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dimanche 30 mars 2025

Jules César - William Shakespeare.



Préférez-vous César vivant, et mourir esclaves, ou César mort, et tous vivre libres? César m'aimait, je le pleure. Il connut le succès, je m'en réjouis. Il fut vaillant, je l'honore. Mais il fut ambitieux et je l'ai tué. Pour son amitié, des larmes. Pour sa fortune, un souvenir joyeux. Pour sa valeur, du respect. Et pour son ambition, la mort. Qui parmi vous est assez vil pour accepter d'être esclave ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est assez grossier pour ne pas désirer d'être un Romain ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est abject au point de n'aimer pas son pays ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé.

(Acte III, scène 2)




« Prends garde aux Ides de Mars. »


A l’approche du mois de mars, internet prépare blagues et memes à l’occasion des Ides de Mars, une façon se de moquer gentiment de la mort de Jules César, journée devenue mémorable sur les réseaux sociaux. A cette occasion, j’ai décidé de me coller enfin à la pièce de Shakespeare. Au final, je termine cette pièce le 30 mars (à 15 jours près, ça va, ça passe xD)


Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu de pièce de théâtre. L’avantage, c’est que ça se lit vite. Ce qui m’a aussi rendu la lecture agréable est que cela touchait une période historique qui me passionne, à savoir la Rome antique, et plus particulièrement la fin de la République romaine. Les événements de la pièce n’ont donc pas été une surprise pour moi, mais c’était intéressant de voir ce tableau historique peint par Shakespeare et comment il a choisi de représenter les personnages.


Parmi les personnages, nous avons Brutus, qui m’a bien surprise car il est souvent représenté comme le pire des traîtres. Ici, il est décrit comme un personnage noble et moral, peut-être même le seul dans cette œuvre, tiraillé entre son affection pour César et sa crainte que celui-ci n’abuse de ses pouvoirs et ne devienne un tyran, mettant à mal la démocratie à Rome. Au final, s’il décide de se joindre aux conspirateurs, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais pour le bien public, car il craint que César ne devienne un tyran, mais jamais il n’aura un mot visant à salir César. Néanmoins, je pensais tomber sur une histoire père-fils tourmentée et tragique, ce qui n’est pas tant le cas. Brutus est davantage une figure tragique car il est influencé et entraîné dans l’histoire bien malgré lui, ce qui lui vaudra sa perte, alors qu’il ne voulait que le bien commun.

 

Nous avons également Cassius, un des conspirateurs, qui est un paradoxe. Homme envieux et sans scrupule, il est prêt à tout pour convaincre Brutus de se joindre à la conspiration mais il voue d’ailleurs à Brutus une amitié et une loyauté qui vont jusqu’à la dévotion presque amoureuse. Ensuite, Marc-Antoine, proche de César, j’ai beaucoup apprécié sa loyauté envers César, mais aussi son intelligence, on peut même dire son côté calculateur et fourbe que l’on voit parfaitement illustré dans son discours funèbre au peuple, auprès de la dépouille de César, qui fut tout simplement un délice à lire lorsqu’il fait mine de ne pas avoir de griefs pour les conspirateurs tout en les accusant indirectement et en attisant la colère du peuple sur eux. Le peuple est ici vu comme une girouette, elle a un côté versatile qui est assez comique mais aussi réaliste. Il faut se l’avouer, le peuple a toujours été ainsi, se faire amadouer par nos politiciens.

 

Finalement, le seul qui soit plus discret dans cette œuvre, c’est bien celui qui donne à la pièce son titre, alias Jules César lui-même. Après la première moitié du 3e acte, exit le grand César, terrassé par les conspirateurs. Mais, au final, que ce soit avant et après les Ides de Mars, César est au cœur même de l’intrigue. Tout d’abord, à travers les conspirations visant à l’assassiner, puis après sa mort, lorsque Octave, petit-neveu de César, et Marc-Antoine vont s’atteler à venger César et à traquer les conspirateurs.

 

Je n’ai pas grand-chose à dire concernant César. Shakespeare a su en faire un personnage humain. Il est au sommet de sa gloire mais on sent la fragilité de l’âge et, peut-être, de nombreuses années de guerres. Shakespeare reste énigmatique finalement sur la question : César voulait-il abuser de son autorité pour devenir roi et régner sans partage, ou les conjurés ont-ils anticipé un péril qui n’avait pas lieu d’être ?

 

J’ai aimé me plonger dans cette fresque historique, entre complots, assassinat, tensions politiques et guerre civile. La tragédie monte en intensité au fur et à mesure qu’arrive le meurtre de Jules César puis la dernière partie est tout aussi intense dans la guerre que se livrent Brutus et Cassius d’un côté et Octave et Marc-Antoine de l’autre, jusqu’à la victoire d’un camp. Un classique que je ne regrette donc pas d’avoir découvert, de par l’histoire qu’elle met en scène, où l’Histoire se mêle à l’histoire de nos personnages qui sont complexes et finalement humains.


Ô jugement tu t’es réfugié chez les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison ! Veuillez me supporter avec patience ; mon cœur est ici dans ce cercueil avec César, et il faut que je m’arrête jusqu’à ce qu’il me revienne.

mercredi 7 septembre 2016

Les Combustibles - Amélie Nothomb.


La ville est assiégée. Dans l'appartement du Professeur, où se sont réfugiés son assistant et Marina, l'étudiante, un seul combustible permet de lutter contre le froid : les livres...

Tout le monde a répondu une fois dans sa vie à la question : quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ? Dans ce huit clos cerné par les bombes et les tirs des snipers, l'étincelante romancière du Sabotage amoureux pose à ses personnages une question autrement perverse : quel livre, quelle phrase de quel livre vaut qu'on lui sacrifie un instant, un seul instant de chaleur physique ?


De retour avec un Amélie Nothomb, à travers ce huis-clos sous forme de pièce de théâtre.


Comme la plupart des écrits de l'auteure, l'histoire consigne des longs dialogues, des affrontements oraux entre les personnages, des répliques cinglantes ou cyniques, des débats philosophiques avec des questions existentielles.


Malgré le sujet et mon amour pour les livres de l’auteure, je n'ai pas trop accroché et j'ai lu les dialogues sans m’appesantir sur les réponses philosophiques et questions existentielles. Ce qui est dommage car le cadre de l'histoire est prometteur : dans une ville assiégée, victime de la guerre, trois personnages sont reclus dans une pièce vide de tout meuble, sauf une chaise et des livres. Les acteurs de cette œuvre, un professeur, son assistant Daniel et sa petite-amie Marina (des prénoms en sommes normaux, ce qui m’a plutôt surprise, l'auteure est plus ou moins connue pour donner des prénoms originaux à ses personnages). La pièce est sombre et froide. Tous les meubles ont été utilisés pour se chauffer. Ne restent plus que les livres du professeur érudit. Pour survivre, il faut brûler des livres ! Oui, mais lesquels ? Est ainsi mis en place un long débat sur les livres à conserver et les livres à brûler. Quels livres méritent d'être sauvés et pourquoi ? Quels livres sacrifier ? Qu'est-ce qui fait qu'on accorde une importance à un livre ?



Bien qu'il s'agisse d'un débat intéressant, je n'ai pas réussi à m'y intéresser d'autant plus que l'auteure a évoqué de nombreux livres que je ne connais pas. Cependant, il me semble qu’Amélie Nothomb a écrit ce livre au début de sa carrière, ce qui peut expliquer ce manque que j'ai ressenti au cours de ma lecture. Le sujet du livre est toutefois bien trouvé ! Cela vaut quand même que l'on se pose ces questions soi-même (ça ferait même un bon sujet pour le bac philo d'ailleurs !), donc ce livre a au moins de mérite de soulever ces interrogations et que l'on se pose ces questions et se fasse notre propre réflexion !



Concernant les personnages, peu de choses à dire : Daniel est sans saveur (en tout cas, il ne m'a pas marqué plus que ça), en revanche les deux stars de l'histoire sont sans conteste Marina et le Professeur. Ce dernier est un homme odieux, cynique, un peu misogyne sur les bords, qu'on adore détester. Marina, tout aussi piquante, n'hésite pas à répliquer et montre bien qu'elle ne se laissera jamais faire face à lui, donc du coup ça donne lieux à des dialogues plutôt divertissants. Lui est l'universitaire qui ne vit que pour ses livres, Marina elle cherche à répondre à son instinct de survie en cherchant par tous les moyens à se réchauffer, et Daniel est le jeune homme marqué par la guerre, qui cherche à survivre tout en conservant ses idéaux jusqu'au bout.



Comme évoqué précédemment, le cadre de l’histoire est intéressant : un huis-clos dans une pièce sombre et froide tandis que la ville est assiégée et bombardée. Cependant, par choix, l'auteure reste vague sur le contexte : on ignore pourquoi il y a la guerre, qui sont ces envahisseurs nommés Barbares, dans quelle ville ou dans quel pays se situe l'histoire, qu'en est-il du reste de la population, depuis quand la guerre dure, etc. Ce qui est assez dommage d'ailleurs, on ne peut que supposer. J'ai toutefois apprécié la fin de l'histoire. Elle n'est certes pas joyeuse [spoiler] le Professeur brûle les derniers livres, Marina sort dans l'espoir d'être vue et tuée par les envahisseurs car il n'y a plus rien pour se chauffer, en apprenant cela Daniel va la rejoindre. A la fin du feu, le Professeur fera de même [/spoiler] mais elle sous-entend qu'après avoir détruit les livres (donc la littérature, ce qui fait la culture, la richesse de l'homme), l'homme s'autodétruit, tout simplement, car l'homme n'est rien sans la culture. Sans la littérature, l'homme est insignifiant. Cela clos donc bien l'histoire. 




LE PROFESSEUR. Je n'ai plus de combustible. regardez, toutes les tables y sont passées, et même le secrétaire en marqueterie. Brûler les chaises serait une erreur : nous aurions encore plus froid si nous étions assis par terre. Savez-vous pourquoi il fait plus chaud à l'Université ? Parce qu'elle est bombardée sans cesse. A chaque bombardement, vous avez des planchers détruits à brûler. Si les Barbares torpillaient davantage mon quartier, je pourrais vous offrir un gîte plus tempéré.

DANIEL. Ça, c'est ce que j'appelle de l'humour à froid.

LE PROFESSEUR. Mais bravo, Daniel ! Vous voyez bien que la guerre peut rendre spirituel.

DANIEL. Si seulement j'avais l'impression d'être en guerre ! La guerre, c'est se battre, et nous ne nous battons pas. Nous sommes assiégés.

LE PROFESSEUR. Je ne suis pas d'accord. Vous vous battez. Pour nous autres, professeurs, continuer à donner cours, c'est nous battre. Et pour nos étudiants, continuer, en dépit des bombes, à s'intéresser à la place de l'adverbe dans les subordonnées chez les poètes romantiques, c'est se battre.

DANIEL. Je me demande si ça les intéresse. Je les soupçonne de venir au cours parce que l'Université est encore chauffée.

LE PROFESSEUR. Chauffée mais bombardée : ils y risquent leur vie. Ne diminuez pas leur mérite.

lundi 25 août 2014

Antigone - Jean Anouilh.


L'auteur :


Jean Anouilh (23 juin 1910 - 03 octobre 1987), est un écrivain et dramaturge français. Vivant et écrivant pour le théâtre, il est l'auteur d'une oeuvre théâtrale abondante, mais parmi ses œuvres, la plus connue reste Antigone, réécriture moderne de la pièce de Sophocle, écrite pendant l'Occupation allemande, et qui connu un succès, mais aussi une polémique, dès sa sortie.



Emprunt médiathèque.






Quatrième de couverture :

"L' Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre."

Mon avis :

C'est compliqué de parler d'un livre qu'on a lu en une après-midi, surtout qu'Antigone m'a laissé une impression étrange tout au long de ma lecture. Acclamée par de nombreux lecteurs sur la blogosphère, sans avoir aimé ou détesté, j'ai trouvé cette lecture à la fois étrange mais intéressante.

Antigone est la fille incestueuse qu’Œdipe a eu avec sa mère, Jocaste. À la mort d'Œdipe, ses fils – Etéocle et Polynice – se sont disputés le trône du père jusqu'à s’entretuer. Etéocle fut porté en héros à Thèbes tandis que Polynice est considéré comme le frère disgracieux, le traître, ainsi le corps est laissé à l'abandon, condamné à pourrir à la vue de tous, tandis qu'on offre des funérailles nationales à Etéocle. Toute personne qui tente d'approcher et d'enterrer le corps est condamnée à être emmurée vivante. C'est très significatif car dans la Grèce antique, il fallait réserver au défunt des funérailles pour honorer son corps et assurer son voyage dans l'au-delà. Tout personne non enterrée avec les rites ne pouvait trouver la paix, et cela condamne son âme à errer pendant l'éternité.

Antigone est un personnage étrange, elle se démarque des autres héroïnes mythiques. Elle n'est franchement pas jolie, elle est petite, maigre, peu coquette, elle ne parvient pas à vivre en paix. Même lorsque son oncle essaye de la sauver d'une mort certaine, de la condamnation, elle ne peut se résoudre à vivre une vie simple. Pour elle, la vie doit être intense, violente, passionnée. Comme le dit son oncle, Créon, elle ressemble à son père, Œdipe, de ce côté-là. Ils ne peuvent se contenter de vivre une vie simple car la vie est faite de passions. Au départ, elle brave les interdits pour enterrer son frère dignement, mais plus tard elle avoue qu'il s'agira moins pour son frère, car au final elle n'était pas si proche que ça de ses frères, mais plus parce qu'elle tient à faire jusqu'au bout ce qu'elle a décidé de faire, elle tient à le faire pour elle, parce qu'elle en a décidé ainsi. C'est une rebelle assez obstinée qui causera bien du soucis à son oncle qui essayera maintes fois de la sauver. C'est un personnage têtu, tenace, qui n'a pas peur d'affronter la mort. Elle assume et défend jusqu'au bout ses idées. 

Elle a souvent évoqué en mois admiration mais souvent perplexité ! Elle défend ses idées jusqu'au bout, se dit prête à recommencer sans cesse ses tentatives d'enterrer son frère, mais avoue ne pas avoir été si proche que ça de lui, qu'elle regrette aussi son fiancé, Hémon (fils de Créon), et l'enfant qu'ils n'auront jamais. Alors que son oncle essaye de la sauver, elle enfonce le clou. Même si c'est un acte de résistance, de volonté de garder son libre-arbitre là où les autres essayent de forger son jugement, sa manière de penser, il y a quand même un certain égoïsme dans cette bravoure, cette rébellion face à Créon pour son frère décédé. Elle regrette le futur qu'elle n'aura jamais, une vie heureuse avec Hémon, mais tient à mourir pour ses actes. Beaucoup de lecteurs ont écrit avoir détesté le personnage de Créon, moi au contraire je trouve qu'il a offert toutes les issues possibles à Antigone pour la sauver, et qu'il m'a paru être un personnage intéressant. Il est une figure de vieil homme épuisé et usé par les exigences de la vie, un homme trop bon pour être un tyran (même si à la fin, il n'a d'autres choix que de condamner Antigone, de toute façon ce n'est pas une surprise, la fin est annoncée dès le début), et j'ai beaucoup aimé ses dialogues avec Antigone qui ont dynamisé la pièce.

Outre le personnage d'Antigone, cette pièce est très moderne et pas seulement dans la façon dont elle a été écrite. Cette histoire est une reprise du mythe d'Antigone, cependant il y a des éléments qui me font demander si la pièce ne se situe pas dans le monde moderne puisque des personnages parlent de carte postale ou de prendre un café... est-ce un mythe grec transposé dans un univers plus contemporain ? Sans compter les thèmes modernes comme les idéaux et l'importance qu'on accorde à ces idéaux, au point de s'y consacrer, de se sacrifier, cela m'a amené à me demander dans quel contexte cette pièce a été écrite car il est clair que le contexte historique a joué son importance dans l'écriture de cette pièce. J'ai appris plus tard que cette pièce date de 1942, soit en pleine occupation allemande, une période durant laquelle la Résistance s'affirme et les déportations massives de juifs également. Ce qui expliquerait donc les réflexions qu'on peut trouver dans l’œuvre sur les idéaux, la société, la vie, la mort et qu'Antigone, en elle-même, est considérée comme une figure de la Résistance car elle tient beaucoup à ses idéaux et s'y accroche jusqu'à la mort... car mine de rien, cette œuvre apporte quelques réflexions qui donnent à réfléchir ! C'est assez moderne, et pourtant le côté ancien de ce mythe s'accorde avec cette modernité, ce récit très actuel.

Cette œuvre m'a parfois laissé perplexe, mais elle est intéressante à lire. Antigone se rebelle contre la passivité de la vie,le temps qui passe et qui tue la passion de la vie, elle se rebelle contre les codes et les lois ; elle se réveille en enfant au début de l’œuvre et meurt en tant que femme, en ayant défendu ses idéaux jusqu'au bout. Le contexte historique dans lequel a été écrite cette œuvre est aussi important à discerner. L'auteur décrit aussi bien les sentiments humains. 

Extrait :

CREON

[…] Marie-toi vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas celle que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-là. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote assis au soleil. Ils te diront tous le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferais mon prochain discours devant le tombeau d'Etéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas...

Ce billet est une participation aux :


vendredi 15 août 2014

La guerre de Troie n'aura pas lieu - Jean Giraudoux.



L'auteur :



Jean Giraudoux, (1882 - 1944) de son nom complet Hippolyte Jean Giraudoux, est un diplomate et écrivain français. Soldat pendant la première guerre mondiale, il occupa après la guerre la fonction de diplomate, tout en écrivant ses ouvrages. Il s'est notamment illustré dans l'écriture de pièces de théâtre dont les plus connues demeurent : Électre, Amphytrion 38 et La guerre de Troie n'aura pas lieu.


Emprunt médiathèque.





Quatrième de couverture :

Hélène, enlevée par Pâris, est réclamée par les Grecs. Mais la plupart des Troyens, fascinés par sa beauté, refusent de la rendre. D'âpres négociations s'ensuivent. Les partisans de la paix l'emporteront-ils ? Avec cette relecture de la mythologie antique, Giraudoux s'adresse aussi à ses contemporains : en 1935, la Première Guerre mondiale est encore dans les mémoires. Et la pièce, qui interroge le caractère éternel des conflits armés, fait surgir la menace d'une nouvelle tragédie, peut-être imminente.

Mon avis :

Je cherchais, ces derniers temps, quelques lectures que je pourrais compter pour le challenge Grèce antique, or, je n'avais plus lu de pièces de théâtre depuis un moment et l'Antiquité grecque, ce n'est pas ça qui manque chez les pièces de théâtre, qu'elles soient antiques ou plus contemporaine. 

J'ai choisi ce titre, que je connaissais déjà pour l'avoir plusieurs fois croisé dans la blogosphère. Initialement, je croyais que l'auteur avait revisité le mythe grec de la guerre de Troie et que cette œuvre racontait comment la guerre de Troie avait pu être évitée et comment la situation évoluait pour les personnages, alors que la catastrophe avait été évitée. En réalité, je me suis aperçue au fil de ma lecture que: oui, l'auteur a bien revisité ce mythe, et que, non, ce livre ne nous plonge pas dans un univers où la guerre a été évitée mais dans lequel des personnages essayent de l'éviter, pour le bien de tous. Parmi eux, et avant tout, Hector, prince de Troie et frère du petit inconscient qui s'est dit que ce serait une bonne idée de piquer la femme du roi Mélénas, soit la belle Hélène.

Hector m'a beaucoup plu comme personnage. Au début de la pièce, il rentre à peine d'une guerre lorsqu'il revient à Troie et apprend que sa femme attend son enfant, et que Pâris a emmené Hélène à Troie. Je l'ai trouvé très sage, très pacifiste, sensé, proche de sa famille, c'est lui le premier qui tente de faire bouger les choses, de persuader Hélène de rentrer en Grèce, et par des mots légers et un peu d'humour, il évoque des thèmes très profonds comme la guerre, le genre humain et sa façon de fonctionner, le pacifisme, le destin, la fatalité. À l'inverse, son frère Pâris nous est présenté comme un amant jaloux et possessif, un jeune homme léger, irresponsable. Andromaque, épouse modèle dans l'acte I, se manifeste davantage dans l'acte II en essayant de persuader Hélène de partir ou au moins d'aimer Pâris, histoire que ça justifie au moins la guerre car Hélène n'aime pas Pâris. Autant dire que c'est presque par caprice, et non par amour, qu'elle l'a suivie à Troie.

À l'inverse, je n'ai eu aucune empathie pour Hélène. Elle n'est pas écrite de façon à attirer la sympathie, et ma sympathie elle ne l'a pas. Elle est ici décrite comme une femme manipulatrice, qui fait comme si elle obéissait à Pâris (elle fait ce qu'il lui dit de faire, dit ce qu'il lui dit de dire), alors qu'elle se sert en réalité de la faiblesse des hommes à son égard. Qu'il y ait la guerre à cause d'elle, elle n'y accorde guère d'importance. Ce qui l'intéresse, c'est de voir comment vont évoluer les choses alors qu'elle choisit de demeurer à Troie. Elle est désirable et irrésistible et elle le sait, elle en profite, elle joue sur sa beauté. Pour certains à Troie (les femmes), Hélène n'apporte rien et n'apportera rien que des ennuis mais pour d'autres (le roi Priam, Pâris, les vieillards), il faut garder Hélène, pourquoi la rendre aux Grecs puisqu'elle se plaît à Troie ? Tous se pâment devant elle et Hélène joue et profite de son charme. C'est assez dérisoire de voir Priam et les vieillards se pâmer devant Hélène... ça l'est moins quand on sait que Priam est roi et que les vieillards font parti du conseil de Troie... ça s'annonce mal pour la cité antique !

Cet ouvrage, c'est aussi une véritable réflexion sur la guerre. Il faut savoir que Giraudoux a écrit cette pièce en 1935, durant l'entre deux guerres, à l'époque où la menace d'une nouvelle guerre gronde et que pourtant, on cherche à l'éviter, ou on ne fait rien pour l'empêcher d'arriver. Comme dans les années 1930. L'Europe est tendue, Hitler agite le continent, le monstre nazi s'approche mais personne ne fait rien et les gouvernements d'Europe laissent venir la catastrophe. Ici, deux camps s'opposent : les pacifistes (Hector, les femmes de Troie) et ceux qui veulent garder Hélène, quitte à se battre contre les Grecs (Priam, le conseil, Pâris, les intellectuels). Chacun cherche à faire passer l'autre dans son camp. Mais évidemment, on finit par se douter que l'instinct destructeur des hommes va finir par prendre le dessus et que la guerre se fera, au mépris des conséquences. Il y a un véritable parallèle entre la guerre de Troie et la seconde guerre mondiale. Giraudoux a vécu la première guerre mondiale et il a ré-adapté le mythe de la guerre de Troie en s'inspirant de l'entre deux guerres et les prémisses de la seconde guerre mondiale. Il nous montre les ressemblances, et elles sont flagrantes, on sent très bien que Giraudoux s'inspire de son époque.

Cette pièce offre une réflexion très intéressante sur la guerre, sur le prix de la guerre, sur l'illusion de l'héroïsme. Le thème de la guerre ouvre et ferme la pièce, il la rythme. Les pacifistes cherchent à l'éviter, mais au final, il y a cette réflexion sur l'être humain, et comment la guerre est constitutive de l'être humain, dans le langage ou même le désir, l'auteur fait d'ailleurs un parallèle entre la guerre et le désir, d'ailleurs c'est d'autant plus flagrant car il y a cet extrait assez révélateur où la petite Polyxène demande à sa mère à quoi ressemble la guerre, et sa mère, Hécube, lui répond: « à ta tante Hélène ».

Malgré ces réflexions sur la guerre, j'ai eu l'agréable surprise de trouver un peu de comique dans cette pièce, notamment lors des passages mettant en scène les épithètes, où nos personnages s'entraînent à s'envoyer des insultes car insulter quelqu'un, c'est le provoquer, et c'est ce qu'il faut s'il faut se préparer à la guerre. Or, les Troyens s'avèrent moins doués dans ce domaine que les grecs, alors ils s'entraînent à se trouver les pires insultes pour provoquer l'autre et l'inciter au duel (un peu du style: « Mais voyons Pâris, trouve mieux que ça ! Cherche ce qui peut m'atteindre ! Quels sont mes défauts à ton avis ? » et Pâris de répondre à Demokos « Tu es lâche, tu as l'haleine fétide et tu n'as aucun talent ! » ce à quoi, Demokos lui répond avec amour « Tu veux une gifle, sale gamin ? » puis Pâris « Je dis ça pour te faire plaisir, tu sais... »). 

Au final, ce qui devait arriver arriva : la guerre de Troie va avoir lieu, et ce par la volonté (ou plutôt le caprice) des dieux de l'Olympe : Aphrodite, déesse de l'amour, jure que si Grecs et Troyens cherchent à séparer Pâris et Hélène, la guerre aura lieu – Athéna, déesse de la guerre et de la sagesse, dit que si personne ne cherche à séparer le couple et à rendre Hélène aux Grecs, la guerre aura lieu – et Zeus, roi de l'Olympe, raconte qu'il faut séparer Pâris et Hélène tout en ne les séparant pas, et que les négociateurs doivent faire en sorte qu'il n'y ait pas la guerre, sinon Zeus jure qu'il y aura la guerre (un peu contradictoire le bonhomme et difficile à satisfaire mais à l'époque, si tu essayes de contester la volonté du dieu, tu te prends un éclair en pleine tronche ou une vie de misère pourrie par les dieux de l'Olympe. Toute divinité au mauvais caractère puisse-t-il être, c'est jamais bon de mécontenter le roi de l'Olympe et dieu de la foudre !)


Mais au final, j'ai été surprise par cette pièce de théâtre. L'auteur a su mélanger mythe et modernité avec brio, avec une écriture moderne, avec des métaphores et de nombreuses références ; le parallèle qu'il fait sur la seconde guerre mondiale, l'entre deux guerres et la guerre de Troie est vraiment intéressant à découvrir, ça permet de comprendre l'époque et les mentalités de l'époque durant laquelle a été écrite cette pièce. C'est une pièce brillante, intéressante à découvrir, je serais curieuse de lire les autres pièces de l'auteur !

Extrait :

LE GÉOMÈTRE. Avant de se lancer leurs javelots, les guerriers se lancent des épithètes... Cousin de crapaud, se crient-ils ! Fils de bœuf... Ils s'insultent, quoi ! Et ils ont raison. Ils savent que le corps est plus vulnérable quand l'amour-propre est à vif. Des guerriers connus pour leur sang-froid le perdent illico quand on les traite de verrues ou de corps thyroïdes. Nous autres Troyens manquons terriblement d'épithètes. [...]

DEMOKOS. Adopté ! Nous leur organiserons un concours dès ce soir.

PÂRIS. Je les crois assez grands pour les trouver eux-mêmes.

DEMOKOS. Quelle erreur ! Tu les trouverais de toi-même, tes épithètes, toi qui passes pour habile ?

PÂRIS. J'en suis persuadé.

DEMOKOS. Tu te fais des illusions. Mets-toi en face d'Abnéos et commence.

PÂRIS. Pourquoi Abnéos ?

DEMOKOS. Parce qu'il prête aux épithètes, ventru et bancal comme il est.

ABNÉOS. Dis donc, moule à tarte !

Acte II, scène 4.

Ce billet est une participation aux :


samedi 1 octobre 2011

Salomé - Oscar Wilde.

http://petitelunesbooks.cowblog.fr/images/Couverturesdelivres2/Salome.jpg


Articles connexes :

- Le portrait de Dorian Gray.
- L'importance d'être Constant.
- Le fantôme de Canterville (et autres contes).




Emprunt médiathèque fac.
Lecture en ligne ici (en VF) et ici (en VO).







Quatrième de couverture :

A la fin du XIXe siècle, le mythe de Salomé suscite chez les artistes une fascination à nulle autre pareille : la princesse de Judée, qui incarne la femme "naturelle, c'est-à-dire abominable" selon le mot de Baudelaire, devient une figure majeure de l'imaginaire décadent, inspirant indifféremment peintres, poètes et romanciers. De cette danseuse fatale, Wilde donna dans Salomé l'une des interprétations les plus marquantes de l'histoire de la littérature. La tension croissante de ce drame en un acte traduit la montée du désir monstrueux de Salomé, la fille d'Hérodias, pour le prophète Iokanaan. Cruauté, sacrilège, étrangeté et érotisme se mêlent dans cette pièce dont Mallarmé salua les perpétuels traits éblouissants et dont Pierre Loti a pu dire : "C'est beau et sombre comme un chapitre de l'Apocalypse".


Mon avis :

Finalement, je n'aurais pas beaucoup attendu pour tenter un autre Oscar Wilde, ici j'ai décidé de découvrir une de ses pièces de théâtre : Salomé, et je dois avouer que je ne connaissais absolument le mythe de Salomé avant de lire la pièce de Oscar Wilde, qui m'a poussé à découvrir en détail cette histoire. Je me coucherai moins bête ce soir.

Salomé est en fait un personnage dans la Bible chrétienne, dans un épisode des Evangiles de Matthieu et Marc. Elle est la fille d'Hérodias (ou Hérodiade selon les versions), princesse juive qui a quitté son mari pour épouser le frère de celui-ci, Hérode, qui est tétrarque de Galilée. Iokanaan (ou Jean-Baptiste selon les versions) dénonce ce mariage quasi incestueux et se retrouve vite arrêté puis enfermé dans un puit, ses propos ne plaisant pas à Hérode, d'autant plus que la foule en est venue à considérer Iokanaan comme un prophète. Oscar Wilde reprend donc cette histoire. Salomé quitte le festin que donne son beau-père et se met soudain à entendre la voix de Iokanaan et se retrouve envoûtée par cet homme, ne désirant qu'une chose : l'embrasser. Je pense que c'est à partir de là que l'auteur se démarque du récit biblique : Salomé tombe amoureuse de Iokanaan. Je ne révèle pas plus de la pièce ou même du récit de la Bible, je ne veux pas gâcher la surprise.

C'est comme une sorte de tragédie antique tirée de la Bible. J'ai eu l'impression de lire une pièce de théâtre antique mais reprenant un mythe biblique. Cette pièce de théâtre est très courte et elle n'est certainement pas la pièce la plus intéressante que j'ai pû lire jusqu'à présent, mais ça se lit vite et bien et ça reste intéressant. Elle m'a fait découvrir un récit biblique jusqu'alors inconnu pour moi, en se centrant plus sur le personnage de Salomé, une jeune femme belle, douce mais à la fois perverse et haïssable sous certains aspects. Dès le début, l'auteur nous fait sentir une atmosphère pesante, malsaine, le climat est lourd, la lune paraît menaçante et étrange, des cris résonnent... et les personnages ne savent pas ce qu'il va se passer, ils ont peur mais ignorent de quoi, comme une espèce de pressentiment. Il y a Hérode qui regarde sans cesse sa belle-fille et Hérodias, sa femme, le prie de cesser de fixer sa fille, qu'il ne faut pas la regarder, les gardes qui fixent amoureusement Salomé et Salomé elle-même qui se prend d'amour et de passion pour le prophète enfermé qui espère voir cette femme fatale loin de lui. Ces thèmes reviennent très souvent, certaines phrases sont même assez répétitives, mais ce n'est pas dérangeant, ça ne fait que renforcer l'atmosphère pesante et lourde.

Meutre, sang, perversité, luxure, amour, haine et sans cesse la lune étrange qui ressemble à une femme... il y a tout ça dans cette pièce, elle a un petit quelque chose de malsain et dérangeant. Autant dire que je n'ai pas reconnu le style de Wilde, mais peut-être est-ce dû au fait qu'il reprend un récit des Evangiles et que vu comment s'est présenté le récit, il n'a pas pû ajouter la touche d'ironie que je lui connaissais dans les oeuvres d elui que j'ai pû lire avant ? Dans un tel récit, il ne pouvait ajouter sa touche. Pour moi (mais peut-être est-ce aussi dû au fait que je ne connais les oeuvres d'Oscar Wilde que depuis peu et que je ne suis pas si familière que ça à son style), cette pièce aurait pû être de la plume d'un autre auteur, ça n'aurait fait aucune différence. Ne voyez pas ça comme un reproche, mais comme une remarque innocente ! Salomé reste une pièce poétique, envoûtante, dérangeante et intéressante même si pas si inoubliable que ça. J'ai quand même aimé, l'ambiance est bien rendue, les illustrations offertes par l'édition GF Flammarion sont intéressantes, ainsi que la préface que je conseille de lire après lecture de la pièce, sous risque d'avoir la lecture gâchée, spoilée car elle révèle pas mal d'élèments et de scènes de l'oeuvre donc l'effet de surprise risque d'être gâchée (Dieu merci, je lis rarement les préfaces et si c'est le cas, le plus souvent en fin de lecture !).

Salomé est une pièce pas forçément inoubliable ou extraordinaire, du moins pour moi, mais elle n'en est pas moins inintéressante. C'est un classique où se mêlent la luxure, la cruauté, la séduction, la beauté, elle m'a fait découvrir un récit biblique que je ne connaissais pas. Bref, une pièce intéressante à découvrir ! Même si les scènes ne sont pas numérotés, il n'y a pas de Acte n°untel et Scène n°untel, ce qui nous oblige à lire la pièce d'un coup, heureusement qu'elle est courte. Mais, bon sang de bon soir, quel fin glauque et perverse !

Extrait :

(Une grande terrasse dans le palais d’Hérode donnant sur la salle de festin. Des soldats sont accoudés sur le balcon. À droite il y a un énorme escalier. À gauche, au fond, une ancienne citerne entourée d’un mur de bronze vert. Clair de lune.)


LE JEUNE SYRIEN
Comme la princesse Salomé est belle ce soir !

 

LE PAGE D’HÉRODIAS
Regardez la lune. La lune a l’air très étrange. On dirait une femme qui sort d’un tombeau. Elle ressemble à une femme morte. On dirait qu’elle cherche des morts.

 
LE JEUNE SYRIEN
Elle a l’air très étrange. Elle ressemble à une petite princesse qui porte un voile jaune, et a des pieds d’argent. Elle ressemble à une princesse qui a des pieds comme des petites colombes blanches… On dirait qu’elle danse.

jeudi 21 avril 2011

Le docteur Faust - Christopher Marlowe.

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L'auteur :


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Christopher Marlowe, ((baptisé le) 26 février 1564 - 30 mai 1593), est un dramatruge, poète et traducteur anglais. Il est le tragédien élisabéthain le plus connu après Shakespeare et est le père fondateur du dramé élisabéthain.


 
 
 
Quatrième de couverture :

Le Docteur Faust est une oeuvre à part, complexe et ambiguë. Son héros, un intellectuel doublé d'un homme d'action, signe un pacte avec le diable qui le conduit à la damnation. Ambitieux, Faust n'hésite pas à transgresser, les limites de la condition ordinaire, mais il incarne aussi l'homme qui doute : c'est un rebelle qui clame Son athéisme et sa différence dans un monde de conventions et de calculs hypocrites.


Mon avis :

L'an dernier, j'ai étudié le mythe du docteur Faust, et les deux principales oeuvres à lire étaient deux adaptations de ce mythe par deux écrivains : Goethe et Marlowe. Fidèle à moi-même, j'ai lu les deux livres bien après les cours de ce semestre, je suis incorrigible mais que voulez-vous, on se refait pas -_- (pour ma défense, je dirais avoir toujours detesté lire sous la contrainte des cours même si certaines oeuvres des différents programmes scolaires que j'ai pu avoir étaient de belles découvertes)

Alors, comme pour la version de Goethe, l'adaptation du mythe est sous forme de pièce de théâtre, bien que cela ne me gêne pas, moi qui m'était décidée à lire plus de théâtre et de classique, et le mythe de Faust m'ayant toujours intéressée (... depuis ma découverte du manga Black Butler où je voulais découvrir les démons et les pactes dits faustiens dans la littérature), ce livre a été lu juste après le Faust de Goethe, je voulais lire plus de Faust, de Mephistopheles, de leur pacte, de leurs 'aventures', alors je me suis attaquée à la version de Marlowe, plus longue. Alors, alors, verdict ?

Petit rappel de l'histoire : Faust est un médecin-scientifique, un intellectuel plein d'ambition, ayant soif de savoir, de découvrir bien plus. Ici, il invoque Méphistopheles, démon des enfers, et passent un pacte. La satisfaction des désirs de Faust contre son âme qu'il donnera à Mephisto lorsque le pacte touchera à sa fin. Je n'en dit pas plus. Le côté positif est que l'histoire n'est pas un simple copier-coller de la version de Goethe, bien que l'histoire de Marlowe soit la plus ancienne. Et c'est bien que les deux histoires soient différentes, l'idée de base est la même (Faust rencontre le démon Mephistophélès et ils concluent un pacte), mais les deux histoires se déroulent de façon différente. Alors que dans la version de Goethe, nous avons de magnifiques monologues, la présence de Marguerite, jeune fille dont Faust est épris, pas trop de personnages en déhors de Faust, Mephisto et Marguerite, un Faust quelque peu répugné de Mephisto qui le pousse à pêcher et un prologue en vers tout simplement sublime. Dans la version de Marlowe, l'histoire est un peu plus longue, enfin si je peux parler d'histoire, je ne pense pas que l'on retrouve une intrigue en particulier, c'est un peu brouillon car on se contente juste de suivre le docteur Faust qui voyage avec Méphistophélès (le personnage le plus intéressant :p), jouant parfois quelques tours/farces comme celle jouée pour se moquer du Pape, Faust s'étant déplacé à Rome exprès pour cela. Nous avons plus de personnages, revenant constament dans les scènes, comme les personnifications des sept péchés capitaux.

Ce fut une lecture agréable, j'ai pris plaisir à retrouver les personnages de Faust, Méphistophélès et découvrir d'autres, bien que les Faust et Mephisto de Marlowe ne soient pas ceux de Goethe (ouioui, je compare souvent les deux, il faut croire que ma préférence va au Faust de Goethe xD), j'ai pris plaisir à les suivre, et puis ça m'aurait embêté si les deux versions se ressemblaient trop. Ca m'a fait un peu bizarre au début que Faust parle de lui à la troisième personne mais j'ai fini par m'habituer. Ce fut une lecture agréable et divertissante, une bonne pièce de théâtre où j'ai pris plaisir à suivre Faust et Mephistophélès durant leur pacte. Bref, bref, bref, j'ai beaucoup aimé, et ce n'est pas chose aisée que de me faire aimer une pièce de théâtre. Une petite chose à dire concernant mon édition (GF Flammarion), j'ai trouvé intéressant cette version bilingue, et j'ai parfois lu des extraits en anglais de cette oeuvre, mais suivant majoritairement en français, c'est toujours intéressant de découvrir la version originale, mais par contre, je reprocherais ceci : quand des mots latins se glissent dans le récit, ils sont numérotés, donc tout naturellement je regarde en bas de page ou en fin de livre pour découvrir la traduction, et que vois-je ? Rien, que nenni ! Comment je suis supposée savoir la traduction, moi qui suis nulle en latin malgrè toute ma bonne volonté ? Et le latin étant une langue morte, pas évident de traduire toutes ces phrases correctement. Voilà, c'était ma petite deception, peut-être aurais-je du lire l'oeuvre sous une autre édition... peut-être tenterais-je une relecture un jour...

Extrait : 
 
Moi, Jean Faust de Wittenberg, Docteur, fais par la présente don de mon corps et de mon âme à Lucifer, prince de l'Orient et à Méphistophélès, son ministre. En outre, le terme de vingt-quatre années une fois expiré, et sous réserve du respect des articles sus-mentionnés, je leur donne tout pouvoir pour venir chercher ledit Jean Faust, corps et âme, chair et sang, pour l'emmener en leur demeure, où qu'elle se trouve.
Fait par moi, Jean Faust
.

Acte II, scène 1.

vendredi 25 février 2011

Phèdre - Jean Racine.

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L'auteur :


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Jean Racine, (22 décembre 1639 - 21 avril 1699), est un dramaturge français, considéré comme l'un des plus grands auteurs de tragédie durant la période du règne de Louis XIV. Parmi ses oeuvres les plus célèbres, on retrouve Andromaque, Britannicus, Bérénice ou encore Iphigénie.


Lecture en ligne iciii.

Quatrième de couverture :

Phèdre se découvre un amour en la personne d'Hippolyte. La légende d'un amour interdit, puisque Hippolyte est le fils de Thésée à qui Phèdre est mariée, Racine l'emprunte à Euripide et à Sénèque. Mais alors que la tradition théâtrale plaçait Hippolyte sur le devant de la scène, en 1677, Racine l'en écarte au profit de Phèdre, pour écrire la tragédie d'une femme torturée, sans doute coupable mais également frappée par la fatalité, qui lutte de toutes ses forces pour combattre une passion qui la submerge et finit par porter la mort autour d'elle.


Mon avis :

J'ai quelque peu modifié le résumé de mon édition de Phèdre, un peu trop longue à mon goût et qui révélait un peu de l'oeuvre, ces éditeurs je vous jure. Alors pour tenter de preserver un peu de suspence, j'ai enlevé quelques mots, voire phrases, j'espère que cela ne gênera personne, même si je pense que Phèdre reste une oeuvre plutôt connue, non ? Du moins, si l'on a pas lu la pièce, tout passionné de la mythologie grecque doit au moins avoir entendu parler du mythe de Phèdre.

Alors... je voulais faire cette critique depuis un moment déjà, mais ayant toujours eu du mal à commenter des pièces de théâtre, je n'ai cessé de repousser ce moment, alors que j'avais appréçié ma lecture, surtout après avoir dû relire cette oeuvre plusieurs fois au lycée puis à la fac. Aujourd'hui, je prends mon courage à deux mains pour tenter de vous livrer un avis pas trop court et, je l'espère, un tantinet explicite. Il faut dire que depuis que j'ai commençé à lire et relire Percy Jackson (tome cinq dans la PAL ! ouais !), ces relectures auront eu le mérite de me rappeller mon amour pour la mythologie grecque et l'Antiquité, et m'auront donné envie de relire tout livre ayant un rapport avec la mythologie, ainsi ai-je relu le temps de quelques heures Phèdre, malgrè le fait que j'ai du mal avec les pièces de théâtre (trop court et on a pas le temps de 'ressentir' et de s'attacher aux personnages et c'est une grande habituée des romans qui vous le dit).


Doooonc, le mythe de Phèdre, du vu vu et revu dans mes cours de Récits Fondateurs, même si cela n'avait tenu que sous un paragraphe dans une leçon sur les femmes dans la mythologie (Hélène, Ariane, Phèdre... beaucoup y sont passées !) mais pour ceux qui ne connaissent pas : Phèdre, fille de Minos et Pasiphae, est l'épouse de Thésée, héros et roi d'Athènes mais elle est amoureuse de son beau-fils Hippolyte, fils de Thésée et Antiope reine des Amazones. Torturée par cet amour interdit qu'elle tente de cacher, elle finit néanmoins par confesser son amour à Hippolyte qui [attention spoilers] [ la repousse et qui aime une autre. Par vengeance, Phèdre laisse croire à son époux qu'Hippolyte l'a violenté. Furieux, Thésée implore Poséidon, dieu des mers, océans et tremblements de terre, de l'aider à se venger de son fils. Hippolyte périt dans un accident de char causé par un monstre marin invoqué par Poséidon et, accablée de chagrin et de remords, Phèdre avoue la vérité à Thésée alors qu'elle agonie sous le coup du poison qu'elle a avalé. ]

Connaissant le mythe, l'intrigue de l'histoire fut sans surprise pour moi, mais c'était agréable de lire une version plus longue du mythe et surtout se pencher sur le personnage de Phèdre qui est une femme avec deux facettes, à la fois innocente (elle n'y peut rien, son amour pour son beau-fils est issu d'une malediction sur sa famille lançée par Aphrodite, tout est marqué par la fatalité comme pour la plupart des oeuvres tragiques) et coupable (son aimé l'a repoussé, son aimé en aime une autre ! diantre, elle veut se venger !), la mythologie grecque et l'Antiquité m'ayant toujours plu, ce fut avec facilité que je suis entrée dans l'histoire, d'autant plus que le style de Racine n'est pas si lourd que ça, après plusieurs relectures. Si le texte est en alexandrins, ça a passé tout seul pour ma part, certains vers sont même très beaux malgrè d'autres plutôt longs/lourds, mais on a des passages et des monologues magnifiques dont celui que j'ai eu l'occasion d'écouter et réécouter dans la seconde partie du film Julie, chevalier de Maupin quand Julie chante sous le rôle de Phèdre. Si la beauté des vers ne va pas jusqu'à me faire pleurer, j'ai trouvé que c'était sublime par moment. Sinon, j'ai retrouvé sans surprise les ingrédients de la tragédie dans le théâtre : les morts, la fatalité, interventions plus ou moins directes des dieux, des monologues de personnages torturés, amour interdit ou autre problème... que serait la tragédie sans tout ceci ?

Enfin bon, sans dire que c'était une pièce à couper le souffle, c'était une lecture agréable, pas inoubliable (c'est trop court et on a pas le temps, en fin de compte, à ressentir les émotions et à s'attacher aux personnages) pour autant mais sympathique à lire, surtout si on aime la mythologie grecque. Une bonne pièce de théâtre :)





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Phèdre et Hippolyte, de Pierre Narcisse Guérin.


Extrait :



PHÈDRE
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;
Athènes me montra mon superbe ennemi :
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler :
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !

 
Acte I, scène 3.

jeudi 27 janvier 2011

L'importance d'être Constant - Oscar Wilde.

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 Lecture en ligne ici.
Emprunt bibliothèque fac.



Articles connexes :

- Le portrait de Dorian Gray.
- Le fantôme de Canterville (et autres contes).








Quatrième de couverture :

Dernière pièce d'Oscar Wilde, L'Importance d'être constant brille des feux d'un langage habité par la grâce : s'y manifestent la puissance et la modernité de la réflexion de l'auteur sur la fiction, mais aussi son inventivité subversive et satirique, son esprit généreux et étincelant d'élégance et de drôlerie.


Mon avis :

C'est rare que je retienne et note autant d'extrait pour un livre, mais c'était si difficile de choisir un extrait préféré et beaucoup étaient si inoubliables que j'ai préféré en noté plusieurs pour m'en souvenir encore et encore et ne pas les oublier. Je crois que je commençe à beaucoup m'attacher à Monsieur Wilde. Après avoir lu quelques contes et nouvelles, j'ai décidé de m'attaquer à une de ses pièces de théâtre, d'abord en anglais puis en français car je me disais depuis un temps que c'était une honte que de ne pas découvrir et lire plus d'Oscar Wilde, et je m'étais dit que ce serait bien que cette année, je lise plus de pièce de théâtre et de classique que de littérature jeunesse (vais-je réussir ? C'est mal parti xD)

Comme la quatrième de couverture ne dit rien de l'histoire, je vais vous offrir un résumé (pas de moi) : Jack Worthing, aristocrate et dandy, s'est inventé un frère, prénommé Constant, sous l'identité duquel il accumule à Londres dettes et plaisirs. Courtisant Gwendoline Fairfax sous ce nom déguisé, il est bien loin de se douter de l'importance qu'elle attache à son prénom... Au même moment, son ami Algernon Moncrieff, bien décidé à séduire Cecily Cardew, la pupille de Jack, se rend à la campagne où celle-ci réside. Il se présente comme le frère de Jack, Constant. Un prénom que la jeune fille trouve aussi très à son goût...

Même si j'ai, en quelque sorte, peur des classiques (surtout ceux imposés par l'école), certains m'ont agréablement surprise et L'importance d'être Constant fut de ceux-là, je me suis follement amusée à lire et relire cette comédie. N'étant pas une habituée de Wilde, je n'ai pas pû comparé ses oeuvres à celle-ci qui était sa dernière, il n'empêche que j'ai beaucoup aimé cette lecture. Tout tourne autour du langage, Oscar Wilde s'amuse en jouant avec les mots et les phrases, il multiplie des fausses pistes pour nous égarer. Ca se lit facilement, c'est très abordable, c'est divertissant, drôle, l'auteur est un véritable virtuose des mots, l'ironie est présente à chaque page. C'est l'histoire de deux amis, deux fausses identités, une imposture tellement dérisoire et comique, je ne me lasse pas de relire tout ça. C'est une comédie tout simplement succulente avec un humour inégalable, une critique moqueuse des coutumes et institutions de la haute société anglaise de l'époque victorienne avec la superficialité, l'hypocrisie, la religion, la famille et les mariages ! C'est à la fois drôle et absurde, à prendre au second degrès, mais tout est excellent : la plume de l'auteur, la finesse des dialogues, les reflexions sur le mariage, l'humour... bref, tout. J'ai adoré et ça ne fait que m'encourager encore et encore à découvrir plus d'Oscar Wilde :D

 
Extrait :

Algernon : Ce départ est pour moi une vraie douleur.
Cecily : Une douleur insoutenable, quand il s'agit de quitter quelqu'un que l'on connaît à peine.
Algernon : Merci ! J'espère ne pas vous offenser, Cecily, en vous jurant que vous incarnez la perfection absolue.
Cecily : Je vous en remercie infiniment, Constant. Permettez-moi de le noter immédiatement dans mon journal.
Elle va vers la table et l'écrit dans son carnet.
Algernon : Vous tenez vraiment un journal ? Je donnerais tout pour être autorisé à le lire. Je peux ?
Cecily : Oh, non. Ce ne sont que des émotions de jeune fille, destinées un jour à la publication. Quand cela paraîtra, j'espère que vous l'achèterez.

Acte II.

dimanche 31 octobre 2010

Le jeu de l'amour et du hasard - Pierre de Marivaux.

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L'auteur :


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Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (4 février 1688 - 12 février 1763) est un écrivain français. Ayant été longtemps solitaire, discret et mal compris, il fut tout d'abord journaliste avant de devenir romancier puis auteur dramatique, passionné de théâtre. Amoureux de la vérité, il passait aussi son temps en observateur du monde. Il est l'un des auteurs les plus joués par la comédie française.

Lecture en ligne ici.
 
 
Quatrième de couverture :

Le charme de Marivaux réside dans une alliance unique de cruauté et de grâce, de tristesse et de gaieté profondes. Mais le marivaudage, qui évoque le badinage, le duel amoureux pour rire, le ballet sentimental, n'existe dans aucune de ses pièces. Rien de plus précis, inflexible, réaliste, que son regard sur les mouvements et les intermittences du cœur humain et de l'amour, dont il connaît tous les sentiers, toutes les méprises, toutes les ruses. A vrai dire, le hasard tient peu de place dans cette comédie où Silvia, pour éprouver la sincérité de son fiancé Dorante, se fait passer pour sa servante Lisette, tandis que Dorante fait de même avec son valet Arlequin. Et voilà l'amour à l'épreuve de la méfiance, du préjugé social, de la timidité, de l'hésitation, du sourire et des larmes. Rien n'a changé.
 
Mon avis :

Petite pièce de théâtre lu il y a un an pour la fac. Une courte lecture finie en une heure environ.

Résumé rapide de l'histoire : épouser un inconnu, c'est très peu pour la charmante Silvia, bien décidée à faire fi des voeux de son père pour échapper à un mariage arrangé avec un homme qu'elle ne connaît pas et qu'elle pourrait ne pas aimer. Seulement, elle ne peut refuser la volonté de son père, qu'elle le veuille ou non, elle reste promise à ce Dorante dont elle ne sait rien. C'est pourquoi elle décide de pactiser avec son père : avant d'accepter ce mariage, elle testera ce fiançé sans se faire connaître de lui, afin de voir s'il fera un mari acceptable. Comment ? La réponse est simple : Silvia va échanger sa place avec celle de sa servante, Lisette. Celle-ci se fera donc passer pour elle auprès de Dorante et seulement le père et le frère seront au courant. Si seulement elles savaient, toutes deux, que ce cher Dorante avait décidé de faire pareil avec son valet, Arlequin...

J'ai passé un moment agréable avec cette lecture divertissante, j'ai aimé l'idée de départ, à savoir l'échange des rôles entre les serviteurs et leurs maîtres, l'échange des cultures. Le serviteur se retrouve dans la peau du noble et vice-versa et ce stratagème n'était qu'un moyen pour les deux nobles : Dorante et Silvia, pour observer de loin la personne qu'ils sont censés avoir comme compagnon de mariage mais le côté dérisoir c'est que ce n'est pas la bonne personne qu'ils espionnent et ils ne le savent pas. Ils ont eu la même idée et aucun d'eux ne le sait. Pendant ce temps, les deux serviteurs s'entichent de l'autre, causant un peu la pagaille dans un plan qui aurait pû fonctionner. J'ai aimé certaines répliques, le style se révèle savoureux avec les hyperboles, le badinage des personnages entre eux.

J'ai trouvé l'histoire assez prévisible, je me doutais bien de ce qui allait se passer et comment ça allait se finir, et j'ai toujours autant de mal à accrocher à une pièce de théâtre, ça commençe et se termine rapidement, facilement, on a pas beaucoup de temps pour s'attacher aux personnages... mais j'ai quand même aimé cette lecture. Certaines répliques, certaines phrases auraient plues à certaines filles/femmes que je connais, et les hommes devraient en prendre de la graine ! Le plan "parfait" de Silvia et Dorante donne lieu à des situations amusante, drôles, dérisoires surtout quand on sait que le lecteur est au courant de ce qui se trame vraiment, de la surpercherie et on s'en amuse. Je pense que cette pièce serait savoureuse sur la scène, ce serait peut-être plus drôle sur visuel.

Encore une fois, un avis court pour une pièce de théâtre, je n'arrive jamais à dire grand chose sur des pièce de théâtre, même si j'ai aimé ou pas, mais je ne vois pas quoi dire de plus. Si vous avez une heure à perdre et que vous voulez vous divertir, lisez cette pièce, ça vous fera en plus un bon classique à lire !

Extrait :

Lisette.
On dit que votre futur est un des plus honnêtes du monde, qu'il est bien fait, aimable, de bonne mine, qu'on ne peut pas avoir plus d'esprit, qu'on ne saurait être d'un meilleur caractère ; que voulez-vous de plus ? Peut-on se figurer de mariage plus doux ? D'union plus délicieuse ?

Silvia.
Délicieuse ! Que tu es folle avec tes expressions !
 
Acte I, scène 1.

jeudi 7 octobre 2010

Faust - Johann Wolfgang von Goethe.

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'I can make your dreams come true
What a couple, me and you.
Think well, do take your time
Because your soul will be mine the day you die.'

- Descent of the Archangel, Kamelot -


L'auteur :

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Johann Wolfgang von Goethe (28 août 1749 - 22 mars 1832), est un poète, dramaturge, romancier, théoricien de l'art et homme d'état allemand, très intéressé par les sciences. Ses oeuvres les plus célèbres restent Faust I et II ainsi que Les Souffrances du Jeune Werther.

Quelque(s) lien(s) utile(s) :

- Faust, de Goethe - Lecture en ligne.



Quatrième de couverture :

"Faust" : ce simple mot, cette syllabe robuste et trapue comme le "poing" qu'elle désigne couramment, est un signe fort dans l'histoire culturelle des pays allemands que lorsqu'on dit "don Quichotte" en terre espagnole ou "Dante" en Italie.
C'est essentiellement grâce à l'oeuvre de Goethe que le personnage de Faust a passé les frontières et rejoint, dans l'imaginaire occidental, les figures de don Juan et de Prométhée. Comme eux, insatisfait et rebelle, Faust est encore plus proche de ces deux derniers par le défi qui l'oppose à l'autorité divine, dans une partie des plus fascinantes qui soient, puisqu'il ne s'agit plus ici seulement du péché mais bien du sens de la vie et du salut lui-même.



Mon avis :

Je n'avais jamais entendu parler du mythe de Faust auparavant, avant de l'étudier l'an passé pendant mes cours de Littérature Comparée. Sans avoir lu les livres (à savoir la version de Goethe et celle de Marlowe), je savais que c'était un conte populaire allemand à la base repris par plusieurs auteurs dans la littérature, dont Goethe. Les cours sur ce mythe étaient bien intéressants mais je n'avais pas poussé la curiosité jusqu'à la lecture des livres jusqu'à cette année. Le responsable est mon nouveau coup de coeur, le manga Black Butler qui m'a donné le goût de lire des récits ou autres sur des démons, des pactes démoniaques, etc. Et j'avais justement deux versions de Faust qui m'attendaient dans ma bibliothèque. Poussée par l'avis de
Matilda, j'ai d'abord choisi la lecture de celle de Goethe.

L'histoire commençe avec un démon : Méphistophélès, celui-ci rend parfois visite au Dieu du ciel à qui cela ne dérange pas de converser avec un diable. Leur dernier sujet de conversation concerne un certain docteur Faust, que Satan aimerait bien tenter, faire trébucher du droit chemin et ainsi gagner son âme pour toute l'éternité. Afin de tester cet homme, afin de savoir s'il choisira la voix de la lumière ou celle des ténèbres, Dieu consent à ce que Faust soit tenté. Méphistophélès s'attèle à la tâche : approchant d'abord le vieux savant sous la forme d'un chien noir avant de revétir celle d'un homme, il lui propose un marché. Tout ce que Faust désirera, Méphisto lui accordera car le démon se fera son serviteur jusqu'à la satisfaction de tous ses désirs, mais comme rien n'est gratuit avec les démons, faust devra en échange se donner au diable en lui offrant son âme sitôt le contract terminé. Faust, lui, est un savant qui a beaucoup appris sur bien des sujets à un point où il n'a plus aucun domaine à connaître, à étudier et à maîtriser et donc pour lui, plus aucun but dans sa vie de mortel. Désespéré par ce vide qu'il veut combler et peu soucieux de son âme, Faust accepte la proposition du démon. S'ensuivent alors voyages et péripéthies du docteur Faust et du démon Méphistophélès, pour le meilleur et pour le pire...

C'était assez différent de ce que j'imaginais, mais je n'ai pas été déçue, ce fut une agréable surprise et ça m'aura enfin donné l'occasion de connaître Faust. Goethe reprend bien le mythe originel où Faust est un savant, fou ou pratiquant la magie selon les versions, qui vend son âme au diable. Ici, Faust est un vieux savant qui a tant appris qu'il n'a plus rien à étudier et il s'ennuie, il a soif de connaissance et d'aventures, il veut voir plus de monde, connaître davantage du monde, mais il a déjà tant appris pendant si longtemps avec beaucoup de ardeur, il n'y a plus rien à voir et ne sait que faire pendant le restant de sa vie. Il est mélancolique et désespéré et sa faiblesse et sa soif de pouvoir seront sa perte car vint à lui Méphistophélès, dit Méphisto, un diable/démon venu pactiser avec lui : il sera son serviteur et réalisera chaque voeu, chaque désir de Faust en échange de son âme. Et Faust accepte, et voilà le mythe où, selon les versions, Faust se repend ou tombe aux enfers. Goethe reprend ce mythe et nous donne sa version de l'histoire.

Certes, je m'attendais à autre chose et même si j'ai beaucoup aimé cette oeuvre, j'aurais aimé qu'elle soit plus longue et que certains élèments soient plus exploitées, que Faust fasse plus de voeux, qu'il vive plus d'aventures avec son démons. Mais en même temps, je pense qu'il y a tout de même beaucoup de profondeur dans cette oeuvre : toute la maîtrise et la profondeur de la pensée de Goethe. On retrouve aussi des thèmes importants, des messages cachés, et je dois avouer que cette oeuvre a eu le mérité de me faire penser à mes cours de philosophie du lycée lorsque le professeur nous parlait du surhomme ou du mythe de Prométhée, dans l'optique d'un idéal impossible, au-delà de la puissance, de l'existence humaine, évoquée avec désespoir ou ironie car l'homme n'est pas tout-puissant, il a ses limites ; ou dans le cadre du mythe de Prométhée, on a l'homme qui défie les Dieux pour son profit.

Si je m'attendais aussi à un Faust plus torturé, ses monologues sont tout simplement magnifiques, ainsi que les chants du Choeur et d'autres personnages, même si à certains moments j'ai dû relire plusieurs fois pour bien comprendre, il y a là la beauté des vers (même si la plupart des dialogues sont en prose) et l'habilité de la traduction (en même temps, le traducteur, c'est pas n'importe qui : c'est Gérard de Nerval !). Mais ce qui m'a surtout séduite dans cette pièce de théâtre, en plus de la beauté des vers et du sujet de l'histoire (un savant, un démon et un pacte : la satisfaction des désirs en échange de l'âme !), ce sont les personnages et plus particulièrement Méphistophélès. Le diable a beau être le diable, le mâââl en personne, il fascine sans le vouloir : en effet, j'ai plus souvent préféré Méphisto à Faust, j'attendais chaque apparition ou parole de ce personnage, en fait, c'est Méphisto le personnage le plus cool dans cette pièce. Et puis, c'est commun le fait que ce sont souvent les méchants les plus intéressants !

C'est sans surprise que j'ai dévoré ce texte, transportée tout au long de ma lecture, bien que certaines scènes étaient un peu trop rapides, qu'elles étaient passées rapidement et ne sont pas assez explicites, surtout au niveau de la fin où c'était assez flou. Le contrat est-il clos ? Faust est-il damné ? Son âme appartient-elle à Méphisto ? C'est pour ça que j'aimerais lire maintenant Faust II, mais il paraît qu'il n'est pas facile d'accès, qu'il est inachevé (oeuvre posthume) et qu'il est plutôt dur à trouver. Alors en attendant, je lis le Faust de Marlowe. et relirais la version de Goethe, accompagnée des chansons du groupe Kamelot.

Extrait :

MEPHISTOPHELES.
Cesse donc de te jouer de cette tristesse qui, comme un vautour, dévore ta vie. En si mauvaise compagnie que tu sois, tu pourras sentir que tu es homme avec les hommes ; cependant on ne songe pas pour cela à t'encanailler. Je ne suis pas moi-même un des premiers ; mais si tu veux, uni à moi, diriger tes pas dans la vie, je m'accomoderai volontiers de t'appartenir sur-le-champ. Je me fais ton compagnon, ou, si cela t'arrange mieux, ton serviteur et ton esclave.

FAUST.
Et quelle obligation devrais-je remplir en retour ?

MEPHISTOPHELES.
Tu auras le temps de t'occuper de cela.

FAUST.
Non, non ! Le diable est un égoïste, et ne fait point pour l'amour de Dieu ce qui est utile à autrui. Exprime clairement ta condition ; un pareil serviteur porte malheur à une maison.

MEPHISTOPHELES.
Je veux ici m'attacher à ton service, obéir sans fin ni cesse à ton moindre signe ; mais, quand nous nous reverrons là-dessous tu devras me rendre la pareille.

FAUST.
Le dessous ne m'inquiète guère ; mets d'abord en pièces ce monde-ci, et l'autre peut arriver ensuite. Mes plaisirs jaillissent de cette terre, et ce soleil éclaire mes peines ; que je m'affranchisse une fois de ces dernières, arrive après ce qui pourra. Je n'en veux point apprendre davantage. Peu m'importe que, dans l'avenir, on aime ou haïsse, et que ces sphères aient aussi un dessus et un dessous.

MEPHISTOPHELES.
Dans un tel esprit tu peux te hasarder : engage-toi ; tu verras ces jours-ci tout ce que mon art peut procurer de plaisir ; je te donnerai ce qu'aucun homme n'a pu même encore entrevoir.