1961, Valérie Cazeneuve dite Ève de Castro est une écrivaine française, auteur de nombreux romans, dont certains à caractère historique.


Quatrième de couverture :


Il signait "Nous, Louis, roi" et il rêvait d'éternité. La gangrène ronge sa jambe. Ses ennemis ont parié qu'il ne passerait pas la fin du mois d'août. A Versailles, on pleure et on prépare l'avenir. A Paris, on fête déjà la mort du tyran. Cloué sur son lit, celui qui s'est voulu le plus grand roi du monde est seul avec lui-même. C'est l'heure des comptes, des adieux, de la vérité. Il reste à Louis XIV dix-sept jours pour quitter sa peau de dieu. Dix-sept nuits pour se découvrir homme.




Mon avis :


Nous, Louis, Roi est un roman à la première personne narrant les derniers jours de la vie de Louis XIV. Tout commence le 15 août 1715, à Versailles. Un mal, que le roi nomme comme étant « la bête », le ronge depuis le début du mois. Elle le dévore petit à petit, elle se fait discrète mais avance sûrement. Le roi l'ignore encore à ce moment-là, mais le compte à rebours a commencé.

Du 15 août au 1er septembre 1715, jour où l'éternel soleil s'est éteint, nous suivons Louis XIV, à la fois l'homme et le roi, alors qu'il songe à cette maladie qui le ronge et l'affaibli, alors qu'il fait le bilan de sa vie. Pourtant, ce n'est pas un homme résigné avec qui nous faisons d'abord connaissance. Malgré son âge, Louis pense simplement être incommodé par une maladie qui finira par être guérie. C'est un homme rétif au sujet de sa maladie, il refuse de perdre la face et reste digne en toute circonstance, il continue de gouverner malgré cette faiblesse. Le soleil doit continuer de briller. Il est Apollon, il est le souverain le plus puissant d'Europe, il ne doit pas flancher. L'héritier au trône est encore si jeune… Et bien que la maladie l'affaibli, Louis refuse de s'avouer vaincu !

Mon ennemie me fait vivre au petit pas, à maigre feu. Elle me transforme en vieillard.Je ne suis pas un vieillard. Je suis le soleil de ce siècle.

Puis peu à peu, alors que les jours et les nuits se défilent et que le roi s’affaiblit de plus en plus, que la gangrène gagne du terrain, Louis lâche peu à peu prise et après l'horreur et la stupéfaction en apprenant qu'il n'y réchapperait pas, vient l'acceptation de son sort et la préparation à la mort pendant les derniers jours, qu'on lui prépare les derniers sacrements, qu'il dit au-revoir à ses proches, … C'est un point que j'ai trouvé intéressant lors de ma lecture. Louis XIV n'est pas tout de suite conscient de son sort, et le personnage se développe au fil des jours et des nuits qui passent, et ses réflexions sont magnifiées par la jolie plume d'Eve de Castro. Il est difficile de s'imaginer dans la peau d'un personnage historique, encore plus de quelqu'un d'aussi illustre que notre Roi Soleil, pourtant cette tâche difficile a été réussie par l'auteur qui nous montre un Louis XIV aussi fidèle que possible. C'est un homme avec une idée très profonde sur sa position de roi, une position qui est aussi un rôle prioritaire sur tout le reste et qui a façonné l'homme qu'il est. Il a une haute idée sur la façon de gouverner la France, et il a consacré sa vie et sa personne pour la gloire de son pays. Louis, c'est avant tout le roi.

La discipline que je donne me redresse. Elle pose sur mon visage le masque qui convient. 

Pourtant, au fur et à mesure de la progression de son mal, Louis XIV redevient Louis. Il n'est plus Apollon, il n'est plus souverain, le glorieux roi soleil, il est un homme face à sa mortalité, Louis consumé par la maladie, par la peur, par la souffrance. Nous voyons peu à peu ce roi arrogant s'humaniser alors que la progression de sa maladie et la proximité de sa mort le ramènent à sa condition de mortel. C'est ainsi qu'il fait doucement tomber le masque, qu'il a porté toute sa vie, pour dévoiler non plus le roi, mais l'homme.

Tout vulnérable qu'il est, Louis XIV se livre. À lui-même, aux lecteurs. Il nous raconte ses doutes, ses réussites, ses peurs quant à l'avenir du royaume, ses questionnements sur sa vie, etc. Il mène une réflexion sur sa vie, sur la façon dont il a régné. Roi trop amoureux de la gloire, il ne s'en cache pas, pas plus qu'il a saigné le royaume pour sa gloire et pour ses guerres. Il ne se cache pas non plus qu'il a trop aimé les femmes. Louis a des regrets et confesse ses péchés. Parfois, il en vient à croire que la bête est une punition envoyée par Dieu, pour le confronter à sa condition de mortel. Louis est âgé, affaibli, mourant. Il a vu de nombreux membres de sa famille mourir avant lui, y compris son fils. Pour lui succéder, un jeune enfant, le futur Louis XV.

Dieu m'a laissé un frêle enfant pour me rappeler ce que j'étais à la mort de mon père.La bête est son piège refermé sur mon cœur.Je me soumets.

Pourtant, même si Louis le Grand tombe de son piédestal, il n'est pas pathétique dans ses derniers jours. C'est certes un homme face à sa mortalité, mais il n'en demeure pas moins digne. C'est un homme quasi-normale qui affronte la douleur et la mort avec dignité, alors que ses médecins ne savent pas quoi faire pour le soulager.

Il se remémore les moments clés de sa vie, bien que pas nécessairement dans le bon ordre mais qu'importe. Il se remémore de son enfance agitée pendant la Fronde avec sa mère, la reine Anne d'Autriche, et son parrain le cardinal Mazarin comme seuls protecteurs. Il évoque ses amours : son premier amour, Marie Mancini, qu'il a du sacrifier, ses nombreuses maîtresses dont Madame de Maintenon qu'il a épousé en secret. Il parle de son entourage : son arrière petit-fils qu'il adore mais qui est beaucoup trop jeune pour régner, Madame – femme de feu son frère – à l'appétit franc et à la langue pendue, à sa seconde épouse douce et pieuse, … Nous apprenons des faits divers de la cour de France, la vie à Versailles, le goût de Louis pour l'art, ce roi qui a tant aimé dansé. Son attachement pour de grands artistes : Molière, dont les comédies l'ont amusé ; Lully, son musicien qui a beaucoup composé pour lui, ou encore Le Nôtre, son jardinier qui a réalisé les jardins de Versailles. Parfois, il est hanté par ses fantômes et s'imagine revoir sa mère, son père et d'autres personnages disparus. J'ai trouvé ça vraiment touchant et empreint de mélancolie.

J'ai trouvé ce court roman vraiment intéressant ! Sans être un coup de cœur, il m'aura vite transporté et plongé dans cet univers de la cour de Louis XIV et, plus que tout, cela m'a remémoré mon ancienne visite au château de Versailles, là où j'aurais tant aimé pouvoir savourer ce livre. Un titre que je recommande !


Extrait :


Je ne marcherai plus. Je ne toucherai plus mes citrons, je n'admirerai plus la symétrie de mes buis, l'or des groupes qui ornent mes fontaines. Je ne me pencherai plus sur le bassin des carpes de Marly, je ne montrerai plus aux visiteurs les girafes et les autruches de la Ménagerie, je ne souperai plus avec Françoise à Trianon, je ne visiterai plus mes chenils, ni mes écuries, ni les ateliers où je corrigeais ici une ligne, là une teinte, une moulure, un vernis.
Je puis tendre les bras et ma volonté, je puis dire : Nous, Louis, roi ordonnons, tout ce qui se donne à admirer au-delà de mon balustre est désormais hors de ma portée.
Je suis prisonnier de mon corps.


Ce billet est une participation au :

dimanche 25 novembre 2018

Bohemian Rhapsody

Fiche technique :

Titre : Bohemian Rhapsody.
Réalisation : Bryan Singer
Scénario : Anthony McCarten et Peter Morgan.
Sociétés de production : 20th Century Fox, GK Films, Regency Enterprises
Durée : 2h13
Genre : Biopic
Sortie : 24 octobre 2018 (RU), 31 octobre 2018 (France), 2 novembre 2018 (USA)

Avec la participation de :

Rami Malek (Freddie Mercury), Ben Hardy (Roger Taylor), Gwilym Lee (Brian May), Joseph Mazzello (John Deacon), Lucy Boynton (Mary Austin), Aaron McCusker (Jim Hutton), Aidan Gillen (John Reid), Tom Hollander (Jim Beach), Allen Leech (Paul Prenter), Ace Bhatti (Bomi Bulsara), Meneka Das (Jer Bulsara), ...



Attention, spoilers non cachés !


Synopsis :


Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.


Mon avis :


On ne présente plus Queen, ce groupe britannique de rock devenu culte, ni son chanteur, le si flamboyant Freddie Mercury qui nous a quitté il y a 27 ans hier. Quand on y pense, que cette célèbre personnalité et au groupe auquel il a appartenu aient droit à leur propre film, ça n'a rien de surprenant en soi.

Bohemian Rhapsody est donc un biopic retraçant l'histoire du groupe, et plus particulièrement celle de son chanteur. Les grandes étapes de sa vie sont évoquées : la vie avant Queen lorsqu'il n'était que Farrokh Busara ; sa rencontre avec Brian May et Roger Taylor, alors musiciens dans un groupe de musique pour étudiants et l'appropriation de ce groupe qui donnera naissance à Queen ; les premiers succès du groupe, rejoint par son dernier membre, John Deacon ; son baptême autoproclamé en Freddie Mercury ; sa relation avec Mary Austin son premier amour ; comment il a révolutionné le monde de la musique à l’époque, son insolence assumée devant les pontes des maisons de disques, les hauts et les bas de la gloire, sa sexualité, sa rencontre avec Jim Hutton, celui qu'il considérera comme son mari, ses nombreux chats, etc. C'est l'histoire d'un Freddie flamboyant, terriblement doué et audacieux, mais parfois seul...

Lorsque je suis allée voir ce film pour la première fois, je ne connaissais que très peu de choses sur Queen mais j'appréciais assez ce groupe, et surtout son chanteur, pour être attirée par l'idée de ce biopic. Puisque je n'étais pas une puriste, j'ai été éblouie par le film, et ignorante des changements décidés par les producteurs. J'avais été si conquise par ce film qu'en sortant de la salle de cinéma, je n'avais qu'une envie : en apprendre le plus possible, et écouter encore une fois leurs chansons pour rêver à nouveau. Maintenant que j'en sais un peu plus sur le groupe, je suis allée revoir le film avec un œil plus critique, et assez déroutée par les différences par rapport à la réalité historique. Le personnage de Mary Austin, notamment, dont le rôle a été magnifié à l'extrême et à qui les producteurs ont donné beaucoup plus d'importance que nécessaire. Je peux comprendre l'intérêt de montrer l'importance de Mary dans la vie du chanteur, et l'attrait pour le trope "Derrière chaque grand homme, il y a une femme", mais je trouve déroutant l'importance accordée à Mary et le fait que nous voyons un Freddie pathétique car encore jaloux et possessif envers la jeune femme, alors que dans la réalité, ils sont restés de très bons amis.


Freddie Mercury au concert de
Madison Square Garden le
27 juillet 1983.

Les producteurs ont également cherché à ajouter du drame en faisant se séparer le groupe à un moment de leur carrière, lorsque Freddie a souhaité faire une carrière solo. S'il est vrai que Freddie Mercury a bien tourné quelques albums solo, il n'est ni le seul, ni le premier membre du groupe à l'avoir fait et cela n'a certainement pas fait se séparer le groupe qui, malgré des brouilles et des disputes, ne s'est jamais séparé. Cependant, les producteurs ont du décider de faire ce choix pour ajouter du drame à l'intrigue, tout comme leur choix d'avancer la date où Freddie a découvert être atteint du SIDA (il a été diagnostiqué en 1987, mais deux ans avant dans le film).


Je déplore également le fait que le personnage de Jim Hutton soit minime, puisqu'il est le dernier compagnon dans la vie du chanteur et que leur histoire d'amour était telle qu'ils se considéraient comme mariés. De ce point de vue, je partage l'avis de Rami Malek qui avait souhaité explorer davantage cet aspect de la vie du célèbre chanteur, et l'importance de la relation entre les deux hommes. Je déplore donc beaucoup de changements qui ont été fait dans ce film, même si c'était surtout pour ajouter du drame à l'histoire. J'admets néanmoins qu'adapter l'histoire de Queen, et plus particulièrement de son chanteur Freddie Mercury, est un projet ambitieux sur lequel il aurait été facile de se casser les dents, tant la vie du chanteur a été riche et flamboyante. Il y a tant à dire et seulement deux heures pour raconter le plus possible. Forcément, cela paraît peu et des éléments ont du être écartés, modifiés, sinon évoqués de façon superficielle.

Malgré ces libertés et incohérences qui me chagrinent, je trouve que Bohemian Rhapsody est un biopic relativement réussi dans l'ensemble, et que Rami Malek mérite définitivement un Oscar pour son rôle tant il a été spectaculaire ! Il a fait un travail remarquable, on voit qu'il y a mis tout son cœur et son âme et qu'il a fait du travail de recherche et s'est adapté à son look pour reprendre les faits et gestes ainsi que la façon de parler de Freddie à la perfection. Il admire énormément cet homme et ça se voit, ça se sent, et on ne peut que s'incliner face au talent de l'acteur. C'est une performance parfaitement réussie, mais les autres acteurs ne sont pas non plus en reste (notamment avec Ben Hardy qui joue Roger Taylor).

Si l'on choisit d'ignorer les incohérences prises dans le film, l'histoire est prenante. On rit et on pleure en suivant Freddie Mercury. Les chansons qui accompagnent l'histoire rythment le film et nous donne plus qu'envie d'écouter leurs chansons pour s'en imprégner encore et raviver des souvenirs grandioses de ce groupe mythique. On est vraiment pris dans l'histoire, et réécouter ces chansons est un pur plaisir !



Scène de l'enregistrement de la chanson Bohemian Rhapsody, dont le
film tire son titre. Cette chanson, que l'on disait qu'elle serait invendable à cause
de sa durée (six minutes !) est devenue l'un des plus grands succès du groupe.

Il me reste toutefois un dernier regret concernant l'histoire (attention, spoilers !) :

J'aurais voulu que le film se termine avec le groupe enregistrant The Show Must Go On, l'une des dernières chansons, la plus culte,  de Freddie Mercury et la réaction des fans écoutant ce dernier morceau, car Freddie a mis tout son cœur pour cette chanson considérée comme son testament musical. La chanson est présente uniquement dans le générique de fin, alors qu'elle aurait mérité d'avoir sa place dans ce film. 

Ce choix peut cependant s'expliquer par le fait que Freddie était déjà bien malade lors de l'enregistrement de cette chanson, et que ce biopic n'avait pas pour ambition de montrer explicitement sa maladie et ses dernières années, mais d'être une célébration de sa vie et que montrer un Freddie mal en point en train d'enregistrer sa dernière chanson aurait été contradictoire.

Je trouve cependant dommage que le film s'achève sur le triomphe de Queen lors du concert caritatif de Life Aids, alors que ce n'est pas l'apogée du groupe, et qu'il y avait encore tant à montrer ! Je peux comprendre le désir de ne pas montrer les dernières années de la vie du chanteur, mais je pense que montrer sa force de caractère lorsqu'il a fallu faire les derniers enregistrements  pour terminer sur l'enregistrement de The Show Must Go On aurait été une façon parfaite de conclure ce film.

Malgré tout, Bohemian Rhapsody est un biopic relativement réussi, malgré les nombreuses libertés prises et les incohérences par rapport à la réalité historique. Il ne faut pas oublier que, biopic ou pas, cela reste un film romancé, et qu'il ne faut pas prendre comme parole d'évangile. Malgré mes reproches et mes regrets, je reconnais que c'est un film avec de nombreuses qualités, et il ne saurait en être autrement puisqu'il a été produit avec l'aide de Brian May et Roger Taylor, tous deux membres de Queen. Malgré tous les défauts que je peux trouver à ce biopic, je ne peux nier que c'est ce film qui m'a fait redécouvrir Queen et qui m'a fait véritablement tomber amoureuse de ce groupe et de son exceptionnel chanteur...

Bref, on en prend plein la vue au niveau des costumes, des décors, de la performance des acteurs et surtout de la musique ! C'est un film qui sent bon le rock, et qui reprend la plupart des hits du groupeDans la salle de cinéma, les gens ont ri et pleuré, j'ai rarement vu ça pendant une séance et c'était une expérience merveilleuse à vivre. Est-ce un film que je recommande ? Oui, très certainement ! En gardant toutefois à l'esprit que c'est une histoire qui a été romancée et qu'il ne faut pas croire que tout ce que dit ce film est réalité ;) cependant, Queen méritait bien son biopic, et les fans apprécieront !





- Voici le lien pour l'une des bandes-annonces du film
afin de vous faire une idée si vous ne l'avez pas déjà vu ;) -

mardi 13 novembre 2018

Les jours sucrés - Loïc Clément et Anne Montel.


Les auteurs : Né en 1981, Loïc Clément est scénariste de bande dessinée et auteur pour la jeunesse. Il est également critique littéraire et enseignant de l’histoire de la bande dessinée. Née en 1988, Anne Montel est une illustratrice et dessinatrice de bande dessinée française.


Quatrième de couverture :

À 25 ans, Églantine apprend le décès de son père et part pour Klervi, le village breton de son enfance. Elle y retrouve sa vie d'avant, ses souvenirs et la pâtisserie paternelle (qui est désormais la sienne), mais aussi Gaël, son amoureux de l'époque, sa tante Marronde et tous les chats du village. Surtout, elle découvre le journal intime de son père. Il y a mis tous ses secrets de vie et de cuisine. Un véritable guide pour Églantine. Et si c'était l'occasion d'un nouveau départ ?



Mon avis :

Si un jour, vous avez le moral dans les chaussettes ou tout simplement une envie d'illuminer un dimanche gris ou pluvieux, je vous conseille cette petite douceur, accompagnée d'une tasse de thé ou de chocolat chaud avec une pâtisserie ! Car oui, le moral n'est pas toujours au rendez-vous, et j'avais besoin d'un petit moment de douceur que ce titre, Les Jours Sucrés, a su m'apporter.

Dans cette histoire, nous suivons Églantine, jeune femme de 25 ans, un peu le cliché de la Parisienne stressée, ronchonne, et légèrement égocentrique, qui balance entre ses clients jamais satisfaits et une relation compliquée avec son patron. Son quotidien est bouleversé par le coup de fil d'un notaire lui apprenant le décès de son père, qu'elle n'a pas revu depuis l'enfance, et qui l'oblige à retourner dans sa Bretagne natale. À peu à l'instar du film Bienvenue chez les Ch'tis, c'est le cliché de la Bretagne grise et pluvieuse qui attend Églantine qui n'a qu'une hâte : régler au plus vite cette histoire d'héritage et reprendre la vie qu'elle a laissé à Paris. Vous vous en doutez un peu, tout ne va pas se passer comme prévu car la jeune femme apprend qu'elle hérite de la boulangerie de son père, baptisée Brav eo.

Cette histoire n'apporte évidemment pas une intrigue originale puisque c'est un thème qu'on voit souvent, particulièrement dans des feuilletons de noël. On retrouve le thème classique de la personne qui va plaquer sa vie de Parisien.ne pour la vie paisible de la province et reprendre le commerce d'un proche et le faire renaître de ses cendres. Seulement, le côté prévisible n'empêche pas de découvrir une jolie petite histoire qui fait chaud au cœur.

Nous retrouvons le thème du retour aux sources avec notre héroïne qui redécouvre sa Bretagne natale. Là-bas, elle retrouve également Gaël, son ami d'enfance qui propose du soutien-scolaire aux enfants du village, ainsi que Marronde sa tante loufoque, souvent entourée de chats et de canards. Cette bande-dessinée reprend aussi le thème des secrets de famille qui refont surface à travers la famille d’Églantine, ainsi que quelques flash-back de son enfance qui apportent un brin de nostalgie à l'ouvrage. Car, oui, si cette bande-dessinée apporte sa dose de douceur, les auteurs abordent différents thèmes tels que l'abandon, la filiation, le poids des secrets familiaux… ainsi que le problème des petites villes et des villages qui sont peu à peu désertés.

À travers cette intrigue où Églantine reprend la boulangerie et tente de la faire revivre de ses cendres, tout en étant confrontée aux souvenirs de son passé que son retour au village lui cause, nous assistons à son évolution de jeune femme blasée qui ne veut pas se reconnecter à son passé et reprendre sa vie à Paris à une personne qui va progressivement s'épanouir dans son village natal et comprendre un peu mieux son passé. Comme notre héroïne, je me suis posée des questions sur son passé, je voulais découvrir le fin mot mais au final, l'histoire se termine mieux qu'elle n'a commencé, avec Églantine qui s'est réconciliée avec son passé et qui est devenue une jeune femme plus apaisée qu'elle ne l'était au départ. 

Ainsi, malgré ses moments doux et drôles, l'histoire a ses quelques moments où l'on se plonge dans la contemplation. Alors certes, l'histoire est prévisible et cliché comme un feuilleton de noël bien guimauve, mais jamais on ne sombre dans la mièvrerie, il y a juste ce qu'il faut, comme une pâtisserie parfaitement dosée et c'est savoureux à lire !

Les dessins accompagnent très bien le côté doux de l'histoire. Le style de dessin est doux, aéré, dépourvu de cadre, au trait simple mais efficace avec des couleurs claires, dans des tons pastels, c'est semblable à de l'aquarelle et ça ne pouvait que me plaire ! L'histoire est également divisée en chapitres et chaque chapitre débute par un nom de pâtisserie (collant avec le contexte du dit-chapitre) ainsi qu'une petite scénette avec les matous du quartier, ce qui est un bonus fort appréciable ! Ajoutons à cela des personnages attachants, avec mention spéciale pour Marronde, la tante loufoque, gourmande avec un caractère fort, qui aime taquiner Mei, la collègue de sa nièce. 

Je n'ai pas grand-chose à ajouter, sans risquer de spoiler. Je retiendrais simplement des Jours Sucrés comme étant une histoire douce et réconfortante comme une pâtisserie, avec une atmosphère cosy et chaleureuse, sans excès. Bref, une bande-dessinée qui se dévore !


mardi 30 octobre 2018

Betty Boob - Vero Cazot et Julie Rocheleau.


Les auteurs : Véronique Cazot est scénariste française de bande-dessinée. Née en 1982, Julie Rocheleau est illustratrice de livres et dessinatrice de bande-dessinée d'origine canadienne.

Quatrième de couverture :


Elle a perdu 
son sein gauche, 
son job
et son mec.

Elle ne sait pas encore,
mais c'est le meilleur jour de sa vie.





Mon avis :

« No body is perfect »

C'est l'histoire d'Elisabeth, une jeune femme comme les autres, avec un travail, un copain, une vie tout à fait normale… jusqu'au jour où le crabe vient l'attaquer et qu'elle se réveille un jour sur son lit d'hôpital, un sein en moins. C'est l'histoire d'une jeune femme à qui on a enlevé une partie d'elle et qui va devoir réapprendre à vivre, avec cette différence…

Comme souvent, c'est sur Livraddict que j'ai découvert ce titre. Ce qui interpelle avant tout quand on commence la lecture, c'est l'absence quasi-totale de texte, de dialogue, un peu à la manière d'un film muet, ainsi que l'absence de cadre dans lequel le dessin « s'enferme », comme dans les bandes-dessinées classiques. Niveau dessin, c'est très coloré ! Nous avons une abondance de rouge, de blanc, de rose, de noir. Peut-être une explosion de couleur pour symboliser la force de vivre, de renaître après la maladie.

Il y a aussi beaucoup de mouvement, de situations burlesques, parfois un peu étranges, mais avec beaucoup de fantaisie ! Car malgré le sujet de l’œuvre, l'histoire est plutôt optimiste, ponctuée de moments drôles, décalés et tendres. Le cancer est une terrible épreuve, et si on a la chance d'y survivre, ce n'est pas sans quelques séquelles. Notre héroïne y laissera quelques plumes puisqu'elle perd son travail et son conjoint, mais dans ses malheurs elle retrouvera progressivement le bonheur. C'est donc perdre quelques plumes pour mieux reprendre son envol.

Cette histoire nous fait se poser la question : comment vivre avec un sein en moins ? Ce n'est pas une simple partie de notre corps, c'est un attribut de notre identité, de notre féminité pour beaucoup d'entre nous, et l'absence de cet attribut peut causer des séquelles psychologiques. Comment se reconstruire ? Comment ne pas avoir le sentiment d'avoir perdu une part de sa féminité ? Comment supporter le regard des autres ? Comment vivre avec cette différence ? Ce n'est évidemment pas facile pour Élisabeth qui hurle de désespoir quand elle s'aperçoit que son sein gauche lui a été retiré, et elle tente de trouver un substitut : glisser un fruit rond dans son soutien-gorge, essayer un sein artificiel que l'on peut coller à la poitrine. Et comme s'il n'était pas assez difficile d'avoir vécu cette terrible épreuve qu'est le cancer, il y a le regard extérieur – celui des proches, du conjoint, des collègues, des inconnus – qui pèse et qui rend le quotidien difficile.

Pourtant Élisabeth essaye de reprendre une vie normale : elle se pomponne, porte de jolies robes, se dandine, prépare un dîner aux chandelles pour son compagnon mais lui n'ose la regarder ou la toucher, il est penaud, il ne sait pas comment s'habituer… Un premier coup dur pour la jeune femme qui sera vite accompagné par un second lorsqu'elle se fait licencier de son travail, son physique n'étant plus considéré comme harmonieux depuis la perte d'un sein. Pourtant, dans ces malheurs, Élisabeth va se reconstruire petit à petit. Suite à une course poursuite rocambolesque après sa perruque, elle va faire une rencontre qui va changer sa vie, rencontrer des gens, des danseuses burlesques. Soutenue par cette troupe de danseuses, la jeune femme va découvrir que l’amour de soi peut prendre toutes sortes de formes et, de ce fait, va tant bien que mal se réapproprier son corps et se reconstruire.

Je n'ai pas grand-chose à ajouter, le cancer est un sujet épineux sur lequel je peine à parler, à trouver les mots justes. J'ai cependant trouvé cette bande-dessinée magnifique, qui parle de ce sujet douloureux et délicat avec beaucoup de justesse, et qui nous apporte une histoire optimiste, comme pour nous prouver que oui, il est possible de se reconstruire, de se réapproprier son corps, et de goûter de nouveau à la vie comme notre héroïne...

vendredi 26 octobre 2018

Jamais - Bruno Duhamel.



L'auteur : Né en 1975, Bruno Duhamel est un auteur de bande dessinée français.


Quatrième de couverture :

Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. La falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement de plus d’un mètre chaque année, emportant avec elle les habitations côtières. Le maire du village parvient pourtant, tant bien que mal, à en protéger les habitants les plus menacés. Tous sauf une, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine, 95 ans, refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.





Mon avis :

De retour avec une nouvelle bande-dessinée, qui se déroule en Normandie, dans le village de Troumesnil dont la falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement d'un mètre chaque année. Le maire a toutes les peines du monde à convaincre une irréductible vieille dame qui résiste encore et toujours aux autorités municipales qui refuse de voir la menace qui pèse sur sa maison. Sa petite maison, elle y tient ! Elle ne compte pas la quitter de sitôt, et sous aucun prétexte ! Malgré l'insistance et les efforts du maire pour la déloger, Madeleine ne se montre pas prête à partir, malgré la menace pesant sur sa chère petite maison… Madeleine ne veut rien entendre, prétextant ne pas voir la falaise diminuer… et pour cause, elle est aveugle de naissance !

Le point central de cette histoire, c'est son héroïne. Madeleine. Une dame aveugle et âgée, certes, mais à qui on ne le fait pas ! Au fil des pages, nous découvrons le quotidien de cette dame : elle part faire les courses, arrose ses rosiers, nourri son chat, prépare le repas pour elle et pour son défunt mari, disparu en mer il y a des années, à qui elle parle comme s’il était toujours en vie et chaque jour, un pan de la falaise s'en va rejoindre le fond de la mer et les autorités municipales ont peine à lui faire comprendre le danger qu'elle risque en restant dans sa maison.

Le personnage de Madeleine est attachant. C'est une femme forte qui ne se laisse pas faire et à la langue bien pendue ! Il y a de quoi apprécier, voire admirer sa franchise et sa force de caractère. Pourtant c'est un personnage que j'ai eu du mal à cerner. Tout le long de la lecture, je me suis demandée si elle était consciente du danger, que sa falaise était grignotée chaque jour, si elle refusait vraiment de croire en la mort de son époux et qu'elle l'attendait encore… C'est au fil des pages que l'on découvre le fin mot de l'histoire, tous ces petits détails qu'elle ne montre à personne et au final, on en vient à ressentir encore plus d'empathie pour cette femme si forte, si courageuse et lucide. Derrière ce « fichu caractère », son ton bourru et son entêtement se cache une personne brisée par la vie qui survit tant qu'elle peut, avec sa solitude et ses souvenirs [spoiler] je trouve ça juste triste qu'elle est prête à laisser son chat mourir avec elle, même si personne ne meurt dans cette histoire ; eh oui, même si c'est de la fiction, je ne pourrais jamais supporter la mort d'un animal [/spoiler]


Je ne retiendrais pas cette bande-dessinée comme un coup de cœur, mais je ne peux pas être insensible à son message, celui de l'importance de laisser les gens décider de leur vie, ainsi que l'évocation de l’attachement à son domicile et la volonté de rester avec ses repères et ses souvenirs. Même si le sujet est, au fond, assez triste, l'histoire ne va pas dans le pathos puisque Madeleine n'est absolument pas le genre de personne à se lamenter sur son sort. Malgré les malheurs qu'elle a vécu et la solitude pesante, elle reste une véritable force de la nature… un peu à l'image de la mer bordant sa petite maison. De plus, j'ai apprécié les traits d'humour présents dans cette bande-dessinée, pas seulement à travers le caractère bien trempé de Madeleine, mais aussi celui des villageois qui ne sont pas sans rappeler ceux du village d'Astérix, ce qui n'est pas une surprise car l'auteur a ajouté quelques petits clins d’œil à Astérix, à travers les villageois dont les disputes se transforment en bagarre, ou les clients critiquant la fraîcheur des poissons du poissonnier.

L'histoire est simple, mais efficace. Le trait de Duhamel est assez classique, mais ses personnages sont très expressifs, sans oublier le décor qui donne envie de découvrir la Normandie ! On peut regretter que l'histoire reste assez courte au final, mais elle va à l'essentiel, et aborde avec efficacité des thèmes durs comme l'isolement, le handicap, le choix, etc. Je ne peux pas trop en dire sous peine de spoilers, mais j'ai passé une lecture agréable, même si peu mémorable en ce qui me concerne. Je ne regrette cependant pas ma lecture, et c'est un titre que je recommande !