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jeudi 30 janvier 2025

Téméraire (T.1) Les dragons de sa majesté - Naomi Novik.


Alors que les guerres napoléoniennes font rage, le jeune capitaine Will Laurence fait une découverte qui va changer le cours de sa vie.

Son vaisseau vient en effet de capturer une frégate française et sa cargaison : un œuf de dragon très rare. Les dragons sont utilisés dans les combats aériens par la plupart des nations. Mais celui que va découvrir Will n'est pas tout à fait comme les autres... Ainsi commence l'histoire d'une amitié indéfectible entre le fabuleux dragon Téméraire et son jeune pilote. Ensemble, ils vont devoir apprendre les tactiques périlleuses de la guerre aérienne.


Car la France, dirigée par un Bonaparte plus audacieux que jamais, rassemble ses propres créatures pour transporter ses troupes sur le sol britannique. Laurence et Téméraire se préparent à subir leur baptême du feu !



J’ai découvert Téméraire sous l’impulsion d’une amie d’internet de longue date, qui m’a offert ce premier tome fin 2024. Je ne suis habituellement pas attirée par les dragons, mais j’étais curieuse de découvrir cette uchronie et surtout ce mélange entre le fantastique et l’historique, ce qui n’est pas sans rappeler Les Lames du Cardinal (qu’il faudrait vraiment que je relise et continue un jour).

 

La richesse de ce roman, c’est son univers. Naomi Novik nous présente un univers intéressant et enrichissant en réinventant l’Histoire mais en y ajoutant des dragons.  J’aime toutes les possibilités que peut nous offrir cet univers et imaginer à quel point notre Histoire a pu être refaçonnée avec la présence des dragons et comment ils ont marqué l’histoire, comment ils ont été exploités. Ici, les puissances mondiales ont mis à leur service les dragons pour attaquer ou se défendre. Le contexte posé est celui des guerres napoléoniennes et Napoléon Bonaparte donne bien du fil à retordre aux Anglais, peuple qui résiste encore et toujours à l’envahisseur (tiens, ça me rappelle quelque chose ça…).

 

J’ai aimé aussi découvrir les différences races de dragons avec leurs particularités, que ce soit niveau physique, pouvoirs, capacités, etc. J’ai été intriguée, comme Laurence, de la véritable nature de Téméraire et découvrir quel type de dragon il est et ses caractéristiques. C’est un univers qui offre plein de possibilités et de promesses, et qui s’étoffera sans aucun doute dans les prochains tomes. J’aime aussi que les dragons ici ne sont pas « que » des bêtes que l’on chevauche, qui grondent ou crachent le feu. Non, les dragons du roman sont des êtres sensibles, instruits et intelligents. Ce sont des personnages à part entière et je me suis attachée à eux, que ce soit Téméraire ou les autres. J’ai aussi aimé qu’il y ait aussi bien des aviateurs hommes que femmes. Un peu d’évolution des mœurs avant l’heure !

 

L’autre richesse du roman, c’est la relation entre Laurence et Téméraire. Laurence n’était pas destiné à s’occuper de Téméraire mais le destin (ou plutôt le dragon) en a décidé autrement, et Laurence change radicalement de vie. Alors qu’il était capitaine dans la marine, il se retrouve avec un béb… dragon à charge et change de voie pour devenir aviateur et suivre un entraînement, en compagnie de Téméraire, au fort Loch Laggan pour servir l’Angleterre sur le plan aérien…. Et ne manque pas de mal se faire voir de ses compagnons des airs (pensez ! Un p’tit gars de la marine qui veut s’envoyer en l’air ? Et en plus Môssieur Laurence n’a pas du attendre pour son dragon, à l’inverse des autres. Elle est où la justice ??)



On peut résumer la relation Laurence/Téméraire dans le tome 1
de cette façon !


Téméraire était alors, au début, un inconvénient pour Laurence, mais celui-ci s’attache bien vite à son dragon, allant même jusqu’à lui faire la lecture, lui offre des bijoux, lui donne le goût des bains, lui raconte les batailles qu’il a faites… En d’autres termes, il fait de Téméraire un dragon choyé, jusqu’à rendre envieux les autres dragons qui s’en vont quémander à leur humain les mêmes attentions, au désarroi des humains, ce qui était assez hilarant à voir.

 

La loyauté et la dévotion qui lient très vite Laurence et Téméraire sont vraiment touchantes. Ils deviennent très vite l’univers de l’un et de l’autre et ne peuvent s’imaginer séparés. Ils sont prêts à tout l’un pour l’autre et on devine que leur relation ne deviendra que plus en plus forte dans les prochains tomes.

 

En eux-mêmes, nos personnages principaux sont attachants. C’est impossible de ne pas aimer Téméraire. Notre gros lézard a un sacré caractère et une propension à dire tout haut ce que certains n’oseraient même pas penser même pas tout bas (ce qui ne manque pas de surprendre son british d’humain). Il est instruit, très franc, n’hésite pas à critiquer lois et règlements des humains, et on ne lui donne pas tort ! Il aime n'en faire qu'à sa tête et devra souvent se faire tempérer.

 

Laurence est aussi un protagoniste attachant et assez hilarant par certains aspects. Il pense être un gentleman anglais poli, réservé et au sang-froid, et agir en tant que tel, ce qui est le cas la plupart du temps, mais en réalité, un rien peut l’offenser au sujet de sa personne, de son dragon ou de l’Angleterre. S’il nous semble de prime abord antipathique, british jusqu’au bout des ongles avec son flegme, il se révèle avoir son petit caractère. Il garde malgré tout son côté un peu coincé et fermé et « oh so shocking » que je trouve tout simplement hilarant, et sans nul doute que notre cher Laurence va évoluer au fil des tomes.



Laurence et Téméraire (source)

Concernant l’histoire en elle-même, ce qui m’a beaucoup manqué est l’action. Il ne se passe pas grand-chose en termes d’action ni même de rebondissements dans ce tome, ce qui peut être excusé par le fait qu’il s’agit d’un tome de mise en place. Ce tome nous pose le contexte et les bases de l’histoire. Nous avons donc droit à la rencontre entre Laurence et Téméraire, de la découverte de son œuf jusqu’à son éclosion, le lien qui se met en place entre humain et dragon, puis l’éducation de Téméraire et Laurence car ils sont aussi novices l’un que l’autre dans ce domaine. Fort heureusement, nous avons une belle scène de bataille à la fin du roman.

 

Toutefois, le rythme reste assez peu inégal ; je le trouve tantôt long, tantôt avec des passages pleins de rebondissements ou tout simplement avec des échanges ou des scènes intéressantes. Je m’attendais à ce qu’il y ait une intrigue, mais il ne se passe pas grand-chose, en dehors du changement de vie de Laurence et les entraînements au fort. Après, comme je l’ai dit, ce tome est vraiment une mise en contexte, il prend le temps de mettre en place son univers et la relation Laurence/Téméraire avant que de plus gros enjeux n'arrivent dans les prochains tomes.



J’avoue être restée quand même sur ma faim. Je ne suis toutefois pas récalcitrante à lire la suite, surtout si l’action et les rebondissements sont au rendez-vous, et puis si on a la promesse de voir Napoléon Bonaparte pointer le bout de son nez, je dis oui ! Imaginer Napoléon avec un dragon… voilà une image plus qu’intrigante que je serais curieuse de découvrir ! Et puis, imaginer Napoléon franchissant les Alpes à dos de dragon (et pas à dos de cheval comme dans la célèbre peinture), c'est tout à fait plausible dans cet univers et la peinture ferait un malheur dans un musée ! Je me demande même s’il n’existerait pas un fanart ou deux reproduisant ce schéma…



Au final un premier tome intéressant, malgré son rythme inégal. Je retiendrai surtout la relation Laurence/Téméraire qui est très belle et l’univers riche qui nous présente une uchronie originale et intéressante, et qui ne demande qu’à s’étoffer dans les prochains tomes. Je n’ai pas été entièrement convaincue donc mais je lui reconnais ses qualités et ses bonnes idées. Je lirai bien volontiers la suite, mais elle ne rentre pas dans mes priorités de lecture.


- Berkley, dit l’homme. Écoutez, quel genre de sottises avez-vous été fourrer dans la tête de votre dragon ? Mon Maximus grommelle depuis ce matin qu’il veut qu’on lui donne un bain et qu’on lui retire son harnais ; ridicule.

- Je ne crois pas ridicule, monsieur, de me soucier du bien-être de mon dragon, répondit doucement Laurence, les mains crispées sur ses couverts.

Berkley lui lança un regard noir.


samedi 28 avril 2018

Napoléon, Joséphine et les autres - Isabelle Bricard.


Rien d'humain ne battait sous son épaisse armure... a prétendu Lamartine en parlant de Napoléon.
Lamartine se trompait ! 
L'homme de guerre invincible qui déplaçait les frontières, taillait dans la chair des nations, faisait et défaisait les dynasties, l'administrateur infatigable, le législateur inspiré avait un amour qui battait sous sa redingote grise. Il y a chez Napoléon une faculté d'aimer aussi singulière que l'est chez lui la faculté de penser et d'agir, et qui en fait un mari et un amant aussi étonnant que le soldat ou l'homme d'Etat. 
Désirée, Pauline, Georgina, Antoinette, Adèle, Éléonore, Marie, Marie-Louise, pour ne parler que des plus marquantes... Femmes d'un soir, d'un mois, ou beaucoup plus, coups de sang ou véritables attachements, intrigantes ou - beaucoup plus rarement - désintéressées, conquêtes généralement faciles, elles jalonnent la vie amoureuse de Napoléon comme les victoires militaires jalonnent ses campagnes.
Napoléon et l'amour... Un sujet moins frivole qu'il n'y paraît car on peut se demander si la misogynie affichée par le "petit caporal", cette misogynie qui transpire dans bien des articles du Code civil, n'est pas le prix payé par toutes les femmes pour les mensonges, les infidélités et l'incorrigible coquetterie d'une seule : "l'incomparable Joséphine".

On ne présente plus Napoléon Bonaparte qui, de par son vécu qui ressemble à une incroyable épopée, a atteint l'immortalité dans l'Histoire et les mémoires. Cependant, on connaît de Napoléon davantage le chef militaire et l'empereur. Et si Napoléon a beaucoup fait la guerre, il a aussi fait l'amour et c'est ce que l'auteur nous propose de découvrir dans cet ouvrage.

Napoléon amoureux ! On pense tout de suite à un nom : Joséphine de Beauharnais, qui est quasiment indissociable de Napoléon. L'auteur nous propose de (re)découvrir l'histoire de ce couple et, de ce fait, corrige certaines idées reçues : non, ce ne fut pas un coup de foudre de la part de Napoléon, et il s'agissait avant tout d'un mariage d'intérêt (ou le futur marié arriva deux heures en retard !) entre les deux époux. Joséphine n'est pas d'ailleurs le véritable nom de la dame puisqu'elle se nomme Marie-Joseph-Rose et c'est Napoléon qui la baptisa Joséphine. Une habitude qui n'est pas nouvelle pour ce Corse qui changeait parfois le nom de ses conquêtes, afin de ne pas utiliser un nom tant de fois prononcé par les anciens amants de la dame concernée.


Napoléon et Joséphine.
Mais alors, est-ce que Napoléon et Joséphine, qu'on présente comme étant une grande histoire d'amour est un mensonge ? Oui et non. Napoléon a profondément aimé sa Joséphine, et celle-ci a beaucoup d'affection pour celle qu'elle a toujours nommé "Bonaparte". La tragédie de ces deux tourtereaux est qu'ils n'ont pas vraiment été amoureux en même temps. La belle a beaucoup trompé Napoléon pendant les premières années du mariage, notamment lorsque monsieur était en campagne en Egypte ou en Italie alors qu'il ne pensait qu'à elle. Bientôt, et après plusieurs menaces de divorce, ils restent ensemble et c'est Napoléon qui se met à tromper plusieurs fois sa belle qui en devient vite jalouse et n'hésita pas à faire des crises de larmes afin d'émouvoir son époux. Pour garder son époux auprès d'elle, à défaut de pouvoir lui faire un enfant, elle n'hésite pas à sacrifier sa fille, Hortense, en la mariant à l'un des frères de Napoléon afin de donner un héritier à Napoléon, à travers Hortense.

Pourtant, même s'il n'y a pas eu de coup de foudre, s'ils restent l'une des histoires d'amour les plus célèbres de l'Histoire, ce n'est pas pour rien ! Il y a une réelle affection entre les deux, une complicité entre deux personnes qui ont longtemps vécu ensemble et qui se connaissent très bien, une tendresse que même les infidélités de Napoléon et leur divorce ne feront mourir. Divorce qui n'a d'ailleurs jamais été souhaité par les époux, mais que Napoléon a du forcer pour avoir un héritier à la dynastie impériale qu'il a voulu créer, les Napoléonides. Malgré le divorce, ils continueront à se voir et à penser à l'autre. J'ai beaucoup apprécié redécouvrir l'histoire de ce couple célèbre et redécouvrir également les tempéraments et habitudes des deux époux. Comment Napoléon pouvait être joueur avec son épouse, comment il était souvent exaspéré de cette femme trop dépensière à qui il payait les dettes, comment il appréciait sincèrement les enfants de Joséphine, comme s'ils étaient les siens, comment Joséphine connaissait son Bonaparte et savait bien le manipuler émotionnellement, car oui, une des faiblesses de Napoléon étaient les larmes de Joséphine, et elle le savait très bien ! Il y a eu beaucoup de tendresse entre eux, et c'était vraiment touchant à découvrir.

L'auteur nous parle également des autres femmes dans la vie de Napoléon, ses compagnes avant Joséphine, ses
Désirée Clary, ancienne compagne de
Napoléon, devenue par la suite reine consort
de Suède et de Norvège.
nombreuses maîtresses, les plus célèbres et les moins connues. La plus connue d'entre elles reste Marie Walewska, celle que l'on surnomme "la femme polonaise de Napoléon", avec qui elle a eu des rapports ambigus. Elle l'a avant tout approché dans l'espoir qu'il sauve son pays de sa situation d'alors, il tombe sous son charme, lui fait des avances qu'elle refuse, on lui mets la pression pour qu'elle tombe dans ses bras, il aurait abusé d'elle mais elle s'éprend à son tour de lui (vous comprenez pourquoi le terme "ambigu") et lui donne même un enfant.


Il est également impossible de parler de Napoléon sans évoquer sa seconde épouse, Marie-Louise d'Autriche, petite nièce de la défunte reine Marie-Antoinette. Si le conquérant semble amoureux pendant un temps, et aura toujours de la tendresse envers elle (même à son exil à Sainte-Hélène, alors que sa femme l'a abandonné et s'est mariée avec un autre), il s'ennuie avec elle. Elle lui a donné un héritier qui le combla, mais le jeune Napoléon II n'a jamais régné... Et ce n'est pas la belle Autrichienne qui resta dans les mémoires et le cœur des Français... et de Napoléon, mais bien Joséphine qui a rempli à merveille son rôle d'Impératrice car, à l'inverse de son époux, le monde, ça lui connaît et elle sait recevoir.

J'ai beaucoup apprécié la lecture de cet ouvrage qui s'est révélé être très instructif, d'autant plus que le sujet s'est révélé être intéressant car il nous permet de découvrir Napoléon sous un autre angle : la romance. C'est également bien écrit, l'écriture est fluide et agréable, et on a presque l'impression de lire un roman ! J'aurais cependant souhaité que certains éléments soient plus approfondis, plus travaillés comme le quotidien de Napoléon et Marie-Louise en tant qu'époux, que les sentiments de Marie Walewska soient davantage expliqués car leurs rapports étaient vraiment ambigus et j'aurais voulu que l'auteur explique un peu le pourquoi de l'amour et du dévouement de la comtesse Polonaise à l'égard de Napoléon. J'aurais également voulu davantage de détails sur la vie de Napoléon et Joséphine, notamment au début de leur mariage. Outre ces points, je n'ai pas grand chose à ajouter, et je ne veux pas trop m'étaler. Comme disait Napoléon lui-même : "Quel roman de ma vie !".




Napoléon, Marie-Louise et leur fils.

Pour se remettre de cette terrible quinzaine, le couple impérial reste quelques jours à Marracq, avant de remonter vers Paris. Une vraie lune de miel ! Le couple se promène sur la plage ; Napoléon, qui est d'excellente humeur, se baigne et se livre avec Joséphine à des gamineries de jeune marié. Il la poursuit sur le rivage, la pousse à l'eau, lui chipe ses chaussures qu'il jette à la mer, l'obligeant à remonter déchaussée en voiture pour mieux voir ses jolis pieds qu'il adore. Joséphine se remet à sourire et se croit revenue au temps béni du Consulat. "Je suis près de l'Empereur, écrit-elle à son fils, chaque jour semble le rendre plus aimable et plus parfait pour moi." De son côté, elle est aux petits soins pour son époux, et comme il raffole du parmesan, elle prie Eugène de lui en envoyer de Milan, et du meilleur !

Chapitre XI. Prélude au divorce.


Ce billet est une participation au :


mardi 3 avril 2018

Donatien Lachance, détective de Napoléon (T.1) L'énigme de la rue Saint-Nicaise - Laurent Joffrin.


Le jour de Noël 1800, une bombe manque de tuer Bonaparte qui se rendait en carrosse à l'Opéra. Le Premier consul décide d'employer les grands moyens pour trouver les coupables, qu'il désigne aussitôt par le calcul politique. Pour lui, ce sont des républicains nostalgiques de la Terreur, qui risquent de gêner son ascension.

Le commissaire Donatien Lachance est chargé de l'enquête. D'une intelligence redoutable, ancien jacobin inflexible devenu un jeune loup du nouveau régime, précurseur de la police scientifique avec son mentor et ministre Joseph Fouché, Lachance suite une autre piste, celle des monarchistes extrémistes. Et il découvre que sur la liste des suspects établie par Bonaparte figure le mari d'Olympe, une jeune républicaine exaltée qu'il a follement aimée. Pour sauver ses amis, il doit résoudre en quelques jours l'énigme de la rue Saint-Nicaise.

Dans le salon de Madame Récamier, dans les luxueuses maisons de plaisir du Palais-Royal, sur les côtes de la Manche où s'affrontent marins français et anglais, Lachance déploie tout son talent de policier et de séducteur pour remplir sa mission. Les idéologie et les passions s'affrontent dans une France à peine sortie de la Terreur qui cherche son destin sous la férule d'un petit homme adulé ou honni qui va devenir empereur.



Je suis revenue vers l'un de mes domaines préférés dans le domaine de la littérature, à savoir le polar historique et comme je faisais une fixette, il y a quelques semaines, sur Napoléon Bonaparte, je me suis penchée sur le premier tome de cette série.

L'auteur se base sur un épisode de notre Histoire et plus particulièrement sur celle de Napoléon, puisque l'attentat du 24 décembre 1800 s'est bel et bien déroulé, dans la rue Saint-Nicaise, aujourd'hui disparue (elle était située au 1er arrondissement de Paris). J'ai trouvé intéressant le fait que l'auteur s'intéresse de près à un épisode méconnu de la vie de Napoléon pour imaginer une enquête, voire une période assez méconnue de l'Histoire. La Révolution française, et par extension la Terreur, est connue de tous (au moins les grandes lignes), idem pour le Premier Empire, mais la période entre les deux ? Un peu moins. Pourtant, avant d'être empereur, Napoléon était général puis Consul.



Détail sur Bonaparte, Premier Consul,
peinture réalisée par Ingres en 1804.
Notre cher Bonaparte fait ici quelques apparitions, et j'ai apprécié le découvrir sous la plume de l'auteur qui a repris le personnage le plus fidèlement possible. Napoléon est consul et non l'empereur que la France a connu, son fabuleux destin n'est pas encore connu de nos personnages dans ce roman, et forcément quelques-uns des personnages, de gens de la société, – dont notre détective – s'interrogent parfois. Ce Bonaparte est indéniablement un grand homme, mais comment le considérer ? Comment considérer cet homme ? Peut-il redresser une France vidée de son sang après la révolution puis la Terreur, se contenter de son rôle de Consul ou ses victoires vont-elles lui permettre de prendre de l'assurance et transformer la nation en un pays rayonnant ou en dictature… Car Napoléon est vif et borné, fougueux mais fin stratège, il épuise son entourage et peut être impitoyable comme il peut être un homme non pas dénué de cœur et d'humour. J'ai beaucoup apprécié découvrir Bonaparte avant Napoléon Ier.

Et puisque ce roman prend place dans une période méconnue de notre histoire, cela nous donne l'occasion de découvrir des personnages historiques moins connus que ce cher Napoléon et son épouse, Joséphine, à savoir : Joseph Fouché, ministre de la Police, Georges Cadoudal, général français, ou encore Juliette Récamier, grande célébrité du monde littéraire et artistique qui réunit beaucoup de monde à travers ses salons parisiens. Des personnages historiques de milieux différents nous permettant de découvrit cette société du début du XIXe siècle (la police, le ministère, les salons, …).

Du côté des personnages fictifs, ils s'en sortent bien. Donatien Lachance est un personnage intéressant, bien qu'il n'attire pas d'emblée notre sympathie et c'est en grande partie du à son sanglant passé sous la Révolution (j'ai cependant trouvé intéressant que l'auteur se démarque un peu des autres personnages détectives de fiction en donnant à Donatien un passé lourd, montrant qu'il n'est pas tout blanc), mais on lit peu à peu un homme intelligent, avec un certain idéal et fidèle en amitié. Il forme un trio intéressant avec son ami Hyacinthe et son épouse Olympe, deux personnages à m'avoir souvent laissé de glace mais qui ne sont pas dénués d'intérêt pour autant. Cependant j'ai eu du mal à m'intéresser à eux pendant une bonne partie du roman, et j'ai été quelque peu déconcertée lorsque le roman a coupé pendant l'enquête pour nous présenter, en quelques chapitres, l'histoire et les relations entre  ces trois personnages. Des chapitres certes nécessaires pour nous aider à mieux comprendre et découvrir ces personnages, mais j'ai pris plus d'intérêt à suivre l'enquête (et attendre chaque scène où apparaissait Napoléon… on assume sa fixation sur un personnage historique ou on ne le fait pas ;p).

Le point fort et à la fois l'inconvénient de ce roman, c'est le contexte. D'un côté, j'ai été parfois déconcertée lorsque l'auteur coupait une scène pour nous parler, pendant quelques pages, du contexte sur un sujet donné, pour nous apporter des explications sur un élément. Lorsqu'on commence un chapitre ou une scène et que c'est interrompu pour des explications de quelques pages, ça peut surprendre ! Il y a quelques digressions et lenteurs qui ralentissent l'enquête, ce qui était un peu dommage… J'aurais aussi favorable à ce que l'auteur nous explique un peu ce qu'est un Jacobin, un Chouan, etc, et la différences entre ces partis car, à moins de connaître cette période de l'Histoire, on peut s'y perdre.


Rue Nicaise, 3 Nivose an 9 de la Répque fse
Gravure d’époque à l’aquatinte sur l’attentat du 24 décembre 1800.

De l'autre côté, je ne peux pas nier le travail de recherches de l'auteur pour nous fournir un roman retraçant fidèlement l'époque dans laquelle l'intrigue se situe. On retrouve, relaté fidèlement, le contexte social et politique de l'époque, ainsi que le climat de cette société à peine sortie de la Terreur mais pas encore pendant l'Empire de Napoléon. Le climat reste tendu, on ne sait à qui faire confiance, il y a des tensions entre les différents partis (Jacobins, royalistes, républicains, chouans, etc), des gens dénoncent, la société réprime sévèrement, la société est observée, contrôlée, sous l’œil d'une inquisition parfois cruelle et parfois bienveillante… quelques traces, encore visibles, de ce règne de Terreur qui a tant marqué. Le nouveau gouvernement veut l'ordre et la paix et utilise tous les moyens pour cela.


Pour parler rapidement de l'enquête sans spoiler, celle-ci est bien menée. Comme Donatien, on s'interroge et se demande qui est/sont le ou les coupable(s), comment ils s'y sont pris, obéissent-ils à quelqu'un ou était-ce de leur plein gré ? On suit progressivement l'enquête et on découvre tout en même temps que notre détective. On peut reprocher que l'enquête traîne un peu, mais la police scientifique n'existait pas alors, les témoignages et l'observation et l'analyse comptent beaucoup et, une fois que l’étau se resserre au niveau de l'enquête, ça en devient passionnant et on ne lâche plus le livre avant la résolution de l'affaire !

Pour résumer : un roman avec un cadre historique retracé fidèlement, une enquête qui tient la route et nous tient en haleine jusqu'à la résolution, des personnages intéressants ; mais cependant quelques longueurs et digressions. Heureusement, cela ne gâche pas la lecture du roman, et je serais éventuellement tentée de découvrir le second tome, un jour !



Donatien regarda l'échiquier, désarçonné. Il trouvait son roi découvert alors qu'il avait pris soin de le protéger derrière un pion lui-même soutenu par un fou et un cheval. Ce pion avait disparu [...] Déconfit, Donatien refit mentalement les mouvements qui l'avaient conduit dans ce traquenard. Décidément, il n'arrivait pas à comprendre comment ce pion à la position si importante avait pu échapper à son attention. Que diable en avait-il fait ? Puis une idée jaillit dans son esprit. Il se redressa et porta un œil inquisiteur sur son adversaire. Celui-ci avait suivi ses mimiques. Il prit un air innocent puis éclata de rire, faisant se retourner les autres joueurs occupés à ranger leurs cartes. Il sortit sa main de derrière son dos et l'ouvrit. Le pion noir s'y trouvait. Bonaparte rit encore plus fort, très content de son tour.
- Vous avez gagné, Lachance. Ne faites pas cette figure ! Vous jouez mieux que moi. Mais ce sera une leçon pour vous. Avec cette méthode, j'ai gagné plusieurs batailles. A la guerre, sachez-le, il n'y a pas de règle. Le tricheur est absous s'il est vainqueur.


9. Mme Récamier.


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vendredi 20 août 2010

Napoléon (T.1) Le chant du départ - Max Gallo.

http://petitelunesbooks.cowblog.fr/images/Couverturesdelivres/NapoleonT1.jpg


Quatrième de couverture :

Ce roman commence au printemps 1779, lorsqu'un enfant de dix ans, maigre et mal peigné, à l'accent rocailleux, est admis à l'école militaire de Brienne. Quinze ans plus tard, ce même enfant entre dans la légende. Bonaparte est nommé général en chef des armées d'Italie par le Directoire. La suite, c'est Vendémiaire, Lodi, Arcole, la campagne d'Egypte. Cet homme de génie, despotique et visionnaire, s'apprête à conquérir la France, l'Europe et le monde. Son destin impérial est tracé. Jamais plus il ne cessera d'inviter au rêve et de susciter la passion.







Mon avis :

Le visionnage du film d'Yves Simoneau avec Christian Clavier m'a donné envie de sortir ce livre de ma bibliothèque. Je n'étais pas dans une période où j'étais motivée à lire, néanmoins j'ai dévoré ce livre assez rapidement et je le quittais rarement.

Les abonnés de ce blog doivent déjà se douter un peu que l'Histoire et moi, c'est un peu une histoire d'amour. J'aime les vieilles pierres et l'Histoire avec un grand H me fascine autant que les romans que je lis. Mes études actuelles ne me permettant pas d'étudier l'histoire, je me rabat sur les romans et documentaires historiques, et en ce moment c'est notre Napoléon national qui m'intéresse ! Et ce n'est pas de la matière qui manque le concernant, comme Napoléon le disait lui-même : "Quel roman de ma vie !" ... et il a raison ! 


Ce fut une lecture agréable et enrichissante, et j'ai surtout apprécié les chapitres basés sur son enfance, sa famille, sa chère Corse chérie et je me demandais comment diable un garçon aussi attaché à sa Corse natale, qui détestait avec passion les Français qui avaient battu et pris possession de son île, ce Napoleone Buonaparte qui pensait, rêvait de sa Corse, ses merveilles, qui ne s'habituait pas à cette France grise, avec cette monarchie... comment diable a-t-il été amené à aimer cette France qui avait combattu les siens ? Comment s'était-il mis dans les affaires, pris part à cette révolution d'un pays qu'il a tant détesté, puis devenir son premier Consul, puis empereur ?

Des éléments qui pourraient surprendre plus d'un ! Ainsi, ce fut intéressant de découvrir son évolution, ses changements, mais aussi les descriptions de la Corse qui donneraient presque envie d'aller visiter cette île, son entrée à l'école militaire, ses retours entre deux chez sa famille. On 'voit' ses pensées, son caractère, sa culture, à quel point il aimait les œuvres de Rousseau, par exemple, son envie d'une France qui change : plus de monarchie, abolition des privilèges, un pays plus libre de parler et de penser... des changements qui inquiètent les pays voisins qui n'hésitent pas à déclarer la guerre, des combats auxquels Napoléon va participer (bon, j'ai été un peu moins enthousiaste quand c'était les chapitres des campagnes de guerre, j'avoue avoir pris plus de temps à les lire)

Mais un agréable moment de lecture quand même, surtout que ce que je préfère dans les histoires de la vie d'une grande personne, c'est le début, les débuts de cette personne, en ce cas-là : Bonaparte. De petit garçon ne parlant pas un mot de français (la langue était italienne) qui arrive, en un peu moins de dix ans à être un grand général de l'armée française. Un petit peu l'ironie de la situation. Petit soucis à remarquer : comme je m'y connais un peu, j'ai sû reconnaître des personnages et savoir quelle fonction ils occupaient, quel rôle dans le destin de Napoléon, comme Murat ou Barras par exemple, mais à ceux qui ne savent pas, il y aurait peut-être un risque d'être perdu ? Mais sinon, on retrouve aussi des personnages connus : Robespierre, Joséphine de Beauharnais à qui Napoléon vouait un amour et une passion... ça se voit dans l'écriture et ses lettres, enfin, ça n'a pas empêché Joséphine de le faire le plus grand cocu de l'histoire à un moment.

Sinon, je dirais que l'auteur nous plonge au coeur même des pensées de Bonaparte, il y a des phrases qui marquent, qui portent, qui sont fortes. Pas forçément un homme sans reproche (possessif, jaloux, colérique, sanguinaire, dangereux) mais pas fonçièrement mauvais non plus, puis après tout, Max Gallo nous laisse faire notre propre opinion de Bonaparte, il reste quand même quelqu'un d'exceptionnel, avec un caractère et une force rare. Enfin bon, je ne sais pas si l'auteur s'est servi de son imagination pour nous peindre quelques traits de Napoléon ou pour raconter quelques élèments de sa vie, ou s'il s'est basé que sur du vrai, sur des archives historiques, toujours est-il que je trouve ce portrait plutôt fidèle alors que je ne m'étais pas si intéressée à Napoléon que ça avant. Ici, il est humain, on pourrait presque se sentir proche de lui... En conclusion : Un premier tome qui donne envie de lire la suite :)

http://petitelunesbooks.cowblog.fr/images/Illustrations/napoleonbonaparte.jpg
Napoléon Bonaparte dans ses jeunes années...



Extrait :
Ecrire à Joséphine, exprimer cette passion amoureuse, c'est ne pas être seul, c'est oublier, le temps de l'écriture, la guerre. Comme si brusquement n'existait pour lui que cette femme, cet amour. (...) Il se sent mieux d'avoir ainsi pour quelques minutes seulement parlé de ses sentiments, de n'avoir engagé que lui-même, comme s'il n'était en effet qu'un jeune homme qui n'a pas encore fêté, le 15 août 1796, ses vingt-sept ans.
24. Sixième partie.