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lundi 4 avril 2022

La Momie - Anne Rice.


Le pharaon Ramsès ressuscité dans l'Angleterre de 1914, voilà la folle histoire que nous propose Anne Rice ! 

L'absorption d'un élixir l'ayant rendu immortel, Ramsès - rebaptisé Docteur Ramsey pour plus de discrétion - découvre le monde moderne. 

Mais le souvenir de la belle Cléopâtre le hante. Revenue à la vie à son tour, celle-ci va se révéler bien plus dangereuse que ne le dit la légende...



C’est étrange, la première fois que j’ai emporté ce livre à la bibliothèque. Je n’avais plus lu d’Anne Rice depuis des années, et c’était ma première lecture depuis l’annonce de sa mort en décembre 2021, qui nous a causé choc et tristesse. Me replonger dans son écriture a finalement été plus facile que je ne le pensais, et je me suis laissée bercer par ses mots.


Je regrette que ce roman m’ait finalement laissé un avis plus que mitigé.


Nous sommes en 1914, et Lawrence Startford, éminent archéologue anglais, fait la découverte du siècle. Un étrange tombeau dans une pièce au style gréco-romain et dont l’occupant momifié n’est d’autre que Ramsès II. Impossible, puisque la momie de ce célèbre pharaon a déjà été découverte il y a près de deux siècles. Pourtant, les écrits qui s’y trouvent semblent prouver le contraire et révèlent une bien étrange histoire. Ramsès le Grand est un immortel, qui a planifié sa mort et voyagé à travers les siècles et les contrées, avant de plonger dans un éternel sommeil… du moins, jusqu’à ce qu’il ne soit réveillé bien plus tard par une jeune reine d’Égypte demandant son aide et ses conseils, Cléopâtre.


Si j'étais sceptique quant à l'idée de départ, il faut avouer qu'elle présente une sacrée originalité ! Faire de Ramsès un immortel qui a non seulement joué un rôle auprès d'une autre figure historique toute aussi célèbre que lui et qui se retrouve dans le monde moderne, non pas en tant que momie meurtrière laissant des cadavres sur son chemin, mais en tant qu'homme de raison déstabilisé mais fasciné par ce nouveau monde, ce qui nous présente un choc des cultures déstabilisant pour Ramsès, mais ô combien intéressant pour les lecteurs, entre Antiquité égyptienne et modernité occidentale.


J'ai beaucoup aimé voir la première partie du roman avec le réveil de Ramsès et le voir découvrir l'Angleterre de 1914, ainsi que toutes les avancées sociales, culturelles, scientifiques et technologiques, être submergé par la surprise et l'émerveillement... j'en viens à regretter qu'il soit semblable à un surhomme, capable d'assimiler toutes ces nouvelles connaissances à une vitesse folle et être capable de maîtriser l'Anglais et son environnement assez facilement. Toutefois, c'est un personnage charismatique et plein d'assurance que l'on découvre pendant une bonne partie du roman. Tout doué qu'il est, il n'échappe pas aux suspicions de l'entourage de Julie Startford, la fille de l'archéologue qui a découvert Ramsès, qui vont essayer de percer les secrets de son identité mais aussi de son élixir d'immortalité. J'ai trouvé intéressant les réflexions de Ramsès quant à l'époque dans laquelle il se trouve, et le semblant de mystère autour de la mort de l'un des personnages de l'expédition archéologique, notamment l'identité du coupable et ses prochains agissements. 



Couvertures proposées par Pocket à travers les années



La seconde partie du roman, celle où Ramsès et Julie voyagent en Egypte pour permettre à l'ancien pharaon de faire ses adieux à son passé, est un peu plus longue... du moins, jusqu'à ce que Ramsès ne découvre inopinément la momie de Cléopâtre et ne décide, sur un coup de tête inconséquent, de la ramener à la vie. Cependant, sa momie n'est pas complète et cette résurrection ne se passe pas comme prévu, et c'est là où ça coince.


Je peux accepter l'idée de Cléopâtre réveillée contre son grès, dont le réveil se passe mal car elle est une momie incomplète. De ce fait, son apparence présente de nombreux défaut et elle a perdu de très nombreux souvenirs de sa vie passée. Déboussolée, rejetée par Ramsès dans un premier temps, elle ne s'y retrouve pas dans ce monde qui n'est pas le sien et se présente plus comme créature meurtrière, pourtant vulnérable dont on ne peut prédire les réactions. Je n'ai toutefois pas du tout adhéré au fait de voir Cléopâtre sauter sur tout ce qui bouge (ou sauter tout ce qui bouge, mais que des hommes hein, forcément…) et la voir comme une femme fatale qu'aucun homme ne peut résister et qui [spoiler] tombe sous le charme de l'insipide Alex, (le fiancé de Julie, comme c'est pratique tiens !) [/spoiler]


J'ai également été déçue par le personnage de Julie qui était prometteur. Fille unique, elle se retrouve comme seule héritière de l'empire de son père, et s'est donnée pour tâche de faire découvrir son monde à Ramsès et de l'aider, tout en évitant ce mariage dans lequel on la presse et les manigances de son entourage pour avoir la main mise sur l'entreprise familiale. C'est au départ une femme forte cherchant à s'émanciper, ne pas se laisser dicter sa conduite et vivre comme elle l'entend. Elle perd de sa saveur en tombant amoureuse de Ramsès et en devant une amante malheureuse sans son Ramsès, prête à se donner la mort s'il la quitte car elle ne peut vivre sans lui, et qu'elle passe son temps à pleurer et se languir.


La plupart des personnages n'est pas inintéressante mais ne m'a pas laissé forte impression, en particulier l'entourage masculin de Julie, outre Samir (Samir parfait, Samir pas besoin de changer) qui cherche à avoir main prise sur l'entreprise des Startford et à marier Julie au poulain de leur choix pour les avantages que cela leur apporterait.


Cependant, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écriture d'Anne Rice qui maîtrise sa plume à la perfection (à part ses scènes hot risibles tant au niveau du dialogue que des descriptions), et qui parvient à nous faire voyager en Angleterre aussi bien qu'au Caire, mais au final je suis ressortie très mitigée de cette lecture, presque déçue. Peut-être en attendais-je un peu trop, ou que je m'attendais tout simplement à autre chose. Je reste davantage charmée par ses vampires que par sa momie. Peut-être que j'aime tout simplement mes momies comme assoiffées de sang que comme des âmes torturées... Dommage ! Peut-être me laisserais-je convaincre un jour par ses loups-garous... 


- Ce que vous voulez nous faire comprendre, dit Elliott, c'est que nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les anciens Egyptiens.

(...) - Non, ce n'est pas ce que je veux dire, dit Ramsès d'un air pensif. Vous êtes meilleurs. D'un millier de façons. Mais vous êtes toujours humains. Vous n'avez pas encore trouvé toutes les réponses. L'électricité, le téléphone, ce sont là des objets magiques. Mais les pauvres meurent de faim. Les hommes tuent pour avoir ce que leur refuse leur propre travail. Comment partager la magie, les richesses, les secrets, voilà bien le problème.

vendredi 6 mars 2015

Entretien avec un vampire : L'histoire de Claudia - Anne Rice et Ashley-Marie Witter.

Du même auteur :

Les chansons du Séraphin (T.1) L'heure de l'ange.
- Les chansons du Séraphin (T.2) L'épreuve de l'ange.





Quatrième de couverture :


Vampire, elle n’aurait jamais dû le devenir. Son existence est une abomination pour les créatures de la nuit. Elle chemine entre les ombres d’un monde pour toujours hors de sa portée, prédateur pris au piège dans le corps d’une enfant. À la fois, orpheline, victime et monstre… Voici l’histoire de Claudia.


Mon avis :


À force d'attendre le troisième tome des Chansons du Séraphin, j'en viens presque à oublier mon grand amour... ce qui m'a fait découvrir l'auteur et son univers, La Chronique des Vampires et tout particulièrement Entretien avec un vampire. Les aspects de cette histoire ont été narrés par plusieurs personnages, notamment ceux qui apparaissent dans l'histoire : Louis bien-sûr, mais aussi Lestat son maître-vampire, ou encore Armand. Il ne restait plus que Claudia.

Lestat and Louis : Still a better love story
than Twilight and 50 Shades of Grey.
Claudia. La fille-vampire de Louis et Lestat, que Lestat a vampirisé parce que Louis allait le quitter... vu comme ça, on dirait presque l'histoire d'une fille qui décide de devenir enceinte pour que son petit-ami ne la quitte pas. Mine de rien, on peut considérer ces deux-là comme le premier couple vampire homosexuel à avoir élevé un enfant vampire ! Même si le résultat n'a pas été concluant, si on a lu le livre, ou vu le film, mais qu'importe ! Personnage d'un seul tome, Claudia reste cependant un personnage marquant : à la fois énigmatique, fascinant et terrifiant, qui peut être cruelle comme elle peut être fragile, vulnérable. C'est une vampire, en cet aspect elle est redoutable, affamée, cruelle, qui joue avec ses victimes et ose même se rebeller contre son maître vampire. Mais c'est aussi une femme éternellement coincée dans le corps d'une petite fille, qui sera toujours considérée ainsi à cause de sa petite taille et son apparence de poupée [spoilers] il me semble d'ailleurs, plus je relis Entretien avec un vampire, que Claudia aime Louis d'un amour plus que familial, qu'elle l'aime vraiment, elle l'appelle après tout son amant, son ange ténébreux. Mais Louis ne la voit que comme sa fille, il l'a élevé ainsi avec Lestat, et ça déchire Claudia de voir Louis s'éloigner d'elle lorsqu'ils sont à Paris et que Louis est envoûté par les charmes d'Armand [/spoilers]

On découvre une jeune enfant devenue immortelle, ainsi que son évolution. Elle grandit mentalement mais pas physiquement. Plus le temps passe et plus elle cherche à comprendre sa nature de vampire mais ni Lestat ni Louis ne répondent à ses questions. L'un parce qu'il n'a pas envie de dévoiler les secrets des vampires, et l'autre parce qu'il ignore lui-même les réponses à des questions qu'il s'est déjà posé. Son évolution se fait rapidement. Son amour pour Louis évolue... en même temps que sa haine pour Lestat. On passe quelques pages avec elle, lors de ses premières années de vampire, alors qu'elle a encore l'esprit d'une enfant avant de la découvrir femme.

Personnage marquant mais qui disparaît trop vite, ce manga est une occasion pour nous d'explorer l'histoire de son point de vue, de découvrir sa personnalité, ses pensées, son ressentit, de voir l'histoire à travers elle. Cependant, ce manga ne fait que retracer ce que nous avons vu de l'histoire par Louis, alors que je m'attendais à voir des scènes imaginées par les auteurs, en apprendre davantage sur Claudia, voir des choses non relatées par Louis, avoir droit à des scènes inédites mais celles-ci ne sont pas très nombreuses. Oh, c'est une adaptation fidèle d'Entretien avec un vampire, centrée sur Claudia, mais elle n'apporte pas grand chose de plus à l'histoire d'origine.

Cependant, on voit aborder le ressenti de la femme vampire, ses motivations, ce qu'elle a ressenti lorsqu'elle a vu Louis, Louis qu'elle aime par dessus tout, s'éloigner d'elle, sa haine d'Armand qui tente de lui voler Louis. Peu à peu, la Claudia cruelle et capricieuse s'efface au fil de l'histoire pour laisser apparaître une Claudia vulnérable, fragile, qui ne se sent pas complète car son corps n'est pas à l'image de ce qu'elle est réellement, qu'elle ne peut faire tout ce qu'elle désire dans ce petit corps qui la handicape, et qu'elle est vouée à être toujours dépendante de quelqu'un pour exister, qui ne connaîtra jamais d'amour romantique et passionnel. C'est une Claudia touchante, amère, pleine de rage que l'on apprend à connaître.

Visuellement, c'est très beau ! L'ouvrage en lui-même est un bel objet et la mise en page est superbe. Les illustrations sont très belles. J'avais déjà été très attirée par le graphisme et la beauté de la couverture. Le papier fait un peu style vieux parchemin, vieux papier, avec quelques touches de couleur (comme le rouge, pour le sang, un peu de couleurs sombres aussi), ce qui colle très bien avec l'ambiance et l'époque je trouve, j'ai beaucoup aimé le design de Claudia dont le visage rappelle celui d'une poupée. Ceux de Louis et Lestat sont très réussis eux-aussi, ils ressemblent à peu près à l'image que je me fais d'eux (sauf que j'imagine Louis avec des cheveux plus longs car il a les cheveux longs, sauf vers la fin du T.2 où ses cheveux étaient coupés courts, quel sacrilège !)

Je pense que c'est un livre à découvrir pour les fans d'Anne Rice, et surtout de sa saga sur les vampires. Pour ceux ne connaissant pas l'univers, cela ne risque pas d'être un problème au niveau de la compréhension, mais d'un certain côté, peut-être que ça risque d'être un peu confus si on ne connaît pas déjà un peu la matière, les grands mots de l'histoire. Je pense qu'il faut au moins connaître un peu l'univers, histoire d'avoir les éléments pour bien comprendre, sinon l'histoire pourrait paraître fade ou confuse.

J'ai très apprécié la lecture de ce roman graphique, il m'a permis de me replonger avec plaisir dans l'histoire des vampires d'Anne Rice et me donne même l'envie de relire Entretien avec un vampire pour retrouver les personnages et replonger dans l'histoire.


lundi 17 décembre 2012

Les chansons du Séraphin (T.2) L'épreuve de l'ange - Anne Rice.

  

« J'ai rêvé d'anges. Je les contemplais, les entendais dans l'étendue galactique de la nuit. Je sentais l'amour dont ils m'entouraient. Je sentais aussi une sorte de tristesse me dévaster, m'emportant vers ces voix célestes qui chantaient pour moi ».

Rome, XVIe siècle. La Ville éternelle, la ville de Michel-Ange, de Raphaël. Mais aussi la ville où est née l'Inquisition, où s'affrontent les Médicis et les papes avides de pouvoir... C'est là qu'est propulsé Toby O'Dare, ancien tueur à gages. Son ange gardien, Malchiah, lui propose diverses missions qui lui permettront de racheter ses crimes. 

Cette fois-ci, Toby doit enquêter sur un médecin juif accusé d'empoisonnement et de sorcellerie. Saura-t-il vaincre les terribles rimeurs et sauver ce jeune noble qu'on soupçonne d'être maudit ?





Après lecture de ce second tome, je peux confirmer que Les chansons du Séraphin est une saga que j'aime beaucoup, et je n'attends qu'une chose : qu’Anne Rice écrive au plus vite un troisième tome, car je serai au rendez-vous et qu’avec un cliffhanger pareil, ce serait tout simplement cruel de nous laisser en haleine, comme ça !



Après les événements du premier tome, Toby renoue avec son passé en retrouvant une personne qui lui est chère, avant d’être envoyé par Malchiah dans la Renaissance italienne pour venir en aide à un jeune médecin juif, accusé d’empoisonnement, accusation renforcée par la population qui révèle que la maison de ce médecin est hantée. J’ai beaucoup aimé les retrouvailles entre Toby et la personne de son passé, ce qui nous humanise davantage Toby et nous offre des moments tendres et touchants [spoiler] même si je trouve un peu exagéré qu'un gamin de 10 ans possède un téléphone portable dernier cri à son âge ou que sa mère lui fasse goûter en cachette son vin [/spoiler]


Alors que le tome 1 nous avait embarqué dans l’Angleterre du XIIIe siècle, Anne Rice nous emmène ici dans la Renaissance, à Rome, ville éternelle, ville de Michel-Ange et de l'Inquisition, dans laquelle s'affrontent les Médicis et des Papes avides de pouvoir. Toby doit venir en aide à Vitae, un jeune médecin juif dans la disgrâce, où il jouera un rôle plus propre à sa personne : en tant que joueur de luth ; son passé de tueur à gage l'aidera également dans sa recherche du véritable empoisonneur qui en veut à Vitae, et dans sa récolte d'information sur la famille proche de Vitae...


J’ai mieux retrouvé Anne Rice dans ce second tome en retrouvant des thèmes chers à son cœur : prise de conscience du narrateur après un drame, la plongée dans la Renaissance italienne, la place de la religion, les magnifiques descriptions artistiques et architecturales. Si la plongée dans cette époque est moins spectaculaire que dans Vittorio le vampire, Le sang et l'or ou Armand le vampire, je suis restée charmée par ce voyage dans le temps et Anne Rice ne perd jamais une occasion de nous parler de l’art de la Renaissance italienne, l’architecture, les Médicis, etc. J’ai particulièrement aimé les descriptions sur les fêtes, les repas avec les nobles, des danseurs, de la musique, la nourriture de cette époque, les animations durant ces repas avec l'abus de nourriture, le vin coulant à flot, etc.


Avis aux athées ou aux allergiques de la religion, la religion tient une place encore plus présente dans ce second tome ! Il est question de repentir, de questions existentielles, de foi... Toby a définitivement tourné la page : il n'est plus Lucky le Renard, prie pour que personne ne découvre son ancienne identité, et s'est bel et bien tourné vers Dieu, à un point où Toby le prie et s’adresse souvent à lui.. à un point où c'était parfois gênant, même pour moi qui suis pourtant croyante. Néanmoins, j’essaye de faire avec car, en dehors de cet aspect, c’est vraiment une saga que j’affectionne énormément.


À mon grand plaisir, les anges sont un peu plus exploités (toujours pas assez à mon goût mais plus que dans le premier tome c’est certain) dans ce tome. Toby se pose de plus en plus sur les anges, il veut en apprendre plus sur eux, essaye de les déchiffrer, même si Malchiah reste bien énigmatique face à son protégé mais quel bonheur ce fut de le revoir, plus présent dans ce tome, et que j’aime ses interactions avec Toby. On y fait également la connaissance d’un autre ange et pas des moindres car il s’agit de Shemariah, l’ange gardien de Toby (eh oui, les quatrièmes de couvertures françaises nous mentent ! Malchiah n'est pas l'ange gardien de Toby). Shemariah est plus discret que Malchiah, mais son inquiétude et son attachement pour son protégé est palpable, d’autant qu’il n’est pas toujours en accord avec Malchiah concernant Toby, sans doute à cause des dangers que peut encourir Toby au cours de ses missions, d’autant que dans ce tome, il fait face à un fantôme perdu mais surtout à Ankanoc, un démon qui va essayer, sous une fausse identité, de le tenter, d’instiller le doute e, lui et de le détourner de sa mission.


Si Toby sait faire face à ces épreuves, il s'aperçoit que le chemin de la rédemption n'est pas aussi facile qu'il ne l’avait espéré, et qu'il aura bien de la peine à se détacher de son sombre passé. Je m'attache de plus en plus à Toby qui est très humain dans ses doutes, ses sentiments, son incompréhension qu'il ressent parfois vis-à-vis des anges et de Malchiah même s'il sait ses bonnes intentions à son égard ; les personnages sont ici plus intéressants, plus émouvants.


Concernant l’intrigue, l’écriture est rythmée et les choses s’enchaînent assez rapidement, peut-être même un peu trop. Toby ne tarde pas à comprendre de quoi il en retourne vraiment lors de sa mission, et d’ailleurs ça reste assez évident. L’enjeu ne se trouve pourtant pas dans la résolution du mystère mais dans les choix de Toby sur comment et à quel moment révéler la vérité. Je ne peux toutefois pas m’empêcher d’être frustrée. J’avais l’impression qu’il s’était passé que peu de temps entre l’arrivée de Toby à Rome et la résolution du mystère, assister à une sorte de policier historique ! Mais je dois me rendre à l’évidence, le polar n’est pas le fort d’Anne Rice. Ma frustration est d’autant plus grande que le roman est encore plus court que le précédent.


La force du roman demeure dans la psychologie et les relations entre les personnages ainsi que l’atmosphère du roman avec la Renaissance italienne. J’ai aimé retrouver Toby, voir son évolution, voir Malchiah plus présent et plus chaleureux avec son protéger, faire la connaissance de Shemariah et même également le démon Ankanoc, j’ai aimé les échanges entre Toby et ses anges, et j’ai aimé ce voyage dans le temps.


À l’instar du premier tome, celui-ci se referme sur une révélation dont on ne connaîtra les conséquences qu’en lisant le troisième tome et j'espère qu'Anne Rice l'écrira/le publiera très bientôt car cette fin m'a frustrée et m'a donné envie de lire la suite (et aussi pour savoir dans quelle époque Malchiah va envoyer Toby), en attendant, je me pose des tonnes de questions !


Même si les points négatifs du premier tome subsistent, j’ai beaucoup aimé ce tome. Le récit est plus fluide, nos personnages s’affirment et se dévoilent un peu plus, la mission se présente sous la forme d’une enquête bien menée même si elle reste prévisible, et la confrontation à un démon rend l’intrigue plus intéressante.


Les formes avaient disparu. Les couleurs s'étaient séparées d'elles, et la lumière elle-même coulait comme une douce fumée.
Un couloir apparut et j'eus la nette impression de le traverser. Et au bout de ce long couloir se dressait la haute  silhouette de Malchiah.
Je vis ses cheveux noirs, l'ovale de son visage. Je vis  son costume noir et simple à la coupe étroite.
Je vis son regard affectueux, puis son lent et fluide sourire. Je le vis tendre les bras vers moi.

- Bien aimé, chuchota-t-il. J'ai à nouveau besoin de toi. J'aurais besoin de toi d'innombrables fois. J'aurais besoin de toi jusqu'à la fin des temps.

[...] Je voulais l'étreindre. Je voulais le supplier de me laisser rester encore un peu avec lui. Qu'il m'emmène à nouveau dans le royaume des lumières célestes.

1.

jeudi 22 novembre 2012

Les chansons du Séraphin (T.1) L'heure de l'ange - Anne Rice.

Lucky, Toby, ou encore Tommy... son nom importe peu. L'important, c'est sa discrétion, son professionnalisme, sa compétence à exécuter froidement les cibles qu'on lui désigne. Mais, lorsque le mystérieux Malchiah l'aborde, Lucky est ébranlé.  Ce Malchiah sait tout de lui, dispose de pouvoirs stupéfiants, et prétend être son ange gardien. Il lui offre de racheter ses crimes, en sauvant des vies plutôt que de les prendre, et lui propose un bien étrange marché... 

Voilà Lucky propulsé au Moyen Âge, où il est chargé d'aider une famille juive accusée de meurtres rituels. Est-ce une chance, un rêve... ou un cauchemar ?



L'heure de l'ange me faisait envie depuis pas mal de temps. En tant que fan d’Anne Rice, je ne pouvais pas passer à côté et j’étais curieuse de découvrir ses autres romans, en dehors de ses célèbres vampires. J’ai donc jeté mon dévolu sur le premier tome de sa nouvelle série Les chansons du Séraphin, non sans hésitation car elle ne fait pas l’unanimité parmi les fans de l’auteure.


Nous suivons notre personnage principal, un assassin professionnel connu sous le nom Lucky le Renard. Insaisissable, il est méticuleux dans son travail et ne manque pas de sang froid. On découvre pourtant au fil des pages un jeune homme tourmenté, perdu dans sa vie, en conflit avec lui-même. Alors qu’il vient de commettre un meurtre, sous les ordres de son patron, il est découvert par un homme qui le supplie de venir avec lui et qui semble tout connaître de lui. Cette personne se révèle à lui sous le nom de Malchiah et lui annonce être un ange venu pour l’aider. Il lui propose de changer de vie et de travailler pour lui en sauvant des vies au lieu de les enlever, et ainsi se repentir de ses péchés.


Anne Rice consacre ensuite une partie de son roman à nous narrer la vie de son personnage principal pour nous aider à mieux le connaître et comprendre comment il est devenu ce qu’il est. Comment, avant tout cela, il était Toby O’Dare, natif de la Nouvelle-Orléans, dont le désir était de devenir musicien et de sauver sa petite famille en détresse. Dans une autre partie, nous suivons Toby qui remonte le temps, avec l’aide de Malchiah, pour accomplir sa mission, celle d’aider une famille juive, accusée d’infanticide, dans l’Angleterre du XIIIe siècle.


En lisant le roman, je peux comprendre les nombreuses critiques négatives ou mitigées. Nous sommes loin de ce à quoi Anne Rice nous a habitués, loin du charme de ses vampires. Ce n’est clairement pas son meilleur livre. Pourtant, j’ai beaucoup aimé ce roman, et j’y repense encore, des semaines après ma lecture. L’histoire et les personnages sont restés gravés en moi.


J’ai beaucoup aimé notre personnage principal, Toby O'Dare, jeune homme abîmé par la vie et qui met fin à celle des autres avec un sang froid, une efficacité et une impartialité à faire glacer le sang. Dépourvu d’attaches, il est en pleine errance et ne trouve d’autre accroche que son travail et son patron qui l’a recueilli des années de cela. C’est une âme tourmentée mais qui aime ce qui est beau dans le monde comme l’art et la musique (chose que l’on retrouve dans les romans d’Anne Rice). Outre son travail peu conventionnel, Toby aime jouer du luth, se passionne pour l’Histoire, a eu une éducation religieuse il y a des années mais a perdu la foi suite à un bouleversement dans sa vie. Bref, notre Toby est un tueur à gage peu ordinaire mais plutôt attachant. Il faut avouer que les tueurs à gage qui jouent le luth et se passionnent d’architecture, àa ne courre pas les rues et il est difficile de rester de marbre après tout ce qu'il a vécu. J'ai trouvé ce personnage bien travaillé, il a un vécu qui le rend humain et attachant, on peut comprendre comment il en est arrivé à être ce qu'il est. Malgré le fait qu’il soit un assassin professionnel, il a des sursauts d'humanités très touchants.


J’ai également beaucoup aimé Malchiah, Séraphin de son état, qui veut faire de Toby son instrument humain pour l’aider à accomplir des missions. J’ai aimé son introduction dans le roman, comment il fait face à Toby, comment il tente de l’approcher et lui faire part de la raison de sa présence, comment il tente de le faire adhérer à sa cause. C’est un personnage intéressant, peut-être pas assez exploité. On est néanmoins attiré par lui par sa nature d'Ange qui offre une seconde chance, par son évidente affection pour Toby, sa patience, sa chaleur… J’ai hâte d’en apprendre plus sur lui, ce qu’il fait, ce qu’il est et comment va s’approfondir sa relation avec son jeune protégé.


Il y a d’autres personnages, plus secondaires, qui restent sympathiques (je pense surtout à l’Homme Juste, le patron de Toby) mais Toby et Malchiah sont vraiment ceux qui se démarquent. Cela dit, si j’avais un grief à partager à propos d’eux, c’est que je trouve que Toby accepte un peu trop vite la proposition de Malchiah alors qu’il avait bien du mal à le croire au départ (ce qui est bien compréhensible) [spoiler] j’aurais cru qu'il aurait fallu plus que Malchiah racontant la vie de Toby de A à Z pour que celui-ci le croie enfin et accepte son offre... j'aurais cru encore plus de résistance et de doutes de sa part... [/spoiler]


Même si ce roman n’a pas la même saveur que ceux sur ses vampires, on retrouve l’écriture riche d’Anne Rice, ses belles descriptions (surtout lorsqu’elles concernent l'art ou l'architecture), mais aussi sa façon d’écrire la psychologie de ses personnages. C'est son point fort, elle sait nous montrer les lieux et l'ambiance qui y règne et les émotions de ses personnages. Toutefois, j’ai trouvé ses descriptions un peu moins riches par rapport à ce qu’elle nous a déjà habitué. J’aurais aimé mieux m’imprégner dans ce Moyen-Âge dans lequel elle nous fait voyager, voir un peu plus ses richesses, sa culture, ses mœurs, mais elle ne nous laisse pas sur notre faim pour autant. Anne Rice évoque les communautés juives et chrétiennes de l'époque, les fêtes de noël, les universités médiévales et religieuses, les martyrs juifs du Moyen-Âge, la haine et les persécutions subies…



Ce roman n’est pas dénué de bons points et de potentiel. Pourtant, il a moins su trouver son public par rapport aux autres écrits de l’auteure. Je pense que c’est dû au fait que le style d’Anne Rice n’est pas le même, c’est un vrai virage dans la vie de l’auteure et ses fans habituels auront du mal à s’y retrouver. Le roman est aussi trop court, l’histoire aurait gagné à être plus développée. Elle a beaucoup de potentiel mais je sens que celui-ci n’a pas été exploité à son maximum, j’aurais voulu plus d’action et de rythme, surtout pendant la mission de Toby au Moyen-Âge.



Enfin, l’aspect principal qui a fait que les lecteurs d’Anne Rice ont beaucoup moins accroché est la religion. Ce livre se présente en effet comme une sorte de thriller religieux et effectivement la religion a une place importante dans ce roman. C’est pour racheter ses péchés que Toby suit Malchiah, c’est pour servir Malchiah mais aussi Dieu, et globalement Toby retourne peu à peu à ses croyances d’antan en retrouvant sa foi en Dieu… comme Anne Rice, donc, car ce roman a été écrit quand l’auteure a eu un regain de foi. Ce roman ne fait pas pour autant l’apologie des religions (qu’il s’agisse du judaïsme ou du christianisme) et Anne Rice nous rappelle bien que chaque religion a sa part d’ombre. Elle n’édulcore rien, toutefois je ne peux pas nier la place laissée à la foi dans ce roman. Si la religion n’est pas votre tasse de thé, ce roman n’est peut-être pas pour vous.



C’est un roman avec beaucoup de potentiel, sans doute pas assez exploité à mon goût, d’autant que ce roman est trop court, mais il y a plein de bonnes idées ! J’ai beaucoup aimé les personnages principaux, le concept qui est de faire voyager Toby dans le passé pour venir en aide à des familles juives, mais aussi le potentiel de notre duo entre Toby et Malchiah. J’ai aussi beaucoup aimé la vision des Anges de l’auteure, qui se rapproche plus de la mienne, car je suis frustrée de ne trouver que des romans nous présentant une romance entre un ange et une humaine lorsque je cherche des romans sur les anges. Donc, merci Anne Rice ! J’espère qu’elle abordera plus le thème des anges dans le second tome car je suis restée sur ma faim. En bref, malgré mes griefs sur ce roman, ce fut vraiment une belle découverte et il me tarde de lire le prochain tome !





- à gauche, la couverture VO ; à droite, la couverture VF pour les éditions J'ai Lu
Autant dire que je préfère la couverture VO et celle VF des éditions Michel Lafon, que je trouve belles et sobres. 
Autant pour celle de "J'ai Lu", j'ai du mal à voir le rapport d'une femme ailée lorsque Malchiah, 
le seul ange qu'on rencontre dans ce tome, a pris la forme d'un homme,... -


Voici ce qui était réel pour moi : je ne savais pas si c'était ou non arrivé. Si c'était un rêve ou si quelqu'un avait concocté cette histoire pour me mettre au pied du mur. Je savais seulement que j'étais totalement transformé et que je ferais n'importe quoi, vraiment n'importe quoi pour revoir Malchiah, entendre sa voix ou simplement le regarder dans les yeux. Je voulais seulement avoir la confirmation que cela avait été bien réel, ou perdre cette certitude qui me rendait fou.

Chapitre XVI. Le jour et l'heure.

vendredi 30 mars 2012

Les nouveaux contes des vampires (T.1) Pandora - Anne Rice.


Je suis une vampire. Bientôt deux mille ans. Pourtant, je me souviens, comme si c'était hier, de ma vie mortelle, de mes fantasmes d'adolescentes, de ma première rencontre avec Marius, de mon mari, de mes amants. Jamais je n'oublierai mes visites au temple d'Isis, les persécutions de ses adeptes, le début du cauchemar, ni les complots de la Rome d'Auguste, les trahisons, les massacres... Mon père assassiné sous mes yeux. La fuite à Antioche. L'espoir d'une nouvelle vie. Et toujours les rêves. Rêves où je me repais de sang. Rêves à la fois troublants et terrifiants. Rêves prémonitoires
.



 

J'ai lu et terminé Pandora en une semaine, j'ai pris plus de temps qu'il n'en faut pour lire ce livre d'à peine 300 pages, mais je tenais à faire cette chronique aujourd'hui, demain étant le dernier jour pour le Challenge Fang's addict, j'aurais préféré lire un nouveau tome de la Communauté du sud, mais je n'en ai pas le temps. Tant pis, je clos donc ce challenge avec ma dernière participation : Pandora. Ma chronique sera sans doute moins longue comparée à celle du Sang et l'or (en même temps, Le sang et l'or compte au moins 600 pages), mais j'ai beaucoup aimé cette lecture, comme toujours Anne Rice a sû me captiver.


A la demande du vampire nouveau-né David (qui semble vouloir interviewer tous les vampires de la saga), Pandora - une vampire âgée d'au moins 1 000 ans - rédige son histoire sur un cahier. De sa vie de mortelle jusqu'à sa transformation en vampire puis de sa vie de vampire jusqu'à aujourd'hui. Seule fille d'une famille ne comptant que des garçons, Pandora fait pourtant la fierté de son père, brillant sénateur dans la Rome Impériale sous Auguste César. En sa compagnie et celle de son grand amour, Marius de Romanus, nous traversons toute la Rome jusqu'à Antioche dans l'Antiquité jusqu'à la montée en puissance du christianisme, de la persécution des chrétiens, de Dresdre du temps du Roi Soleil jusqu'aux années 1990. Je n'en révèle pas plus ! L'histoire de Pandora est certes moins riche que celle de Marius, elle reste intéressante, même si j'aurais préféré le roman plus long pour que l'auteur s'attarde plus sur certains moments de la vie de Pandora, qu'elle nous en révèle un peu plus, en particulier après que [ Pandora décide de quitter Marius ] car après cette partie, tout s'accélère jusqu'au moment où Pandora termine son récit, ce qui est fort dommage, j'aurais voulu en savoir plus, vivre les nombreux voyages et déplacements de Pandora, comment elle en est venu à connaître Arjunn, son enfant vampirique, ses regrets, ses sentiments au sujet de Marius. Certains éléments n'étaient pas assez exploités à mon goût.


Mais comme toujours, Anne Rice nous fait voyager dans le temps ! Et ici, on s'attarde sur l'Antiquité romaine. Pandora a longtemps vécu dans la Rome de l'empereur César Auguste. On vit dans cette époque, on assiste au style de vie des Romains qui aimaient festoyer (mais quand même, je dis beurk quand je lis ce qu'ils mangeaient parfois : des anguilles, des cervelles d'autruche ou de faisans, des calamars, le tout arrosé d'une sauce nommée garum), cultivant ainsi la gourmandise voire même la gloutonnerie, Pandora nous explique bien comment se déroulaient les banquets des romains, mais aussi combien ils adoraient sortir, participer ou assister à des cérémonies, des spectacles comme le cirque avec les gladiateurs ou les lions, les courses de chars, le commerce, les cérémonies religieuses... mais aussi les complots du Sénat et la liberté incroyable dont jouissaient les romaines à cette époque. Et comment oublier les nombreuses mentions que l'auteur fait des célèbres auteurs de l'Antiquité Romaine ? Virgile, Lucrèce, Ovide et ses Amours et Métamorphoses, Cicéron. Lorsqu'elle était encore une petite fille, Pandora récitait ces auteurs - et en particulier Ovide - aisément. Anne Rice nous offre vraiment de très beaux extraits de ces poésies, de ces vers, ça me donne envie de me plonger dans la poésie de l'antiquité romaine, j'ai toujours eu envie de lire Ovide et Anne Rice me rappelle pourquoi ! Elle cite aussi de nombreux événements historiques : les campagnes du général romain Germanicus en Germanie ou encore en Orient, les nombreux complots, les invasions barbares, comment l'empire romain s'est dégradé et combien le rôle d'empereur était devenu une farce, la plupart étant choisis par l'armée qui contrôlait le pouvoir, et encore bien d'autres choses...


Fille d'un riche sénateur romain, Pandora était tout d'abord Lydia. Elle est très cultivée, elle a un grand don d'oratrice, elle connaît les plus beaux poèmes des auteurs de son époque, elle est aussi très jolie, rusée (ainsi qu'elle nous le prouve lors d'une scène avec l'un de ses frères, Lucius, à Antioche), libre. C'était un personnage très agréable à suivre et c'était dommage de la quitter si vite. Elle est bien le seul personnage vampire féminin de la série à nous compter son histoire, sa vie de mortelle, sa vie vampirique et ses rêves étranges quand elle était encore mortelle, des rêves où elle se voit brûler lorsqu'elle est exposée au soleil, des rêves où sa soif, sa faim, se calment une fois qu'elle boit le sang d'une victime qu'elle a chassé, des rêves au sujet d'une autre femme, d'une reine malheureuse et tourmentée, une reine qui ressemble tant à Isis que Pandora pense rêver de cette déesse égyptienne. Je savais qui était Isis mais je n'aurais jamais cru que son culte allait au-delà des frontières de l'Egypte, dans ce roman ce culte continue et est très célèbre dans l'Antiquité Greco-Romaine, Pandora a participé à ce culte, elle était une membre de ce culte en quelque sorte, elle est devenue une fidèle au temple d'Isis à Rome.

Anne Rice nous raconte ce culte, comment les fidèles étaient initiées (car c'étaient le plus souvent des femmes) au culte de la déesse mère Isis, mais aussi les persécutions de ces fidèles. La mythologie égyptienne est assez exploitée de ce côté-là, il y a de très nombreuses mentions à Isis et Osiris mais surtout dans le sens où Pandora pense rêver d'eux alors qu'elle rêve, sans le savoir, d'Enkil et Akasha, roi et reine des damnés. Pour mieux comprendre ces deux personnages, je crois qu'il faudrait lire La Reine des Damnés, mais aussi Lestat le vampire pour comprendre l'implication de Marius avec eux, lui est est leur gardien. Marius était plein de surprise dans ce tome, j'ai aimé le retrouver mais ici, une fois que Pandora et lui sont en couple, il est assez différent de ce que je m'imaginais. Il veut que tout soit sous contrôle, le sien si possible, un tantinet machiste (il n'admet pas qu'une femme pense comme un homme) et très rationnel : Pandora est intéressée par la montée du christianisme, par ces chrétiens et leurs récits, elle ne veut pas adhérer à cette nouvelle religion mais elle est intéressée et Marius ne tolère pas cela. Il se méfie de cette nouvelle religion, de ces chrétiens et leurs histoires sur un Dieu, un Diable et un Sauveur de l'Humanité, de ce chrétiens qui se disputent entre eux, lorsqu'ils ne sont pas persécutés. Pas étonnant après que Marius et Pandora se soient souvent disputés !

Ce qui m'embête un peu est que la relation Marius/Pandora et le personnage de Pandora en lui-même étaient prometteurs, ils avaient un potentiel énorme qui n'a pas été suffisamment exploité. J'aurais aimé mieux comprendre la relation entre Marius et Pandora, son évolution au fil des siècles, j'aurais voulu en apprendre plus sur la vie de Pandora : ses deux mariages, ses sentiments pour Marius, ses regrets, ses nombreux voyages, ses états-d'âmes, ce qui est advenu de ses trois esclaves bien-aimés : les deux jeunes filles et l'Athénien Flavius qu'elle a transformé en vampire, et son amant Arjuun qu'on a croisé dans Le sang et l'or. Alors que j'espérais en apprendre bien plus sur sa vie après [sa séparation avec Marius ] les nombreux siècles qu'elle a traversé avec cet événement jusqu'au réveil d'Akasha dans La Reine des Damnés, les événements sont rapidement racontés. L'auteur s'est surtout intéressée et centrée sur la vie mortelle de Pandora et ses premières années en temps que vampire. La suite est balayée d'un revers de la main, et je trouve ça bien dommage et frustrant, j'aurais aimé en apprendre plus, que le roman soit plus long. Je suis restée sur ma faim.

Il n'y a pas vraiment d'intrigue, ni d'action, ni la sensualité dans l'écriture mais on est très rapidement transporté dans les pensées de Pandora, on a quand même du suspense, et Anne Rice aborde un aspect un peu plus philosophique et psychologique dans le caractère des vampires. Sans compter que l'auteur sait très bien nous faire voyager dans le temps, la partie historique est très présente, les références aux mythologies sont très appréciées et Pandora reste un personnage intéressant. Donc malgré ma petite déception qu'à un moment donné, l'histoire de Pandora est rapidement racontée, j'ai passé un bon moment de lecture.





Représentation murale d'Osiris et Isis, dans le temple d'Abydos en Egypte.



 

J'adorais les mots. J'adorais les chanter et les déclamer, et maintenant, je ne puis le nier, je prends un immense plaisir à les écrire. [...] Mon père trouvait ahurissant que je puisse réciter les vers de Virgile à un si jeune âge, et se faisait un plaisir de m'exhiber à l'occasion des banquets où il recevait ses amis sénateurs, tous conservateurs voire quelque peu démodés, ainsi que, parfois, Auguste César en personne.

2. L'histoire de Pandora.

mercredi 21 mars 2012

Les chroniques des vampires (T.8) Le sang et l'or - Anne Rice.


De tous les vampires imaginés par Anne Rice, Marius est sans doute le plus civilisé, le plus raffiné. 

Philosophe et artiste, mentor de Lestat et Armand qui, comparés à lui, font figure d'enfants turbulents, gardien d'Enkil et Akasha, il émane de lui une sorte de sagesse et de sérénité. Peut-être cela s 'explique t-il par le fait qu'il a été un témoin privilégié de la grandeur et la décadence de l'Empire romain, a assisté à l'épanouissement de Constantinople, puis découvert la Renaissance italienne.

 Mais quelqu'un de cette stature ne peut que se faire des ennemis. Car il y a aussi, parmi les vampires, des barbares, assoiffés de sang, qui commencent à se réclamer de Satan.



 

J'ai terminé ce livre hier soir et je ne pensais pas écrire mon avis aussi vite, j'aurais préféré attendre de lire Pandora, dans le même univers mais ce tome est déjà tellement riche que je ne voudrais pas mélanger les événements du Sang et l'or et de Pandora, je ne veux pas les mélanger et les confondre, donc je préfère écrire mon avis dessus avant d'être encombrée par les événements et mes impressions de Pandora. Ensuite, je remercie Matilda d'avoir eu la gentillesse de me prêter ce tome, bien difficile à trouver. Merci, je me suis régalée devant cette lecture (mais c'était évident, c'est du Anne Rice après tout :p)



Au fur et à mesure que je lisais Les chroniques des vampires, j'en suis venue à m'attacher à plus de vampires que Lestat, Louis et Claudia, the Unholy Family, qui sont mes préférés depuis le début, j'ai appris à mieux connaître les autres vampires, même secondaires car ils ont tous un passé, une histoire, quelque chose à raconter. J'ai mieux fait connaissance avec Armand, avec Daniel, avec David... ici, c'est Marius qui nous conte son histoire, qui choisi de raconter son passé à un autre vampire qu'il a rencontré : Thorne, un vampire ayant vécu à l'époque des vikings et qui a passé de nombreux siècle dans un sommeil de glace. Marius est un personnage intriguant, je l'ai toujours imaginé comme étant un homme très sage, le mentor de beaucoup de vampires, un protecteur silencieux et lire un récit de lui sous son point de vue, sa perspective, découvrir son passé, bien qu'on ait déjà eu un aperçu dans Lestat le vampire quand Marius raconte un peu sa vie à Lestat ; et dans Armand le vampire, Armand ayant vécu à un moment avec Marius donc ces événements sont résumés dans ce tome, l'auteur n'a pas passé son temps à raconter ce qui a déjà été dit, au moindre détail de la vie de Marius, des tomes précédents même s'il va me falloir relire des extraits de Lestat car je n'ai plus trop de souvenirs de la transformation en vampire de Marius. Donc même si chaque tome peut se lire individuellement, il vaut mieux avoir quand même lu les tomes précédent pour mieux comprendre certains événements ou les découvrir plus en détails.


Ce tome est palpitant, excellent ! J'ai apprécié l'univers qui entoure Marius, les époques qu'il traverse. C'est l'un des plus vieux vampires de la saga des Chroniques, vampirisé dans l'Antiquité. J'ai passé des heures merveilleuses entre l'Antiquité romaine, j'ai assisté à la chute de l'Empire Romain et aux invasions barbares qui déferlaient en Europe, j'ai vu la douleur de Rome victime de ces attaques barbares venus conquérir le continent européen, la Rome savante sous les massacres, j'ai vu Constantinople, j'ai vu l'Empire Romain encore existant en Orient, je me suis lentement avancée vers le Moyen-Âge avec ses guerres, ses épidémies de peste, sa culture pour enfin arriver à la Renaissance de Botticelli, puis Venise toujours sous la Renaissance italienne, la belle et rayonnante Venise. Je suis longtemps restée dans cette Venise de la Renaissance jusqu'à la Dresde du XVIIe siècle avant d'enfin revenir au monde moderne. Anne Rice sait vraiment manier toutes les époques historiques ! Et elle ne se contente pas seulement de poser une époque comme décors, elle raconte vraiment ce qu'il s'est passé et l'impact qu'il y a eu chez Marius. Lui qui voue un profond attachement à Rome, sa patrie, est effondré de la voir succomber face aux invasions barbares, ce n'est plus la Rome qu'il connaît, et ce, depuis avant les invasions quand les Empereurs romains se succédaient et mourraient aussitôt à cause de complots, meurtres car la plupart de ces Empereurs pervertissaient Rome ou ne pouvaient la gouverner.


Marius assiste à tout cela, il voyage beaucoup. Il va en France lorsqu'elle était encore la Gaule Romaine, il va jusqu'à Constantinople, en Orient que les barbares n'ont pas encore touché. Il vit le Moyen-Âge et la Renaissance, surtout la Renaissance. Il vit plus que ça : il a vécu la montée en puissance du christianisme en Europe. Il ne porte pas à la religion le même regard que Lestat, Louis ou Armand qui eux, sont né dans une époque où le christianisme avait une grande importance dans la vie des individus et ont, comme qui dirait, vécu une quête spirituelle à un moment de leur vie. Marius a vécu dans la Rome Antique avec leurs Dieux et Déesses greco-romains, sa religion polythéiste et il a du mal à comprendre comment les gens pouvaient tomber dans ce nouveau culte d'un seul et même dieu, que certains allaient même jusqu'à s'isoler dans des grottes pour prier, Marius ne voit pas l'intérêt de prier un Dieu dont il n'a jamais cru l'existence, et voit d'un œil étrange les différents mouvements religieux, il voit les chrétiens persécutés, les icônes des divinités païennes remplacées par des peintures de Saints et Saintes, mais il admet que les représentations artistiques de la Vierge Marie, des anges, des Saints sont aussi belles que les représentations des dieux et déesses greco-romaines, surtout quand il rencontre le célèbre peintre Botticelli, il est envoûté par son art, les couleurs, les formes. Botticelli peint aussi bien la Vierge Marie que la déesse Vénus. Marius voue vraiment une grande admiration, un grand amour pour Botticelli, ça se ressent bien et j'ai très appréciée la présence de Botticelli dans ce tome, c'était risqué que de présenter un personnage historique qui a existé mais Anne Rice s'en est très bien sortie, elle doit elle-aussi admirer ce peintre, comme Marius.


Lorsqu'il s'installe à Venise durant la Renaissance, c'est une grande étape pour lui je dirais. Il n'a jamais cessé de bouger et trouve enfin un point fixe à Venise, il s'installe, prend des élèves, des domestiques. C'était, je pense, une bonne période pour lui, il en avait bien besoin car nous découvrons un Marius qui se dévalorise sans cesse, il se sent obligé d'être seul et de ce fait, il souffre. Il souffre de cette solitude mais parfois, se sentant comme un grand méchant vampire (je ne vois pas en quoi, c'est un citoyen respectueux, sage, intelligent, un peintre de talent et il ne boit le sang que de malfrats, voleurs, assassins afin de ne pas tuer d'innocents) il se dit qu'il vaut mieux qu'il soit seul. Il passe quand même pas mal de temps à gémir sur son sort ou sur Pandora, son enfant vampirique et son amour perdu, il passe bien du temps à pleurer sur elle, le fait qu'il l'a perdue et comme elle lui manque, comme il aimerait la retrouver et oh Pandora, Pandora comme je te regrette, reviens, je t'aime ! C'était un peu agaçant à la longue et je me suis demandée à quel point leur histoire à tous les deux fut forte (si Marius en a parlé dans Lestat le vampire, mea culpa, je ne m'en rappelle plus !), même lorsqu'il est heureux et amoureux avec Amadeo ou encore même Bianca, qu'il admet avoir avec eux une relation stable, sans disputes, sans secrets, dès que Pandora entre en scène, il finit par tout plaquer pour aller la rejoindre. Et sa faiblesse pour Pandora est un de ses défauts qui lui fera tout perdre. Sa faiblesse est son attachement envers ses enfants-vampires en fait et pas seulement Pandora. Heureux avec son Amadeo, il baisse sa garde et devient moins attentif face aux dangers d'autres vampires satanistes voulant sa perte, il laisse tomber son face ce qui fait qu'Amadeo et Bianca, alors qu'ils étaient encore mortels, devinaient que Marius n'était pas humain mais bien plus que ça. Il est si attaché à ses enfants vampiriques qu'il en devient faible, aveugle, moins attentif, ce qui sera sa perte à un moment.


Cela dit j'ai adoré découvrir le point de vue et la vision de Marius sur Amadeo/Armand, comment est-il venu à le découvrir, comment il l'a sauvé d'un destin funeste deux fois de suite, comment il a tenté de lui faire revenir son don pour la peinture qu'il a perdu dans son traumatisme avant d'être découvert par Marius lorsqu'il l'a arraché à ses bourreaux, comment il devient si attaché à Amadeo qu'il considère sérieusement l'idée de le changer en vampire pour qu'il soit son compagnon, alors que depuis Pandora il y a des siècles de cela, il avait juré de ne pas offrir le don du sang à un mortel. On apprend enfin ce qu'il est advenu de Marius après les événements de Venise (je ne spoile rien, mais disons qu'on retrouve cet événement dans Armand le vampire mais ici, on a enfin l'occasion de découvrir ce qui est arrivé à Marius) et comment la courtisane Bianca Solderini l'a aidé à se relever, elle est restée auprès de lui et a partagé sa vie un long moment, elle a vraiment sauvé sa vie, j'ai pris plaisir à découvrir et redécouvrir ce personnage, on fait mieux connaissance avec elle. Je ne sais exactement comment la décrire, toujours est-il qu'elle m'a fait une impression très favorable et que je trouve dommage qu'après qu'elle quitte Marius, on ne sache plus rien d'elle ni ce qu'elle est devenue (Anne Rice avait indiqué sur son Facebook que Bianca 'was still around'). J'ai également aimé retrouver Mael, le vampire-druide qui a vécu en Gaule dans l'Antiquité et qui a crée Marius, ils ont une relation intéressante tous les deux, je ne sais pas trop les impressions de Mael sur Marius mais ce dernier aime Mael comme il le déteste pour ce qu'il lui a fait. J'ai aimé faire la connaissance d'Avicus et Zenobie, le groupe qu'ils ont formé avec Marius et Mael pendant un moment. Je me demande aussi ce qu'il est advenu d'Avicus et Zenobie... il y a des vampires comme ça qui vont et viennent et qui repartent en disparaissant dans la nature sans revenir.


J'ai trouvé incroyable toute la dévotion de Marius envers Enkil et Akasha, le roi et la reine des vampires, les tous premiers vampires ; et en particulier envers Akasha. Il y a comme un culte de ces Parents plongés dans un sommeil profond au fil des siècles, Marius, qui est leur gardien, fait des prières en leur parlant, change ou arrange leurs habits, les orne de bijoux selon la mode du siècle. Il y a un profond amour et une immense dévotion, comme s'ils étaient des dieux et j'ai aimé connaître le point de vue de Marius sur les agissements d'Akasha dans La reine des damnés. J'ai aussi aimé la présence du Talamasca, cette organisation qui se spécialise dans le paranormal et se renseigne sur tout être ou toute créature surnaturelle, en la présence d'un des leurs, Raymond qui va à la rencontre de Marius qui lui révèle - étant sûr que le Talamasca n'était pas dangereux - quelques informations sur les buveurs de sang, devenus plus tard les vampires. J'ai aussi aimé faire la connaissance de Thorne, cet ancien vampire roux de l'époque des Vikings, nommé après le dieu du tonnerre Thor, et j'aime surtout le fait que Santino a enfin eu ce qu'il méritait, au moins Marius pourra être tranquille de ce côté-là.


Assez blablaté ! Inutile pour moi de préciser qu'Anne Rice écrit divinement bien, que ses écrits vampiriques sont envoûtants, qu'elle sait rendre intéressant chacun de ses personnages, qu'elle s'y connaît dans toutes les époques historiques qu'elle évoque, qu'elle nous transmet sa passion de l'art et qu'elle sait très bien parler des diverses mythologies et même la religion chrétienne dans un livre mélangeant luxe, sang, sensualité, vampire et histoire ? Ce fut une très bonne lecture, malgré les lamentations de Marius et je continue de ce pas ma lecture de Pandora afin de mieux comprendre ce personnage et sa relation avec Marius !






La Naissance de Vénus, de Sandro Botticelli (1485).

Extrait : 

Cet esclave [Amadeo] par moi secouru avait en outre été peintre ! Il connaissait la magie de l’œuf et des pigments, de la couleur répandue sur le panneau de bois. Il se souviendrait ; il se rappellerait d'une époque où rien d'autre n'avait compté pour lui. Certes, ç'avait été dans la lointaine Russie, où les artistes œuvraient au fond des monastères, cantonnés au style byzantin que j'avais depuis longtemps rejeté en me détournant de l'Empire grec pour venir m'installer parmi l'agitation occidentale. Mais vois ce qui s'était produit ; l'Occident avait eu sa part de guerre, oh oui ; les barbares l'avaient semblait-il conquis tout entier. Pourtant, Rome s'était relevée grâce aux grands peintres et penseurs des années 1400 ! Je le constatais dans les œuvres de Botticelli, de Bellini, de Filippo Lippi et de cent autres.

XIX.