dimanche 3 décembre 2017

Coco.

Fiche technique :

Réalisation : Lee Unkrich et Adrian Molina.
Scénario : Adrian Molina et Matthew Aldrich.
Société de production : Walt Disney Pictures, Pixar Animation Studios
Durée : 1h40
Sortie : 21 novembre 2017 (USA), 29 novembre 2017 (France)

Avec les voix de :

- VO : Anthony Gonzalez (Miguel), Gael Garcia Bernal (Hector), Benjamin Bratt (Ernesto de la Cruz), Alanna Ubach (Mama Imelda), Ana Ofelia Murguia (Mama Coco), etc.
- VF : Andrea Santamaria (Miguel), Ary Abittan (Hector), Bernard Gabay (Ernesto de la Cruz), Brigitte Virtudes (Mama Imelda), Evelyne Grandjean (Mama Coco), etc.



Synopsis :

Miguel, un mexicain de 12 ans vivant avec sa famille dans une zone rurale du Mexique, résout un mystère générationnel lié à sa famille en déclenchant une série d'événements qui donnera lieu à une réunion de famille, entre défunts et vivants. L'action se déroule lors du traditionnel Jour des morts.

Mon avis :

Au départ, je n'étais pas emballée par ce film après visionnage de la bande-annonce, les avis enthousiasmes m'ont cependant fait changer d'avis et m'ont fait comprendre pourquoi le dernier Disney-Pixar est tant aimé par les critiques et les fans. Sans crier au chef d'oeuvre, Coco s'est révélé être une bonne surprise et un film très sympathique, mais aussi émouvant, à regarder. Mon avis est donc d'aller au-delà de la bande annonce car elle ne peut résumer, au risque de spoiler, tout ce que représente réellement le film car il s'agit plus qu'un film sur un petit garçon amoureux de la musique, mais empêché par la tradition familiale, et se retrouvant par inadvertance au royaume des morts.

Affiche teaser du film.
Les débuts de Coco n'ont pourtant pas été faciles, nombreux sont à avoir hurlé "appropriation culturelle" et "copier-coller de La Légende de Manolo", et il est vrai que ce fut un pari risqué de produire un film animé sur une tradition et fête religieuse célèbre au Mexique, pourtant les productions Disney et Pixar sont parvenus à reproduire fidèlement, sans dénaturer, le Mexique, ses traditions, son atmosphère et ses couleurs ; et si ce film présente quelques similitudes avec La Légende de Manolo (personnage aimant la musique mais pas sa famille, le contexte del Dia de los Muertos), les ressemblances s'arrêtent là, et Coco se présente comme un film avec une histoire différente.

Nous suivons le jeune Miguel, petit garçon Mexicain de 12 ans, vibrant pour la musique mais qui doit garder cette passion secrète, notamment auprès de sa famille qui, suite à une mauvaise expérience, a banni cet art il y a des décennies. Désintéressé par le métier de cordonnier, pratiqué depuis des générations par sa famille, Miguel ne rêve que de suivre les pas de son idole, Ernesto de la Cruz, musicien, chanteur et acteur de talent qui ne s'est arrêté à rien pour devenir quelqu'un. Cette passion pour la musique et son idole conduira Miguel par inadvertance au pays des morts lors du Jour des Morts, capable de voir les défunts venus rendre visite à leur famille. Profitant de cet incroyable coup du sort, Miguel se met en quête pour s'affranchir des traditions familiales et tracer son propre chemin...

Ce film nous fait voyager littéralement au Mexique et nous fait découvrir le pays et ses traditions jusqu'au plus petit détail : les décors avec par exemple les papel picado (ornements suspendus en papier coloré utilisés lors de célébrations), Flor de Muertos, les ofrendas laissées sur les autels pour les morts ; les personnages avec les musiciens Mariachi, Frida Kahlo qui nous apparaît lors de quelques scènes, même le chien Dante que vous pouvez voir sur l'affiche est un chien dit xoloitzcuintle, ou chien nu du Mexique, une race de chien très rare et ancienne originaire du Mexique qui, selon la légende, est supposé nous conduire dans le territoire des morts (et qui accompagne Miguel dans son aventure au territoire des morts ? Le chien). C'est un monde tout en couleur, on en prend plein les yeux, et notamment lors de notre découverte du royaume des morts : c'est vivant, coloré, musical, où les morts dont la mémoire est entretenue vivent une seconde vie. Mais il y a aussi les morts que l'on oublie, ceux qui ne peuvent se rendre auprès de leur famille encore en vie lors del Dia de los Muertos, et ceux qui sont voués à disparaître, nous présentant une dualité dans ce monde des esprits.

J'ai trouvé très intéressant que Disney et Pixar sortent des terrains battus pour se pencher sur une culture que nous Occidentaux ne connaissons peu sinon pas du tout. C'est dépaysant et vraiment très sympathique à découvrir, et cela ne s'arrête pas au niveau des graphismes, mais aussi du langage : ceux ayant étudié l'espagnol reconnaîtront quelques mots prononcés par les personnages (le dialogue n'est bien-sûr pas en espagnol, mais quelques mots espagnols se glissent par-ci par-là dans les paroles des personnages) et dans les chansons. La différence avec les autres Disney, c'est qu'aucun personnage ne chante pour expliquer un contexte ou sa situation (comme Ariel dans 'Partir là-bas', ou encore Raiponce dans 'Où est la vraie vie'), les chansons ici s'inscrivent dans un autre contexte : lors d'un concert, des membres de la famille chantant ensemble une mélodie familiale, ou lors d'une fête, et chaque chanson s'inscrit dans son univers, celui du Mexique. Il y a de très belles chansons, notamment La Llorona, Un Poco Loco ou Remember MeLe Mexique et ses traditions ont été très bien respectées ; bon après je ne suis ni une experte, ni d'origine Mexicaine mais je pense que Disney et Pixar s'en sont bien sortis, qu'ils ont fait du beau travail de recherche, allant même jusqu'à engager un dessinateur mexicain très critique.

Miguel devant l'autel de sa famille avec les ofrendas et flores de muertos.

Rien à redire au sujet de la bande-son et des graphismes, visuellement c'est super, on nous en met plein la vue et ça nous fait surtout penser à la mort sous un autre aspect ! Même si ce fut intéressant de voir abordé le sujet des morts dont le souvenir parmi les vivants commence à faiblir jusqu'à s'éteindre définitivement, et les morts qui n'ont pas leur photo sur des autels pour les ofrendas, et ce qu'il advient de ces morts. Mais sinon, au sujet de l'histoire ? Le thème passion du héros non approuvée par les membres de sa famille, ça n'a rien de nouveau et ici c'est assez exagéré 

[spoiler]

Genre, un membre de la famille ne veut plus entendre parler de musique depuis qu'un musicien de la famille est parti loin de la famille sans revenir... et tous les membres, même des générations suivantes, suivent le mouvement, sans avoir eu eux-mêmes de mauvaises expériences avec la musique ?? ça apporte certes des moments comiques que j'ai moi-même apprécié, surtout au travers du personnage d'Abuelita, mais il faut avouer que ça reste un peu exagéré surtout que ; outre le "dédain" pour la musique et leur respect des traditions, la plupart des membres de la famille de Miguel ne se démarquent pas trop...


 [/spoiler]

Sinon, c'est un beau film sur le thème des traditions et de l'importance de la famille sans pour autant dénigrer l'importance d'avoir une passion et de s'y consacrer, car ce film c'est aussi une histoire d'amour sur la musique, aussi bien que sur l'importance de chérir la mémoire de nos ancêtre, d'aimer nos proches. Pour parler rapidement de nos protagonistes, ils sont réussis dans l'ensemble. Si Miguel n'est pas, pour moi, le plus inoubliable, il reste sympathique à suivre et à découvrir. C'est un jeune garçon plein de courage et de détermination, créatif et passionné de musique, mais aussi très attaché à sa famille. Hector, qui le guidera au travers du royaume des morts, s'est révélé être une figure très attachante et sympathique, et bien plus qu'un comic relief avec un vécu le rendant tragique et attachant. Je parlerais bien des autres personnages, mais ce serait spoiler le film.

L'histoire est intéressante dans l'ensemble et aborde des thèmes à la fois universels et personnels, plus matures, comme la mémoire, la transmission des valeurs, la mort, la généalogie, l'importance de nourrir sa passion et de tracer son propre chemin sans pour autant dénigrer ce qui est important. Il y a du rose dans cette odyssée mais aussi du gris, voire même du noir, même si j'ai fini par deviner certains plot twists [spoiler] Pour être honnête, je m'y attendais dès le départ qu'Ernesto ne serait pas tout blanc et cacherait une part plus sombre sous les paillettes et la célébrité ; puis c'est progressivement que j'ai fini par me rendre compte qu'en fait, l'ancêtre de Miguel n'est pas Ernesto comme on le croyait... mais Hector. Comme quoi, on croyait qu'Ernesto comme ancêtre de Miguel était le plot twist, mais en fait non ! [/spoiler], l'histoire ne manque pas de qualité, et ne s'adresse pas qu'aux plus jeunes mais à tous... En somme, une belle découverte !

Manolo (Book of Life / Légende de Manolo) et Miguel.
(Source)

lundi 27 novembre 2017

Le Mystère Sherlock - J.M. Erre.


L'auteur : Jean-Marcel Erre, plus connu sous le nom de "J.M Erre", est un écrivain français né en 1971. Il publie son premier roman, Prenez soin du chien, en 2006. Peu à peu, ses œuvres commencent à être connues pour leur l'humour frisant l'absurde.


Quatrième de couverture : Meiringen, Suisse. Les pompiers dégagent l’accès à l’hôtel Baker Street. Cet hôtel, charmant et isolé, a été coupé du monde pendant trois jours à cause d’une avalanche. Personne n’imagine que, derrière la porte close, se trouve un véritable tombeau. Alignés dans les frigidaires, reposent les cadavres de dix universitaires. Tous sont venus là, invités par l’éminent professeur Bobo, pour un colloque sur Sherlock Holmes. Un colloque un peu spécial puisque, à son issue, le professeur Bobo devait désigner le titulaire de la toute première chaire d’holmésologie de la Sorbonne. Le genre de poste pour lequel on serait prêt à tuer



Mon avis :

Avec Le Mystère Sherlock, j’avais envie de retourner vers mes premiers amours, à savoir Sherlock Holmes et la littérature policière. Pour autant, je n’ai pas cherché à me renseigner davantage sur ce livre avant sa lecture, outre la quatrième de couverture donc je n'avais pas de grosses attentes en particulier.

Ce qui frappe en premier, c'est le ton qu'emprunte le roman : de l'humour, souvent noir, dès les premières lignes et jusqu'à la fin ; ce qui est plutôt original pour un roman policier qui se veut une parodie moqueuse de la littérature policière, mais surtout du phénomène Sherlock Holmes et ses fans. Le ton est donné dès le début :

En ce joli mois de mai, la neige était tombée dru, juste pour énerver le réchauffement climatique. Dans la vallée suisse de Meiringen, dame Nature avait revêtu son blanc manteau. Sur le voile immaculé, saupoudré çà et là de fleurettes hardies, des marmottons pelucheux batifolaient gaiement. Des mésanges nonnettes enrobaient la scène de pépiements sucrés, de violons et de hautbois [...] Tous les clichés étaient convoqués pour faire de cette scène un moment inoubliable de beauté, de pureté et de Walt Disney. Mais heureusement pour l'amateur de polar, friand de sang chaud et de frissons d'échine, tout ça ne dura pas...

Autre couverture proposée par Pocket
Il arrive de reprocher au roman beaucoup trop d'humour noir et de vannes pour un roman policier, ce qui fut mon cas, car l'humour a parfois retiré à l'intrigue criminelle son sérieux. Les crimes ne sont pas présentés de façon tragique ou dramatique, les personnages sont de véritables caricatures difficiles à prendre au sérieux, mais… le fait est que le roman n'est pas censé être pris au sérieux car c'est une œuvre parodique. Dans un sens, j'ai trouvé ça… un peu dommage. L'humour était parfois lourd, et n'avait pas sa place à certains moments, même si j'ai beaucoup apprécié certaines vannes ou phrases. Je pense cependant que le roman aurait pu gagner avec un peu plus de finesse, de subtilité, avec une intrigue policière qui se prenait un peu plus au sérieux, d'autant plus que la « morale de l'histoire » s'y prêtait [spoiler] à savoir, ne pas se laisser trop influencer par ce qu'on lit dans les romans policiers [/spoiler].

Si j'ai souhaité avoir pu lire une intrigue plus complexe et sérieuse, j'ai néanmoins été prise dans l'affaire : un huit clos, avec une panoplie de personnages grotesques coupés du monde pendant quatre jours et assassinés un à un, en se demandant qui sera le prochain, comment le coupable va procéder et qui est le coupable et son motif, tout en voyant les personnages commencer à perdre peu à peu la raison et se soupçonner les uns les autres. Ce n'est pas une intrigue policière qui cherche à être complexe, mais elle reste suffisamment intéressante et divertissante pour qu'on ait envie de découvrir le fin mot de l'histoire, et celui-ci est surprenant et original, tout comme le coupable en lui-même [spoiler] Le fait que les meurtres soient tous des accidents et qu'il n'y ait aucun coupable, sinon la littérature policière et notre manie de tout ramener au meurtre et vouloir faire comme dans les polars même si, à la toute fin, un personnage s'interroge et se demande si ce n'est pas le détective venu résoudre le crime qui a commis les meurtres [/spoiler]. Je ne pense pas, d'ailleurs, qu'on puisse parler de ce roman comme un roman policier car il n'en a pas vraiment la prétention, il n'y a aucune enquête à proprement parler, on ne fait que suivre ces quatre jours de psychose en même temps que les victimes grâce aux notes d'un des personnages. Ce roman s'accompagne également d'une réflexion sur le roman policier et sur l'appropriation de la figure de Sherlock Holmes, que j'ai trouvé intéressante et pertinente.

Quant à moi, je me fis la réflexion que plus j'entendais parler de Holmes et moins je le cernais. Chacun semblait projeter sur lui sa propre personnalité, ses propres désirs. Chacun se l'appropriait, se voyait comme le gardien jaloux de sa mémoire, et vivait douloureusement les prétentions des autres à la garde du bébé... C'était une passion qui les habitait, qui les grandissait, qui les faisait vivre.
Mais qui était aussi en train de les détruire.

Pour parler des personnages, je dirais qu'ils ne sont pas spécialement attachants. Pas détestables, mais pas attachants non plus ainsi leur mort n'attriste pas le ou la lecteur/rice. Tous allumés les uns que les autres, parfois méprisables, ils manquent de crédibilité et pour cause, ils incarnent tous (ou presque) un stéréotype, ainsi que le Holmésien extrême. Souvent ridicules et parfois lourds, on les suit et les découvre un à un, sans éprouver un quelconque attachement, mais là encore était-ce voulu par l'auteur, puisque son roman est une parodie ? J'admire cependant les idées loufoques concernant Sherlock Holmes auxquelles ils ont adhéré [spoiler] Arsène Lupin, fils de Sherlock Holmes ? Mrs Hudson, épouse et collègue dans le crime de Sherlock Holmes ? Sherlock Holmes, personnage ayant vraiment existé et ayant été filmé ? [/spoiler] J'ai également apprécié les petits post-it du professeur Bobo et les notes et réflexions de la journaliste Audrey (la moins allumée de tous).

Au final, les deux points noirs relevés concernant les personnages et l'humour ne sont pas si dérangeants et si je n'ai pas été convaincu au début de ma lecture, j'ai fini par me faire une meilleure opinion du roman sitôt passé les premières longueurs du début et que les meurtres ont commencé (ce qui est un peu inquiétant, lorsqu'on se dit qu'un roman devient plus intéressant une fois que les meurtres commencent), et j'ai fini par m'habituer au ton déjanté du roman et aux personnages, du moins pour certains. De plus, on peut sentir le travail de documentation de l'auteur concernant le canon holmésien et les nombreux pastiches qui ont suivi, et c'est un point appréciable !

Extrait :

- Vous n'avez jamais lu autre chose que Sherlock Holmes ou quoi ? lâcha Oscar d'un ton méprisant (...). L'intrigue de Dix Petits Nègres, c'est dix personnes bloquées sur une île, sans possibilité de s'échapper et qui sont assassinées une par une. Ca ne vous rappelle rien ?
- Maintenant que tu en parles..., souffla Dolorès.
- Tu penses qu'un fou nous a réuni ici pour nous tuer un à un, comme dans le roman ? dis-je. Tu crois que c'était prémédité ?
- Personne ne pouvait prévoir que l'hôtel serait bloqué par la neige ! répliqua Eva.
- Et si c'était une action terroriste des poirotphiles destinée à éradiquer les holmésiens ? lança tout à coup Perchois (...).
- Hercule Poirot n'apparaît pas dans Dix Petits Nègres, fit Oscar, d'un ton redevenu conciliant.
- Justement ! s'excita Perchois. C'est pour masquer leurs traces : le poirotphile est sournois !

mercredi 18 octobre 2017

Ça, tomes 1 et 2 - Stephen King.


L'auteur : Maître de l'horreur reconnu mondialement, Stephen King est né le 21 septembre 1947. Auteur américain de nombreux romans d'horreur tels que Carrie, Ça, Simetierre, Shining : L'enfant lumière ou encore Salem, il a également écrit des livres dans le domaine du policier, de la fantasy, du fantastique et de la science-fiction. De nombreuses adaptations, aussi bien à la télévision que sur grand écran, virent le jour. Comme de nombreux écrivains avant lui, Stephen King publia aussi des livres sous le pseudonyme de Richard Bachman.


Quatrième de couverture :


Enfants, dans leur petite ville de Derry, Ben, Eddie, Richie et la petite bande du « Club des ratés », comme ils se désignaient, ont été confrontés à l’horreur absolue : ça, cette chose épouvantable, tapie dans les égouts et capable de déchiqueter vif un garçonnet de six ans…

Vingt-sept ans plus tard, l’appel de l’un d’entre eux les réunit sur les lieux de leur enfance. Car l’horreur, de nouveau, se déchaîne, comme si elle devait de façon cyclique et régulière frapper la petite cité.


Mon avis :


« Ils flottent, Georgie. ». Sans avoir vraiment lu le célèbre roman de Stephen King, je pense que cette phrase est devenue suffisamment culte avec les années pour l'associer au terrible clown décrit par le maître de l'horreur des années auparavant. Ça n'est pourtant pas le roman que j'aurais pensé lire un jour, pour la simple et bonne raison que l'horreur n'est pas une thématique qui m'attire dans la littérature. Cependant vous connaissez la chanson : il ne faut jamais dire jamais, ou encore : il y a une première fois à tout. Et, je l'avoue, j'ai été tentée de découvrir ce roman après avoir visionné le téléfilm de 1990 par curiosité. Alors, ça passe ou ça casse ? Nous allons voir ça tout de suite !

Mais d'abord, de quoi ça parle ?

D'un clown tueur qui terrorise des enfants.

Oui, mais pas que ! Notre aventure débute en 1957 à Derry, ville américaine tout à fait normale, exceptée le monstre qu'elle abrite. Car en effet, depuis des siècles, Derry est hantée par une étrange créature inconnue qui se terre dans les égouts. Un jour, un petit garçon nommé Georgie s'amuse sous la pluie avant de rencontrer la créature qui se présente à lui sous le nom de Grippe-Sou le clown. Une funeste rencontre puisque le clown en question s'attaque au pauvre Georgie qui y laissera la vie. Les mois passent suivant cette tragédie, les enfants de Derry disparaissent petit à petit. Les rescapés raconteront avoir fait une étrange rencontre avec une créature ayant revêtu la forme de leur plus grande peur. Parmi ces survivants, un groupe de sept amis auquel fait partie Bill Denbrough, le grand frère de Georgie. Afin de découvrir l'identité de la créature terrorisant les enfants de Derry et pour l'empêcher de nuire, les sept enfants décident d'affronter leurs peurs et leurs traumatismes d'enfance pour vaincre la créature qu'ils ont baptisé Ça


Stephen King.
Ça fut une lecture très satisfaisante et intéressante, avec un univers et une intrigue très riches. Donc, on peut dire que ça a passé chez moi, mais que ça m'a un peu fatigué. Car oui, Ça est un roman très long. On n'approche certes pas des romans de G.R.R. Martin, mais c'est un roman relativement long et donc, pas toujours évident à lire. Il faut de la patience et surtout beaucoup d'intérêt pour l'intrigue. Stephen King décrit avec beaucoup d'attention et de détails son univers, en passant par l'histoire de la ville des siècles même avant sa création, à la vie de personnages secondaires voire tertiaires, ajoutons à ça une alternance au niveau des chapitres puisque nous plongeons non pas dans une, mais dans deux époques différentes.

Car oui, l'intrigue du roman est divisée en deux périodes différentes et se poursuit de façon non linéaire entre ces deux époques. Ainsi, nous découvrons peu à peu les événements qui ont pris place pendant ces deux périodes presque en même temps, à l'inverse du téléfilm de 1990 et du premier volet de la nouvelle adaptation, sortie cette année, qui ont d'abord choisi de raconter l'enfance de nos héros et les premières rencontres avec Ça, puis de passer aux années d'adulte avec la confrontation finale avec le clown. En fait, si nous alternons entre ces deux périodes, c'est que nos personnages adultes essayent de reconstruire ce passé, épisode par épisode. Car oui, avant de vaincre une bonne fois pour toute le monstre, il est nécessaire de se remémorer le passé et de comprendre ce qu'il s'est passé la dernière fois qui a permis de mettre en déroute le clown.

Au centre de l'histoire, sept enfants, tous bizutés à l'école et connaissant presque tous une situation familiale difficile. Nous avons Eddie, un asthmatique ayant une mère ultra-protectrice ; Richie, le comique de service virant un peu sur l'impertinent ; Beverly, la seule fille du groupe ; Mike, un Afro-Américain victime du racisme local ; Ben, rondouillard féru de l'histoire de Derry, Stan, Juif passionné par les oiseaux, et enfin Bill, souffrant d'être bègue et de parents indifférents depuis la mort de Georgie. C'est lui qui dirige le groupe qui s'est auto-nommé le Club des Ratés car les autres enfants voient en lui un leader, et là où chaque garçon du groupe en pince un peu pour Beverly, tous vouent une admiration sans borne pour Bill. Ces sept personnages forment l'une des amitiés les plus touchantes et les plus soudées que j'aie eu l'occasion de lire jusqu'à présent. Une amitié d'une force incroyable. Lorsqu'ils sont ensemble, on sait qu'ils sont à leur juste place, et le roman nous le montre bien. Chacun est mis en valeur, et chacun a une force égale à leur traumatisme, et c'est un pur bonheur de lire sur eux.


Le Club des Ratés, par Rich Kelly.
Mais Ça, c'est aussi l'histoire d'un clown, et pas n'importe quel clown car là où n'importe quel clown normal se satisfait des rires d'un enfant, celui-là se satisfait et se nourrit de leurs peurs, car Ça est une créature très ancienne venant de très loin qui se cherche plus que tout à effrayer les enfants avant de les dévorer, la peur les rendant plus… appétissants. Ça est une créature qui se terre dans les égouts de la ville et qui hiberne pour se réveiller tous les 27 ans et commencer un cycle de terreur de plusieurs mois pour se nourrir avant d'hiberner à nouveau. Chaque réveil de Ça est accompagnée d'une catastrophe au sein de la ville : incendie, explosion, … car Ça est le cœur de Derry, l'un ne va pas sans l'autre. Elle influence Derry, si bien que [spoiler] lorsque Ça est définitivement détruit, la ville ne lui survit pas et s'écroule à son tour, obligeant les rescapés à fuir et vivre ailleurs. Les scènes où Derry se meurt sont d'ailleurs tout simplement incroyables, j'ai rarement lu des scènes aussi intenses ! [/spoiler]

À côté de nos héros et du clown psychopathe, nous avons quelques personnages secondaires et tertiaires : les parents des enfants, leur famille une fois adulte, d'autres enfants détestables et dérangés qui n'ont presque rien à envier au clown en terme de cruauté. Les habitants de Derry, enfants comme adultes, sont influencés parfois indirectement par Ça, donc du coup on a une bande de tordus, racistes, homophobes. Aussi, des adultes soit indifférents, soit qui n'ont aucune emprise sur les événements et laissent leurs enfants se faire tuer ou entre-tuer sans pouvoir faire quoique ce soit, comme s'ils n'étaient pas conscients de ce qui se déroule, comme si le clown les rendaient aveugles de ce qu'il se passe réellement.

Mais finalement, est-ce que ça fait peur ?

La réponse est oui, ça fait peur, l'ambiance est pesante et menaçante, nous sommes sur le qui vive car on s'attend à rencontrer le clown (ou les petites brutes de l'école) à tout moment et cette ambiance, cette anticipation, résonne avec la peur des enfants. Donc oui, on peut dire que ça fait peur car l'auteur ne lésine pas avec les scènes horrifiques, mais on peut dire aussi que ça met surtout mal à l'aise. Si Ça a son lot de scènes terrifiantes (on en survit, rassurez-vous ! Moi qui suis une grande froussarde, je n'ai pas été traumatisée), nous avons aussi des scènes plutôt malsaines, donc attention aux âmes sensibles car le roman contient de nombreuses évocations de pédophilie, une scène où un enfant torture et tue un animal, une scène de sexe infantile… qui m'ont fait reposer le livre à plusieurs reprises et où il est aisé de comprendre pourquoi les différentes adaptations de Ça ont choisi de ne pas adapter ces scènes sur l'écran.

Néanmoins ces scènes malsaines ne sont pas parsemées partout dans le roman, et le roman n'en demeure pas moins palpitant et plaisant à lire (aussi plaisant un roman sur un clown tueur d'enfants peut-il être). Ce roman cherche avant tout à nous faire entrer dans  l'horreur et le malaise de la ville de Derry, et il y parvient ! On s'imprègne totalement de Derry, son atmosphère, son histoire, ses habitants. Mais, n'ayez crainte, ce roman ne contient pas que scènes d'horreur et scènes malsaines, même s'il s'agit d'un roman d'horreur, car ce roman c'est aussi une histoire sur l'enfance, le courage et sur l'amitié et Stephen King décrit merveilleusement bien ces thèmes. Ses héros, enfants comme adultes, sont le cœur du roman et ils le portent magnifiquement bien et ce n'est pas que la force de leur imagination et de leur conviction qui aide nos personnages à survivre, c'est aussi les liens profonds qui les unissent.

En somme, une première rencontre avec King plutôt satisfaisante. Je suis prête à retenter l'expérience un jour avec un nouveau roman du maître de l'horreur !


*a wild Pennywise appears*

Extrait :


Peut-être que ces histoires de bons ou mauvais amis, cela n'existe pas; peut-être n'y a-t-il que des amis, un point c'est tout, c'est-à-dire des gens qui sont à vos côtés quand ça va mal et qui vous aident à ne pas vous sentir trop seul. Peut-être vaut-il toujours d'avoir peur pour eux, d'espérer pour eux, de vivre pour eux. Peut-être aussi vaut-il la peine de mourir pour eux, s'il faut en venir là. Bons amis, mauvais amis, non. Rien que des personnes avec lesquelles on a envie de se trouver; des personnes qui bâtissent leur demeure dans votre cœur.

dimanche 23 juillet 2017

L'Aiguille Creuse - Maurice Leblanc.

Quatrième de couverture :


Lors d'un cambriolage au château de Gesvres, la nièce du comte, Raymonde de Saint-Véran, tire sur un inconnu qui, bizarrement, ne laisse aucune trace. Peu après, la jeune fille est enlevée puis découverte inanimée auprès du corps d'Arsène Lupin. Il est donc mort ?

C'est ce que croit la police, mais pas le jeune Isidore Beautrelet, détective amateur de génie, qui se met en tête d'enquêter. 

Comme par hasard, un document ancien d'une valeur inestimable - le secret de l'Aiguille creuse, connu des seuls rois de France - disparaît au même moment...





Mon avis :


Je poursuis ma découverte d'Arsène Lupin avec ce roman, qui se révèle plus ambitieux que les deux précédentes aventures avec Herlock Sholmès. D'une part, nous avons affaire à un roman et non des nouvelles comme ce fut le cas auparavant ; de l'autre, c'est une véritable aventure qui s'offre à nous et qui nous fait voyager à Ambrumésy, Etretat et d'autres villes françaises, pour mon plus grand plaisir !

Dans cet épisode, Arsène Lupin organise un cambriolage pour récupérer des peintures mais il se fait tirer dessus alors que le méfait est découvert. Malgré sa blessure, personne ne parvient à retrouver sa trace et malgré le vol, personne ne parvient à dire ce qui a été dérobé ! C'est là qu'Isidore Beautrelet, un étudiant sans expérience mais intelligent, intervient. S'intéressant de près à l'affaire, il parvient à découvrir comment Lupin a réussi à s'enfuir et quels objets ont été volés ! Si les personnages ont d'abord du mal à croire ce jeune homme, ils placent en lui tous leurs espoirs alors que, dans un temps d'incertitude, Isidore parvient à répondre aux questions qui se posent et se révèle efficace dans cette affaire... Trop, même, aux yeux des complices de Lupin, dans la déroute alors que leur patron est ressorti blessé du cambriolage au château, qui menacent Isidore si celui-ci continue de parler ! Isidore refuse... et s'engage alors un combat entre ce jeune lycéen et le grand voleur qui va, progressivement et contre toute-attente, se transformer en chasse au trésor ! En effet, une étrange affaire autour d'une aiguille creuse surgit et laisse entendre qu'elle entrepose le trésor que les rois de France se sont transmis au cours de l'Histoire... Un trésor que l'on dit que Lupin cherche à s'approprier... de même que ses adversaires qui cherchent à le devancer, ainsi que l'Etat qui entend profiter de ce trésor.


Le petit (enfin, pas si petit) Isidore
Beautrelet dans la célèbre adaptation
télévisée. Regardez-moi cette bouille d'ange !
Avant de parler de l'intrigue, j'aimerais avant tout parler du personnage que nous introduit le roman : Isidore Beautrelet, et sans conteste mon personnage préféré du roman, et sans doute de la série Arsène Lupin. Jeune lycéen en rhétorique et féru de romans policiers, il se révèle être un détective amateur fort efficace. Extrêmement malin, c'est également un jeune homme sensible, enfantin (mais plus dans un sens naïf, à l'inverse de Lupin qui, s'il est parfois enfantin, l'est plus dans le sens où il est joueur et insouciant), un peu maladroit, qui se laisse parfois vite submergé mais il reste un personnage terriblement attachant, et humain. Isidore parvient assez rapidement à cerner des éléments de l'affaire là où la police piétine, et si c'est  Lupin qui a gagné la partie (comme il fallait s'en douter), Isidore a quand même eu le mérite d'avoir mis le cambrioleur en déroute plus d'une fois ! Outre son intelligence, il se révèle être un personnage attachant et amusant : il ne veut pas de publicité autour de lui car il ne veut pas faire de peine à son père, lorsqu'on lui demande pourquoi il ne s'acharne pas à capturer Lupin, il répond qu'il a tout de même des examens à passer, ou lorsqu'il reçoit une lettre de menace des complices de Lupin, tout ce qu'il trouve à dire est « Quel style ! on voit bien que ce n’est pas Lupin qui tient la plume. »  où, après s'être fait passer pour un journaliste pour avoir des détails sur l'enquête et s'être fait démasquer, il avoue son méfait sans se départir de son enthousiasme. Bless him ]. Oui, j'ai eu beaucoup d'affection pour ce personnage et malgré sa défaite, j'ai apprécié le fait qu'il ne devienne pas aigri (pas comme un certain détective anglais caricaturé à l'extrême...), et s'attache à Lupin, succombe à son charme, sa personnalité et que Lupin lui-même s'attache à lui et décide de lui révéler son but à la fin.

On m'a confié que le petit Isidore n'apparaissait que dans ce roman... Ce que je déplore, car il m'a beaucoup plu ce garçon. Cependant, on m'a révélé quelque chose d'intéressant : Gaston Leroux (auteur du "Fantôme de l'Opéra" ainsi que d'autres romans) se serait inspiré du personnage pour créer son personnage détective de Rouletabille, héros de nombreux romans policiers dont le Mystère de la Chambre Jaune ; du coup, je me sens tout à fait capable de lire ses aventures, tant j'ai adoré le personnage d'Isidore. J'ai tellement d'affection pour ce personnage, que j'avais envie qu'il l'emporte contre Lupin ! Mais Leblanc adorant son héros, il en était hors de question. Qu'importe, Isidore est l'un des points forts de ce roman, et s'il a perdu face à Lupin, il a fait un meilleur adversaire que ne le fut Herlock Sholmès, ou encore Ganimard. Mais là où Sholmès était ridiculisé, caricaturé, Isidore est pris au sérieux par l'auteur... et par Lupin, qui voit en lui une menace.

Un autre point que j'ai beaucoup apprécié au cours du roman, et qui me fait en partie regretter qu'Isidore n'apparaisse pas dans d'autres aventures, c'est la relation entre Isidore et Lupin. L'un est une menace pour l'autre qui est pris en chasse, cependant on comprend progressivement qu'Isidore éprouve du respect, de l'admiration et de l'attachement pour Lupin et que notre voleur lui-même avouera ressentir de l'affection et de l'admiration pour ce jeune homme brillant, et [spoiler] on le voit à la fin, il ne le traite plus comme un ennemi [/spoiler], nous n'avons pas affaire à une histoire en noir et blanc, il y a du respect et de l'attachement entre les deux personnages, et nous avons quelques passages qui le montrent bien :

A la manière dont Lupin lui étreignit le bras, Beautrelet sentit que toute résistance était inutile. Et puis, pourquoi résister ? N'avait-il pas le droit de s'abandonner à la sympathie irrésistible que, malgré tout, cet homme lui inspirait ?

Car malgré tout, comment ne pas résister à Lupin ? Il reste le cambrioleur futé et intelligent que nous avons rencontré dans les deux premiers livres de ses aventures. Sa gaieté, son insouciance, sa joie de vivre, sa gaminerie, son intelligence, comment il sait tirer les ficelles... Il est aussi futé que drôle. J'ai notamment adoré ce moment vers la fin où [spoiler] il se lance dans un grand discours grandiose devant Isidore mais qu'il est interrompu par l'inspecteur Ganimard, qui tambourine derrière la porte, et que Lupin s’agace en disant que, décidément, il ne comprenait pas l'importance historique du moment ! [/spoiler]. Malgré ceci, ce roman est plutôt sombre par rapport aux précédents (sans aller dans les détails, nous avons un Lupin bien malmené qui révèle une face sombre, et quelques scènes dramatiques qui surprendront plus d'un !), avec une trame complexe où Lupin se fait un plaisir de brouiller les pistes en changeant d'aspect, de nom, ou de stratégie, en menant ses ennemis sur de multiples fausses pistes. L'intrigue est bien orchestrée, et elle est riche en rebondissements, jusqu'aux dernières lignes ! La plume de l'auteur reste fluide et agréable, et le sujet travaillé. Maurice Leblanc nous fait voyager à travers la France, et c'est un véritable plaisir, d'autant plus qu'il a très bien su décrire les lieux, et surtout la campagne française.

On peut noter, dans cette aventure, l'importance des paysages de
Normandie, région bien connue de l'auteur, et notamment les falaises
d'Etretat, qui auront été rendues célèbres grâce au roman !

J'ai beaucoup apprécié la tournure de l'intrigue. D'enquête criminelle, on passe à véritable chasse au trésor avec l’énigme de l'Aiguille creuse dans laquelle continuent de s'affronter nos deux héros, ce qui lui donne une autre profondeur. Maurice Leblanc manie bien sa plume, et a su nous monter une énigme prenante, qui mélange histoire avec Histoire. Il utilise sa plume pour nous tromper et nous questionner sur ce qu'est cette aiguille et où elle se trouve, et Arsène Lupin s'en donne à cœur joie dans cette aventure ! Entre déguisements, tours de passe-passe, sans oublier de faire son charmeur, bien que le premier chapitre nous fait semer des doutes sur Lupin, et sur ce qu'il s'est réellement passé lors du cambriolage.

J'ai beaucoup apprécié ce roman ! L'enquête est complexe et intéressante, d'autant plus que Leblanc a donné un véritable adversaire à Lupin, et qu'il n'a pas, cette fois-ci, hésité à mettre son héros en difficulté, et à nous le montrer sous un jour plus complexe, plus violent, plus imprévisible que les tomes précédents.


Extrait :


"Mon cher Beautrelet, j'ai ordre de vous recommander, à propos de cette affaire, la discrétion la plus absolue.
- Ordre de qui ? fit Beautrelet plaisantant. Du préfet de la police ?
- Plus haut.
- Le président du Conseil ?
- Plus haut.
- Bigre !"
Ganimard baissa la voix.
"Beautrelet, j'arrive de l'Elysée. On considère cette affaire comme un secret d'Etat, d'une extrême gravité." 

Chapitre IX. Sésame, ouvre-toi !


Ce billet est une participation au :

Challenge Arsène Lupin


Après plusieurs années à m'être intéressée aux détectives de fiction (tels Sherlock Holmes, Hercule Poirot ou encore Miss Marple), il était temps que je commence à m'intéresser aux criminels de fiction, et notamment ceux de nos classiques, Fantômas étant l'un des plus connus. Cependant, celui qui m'intéresse depuis quelques mois à présent est un cambrioleur français bien connu, Arsène Lupin ! Ainsi, lorsque j'ai vu qu'il existait un challenge illimité sur notre Lupin national, je me suis dit que c'était là une bonne occasion de mieux faire connaissance avec ce personnage et ses aventures.

L'objectif du challenge est simple : lire au moins un des romans des aventures d'Arsène Lupin écrit par Maurice Leblanc.  Pour cela, nous avons le choix entre 4 niveaux différents et il est possible de passer de l'un à l'autre en montant (mais pas en rétrogradant, en revanche). Chaque niveau correspond à un pseudonyme emprunté par Arsène Lupin :

Niveau 1 : Vicomte Raoul d'Andrésy - lire de 1 à 3 romans (ou recueils de nouvelles)
Niveau 2 : Prince Paul Sernine - lire 8 romans (ou recueils de nouvelles)
Niveau 3 : Don Luis Perenna - lire 16 romans (ou recueils de nouvelles)
Niveau 4 : Arsène Lupin - lire les 23 romans du "canon"

Le Clos Lupin - joker - il est possible de remplacer un des livres de la liste par 
un inclassable : soit une des pièces de théâtre écrite par Maurice Leblanc ou par par une adaptation en manga, BD ou film/série, ou même roman écrit par d'autres que Leblanc.

Les inscriptions se font sur ce topic. Enfin, il est possible de faire compter dans le challenge deux livres déjà lus et chroniqués avant l'ouverture du challenge, comme j'ai pu le faire avec mes deux premiers avis, rédigés avant la date de création du challenge.

Le niveau que j'ai choisi est le second, soit le Niveau Prince Paul Sernine, et, comme mes précédents billets sur les challenges, je me sers également de cet article pour répertorier mes participations :

samedi 10 juin 2017

La femme du gardien de zoo - Diane Ackerman.

L'auteur : Née en 1948, Diane Ackerman est une écrivain américaine. Autrefois professeur de littérature, elle est aujourd'hui romancière, poète, essayiste et naturaliste, et collabore à des revues, journaux et publie aussi des livres pour enfants.

Quatrième de couverture :

Jan et Antonina Zabinski dirigent le zoo de Varsovie quand éclate la Seconde Guerre mondiale. La Pologne est envahie et bientôt règne la barbarie.

Les animaux ont été tués sous les bombardements, envoyés à Berlin ou ont servi de gibier aux officiers allemands. Jan et Antonina se mettent alors à élever des porcs – officiellement pour les troupes, officieusement pour nourrir les habitants du ghetto. Surtout, ils profitent d’un réseau de souterrains reliant les cages pour y cacher des juifs et les faire quitter le pays… 

Grâce au courage de ce couple, trois cents d’entre eux seront sauvés. Inspiré du journal intime d’Antonina Zabinski, ce récit retrace le combat d’un couple soucieux de la cause animale qui s’engage dans une lutte secrète contre l’oppression nazie. Un très beau portrait de femme, où l’abnégation et la générosité côtoient la cruauté et l’horreur.

Mon avis :

J'avais beaucoup d'espérance et d'enthousiasme pour ce roman après avoir découvert la bande-annonce du film qui envoyait du pâté ! C'est donc avec beaucoup d'entrain que j'ai débuté la lecture de ce roman... qui m'aura au final déçu.

Je suis pourtant une grande amatrice de livres sur la Première ou la Seconde Guerre mondiale, et après ma lecture du Pianiste, je m'intéresse à la Pologne pendant la période de la seconde guerre. Ce livre avait donc tout pour me plaire, et il n'est pas mauvais pour autant ni dénué de tout intérêt ! Cette lecture fut vraiment intéressante dans l'ensemble, même s'il y a des points négatifs qui ont gâché ma lecture et qui ont fait que je n'ai pas su apprécier ce livre comme je l'aurais fait en temps normal.

J'ai apprécié découvrir la véritable histoire de Jan et Antonina Zabinski, qui dirigeaient le zoo de Varsovie. Un couple courageux, soucieux des animaux, dans leur lutte secrète contre l'oppression nazie en utilisant le réseau de souterrains reliant les cages des animaux pour y cacher des Juifs. Grâce à leur courage, 300 Juifs furent sauvés et leur valurent d'être considérés comme des Justes à la Nation. L'histoire de ce couple est vraiment intéressante, et je serais vraiment curieuse de découvrir le film au cinéma (s'il daigne sortir en France un jour).



L'affiche du film, avec Jessica Chastain
dans le rôle d'Antonina Zabinski.
Cependant, le soucis majeur du livre est le mélange des genres : j'ai trop souvent eu cette impression que l'auteur n'arrivait pas à se décider entre écrire un récit romancé ou un témoignage/une biographie. Le mélange des deux genres fut assez déroutant et m'a empêché d'apprécier totalement l'histoire. L'auteur écrit l'histoire de façon romancée, puis au bout d'un moment on peut lire des "Comme nous pouvions le lire dans le journal d'Antonina" ou alors plusieurs longs paragraphes biographiques sur tel personnage ou sur un événement historique ou sur le contexte historique, pour revenir plus tard au style romancé. Cela m'a pas mal bloqué dans ma lecture et au final, j'avais plus hâte d'en finir avec le livre que de découvrir comment tout s'est terminé pour Antonina et sa famille, ce qui est dommage car de nombreux sujets évoqués dans le roman restent intéressants.

Cependant, le mélange de narration est le seul gros soucis que j'ai à reprocher au livre, car le sujet de base est intéressant : découvrir la Seconde Guerre mondiale sous une autre facette, à travers deux gérants d'un zoo et l'évolution du zoo tout au long de la guerre. Prospère, dynamique et plein de vie avant le conflit, il va connaître une période sombre pendant la guerre alors que les bombardements ravagent la ville et que le zoo est peu à peu démantelé par les soldats allemands qui n'hésitent pas à s'approprier les animaux ou à les tuer sas aucune pitié. Ce roman nous permet aussi de découvrir une facette méconnue de l'idéologie de la race supérieure à travers... les animaux. L'idée de purification et de race supérieure ne s'est en effet pas arrêtée aux hommes car les soldats avaient pour ordre de décimer la flore et la faune de Pologne pour introduire les espèces acceptées par l'Allemagne, et ça va même jusqu'à l'idée de recréer des espèces éteintes ! De plus, on apprend des choses intéressantes sur les divers animaux présents dans l'ouvrage, ainsi que sur la résistance polonaise, la survie dans le ghetto de Varsovie, etc. On sent que l'auteur a fait beaucoup de recherches pour la construction de son livre, et on ne peut pas ne pas apprécier ses efforts.

En somme, un roman assez intéressant dans son ensemble qui nous permet de découvrir la Seconde Guerre mondiale sous une autre facette et à travers un couple altruiste, courageux et attachant, mais malheureusement une narration changeante qui m'a beaucoup dérangé et freiné dans ma découverte et l'appréciation du roman.


Jan Zabinski, posant pour un magazine, en mars 1967.

Ce billet est une participation au :


dimanche 28 mai 2017

Fräulein France / Mademoiselle France - Romain Sardou.

L'auteur : Né le 6 janvier 1974, Romain Sardou est un écrivain français, auteur de plusieurs livres dont des séries littéraires, comme la série Notre Père. Il est également le fils du chanteur Michel Sardou.

Quatrième de couverture :

Septembre 1940. L’offensive allemande éclair débute par une action magistrale en Belgique : la prise du fort d’Eben-Emael.

L’Occupation commence. À Paris, les Allemands profitent des plaisirs de l’existence. Les bordels ont rouvert. Dans l’un d’entre eux, l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire fait sensation : Mademoiselle France est non seulement belle à tomber, mais elle est aussi exigeante. Elle et elle seule décide quels hommes peuvent jouir de ses faveurs. Que cache-t-elle derrière son apparente froideur ? Rien de ce qu’elle fait ou dit n’est laissé au hasard, car le dessein qu’elle s’est fixé occupe toutes ses pensées.

Dans un Paris aux mains de l’occupant, elle pénètre bientôt les plus hautes sphères de la société et côtoie ce que la collaboration fait de pire. Le secret qu’elle cache pourrait en surprendre plus d’un… La France de Vichy n’est pas née de l’invasion allemande, elle couvait depuis longtemps et a trouvé dans les événements tragiques de la guerre le terreau pour s’épanouir.

Mon avis :

Ma tentative pour me remettre dans le bain avec la lecture fut avec ce livre. Au départ, je croyais découvrir Romain Sardou avec les deux tomes de sa série Notre Père, qui m'attendent sagement dans ma bibliothèque, mais ce roman a tapé dans l’œil de l'ancienne étudiante en histoire que je suis.

Je ne résumerai pas le livre, la quatrième de couverture l'a très bien fait à ma place, je me contenterai donc de passer directement à la critique.

Fräulein France s'est révélé être un roman plaisant, avec une histoire suffisamment plaisante et intéressante pour que les pages se tournent avec facilité et pour qu'on soit rapidement entraîné dans l'histoire, malgré un début qui peut rebuter certains puisque l'histoire débute avec des combats militaires visant à la prise du fort d'Eben-Emael en Belgique. J'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire au départ. Ces quelques pages vacillent entre faits d'armes et tactiques militaires peuvent effrayer, voire rebuter certains. Cependant, les grands combats de la Seconde Guerre mondiale ne seront plus, après, évoqués de façon aussi détaillée mais inclus dans la narration pour marquer le passage du temps à travers le roman, car c'est l'histoire de la jeune France qui nous intéresse, et sur qui repose l'intrigue.

Parlons d'ailleurs de l'intrigue ! L'histoire est assez prenante pour qu'on ait envie de découvrir la suite, et j'ai d'ailleurs fini ce roman assez rapidement. Je pense cependant que le roman aurait beaucoup eu à gagner si l'histoire avait plus été en profondeur, et notamment au niveau de la psychologie des personnages principaux et notamment nos deux « tourtereaux », France et Grimm, qu'il y ait davantage de dilemmes, de passion, … Et attention mes bons, parce qu'à partir d'ici ça va spoiler :

SPOILER ON

D'un côté, il aurait été intéressant que l'auteur maintienne le mystère autour de France jusqu'au bout, en nous donnant juste quelques indices pour nous faire nous poser des questions sur qui est la vraie France, ses réelles motivations, son passé, et pour avoir été ainsi aussi surpris que Friedrich Grimm le jour où France s'est dévoilée à lui. Nous faire nous poser des questions sur qui est la vraie France, celle qui est amoureuse de son soldat allemand, ou celle qui semble avoir une autre motivation cachée, un passé sombre. Seulement voilà, on apprend trop vite une partie du but de France et ses origines.

De l'autre, même si nous avons appris l'objectif de France et ses raisons d'agir ainsi au milieu du roman (grosso modo), c'était une bonne opportunité de commencer à bien saisir ce personnage énigmatique. Je pense cependant qu'il aurait été intéressant de jouer sur cette « double personnalité », entre la vraie France qui cache sa vraie facette et ses motivations, celle qui a juré de venger sa famille quitte à mener plusieurs sacrifices, faire des choses qui la répugnent (coucher avec des soldats allemands, se rapprocher de Grimm, le rendre fou d'elle, fonder une famille avec lui, etc), et ce personnage qu'elle joue pour mieux mener à bien son objectif, à savoir France, la jolie prostituée qui ne couche qu'avec le gratin de l'armée allemande et des Aryens de surcroît, et la jeune femme qui tombe amoureuse de Grimm. Il aurait été intéressant de pouvoir se plonger psychologiquement sur ce personnage. Ses ressentis, ses convictions concernant l'Allemagne et la guerre, voir son obsession pour France devenir de plus en plus de l'amour, son désarroi alors que tout s'écroule autour de lui et qu'il pense que France est sa seule alliée.

De même, il aurait été intéressant de voir se construire la relation entre France et Grimm. Nous les voyons certes se rapprocher, Grimm devenir obsédé par elle mais j'ai eu l'impression que nous voyions la relation se développer... de loin. Que l'auteur nous raconte que Grimm est obsédé puis amoureux de France, de là à la voir comme son support, mais je n'ai pas ressenti cela au cours du roman ou alors pas aussi "profondément".

SPOILER OFF

Outre ces détails, j'ai apprécié retrouver l'ambiance de la Seconde Guerre mondiale, d'autant plus qu'il était intéressant de découvrir le côté, le point de vue de l'occupant nazi et de ceux qui ont volontairement coopéré, de découvrir leurs motivations d'agir de manière conciliante avec l'ennemi, les avantages qu'ils en tirent. Ce fut d'autant plus intéressant de découvrir la France sous Vichy et sous l'occupant nazi par l'intermédiaire des maisons closes et des fêtes et banquets que les Nazis fréquentent. C'est un aspect plutôt inédit de cette page de l'Histoire, qu'il fut intéressant de découvrir, d'autant plus que certains sympathisants des Allemands ne sont pas forcément écrits de façon manichéennes, ils nous paraissent même plutôt sympathiques, montrant ainsi par ces nuances que certaines personnes qui ont choisi de sympathiser avec l'occupant l'ont fait car elles pensaient avoir trouvé un moyen de protéger leur famille ou tout simplement parce que résister n'est pas toujours chose facile ou innée. On ne découvre pas une France en blanc et noir, entre les méchants collaborateurs et les courageux résistants, mais une population qui se débrouille comme elle peut pour survivre... même si on retrouve bel et bien des Résistants prêts à donner du fil à retordre à l'ennemi et des collaborateurs détestables ! Car on retrouve des personnages tourmentés par le destin, la guerre, l'occupation et ses conséquences.

Ensuite, malgré les reproches que j'ai pu faire sur le manque de profondeur des personnages, j'ai trouvé que France était un personnage plutôt intéressant à suivre. On ne sait que très peu de choses sur elle pendant une bonne partie du roman. On questionne sa véritable personnalité, ses motivations, qui elle est réellement. Elle étonne par sa dignité et son courage d'être exigeante alors qu'elle n'est qu'une prostituée, pourtant elle montre qu'elle est intelligente et qu'elle n'a pas froid aux yeux. Et malgré le fait qu'on commence à découvrir à partir du milieu du roman ses motivations, le tout ne nous est révélé qu'à la fin, et tout se tient. Si je n'ai pas réussi à avoir d'attaches avec ce personnage, je reconnais que France est une femme extrêmement forte, courageuse et intelligente, qui est prête à tout et qu'on ne peut rester insensible à ce personnage, tant au niveau de ses motivations, le poids lourd qu'elle porte que la psychologie du personnage.

En résumé, j'ai trouvé que Fräulein France était un roman plaisant à suivre et intéressant, assez pour que les pages se tournent avec facilité et rapidité. L'auteur explicite précisément et clairement son intrigues ainsi que ses causes et ses conséquences. C'est bien bâti, avec rigueur et intelligence. Le personnage de France en lui-même est intéressant. Je regrette toutefois le style presque détaché, neutre de l'auteur. Il y a un manque d'émotion dans la narration qui m'a gêné. J'aurais aimé être plongée au cœur des sentiments et des réflexions de nos personnages principaux, et aussi que le mystère autour de France ne soit pas dévoilé (du moins une partie) tout de suite mais entretenir le mystère jusqu'à la fin, histoire que personnage, tout comme Grimm, ne l'ait pas vu venir. Au final, on reste assez en retrait des personnages. Cela dit, l'auteur nous peint une fresque intéressante pendant la France occupée par les Allemands, sa manière de nous montrer qu'il n'y a aucune personne qui soit infiniment bon ou mauvais, car tout est très nuancé. Je salue enfin le travail de recherche de l'auteur effectué pour ce roman, nous permettant ainsi une immersion correcte dans cette période de notre histoire !

Youhou, j'ai enfin réussi à écrire et terminer un billet après tout ce temps \o/

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