mercredi 30 novembre 2016

La science de Sherlock Holmes : Les débuts de la science criminelle - E.J. Wagner.

L'auteur : E.J. Wagner est une journaliste américaine, historienne du crime spécialisée dans l’histoire du crime et de la police scientifique.

Quatrième de couverture :

Si Holmes est avant tout un grand détective, il s’est aussi révélé un grand scientifique, qu’il se mêle de poison, de cendres de tabac ou de traces de pneus.

E. J. Wagner, historienne du crime, explore cet aspect fascinant de sa carrière en montrant combien ses enquêtes reposaient sur les dernières découvertes scientifiques de l’époque, notamment dans le tout jeune domaine de la science criminelle (la criminalistique), aux ramifications aussi diverses que la médecine légale, l’expertise des écritures, la balistique, l’analyse des empreintes digitales ou la toxicologie…

Médecin et grand lecteur de faits divers, Arthur Conan Doyle était en effet particulièrement averti des progrès de la police scientifique de son époque ; ses intuitions se sont d’ailleurs souvent avérées fort justes dans ce domaine

Mon avis :

Si Sherlock Holmes est connu pour être l'un des plus grands et célèbres détectives de fiction, on lui reconnaît moins son statut de scientifique doué, à moins d'avoir lu l’œuvre de Conan Doyle. Et pourtant, Sherlock Holmes est aussi un scientifique dans l'âme, et il en a fait sa profession : il s'agit de la science criminelle !

Ce livre, signé par EJ Wagner, nous propose de retracer l'histoire de la science criminelle, et il le réussit avec brio car ce livre est une véritable mine d'information ! Il est divisé en plusieurs chapitres portant sur des thèmes variés s'approchant de près ou de loin à la science criminelle : l'étude de l'anatomie et la dissection, l'étude des insectes et ce qu'ils peuvent révéler sur une scène de crime ou le corps du délit, la présence des superstitions (ou plutôt les obstacles qu'elles posent), l'étude des poisons et autres substances mortelles, l'utilité des déguisements – aussi bien pour les policiers que pour les criminels, l'examen d'une scène de crime, l'identification des criminels avec la mise en place d'une base de données et des empreintes digitales, l'étude de la balistique, des empreintes de pas et autres traces, de la géologie et des sols, des traces écrites, du sang et de l'identification ADN, et enfin les obstacles que pose la médecine de l'époque. En bref, tout est passé sous la loupe de EJ Wagner et illustré par de nombreuses anecdotes et petites histoires, aussi bien des exemples dans les aventures du Canon Holmesien que des cas criminels s'étant déroulés par le passé.

Les anecdotes sont nombreuses et cela peut déconcerter, cependant elles sont toutes intéressantes à découvrir et, pour certaines, croustillantes, ce que les amateurs de policier (la thématique s'entend, après si vous en pincez pour les hommes en uniforme c'est votre choix). Cependant, avis aux âmes sensibles car certaines anecdotes sont assez crues (notamment lorsque l'auteur nous décrit les dissections avec les conditions de l'époque, et l'horreur des expérimentations ou de certains crimes).

Le livre nous raconte non seulement l'histoire, mais aussi l'évolution de la science criminelle, ce qui est d'autant plus intéressant à découvrir ! Ainsi, nous apprenons comment les policiers ont appris à prêter beaucoup plus d'attention aux détails, à laisser la scène du crime tel quel (il n'était pas rare que le sang, par exemple, était lavé afin de ne pas choquer), l'évolution de la médecine légale (autopsies réalisées sous de meilleurs conditions, par exemple), des techniques d'enquête (l'étude des scènes de crime, fichage des criminels, comment relever les traces d'ADN, etc) mais aussi du cadre légal et des modes de pensées, notamment avec les nombreuses croyances et superstitions de l'époque !

La plume de l'auteur est fluide et efficace, parfois nuancé d'humour (parfois même d'humour noir). Elle analyse en détail l'évolution des méthodes d'investigation de la police scientifique. Elle maîtrise totalement son sujet, et elle en parle avec beaucoup d'efficacité, c'est un plaisir de la lire et elle sait enchaîner une théorie avec une autre, tout en faisant le parallèle avec les aventures de Sherlock Holmes

Petit avertissement cependant pour les amateurs du grand détective et qui s'attendraient à le voir mentionné de page en page : Sherlock Holmes n'est pas le sujet d'étude de ce livre, ce qui nous intéresse ici est l'histoire et l'évolution de la science criminelle. Ici Holmes sert essentiellement d'exemple dans le discours de l'auteur. Ce livre nous montre cependant que Sherlock Holmes est bien plus qu'un simple détective de fiction, c'est aussi un véritable sujet d'étude, presque un modèle dans l'étude de la criminalistique. À ceux qui sont moins familiers avec le détective anglais, n'ayez aucune crainte de vous perdre. Les anecdotes relatives au canon holmesien sont présentes mais non assommantes et n'accaparent pas le principal sujet d'étude.

La Science de Sherlock Holmes s'est rapidement révélé être un livre vivant et très enrichissant qui nous permet d'en apprendre davantage sur la manière de résoudre une affaire criminelle avec les différents éléments à prendre en compte. C'est un livre que j'ai dévoré et que je conseille à tout amateur d'enquêtes criminelles et des méthodes pour les résoudre.

Extrait :

Si le XIXe siècle a vu l'explosion de la police scientifique, le XXe siècle, avec l'apport des nouvelles techniques d'analyse et les progrès dans tous les domaines de la science ainsi que le développement des nouvelles technologies, a vu devant les tribunaux la prééminence de la preuve objective sur les autres modes de preuve et notamment aveux et témoignages.