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dimanche 1 février 2026

Ce que les corbeaux nous laissent - Sophie Leullier.



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Tarik et Adalrik grandissent aux côtés de leur maman Galwinthe. 

Lorsque qu'Adalrik est assassiné, Tarik se mure dans le silence. Hanté par le fantôme de son frère, il grandit à la recherche d'une vengeance qu'il espère salvatrice. Noyant son chagrin dans l'alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l'aidera à faire son deuil. Bercée par les croyances celtes et vikings, Galwinthe se réfugie dans l'étude de parchemins pour trouver comment guider Adalrik dans le royaume des morts.

Ensemble, ils vont découvrir que le sort d'Adalrik était scellé depuis des années. Depuis un événement dramatique lié à Galwinthe...



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Galwinthe est une sorcière et soigneuse en exil, jouissant d’une vie paisible avec ses deux garçons, Adalrik et Tarik… jusqu’à ce que son passé la rattrape et que sa famille n’en paye le prix. La petite famille se retrouve brisée à jamais lorsque le fils aîné meurt assassiné. Témoin de la scène, le jeune frère n’aura de cesse de ruminer ses rêves de vengeance tandis que la mère tente à tout prix de reproduire les rites pour permettre de revoir son fils une dernière fois avant de lui assurer le repos éternel, car son esprit rode toujours…


Ce que les corbeaux nous laissent est un récit fort et poignant, sous fond de décors viking et médiéval, qui raconte les différentes phases d’un deuil suite à une mort survenue brutalement et soudainement, de la lente et difficile période de reconstruction, mais aussi de vengeance et du prix que cela demande. Galwinthe se plonge dans le travail et se réfugie dans ses croyances, tout en se coupant du reste du monde, dans le but de retrouver le corps de son fils pour faire son deuil, et lui donner une sépulture pour lui permettre de reposer enfin en paix. Quand à Tarik, il est ombrageux et est rongé par la vengeance qui le consume à petit feu, sourd à sa mère et aux conseils bien avisés de son employeur, tandis qu’il se retrouve également hanté par le fantôme de son frère, et qu’il culpabilise de n’avoir su le sauver. Noyant son chagrin dans l’alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l’aidera à faire son deuil.



À travers cette histoire, on fait également face à la condition des femmes, accusées en premier des maux qui s'abattent sur une communauté. On suit également une mère et son fils, survivants d’une tragédie brutale, et le chemin choisi face au deuil. C’est une histoire pleine d’émotion qui parle de deuil et de vengeance, mais qui est également douce-amère avec Aldarik qui s’adresse à son frère et tente de le déguiser, la lente reconstruction de Tarik et sa mère. J’ai aimé que le récit mélange les croyances celtes et vikings et nous fasse naviguer entre le monde des morts et celui des vivants. C’est une lecture poignante, parfois violente, mais qui se termine avec un peu d’espoir et de couleur. J’ai bien aimé les graphismes et les couleurs, certaines pages rappellent les enluminures des ouvrages médiévaux.


En résumé, une bande-dessinée poignante et brutale, qui mélange les croyances celtes et vikings, avec une atmosphère mythique et mystique, une histoire aux tons doux et amers qui ne laisse pas indifférent.


dimanche 9 juin 2024

Dans les cuisines de l'Histoire - Collectif.


La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleur. 

Des diktats de l'Église qui régissaient les mœurs alimentaires à l'utilisation des épices venues d'Asie, découvrez la cuisine médiévale, et invitez-vous à la table des Chevaliers !




Nous commençons ce voyage dans le temps culinaire avec le Moyen-Âge où l’Église a dicté très tôt ses règles quant à la consommation alimentaire. L’année était partagée entre les jours maigres et les jours gras et le souhait de manger en bon chrétien. On ne mangeait pas avant d’avoir fait ses prières ou avant d’être allé à l’église (sauf exception). La gourmandise était en effet vue comme un péché, et la croyance voulait que la consommation de viande rouge échauffait le corps et provoquait donc des excès dans le tempérament de celui qui en mangeait. On était alors persuadé que l’alimentation pouvait influer sur le caractère d’une personne ou alors sa santé. Les mères nourricières, par exemple, n’avaient pas le droit à certains aliments (comme l’ail ou les champignons) pour ne pas gâter le goût du lait ou ne pas risquer un empoisonnement


Pendant longtemps, la transmission culinaire s’est faite oralement, les recettes étant partagées de bouche de cuisinier à oreille de cuisinier. Il a fallu attendre le XIIIe siècle pour que les premiers écrits culinaires arrivent, mais ceux-ci restent très évasifs et difficilement fiables et contiennent des erreurs. La plupart des recettes ne donnent aucune indication sur la quantité des ingrédients et les proportions sont laissées au bon vouloir du cuisinier qui adapte selon le nombre de convives.


Parmi les ouvrages les plus connus, il y a Le Viandier, écrit à la fin du XIVe siècle, associé à Guillaume Tirel, dit Taillevent, maître cuisinier des rois de France Charles V et Charles VI ; ou encore Le Mesnagier, rédigé au XIVe siècle et attribué à un bourgeois parisien qui l’aurait écrit à l’intention de sa jeune épouse afin de lui faire connaître la façon de tenir sa maison et de faire la cuisine.


Ce tome nous parle également de l’importance des bonnes manières et des civilités à table. Il était mal vu de se lécher les doigts ou de se précipiter sur son assiette. L’hygiène des mains devait être irréprochable car c’est avec les doigts qu’on mangeait, et il était de mesure de prendre son temps pour manger. On est loin du cliché des gens du Moyen-Âge crasseux et sans aucune manière ! Une autre façon de voir le Moyen-Âge s'offre donc à nous à travers ce premier tome qui ouvre l'appétit !


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La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une
galerie de personnages hauts en couleur. 

Des premiers best-sellers culinaires aux illustres cuisines de Versailles, découvrez la révolution gastronomique qu'a été le Grand Siècle, et invitez-vous à la table du Roi-Soleil !


Dans ce tome, nous entrons à l’époque moderne, celle de Louis XIV. C’est l’époque où de nouveaux aliments et des épices apparaissent en Europe, venus d’Asie ou des Amériques. Nous apprenons ainsi l’histoire des origines du chocolat importé d’Amérique, du café que nous devons aux Turcs, ou encore la création du croissant (nous vient-il vraiment d’Autriche qui aurait crée cette pâtisserie pour commémorer une victoire contre les Turcs ?), mais aussi l’histoire du sorbet.


C’est aussi l’époque où la fourchette se popularise. L’imprimerie, qui se développe, permet également une large diffusion des recettes culinaires. De plus en plus de livres de recettes paraissent et ceux-ci sont nombreux à aborder de plus en plus le lien étroit entre la cuisine et la santé en mettant l’accent sur les bienfaits et inconvénients de certains aliments.


Parmi toutes ces nouveautés, le pain demeure bien-sûr la base de l’alimentation. Ce tome aborde notamment le commerce du pain sous Louis XIV. On marquait les pains de la marque de la boulangerie, pour pouvoir mieux retracer la trace d’éventuels fraudeurs (ceux qui trichent sur la farine, le poids du pain, etc). On découvre aussi le quotidien d’un apprenti boulanger et on apprend notamment qu’un apprenti l’était pendant cinq ans avant de passer un examen pour devenir compagnon, puis devait présenter trois ans après un chef d’œuvre devant un jury chargé de décider d’accorder ou non la licence de boulangerie.


C’est à cette époque que quelques grands noms de la cuisine apparaissent : Cyprien Ragueneau, poète et comédien mais aussi pâtissier, il aurait servi de modèle à Edmond Rostand pour son Cyrano de Bergerac ; François Varel, passé à la postérité en tant qu’organisateur de fêtes et de festins d’exception au château de Vaux-le-Vicomte, puis au château de Chantilly durant le règne de Louis XIV ; François Pierre de La Varenne, cuisinier et auteur du Cuisinier françois, un ouvrage capital qui marque le passage de la cuisine médiévale à la cuisine moderne, et qui contient les premières mentions au mille-feuilles par exemple ; ou encore Jean-Baptiste de La Quintinie, créateur du Potager du roi à Versailles, ce qui n’était pas une mince affaire si on se souvient qu’il a du rendre cultivable un terrain marécageux. Forcément, on ne parle pas alimentation sans évoquer les cultures de ce que nous mangeons, et Louis XIV était notamment particulièrement friand des petits pois.


On en apprend également un peu plus sur Louis XIV mais surtout sa table où le placement des invités est hiérarchisé ; plus on s’éloigne du roi, moins les plats sont élaborés et on peut ainsi savoir si les membres de la famille royale sont en faveur ou non… de quoi alimenter les potins des courtisans en plus de leur appétit !


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La coupe de champagne a-t-elle réellement été moulée sur le sein de la Pompadour, ou était-ce une rumeur visant à moquer sa frivolité ? D'où viennent les épices que nous mangeons, et quand sont-elles apparues ? La pomme de terre, de la nourriture pour les cochons ? 

La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleurs.



Après Louis XIV, place aux règnes de Louis XV et de Louis XVI ! Ce tome évoque la popularité du champagne à Versailles, grâce à Madame de Pompadour, la plus célèbre des maîtresses de Louis XV, et revient sur l’idée reçue qui dit que la coupe de champagne aurait été modelée sur le sein de La Pompadour.


C’est la période où la pomme de terre fait son apparition dans les assiettes mais elle a bien du mal à conquérir les cœurs, notamment à la cour. C’est Antoine Parmentier, ancien militaire, nutritionniste et hygiéniste français, qui s’est donné pour mission de promouvoir la pomme de terre et de faire reconnaître ses avantages alors qu’elle n’était alors considérée que comme un met pour les pauvres, les prisonniers et les cochons. On a du mal à imaginer, de nos jours, que la pomme de terre ait eu du mal à gagner en popularité !


Le XVIIIe siècle est aussi l’époque où les premiers restaurants commencent à voir le jour à travers des enseignes qui sont à la fois des cafés, restaurants, traiteurs et restaurateurs. C’est aussi durant le siècle des Lumières que les bases de la cuisine française vont s’installer, celle encore pratiquée de nos jours. On assiste à une évolution de la cuisine, on ne retient plus que sept saveurs principales (doux, amer, âcre, âpre, aigre, gras, salé). Si le pain reste la base alimentaire, les légumes et fruits sont désormais définitivement intégrés aux repas


C’est aussi le siècle de la nouvelle cuisine, de la sophistication et du raffinement, avec l’arrivée d’une cuisine plus élégante, plus technique, avec une grande part aux légumes, les sauces sont allégées et devenues plus onctueuses. On assiste aussi à des banquets républicains pour commémorer le 14 juillet.


Marie-Antoinette est également mise à l’honneur, en reprenant une phrase qu’on lui prête à tord (« Qu’ils mangent de la brioche »), mais aussi d’autres personnalités de la cuisine, notamment Alexandre Grimod de la Reynière, considéré comme le père fondateur de la gastronomie et qui a publié l’Almanach des Gourmands, considéré comme l’ancêtre du guide gastronomique.


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Des prémices de la grande distribution à la légendaire gourmandise de Louis XVIII et
d'Alexandre Dumas, découvrez les bouleversements culinaires du XIXe siècle et invitez-vous aux tables de Talleyrand et d'Auguste Escoffier !


On termine avec ce tome qui porte assez mal son nom car il n’y a d’empereur évoqué que Napoléon Ier, et que ce tome couvre une période assez vaste entre le Premier Empire et la Première Guerre Mondiale.


C’est une période de bouleversements en matière de gastronomie et d’alimentation. Elle marque l’apparition des premiers guides et critiques gastronomiques, le développement d’une nourriture gourmande (de nombreux auteurs, comme Émile Zola ou Alexandre Dumas, font régulièrement référence aux restaurants dans leurs ouvrages). C’est la prolifération des restaurants, qui deviennent accessibles au plus grand nombre, et des commerces alimentaires, l’apparition des menus ainsi qu’une évolution de l’art de la table.


L’agro-industrie permet une modernisation de notre mode de consommation (développement des transports des aliments, la mise en conserve, etc), les considérations d’hygiène et de sécurité alimentaire, l’heure des repas qui colle davantage au style de vie de ce siècle (les Français mangeaient alors peu le matin, mais le souper retrouve grâce), c’est aussi l’apparition des soupes populaires, les restes des repas des plus riches sont revendus aux classes plus modestes ou pauvres, etc.


C’est une longue période qui connaît des temps de gastronomie festive, joyeuse et prospère tout comme des temps de misère avec les pénuries de la révolution française, les différentes guerres, le siège de Paris qui a contraint les Parisiens à chasser chats et chiens errants ou manger les animaux des zoos (certains passages ont d’ailleurs été durs pour moi qui suis très sensible dès lors qu’il s’agit de morts d’animaux), ou les récoltes déplorables.


Parmi les célébrités, nous avons Antonin Carême, pâtissier, surnommé « le roi des chefs et le chef des rois », le premier à porter l’appellation de chef, il est considéré comme le fondateur de la haute gastronomie, il était notamment recherché par les cours royales ; Nicolas Appert, non pas un cuisinier mais un inventeur à qui nous devons les boîtes de conserves et la conservations des aliments dans des containers en verre puis en boîtes métalliques ; Auguste Escoffier qui a codifié et modernisé la cuisine raffinée des grands hôtels et autres établissements de prestige, c’est aussi lui qui a développé le concept de brigade de cuisine (répartition des tâches dans l’équipe) et en veillant à l’image de marque du cuisinier (propre, méticuleux, non buveur, non fumeur, ne criant pas) et il a également imposé le service à la russe avec un dressage et service directement à l’assiette.


Le mot de la fin


C’est une bande-dessinée que j’ai découvert par hasard, alors que je cherchais des idées pour ma PAL de l’Ice Cream Summer Challenge, et qui s’est révélée être une bien belle découverte !


Quelle idée originale que de nous apprendre l’Histoire à travers la gastronomie en France et son évolution à travers une large période qui va du Moyen-âge jusqu’à la Grande Guerre. Un véritable voyage dans le temps qui parle boustifaille mais pas que ! Dans les cuisines de l’Histoire parle aussi bien des différents plats et aliments consommés à chaque époque que d’autres sujets comme les différentes façons de cuisiner, la culture des légumes et herbes aromatiques, les différentes techniques de conservation des aliments à travers les siècles, mais aussi les liens étroits entre l’alimentation et la santé, l’hygiène, ou le lien entre l’alimentation et le social (la façon de se tenir à table, la convivialité, la hiérarchisation à table, etc). On y parle ainsi plus que d’aliments mais de tout un ensemble qui a attrait à cet univers.


On en apprend un peu plus sur les œuvres culinaires qui ont traversé les siècles, ces ouvrages et ces personnes qui ont contribué à la révolution culinaire et qui se sont fait un nom dans le milieu gastronomique.


Chaque tome se compose de plusieurs épisodes qui illustrent un propos, c’est tantôt drôle, tantôt touchant, mais toujours instructif, avec des personnages hauts en couleur, et ça met même l’eau à la bouche ! À noter que chaque tome nous propose des recettes d’époque que nous pouvons essayer de reproduire, ce que je trouve très intéressant !


Une bande-dessinée que je conseille et que je classe parmi mes coups de cœur. Un vrai régal !

lundi 3 mai 2021

Le Lecteur de Cadavres - Antonio Garrido

Inspiré d’un personnage réel, Le lecteur de cadavres nous plonge dans la Chine Impériale du XIIIe siècle et nous relate l’extraordinaire histoire de Ci Song, un jeune garçon d’origine modeste sur lequel le destin semble s’acharner. 

Après la mort de ses parents, l’incendie de sa maison et l’arrestation de son frère, il est contraint de fuir son village avec sa petite sœur malade. Ci se retrouve dans les quartiers populaires de Lin’an, la capitale de l’Empire. où la vie ne vaut pas grand-chose. Il devient un des meilleurs fossoyeurs des « champs de la mort », puis, grâce à son formidable talent pour expliquer les causes d’un décès, il est accepté à la prestigieuse Académie Ming.

 L’écho de ses exploits parvient aux oreilles de l’Empereur. Celui-ci le convoque pour enquêter sur une série d’assassinats qui menacent la paix impériale. S’il réussit, il entrera au sein du Conseil du Châtiment, s’il échoue : c’est la mort.


J’ai trouvé cette petite pépite sur Twitter, évoquée par Juliette Cazes dont j’avais lu l’excellent Funèbre, sur les différents rites funéraires que l’on peut trouver à travers le monde. Rien ne laissait supposer le coup de cœur, pourtant voilà quelques jours que j’ai refermé ce livre et ce roman continue encore de hanter mes pensées, tant il m’a laissé forte impression.


Nous sommes en Chine, au XIIIe siècle, et Ci se prépare à une journée de dur labeur à travailler à la rizière pour son frère aîné, chez qui la famille vit, lui qui pourtant avait su se faire une place et un renom à l’académie de Lin’an et qui se préparait à un avenir brillant aux côtés du juge Feng, qui se préoccupe des affaires criminelles. Malheureusement, un décès dans la famille contraint cette dernière à rentrer au village familial et de suivre les rituels de deuil. Ci doit abandonner ses études et son père son prestigieux travail, pour vivre chez son frère aîné Lu, qui profite de son autorité sur sa famille. Ci se désespère de cette nouvelle vie jusqu’au jour où, alors qu’il travaillait à la rizière, il découvre un cadavre… 


Commence ensuite une longue descente aux enfers lorsque son frère est désigné comme étant le coupable, plongeant la famille dans le déshonneur, la disparition de celle-ci dans un terrible incendie qui ne laisse que Ci comme survivant, avec à sa charge sa jeune sœur à la santé fragile. Pour survivre et subvenir aux soins de sa sœur malade, Ci décide de voyager dans des eaux dangereuses et se mettre au service d’un fossoyeur, un charlatan qui se dit devin, pour travailler avec lui au cimetière en tant que “lecteur de cadavres” pour tenter de déterminer, à travers l’aspect et les blessures du défunt, la véritable cause de sa mort… Un talent qui ne manquera pas de le faire remarquer, d’abord par Ming, professeur à la prestigieuse académie de Lin’an, puis par l’empereur lui-même lorsque des meurtres inexplicables et barbares commencent à empoisonner sa cour… 


Le Lecteur de Cadavres pourrait tout aussi bien s’appeler Les Malheurs de Ci, tant notre personnage principal passe de mésaventure en mésaventure, car l’auteur colle beaucoup d’embûches à son héros qui traverse de nombreuses épreuves, qu’il se relève pour mieux voir une nouvelle complication se mettre en travers de son chemin. En toute honnêteté, j’aurais très bien pu détester cet aspect du roman, et craindre que cela devienne trop répétitif au point de devenir lassant. Il n’en fut rien car ce roman est véritablement passionnant. Malgré son nombre de pages, il se lit très facilement et on est rapidement happé par l’histoire, si bien que les pages se tournent facilement et qu’on est poussé par le désir de connaître la suite. De plus, l’aspect historique du roman est fascinant.


Quel exploit romanesque représentait pourtant ce roman qui s’inspire d’un personnage réel, mais dont nous ne connaissons rien, nous autres Occidentaux, et dont la biographie « ne se limitait qu'à une trentaine de paragraphes extraits d'une douzaine de livres » (p. 722), pourtant il a été réussi avec brio par l’auteur dont on ne peut que saluer l’énorme travail de documentation, tant pour le personnage de Ci Song que les domaines politique, culturel, social, judiciaire, économique, religieux, militaire, etc, de l’époque, et de rechercher toutes les références possibles sur la médecine, l’éducation, l’alimentation, les vêtements, etc. On ne peut que se sentir admiratif face à l’immense travail de recherche déployé par l’auteur qui a également mis à notre disposition, en toute fin de roman, différentes notes concernant la vie réelle de Cí Song, un glossaire des différents mots et significations spécifiques ainsi que les différents livres l'ayant aidé à l'élaboration de ce roman historique si dense.


L’autre force, ce sont ses personnages, notre héros en particulier. On ne peut qu’être admiratif face à Ci qui doit progresser dans un environnement pratiquement toujours hostile, devant se battre pour survivre, qui est prêt à tous les sacrifices pour sa sœur, et ce jusqu'à la dernière page et qui se sort de situations extrêmes grâce à une intelligence hors du commun, une détermination inébranlable et beaucoup de persévérance. Si sa naïveté lui vaut bien des déboires, sa résistance aux attaques physiques (pas ordinaire, puisqu'il est atteint d'une maladie neurologique rare, qui le rend insensible à la douleur au froid et au chaud, ce qui représente à la fois un avantage, lorsqu'il est attaqué par exemple, comme un inconvénient car il ne peut mesurer la gravité de ses blessures la plupart du temps, et les limites à ne pas franchir).

Nous avons également Xu, fossoyeur au cimetière, vivant sur un bateau avec ses nombreuses femmes, un charlatan avare, mais un personnage pas moins dénué d’intérêt malgré le manque d’humanité dont il peut faire preuve, car il est doué dans ce qu’il fait et, s’il n’a pas le talent de Ci, sait s’y prendre avec les cadavres. Je ne peux pas ne pas évoquer Ming, professeur de renom, admiré par ses élèves et surtout Ci, en qui il a vu énormément de potentiel et qui désire lui laisser sa chance, j’ai beaucoup aimé la dévotion qu’ils ont l’un envers l’autre, ce qui prend une signification toute particulière quand [spoiler] on apprend que la préférence de Ming va aux hommes et qu’il est tombé amoureux de Ci, dommage que l'auteur n'ait pas plus exploité cela, même si ce n'était pas le sujet du roman [/spoiler] ainsi que le juge Feng qui a joué de mentor au jeune Ci et dont le rebondissement le concernant m'a vraiment surprise et qui nous montre une facette du personnage qu'on aurait pas imaginé, et qui nous permet de le considérer, ainsi que la première partie du roman, sous un autre regard.


L'autre point positif, c'est quand une véritable enquête débute. L'histoire prend alors une toute autre tournure et devient un véritable roman policier. Enquête, interrogatoires, recherche d'indices, de mobiles et, bien sûr, étude des cadavres. Nous apprenons de nombreuses choses à travers Ci et ceux qui vont contribuer à le former, ce qui nous permet de comprendre ce qu’on peut “lire” sur un cadavre et comment : ce que disent les blessures et hématomes sur les causes de la mort, les indices dévoilés à travers la décomposition du corps, les traces dans les os, les entrailles et comment tout ceci nous donne des indices sur les causes de la mort, l’environnement où cela s’est produit, l’arme utilisée, différencier un suicide ou une mort accidentelle par un meurtre… Bien-sûr, il peut s’avérer nécessaire d’avoir le cœur bien accroché, tant pour certaines scènes d’autopsie mais aussi lors de la description de scènes de tortures dont on peine à imaginer qu’elles ont réellement existé. Ci Song a vraiment su comment analyser, faisant de lui, sans aucun doute, le précurseur de la médecine légiste.


Le suspens est intense, l’intrigue bien ficelée, avec beaucoup de surprises et de retournements de situation, mais en restant toujours logique. On a même des révélations qui m'ont fait apprécier, à rebours, pas mal de ce que je reprochais au début de l'histoire. Comme vous l'aurez compris, ce roman a été plus qu'une excellente découverte mais un coup de cœur pour son ensemble, aussi bien pour le style de l'auteur, l'histoire racontée, le personnage de Ci et le contexte historique qui nous permet d'en apprendre beaucoup sur une période et une civilisation qui nous restent méconnues...


Xu dominait l'observation des cadavres de la même façon qu'il exerçait avec habilité l'interprétation des expressions des vivants. Il savait retourner les corps, trouver des os brisés, deviner les coups de bâton, reconnaître les hématomes, prédire les causes et les origines, et même déterminer le métier des morts qui passaient entre ses mains, comme s'il avait interrogé un vivant. Cela faisait des années qu'il manipulait les cadavres au cimetière, qu'il aidait à l'incinération des défunts bouddhistes et, à ce qu'il disait, il avait même travaillé comme fossoyeur dans les prisons du Sichuan, où les tortures étaient quotidiennes. Une expérience qui faisait défaut à Ci.

mercredi 26 novembre 2014

Le chevalier lettré : Savoir et conduite de l'aristocratie au XIIe et XIIIe siècles - Martin Aurell.

La rencontre du chevalier et du savoir au XIIe siècle peut sembler paradoxale. Pourtant, elle se mêle inextricablement à la renaissance intellectuelle de cette période, mouvement décisif pour l'histoire de l'Occident. 

Le chevalier n'évolue pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les cours de plus en plus cultivées et raffinées : son intérêt pour les classiques latins et la lecture, voire sa propre poésie, le prouvent. Il patronne les jongleurs et discute de littérature avec les clercs qui, au passage, essaient de réformer sa conduite, souvent brutale. Au fur et à mesure que leur culture livresque se développe, les chevaliers apprennent à réprimer leur propre violence à la guerre et s’initient à la courtoisie. À table, les contenances sont désormais de mise, tout comme la préciosité du langage, l’élégance des vêtements ou la mesure des gestes. La fréquentation des femmes, parfois doctes et tenant salon, devient plus galante.

Une révolution mentale est ainsi en œuvre chez ces élites laïques qui, au contact du clergé savant, mettent de plus en plus leurs armes au service du bien commun. Ce savoir-vivre relève-t-il d’un masque machiavélique ou bien cette maîtrise de soi est-elle le signe d’une modernité avant l’heure ?



Lors de mon cinquième semestre à la fac, j'ai eu l'occasion d'avoir des cours sur le Moyen-âge (rien de plus normal, me direz-vous, d'étudier le moyen-âge en licence d'histoire). La particularité de ces cours de ce semestre est qu'au lieu de se centrer sur les grands faits politiques et militaires de la période, nous nous sommes intéressés à l'aspect plus culturel du Moyen-âge. À l'occasion de ces cours, j'ai été amenée à choisir et lire un livre en rapport avec le sujet pour faire après une fiche de lecture.

J'ai choisi Le chevalier lettré qui m'attirait par sa couverture mais aussi son sujet. Ce livre est en fait une vaste étude sur la noblesse du XIIe au XIIIe siècle et plus particulièrement les rapports de cette noblesse à la culture, à l'érudition, et, dans une moindre mesure, ses rapports avec le clergé (les hommes d’Église en gros).

L'image que l'on se fait des chevaliers et des nobles au Moyen-âge est souvent celle du guerrier combattant, chevauchant, festoyant, ou encore celle du chevalier courtois. Je ne dirais pas que cette image est 100 % fausse, loin de là. Cependant, on imagine très mal cette catégorie de la société médiévale entretenir des rapports étroits avec le savoir. On imagine davantage les hommes d’Église et les femmes de l'aristocratie s'instruire, lire et écrire. Cependant, le chevalier ou noble du Moyen-âge n'était pas totalement étranger à la culture et au savoir, mais cet aspect de l'aristocratie est plutôt méconnue (comme je l'ai dit, on l'imagine plus festoyer et faire la guerre). C'est donc l'objectif de l'auteur de nous montrer que l'opposition entre l'aristocrate du Moyen-âge et la culture a le mérite d'être nuancé. De même, on a tendance à opposer l'homme d’Église, instruit, au chevalier, illettré et guerroyant. Les réalités culturelles sont plus complexes.



Image d'un troubadour,
chargé d'animer fête/banquet
en racontant une histoire
ou avec des chansons romantiques
ou des messages politiques.
L’œuvre de Martin Aurell est assez épaisse. Il s'agit d'une vaste étude qui se construit un peu de façon méthodique  : il ouvre son ouvrage avec une introduction de quelques pages, qui explique le contexte historique et culturel, avant d'entrer dans le vif du sujet. Son étude se compose de trois grandes parties, chacune contenant des espèces de sous-parties. Petit rappel du contexte historique de l'époque d'abord, avant d'entrer dans le vif du sujet : le Moyen-âge connaît aux XIIe et XIIIe siècle une Renaissance avant la Renaissance, c'est-à-dire que cette époque connaît une période de réformes et de renouveau de la société. Les villes grandissent, le commerce se développe, la royauté (qui était alors souvent en conflit avec l'aristocratie pour le contrôle des terres et de la politique) s'affirme et met en place une administration et une justice fortes. L’Église se range aux côtés de cette royauté et, à son tour, met en place des réformes culturelles et spirituelles chez le clergé, histoire de renforcer les exigences morales et spirituelles. De plus, la culture et le savoir se diffusent mieux, la lecture et l'écriture se répandent davantage, surtout chez l'aristocratie. Dès l'introduction, l'auteur nous présente une nouvelle vision du Moyen-âge, une époque qu'on a trop souvent considéré comme obscur, où les gens étaient incultes, sales, ils mourraient tous de la peste, on brûlait des gens pour un rien, ils faisaient souvent la guerre... or, non. L'auteur nous présente un Moyen-âge flamboyant et une aristocratie qui sait aussi bien manier la plume et l'épée, une noblesse de l'esprit, de la culture et du prestige qu'elle en tire.

Martin Aurell pose ses premiers arguments dans sa première partie, Chevalerie et « clergie » où il commence à nous présenter les premiers rapports entre l'aristocratie et le savoir, à partir du Xe siècle. Le noble à cette époque n'est pas un érudit, sauf s'il entre dans les ordres. Le clerc, en effet, est l'image même de l'érudit et il prouve son appartenance au clergé par son savoir. Le noble atteint rarement le niveau de connaissance du clerc, surtout le chevalier qui doit s'entraîner à la guerre, combattre, chevaucher... ça laisse très peu de place à l'érudition. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'éduquait pas les nobles, loin de là. Connaître le latin, savoir lire, écrire et compter faisaient partie de l'essentiel et les jeunes étaient souvent instruits par des hommes d’Église, à la maison ou dans des écoles (qui étaient à l'époque mises en place par des hommes du clergé). Certains nobles manifestaient aussi un intérêt pour les lettres, se font collectionneurs de livres, font circuler des livres. Cependant, si l'aristocratie est éduquée dès l'enfance, les nobles (ou les laïcs, comme on les appelle aussi) ne cherchaient pas vraiment à aller plus loin dans leurs études (sauf pour ceux se destinant à entrer dans les ordres), l'éducation guerrière étant plus importante. Il existait une proportion de laïcs lettrés qu'on appelait des « demi-lettrés », le savoir se retrouvait davantage chez les clercs, mais la donne change progressivement...



Marie de France, une des rares auteurs féminins
connues de l'époque.
La seconde partie « Chevalerie et la création littéraire » montre que, dès le XIIe-XIIIe s, on voit apparaître une irruption subite de chevaliers lettrés et de dames savantes suite à cette « Renaissance avant la Renaissance ». Une vie culturelle s'organise dans les cours et châteaux qui se font lieux de rencontres littéraires et de concentration du savoir. Les livres sont véhiculés par l'écriture ou la voix (troubadours ou jongleurs animant des fêtes ou banquets à travers des chansons de gestes, des histoires d'amour courtois ou des messages politiques). Ces aristocrates se mettent aussi à écrire, généralement dans leur langue maternelle plus qu'en latin (le latin étant la langue des clercs) et la production littéraire est diverse : littérature de croisade, romans du Graal, poèmes sur l'amour ou la guerre, des chroniques, des mémoires ou encore des hagiographies (biographie sur un(e) Saint(e))

Martin Aurell illustre ses propos par de nombreux exemples, qui peuvent être parfois un peu lourds tant ils sont nombreux, néanmoins il évoque régulièrement les mêmes auteurs. Ainsi les mêmes noms réapparaissent régulièrement (Dante, Abélard, Salisbury, Barri, etc) et on est pas trop dépaysé. Ses exemples sont aussi variés : il ne se contente pas de s'intéresser qu'à la France car il « visite » d'autres pays de l'Europe (Italie, Allemagne, Angleterre) même s'il se centre beaucoup sur la France et l'Angleterre. Il utilise aussi très souvent en titre d'exemple des ouvrages de la littérature arthurienne, ainsi que des personnages de la légende arthurienne (Arthur, Yvain, Lancelot, Guenièvre, etc), ce qui témoigne à la fois de l'intérêt de l'auteur pour ce sujet mais aussi de l'importance des légendes arthuriennes dans la société médiévale.

À noter aussi que l'auteur ne s'intéresse pas qu'aux Messieurs de cette époque car les femmes ont aussi fait entendre leur voix dans ce mouvement de savoir et de création littéraire. L'auteur consacre en effet quelques pages sur l'éducation des filles de la noblesse, le sujet de la femme lectrice (la femme de la noblesse étant souvent associée au livre, notamment dans l'iconographie médiévale, que ce soit le livre de prières ou des romans ou poèmes d'amours), mais aussi de la femme auteur qui écrivaient en entretenant une large correspondance ou en écrivant des romans. L'exemple le plus connu de la femme écrivain à cette époque est sans conteste Marie de France. Cependant, on dispose de peu de documentation sur ces femmes écrivains, donc leur nombre est assez minime par rapport à leurs congénères masculins. Cependant, on note la progression entre la première et seconde partie. Dans la première partie, le laïc n'est pas hautement cultivé, sauf s'il se destine au clergé. Dans la seconde partie, on est aux XII-XIIIes, le savoir s'est largement diffusé au sein de la noblesse et les aristocrates élargissent leur érudition bien au-delà des connaissances de leurs ancêtres. Même des chevaliers se font écrivains !




- à gauche, image d'un psautier (livre de prières) représentant trois clercs en pleine étude ;
à droite, représentation du poète Reinmar von Zweter, assis au centre de la scène, 
avec un garçon copiant sur des tablettes de cire et une fille sur un rouleau de parchemin -

La troisième et dernière partie « « Clergie » et civilisation des mœurs chevaleresques » parle davantage du savoir et de la culture comme moyens pour le clerc d'encadrer et réformer la noblesse. La rendre plus courtoise et moins rustre, pour la simple et bonne raison que la monarchie fait encore face à des  chevaliers brigands et insoumis au roi. Alliée de la monarchie, le rôle de l'Église n'est donc plus seulement de recopier des ouvrages et de se préoccuper du salut des âmes, mais aussi de pacifier cette aristocratie et de la transformer en noblesse chargée de défendre et protéger l’Église et le royaume, et de la rendre ainsi plus obéissante au Roi. Pour cela, le clerc tente – par le savoir et les lettres – d'influencer les mœurs et conduites de la noblesse. Il peut mettre en garde – à travers des sermons ou ouvrages – des travers de l'aristocratie (abus de la chasse, tournois et jeux où la violence bat son plein), le clerc prône le modèle que le chevalier doit adopter (guerroyer pour la paix, la justice, etc), il encourage à la dévotion, à la charité, à l'amour du prochain, il intervient dans les institutions de la noblesse (comme la cérémonie de l'adoubement)... C'est là que la courtoisie devient un mode de conduite à adopter car c'est la capacité de bien agir et de bien parler. De nombreux ouvrages et manuels sur la civilité et le savoir-vivre ont été écrits à cette époque (bien agir, bien s'habiller, bien se conduire), ce qui était intéressant à découvrir. Par l'amour courtois, la courtoisie, le noble se perfectionne et se démarque des autres classes (en montrant notamment qu'il a de la classe, qu'il est patient alors qu'il fait la cour à une dame, contrairement aux gens du peuple qui, selon les nobles, s'accouplent à même le sol)


Voilà. Tout ça pour dire que cette étude est un ouvrage intéressant à feuilleter. Il y a beaucoup à lire, parfois les arguments de l'auteur nous assomme d'exemples et on en perd parfois la fil, on peut avoir du mal à voir la fin mais ça reste intéressant à lire, surtout si la société médiévale est un sujet qui vous intéresse. Malgré les petits défauts, cette étude est bien construite, bien documentée, illustrée même, et montre bien que la notion de chevalier cultivé n'est pas contradictoire. L'aristocratie n'est pas que combattante, elle peut être cultivée et participer à la production littéraire.


Ce billet est une participation au :



mardi 7 septembre 2010

Jeanne - Jacques Cassabois.

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'Joanni, Joanni wears a golden cross
And she looks so beautiful in her armour
Joanni, Joanni blows a kiss to God
And she never wears a ring on her finger.'

- Joanni, Kate Bush -

L'auteur :
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Jacques Cassabois (né en 1947) est un instituteur et auteur français de contes, de nouvelles fantastiques et de romans historiques pour enfants et adultes.

/ ! \ Challenge Histoire / ! \

Quatrième de couverture :

Jeanne. Car Jeanne d'Arc était Jeanne avant d'être chef de guerre. Figure emblématique de notre histoire, elle était surtout une jeune fille de dix-sept ans. Sa fabuleuse épopée va bouleverser le royaume de France. En deux ans, Jeanne fait sacrer un roi, repousse les Anglais, ravive la confiance d'un peuple tout entier. Sainte ou visionnaire ? Jeanne, l'étincelle de Domrémy, était d'abord un être d'exception, traversant chaque instant avec toute son énergie et son amour de vivre.

Mon avis :

Je suis tombée sur ce livre en visitant
Lecture Academy, et j'ai longtemps attendu sa sortie, le 18 Août. Toute contente de l'avoir acheté, je l'ai lu assez rapidement. Hop, même pas passé dans la PAL ! Et voici par la même occasion mon premier billet pour le Challenge Histoire. D'une pierre deux coups.

Je vous avais déjà bien 'embêté' avec mon admiration et respect évident pour Charles de Gaulle, mais le Monsieur n'est pas le seul personnage historique qui me fascine et pour qui j'éprouve respect et admiration, il y a aussi la Pucelle, Jeanne d'Arc donc tout le monde a du entendre parler (honte à vous si tel n'est pas le cas !), la célèbre jeune fille qui a sauvé la France, a remonté le moral des troupes françaises et du dauphin Charles VII pendant la
Guerre de Cent Ans (... qui a duré 116 ans, en réalité), en boutant les anglais hors de France car elle aurait entendu des voix venant des Cieux, un ordre divin d'aller sauver la France en péril mais qui a malheureusement fini capturée puis condamnée à mort sur le bûcher pour sorcellerie le 30 mai 1431.

Passionnée d'Histoire, celle de Jeanne la Pucelle n'a pas pû ne pas me laisser sensible, son épopée, cette jeune personne au destin tragique mais incroyable. Et il est vrai que niveau historique, ce roman est très intéressant, l'auteur a vraiment eu une bonne documentation de l'époque et de la Pucelle d'Orléans, même à la fin du livre, avec les cartes de la France au XVe siècle en bonus, tout est très détaillé, l'auteur nous renseigne bien sur l'époque et le personnage historique. Il nous raconte très bien son épopée, sa jeunesse, son apogée jusqu'à sa mort et pour ceux qui ne connaissent pas si bien que ça Jeanne d'Arc (car nous savons peu de choses sur elle au final), et il en faut du courage pour s'attaquer à un tel personnage de notre Histoire ! Mais ce roman est un bon ouvrage pour en savoir plus sur elle même si j'avoue qu'il y a une grande quantité d'informations à saisir et retenir : beaucoup de personnages, beaucoup de combats, beaucoup de lieux (mais pour ce point-là, nous avons les cartes en fin de livre à aller consulter !)

Ici, l'auteur se centre surtout sur la jeune fille, moins que l'héroïne, car Jeanne a vécu à une époque où les femmes n'avaient malheureusement pas une place bien importante que celle d'épouse et mère, elles n'avaient pas leur mot à dire, donc il peut paraître bien étrange et insolite de voir cette jeune fille de 17-18 ans partir guerroyer. Par son courage, son stratège militaire, son quotidien parmi les soldats, son franc-parler, elle bouleverse toutes les traditions. Et c'est quelqu'un d'attachant, de pieuse ; dans cette guerre, elle avançe, elle a des doutes, des moments de découragement, mais elle s'accroche à son Dieu, à la religion, aussi sur ce point, ça peut gêner certains lecteurs qui pourraient trouver un peu trop de foi religieuse dans ce roman, mais ça fait parti de l'histoire de Jeanne d'Arc, on ne peut y échapper. Elle est une personne profondément pieuse, ses actions ont surtout été influençées et dictées par ces Voix entendues des Cieux, donc, bien-sûr, pour les nons-croyants, cette facette de Jeanne d'Arc sera vue différement et peut-être pas trop appréçiée, peut-être que ça pourra gêner, mais c'est ce que Jeanne était, et on ne peut rien y changer. Et je n'entrerais pas dans les polémiques la concernant au sujet de sa foi et des voix qu'elle a entendu, là n'est pas le lieu approprié. Je n'en ai pas envie et je ne suis pas ici pour ça mais pour vous parler du livre. De toute façon, pour moi, ce n'est pas tellement le côté 'religieux' du roman qui m'a attiré, mais bien le côté historique, bien que je dois avouer qu'il y a eu certaines longueurs dans le roman, le côté historique peut s'avérer ennuyeux avec toutes ces négociations et batailles qui reviennent très souvent, je me doute bien que la Guerre de Cent Ans n'est pas un sujet qui peut intéresser tout le monde (moi-même, j'avoue ne pas être incollable sur le sujet) et les batailles et négociations revenant souvent peuvent nous donner du mal à continuer l'histoire.

Mais le tout est très crédible et concret, l'auteur nous plonge habilement dans l'époque et nous attache à Jeanne qui nous est rendue très humaine et accessible même si nous savons comment ça va se finir pour elle, c'était inévitable. La fin m'a beaucoup émue et je ne pouvais pas ne pas trouver de meilleure fin bien que c'était triste de quitter Jeanne qui continuait encore d'y croire malgrè les épreuves, le procès et la condamnation...

Nous vivons, le temps d'une heure, deux voire plus, l'histoire de Jeanne d'Arc, un personnage important de notre Histoire qui continue encore à passionner les esprits aujourd'hui. Le défi était risqué, mais je pense qu'il est réussi pour Jacques Cassabois, il ne raconte pas seulement Jeanne d'Arc le mythe, mais aussi la jeune fille et c'est ça qui est intéressant, et à présent, je voudrais beaucoup visiter Rouen, Domrémy et Orléans, un jour... Côté écriture, ça va tout seul, c'est fluide et agréable à lire, j'ai constaté le talent de l'auteur qui m'était encore inconnu jusqu'à aujourd'hui. J'ai bien aimé sa plume. J'ai aussi appréçié la présence de cartes, et d'explications en bas du texte. En somme, j'ai aimé ce roman jeunesse-historique racontant l'épopée d'un personnage historique qui me passionne. Aucune deception niveau histoire et écriture malgrè les longueurs dans le roman.



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Représentation de Jeanne d'Arc (datant de ?)

Extrait :

Comme devant toute décision, Charles hésite interminablement.
Oui ou non, doit-il rencontrer cette fille qui lui tombe du ciel ? Elle n'était pas encore à Chinon qu'elle animait toutes les conversations. A la Cour, en ville. Sa seule traversée de la Loire a redonné courage à la population d'Orléans. Jean le Bâtard, lieutenant général qui veille aux destinées de la ville, en attendant que le duc Charles, son demi-frère, soit libéré par les Anglais, a envoyé deux hommes à Chinon.
- Soyez présents si le roi la reçoit, leur a-t-il commandé. Observez-le. Observez-la. Lui fait-il crédit ? N'est-elle qu'une exaltée fabulatrice ?
6. Vrai héritier de France.