lundi 11 novembre 2019

Autopsie (T.1) Whitechapel - Kerri Maniscalco.


J'étudie le corps des femmes qu'il assassine de sang-froid.

J'assiste, impuissante, à la terreur qu'il fait régner sur Londres.

Je sens son ombre peser sur moi. Ses sourires malsain, son regard de tueur.

Je pense connaître l’Éventreur...

1888, quartier Est de Londres. Depuis quelque temps, des meurtres sanglants et horribles touchent les femmes de petite vertu de Whitechapel. Une jeune femme, de bonne famille, en avance sur son temps, enquête au côté de son oncle, médecin légiste.



Je reste encore un peu dans des thèmes assez sombres en ce mois de novembre avec Whitechapel, premier tome d’une série de quatre dont seul le premier est traduit en français pour le moment.

Comme son titre a du sûrement vous mettre la puce à l’oreille, ce roman nous plonge dans le Londres des années 1880 où un tueur s’en prend violemment à des prostituées d’un bas quartier de Londres, Whitechapel. Notre héroïne, Audrey Rose, a vent de cette enquête alors qu’elle étudie en secret, auprès de son oncle Jonathan, la médecine, la biologie et le corps humain dans son laboratoire. Apprenant qu’une des victimes a été au service de sa famille, elle se penche sur l’enquête, en même temps que Thomas Cress, un brillant élève de son oncle.

Le Londres de l’ère victorienne, Jack l’Éventreur, enquête criminelle, héroïne aimant pratiquer des autopsies et autres joyeusetés du genre, Whitechapel avait tous les ingrédients pour me plaire. L’héroïne, Audrey Rose, est une jeune femme en avance sur son temps, préférant les études et la pratique de la science aux réceptions et robes de soie, indépendante, dégourdie et têtue. Elle réussi à échapper aux clichés de la femme indépendante qui déteste tout ce qui a attrait à la féminité et persuadée qu’elle n’a pas besoin d’aide. Si Audrey Rose se borne parfois à répéter ne pas avoir besoin d’aide, même pour des situations dangereuses, cela ne revient pas assez souvent pour que je puisse considérer le personnage comme agaçant. Audrey Rose reste plutôt attachante, féminine, intelligente, curieuse, dégourdie et humaine, tout simplement. Elle forme un duo intéressant avec Thomas Cress, jeune homme séduisant, intelligent et quelque peu arrogant mais qui sait être attachant, sans tomber lui-aussi dans les clichés. Ces deux personnages forment une bonne dynamique et leurs échanges sont délicieux, même si on se doute de la tournure que prendra leur relation, car si j’ai bien appris une chose des policiers et thrillers, c’est que le drame et les crimes rapprochent souvent deux personnages !


J’ai beaucoup aimé plonger dans le Londres de l’ère victorienne avec d’un côté ses beaux quartiers et de l’autre la partie plus sombre, glauque et brumeuse de la ville. L’auteur nous tisse également une critique de la place de la femme dans sa société. Les biens nées sont destinées à faire un beau mariage et l’intellect n’est pas souhaité chez ces femmes à l’inverse des robes de soie et autres histoires de chiffon. Les moins fortunées sont réduites à vendre leurs charmes pour vivre et dormir sous un toit.


File:Jack the ripper.jpg
"Another Victim of Jack the Ripper -
 Alleged Attack on Pretty Miss Eisenhart
in the Cooper Hospital, Camden, N. J., Slashing Her in a Terrible Manner".
 Illustration from the National Police Gazette  (February 16, 1889) 
Les descriptions sur les dissections et autopsies sont réussies et parviennent à nous immerger dans cet univers, à se croire presque dans le laboratoire de l’oncle Jonathan, le nez penché au dessus d’un cadavre et tirant des analyses après observations des plaies. L’enquête criminelle est plutôt bien menée, bien que je doive lui reprocher quelques facilités (des libertés historiques prises et des facilités dans le récit, par exemple des personnages masculins admettant notre héroïne à des endroits où elle n’aurait jamais eu le droit de se trouver), quelques éléments prévisibles, et un manque de tension et de complexité que j’aurais aimé retrouver pour faire justice à une enquête aussi sombre que celle de l’assassin de Whitechapel. L’auteur nous dévoile en effet de nombreux indices. Si j’ai bien appris quelque chose des romans d’Agatha Christie, c’est qu’il faut toujours se méfier quand le coupable parfait est annoncé plusieurs chapitres avant la fin, car il faut souvent s’attendre à un retournement de situation ! Néanmoins, la révélation de l’identité de l’assassin et ses motivations ont su me surprendre quelque peu (après, je n’ai pas mené pour enquête pour chercher de mon côté le vrai coupable) et j’ai lu ce roman à une période où je ne souhaitais pas de lecture trop prise de tête. 





L’auteur a également consacré plusieurs pages à la fin de son roman pour nous montrer les libertés prises avec la réalité historiques et ce qu’il s’est réellement passé, un point que j’ai beaucoup apprécié car l’affaire Jack l’Éventreur m’intéresse beaucoup. Toutefois, si vous voulez votre dose d’horreur, vous serez peut-être déçus car l’action prime sur la psychologie des personnages et moins sur une description sanglante des meurtres. Des lecteurs plus adultes ne seront peut-être pas tous rassasiés mais pour ma part, j’ai trouvé ce petit polar victorien fluide, divertissant et assez intéressant pour que les pages se tournent sans difficultés, assez pour avoir envie de lire la suite. Les personnages sont attachants pour la plupart, on entre bien dans l’atmosphère de la Londres victorienne et l’enquête est divertissante. Une agréable lecture en somme. Si la suite de la série est traduite en français, je la lirais avec plaisir !

Le portrait cachait un passage secret. Un filet d'air glacial, provenant d'une descente obscure, me rabattit les cheveux sur le visage. Je n'en croyais pas mes yeux. Il y avait là un escalier en pierre qui attendait d'être exploré. Ou m'ordonnait de décamper. Je comprenais mal à quoi cette gueule béante m'incitait.

Chapitre 27. Un portrait à étudier de près.

dimanche 10 novembre 2019

Cold Winter Challenge

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Halloween est fini depuis plusieurs jours et nous commençons à bien entrer dans le mois de Novembre avec ses températures hivernales, et ses décorations de Noël et gros pulls, gants, bonnets et écharpes qui envahissent les magasins depuis plusieurs semaines. Noël approche à petit pas avec la saison hivernale !

Une bonne occasion pour moi de découvrir le Cold Winter Challenge, organisé par Margaud Liseuse depuis quelques années déjà. Souhaitant me plonger dans des lectures plus hivernales après le Pumpkin Autumn Challenge, j'ai été ravie de découvrir l'existence de ce challenge et c'est avec plaisir que j'y participe.

Il s'agit d'un challenge ouvert du 1er décembre 2019 au 31 janvier 2020, où l'on peut participer librement, sans contrainte au niveau du nombre de livres à lire. Le but du challenge est de lire des livres en rapport avec la saison hivernale, Noël, le nouvel an, ... Je vous invite à regarder la vidéo de présentation ci-dessous où Margaud Liseuse présente mieux que moi son challenge :



Ma PAL (Pile à Lire) :

🎅 La magie de Noël (Noël / Nouvel An / Avent) :

- Frères de Tranchées, de Marc Ferro et cie.

Couverture Frères de tranchées

A l'hiver 1914, après plusieurs mois de marche, des soldats se sont trouvés immobilisés dans des tranchées improvisées. De chaque côté, l'ennemi a pris un visage. A la moindre pause, il boit, il rit. Bientôt, d'une ligne à l'autre, on s'envoie chocolat, cigarettes, on partage alcool et bière sans s'occuper de la couleur de l'uniforme, à l'Est comme à l'Ouest. 

Cette manière d'oublier la guerre, le temps d'un Noël ou d'une fête de Pâques, c'était aussi une façon de l'humaniser quand les ennemis se retrouvaient frères. Mais la guerre ne les a pas oubliés, elle a sanctionné les auteurs, censuré les récits, gommé les souvenirs jusqu'à les réduire à des faits divers, symptômes des malheurs du temps.



- Lettres du Père Noël, de JRR Tolkien.

Plus connu pour ses travaux universitaires et pour l'invention de la Terre du Milieu, J.R.R. Tolkien est aussi un formidable auteur de contes pour enfants. Comme Bilbo le Hobbit et Roverandom, les Lettres du Père Noël ont d'abord été destinées à ses trois fils et à sa fille, auxquels, chaque année, entre 1920 et 1943, Tolkien a écrit une lettre (parfois deux) prétendument envoyée du Pôle Nord par le Père Noël ou l'Ours Polaire.

Ces trente lettres (dont quinze traduites pour la première fois, dans cette édition revue et augmentée) forment un récit très prenant des aventures du Père Noël et de l'Ours du Pôle Nord, et de leurs démêlés avec les gobelins, qui plaira aux enfants, à leurs parents, et surprendra plus d'un amoureux de Tolkien.



- Une seconde avant Noël, de Romain Sardou.

1851. A Cokecuttle, une cité industrielle anglaise, le petit Harold survit péniblement, vivant sous les ponts et ramonant des cheminées. Et pourtant... Harold ignore qu’il est promis à un destin fantastique. Guidé par un génie invisible, il va découvrir un monde peuplé de lutins, d’arbres magiques et de rennes volants. D’extraordinaires voyages l’y attendent. Il est appelé à devenir un personnage que nous connaissons tous très bien : à la longue barbe blanche et au costume rouge éclatant...

Ce petit orphelin est le Père Noël avant qu’il devienne le Père Noël !

Au travers de mille péripéties joyeuses, nous allons assister avec lui à son premier Noël, à sa toute première distribution de cadeaux. Une seconde avant Noël, la question reste posée : le père Noël débutant parviendra-t-il à livrer les jouets aux enfants ? Redonnera-t-il enfin aux hommes le goût de l’impossible et du merveilleux ?


❄️ Flocons Magiques (Contes / Réécriture de contes / Légendes / Fantasy-Fantastique)

- La Reine des Neiges, de Simon Rousseau.

Couverture La reine des neigesFuyez. Elle arrive, elle est tout près. Elle n’épargnera personne. Les arbres tombent, la terre gèle, l’air est infect. Courez si vous ne voulez pas finir six pieds sous la neige. Une adaptation déroutante du fameux conte d’Andersen.

Le meurtre immonde d’un prêtre dans un pensionnat autochtone, au début des années 1970. L’inconcevable suicide du grand-père d’une journaliste prête à tout pour faire éclater la vérité.

Un chamane amérindien banni de sa communauté, reclus au coeur d’une forêt mystique. Une entité ancienne née du froid et de la famine, prête à rétablir son pouvoir sur son royaume de glace.

Une effroyable légende, oubliée de tous…

- Contes de Noël, de Charles Dickens.

Couverture Contes de Noël Editions Folio  (Classique) 2012

Dans ces cinq contes, Dickens célèbre l'esprit de Noël, le partage et la charité, et dénonce l'injustice sociale qui exclut les pauvres de cette fête. 

C'est un portrait truculent de la vie quotidienne et une condamnation sans appel de l'exploitation et de la misère. 

Ce message social, Dickens nous le donne en douceur, par le détour du conte et du fantastique. 




- L'Ours et le Rossignol, de Katherine Arden.

L'Ours et le Rossignol par ArdenAu plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. 

Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Inspiré de contes russes, L’Ours et le Rossignol a su en garder toute la poésie et la sombre cruauté
.



🎄 Marcher dans la neige (Nature writing / Littérature de voyage / Grands espaces / Nature)

- L'Odyssée, de Homère.




L'épopée d'Ulysse pour revenir de Troie, en Asie Mineure, jusqu'à sa terre natale, l'île d'Ithaque, dans la mer Ionienne, à l'ouest de la Grèce. 

Récit et conte merveilleux, cette épopée est, dans le monde antique, le texte fondateur source de toute culture. 

Des extraits des épisodes principaux avec des commentaires historiques, archéologiques et anthropologiques sur la Grèce antique.




- Le Tour du Monde en 80 Jours, de Jules Verne.


Phileas Fogg est un homme d'une ponctualité infaillible. Ce Londonien discret et fortuné a un emploi du temps immuable. On ne lui connaît qu’une occupation, le Reform-Club, et qu’un seul vice, le whist ! Ce portrait aurait pu en décourager plus d’un. Pas Jean Passe-Partout, son nouveau domestique français : enfin un maître sans histoire.

Mais, le jour même où il l’engage, Fogg parie qu’il réalisera le tour du monde en quatre-vingts jours pour prouver la véracité des calculs du Morning Chronicle ! Rendez-vous est pris. Toute l’Angleterre se passionne pour les exploits de ce gentleman. L’inspecteur Fix aussi, mais pour d’autres raisons : vingt mille livres sterling viennent d’être dérobées à la Bank of England et la description du voleur correspond à celle de Phileas Fogg.

Mais que ce soit en paquebot, en train, en yacht, en traîneau ou même à dos d’éléphant, notre duo fera tout pour revenir triomphant à Londres !

- Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne.

Le professeur Aronnax, son domestique Conseil et le harponneur Ned Land, qui cherchaient à capturer un fantastique monstre marin, se retrouvent prisonniers du capitaine Némo, à bord de son sous-marin le Nautilus.

Quel lourd secret cache Némo pour vouloir les retenir ainsi à jamais ? C’est alors que parallèlement au fabuleux périple maritime qu’ils entament, s’engage une lutte psychologique et culturelle entre Aronnax et Némo.


A l’envoûtement créé par les aventures et les découvertes fabuleuses, s’ajoute le piment des joutes scientifiques et historiques auxquelles s’adonnent le professeur et le capitaine.




 Stalactites ensanglantées (Polar / Thriller / Policier / Roman à énigmes)

- Christmas Puddingde Agatha Christie.


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Trois nouvelles parmi d'autres, trois facettes de l'ingéniosité et du talent d'Agatha Christie. 

Où dissimuler, un soir de Noël, un rubis - gros comme un bouchon de carafe - dérobé à un prince oriental ? 
Quelle foi ajouter à l'intuition de cette lady qui 
prétend savoir, contre toute vraisemblance, qui est l'assassin de son mari ? Comment mettre un crime dans un jardin, alors qu'on vous a enfermé à double tour dans votre chambre ? 

Hercule Poirot et Miss Marple ont réponse à tout...




- Le spectacle de Noël, de Anne Perry.

Le spectacle de Noël par PerryCaroline, la mère de Charlotte, séjourne avec son mari Joshua Fielding et sa troupe de théâtre à Whitby, un village de pêcheurs que le comte Dracula a foulé dans le roman à succès portant son nom.

Une adaptation de ce roman est montée par Joshua et jouée, à Noël, par la fille d’un millionnaire du village, Charles Netheridge.

Non seulement la première est un désastre mais l’apparition soudaine d’Anton Ballin, un étranger masqué de noir, vient donner la dimension dramatique qui manquait à la pièce. 

Rapidement, un sentiment de malaise naît, un meurtre est commis.



- Le Noël d'Hercule Poirot, de Agatha Christie.


Le Noël d'Hercule Poirot par ChristiePour la première fois depuis vingt ans, le vieux Simeon Lee a décidé de réunir tous ses enfants pour les fêtes de fin d'année. Le 24 décembre, on le trouve sauvagement assassiné dans sa chambre.

Tout le monde, évidemment, détestait ce vieillard cynique : Alfred et sa femme pour la tyrannie qu'il exerçait sur leur couple, David pour les humiliations dont il a abreuvé sa mère, George pour la rente - trop parcimonieuse à son goût - qu'il lui sert, Harry, le fils prodigue, pour le mépris dans lequel il le tient.

Et puis il y a ce mystérieux M. Farr qui vient d'Afrique du Sud. Et la jeune Pilar, la petite-fille espagnole, n'a-t-elle pas déclaré froidement que, si elle avait un ennemi, elle n'hésiterait pas à lui trancher la gorge ?

Vraiment, le vieux Simeon n'aurait pas dû faire part devant tout le monde de son intention de modifier son testament, il n'aurait pas dû faire cette scène détestable à ses enfants réunis, il n'aurait peut-être pas dû faire devant Pilar étalage de ses diamants.


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Voilà pour ma PAL ! C'est un challenge où on peut se choisir un menu, mais le but est de lire le nombre de livres que l'on se fixe (ou pas). Le principe est de participer et d'y prendre du plaisir ! Pour ma part, je vais être raisonnable et choisir le menu "Flocon" où, parmi les quatre menus proposés, on peut en choisir au minimum un et de lire au moins un livre correspondant à ce menu. Dans la mesure du possible, je lirais un livre par menu, sinon je me concentrerai sur un ou deux menus pour tenter de valider le challenge. Allez, on y croit !

Loup y es-tu ? - Henri Courtade.


Et si les êtres maléfiques des contes de notre enfance existaient réellement?

Sans doute ces créatures vampiriseraient-elles notre planète. Elles seraient de tous les génocides, manipuleraient les plus grands dictateurs. Bref, tapies dans l’ombre d’Hitler ou sous le feu des projecteurs des plateaux télé, elles auraient entre leurs mains expertes le devenir de l’humanité.

Sinistre tableau !

Si de tels êtres vivaient, il serait à souhaiter que leur alter ego bienfaisant existe également. Qu’en ce début du XXIe siècle, ces personnages merveilleux s’éveillent et décident de se battre.

Et alors, qui sait de quel côté la balance pencherait…


Ce roman a fait beaucoup de bruit à sa sortie, notamment sur Livraddict, il était logique que la curiosité m’emporte, d’autant plus que la couverture est sublime. Lu il y a quelques années, je profite du Pumpkin Autumn Challenge pour relire ce titre qui m’avait déjà plu à l’époque. Après l’avoir relu, je peux confirmer que la magie a de nouveau fait son effet !

Nous suivons différents personnages. À commencer par Albe Snösen, une jolie jeune femme qui vend des tickets pour des films et spectacles lorsqu’elle est tirée de sa routine par deux curieux personnages, deux nains nommés Franz et Albert qui cherchent à la protéger et réveiller les souvenirs de sa vie antérieure. Nous suivons également Virginia Woolf, une jeune et talentueuse créatrice de mode qui révèle avoir une haine envers la couleur rouge et d’étranges cauchemars dans lesquels elle se voit poursuivie par une créature monstrueuse. Alors qu’elle s’apprête à présenter ses dernières créations lors d’un défilé de mode lorsqu’elle est kidnappé par un grand homme blond qui souhaite la protéger et la conduire auprès d’amis sûrs. De l’autre côté, nous avons Marilyn von Sydow, qui fait partie des tous puissants du monde contemporain, et son sbire Le Loup, qui semblent être à l’origine de nombreuses catastrophes mondiales telles que l’ascension d’Hitler ou les attentats du 11 septembre 2001. Ces deux antagonistes cherchent à nuire aux belles héroïnes des contes de fées que nous connaissons mais deux échappent encore à leur contrôle : Blanche-Neige et le Chaperon Rouge

Au premier abord, il peut sembler étrange de connecter notre histoire et notre société contemporaines aux contes de fées, surtout avec des drames tels que la Seconde Guerre Mondiale et les attentats de 2001. Cependant, Henri Courtade a su se réapproprier les contes de notre enfance et les amener dans notre réalité de façon originale, nous offrant ainsi une histoire passionnante reprenant les contes de fées. Le résultat aurait peu être raté, cependant tout est relié de façon logique. Nous avons la principale antagoniste, Marilyn von Sydow, alias la belle-mère de Blanche-Neige, et ses deux sœurs (les méchantes d’autres héroïnes de contes de fées) qui sont à l’origine des catastrophes que le monde a pu vivre avec Marilyn comme étant la plus cruelle et la plus intelligente. Une adversaire redoutable qui aura réussi à me faire craindre le devenir de nos héroïnes [spoiler] d’autant plus que, nous le découvrons dans le roman, elle est parvenue à être responsable de la mort de la Belle au Bois Dormant ou encore Cendrillon [/spoiler]. Quant au Loup, celui-ci est là pour apporter son lot de frisson, avec notamment son obsession, son éternelle faim pour le Chaperon Rouge… Là où Marilyn incarne le méchant manipulateur et froid, le Loup incarne le méchant bestial, violent et sanglant.

De tous les personnages, le personnage du Traqueur est celui qui m’a le plus convaincu et intéressé, car il a une personnalité complexe et très intéressante et je n’ai d’ailleurs pas vu venir la révélation au sujet de ce personnage. Comme Virginia, j’ai ressenti la même curiosité et la même attraction pour ce personnage. Quant aux nains, ils sont attachants et sont mis en lumière de manière intéressante, mais je n’en dirai pas plus, de peur de spoiler. J’ai aussi aimé le personnage de Frédéric avec son côté prince charmant un peu naïf, je regrette qu’on n’en sache pas plus sur lui. Concernant à nos héroïnes, elles s’insèrent bien dans notre monde contemporain et sont agréables à suivre, avec une nette préférence pour Albe et surtout une curiosité qui se pose davantage sur leur devenir et leur passé qui se dévoile peu à peu et qui nous permet de mieux cerner les personnages et comprendre comment elles en sont arrivées là. Les héroïnes sont plaisantes à suivre, mais je dois avouer que ma préférence allait surtout vers les personnages secondaires !

Le roman nous présente également de nombreux flash-back sur le passé de nos héroïnes, ce qui permet de comprendre comment elles sont arrivées là, comment elles sont devenues les femmes qu’elles sont à présent, leurs vies antérieures au sein de leurs royaumes respectifs, ce qui renforce le côté fantastique du récit et nous plonge davantage dans l’ambiance des contes de fées, ce qui peut que plaire aux amateurs de ce genre ! Comme les contes, le récit se révèle parfois sombre. D’une part, il fait écho aux tragédies de notre histoire et surtout du XXe et XXIe siècles (la Seconde Guerre Mondiale avec ses crimes contre l'humanité est d'ailleurs très présente dans le roman, elle a son importance dans l'intrigue), mais d’autre part par ses antagonistes. Il fait également écho à des thématiques tels que les crimes de guerre, la nature humaine, la manipulation des médias, les influences néfastes de notre société (par exemple, le poids dans le monde du mannequinat).

C’est un roman bien ficelé, fort de son contexte, avec un mystère de plus en plus présent au fur et à mesure que l’on avance dans le texte, avec beaucoup de tension, de questions, de révélations. C’est assez rythmé et on avance avec beaucoup d’aise dans le roman, aidé par le format court des chapitres et l’écriture fluide et simple de l’auteur, et des références aux contes dans ses titres de chapitres. Si je m’attendais à autre chose concernant la confrontation finale, je ne ressors pas déçue de ce roman. L’auteur a su mettre en place un cadre original et passionnant où se mêlent les contes de notre enfance avec notre société et nous faire plonger dans son histoire pour n’en ressortir qu’une fois la dernière page tournée !

                                                                                    🎃 Pumpkin Autumn Challenge 🎃

🔮  Automne Astral 🔮 

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Songe d'une nuit d'automne

(Couverture aux couleurs de la nuit :
Bleu, Violet, Mauve)

samedi 9 novembre 2019

Le Carnaval aux Corbeaux - Anthelme Hauchecorne.

Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.

Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.

Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre.

Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.

À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite… Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?




Je reviens sur ce blog avec ma troisième lecture pour le Pumpkin Autumn Challenge. Avant toute chose, je voudrais dire que j’avais, par mégarde, placé ce titre dans la sous-catégorie « Jack O’ Lantern » du menu Automne, Douceur de Vivre en pensant que ce titre parlerait d’Halloween mais il semblerait que cette lecture se place davantage dans la catégorie « Les Freaks, c’est chic ! » du premier menu. Cependant, j’ai déjà présenté ma lecture dans cette catégorie, mais pour le menu qui me concerne, je peux placer ce titre dans la sous-catégorie « L’Autre Mère » car ses thèmes correspondent bien à ceux qu’on peut retrouver dans l’histoire. Je ferme à présent ma parenthèse.

Ce titre me faisait déjà envie l’année dernière, et j’ai décidé de profiter du challenge pour découvrir enfin ce livre dont la couverture m’attirait et laissait supposer une lecture d’Halloween bien intéressante. L’histoire prend place dans un village d’Alsace en apparence normal et tranquille. Nous suivons deux jeunes garçons de 13 ans que tout oppose mais liés par une amitié forte et un goût prononcé pour la bizarrerie : Ludwig Poe et Gabriel Grimm

Ludwig est un jeune garçon qui vit seul avec ma mère, abandonné par son père à la naissance, vivant dans un manoir miteux. Possédant un don pour le dessin et une passion pour le spiritisme, il tente de recevoir des messages de l’au-delà et plus particulièrement de son père. Gabriel est l’aîné d’une famille autrefois prestigieuse de la ville mais à présent nantie, historien amateur et la voix de la raison qui manque souvent à son ami. Les deux jeunes garçons vivent de curieuses péripéties qui vont s’accentuer lors de l’arrivée de l’Abracadabrantesque Carnaval, un carnaval tenu par des forains qui semble d’abord normal mais qui se révèle être quelque chose de plus inquiétant…

Tout d’abord, je tiens à dire que je suis ravie de lire un roman aussi intéressant se dérouler en France (je trouve en effet que rares sont les romans à se dérouler en France et en dehors de la capitale). L’auteur ne se contente pas de dire que l’histoire se déroule en Alsace, on se croirait presque dans un bourg alsacien et le roman est truffé de références à des légendes alsaciennes et germaniques. J’ai aussi appris avec plaisir qu’il a consacré un roman à sa région d’adoption qui est ma région natale, ce qui me rend encore plus curieuse de découvrir les romans de l’auteur.

Au début du roman, je m’attendais à une histoire sur des fantômes, du spiritisme, des balades dans des cimetières brumeux. Si je ne suis pas tombée sur ces choses auxquelles je m’attendais, je ne ressors pas déçue pour autant. C’est un roman jeunesse intéressant où l’univers forain se mêle au monde des morts.

Dans ce roman, nous suivons trois personnages : Ludwig Poe, Gabriel Grimm, et Julia Poe, la mère de Ludwig. Le changement de point de vue peut se révéler déconcertant car cela change régulièrement au sein d’un même chapitre, pouvant couper en pleine action ou dialogue. Les personnages sont toutefois plaisants à suivre, surtout nos deux amis. Sans s’identifier à eux, j’ai ressenti une grande curiosité et j’avais envie de découvrir leur passé, l’histoire de leurs familles et ce qu’il allait advenir d’eux, ce qui m’a fait tourner les pages sans difficulté. Nous avons affaire à une quête d’identité entre ces deux garçons qui grandiront au fil des pages mais aussi d’une amitié improbable mais forte que rien ne pourra rompre. Ce sont deux caractères différents mais avec ce même goût pour tout ce qui a attrait au bizarre. 

Herr Alberich
S’ajoutent également à eux d’autres personnages tels que Silke, une jeune fille albinos et orpheline qui cherche le moyen de venir à bout du carnaval pour raisons personnelles, la logeuse de la famille Poe, la famille Grimm, et bien-sûr les forains ! Si je n'ai pas à me plaindre de cette panoplie de personnages intéressants, je déplore toutefois que Silke se soit montrée moins présente et moins importante que je ne le pensais au départ, et j’ai eu cette sensation que son rôle était beaucoup plus effacé sur la fin du roman, alors que je trouve que ce personnage a du potentiel. J’ai eu ce sentiment d’inachevé. Cependant, ce roman est le premier d'une saga, peut-être l'auteur aura l'occasion d'exploiter davantage ce personnage ?

Les forains se sont révélés être très intéressants ! Un nain fourbe, une diseuse de bonne aventure, un homme de glace, des doppelgängers, une femme reptile… toute une galerie de freaks ! Je m’attendais à voir en eux les antagonistes du roman, mais ils ont un rôle plus complexe que ça et les ranger dans une catégorie serait ne pas leur faire justice. Je pense notamment au nain Alberich que je considérais comme une pourriture mais qui a su m'amuser et me toucher par moment. Nous avons ainsi plusieurs personnages originaux, différents mais avec en commun le carnaval et leur sombre passé, un passé dans lequel ils ont tenté de tromper la Mort. Notre foire se révèle rapidement être une parade fantôme qui apparaît tous les 13 ans au moment d’Halloween pour hanter la ville et ses habitants pendant quelques jours, des jours où les morts coutoient les vivants, entraînant de terribles conséquences…

Ce roman est très rythmé ! On ne s’ennuie pas une seconde car les actions sont nombreuses, avec beaucoup de rebondissements, de révélations inattendues et retournements de situation. Il y a des éléments que je n’ai pas vu venir, ce qui a rendu ma lecture encore plus plaisante. Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place, rien n’est laissé au hasard et de nombreux détails ont leur importance. Même si on ne sait pas toujours comment ces pièces vont s’assembler, elles finissent toutes par trouver leur place à un moment ou à un autre.

Le point fort du roman, c’est son ambiance. Si vous souhaitez une ambiance « halloweenesques », vous serez servis ! Cette histoire est un mélange des créations de Tim Burton (certain.es feront le rapprochement avec Sleepy Hollow, Beetlejuice, Les Noces Funèbres, ...)  de mythologie germanique et d’histoires de fantômes. L’auteur possède de solides références et n’hésite pas à les disperser dans son récit, et c’est annoncé d’emblée avec les noms de famille de nos personnages principaux ! De nombreux thèmes, comme la mort, les revenants, des créatures surnaturelles, les illusions et faux-semblants, la Toussaint, l’univers des forains, du tarot ou encore des machines farfelues sont évoqués, sans oublier des thèmes plus psychologiques comme l’abandon, le vide affectif, la nostalgie, l’amitié, la peur, le passage de l’enfance à l’adolescence. C'est aussi une histoire de famille, celles de nos héros. Pourquoi les Grimm, famille autrefois prestigieuse, a sombré ? Pourquoi Charles Poe a abandonné sa femme et son fils ? Que veulent dirent ses messages ? Quels secrets cachent ces familles ? C'est aussi une histoire d'illusions, de faux-semblants car tout n'est pas ce qu'il semble être, on ne peut pas se fier à tout le monde et ce qui peut sembler inoffensif ne l'est pas !

On entre dans cet univers beaucoup d’aise et on s’y plonge grâce à l’écriture de l’auteur, qui a une très belle plume, et sait décrire ses scènes pour nous en mettre plein la vue, avec de belles tournures de phrases et même des touches d’humour agréables dans une histoire qui a des moments plutôt sombres.

Pour résumer : ce fut lecture très agréable ! Une agréable surprise ! Je craignais une histoire qui s’adresserait davantage à un public adolescent mais elle tend plus vers le burlesque horrifique avec ses forains morts-vivants, ses créatures surnaturelles, ses thèmes sur la mort, l’abandon, l’amitié. Nous avons une panoplie de personnages intéressants, beaucoup d'action et de rebondissement également qui empêche le lecteur de s'ennuyer ! Le tout saupoudré d’humour noir et cynique et des belles illustrations de Loïc Canavaggia et Matthieu Coudray, ce qui apporte un petit plus non négligeable à l’histoire.

                                                                              🎃 Pumpkin Autumn Challenge 🎃

🔮  Automne, Douceur de Vivre 🔮 

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L'Autre Mère
(Famille / Amitié / Illusion / Faux-semblants)

samedi 5 octobre 2019

Carmilla - Sheridan Le Fanu.

Dans un château de la lointaine Styrie, au début du XIXe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive. Lorsque surgit d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne.

Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare  de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla...

Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais "par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain".

Métaphore implacable de l'amour interdit, Carmilla envoûte jusqu'à la dernière ligne... jusqu'à la dernière goutte de sang !


Que serait un mois d'Octobre sans un peu de lecture sur les vampires ? Ecrit 25 ans avant Dracula de Bram Stoker qui a majoritairement et définitivement faire reconnaître le vampire, Carmilla est une lecture incontournable pour les amateurs de vampires et de littérature gothique.

L'histoire nous est narrée par l'héroïne, Laura, une jeune fille appartenant à une aristocratie modeste et qui vit dans un château isolé en compagnie de son père, sa gouvernante, Mme Perrodon, et de sa préceptrice, Mlle de Lafontaine. Orpheline de sa mère, Laura a vécu une vie plutôt solitaire. Ainsi, se réjouit-elle lorsque son père offre son hospitalité à une jeune fille charmante et ravissante, suite à un accident de voiture. Inexorablement attachée à sa nouvelle amie si belle et attirante qui se nomme Carmilla, Laura cherche à en apprendre plus sur elle mais Carmilla reste discrète et refuse de parler de ses origines ou de sa famille. Au fur et à mesure que le temps passe, Laura remarque les étranges habitudes de son amie : son humeur mélancolique et changeante, le fait qu'elle s'enferme dans sa chambre dès la nuit venue pour n'en ressortir que début d'après-midi... Mais, profondément attachée à son amie, Laura choisit de faire l'impasse sur ses manies. En parallèle, une étrange épidémie se répand dans la campagne avoisinante et de nombreuses jeunes filles font d'étranges rêves et finissent par mourir de langueur au bout de quelques jours. Laura, elle-aussi accablée de rêves étranges où elle finit par ressentir une étrange douleur au niveau de son cou, s'affaiblit mais tente de cacher son état de santé à son entourage... Jusqu'à l'arrivée d'un ami de son père, un général, qui racontera à Laura et son père sa triste histoire, levant le voile sur une vérité dérangeant...


Sheridan Le Fanu
(1814 - 1873)
Bien que la véritable nature de Carmilla et l'intrigue de ce récit nous semblent évidents et que l'héroïne peut nous sembler bien naïve, il faut se mettre dans la peau du lecteur du XIXe siècle en découvrant cette histoire. Dracula n'était pas encore publié, et le vampire n'était pas encore bien connu dans la littérature fantastique. Il faut donc savoir replacer ce récit dans son contexte. Certaines personnes pourront trouver ce récit intéressant mais pas inoubliable, ce que je peux comprendre. Sans égaler mon amour pour le roman de Bram Stoker, j'ai passé un agréable moment avec Carmilla. L'avantage étant que ce récit est court et se lit facilement et rapidement. On entre dans l'histoire facilement, avec l'envie de savoir ce qu'il va se passer au fil des pages. L'intrigue, si elle ne surprend pas, est bien menée, directe comme un conte, une nouvelle. 



L'un de ses aspects, c'est son ambiance délicieusement gothique ! Château isolé, vieille chapelle, forêt sombre et mystérieuse, paysages brumeux, l'héroïne pure, innocente et naïve, un antagoniste fascinant, mystérieux et inquiétant... Tous les ingrédients du gothique sont là, pour mon plus grand plaisir, avec des descriptions parfois poétiques, illustrant une atmosphère angoissante pour l'époque, notamment à travers les indices que laisse l'auteur sur la nature surnaturelle de Carmilla. L'écriture est très fluide et j'ai été séduite par les descriptions des paysages qui entourent le château, elles sont presque poétiques et permettent de bien s'imaginer le décor et l'ambiance gothique avec ses brumes, ses lieux, ... 

La figure du vampire, telle qu'elle est perçue au XIXe siècle, est aussi illustrée dans ce récit : la beauté inhumaine, la séduction quasi-hypnotique qui séduit les victimes qui deviennent alors impuissante à reconnaître le danger et qui se sentent inexorablement attirées par le vampire, la nature de prédateur, le besoin de se régénérer dans le cercueil (dans Dracula, le vampire doit se reposer avec sa terre natale, Carmilla dans une marre de sang), les moyens de tuer le vampire. A l'instar du vampire de Stoker, Carmilla n'est pas confinée qu'au monde de la nuit et peut se déplacer en journée, bien que de façon moins fréquente.

L'originalité du récit est la relation qui se noue entre Laura et Carmilla. Cette dernière ne s'en prend qu'aux femmes, plus particulièrement des jeunes filles, dont elle tombe parfois amoureuse. Elle peut se fasciner pour sa victime, se prendre d'affection pour elle (aux lecteurs de juger si cette affection est réelle ou pas, pour mieux se rapprocher de sa victime) jusqu'à en devenir possessif. Carmilla est affectueuse avec Laura à qui elle prend et serre longtemps la main, qu'elle fixe de façon insistante, devient parfois possessive avec elle et parle d'union entre l'amour et la mort. Cet extrait résume bien la relation :

"Parfois, après une heure d’apathie, mon étrange et belle compagne me prenait la main et la serrait longtemps avec tendresse ; une légère rougeur aux joues, elle fixait sur mon visage un regard plein de feu languide, en respirant si vite que corsage se soulevait et retombait au rythme de son souffle tumultueux. On eût cru voir se manifester l’ardeur d’un amant. J’en étais fort gênée car cela me semblait haïssable et pourtant irrésistible. Me dévorant des yeux, elle m’attirait vers elle, et ses lèvres brûlantes couvraient mes joues de baisers tandis qu’elle murmurait d’une voix entrecoupée : « Tu es mienne, tu seras mienne, et toi et moi nous ne ferons qu’une à jamais ! » Après quoi, elle se rejetait en arrière sur sa chaise-longue, couvrait ses yeux de ses petites mains, et me laissait toute tremblante."

Laura, elle-même, est également attirée par son amie sans partager le même amour
Art by ariannafaricella qui s'est inspirée
de l'oeuvre Le Cauchemar de Füssli (1781)
possessif, pratiquement malsain, que Carmilla a pour elle. C'est une attirance qui se fait dès le début car Laura, qui a toujours souffert de la solitude, désire plus que tout une compagnie féminine et voit en Carmilla la possibilité d'une belle et longue amitié, et a des moments d'affection avec elle, rêve de lui caresser les cheveux et de les coiffer, et la trouve belle et irrésistible. Toutefois, on s'aperçoit que Laura ressent parfois une certaine répulsion, laissant deviner un amour possessif et passionnel non réciproque. Je pense, en effet, qu'on peut se dire que Carmilla est la première vampire femme et la première à aimer que les femmes et si elle parvient à séduire et attirer Laura, celle-ci ne semble pas partager le même amour, bien qu'elle lui est très attachée et qu'elle reste à jamais hantée par Carmilla. Je trouve cette relation vraiment intéressante ! Il y a de la fascination, de la poésie, et une sensualité troublante, c'est une relation troublante, fusionnelle, passionnée et macabre que je ne peux m'empêcher de trouver fascinante ! Sheridan Le Fanu ne dit clairement pas les choses, mais laisse supposer assez !

Carmilla en elle-même étant un personnage fascinant, on comprend l'attirance de Laura, bien qu'on se doute que les pouvoirs de Carmilla y sont pour quelque chose. J'aurais aimé en savoir plus sur elle, et notamment avoir le récit complet de ce jour où elle a été transformée, et le stratagème mis en place autour de ses victimes pour s'intégrer chez une famille est bien mené et intéressant à découvrir ! Mon seul reproche est que j'aurais aimé que l'histoire soit un peu plus longue, pour continuer à développer la relation Laura/Carmilla et les origines de Carmilla, mais je pense que le récit tel qu'il est peut se suffire en lui-même.

Pour résumer : une lecture agréable bien que n'apportant rien de nouveau ou d'exceptionnel pour les lecteurs du XXIe siècle que nous sommes. Toutefois, l'ambiance gothique qui s'en dégage, la plume presque poétique de l'auteur, m'a beaucoup plu, ainsi que le personnage de la vampire, la présence d'un peu d'action (notamment en fin de récit), de mystère, et de sensualité. Un classique pour la littérature "vampirique" du XIXe siècle !

Illustration de l'édition originale par David Henry Friston (1872) qui reprend une scène du roman.


Tu ignores combien tu m’es chère ; sans quoi, tu n’imaginerais pas que je te mesure ma confiance le moins du monde. Mais je suis liée par des vœux bien plus terribles que ceux d’une nonne, et je n’ose pas encore raconter mon histoire à personne, même à toi. Pourtant le jour approche où tu sauras tout. Tu vas me juger cruelle et très égoïste, mais l’amour est toujours égoïste : d’autant plus égoïste qu’il est plus ardent. Tu ne saurais croire à quel point je suis jalouse. Tu viendras avec moi, en m’aimant jusqu’à la mort ; ou bien tu me haïras, et tu viendras avec moi quand même, en me haïssant pendant et après la mort. Dans mon apathique nature, il n’y a pas de place pour l’indifférence.