Il était une fois une reine voulant un enfant. Désespérée, elle brave les interdits pour s'aventurer dans la forêt ensorcelée. Une malédiction s'abat alors sur le royaume, plongé dans un hiver éternel, et un conflit sanglant éclate entre les créatures magiques et les humains.
La reine revient de la forêt enceinte, sans vouloir dire à personne ce qui s'y est passé. Elle met au monde un fils à la peau pâle comme la neige, aux cheveux noirs comme l'ébène et aux lèvres rouges comme le sang. Un enfant étrange, inquiétant, terriblement beau... Et pas tout à fait humain.
La reine meurt, puis le roi se remarie et décède à son tour, laissant le trône à une sorcière cruelle. Prête à tout pour se débarrasser de son beau-fils, elle fait appel à Guerre, un impitoyable chasseur décidé à éradiquer les créatures magiques. Mais l'espoir de briser la malédiction pousse le prince et le chasseur à s'allier, malgré leur haine mutuelle, pour s'enfoncer au cœur de la forêt... Dans ce royaume de secrets, qui sait si les monstres se cachent dans les ombres ou les reflets ?
Ce
qu’il y a de bien, avec les romans d’Isabelle Lesteplume,
c’est que j’ai toujours la garantie de passer un bon moment. Ça
n’a pas loupé avec le petit dernier qui se présente comme une
réécriture M/M du conte de Blanche-Neige.
Bien
que ce qui m’a attiré avant tout était la promesse d’une
romance entre nos deux protagonistes, l’auteure a su démontré une
nouvelle fois qu’elle sait construire un univers riche et complexe
ainsi qu’une intrigue intéressante, tout comme elle sait mener ses
personnages à travers moult périples, leur fait vivre bien des
péripéties et des dangers qui sauront les faire évoluer et créer
des liens.
Parmi
eux, nous avons le Prince Siloë, un homme aussi
magnifique que méprisé au sein de la cour de sa belle-mère qui
cherche à se débarrasser de lui. C’est un jeune homme qui a peu
d’estime de lui-même et de son importance, car il n’est pas
habitué à ce qu’on s’attache à lui, mais qui a une langue bien
acérée et qui n’hésite pas à balancer des piques à Guerre,
d’abord pour l’attaquer puis ensuite pour le taquiner. Malgré
son vécu tragique, il a un côté joueur et une part de mystère qui
entoure ce personnage, de par ses origines mystérieuses et la magie
de sang qu’il pratique. Je me suis beaucoup attachée à ce
personnage.
Ensuite,
nous avons Guerre (nous apprendrons plus tard qu’il
ne s’agit pas de son vrai nom), un chasseur endurci qui a passé de
nombreuses années à traquer et tuer les créatures magiques pour
qui il n’éprouve que haine et méfiance. Penser que ce personnage
n’est que le stéréotype du chasseur ou guerrier dur, sans
sentiments, serait mal connaître l’auteure et nous apprenons au
fil des pages que Guerre a lui-aussi ses blessures
et qu’il a fallu qu’il s’endurcisse. C’est le personnage qui
va le plus évoluer au cours du roman, en apprenant à aller au-delà
de ses préjugés et à briser peu à peu les barrières qu’il
s’est forgé autour de lui (bon, avouons-le, Siloë a aussi pris
un malin plaisir à le faire) pour se laisser être vulnérable
et s’attacher à nouveau à quelqu’un. Ce ne sera pourtant pas
chose facile, notre chasseur est quelqu’un de têtu et son vécu
tragique fait qu’il a peur de s’attacher à nouveau à quelqu’un.
J’ai vraiment beaucoup aimé son développement de personnage et la
relation qui se noue entre lui et Siloë.
Il
s’agit ici d’un slow burn enemies to lovers, donc une
romance qui évolue lentement entre deux personnages qui se
détestent, mais l’attente en vaut largement la peine et c’est un
bonheur de les voir se rapprocher petit à petit, d’autant que la
plupart de leurs échanges provoquent de vraies étincelles. C’est
un délice de les voir se taquiner tout comme les voir se rapprocher
à travers des confidences ou des périples partagés.
Nos
personnages secondaires ne sont pas en reste. Il y a également les
deux fées gardiennes, Magda, capable de se transformer
en louve, et Akim, capable de se transformer en corbeau,
qui vont former, avec Siloë et Guerre,
un groupe haut en couleur qui collaborent bien malgré eux pour venir
à bout de la malédiction. La collaboration n’est pas toujours
aisée. Magda et Akim ne font pas entièrement
confiance à Siloë, dont elles considèrent la mère
comme responsable de leurs malheurs. Guerre a pour
devoir de ramener le cœur du prince à sa belle-mère, et il déteste
les créatures comme les fées ou les trolls. Le voyage n’est pas
toujours de tout repos entre les nombreux périples et les tensions
entre les personnages, surtout du côté de Guerre qui
est buté et qui est fermé comme une coquille. Le voyage est donc
une bonne occasion pour eux d’apprendre à se connaître, voir
au-delà des apparences, voir se briser peu à peu leurs préjugés,
et enfin se lier petit à petit jusqu’à devenir inséparables. Que
des choses que j’aime !
J’ai
aussi bien aimé le troll et l’elfe Toky et Fidelin qui
vont accompagner notre groupe pour une partie du voyage, ainsi que le
mystérieux Roi Cerf que je ne décrirai pas pour ne rien dévoiler,
mais c’est un personnage important du roman, malgré le peu de fois
qu’il apparaît, et il dégage une présence vraiment imposante et
charismatique !
J’ai
aimé cet univers où humains et créatures magiques se côtoyaient,
vivant en parfaite harmonie, jusqu’à la guerre qu’ils se sont
menés, avec cette histoire de malédiction qui aurait été
déclenchée par la reine Gwendolyne, mère de notre
héro, et qui aurait plongé le royaume dans un hiver éternel où
les fleurs et les arbres verdoyants appartiennent au passé, où les
créatures sont soit traquées et tuées par les chasseurs, soit
contraintes de se cacher. Je me suis interrogée sur les tenants et
aboutissants de cette malédiction, sur la nature réelle du
prince Siloë ainsi que ses origines. L’auteure
nous offre les informations au compte goutte, parfois elle nous
ajoute des interrogations au lieu de réponses. Qui est ce mystérieux
Roi Cerf qui régnait sur la forêt, pourquoi a-t-il disparu, qu’a
fait réellement la reine Gwendolyne et quels
secrets a-t-elle emporté dans sa tombe, pourquoi les créatures se
sont retournées contre les humains après des années de vie en
parfaite harmonie, etc. Que de mystères dont les réponses sont,
pour moi, satisfaisantes.
J’ai
aussi aimé la présence de la diversité dans ce roman, au-delà de
la romance entre Siloë et Guerre, mais
quand on connaît les romans de l’auteure, on ne sera pas surpris
et même plutôt ravis ! J’ai aussi aimé la façon dont l’auteure
a su réutiliser les éléments cultes du conte d’origine, à
savoir la pomme, le cercueil de verre ou encore le miroir magique. En
bref, ce roman a été une réussite de mon côté et Isabelle
Lesteplume confirme de plus en plus sa place parmi mes
auteurs.es préférés.es.
- Nous avons fait un peu de reconnaissance, déclara la fée-louve. Val'artar avait raison, les collines du nord sont contaminées, et un conflit a éclaté à l'est depuis notre dernier passage. Nous allons bel et bien être obligés de traverser le Marécage des Âmes.
- C'est ironique, s'amusa amèrement Akim. Tout le monde évitait cet endroit avant la malédiction, et voilà qu'il devient le moins dangereux...
- Je suppose qu'il ne s'agit pas d'un joyeux petit marécage verdoyant où nagent les canards ? s'enquit Siloë sans grand espoir.
Les deux fées lui jetèrent un regard amusé.