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lundi 20 avril 2026

Complots à Versailles - Bénédicte Carboneil / Carbone, Giulia Adragna et Annie Jay.



"Ah ! vous, les nobles..."

Cécile n'a que ce mot à la bouche. Pauline, son amie d'enfance, trouve cela d'autant plus agaçant qu'elle-même est noble. 

Jusqu'au jour où, nommée demoiselle de la reine, Pauline fait, avec Cécile, son entrée à la Cour, au château de Versailles. Effarant ! Tous ces nobles rampant devant Louis XIV, manœuvrant à qui mieux mieux, prêts à s'étriper pour les meilleures places... 

Un véritable tourbillon d'intrigues et de complots qui emporte à leur tour Pauline et Cécile. Mais les deux amies sont bien décidées à ne pas se laisser faire, surtout si elles risquent d'en être les victimes...



Complots à Versailles n’est pas une lecture que j’avais prévu au départ pour le challenge, mais je n’arrivais pas à accrocher à la lecture que je m’étais prévue au départ. Entre temps, j’ai eu l’occasion de voir le retour de la comédie musicale Le Roi Soleil, et j’avais encore envie de rester à Versailles auprès de Louis XIV, et cette bande-dessinée s’est présentée comme une bonne opportunité de rester flâner à Versailles.


Il faut savoir que c’est l’adaptation d’une série de romans du même nom, sauf que la bande-dessinée poursuit les aventures de Cécile, là où les romans se sont arrêtés. C’est une bande-dessinée jeunesse plutôt sympathique et très divertissante, qui m’a un peu rappelé Les carnets de l’apothicaire puisqu’il est question de complots à la cour de Versailles (mais pas que), et que nous avons une héroïne qui est une experte dans les poisons et les plantes médicinales. Cécile est une héroïne assez attachante, capable et intelligente (peut-être un peu trop parfaite à mon goût, mais passons), avec des origines mystérieuses que nous découvrirons au fil de ses aventures.


J’ai beaucoup aimé suivre cette bande-dessinée qui regroupe des histoires de complots, trahison, poisons, secrets et histoires de famille. Bien-sûr, ça reste une série pour la jeunesse. On aura des méchants très méchants (d’ailleurs, Madame de Montespan n’a pas le beau rôle ici), et des gentils très gentils. Cela dit, ça n’a pas entaché mon appréciation de cette bande-dessinée, et j’ai pris plaisir à voir des personnages connus tels que Madame de Montespan, Madame de Maintenon, La Fontaine, la reine Marie-Thérèse, et un certain Louis XIV ! J’ai aussi aimé que cela touche à des événements historiques comme l’affaire des poisons, le décès de la reine, ou encore le mariage secret du roi.


Chaque tome est un délice à lire, avec une histoire prenante et sans temps mort. Toutefois, je déplore le fait que le rythme soit trop rapide, tout se passe finalement très vite. Les événements s’enchaînent parfois trop vite. Cela s’arrange lorsque la bande-dessinée cesse d’adapter les romans, mais c’est un problème qui persiste dans certaines histoires. Je suis aussi un peu déçue car on commence la série avec Cécile et son amie Pauline, mais très vite Pauline est en retrait et c’est Cécile qui est sur le devant de la scène. Dommage, j’aurais bien voulu que la série se focalise sur notre duo d’amies. Au moins, elle continue d’apparaître de temps en temps, ainsi qu’une poignée de personnages récurrents que je prends plaisir à retrouver.


Les dessins et les couleurs sont très plaisants, un petit régal pour les yeux. J’aime plus particulièrement les détails présents sur les costumes d’époque et l’architecture. Je trouve cependant que les personnages ont l’air un peu trop lisses sur le plan physique, j’ai eu un peu de mal à déterminer l’âge de certains personnages, notamment chez nos principaux protagonistes. Pour ne citer que l’héroïne, nous commençons l’histoire avec elle lorsqu’elle est très jeune, une jeune fille entrant tout juste dans ses années d’adolescence, puis elle grandit jusqu’à devenir femme et mère, sans que je ne voie beaucoup de différences physiquement. Elle ne donne pas l’impression d’avoir beaucoup vieilli. Cela dit, cela n’enlève rien à la qualité des graphismes et des couleurs. C’est vraiment un régal pour les yeux !


En résumé, c’est une bande-dessinée jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir. Les aventures proposées, sous fond de complots et poison, sont rythmées et prenantes, avec de très jolis graphismes. Je déplore surtout le fait que les événements s’enchaînent trop vite, surtout dans les premiers tomes.

dimanche 9 juin 2024

Dans les cuisines de l'Histoire - Collectif.


La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleur. 

Des diktats de l'Église qui régissaient les mœurs alimentaires à l'utilisation des épices venues d'Asie, découvrez la cuisine médiévale, et invitez-vous à la table des Chevaliers !




Nous commençons ce voyage dans le temps culinaire avec le Moyen-Âge où l’Église a dicté très tôt ses règles quant à la consommation alimentaire. L’année était partagée entre les jours maigres et les jours gras et le souhait de manger en bon chrétien. On ne mangeait pas avant d’avoir fait ses prières ou avant d’être allé à l’église (sauf exception). La gourmandise était en effet vue comme un péché, et la croyance voulait que la consommation de viande rouge échauffait le corps et provoquait donc des excès dans le tempérament de celui qui en mangeait. On était alors persuadé que l’alimentation pouvait influer sur le caractère d’une personne ou alors sa santé. Les mères nourricières, par exemple, n’avaient pas le droit à certains aliments (comme l’ail ou les champignons) pour ne pas gâter le goût du lait ou ne pas risquer un empoisonnement


Pendant longtemps, la transmission culinaire s’est faite oralement, les recettes étant partagées de bouche de cuisinier à oreille de cuisinier. Il a fallu attendre le XIIIe siècle pour que les premiers écrits culinaires arrivent, mais ceux-ci restent très évasifs et difficilement fiables et contiennent des erreurs. La plupart des recettes ne donnent aucune indication sur la quantité des ingrédients et les proportions sont laissées au bon vouloir du cuisinier qui adapte selon le nombre de convives.


Parmi les ouvrages les plus connus, il y a Le Viandier, écrit à la fin du XIVe siècle, associé à Guillaume Tirel, dit Taillevent, maître cuisinier des rois de France Charles V et Charles VI ; ou encore Le Mesnagier, rédigé au XIVe siècle et attribué à un bourgeois parisien qui l’aurait écrit à l’intention de sa jeune épouse afin de lui faire connaître la façon de tenir sa maison et de faire la cuisine.


Ce tome nous parle également de l’importance des bonnes manières et des civilités à table. Il était mal vu de se lécher les doigts ou de se précipiter sur son assiette. L’hygiène des mains devait être irréprochable car c’est avec les doigts qu’on mangeait, et il était de mesure de prendre son temps pour manger. On est loin du cliché des gens du Moyen-Âge crasseux et sans aucune manière ! Une autre façon de voir le Moyen-Âge s'offre donc à nous à travers ce premier tome qui ouvre l'appétit !


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La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une
galerie de personnages hauts en couleur. 

Des premiers best-sellers culinaires aux illustres cuisines de Versailles, découvrez la révolution gastronomique qu'a été le Grand Siècle, et invitez-vous à la table du Roi-Soleil !


Dans ce tome, nous entrons à l’époque moderne, celle de Louis XIV. C’est l’époque où de nouveaux aliments et des épices apparaissent en Europe, venus d’Asie ou des Amériques. Nous apprenons ainsi l’histoire des origines du chocolat importé d’Amérique, du café que nous devons aux Turcs, ou encore la création du croissant (nous vient-il vraiment d’Autriche qui aurait crée cette pâtisserie pour commémorer une victoire contre les Turcs ?), mais aussi l’histoire du sorbet.


C’est aussi l’époque où la fourchette se popularise. L’imprimerie, qui se développe, permet également une large diffusion des recettes culinaires. De plus en plus de livres de recettes paraissent et ceux-ci sont nombreux à aborder de plus en plus le lien étroit entre la cuisine et la santé en mettant l’accent sur les bienfaits et inconvénients de certains aliments.


Parmi toutes ces nouveautés, le pain demeure bien-sûr la base de l’alimentation. Ce tome aborde notamment le commerce du pain sous Louis XIV. On marquait les pains de la marque de la boulangerie, pour pouvoir mieux retracer la trace d’éventuels fraudeurs (ceux qui trichent sur la farine, le poids du pain, etc). On découvre aussi le quotidien d’un apprenti boulanger et on apprend notamment qu’un apprenti l’était pendant cinq ans avant de passer un examen pour devenir compagnon, puis devait présenter trois ans après un chef d’œuvre devant un jury chargé de décider d’accorder ou non la licence de boulangerie.


C’est à cette époque que quelques grands noms de la cuisine apparaissent : Cyprien Ragueneau, poète et comédien mais aussi pâtissier, il aurait servi de modèle à Edmond Rostand pour son Cyrano de Bergerac ; François Varel, passé à la postérité en tant qu’organisateur de fêtes et de festins d’exception au château de Vaux-le-Vicomte, puis au château de Chantilly durant le règne de Louis XIV ; François Pierre de La Varenne, cuisinier et auteur du Cuisinier françois, un ouvrage capital qui marque le passage de la cuisine médiévale à la cuisine moderne, et qui contient les premières mentions au mille-feuilles par exemple ; ou encore Jean-Baptiste de La Quintinie, créateur du Potager du roi à Versailles, ce qui n’était pas une mince affaire si on se souvient qu’il a du rendre cultivable un terrain marécageux. Forcément, on ne parle pas alimentation sans évoquer les cultures de ce que nous mangeons, et Louis XIV était notamment particulièrement friand des petits pois.


On en apprend également un peu plus sur Louis XIV mais surtout sa table où le placement des invités est hiérarchisé ; plus on s’éloigne du roi, moins les plats sont élaborés et on peut ainsi savoir si les membres de la famille royale sont en faveur ou non… de quoi alimenter les potins des courtisans en plus de leur appétit !


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La coupe de champagne a-t-elle réellement été moulée sur le sein de la Pompadour, ou était-ce une rumeur visant à moquer sa frivolité ? D'où viennent les épices que nous mangeons, et quand sont-elles apparues ? La pomme de terre, de la nourriture pour les cochons ? 

La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleurs.



Après Louis XIV, place aux règnes de Louis XV et de Louis XVI ! Ce tome évoque la popularité du champagne à Versailles, grâce à Madame de Pompadour, la plus célèbre des maîtresses de Louis XV, et revient sur l’idée reçue qui dit que la coupe de champagne aurait été modelée sur le sein de La Pompadour.


C’est la période où la pomme de terre fait son apparition dans les assiettes mais elle a bien du mal à conquérir les cœurs, notamment à la cour. C’est Antoine Parmentier, ancien militaire, nutritionniste et hygiéniste français, qui s’est donné pour mission de promouvoir la pomme de terre et de faire reconnaître ses avantages alors qu’elle n’était alors considérée que comme un met pour les pauvres, les prisonniers et les cochons. On a du mal à imaginer, de nos jours, que la pomme de terre ait eu du mal à gagner en popularité !


Le XVIIIe siècle est aussi l’époque où les premiers restaurants commencent à voir le jour à travers des enseignes qui sont à la fois des cafés, restaurants, traiteurs et restaurateurs. C’est aussi durant le siècle des Lumières que les bases de la cuisine française vont s’installer, celle encore pratiquée de nos jours. On assiste à une évolution de la cuisine, on ne retient plus que sept saveurs principales (doux, amer, âcre, âpre, aigre, gras, salé). Si le pain reste la base alimentaire, les légumes et fruits sont désormais définitivement intégrés aux repas


C’est aussi le siècle de la nouvelle cuisine, de la sophistication et du raffinement, avec l’arrivée d’une cuisine plus élégante, plus technique, avec une grande part aux légumes, les sauces sont allégées et devenues plus onctueuses. On assiste aussi à des banquets républicains pour commémorer le 14 juillet.


Marie-Antoinette est également mise à l’honneur, en reprenant une phrase qu’on lui prête à tord (« Qu’ils mangent de la brioche »), mais aussi d’autres personnalités de la cuisine, notamment Alexandre Grimod de la Reynière, considéré comme le père fondateur de la gastronomie et qui a publié l’Almanach des Gourmands, considéré comme l’ancêtre du guide gastronomique.


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Des prémices de la grande distribution à la légendaire gourmandise de Louis XVIII et
d'Alexandre Dumas, découvrez les bouleversements culinaires du XIXe siècle et invitez-vous aux tables de Talleyrand et d'Auguste Escoffier !


On termine avec ce tome qui porte assez mal son nom car il n’y a d’empereur évoqué que Napoléon Ier, et que ce tome couvre une période assez vaste entre le Premier Empire et la Première Guerre Mondiale.


C’est une période de bouleversements en matière de gastronomie et d’alimentation. Elle marque l’apparition des premiers guides et critiques gastronomiques, le développement d’une nourriture gourmande (de nombreux auteurs, comme Émile Zola ou Alexandre Dumas, font régulièrement référence aux restaurants dans leurs ouvrages). C’est la prolifération des restaurants, qui deviennent accessibles au plus grand nombre, et des commerces alimentaires, l’apparition des menus ainsi qu’une évolution de l’art de la table.


L’agro-industrie permet une modernisation de notre mode de consommation (développement des transports des aliments, la mise en conserve, etc), les considérations d’hygiène et de sécurité alimentaire, l’heure des repas qui colle davantage au style de vie de ce siècle (les Français mangeaient alors peu le matin, mais le souper retrouve grâce), c’est aussi l’apparition des soupes populaires, les restes des repas des plus riches sont revendus aux classes plus modestes ou pauvres, etc.


C’est une longue période qui connaît des temps de gastronomie festive, joyeuse et prospère tout comme des temps de misère avec les pénuries de la révolution française, les différentes guerres, le siège de Paris qui a contraint les Parisiens à chasser chats et chiens errants ou manger les animaux des zoos (certains passages ont d’ailleurs été durs pour moi qui suis très sensible dès lors qu’il s’agit de morts d’animaux), ou les récoltes déplorables.


Parmi les célébrités, nous avons Antonin Carême, pâtissier, surnommé « le roi des chefs et le chef des rois », le premier à porter l’appellation de chef, il est considéré comme le fondateur de la haute gastronomie, il était notamment recherché par les cours royales ; Nicolas Appert, non pas un cuisinier mais un inventeur à qui nous devons les boîtes de conserves et la conservations des aliments dans des containers en verre puis en boîtes métalliques ; Auguste Escoffier qui a codifié et modernisé la cuisine raffinée des grands hôtels et autres établissements de prestige, c’est aussi lui qui a développé le concept de brigade de cuisine (répartition des tâches dans l’équipe) et en veillant à l’image de marque du cuisinier (propre, méticuleux, non buveur, non fumeur, ne criant pas) et il a également imposé le service à la russe avec un dressage et service directement à l’assiette.


Le mot de la fin


C’est une bande-dessinée que j’ai découvert par hasard, alors que je cherchais des idées pour ma PAL de l’Ice Cream Summer Challenge, et qui s’est révélée être une bien belle découverte !


Quelle idée originale que de nous apprendre l’Histoire à travers la gastronomie en France et son évolution à travers une large période qui va du Moyen-âge jusqu’à la Grande Guerre. Un véritable voyage dans le temps qui parle boustifaille mais pas que ! Dans les cuisines de l’Histoire parle aussi bien des différents plats et aliments consommés à chaque époque que d’autres sujets comme les différentes façons de cuisiner, la culture des légumes et herbes aromatiques, les différentes techniques de conservation des aliments à travers les siècles, mais aussi les liens étroits entre l’alimentation et la santé, l’hygiène, ou le lien entre l’alimentation et le social (la façon de se tenir à table, la convivialité, la hiérarchisation à table, etc). On y parle ainsi plus que d’aliments mais de tout un ensemble qui a attrait à cet univers.


On en apprend un peu plus sur les œuvres culinaires qui ont traversé les siècles, ces ouvrages et ces personnes qui ont contribué à la révolution culinaire et qui se sont fait un nom dans le milieu gastronomique.


Chaque tome se compose de plusieurs épisodes qui illustrent un propos, c’est tantôt drôle, tantôt touchant, mais toujours instructif, avec des personnages hauts en couleur, et ça met même l’eau à la bouche ! À noter que chaque tome nous propose des recettes d’époque que nous pouvons essayer de reproduire, ce que je trouve très intéressant !


Une bande-dessinée que je conseille et que je classe parmi mes coups de cœur. Un vrai régal !

dimanche 26 avril 2020

L'allée du roi - Françoise Chandernagor.

Amazon.fr - L'allée du Roi: Souvenirs de Françoise d'Aubigné ...
"Je ne mets point de borne à mes désirs", disait celle qui fut presque reine de France... 

De sa naissance dans la prison de Niort à sa mort dans la douce retraite de Saint-Cyr, de l'obscure pauvreté de son enfance antillaise à la magnificence de la Cour, de la couche d'un poète infirme à celle du Roi-Soleil, de la compagnie joyeuse de Ninon de Lenclos et de ses amants au parti pris de dévotion de l'âge mûr, quel roman que cette vie 

À partir d'une documentation considérable et en recourant aux écrits, souvent inédits, de la marquise de Maintenon, Françoise Chandernagor a su restituer, à travers des " mémoires apocryphes " qui ont la séduction de la langue du XVIIe siècle, le vrai visage d'une femme méconnue, témoin sans pareil d'une époque fascinante.



Petite fille née dans une prison, passant une enfance pauvre durant laquelle elle doit mendier pour se nourrir, puis jeune fille mariée à un infirme en passant par jeune femme qui devient gouvernante des enfants bâtards du roi, pour devenir enfin l’épouse du plus grand roi de France. La vie de Françoise d’Aubigné, plus connue sous le nom de Madame de Maintenon, est un véritable roman. On ne s’étonnera donc pas de savoir que son histoire a inspiré de nombreux auteurs.

L’allée du roi est une véritable fresque dans laquelle Françoise Chandernagor nous narre la vie de Françoise d’Aubigné de sa naissance à sa mort et nous plonge dans la France du XVIIe siècle. Elle a choisi de faire parler la principale concernée, à savoir l’héroïne elle-même, qui dresse à sa nièce ses mémoires. À travers ces fausses mémoires, Françoise d’Aubigné nous raconte sa vie, sans omettre le moindre détail : la prison dans laquelle elle est née après que sa mère se soit amourachée d’un escroc, son enfance en Martinique où sa famille a tenté de se construire puis auprès de son oncle et sa tante qui l’ont élevé. Malgré son sang bleu, Françoise vit une enfance modeste, pour ne pas dire pauvre, ce qui lui donnera cette détermination de sortir de sa misère et de s’élever socialement, ce qu’elle fait en épousant le poète burlesque et écrivain Paul Scarron, un infirme de 30 ans son aîné mais doté d’un esprit vif et d’une intelligence aiguisée qui se chargera de parfaire l’éducation de son épouse (Ou, comme il lui aurait dit : « Madame, je ne vous ferai pas de bêtises, mais je vous en apprendrai ») et de lui faire connaître le monde des salons, véritables lieux de la vie sociale des personnes influentes, où Françoise se fait connaître. Lorsque son mari meurt, Françoise se retrouve seule et à nouveau sans le sou, et ne doit son salut qu’aux fréquentations qu’elle a su soigneusement choisir. Ce sont justement ses fréquentations qui la feront connaître Madame de Montespan, célèbre maîtresse du roi Louis XIV, avec qui elle noue une amitié intellectuelle. C’est cette amitié qui vaudra à la marquise de Montespan de faire appel à Françoise, dont elle connaît le sens du devoir et de la discrétion, pour élever en secret les enfants qu’elle a eu du roi. 

L'adaptation du roman avec
Dominique Blanc dans le rôle
de Françoise et Didier Sandre dans
le rôle de Louis XIV.
C’est alors une double vie que mène Françoise qui doit s’occuper de ces enfants dans le secret et poursuivre une vie normale, comme si de rien n’était. Cette position de gouvernante l’amènera à rencontrer puis connaître Louis XIV, qui se révèle être un père aimant pour ses enfants illégitimes. Accordant peu d’importance à cette gouvernante, le roi finit par être séduit par Françoise, son esprit et sa simplicité, devenant amis puis amants, ce qui vaudra les foudres et la jalousie de Montespan qui voit en son amie une rivale qu’elle n’avait jamais soupçonné. C’est pourtant Françoise qui évince la Montespan pour devenir l’épouse secrète du roi, quelques mois après la mort de la reine, celle qui accompagne le roi jusqu'à la fin de ses jours. Le rôle de Françoise ne se limite pourtant pas à celui de maîtresse puis épouse du roi. Prise de passion pour l'écriture, Françoise tient une importante conversation, notamment à son ami et confesseur, et elle est la femme d'une oeuvre : l'école de Saint-Cyr, visant à améliorer l'éducation des jeunes filles de la noblesse pauvre, de plus en plus nombreuses dans le pays, Françoise, elle-même issue d'une noblesse pauvre, trouvant en effet que l'éducation donnée dans les couvents étant peu suffisante pour instruire les jeunes filles. C'est dans son palais de Maintenon, mais surtout Saint-Cyr, que Françoise trouvera refuge et finira ses jours...

Quel vaste ouvrage que cette reconstitution d'une des femmes les plus célèbres de son temps ! C’est un ouvrage très fouillé dans lequel nous pouvons sentir tous les efforts de recherche et de documentation de l’auteur pour nous offrir un voyage plus vrai que nature dans la France du Roi Soleil. Françoise Chandernagor raconte avec beaucoup de sensibilité et de naturel les fausses mémoires de son héroïne avec, pour plus d'authenticité, le style littéraire de l'époque. Plus que la vie de Françoise d'Aubigné, l'auteur nous fait entrer dans le contexte historique, politique, religieux et social de l'époque pour nous restituer le cadre historique le plus fidèlement possible. C'est un ouvrage effectivement dense et si sa lecture reste agréable, j'ai parfois déploré les longueurs de certains passages qui ralentissaient le rythme de lecture.

Toutefois, je ne peux que reconnaître et admirer le travail de recherche de l'auteur, et de reconnaître également le challenge que représente l'écriture d'un personnage aussi hors du commun que Françoise d'Aubigné, alias Madame de Maintenon qui peut s'avérer être un personnage parfois difficile à cerner. En effet, conscience du poids politique et historique qu’auraient pu avoir ses souvenirs (et également pour donner une certaine image d’elle), Madame de Maintenon a brûlé une grande partie de sa correspondance (celle avec le roi particulièrement), emportant plusieurs vérités dans sa tombe, ne laissant que des tiers pour parler d’elle. On retrouve chez Madame de Maintenon un véritable soucis de sa réputation et de sa gloire, que l'on retrouve bien évidemment dans le roman. C'est une femme qui ressent le besoin d'être irréprochable, un désir de plaire qui est devenu une seconde nature chez elle, autant que son besoin d'être aimée et louangée, ce qui lui vaut d'avoir parfois honte de son comportement et de garder pour elle certaines pensées et de toujours se montrer sous un beau jour. C'est en partie lié à la Cour où elle a bien compris que le secret de la conversation est de paraître écouter l'autre avec plaisir, les courtisans étant unis par les habitudes et les services rendus.


Madame de Maintenon — Wikipédia
Portrait de Madame de Maintenon
peint par Pierre Mignard (1694)
À travers elle, nous découvrons la Cour de Versailles qui émerveille Françoise avant de s’y sentir étouffée : les fastes, les plaisirs, coutumes, traits d'esprit, indiscrétions, rivalités, jeux, misères, complots, drames et guerres qui se succèdent au fil des pages et des années, car le règne du Roi Soleil a ses zones d'ombres, notamment lorsque le roi perd peu à peu des membres de sa famille, sans oublier son goût pour la guerre et les constructions qui affament et fatiguent un peuple sombrant dans la misère après des années de guerre et de famine. Madame de Maintenon, c'est donc une femme qui a vu beaucoup de choses et qui a longtemps vécu.

Elle n'est jamais vraiment intervenue dans la politique malgré que ce des tiers ont pu dire, Louis XIV régnait sans partage et ne voulait surtout pas voir de femmes mêlées à des affaires d'Etat, sans compter que Françoise jugeait l'exercice de la politique périlleux pour elle. Saint-Cyr reste l'oeuvre de sa vie, sans oublier l'éducation qu'elle donna à de nombreux enfants, plus particulièrement les bâtards royaux qu'elle aima avec beaucoup de tendresse, jusqu'à se disputer les choix d'éducation avec leur propre mère, notamment le duc du Maine, son préféré, qu'elle appelait tendrement "son mignon". C'est son dévouement envers les enfants qui la rapprocha du roi, et c'est alors un duo des contraires qui se forme : lui  extravagant et séducteur, elle raisonnable et dévote. Leurs entretiens quotidiens se transforment en un attachement sincère et durable, qui ne manqua pas de provoquer la jalousie de Madame de Montespan. J'ai pris beaucoup de plaisir à voir cette relation naître puis évoluer, Louis XIV ne pouvant plus se passer d'elle.

Je crois qu’il m’aimait, en effet. Il m’envoyait, deux ou trois fois le jour, de petits billets à propos de tout et de rien et, en public, il ne pouvait pas tenir un quart d’heure sans venir me parler à l’oreille et m’entretenir en secret, quand même il avait été toute la journée avec moi ; il disait ne se pouvoir passer de ma présence plus d’une heure, et, dans le tête-à-tête, il me prouvait son attachement de telle manière que je ne puis douter de la vérité de cette parole qu’il me dit en mourant : « Madame, je n’ai aimé personne comme vous. »

Je ne peux pourtant pas m'empêcher d'éprouver une sorte de tristesse et d'amertume car, en vieillissant, son royal amant n'est plus qu'un tyran aux yeux de Françoise et elle rame pour le divertir. Elle lui reste dévouée, toujours à ses côtés, mais l'amour et la passion se sont fanés pour elle, d'autant plus que, malgré son mariage avec le roi, elle considère le mariage comme une prison pour les femmes les mettant en servitude. 

Françoise n'est pas une narratrice complètement attachante dans le sens où elle est parfois bigote, par sa fierté et son désir d'être irréprochable, elle est parfois austère et fière, mais on ne reste pas indifférente à ce personnage. Elle suscite notre intérêt et notre admiration, on ne peut pas s'empêcher d'être fasciné par la vie de cette personnalité hors du commun, issue d'un milieu de presque rien jusqu'au faste du palais de Versailles et la faveur du Roi, grâce, en plus d'un jolis minois dans ses jeunes années, de son esprit vif, sa volonté de plaire, et un corps de valeurs d'une solidité à toute épreuve. En bref, Françoise ne laisse personne indifférente et, en la suivant à travers ces mémoires, de sa naissance à sa mort, elle est devenue notre compagne de route, et se présente comme loin d'être la femme froide et rigide que des tiers ont pu décrire mais plutôt une femme persévérante, pleine d'esprit et de courage, dotée d'un incroyable instinct de survie politique pour survivre à la Cour, et qui a sut ravir le cœur de l'un des plus grands rois de France...

Grand Dieu, sauvez le Roi, 
Grand Dieu, vengez le Roi, 
Vive le Roi 
Le Roi les écouta sans un mot, mais lorsqu'il remonta en voiture, ce prince, toujours si maître de lui, ne put cacher son émotion ; il prit ma main, la baisa et dit seulement d'une voix changée : "Je vous remercie, Madame, de tout le plaisir que vous m'avez donné.". Enivrée du bonheur de lui voir goûter la même joie que moi, et d'ailleurs transportée d'inquiétude par sa maladie, je ne pus m'empêcher de lui rendre son baiser, ce qui était bien osé et le surprit aussi. Il prit un air un peu narquois, secoua la tête, sourit et garda ma main dans la sienne tout le temps de notre retour jusqu'à Versailles. Saint-Cyr était notre enfant commun et nous unissait au bord de son berceau.

mercredi 22 avril 2020

Le Montespan - Jean Teulé.


Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. 

C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan... Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. 

Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...




L’Histoire a retenu le nom de Montespan comme étant celui d’une célèbre favorite de Louis XIV à la beauté reconnue, qui a donné au roi de nombreux bâtards royaux et qui s’est retrouvée disgraciée par l’Affaire des Poisons. Ce nom, c’est aussi celui de son époux, le marquis de Montespan, un homme très amoureux de sa femme et dont la colère et jalousie à l’égard du roi pour lui avoir volé sa femme l’ont poussé à diverses extravagances. Toutes ces péripéties méritaient bien un roman tant elles sont amusantes et originales ! On comprend bien que Jean Teulé ait consacré une histoire à ce marquis bafoué !



Louis-Henri, marquis de Montespan et gentilhomme, est un homme pauvre mais comblé. Il voue, en effet, un amour sans borne pour sa superbe femme, Françoise de Mortemart, marquise de Montespan, rebaptisée Athénaïs. Afin de faire fortune et de pouvoir assurer un meilleur train de vie à sa belle, Louis-Henri décide de partir à la guerre. Entre quelques retours naissent les deux enfants du couple Montespan, et une offre inespérée se présente à Françoise, celle de dame d’honneur de la reine à Versailles, ce que la belle accepte afin de gagner fortune et renom pour les Montespan. Tout commence à aller mieux dans le meilleur des mondes… jusqu’à ce que Louis-Henri revienne de campagne pour trouver sa femme enceinte, non pas de lui mais du roi ! C’est un véritable coup de tonnerre alors que le marquis réalise que Louis XIV a fait de sa femme sa maîtresse. À Versailles comme dans la famille de Françoise, tous conseillent au mari cocu d’accepter la situation. En effet, avoir sa femme dans le lit et les faveurs du roi est un honneur pour les nobles et qui est source de privilèges pour eux : argent, titre de noblesse, terres…


C’est mal connaître le Montespan qui n’aura de cesse de vouloir récupérer sa femme et de montrer tout le mécontentement que lui inspire la situation. Comment, lui le mari cocu et bafoué devrait se faire voler sa femme sans rien dire ? Que nenni ! Refusant les honneurs et la fortune et indifférent aux menaces, Louis-Henri se fait l’auteur de diverses extravagances qui font rire Versailles et fâcher le roi. C’est ainsi que notre cher marquis fait peindre son carrosse de noir et le fait orner de cornes pour illustrer son deuil de sa femme, s’habille en gris qui est la couleur que Louis XIV a en horreur, organise les funérailles de son mariage, tente d’attraper une maladie vénérienne pour contaminer indirectement le roi, fait habiller son concierge avec la robe de mariée de sa femme car celle-ci lui manque, et encore d’autres excentricités, ce qui n’est pas sans conséquence…


Cette histoire est très rythmée, les chapitres sont courts et on passe d’un événement à un autre sans que l’histoire ne traîne, bien que le début se soit révélé un peu long pour moi jusqu’à la rencontre du couple Montespan. Le style de l’auteur est simple, rapide et enjoué, et il ne laisse pas le temps à son lecteur de s’ennuyer ! Il aurait été, d’ailleurs, difficile pour l’auteur d’ennuyer son lecteur car il a bien choisi son sujet, le personnage principal de son roman a tout d’un original, c’est un véritable personnage romanesque qui va à contre-courant qui a passé sa vie dans la rancune et la rébellion contre les frasques du roi. Jean Teulé avait donc là un sujet original et divertissant qu’il a su reprendre et nous raconter avec humour et simplicité.


Le personnage du marquis est à la fois drôle et pathétique. On le plaint d’être le mari malheureux et cocu et toujours éperdument amoureux de sa femme tout comme on le trouve fou dans ses frasques (le travestissement de son concierge, et surtout le fait qu’il ait essayé d’attraper une maladie vénérienne dans l’espoir de contaminer sa femme et donc indirectement le roi, et lors d’une scène où il s’est introduit dans les appartements de la reine). Certaines de ces frasques sont vraies, ce qui les rendent encore plus amusantes. Bien que l’auteur ait pris des libertés historiques pour inventer d’autres frasques de notre cher marquis, je ne peux pas nier son travail de recherche car l’histoire est bourrée de références historiques (notamment lorsqu’il fait références avec humour à des événements historiques à venir, comme la fistule anale de Louis XIV, l’arrivée de Mme de Maintenon, la mort de Lully, etc), sans oublier que la lecture du roman apporte un certain nombre de lumières sur des éléments historiques qui ne sont pas toujours mises en avant, comme le lien entre les amours du roi (et donc l’histoire du marquis de Montespan) et la pièce de Molière, Amphitryon ; l’état de dégénérescence de la descendance du roi avec Mme de Montespan ; ainsi que la représentation moins attirante d’une aristocratie sale et dépravée.


J’ai donc beaucoup apprécié cette mise en lumière autour du marquis, puisque auteurs et historiens ont plutôt tendance à se focaliser sur sa femme, ainsi que les nombreuses références historiques. La plume de l’auteur est simple, drôle et incisive, et pourtant… j’ai moins accroché à la familiarité, voire à la vulgarité du vocabulaire, certains passages sont peu ragoûtants et il faut avoir, je pense, l’esprit ouvert. La plume de l’auteur est singulière, parfois crue, ce qui m’a déstabilisé mais l’histoire était si divertissante que j’ai pu faire l’impasse, d’autant plus que les pages se tournent rapidement. Le Montespan est un personnage à la fois pathétique, grotesque, attachant et touchant. J’ai beaucoup aimé la dernière scène avec sa fille lorsqu’il a reproduit le même jeu que sa mère faisait avec elle. J’ai également beaucoup aimé suivre cette singulière et divertissante famille qu’il formait avec ses enfants (dont le fils qui se croit supérieur), la cuisinière et sa fille, le concierge et la mère du marquis.


Pour résumer, une histoire divertissante et intéressante, car on ne s’ennuie pas avec le marquis de Montespan ! Cependant, je déplore la vulgarité parfois présente dans le texte que j’ai trouvé rude et cru par moment. Ce roman reste toutefois une bonne lecture que j’ai prit plaisir à découvrir.



Les époux Montespan : Françoise Athénaïs de Montespan (1640 - 1707) & 
Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin (1640 - 1691)


La Montausier s'en étonne :
- Il y a quatre ans que vous avez été unis par le sacrement du mariage et vous aimez encore votre épouse ? Si je puis me permettre, votre poissonnier éprouve le même penchant pour la sienne. Mais vous, monsieur, êtes marquis ! Croyez-vous que mon mari m'aime, moi ? Monsieur le duc, m'aimez-vous ? fait-elle en tournant la tête à droite.
- Mais bien-sûr que non, lui répond son mari.
Montespan est stupéfait :
- Pourtant, dit-il au duc, c'est bien vous qui avez, jadis, fait écrire par les plus beaux esprits du temps
La Guirlande de Julie ? ... ce recueil unique de madrigaux offert pour sa fête comme un bouquet plus délicat et plus durable que celui de véritables fleurs.
- C'est vrai... chaque poème comparait Julie à une fleur différente : la rose, la tulipe... mais je convoitais surtout la dot de Mlle de Rambouillet.

mercredi 1 avril 2020

Mémoires du duc de Saint-Simon : « Cette pute me fera mourir… » - Louis de Saint-Simon.

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« Cette pute me fera mourir… » soupirait Marie-Thérèse, reine de France, épouse de Louis XIV, en regardant le Roi s’afficher avec la belle Montespan. 

Le duc de Saint-Simon, qui a tout vu et tout entendu, raconte Versailles et ses brillants acteurs. Témoin de la grandeur du règne, il en explore aussi les coulisses : intrigues, scandales et anecdotes se mêlent aux récits des morts illustres.  À la fois véridiques et visionnaires, ses Mémoires nous font entrer au Château et partager la vie de la cour et du Grand Roi avec un esprit, une verve, un génie inégalés.


Sous ce titre ma foi très éloquent se cache une partie (j’insiste sur le mot car les mémoires font plus de mille pages !) des mémoires du duc de Saint-Simon, contemporain de Louis XIV, ayant vécu plusieurs années à la Cour.

Forcément, on peut aisément s'imaginer qu'il a énormément de choses à nous dévoiler ! Entre fêtes majestueuses, disputes, raccommodages, rencontres diplomatiques, mariages, naissances et décès, autant d’événements mémorables que conte Saint-Simon, car il s'en passe des choses à la Cour de Versailles et ses courtisans n'ont pas le temps de s'ennuyer ! Le duc, lui-même courtisan, a participé aux intrigues qui ont animé la vie de la Cour, et a logé au château.

Ces mémoires nous proposent une plongée dans l’univers de la Cour. Un monde poudré, perruqué, scintillant de bijoux, dont les gestes et apparitions obéissent à un rigoureux rituel, car la Cour est un langage que chaque habitant se doit se parler à la perfection, sous peine de faire un faux pas et de contrarier le roi. L’occupation principale, c’est bien-sûr l’intrigue. Sans elle, le courtisan mourrait d’ennui dans ce huis clos doré qu’est le palais de Versailles. Chaque naissance, chaque mariage, chaque mort, chaque fête, bref chaque chose, est un événement mondain qui fait vivre la Cour et qui se présente parfois comme des spectacles à ne pas manquer ! Et si vous ne trouvez rien de compliqué qu’une famille, ça l’est davantage dans une famille royale ! 

En plus de faire régner l'ordre dans le pays, le roi doit aussi faire régner l’ordre dans sa nombreuse famille, ce qui n'est pas toujours chose aisée lorsque la famille en question traverse régulièrement des zones de turbulence, ce qui donne l'occasion à l'auteur de nous raconter de nombreuses anecdotes sur la famille royale mais aussi sur les nombreux courtisans de la Cour, et certaines d'entre elles valent la peine d'être connues ! Je citerai, par exemple, la plaisanterie que la duchesse de Bourgogne et quelques-uns de ses compagnons ont joué à la princesse d'Harcourt, que Saint-Simon décrit comme "une furie blonde, et de plus une harpie", en la surprenant au lit à coups de boules de neige, ou encore une autre plaisanterie qui a mis le comte de Tessé bien dans l'embarras lorsque le duc de Lauzen lui proposa de porter un chapeau gris lors de sa rencontre avec le roi, ce que le comte de Tessé fit sans savoir que le roi avait tout bonnement horreur de cette couleur !


Louis de Rouvroy de Saint-Simon — Wikipédia
Portrait du duc de Saint-Simon
(1675 - 1755)
Cependant à la Cour, tout n'est pas que bal et fêtes somptueuses car, à partir de la fin du XVIIIe siècle et jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, s'invite un personnage invisible qui fait des ravages à Versailles, la Faucheuse, qui va enlever un à un des membres de l'entourage ou de la famille du roi : Monsieur son frère, Monseigneur le Dauphin l'héritier du trône, Bontemps le valet et confident du roi, le duc et la duchesse de Bourgogne le petit-fils du roi et son épouse, puis un de leur fils, etc. Le temps s'assombrit alors à Versailles et l'on danse entre deux décès et ce roi, dont la descendance était pourtant assurée, voit sa famille partir avant lui...

J'avoue que ma lecture s'est souvent révélée laborieuse car j'ai ressenti de nombreuses longueurs, d'autant plus que l'auteur a écrit sur de nombreux personnages secondaires voire tertiaires pour lesquels je n'ai pas toujours réussi à m'intéresser. Il n'évoque pas uniquement la famille royale mais de nombreux membres de la Cour, des courtisans,  des marquis, des ducs et duchesses, etc. J'ai beaucoup aimé les portraits du duc et de la duchesse de Bourgogne, parents du futur Louis XV, partis trop jeunes (à 26 et 29 ans), notamment la duchesse de Bourgogne dont la gaieté animait Versailles et qui était l'âme des fêtes et spectacles au château, et dont la mort subite avec celle de son conjoint (la Cour a d'ailleurs longtemps cru à un empoisonnement) ont été comme l'effet de la foudre qui s'abat en France.

Ajoutons à cela un vocabulaire d'époque qui n'est pas toujours clair pour des lecteurs contemporains, cependant l'édition présente de nombreuses notes pour nous éclaircir sur un mot d'époque ou pour apporter un contexte aux écrits de Saint-Simon, pour mieux aider les lecteurs et lectrices à comprendre et mieux situer les événements qui sont décrits.

Un point important à souligner : le duc de Saint-Simon n'a pas rejoint la Cour depuis son arrivée à Versailles, et il commence à raconter la vie à la Cour, du moins dans cette édition, à partir de 1691 jusque 1715, avant de nous raconter des événements antérieurs à son arrivée à la Cour mais que la mémoire de cour lui a transmis, comme la sulfureuse histoire d'amour entre Louis XIV et sa célèbre maîtresse, Madame de Montespan au grand désespoir de la reine, l'arrivée de Françoise Scarron à la Cour pour s'occuper des bâtards royaux, le rapprochement de Louis XIV vers la veuve Scarron qui devient Madame de Maintenon, etc.


Louis XIV et sa famille, peinture attribuée à Nicolas de Largillière.
De gauche à droite : la duchesse de Ventadour (gouvernante des enfants royaux), le duc d'Anjou (futur Louis XV) ou son frère aîné, le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, Louis XIV, et le duc de Bourgogne, petit-fils du roi.

L'écriture de Saint-Simon est très imagée et détaillée. On sent chez Saint-Simon une véritable volonté de laisser une trace, une certaine avidité et un empressement de raconter tout ce qu'il a vu, ainsi que son amour pour la plume. L'époque de Louis XIV, le Grand Siècle, a marqué l'Histoire et c'est quelque chose que Saint-Simon a du prévoir, par sa volonté de laisser une trace. Bien-sûr, il ne faut pas toujours forcément prendre au premier degré ces mémoires qui ne sont pas toujours objectives. Comme tout le monde, le duc a ses propres opinions personnelles et, en lisant certains portraits, il s'est laissé aller à des éloges sinon des critiques de tel ou tel personnage, s'est pris de sympathie pour certains personnages et moins pour d'autres, déplore la construction du château de Versailles qu'il juge ruineux et de mauvais goût, et reproche au roi d'avoir avantagé son château et n'avoir fait que peu d'efforts pour Paris qu'il a délaissé.

Cela n'enlève pas la richesse de ce témoignage car Saint-Simon nous présente une excellente restitution du règne du Roi Soleil, du château de Versailles, de la Cour et ses courtisans, qui prend vie sous nos yeux, nous offrant une extraordinaire remontée du temps.
Une autre fois, et ces scènes étaient toujours à Marly, on attendit fort tard qu'elle [la princesse d'Harcourt] fût couchée et endormie [...] Il avait fort neigé, et il gelait : Mme la duchesse de Bourgogne et sa suite prirent de la neige sur la terrasse qui est autour du haut du salon et de plain-pied à ces logements hauts, et pour s'en mieux fournir éveillèrent les gens du Maréchal, qui ne les laissèrent pas manquer de pelotes ; puis, avec un passe-partout et des bougies, se glissèrent doucement dans la chambre de la princesse d'Harcourt, et, tirant tout d'un coup les rideaux, l'accablent de pelotes de neige. 
Cette sale créature au lit, éveillée en sursaut, froissée et noyée de neige sur les oreilles et partout échevelée, criant à pleine tête et remuant comme une anguille sans savoir où se fourrer, fut un spectacle qui les divertit plus d'une demi-heure, en sorte que la nymphe nageait dans son lit, d'où l'eau découlant de partout noyant toute la chambre. Il y avait de quoi la faire crever. Le lendemain elle bouda.

mercredi 25 mars 2020

Duel pour un roi : Madame de Montespan contre Madame de Maintenon - Agnès Walch.


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La blonde Montespan contre la brune Maintenon. L’une porte un grand nom quand l’autre est née dans une cellule de la prison de Niort. L’une, étincelante, spirituelle, ambitieuse, splendide, s’attache l’amour du Roi-Soleil et lui donne sept enfants. L’autre devient gouvernante des bâtards royaux et entre dans la vie du roi.

Louis XIV, contre toute attente, délaisse la sublime Montespan pour la discrète et redoutable Maintenon, de six ans plus âgée que sa rivale, moins tempétueuse, moins belle selon les canons de l’époque, moins éclatante, moins, moins… Et alors que la première mourra oubliée de tous, l’autre épouse dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683 le roi, autrefois volage, désormais fidèle, et dont elle partagera la vie pendant trente-deux ans.

Avec une plume alerte, l’historienne Agnès Walch nous plonge dans les coulisses de la Cour de Versailles et nous restitue pour la première fois l’affrontement de deux femmes, d’abord amies intimes puis ennemies mortelles, étonnamment modernes, éprises de liberté, déterminées et courageuses.

Le Grand siècle raconté du côté des femmes…


L’une est blonde, l’autre est brune. L’une est née dans une ancienne et prestigieuse famille, l’autre est née en prison où son père était enfermé. Tout sépare ces deux femmes, deux Françoise, qui, pourtant, se sont rencontrées et se sont liées. C’est l’histoire de Madame de Montespan et de Madame de Maintenon, que l’Histoire a retenu comme étant deux célèbres maîtresses de Louis XIV, le Roi Soleil…

D’un côté, nous avons Madame de Montespan, née Françoise de Mortemart, qui changera son nom « Françoise » pour « Athénaïs ». Une femme bien née, dans une ancienne et noble famille, mariée au marquis de Montespan, fou amoureux de sa femme. De l’autre, Madame de Maintenon qui n’était alors que Françoise d’Aubigné, née en prison d’un père belliqueux et d’une mère qui se souciera peu d’elle ; elle se marie à Paul Scarron, poète handicapé tenant un salon intellectuel où Françoise fera la connaissance du beau monde… et en particulier, une certaine Madame de Montespan. 

C’est ainsi que ces deux femmes si différentes vont se rencontrer, se plaire et tisser une amitié intellectuelle. C’est cette amitié qui conduira Madame de Montespan à faire appel à Françoise, alors devenue la « veuve Scarron ». En effet, Madame de Montespan devient la favorite de Louis XIV, au grand dam de son époux qui ne s’en remettra jamais, comme l’illustre cet extrait :

Au début de l’année 1669, il [le marquis de Montespan] arrive au château de Saint-Germain dans un carrosse tendu de noir, orné de bois de cerf et de grands voiles noirs. Le roi, sortant du conseil, lui demande sèchement pourquoi ce noir. Il répond qu’il est en deuil de son épouse. C’en est trop. Le roi a suffisamment enduré des excentricités qui frisent à la fois le ridicule, l’impertinence et le crime de lèse-majesté. Arrêté, le marquis fait un court séjour dans les geôles de Lévesque […] avant d’être relégué dans sa province natale où ses extravagances se poursuivent.

Cet amour interdit, ce double adultère, donnera naissance à plusieurs « bâtards royaux ». Ces naissances devant rester secrètes, il faut au couple quelqu’un de confiance pour prendre soin des enfants et prendre en charge leur éducation. C’est ainsi que Madame de Montespan fait appel à son amie, Françoise, dont elle connaît la discrétion ainsi que l’amour des enfants.

Portrait de Mme de Montespan,
peint par Jean-Pierre Franque.
Pendant plusieurs années, Françoise Scarron s’occupe ainsi des bâtards de Louis XIV et d’Athénaïs dans le plus grand secret (du moins jusqu’à ce que le roi légitime ses enfants adultérins). Bien que n’ayant eu jamais d’enfants, Françoise est une gouvernante discrète et dévouée auprès de ces enfants, au point où, le fils aîné le duc du Maine préférera sa gouvernante à sa mère trop peu présente, et au point où Françoise portera davantage le deuil d’une des filles illégitimes que la propre mère, ce qui vaudra à Louis XIV de dire, face au chagrin de Françoise, « Comme elle sait bien aimer ! Il y aurait du plaisir à être aimé par elle. ». Athénaïs est, en effet, une mère souvent absente et semblant peu s’intéresser à ses bâtards dans un premier temps. Louis XIV, qui n’accordait alors que peu d’importance à la gouvernante, est touché par la dévotion de Françoise à l’égard de ses bâtards qu’il adore, au point de se rapprocher d’elle… ce qui n’est évidemment pas du goût de Madame de Montespan qui commence à nourrir une jalousie envers son amie qu’elle considère progressivement comme sa rivale. C’est ainsi que cette amitié intellectuelle se change progressivement en rivalité pour l’amour d’un roi…

Duel pour un Roi est un livre intéressant qui retrace la relation entre deux femmes exceptionnelles que tout sépare et qui, pourtant, vont se rencontrer et se plaire ! Car nos deux Françoise sont deux femmes intelligentes qui excellent dans l’art de la conversation et qui trouvent chez l’autre une compagnie intelligente et pleine d’esprit. Ce sont deux femmes qui s’estiment et se respectent beaucoup et qui se font manifestement confiance. C’est cette confiance qui conduira Athénaïs à faire appel à Françoise pour s’occuper des enfants qu’elle a eus avec le roi. Autant dire que ce n’est pas rien ! Pour cette mission, Françoise doit bouleverser son quotidien et faire preuve de ruse et de discrétion pour que l’existence de ces enfants ne soit pas découverte.


Portrait de Madame de Maintenon,
peint par Thomas Garnier.
Pourtant, la confiance et l’amitié que se vouaient les deux femmes vont peu à peu se transformer en jalousie et rivalité alors que Louis XIV – dont la réputation de séducteur n’est plus à refaire, malgré plusieurs années de relation avec Athénaïs et sept enfants – se rapproche de Françoise et délaisse peu à peu sa favorite, dont la chute a été précipitée par la célèbre affaire des poisons. L’auteur nous explique comment la faveur est passée de Madame de Montespan à Madame de Maintenon en replaçant l’histoire dans son contexte et en nous peignant le portrait de ces deux femmes. Tandis que la Montespan joue « les divas » et a davantage cherché à se faire aimer du roi qu’à l’aimer réellement, Madame de Maintenon se fait discrète, douce et patiente. C’est le caractère de l’une qui la fait chuter tandis que le caractère de l’autre attire le souverain. Pourtant, l’auteur ne cherche pas à prendre le parti de l’une ou de l’autre, ou à nous faire aimer une favorite plutôt que l’autre. Elles sont décrites comme deux femmes intelligentes et ambitieuses, avec leurs qualités comme leurs défauts et c’est ce que j’ai apprécié dans ce livre. Même si ma préférence va à Madame de Maintenon, Athénaïs n’est pas diabolisée et l’auteur nous dresse le portrait psychologique de la marquise afin de mieux la comprendre, sans la juger.

Madame de Maintenon n’est pas non plus décrite sous un mauvais jour, bien qu’elle soit celle qui a supplanté Athénaïs dans le cœur du roi et qu'elle se soit parfois montrée ingrate envers son ancienne amie à qui elle doit tout pourtant. L’histoire entre Athénaïs et Louis XIV est différente de celle entre Françoise et le roi. Ce n’est pas la même relation et ce n’est pas le même stade de la vie de Louis XIV qui change au fil des ans et a d’autres « envies ». Là où il était dans le spectacle, la richesse, la passion avec Madame de Montespan, Louis XIV a formé un couple bourgeois avec Madame de Maintenon. Ils s’installent dans des habitudes de vieux couple : Louis passe beaucoup de temps dans les appartements de sa maîtresse, lorsqu’il ne la voit pas il lui écrit tous les jours, lorsqu’elle s’éloigne pour se rendre ailleurs il lui fait parvenir un billet pour lui demander de le rejoindre plus tard à la grille du jardin pour venir la chercher pour revenir au château ensemble en carrosse. Alors qu’il vieillit, le roi ressent le besoin de plus d’intimité et de discrétion, ce qu’il retrouve chez sa maîtresse. Jadis séducteur qui butinait volontiers un peu partout, Louis ressent le besoin de se poser, et forme un couple complice avec sa maîtresse :

L’union de Louis et de Françoise prend, en effet, une forme assez originale. Françoise soutient son mari, le console de ses chagrins, le soigne lorsqu’il est malade, s’inquiète de ses soucis, partage ses joies, le conseille à l’occasion. […] Leur complicité paraît incroyable : à plus de cinquante ans, Louis ne peut se passer de Françoise. Ce besoin d’intimité et de confiance qu’exprime le couple est très moderne. […] Le matin, il vient la saluer dans sa chambre, puis se met au travail, assiste à la messe et au Conseil. Elle reste dans ses appartements ou traverse le parc pour se rendre à Saint-Cyr. Discrète, elle n’est pourtant jamais très loin. De 5 heures à 10 heures du soir, le roi lit ses dossiers dans la chambre de son épouse. Il reçoit les ministres, tandis qu'elle s'occupe à des travaux d'aiguille ou des lectures.  Puis, sans déranger son mari, elle se prépare pour la nuit. Elle prie, prend son repas et se couche vers 9 heures. A 10 h, il la quitte pour aller souper au Grand Couvert. Mais avant cela, les époux ont commencé par rester seuls un long moment. On ferme la porte et personne n'entre plus. Ils sont dans leur intimité.

On pourrait penser qu'il n'est pas étonnant d'apprendre que Louis XIV a épousé sa maîtresse en secret en 1683, quelques mois après la mort de la reine...

Pourtant, l’auteur n’oublie pas de nous souligner qu’être la maîtresse d’un roi, c’était aussi se sacrifier. Au-delà du prestige et des avantages que cette position de favorite procure, ce n’est pas tout rose d’être aimée d’un roi, surtout d’un roi aussi tyrannique que Louis pouvait l’être parfois. Monarque absolu, Louis est un homme qui impose ses volontés et qui n’entend pas se faire gouverner par ses maîtresses ni que celles-ci interviennent dans sa politique. Être maîtresse de Louis XIV, c’est abandonner son indépendance, ce qui peut rendre le joug conjugal lourd à porter. Rien d’étonnant à ce que Madame de Maintenon ait eu des mots durs envers la vie matrimoniale qu’elle compare, selon l’auteur, à un esclavage pour la femme. Cependant, malgré l’inconfort et l’obéissance imposée, le couple entre Louis et Françoise a duré jusqu’à la mort du monarque, et la tendresse et la confiance qu’ils se sont portés étaient réciproques.


Madame de Maintenon avec Vexin et Maine, les
deux premiers enfants de Louis XIV et Mme de Montespan
Attribué à  Pierre Mignard.

Duel pour un Roi est un document historique passionnant si l’on s’intéresse à ces deux femmes au destin exceptionnel (je me sens un peu l’âme d’un Stéphane Bern en écrivant cette phrase xD) et à leur relation avec Louis XIV, d’autant plus que l’auteur ne prend pas le parti d’une favorite contre une autre mais les présente comme deux femmes exceptionnelles, puissantes, intelligentes et ambitieuses avec leurs qualités et leurs défauts, leurs bonheurs comme leurs malheurs.

Si je devais formuler une critique à l’égard de ce livre, c’est que la généalogie est très présente et peut sembler inutile, sinon souvent confuse et il m’est arrivé de me perdre plusieurs fois. Je ne peux pourtant pas nier l’incroyable travail de recherche de l’auteur pour nous présenter une étude intéressante et passionnante. Une fois nos deux protagonistes présentées, on suit leur histoire avec intérêt, le tout sous une plume agréable à lire !

Françoise s’est bien organisée. Avec l’accord de la marquise de Montespan et de Bonne d’Heudicourt, elle prend souvent avec elle Louise, la fille de Bonne […] Louise lui sert d’alibi lorsqu’elle doit expliquer à ses amis la fatigue qui se lit sur son visage, ses traits tirés et ses absences répétées. Elle donne le prétexte d’une maladie de la petite, alors qu’elle veille un nourrisson à une extrémité de la capitale. Et s’il vient des étrangers, Louise est soit la sœur des petits, soit leur cousine. Ce jeu l’amuse follement si bien que la fillette n’oublie pas de demander à sa gouvernante tous les matins quel sera son rôle dans la journée : « Madame, qui suis-je aujourd’hui ? ».