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lundi 15 juin 2026

Les Sœurs du Nil - Rachel Louise Driscoll.

Sœur.
Rivale.
Protectrice.
L'histoire envoûtante d'une déesse oubliée.

En 1887, l'égyptomanie s'est emparée de l'Angleterre victorienne.

Discrète et réservée, Clemmie est l'une des rares femmes à déchiffrer les hiéroglyphes.

Lors d'une soirée consacrée aux reliques égyptiennes, Clemmie lit une inscription sur une étrange amulette et semble ainsi déclencher une malédiction sur toute sa famille.

Cinq ans plus tard, la jeune femme décide d'aller en Égypte pour rendre cette funeste amulette afin de sauver sa sœur, dernier membre vivant de sa famille. Le jeu auquel elle se livrait enfant, mettant en scène les déesses sœurs, Isis et Nephtys, a trouvé un écho dévastateur dans sa vie. Au fil de son voyage sur le Nil, elle croisera des alliés charmants ainsi que des ennemis inattendus, et découvrira que la pire des malédictions n'est pas celle qu'elle croit.


Un roman d’aventure très sympathique qui mêle malédiction, momies, une course contre la montre, égyptologie, mythologie, et lien sororal, et un soupçon de romance. J’ai pris plaisir à découvrir ce roman qui, à l’instar de sa protagoniste, m’aura fait voyager en Égypte, dans cette croisière le long du Nil, à découvrir le Caire et ses souks, Dendérah et ses temples, l’île de Philaé avec ses ruines et son temple. J’ai été dépaysée, d’autant qu’on ne se contente pas de visiter ces lieux, mais on est plongé dans la culture de ses habitants. J’ai vraiment été marquée par les descriptions enchantresses de l’Égypte par l’auteure, le contraste entre la fascination de l’Angleterre victorienne pour l’Égypte antique et la culture vivante de l’Égypte en elle-même.


J’ai également trouvé intéressant que l’auteure parle des conséquences de l’égyptomanie des Occidentaux en Égypte qui est victime de très nombreux pillages qui ont eu lieu pendant cet âge d’or des découvertes égyptologiques, les conséquences de ce pillage culturel, les ventes illégales de momies et d’artefacts égyptiens, les fouilles illégales qui endommagent les sites archéologiques, cela m’a rappelé Sixtine qui évoquait également le sujet. Nous avons ici Clemmie, une passionnée d’égyptologie depuis son plus jeune âge, qui devient sensible à cette cause. C’est d’abord pour réparer un tord et briser une malédiction qu’elle cherche à restituer un bien en Égypte, mais elle va progressivement reconnaître les dérives de sa pratique et changer sa façon de penser et être amenée à voir son père d’une autre façon. Ce sont des thèmes qui restent malheureusement d’actualité, le pillage et le trafic d’antiquités continuant à se faire de nos jours.


Clemmie une héroïne efficace et attachante. Elle est érudite et indépendante pour l’époque, elle est passionnée par l’Égypte et son histoire, a baigné dedans depuis son enfance, en aidant son père, égyptologue, et elle a souffert de ne pas avoir été reconnue par lui comme une partenaire à part entière dans ses affaires. C’est une jeune femme qui sait se débrouiller, et qui porte en elle une lourde solitude. On ne peut qu’être sensible au lien fort qui la lie à sa sœur, Rosetta, et leurs jeux d’enfants dans lesquelles elles jouaient les déesses Isis et Nephtys prendront ici une toute autre dimension, à cause de la malédiction.



Les temples de Philae et de Dendérah

Concernant les autres personnages, ce n’était pas gagné du tout. Ses compagnons de voyage, qui se greffent à elle, m’ont souvent agacé, surtout au début, à insister à faire le voyage avec elle, ne la laissant pas tranquille. Je les ai trouvé insistants, et j’ai eu l’impression que l’auteure forçait vraiment Clemmie dans une dynamique de groupe. Heureusement, j’ai fini par progressivement m’habituer puis à m’attacher à ce petit groupe, mais ce fut laborieux. Bien que cette dynamique ait été forcée, elle fonctionne assez bien. J’ai aussi aimé le fait que le roman alterne entre présent et le passé, pour nous montrer les raisons de la présence de Clemmie en Égypte, sa mission secrète et ce qu’il est advenu de sa famille.


J’ai également trouvé intéressant le fait que le sort de sa famille peut s’expliquer soit par du fantastique (la malédiction), ou par quelque chose de plus rationnel [spoiler] les manigances d’Horatio, le fiancé de Rosetta , ainsi je referme le roman sans être entièrement sûre si la malédiction ou une tierce personne était davantage responsable du sort de la famille Attridge [/spoiler]


J’ai aimé la part belle que faisait le roman à la sororité qui se déploie à plusieurs niveaux, tout d’abord à travers les sœurs mythologiques, les déesses Isis et Nephtys qui servent de cadre et de miroir à la relation entre Clemmie et Rosetta, le lien entre ces deux sœurs est fort, on ne peut y rester insensible. Tout ce que fait Clemmie est pour sa sœur. J’ai également aimé les liens qui se tissent entre Clemmie, Célia et Mariam, qui illustrent comment la sororité peut transcender les barrières culturelles et sociales. J’ai également trouvé intéressant les nombreuses références à la mythologie égyptienne, notamment l’histoire d’Osiris, Isis, Seth et Nephtys, et comment ce roman met en lumière Nephtys, une déesse assez méconnue au final.


Ce roman est une belle découverte, et il aurait presque pu devenir un coup de cœur. Je déplore quelques longueurs, une dynamique de groupe qui a été forcée et qui m’a fait lever les yeux au ciel au 1/3 du roman, et aussi une fin assez précipitée, avec des facilités scénaristiques [spoiler] je m’attendais vraiment à ce qu’Horatio soit plus difficile à vaincre, à la place il est mort hors champs. Je pensais aussi voir les retrouvailles entre Clemmie et sa sœur, et entre Clemmie et Rowland [/spoiler]. Ce sont à cause de ces bémols que ce roman n’est pas un coup de cœur, mais il n’en demeure pas moins une bonne lecture et une belle découverte !


Devant l’entrée, une bouffée de ce qui les attend à l’intérieur leur parvient. Une odeur de renfermé et une chaleur dense, suffocante. Scrutant le couloir enténébré, Celia déclare qu’elle n’entrera pas. Que c’est un endroit à faire des cauchemars.

À faire rêver, aussi. Clemmie imagine les gens qui ont construit cette structure phénoménale, le pharaon momifié qui y a été déposé pour connaître le repos éternel, l’embaumement qui a précédé, tel que conçu par Anubis pour préserver le corps d’Osiris. Chaque livre qu’elle a lu, chaque reconstitution enfantine de ces mythes, chaque soirée de démaillotement et de traduction l’a conduite à ce moment.

dimanche 10 mai 2026

Le photographe inconnu de l'Occupation - Philippe Broussard.

Apprenant la découverte sur une brocante d’un mystérieux album de trois cent soixante-dix-sept photos prises clandestinement à Paris et en banlieue entre 1940 et 1942, Philippe Broussard, journaliste au Monde, se lance dans une enquête vertigineuse pour tenter d’en identifier l’auteur.

Pendant quatre ans, il scrute le moindre indice, tire le fil de pistes plus ou moins fiables, approchant peu à peu la vérité de cette histoire tragique dont les spécialistes de l’Occupation et de la Résistance ignorent tout.

Le succès des articles qu’il fait paraître, à l’été 2024, relance ses investigations. Philippe Broussard veut aller plus loin : reconstituer la vie de ce héros anonyme, mort en déportation, et de ses proches est devenu pour lui une obsession.

Dans une prose palpitante, il fait ici le récit complet de sa quête en même temps qu’il dévoile une centaine de photos de cet album miraculeusement retrouvé, mémoire matérielle d’un courage bouleversant.


Imaginez une époque où prendre des photos était interdit, et pouvait vous valoir un aller simple dans un camp de travail. Cette époque n’est pas si lointaine. Nous sommes en France, pendant l’Occupation allemande. Une partie du pays (dont Paris) est occupée par les Allemands, tandis que la zone libre est dirigée par le régime de Vichy de Pétain. Les seules photographies autorisées, et qui constituent la majorité des sources visuelles que nous avons de cette époque, viennent de la propagande et montrent une image fausse d’une occupation qui se passe bien, avec des occupants qui respectent le pays et ses habitants, un Paris paisible, loin de toute image de pénurie ou de souffrance.

Prendre des photos, sans autorisation, pouvait coûter très cher.

Pourtant, un jour de brocante, deux passionnés de photographies anciennes tombent sur un album contenant pas moins de trois 177 photos prises clandestinement à Paris et en banlieue au début de l'Occupation, entre 1940 et 1942, la plupart datées et annotées. Un véritable trésor pour ces passionnés, d’autant que ces photographies sont nombreuses, datées et accompagnées de commentaires percutantes et pleines d’ironie, et surtout elles ne proviennent pas de la propagande et montrent ainsi une image beaucoup plus réaliste de cette période.

Qui est ce mystérieux et courageux photographe ? Qu’est-il devenu ? C’est ce à quoi a tenté de répondre Philippe Broussard qui a mené une véritable enquête de quatre ans, scrutant le moindre indice, se lançant sur des pistes incertaines, au gré de lueurs d’espoir et de désillusions.

C’est un véritable travail d’enquête qui se dessine. C’est un travail d’archive, de recherche et de logique long et minutieux. Rien n’est laissé de côté. On recherche des photographies similaires dans des musées ou des archives, au cas-où il y aurait d’autres photographies de ce mystérieux auteur. S’il y a bien des photos, qui était le donateur ? A quelle famille appartenait l’album photo trouvé en brocante ? On analyse les photos et l’écriture. Est-ce une écriture d’homme ou de femme ? Parisien, il l’est assurément, les photos démontrent une excellente connaissance de Paris et ses quartiers. Quel était son métier ? Il devait peut-être se déplacer à moto ou à bicyclette, pour être capable de passer d’un quartier à un autre en si peu de temps. S’il était en moto, il devait faire partie de ces rares privilégiés ayant accès à l’essence. Était-ce un seul photographe ou travaillaient-ils en groupe ?

Que de questions auxquelles Philippe Broussard a tenté de répondre, publiant d’abord l’évolution de son enquête dans une série d’articles dans Le Monde avant de nous présenter ce livre.

C’est une véritable enquête historique qui prend forme devant nos yeux, que j’ai suivi avec beaucoup de plaisir et d’intérêt. On suit les progressions de Broussard, on espère avec lui, on goûte à ses déceptions et ses désillusions comme si nous avions mené l’enquête avec lui. On espère, à chaque piste, trouver enfin l’identité du photographe. On espère jusqu’au bout découvrir qu’il a survécu à la guerre, pourquoi pas rencontrer ses descendants, car l’enquête ne se termine pas lorsque nous est enfin dévoilée l’identité du photographe. Broussard s’est en effet attelé à nous raconter la vie de cette personne, de ce héro méconnu, tirant de l’oubli ce citoyen comme les autres, entré à sa manière dans la Résistance, à travers des clichés interdits documentant la dure réalité de l’Occupation, celle que l’occupant a cherché par tous les moyens à cacher sous le vernis lisse du mensonge et d’une image idéalisée de Paris.

Ce livre est une véritable enquête historique passionnante, agrémentée des photographies et ses annotations ironiques, qui permet de nous faire sortir de l’oubli ce héro méconnu de la Résistance qui a définitivement laissé sa trace dans l’Histoire à travers ses clichés, témoins d’une époque pas si éloignée de la nôtre qu’il est important de garder en mémoire.


Pour l’immense majorité de la population, la priorité n’est pas de faire acte de présence, encore moins de s’insurger, mais de survivre, d’apprendre « à faire avec ». Les pénuries sont si sévères (lait, beurre, farine, sucre, viande…) que le rationnement est instauré dès le mois de septembre 1940. L’heure est au chômage, au système D, à l’activité économique au service des Allemands. Glaner de quoi manger devient l’urgence quotidienne. Sans parler de l’hiver à venir, annoncé glacial, sans bois ni charbon.

Cette réalité, le photographe ne nous la montre pas vraiment, du moins pas de manière frontale. Disons qu’il la suggère à sa façon. De l’aube au couvre-feu, il est notre œil dans la grisaille, un jour devant l’entrée des Galeries Lafayette, le lendemain aux Tuileries. Dans son objectif, les Allemands occupent l’espace : ils ont leurs restaurants, leurs cinémas, Paris est à eux.

lundi 20 avril 2026

Complots à Versailles - Bénédicte Carboneil / Carbone, Giulia Adragna et Annie Jay.



"Ah ! vous, les nobles..."

Cécile n'a que ce mot à la bouche. Pauline, son amie d'enfance, trouve cela d'autant plus agaçant qu'elle-même est noble. 

Jusqu'au jour où, nommée demoiselle de la reine, Pauline fait, avec Cécile, son entrée à la Cour, au château de Versailles. Effarant ! Tous ces nobles rampant devant Louis XIV, manœuvrant à qui mieux mieux, prêts à s'étriper pour les meilleures places... 

Un véritable tourbillon d'intrigues et de complots qui emporte à leur tour Pauline et Cécile. Mais les deux amies sont bien décidées à ne pas se laisser faire, surtout si elles risquent d'en être les victimes...



Complots à Versailles n’est pas une lecture que j’avais prévu au départ pour le challenge, mais je n’arrivais pas à accrocher à la lecture que je m’étais prévue au départ. Entre temps, j’ai eu l’occasion de voir le retour de la comédie musicale Le Roi Soleil, et j’avais encore envie de rester à Versailles auprès de Louis XIV, et cette bande-dessinée s’est présentée comme une bonne opportunité de rester flâner à Versailles.


Il faut savoir que c’est l’adaptation d’une série de romans du même nom, sauf que la bande-dessinée poursuit les aventures de Cécile, là où les romans se sont arrêtés. C’est une bande-dessinée jeunesse plutôt sympathique et très divertissante, qui m’a un peu rappelé Les carnets de l’apothicaire puisqu’il est question de complots à la cour de Versailles (mais pas que), et que nous avons une héroïne qui est une experte dans les poisons et les plantes médicinales. Cécile est une héroïne assez attachante, capable et intelligente (peut-être un peu trop parfaite à mon goût, mais passons), avec des origines mystérieuses que nous découvrirons au fil de ses aventures.


J’ai beaucoup aimé suivre cette bande-dessinée qui regroupe des histoires de complots, trahison, poisons, secrets et histoires de famille. Bien-sûr, ça reste une série pour la jeunesse. On aura des méchants très méchants (d’ailleurs, Madame de Montespan n’a pas le beau rôle ici), et des gentils très gentils. Cela dit, ça n’a pas entaché mon appréciation de cette bande-dessinée, et j’ai pris plaisir à voir des personnages connus tels que Madame de Montespan, Madame de Maintenon, La Fontaine, la reine Marie-Thérèse, et un certain Louis XIV ! J’ai aussi aimé que cela touche à des événements historiques comme l’affaire des poisons, le décès de la reine, ou encore le mariage secret du roi.


Chaque tome est un délice à lire, avec une histoire prenante et sans temps mort. Toutefois, je déplore le fait que le rythme soit trop rapide, tout se passe finalement très vite. Les événements s’enchaînent parfois trop vite. Cela s’arrange lorsque la bande-dessinée cesse d’adapter les romans, mais c’est un problème qui persiste dans certaines histoires. Je suis aussi un peu déçue car on commence la série avec Cécile et son amie Pauline, mais très vite Pauline est en retrait et c’est Cécile qui est sur le devant de la scène. Dommage, j’aurais bien voulu que la série se focalise sur notre duo d’amies. Au moins, elle continue d’apparaître de temps en temps, ainsi qu’une poignée de personnages récurrents que je prends plaisir à retrouver.


Les dessins et les couleurs sont très plaisants, un petit régal pour les yeux. J’aime plus particulièrement les détails présents sur les costumes d’époque et l’architecture. Je trouve cependant que les personnages ont l’air un peu trop lisses sur le plan physique, j’ai eu un peu de mal à déterminer l’âge de certains personnages, notamment chez nos principaux protagonistes. Pour ne citer que l’héroïne, nous commençons l’histoire avec elle lorsqu’elle est très jeune, une jeune fille entrant tout juste dans ses années d’adolescence, puis elle grandit jusqu’à devenir femme et mère, sans que je ne voie beaucoup de différences physiquement. Elle ne donne pas l’impression d’avoir beaucoup vieilli. Cela dit, cela n’enlève rien à la qualité des graphismes et des couleurs. C’est vraiment un régal pour les yeux !


En résumé, c’est une bande-dessinée jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir. Les aventures proposées, sous fond de complots et poison, sont rythmées et prenantes, avec de très jolis graphismes. Je déplore surtout le fait que les événements s’enchaînent trop vite, surtout dans les premiers tomes.

samedi 28 mars 2026

Perveen Mistry (T.1) Les veuves de Malabar Hill - Sujata Massey.

Bombay, 1921.

Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.

Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?

Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.


Bombay, 1921. Perveen Mistry est une jeune avocate érudite et indépendante qui a rejoint le cabinet d’avocat de son père en tant qu’associée. Mais, en temps que femme, elle n’a pas le droit de plaider et elle doit donc se contenter d’étudier des dossiers. Une occasion en or se présente à elle. Un homme est mort en laissant ses trois épouses qui ont peut-être signé un papier concernant leur héritage, sans savoir de quoi il en retourne. Ces veuves étant de confession musulmane et pratiquant la séparation entre hommes et femmes, seule Perveen peut pénétrer dans le domaine et entrer en contact avec elles, et il lui devient vite évident que des détails très importants concernant la succession n’ont pas été communiquées aux veuves. Peu à peu, la tension monte… jusqu’au sang.


Un roman policier assez long à démarrer mais, une fois lancée, l’intrigue se déroule d’elle-même au fur et à mesure des pages. Il ne faut toutefois pas s’attendre à de l’action et à de nombreux rebondissements. Le rythme de l’intrigue reste assez long, parce que l’auteure prend le temps de la mettre en scène mais aussi de nous baigner pleinement dans les différentes cultures que composent l’Inde (culture parsie, culture musulmane, etc).


Le récit alterne entre deux temporalités : 1921, soit le moment présent, avec Perveen qui mène l’enquête concernant l’affaire de succession des veuves de Malabar Hill puis le meurtre qui en découle, et 1916 pendant les jeunes années de Perveen mais je n’ose pas en dire davantage, de peur de spoiler. De façon assez paradoxale, c’est cette dernière partie qui m’a davantage intéressé, par rapport à l’enquête en elle-même (même si j’ai eu envie de savoir qui est le tueur et ses raisons), de découvrir ce pan de l’histoire de Perveen, qui explique ce qu’elle est devenue et ce qu’elle a vécu. Ces retours en arrière sont loin d’être inutiles puisqu’ils vont servir au récit et se retrouver liée à l’intrigue, bien que légèrement.


Les personnages ne sont ni marquants, ni attachants, mais ils jouent bien leur rôle. Perveen est la plus réussie d’entre eux. À défaut de m’attacher à elle, j’ai été touchée par son vécu, et j’ai admiré sa ténacité, son intelligence et son indépendance.


Plus que l’enquête, ce que j’ai vraiment apprécié était cette immersion dans l’Inde du début du XXe siècle, notamment l’Inde à travers les yeux de la femme. J’ai pu en apprendre plus sur les mœurs, la cuisine, les coutumes, les différentes cultures et religions, la cohabitation entre Indiens et Anglais, mais aussi et surtout les droits (ou le peu de droits) des femmes en Inde, les traditions ultra-patriarcales, les difficiles luttes des femmes pour avoir des droits équitables, les injustices (un mari battant sa femme n’est, par exemple, pas un motif de divorce mais si elle fuit un foyer toxique, c’est elle qui est en tord ; ou encore cette horrible séparation imposée aux femmes qui ont leurs règles, devant être enfermées dans une pièce, sans le moindre contact, car elles sont considérées comme impures). Je sais qu’il est encore, malheureusement, dangereux d’être une femme en Inde de nos jours, mais j’ose espérer que les lois ont changé en leur faveur depuis plus de cent ans.


Une plongée plaisante dans l’Inde du XXe siècle, je regrette de ne pas y sentir les parfums des fleurs et la délicieuse odeur des plats qui sont présents. Un voyage instructif en Inde mais qui ne manque pas d’indigner concernant la condition de la femme. L’intrigue policière en elle-même était plutôt intéressante, mais je retiendrai surtout le voyage en Inde, ainsi que les flash-back sur la vie de Perveen. Une découverte sympathique, cela dit je ne pense pas lire la suite…


- Il semble que vous soyez enchainée à certaines personnes et une grande et vieille maison que vous n'appréciez pas pleinement.

- N'est-ce pas la définition de la famille ?

vendredi 13 mars 2026

La Fille aux cheveux turquoise - Elena Triolo.



Toscane, 1871, Giovannina, petite fille de 7 ans vit sur le magnifique domaine Il Bel Riposo propriété des Lorenzini, où son père est jardinier. Un jour, alors qu'elle se se cache après avoir commis une bêtise, elle est découverte par Carlo. Le fantasque frère du propriétaire est traumatisé par la mort de sa petite sœur, Marianna.

Carlo est aussi journaliste et écrivain, sous le pseudonyme de Collodi. Entre ces deux êtres que tout sépare (âge, sexe, statut social…) va naître une improbable amitié qui durera toute leur vie, et même au-delà de la mort, pour donner naissance à l’un des chefs-d'œuvre de la littérature italienne et mondiale : Pinocchio.



Si je devais penser à Pinocchio, mes pensées se tourneraient automatiquement vers le célèbre film animé de Disney. Tout en sachant que Pinocchio est un roman de l’italien Carlo Collodi, je ne sais presque rien de l’histoire d’origine… juste qu’elle est bien loin de la version édulcorée de Disney (sachant que le film a quelques scènes bien traumatisantes, je n’ose imaginer à quel point le roman peut être plus sombre !).


Avec La Fille aux cheveux turquoise, c’est un pan de la vie de l’auteur, mais aussi de l’histoire de l’Italie, que je découvre à travers la vie de Giovanna Ragionieri. Cette petite fille, avec qui Collodi va tisser des liens d’amitié profonds et qui a inspiré le personnage de la fée bleue, de par sa jolie chevelure blonde si claire que l’on pouvait y voir le soleil se refléter. C’est une jolie histoire d’amitié entre un monsieur fantasque et poétique et une petite fille espiègle qui se noue, malgré la différence d’âge et le statut social. Peut-être cette amitié a-t-elle été romancée, elle n’en demeure pas moins touchante, traversant les frontières de la mort, avec Giovanna qui vivra toute sa vie avec le souvenir de son cher ami mais aussi de sa marionnette de fiction. C’est un duo improbable et émouvant qui va mutuellement apporter quelque chose à l’autre.


Plus que la vie de Collodi, c’est celle de Giovanna qui se tisse sous nos yeux. Depuis son enfance, en tant que fille du jardinier du frère de Collodi, jusqu’à son adolescence, puis ses années d’adulte et la fin de sa vie. En parallèle, nous sommes indirectement témoin des changements qui bouleversent l’Italie des années 1870 à la grande guerre, puis la montée du fascisme, la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1990. C’est doux et amer à la fois. Il est question de deuil, d’un monde qui se transforme jusqu’à devenir parfois méconnaissable, mais le récit véhicule aussi des thèmes comme l’amitié, la loyauté, le désir de transmettre une foi en la vie et en l’imaginaire.


Cette bande-dessinée a aussi été l’occasion pour moi de découvrir à quel point Pinocchio est un monument national en Italie, un peu comme notre Petit Prince. C’est une histoire qui a marqué plusieurs générations et qui poussera Giovanna, vers la fin de sa vie, à raconter son histoire avec Collodi, pour perdurer la magie et l’émerveillement auprès des enfants comme des adultes.


J’ai eu un petit coup de cœur pour cette bande-dessinée qui nous offre un récit doux-amer, alternant le rire et les larmes, mélangeant nostalgie et émerveillement. Une histoire sensible et émouvante que je conseille chaleureusement la lecture !


dimanche 1 février 2026

Ce que les corbeaux nous laissent - Sophie Leullier.



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Tarik et Adalrik grandissent aux côtés de leur maman Galwinthe. 

Lorsque qu'Adalrik est assassiné, Tarik se mure dans le silence. Hanté par le fantôme de son frère, il grandit à la recherche d'une vengeance qu'il espère salvatrice. Noyant son chagrin dans l'alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l'aidera à faire son deuil. Bercée par les croyances celtes et vikings, Galwinthe se réfugie dans l'étude de parchemins pour trouver comment guider Adalrik dans le royaume des morts.

Ensemble, ils vont découvrir que le sort d'Adalrik était scellé depuis des années. Depuis un événement dramatique lié à Galwinthe...



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Galwinthe est une sorcière et soigneuse en exil, jouissant d’une vie paisible avec ses deux garçons, Adalrik et Tarik… jusqu’à ce que son passé la rattrape et que sa famille n’en paye le prix. La petite famille se retrouve brisée à jamais lorsque le fils aîné meurt assassiné. Témoin de la scène, le jeune frère n’aura de cesse de ruminer ses rêves de vengeance tandis que la mère tente à tout prix de reproduire les rites pour permettre de revoir son fils une dernière fois avant de lui assurer le repos éternel, car son esprit rode toujours…


Ce que les corbeaux nous laissent est un récit fort et poignant, sous fond de décors viking et médiéval, qui raconte les différentes phases d’un deuil suite à une mort survenue brutalement et soudainement, de la lente et difficile période de reconstruction, mais aussi de vengeance et du prix que cela demande. Galwinthe se plonge dans le travail et se réfugie dans ses croyances, tout en se coupant du reste du monde, dans le but de retrouver le corps de son fils pour faire son deuil, et lui donner une sépulture pour lui permettre de reposer enfin en paix. Quand à Tarik, il est ombrageux et est rongé par la vengeance qui le consume à petit feu, sourd à sa mère et aux conseils bien avisés de son employeur, tandis qu’il se retrouve également hanté par le fantôme de son frère, et qu’il culpabilise de n’avoir su le sauver. Noyant son chagrin dans l’alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l’aidera à faire son deuil.



À travers cette histoire, on fait également face à la condition des femmes, accusées en premier des maux qui s'abattent sur une communauté. On suit également une mère et son fils, survivants d’une tragédie brutale, et le chemin choisi face au deuil. C’est une histoire pleine d’émotion qui parle de deuil et de vengeance, mais qui est également douce-amère avec Aldarik qui s’adresse à son frère et tente de le déguiser, la lente reconstruction de Tarik et sa mère. J’ai aimé que le récit mélange les croyances celtes et vikings et nous fasse naviguer entre le monde des morts et celui des vivants. C’est une lecture poignante, parfois violente, mais qui se termine avec un peu d’espoir et de couleur. J’ai bien aimé les graphismes et les couleurs, certaines pages rappellent les enluminures des ouvrages médiévaux.


En résumé, une bande-dessinée poignante et brutale, qui mélange les croyances celtes et vikings, avec une atmosphère mythique et mystique, une histoire aux tons doux et amers qui ne laisse pas indifférent.


vendredi 23 janvier 2026

L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna - Elodie Harper.



Le voyage d’Amara l’a conduite loin, d’une humble esclave dans un bordel de Pompéi à une courtisane de grande puissance à Rome. Elle est désormais une femme affranchie, riche et influente, mais elle est toujours attirée par son passé. 

Car tandis qu'Amara est prise dans les intrigues politiques du palais impérial, sa fille reste à Pompéi, élevée par le seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé. Même si elle aspire à sa famille, Amara sait qu'elle est plus en sécurité lorsqu'elle est loin. Peut-être qu’avec suffisamment d’astuce et de courage, elle parviendra à faire tourner la roue de Fortuna en leur faveur. 

Mais nous sommes en 79, et le Vésuve s'apprête à se faire connaître...



Après un second tome qui n’était pas loin du coup de cœur, il me tardait de reprendre les aventures d’Amara dans ce troisième et dernier tome.


Dans le tome deux, on quittait Amara qui, pour assurer un avenir meilleur à sa fille, a décidé d’accepter l’offre de Démétrius, un affranchi grec devenu un puissant homme de l’ombre, de le suivre dans sa vie à Rome et d’être sa bouche et ses oreilles auprès des nobles de Rome mais aussi de la famille impériale. Ce faisant, elle laisse derrière elle sa fille et Philos, l’homme qu’elle aime en secret, mais aussi ses amies de Pompéi. À Rome, Amara jouit d’un train de vie luxueux qui lui permet d’envoyer de l’argent à Philos pour le quotidien et la dot de leur fille, Rufina. Si elle apprécie ce statut social confortable, cet éloignement avec sa famille est pour elle un déchirement, mais elle est prête à sacrifier sa vie et son bonheur pour assurer un avenir à sa fille.


J’ai été un peu déconcertée par l’intrigue, nous passons finalement peu de temps à Rome. Seulement une infime partie de l’intrigue se situe dans la capitale impériale et est consacrée aux missions d’Amara qui doit tisser des amitiés avec des nobles et s’infiltrer dans des événements, afin de pouvoir ramener à Démétrius un rapport détaillé. Un prétexte oblige finalement assez rapidement Démétrius à envoyer Amara à Pompéi temporairement, pour sa protection, mais pas sans l’avoir demandé en mariage. Amara accepte, bien qu’elle ne cesse de penser à Philos. Remarquez, ce n’est pas pour me déplaire. Si la partie à Rome était intéressante (surtout pour voir la différence d’avec la vie à Pompéi, et aussi le chapitre consacré à des funérailles impériales, nous donnant un aperçu des rites funéraires de l’époque), j’ai été ravie de retourner à Pompéi.


À Pompéi, Amara retrouve ses amies, notamment Britannica qui est devenue gladiateur, mais aussi Philos et Rufina. Tandis qu’Amara retrouve les siens, les relations restent tendues entre elle, Philos et sa fille, et l’ombre de Félix, son ancien maître, plane toujours. Il sait tout de la véritable paternité de Rufina et n’hésite pas à utiliser le chantage pour lui soutirer de l’argent. Amara espère que son mariage la mettra définitivement à l’abri du besoin et qu’elle pourra vivre à Rome avec sa fille. Mais nous sommes en 79, et le Vésuve est sur le point de se réveiller. Les habitants de Pompéi ignorent qu’ils vivent à proximité non pas d’une montagne mais d’une machine à retardement.


Ce tome est indéniablement un ascenseur émotionnel, entre le futur d’Amara et des siens qui reste incertain, les menaces de Félix, mais aussi l’éruption du Vésuve qui reste ma partie préférée du roman. C’est un décor apocalyptique qui se met en place, entre le début de l’éruption, la panique des habitants avec ceux qui préfèrent rester et s’abriter chez eux, et ceux qui tentent de se réfugier dans les villes voisines ou fuir vers la mer. La cendre recouvre tout, la fumée est asphyxiante, des murs et des colonnes s’effondrent, des gens cherchent leur famille. C’est le chaos partout où Amara met les pieds. Philos, qui a su reconnaître la véritable nature de la montagne, persuade Amara de fuir avec leurs proches le plus loin possible de Pompéi. Mais la fuite n’est que le début. La route vers le salut est longue et semée d’embûche, c’est la fuite en ignorant la douleur dans ses pieds, la fumée qui se rapproche. Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.


L’intrigue est rythmée, on ne prend pas le temps de se reposer avec les personnages. L’éruption est décrite avec puissance et précision, et offre des pages particulièrement saisissantes. La panique est palpable. Je dois avouer m’être demandée si Amara ou ses proches allaient survivre, et nous perdons en effet quelques personnages. Toutefois, j’ai été soulagée de savoir que [spoiler] Amara, Philos et leur fille ont survécu et ont pu se construire une nouvelle vie sous un autre nom [/spoiler]


Passée la partie consacrée à l’éruption, notre héroïne n’est pas tranquille pour autant. L’auteure nous offre une dernière partie qui fait monter la tension, notamment avec l’apparition d’un personnage que même le Vésuve n’aura pas réussi à achever, mais ce n’était que justice que [spoiler] Amara soit celle qui le tue, et qu’elle puisse enfin récupérer sa vie et son nom d’avant Pompéi, avant son esclavage [/spoiler]. Si je déplore une fin brutale, j’ai été ravie de voir qu’un personnage que j’aime a survécu et qui, à en croire l’auteure, aura droit à son propre roman, voire sa propre série… Une façon de retrouver l’univers de l’Antre des Louves et ses personnages. L’épilogue apporte donc satisfaction, en offrant aux personnages — et aux lecteurs — une forme de clôture émotive attendue.


Amara en aura parcouru du chemin depuis les premières pages de L’Antre des Louves, et ce fut avec plaisir et soulagement de voir qu’elle a enfin une fin heureuse tant mérité, après tant d’épreuves. Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


Terrifiée, Amara se jette au sol tandis que Rufina hurle. La terre tremble sous son corps. Peu à peu, elle se redresse, à genoux, les oreilles bourdonnantes. D'où venait cette détonation ? Philos serre leur fille contre lui, blanc de peur. Puis la lumière décline comme si le soleil se couchait à toute vitesse. Amara lève les yeux. Une colonne noire s'élève au-dessus de la montagne, tel un javelot lancé par Vulcain, le dieu des flammes. Des doigts noirs s'étirent depuis son sommet, traversant le bleu du ciel, une main tendue vers la ville de Pompéi. Le monde perd ses couleurs lorsque le soleil s'efface. Il se met à pleuvoir - mais jamais Amara n'avait connu ce genre d'averse. Les gouttes sont brûlantes et laissent des traces sur sa peau. Elle les brosse de ses bras nus, d'abord sans comprendre. De la cendre. C'est de la cendre. Elle se rend compte, malgré ses acouphènes, qu'elle entend des hurlements.

- Le Vésuve ! crie Philos, sa voix portant par-delà le chaos. C'est un mont de feu !

Il agrippe Amara, en l'arrachant à sa transe.

- Il faut partir !

- Partir ? Mais où ? De quoi parles-tu ?

Rufina s'agrippe à son père, ses bras resserrés autour de son cou, son visage pressé contre son torse, si terrifiée qu'elle ne fait plus aucun bruit. Philos force Amara à se tourner vers le Vésuve. Malgré la pluie de cendre, elle voit l'ombre de la montagne, son cœur qui vient d'exploser, la colonne noire qui en émerge encore.

- Amara, le Vésuve brûle. C'est un mont de feu, comme l'Etna. Il faut partir le plus loin possible.

vendredi 26 septembre 2025

Le Loup des Cordeliers (T.1) - Henri Loevenbruck.

Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.

Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée.

Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris...

Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l'ambition, le caractère, les plans secrets.

Alors que, le 14 juillet, un homme s'échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l'identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l'un des plus grands complots de la Révolution française ?


Un cavaliiiieeer qui surgit hors de la nuiiiit !


Comment, ce n’est pas le bon justifier masqué ?


Il y a pourtant bel et bien un justifier masqué et capé qui sévit dans les rues de Paris, accompagné d’un loup en laisse, qui tue tous ceux portant atteinte aux jeunes filles ou aux femmes, marquant le front de ses victimes avec un triangle inversé.


Pour Gabriel Joly, jeune provincial venu travailler à la capitale, enquêter sur ce mystérieux criminel se révèle bien plus stimulant que son travail au journal où il doit parler des derniers spectacles de Paris sans avoir le droit de les critiquer. Et on le comprend !


Le loup des cordeliers et un polar historique que j’ai tout simplement dévoré. L’intrigue est rythmée, la plume est vivante et dégage un tel peps, un tel dynamisme, et les personnages ne sont pas en reste, à commencer par Gabriel Joly, notre jeune détective en herbe qui n’a rien à envier à Sherlock Holmes dont il partage le goût du mystère, le sens de la justice, mais aussi le sens de l’observation et le talent de la déduction. Véritable enfant du siècle des Lumières, il est épris de vérité, de justice et de modernité. Il est plein d’esprit et, s’il ne se débrouille pas toujours très bien à l’épée, sa langue se révèle être une arme redoutable. Ce fut un plaisir de suivre un tel personnage au cours de l’intrigue.


Il fera de nombreuses rencontres, notamment avec un pirate nommé Récif qui se révélera être un allié plein de ressources, le commissaire Guyot, mais aussi un certain Danton, accompagné de Desmoulin, Lafayette, Robespierre, etc.


Ce roman nous plonge dans les premières heures de la Révolution Française, de mai à juillet 1789. Nous sommes témoin des tensions, le peuple qui gronde de colère et de faim, jusqu’aux premières étincelles qui ont mis le feu aux poudres. Puis, c’est l’ouverture des Etats généraux, les débats houleux entre les trois ordres (la noblesse, le tiers-état et le clergé) qui ne mènent nulle part, le Serment du Jeu de paume, la prise de la Bastille, etc. Un véritable tourbillon rythmé qui nous entraîne des bas-fonds de Paris jusqu’au palais de Versailles. C’est l’occasion de rencontrer tous les protagonistes de la Révolution Française : Louis XVI, Marie-Antoinette, les frères du roi, Robespierre, Danton, Desmoulin, Lafayette, etc.


Le récit est parfaitement construit. On sent que l’auteur s’est bien documenté, et il nous rend l’Histoire aussi vivante que possible. Il nous offre une belle description de la société française de l’époque, avec ses idées nouvelles : droits de l'homme, idées féministes, qui font leur chemin et circulent dans divers milieux. On y retrouve aussi la franc-maçonnerie, on découvre la famille royale et ses malheurs (deuil, complots, etc).


Si j’ai parfois déploré que l’Histoire ait pris le pas sur l’histoire, avec l’enquête sur notre loup des cordeliers passé au second plan, je ne nie pas avoir passé un excellent moment de lecture et que je me suis autant régalée de l’aspect historique du roman que de son enquête policière, d’autant que celle-ci ne s’achève pas avec le premier tome et que Gabriel continuera son enquête dans la suite. Là, sur le coup, j’avais une brochette de suspects concernant notre justifier et l’auteur aura réussi à me surprendre. J’avoue être assez déconcertée, mais peut-être la suite me permettra de mieux comprendre.


Le loup des cordeliers est un roman prenant qui manie aussi bien le récit d’enquête que le roman historique, et qui rappelle un peu les romans d’aventure de Dumas. C’est un premier tome que j’ai dévoré, et je retrouverai avec plaisir Gabriel Joly dans la suite de ses aventures.


Votre arme à vous, c'est la plume ! Bien aiguisée, elle est mille fois plus dangereuse que l'épée. Une lame ne peut toucher qu'un seul homme à la fois, quand une plume peut en toucher des milliers !

jeudi 18 septembre 2025

La Maison à la porte dorée (T.2) - Elodie Harper.


Entre manigances et amours interdites, la liberté torturée d'une femme à Pompéi. 

Amara, esclave affranchie, mène désormais la vie luxueuse de concubine d'un puissant politicien : elle habite une magnifique demeure, se rend aux plus extravagantes fêtes et se pare des plus beaux tissus. Mais son passé la hante. Si elle a réussi à se libérer de l'Antre des Louves - le lupanar le plus célèbre de Pompéi - l'idée que ses sœurs de cœur y soient restées lui est insupportable.

Décidée à les délivrer, elle devient alors une femme impitoyable et vengeresse, qui usera de stratagèmes terribles pour parvenir à ses fins. Néanmoins, ce nouveau rôle n'est pas sans risques : un faux pas, et elle pourrait tout perdre. Mensonges, trahisons, tromperies et escroqueries... dans l'Empire romain, quand on est une femme, la survie a un prix.


Avant d’ouvrir le second tome de L’Antre des Louves, je me demandais bien ce que l’auteure pourrait trouver à raconter d’intéressant en 400 pages concernant la vie d’Amara, sa protagoniste, après que celle-ci ait été déclarée comme femme libre, libérée à tout jamais de la vie de prostitution, en ayant trouvé un protecteur chez Rufus, fils d’une riche famille, s’étant entiché d’elle. Lectrice de peu de foi que je suis ! Si je ne m’attendais pas à grand-chose, ce second tome a su capter mon intérêt assez rapidement et j’ai replongé avec intérêt dans les aventures d’Amara.


Nous avions quitté Amara, libre, mais le cœur brisé après la perte d’une de ses amies du lupanar. À présent affranchie par Pline et mise sous la protection de Rufus, Amara a été installée dans une belle maison avec serviteurs où elle se retrouve seule la plupart du temps, attendant que son protecteur vienne lui rendre visite.


On découvre que, bien qu’elle soit libre, Amara ne coule pas des jours heureux pour autant. Elle doit faire tout pour garder l’intérêt et l’amour de son protecteur, sans quoi elle risquerait de se retrouver dans la rue, et Amara ne parvient pas entièrement à se satisfaire de sa nouvelle vie en sachant ses amies au lupanar. Elle se met donc en tête de les sortir de leur condition et de les libérer, quitte à devoir faire affaire avec Félix, son ancien et tyrannique maître. Mais il est dangereux de s’associer à pareil homme, surtout quand on lui doit de l’argent.


En parallèle, écrasée de solitude, Amara cherche de l’affection qu’elle trouvera dans les bras de Philos, esclave et intendant de Rufus, une liaison qu’elle doit garder secrète à tout prix…


Dans ce deuxième tome, l’auteure nous raconte la nouvelle vie d’Amara avec ses joies mais surtout ses difficultés. Ne plus être esclave est un grand pas, mais pas suffisant pour assurer ses arrières et la fin de ses soucis. Elle doit garder l’intérêt d’un protecteur qu’elle n’aime pas et qui peut s’avérer tantôt jaloux et violent, tantôt doux et généreux, mais aussi gagner de l’argent pour rembourser Félix à qui elle a racheté la liberté de certaines de ses amies. J’ai d’ailleurs retrouvé avec plaisir certaines d’entre elles, notamment Victoria et Britannica, dont l’évolution m’a bien surprise. L’une en mal, l’autre en bien. J’ai beaucoup aimé les liens qui se sont tissés entre Amara et Britannica, notre farouche celte qui partage le désir de vengeance d’Amara et qui souhaite devenir gladiateur.


J’ai retrouvé avec plaisir Amara, j’ai parfois déploré certains de ses choix mais je comprends aussi que ce qu’elle est et ses actions sont le fruit d’une vie d’esclavage. Elle est calculatrice car elle souhaite survivre, elle considère l’amour davantage comme une faiblesse qu’une force, bien que son amour pour Philos soit touchant et fort. C’était d’ailleurs la relation un peu inattendue mais ils ont fini par me toucher et me laisser le cœur en miette aussi. Je suis curieuse de voir comment leur relation va évoluer dans le dernier tome. J’ai aimé suivre Amara, j’ai crains pour elle, me suis révoltée avec elle. Elle n’est pas une héroïne parfaite. Elle ment, elle trompe, elle ne fait pas toujours les choix les plus justes ou les plus prudents, mais elle ne fait jamais rien dans un pur esprit de cruauté ou d’avidité. Tout ce qu’elle fait, elle le fait pour assurer une vie meilleure à elle et ceux qu’elle aime. On sent que c’est une femme avec ses traumatismes, profondément blessée et révoltée, tout simplement humaine.


J’ai également retrouvé avec plaisir Pompéi et le voyage dans le temps, au plein cœur de la Rome antique, avec son mode de vie, ses codes sociaux, ses fêtes religieuses, et je suis d’autant plus curieuse de poursuivre ce voyage temporel car, dans le dernier tome, le Vésuve grondera… On sent d’ailleurs les prémisses de la catastrophe dans ce second opus. J’ai hâte de voir ce que ça va donner et quel sort l’auteure réserve à ses différents personnages. Honnêtement, je suis incapable de dire si cette trilogie va s’achever sur un happy ending ou pas.


Ce tome a su avoir les ingrédients pour garder mon intérêt : stratagèmes, amour interdit, voyage dans la Rome antique, trahisons, révélations, un récit plus rythmé que dans le tome précédent et chargé d’émotions entre la joie, la peur, la colère. Un second tome que j’ai trouvé aussi, si ce n’est plus, captivant que le premier. Je lirai le dernier tome avec plaisir !


On ne peut pas compter sur la beauté pour s'attarder, et sur les amants, encore moins. Mais je ne pense pas qu'un tas d'argent ait jamais fait pleurer une femme !

samedi 23 août 2025

L'Antre des louves (T.1) - Elodie Harper.


Bienvenue à Pompéi, en l'an 74 avant notre ère. 

Amara, jeune grecque instruite mais réduite en esclavage après la mort de son père, est vendue à bas prix à un lupanar sordide, l'Antre des Louves, dirigé par Félix, un homme violent et imprévisible. L'impétueuse Amara comprend vite que la cité a beaucoup d'opportunités à offrir à celles qui savent les saisir.

Avec les autres prostituées, qui deviennent sa famille de cœur, elle gravit les échelons d'une société où les hommes détiennent le pouvoir, forçant les femmes à constamment s'adapter pour survivre. Des ruelles animées de Pompéi aux recoins les plus sombres de l'Antre des Louves, nul n'imagine une seconde que les prostituées connaissent les règles du jeu mieux que quiconque. Amara va apprendre à utiliser et à contourner les codes de ce monde impitoyable afin de regagner sa liberté.



Cela faisait un moment que cette trilogie me faisait de l’œil. Maintenant que j’ai terminé le premier tome, celui-ci me laisse une impression mitigée mais tout de même avec l’envie de découvrir la suite !


J’ai beaucoup apprécié cette plongée dans Pompéi, en pleine antiquité romaine, et notamment le lupanar de Pompéi, que l’on peut aujourd’hui visiter pour y découvrir son architecture, ses fresques érotiques et ses graffitis. C’est là qu’Élodie Harper a imaginé son histoire, cinq ans avant l’éruption fatidique du Vésuve qui marqua la fin de Pompéi, et donné une voix aux oubliées de l’Histoire, les prostituées dans la Rome antique.


Elles se nomment Cressa, Didon, Britannica, Victoria, ou encore Béronice, mais celle qui sort du lot est Amara, notre protagoniste. Fille de médecin, jeune femme cultivée d’origine grecque, elle a été vendue, par sa mère après la mort de leur père et la perte de toutes leurs ressources, à un maître autoritaire nommé Félix. Alors que ses compagnes d’infortune tentent de faire face avec plus ou moins de résignation à leur condition, Amara ne perd pas espoir de retrouver un jour sa liberté, guettant farouchement la moindre opportunité pour sortir de sa condition et des griffes de son maître, quitte à jouer plusieurs rôles ou à être prise comme une putain sans âme en cachant ses émotions. La vie n’est pas tendre à Pompéi, surtout pour les prostituées, et Amara doit faire preuve d’une volonté de fer et cacher sa vulnérabilité pour espérer s’en sortir.


Chaque femme dans ce roman a son propre vécu qui nous les rendent touchantes. L’une est amoureuse de son maître, l’autre est une farouche celte qui n’accepte pas sa position et qui se bat avec ses clients, une autre a vu son maître vendre l’enfant qu’elle a porté, etc. J’ai aimé découvrir chacune de ces femmes, leur histoire, mais aussi le lien qui les unissent toutes. Il y a parfois des conflits, elles ne se comprennent pas toujours. Certaines ont accepté leur sort avec plus ou moins de résignation, d’autres sont un peu plus rongées par le désespoir et ne parviennent pas à s’en accommoder. Mais, face à l’adversité et les aléas de leur « profession », elles sont unies et soudées. J’ai beaucoup aimé ces amitiés féminines. On s’attache à ces femmes, on a de la peine pour elles, on craint pour elles, car la vie d’une prostituée n’est pas simple et certaines ne seront pas épargnées par les drames de la vie. On le constatera au fil des pages.



Fresque érotique que l'on peut trouver dans le lupanar de Pompéi


On en apprend un peu plus sur ce que pouvait être la vie d’une prostituée à cette époque. Les plus populaires pouvaient espérer mieux s’en sortir, avec des clients fidèles, des cadeaux qu’elles pouvaient garder, un revenu pour leur permettre de vivre. Certaines se trouvent même un client amoureux qui promet de les libérer. D’autres sont plus malchanceuses. Il s’agit d’éviter la déchéance, conserver sa beauté car le déclin attend les prostituées vieillissantes. Il y a aussi les rivalités avec les autres bordels romains, la cruauté de certains clients ou de leur maître. C’est un roman assez dur parfois car il retranscrit l’horreur de la prostitution à une époque où l’esclave était normalisé. Il y a des scènes de violence, le viol et l’avortement sont évoqués, nos personnages sont souvent abusées verbalement ou physiquement par des hommes.


Malgré les thèmes parfois durs, l’histoire ne sombre pas dans le pathos. Il y a des moments un peu plus légers, et l’auteure réussi tout de même à glisser de l’espoir entre ses pages. On ne peut qu’admirer le courage et la solidarité de ces femmes. Quant aux hommes, certains sont bons, d’autres sont horribles. J’ai beaucoup aimé les passages avec l’auteur Pline, d’avantage intéressé par les sciences que par les femmes. Méandre m’a touché, mais après la fin du roman, j’ignore si Amara le reverra ou s’ils auront un avenir ensemble. Je ne sais encore quoi penser de Rufus, tout comme Félix qui se conduit souvent comme un véritable tyran aux paroles cruelles, mais en qui Amara se retrouve parfois à travers certains points communs, et qui se montre tantôt amical, tantôt cruel avec elle, et qui semble se montrer sentimental avec Victoria. Je me demande ce que l’auteure nous réserve à son sujet. Je n’oublie pas non plus Paris, seul prostitué homme de l’Antre des louves, que l’on prend en pitié.


J’ai été happée dès le début par l’ambiance, l’atmosphère et l’époque peintes dans ce roman. Les personnages sont intéressants et nuancés, le fil conducteur est prometteur. Toutefois, les redondances et longueurs du récit ont parfois failli avoir raison de moi. Je ne savais pas où l’auteure voulait nous mener. Un coup, Amara ramène des clients endettés à Félix pour l’aider dans ses affaires. Puis, Amara met à profit son don pour le chant pour se faire inviter dans des soirées chez de riches clients. Puis enfin, elle cherche un client à qui s’attacher pour essayer de le convaincre de lui acheter sa liberté. Le récit est assez inégal, alternant entre des passages ennuyeux et des passages plus palpitants. J’ai trouvé certains passages, voire chapitres longs, sans savoir où l’auteure voulait en venir, mais je me suis accrochée, surtout lorsqu’Amara rencontre Pline et qu’elle passe plusieurs jours à ses côtés, pour lui faire la lecture.


C’est une histoire indéniablement romanesque, mais je ne peux pas nier que l’auteure a construit son roman avec un souci de réalisme. C’est une véritable plongée dans l’Antiquité romaine qu’elle nous propose : le lupanar mais pas que, les célébrations religieuses, les thermes, les luxuriantes villas avec leurs somptueuses fêtes, ses fresques et mosaïques, les jardins à la romaine, les commerces, le théâtre, les combats de gladiateurs… Pompéi comme si on y était ! La ville reprend vie sous nos yeux, et j’ai beaucoup apprécié le voyage. Ainsi, malgré le sentiment mitigé que ce premier tome m’a laissé, je pourrais facilement me laisser convaincre de lire la suite. Je suis curieuse de voir où la vie mènera Amara… 


Amara lève les yeux vers Vénus. [...] Ce n'est pas que la déesse de l'amour, songe Amara. C'est une déesse qui pousse les hommes à la folie, qui détruit les guerriers. C'est par elle qu'est tombée Troie.

- Qu'elle nous donne du pouvoir sur les hommes.

dimanche 20 juillet 2025

Reine d'Égypte - Chie Inudoh.


C'est le début d'une nouvelle ère dans l'Égypte des Pharaons : le mariage de la jeune Hatchepsout et de son demi-frère Séthi fait de ce dernier l'héritier légitime du trône, sous le nom de Thoutmôsis II. Représentants des dieux sur terre, ils resplendissent sous leurs parures, et forment à première vue un couple parfait. Mais sous ses airs d'épouse idéale, Hatchepsout cache une colère profonde... Elle ne veut pas être simple reine, mais plutôt devenir pharaon elle-même, comme son guerrier de père ! Enfant, elle n'a cessé d'humilier Séthi au combat à l'épée, et elle est imbattable au tir à l'arc. Pourquoi ne serait-elle pas digne d'accéder au rang suprême, juste parce qu'elle est née femme ?

Pour Hatchepsout, c'est le début d'un combat pour s'affranchir des conventions ancestrales d'une des plus grandes civilisations du monde !



Reine d’Égypte est un manga en neuf tomes qui raconte la vie de la reine-pharaon Hatchepsout et comment l’Égypte a prospéré sous son règne. Je ne connais que très peu la vie de cette célèbre souveraine, ainsi je ne peux pas m’avancer sur la fidélité du manga concernant son histoire et la véracité des faits racontés mais sans doute que la mangaka a tissé une version romancée de la vie de cette pharaonne, comme le fait la plupart des fictions historiques.



Cependant, j’ai trouvé intéressant cette fenêtre sur l’Égypte antique. La mangaka touche à tout concernant cette époque : l’importance de l’art et notamment de l’architecture, la religion et ses rituels, les rites funéraires, le commerce, la guerre et l’armée, la vie du peuple comme des nobles ou des prêtres, la musique, etc. Le tout sans que cela donne l’impression d’un condensé d’informations, tout est montré et expliqué de façon fluide. Par ailleurs, les décors représentant l’Égypte, ses paysages, ses palais, les vêtements et tout le reste, sont très joliment représentés. On sent que la mangaka s’est bien documentée !



J’ai trouvé intéressant que l’histoire ne soit pas édulcorée et que la mangaka n’ait pas peur d’évoquer, voire de montrer, des thèmes un peu plus sombres avec des scènes assez violentes. Il est parfois question de viol, de meurtre, de fausse-couche. On a aussi quelques scènes de nudité, ou des scènes assez sanglantes. Toutefois, la mangaka ne montre pas cela pour attirer du public, ou juste pour montrer de la violence comme ont tendance à le faire la plupart des fictions historiques.



Hatchepsout est dépeinte comme une femme forte, têtue et ambitieuse ayant une volonté d’acier, décidée à rester seule maîtresse de sa destinée et à prouver qu’elle est capable de régner malgré son sexe. C’est une figure féministe, bien que ce soit à prendre avec des pincettes puisqu’elle entretient une relation conflictuelle avec son sexe tout au long de la série. Elle veut prouver être capable de régner malgré son sexe et que celui-ci n’est pas un frein, pourtant elle se travesti, souhaite se faire représenter comme homme dans ses statues, elle n’aime pas être considérée ou représentée comme femme (j’ai par ailleurs trouvé très intéressant ses scènes avec Meryet, sa (future) belle-fille, dans les derniers tomes, lui permettant ainsi de mieux accepter son identité de femme et qu’elle ne doit pas dénigrer cette identité pour prouver qu’elle est une bonne souveraine).

Hatchepsout est un personnage que j’ai pris plaisir à la suivre sans toutefois m’attacher spécialement à elle ou aux personnages en général. J’ai souvent déploré ses choix, ne sachant pas toujours sur quel pied danser avec elle, et déplorant des choix que je trouvais durs voire illogiques. Paradoxalement, c’est un aspect que j’ai trouvé intéressant chez ce personnage, le fait qu’elle ne soit pas édulcorée, ni parfaite mais tout simplement humaine.



Son ambition de devenir pharaon et son rôle une fois qu’elle l’est devenue la pousse à prendre des décisions qu’on peut juger contestables. Ses décisions sont politiques et souvent en décalage avec le bien-être de son entourage, voire même son propre bien-être. Elle ne pense jamais à elle en tant que femme ou personne, elle n’hésite pas à faire des choix difficiles, même pour elle-même, pour assurer la bonne continuité de son règne et pour l’Égypte, comme éloigner des personnes qui lui sont chères (mon cœur saigne encore quand je repense à sa relation avec Senmout), ce qui fait d’elle une reine froide, rationnelle, ambitieuse par le lecteur comme par ses proches. Toutefois, j’ai aimé qu’elle soit montrée ainsi, pas le cliché de la reine parfaite, douce, contre la violence, mais une diplomate qui n’hésite pas à sacrifier son bonheur et à se salir les mains, à être une guerrière impitoyable comme une reine généreuse et accueillante. J’ai aimé la voir grandir, évoluer tout au long de son règne jusqu’à ses dernières années.




On a aussi toute une panoplie de personnages, outre Hatchepsout, tous les plus colorés les uns que les autres. Ils sont soit bons, mauvais, calculateurs, loyaux, sournois, certains évoluent, d’autres restent ne changent pas. Ceux qui nous semblent être des menaces vont changer et mûrir, d’autres qui semblent loyaux se révèlent plus sombres que prévu. Parmi les personnages récurrents, nous avons Hapouseneb, prêtre d’Amon et proche conseiller de la reine, Senmout architecte et amant de la reine, Djehouty (alias Thoutmosis III) le beau-fils de la reine et l’héritier au trône, Néférouré, la fille d’Hatchepsout, Panéhésy le chancelier, Thoutmotis II le frère et époux d’Hatchepsout. Le récit est rythmé entre Hatchepsout et ses relations avec ces différents personnages, entre épreuves, machinations, trahisons, scènes tendres ou drôles.



Après, ça reste de la fiction historique, une version très romancée de la vie d’Hatchepsout et donc à prendre avec des pincettes. Sans bien connaître son histoire, je pense que la mangaka a pris beaucoup de libertés et s’est aussi basée sur des suppositions. Cela reste toutefois un manga historique que j’ai pris plaisir à suivre. Il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour que ce soit un coup de cœur, mais c’est une découverte sympathique que je recommande pour ceux et celles qui s’intéressent à l’Égypte ancienne.