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samedi 18 janvier 2025

Monstrueuse tempête - Fabien Fernandez.


Un chalet isolé en pleine montagne, une tempête qui démarre et un monstre qui rôde... Ces vacances au ski s'annoncent vraiment mortelles !

Comme chaque année, les familles de Théo et Mati se retrouvent pour passer les vacances de février à la montagne. Mais cette fois, tout est différent pour Théo. Surtout ses sentiments pour Mati, qu'il ne voit plus comme une simple amie d'enfance...

Et à peine arrivés, les deux ados se retrouvent seuls dans le chalet isolé. Alors qu'une tempête éclate, que les bourrasques de vent et les chutes de neige n'en finissent plus, le courant se coupe et leurs parents restent bloqués au supermarché ! Ce que Mati et Théo ne savent pas encore, c'est qu'un monstre avide d'émotions rôde dans la vallée...

Vont-ils se rendre compte que "Ça" se trouve déjà à l'intérieur du chalet ? Vont-ils mettre un terme à ces non-dits sentimentaux entre eux deux ? Et surtout, vont-ils survivre d'ici le retour de leurs parents ?


Monstrueuse tempête est un roman jeunesse d’épouvante qui n’est pas sans rappeler les Chairs de Poule de notre enfance. Nous suivons deux adolescents qui voient leurs vacances à la montagne prendre une tournure beaucoup plus effrayante lorsqu’une mystérieuse créature, aussi intelligente que dangereuse, se réveille d’un long sommeil et part en quête de nourriture… et ces deux jeunes humains présentent, pour elle, un morceau de choix !


Ce roman ne me laissera pas un souvenir mémorable, bien que la lecture fut divertissante. J’ai bien aimé le monstre que nous a concocté l’auteur pour effrayer ses lecteurs. La créature se désigne comme étant Ça, elle est très intelligente, capable de se métamorphoser, et elle aime jouer sur la peur de ses proies avant de les manger car cela leur donne de la saveur. Elle n’est donc pas sans rappeler Pennywise, le célèbre clown dans Ça de Stephen King. La nature de la créature reste un mystère. Le dessin sur la couverture suggère qu’il s’agit de Krampus mais toutes les interprétations sont possibles.


D’ailleurs, il est intéressant de noter que le roman alterne entre les chapitres du point de vue de nos adolescents et les chapitres avec le point de vue du monstre, ce qui nous permet de savoir ce qu’elle pense, comment elle compte piéger ses proies et leur faire peur, comment elle apprend de ses erreurs et essaye de s’adapter.


Toutefois, même s’il s’agit bien d’un roman horrifique, j’aurais apprécié des trigger warning, au moins pour [spoiler] la présence de mort et maltraitance animale, heureusement que le chien a survécu, même s’il a pris cher ! [/spoiler]


Les références à Stephen King sont d’ailleurs nombreuses, on sent l’amour de l’auteur pour le maître de l’épouvante, car les personnages le citent souvent, mais aussi Lovecraft et un peu Harry Potter également. Ça, Cujo, Cthulhu, etc. De petits clins d’œil sympathiques !


Quant à nos personnages, ils font l’affaire et remplissent bien leur rôle, sans pour autant être mémorables. Cela dit, j’admire leur courage et leur débrouillardise, même si je trouve qu’ils ont accepté trop vite l’idée que le monstre existe et le fait qu’ils arrivent à garder la plupart du temps leur sang-froid. Soit est-ce une solution de facilité pour l’auteur, ou alors c’est dû au fait que nos deux adolescents connaissent très bien les codes des films d’horreur, et savent quelles décisions il ne faut surtout pas prendre !


Il y a aussi une petite romance assez mignonette avec Théo qui nourrit des sentiments pour Matilda, ou « Mati » comme elle est désignée dans le roman, son amie d’enfance mais il tait ces sentiments car il n’est pas sûr de leur réciprocité. Les dangers qu’ils rencontrent vont les amener à se rapprocher davantage et trouver en l’autre une source de réconfort à travers la peur.


Malgré tout, tous les ingrédients d’un huis-clos efficace sont là : un chalet isolé en pleine montagne, une forte tempête qui démarre, un monstre qui rôde… Le tout qui donne une situation oppressante et anxiogène. Malgré tout, l’intrigue n’aura pas réussi à m’arracher quelques frissons, et j’ai trouvé le dénouement trop rapide.


Un roman jeunesse d’épouvante plutôt sympathique, mais qui ne me laissera pas un souvenir mémorable, mais je pense que le roman n’aura aucun de mal à plaire au lectorat auquel il se destine !


dimanche 17 novembre 2024

Bazaar - Stephen King.



Castle Rock est une petite ville paisible du nord-est des Etats-Unis. La vie s'y déroule sans surprise jusqu'au jour où un étrange commerçant vient y ouvrir Le Bazaar des rêves. Chacun peut venir y acquérir l'objet de ses rêves, et pour trois fois rien. Un simple petit supplément est demandé à l'acheteur : de faire une farce à la personne de son choix. Histoire de rire...

Mais ces plaisanteries apparemment anodines vont provoquer des réactions en chaîne. La violence se déchaîne, la haine et la folie ne cessent de croître et, finalement, c'est toute la ville qui est bientôt à feu et à sang.

Qui pouvait réussir un tel exploit sinon le Démon ?




Il n’y a que Stephen King pour rendre horrifique à souhait une histoire sur le consumérisme.


Cela faisait un moment déjà que je prévoyais de lire ce roman, après avoir été conquise par son adaptation cinématographique (celle-ci a pris quelques libertés que je lui pardonne bien volontiers, car j’ai passé un très bon moment).


Bazaar ? Qu’est-ce que c’est que ce bazar ?


À Castle Rock, une boutique fait parler d’elle avant même son ouverture… Il s’agit du Bazar des Rêves. Le gérant et vendeur, Monsieur Leland Gaunt, est tout ce qu’il y a de plus charmant et avenant. Tout ce dont votre cœur désire, même si vous n’en rêviez pas auparavant, le Bazar des rêves le propose et ce, pour un prix dérisoire. Mais il n’est pas question d’argent. Monsieur Gaunt vous demandera simplement, en échange, de lui rendre un service, faire une petite blague aux dépens de quelqu’un, par exemple… Rien de bien méchant, n’est-ce-pas ? Sauf que ces petites blagues sont destinées à monter petit à petit les habitants les uns contre les autres, alimentant de plus en plus de feu des tensions et de l’animosité… jusqu’à ce que l’étincelle explose, mettant la ville à feu et à sang. Comme possédés, les habitants se révèlent en effet prêts à tuer pour la possession de l’objet convoité.


Bazaar, c’est l’histoire d’une longue descente aux Enfers pour Castle Rock et ses habitants. C’est l’histoire d’un antagoniste qui, tel un marionnettiste, manie avec dextérité les fils auxquels sont reliés les habitants. Il sait parfaitement lire en eux, découvrir leurs désirs et les animosités et en jouer. C’est un véritable maître de la séduction et de la manipulation. Il est tout simplement diabolique mais qu’est-ce que je l’aime, ce Gaunt. Je le figure dans mon top trois des meilleurs méchants de King avec Kurt Barlow (Salem) et Pennywise le clown (Ça). C’est un méchant très réussi, et j’ai été fascinée par les quelques brides que King nous a donnés concernant la véritable nature de Gaunt. Je n’ai qu’un seul regret, c’est que la rencontre entre Gaunt et le shérif Pangborn ait tant tardé à se mettre en place, mais il faut dire que Gaunt se méfiait du shérif comme la peste et l’a perçu dès le début comme un adversaire redoutable. J’ai beaucoup aimé la scène où il essayait indirectement de tenter Pangborn et comment Pangborn est le seul à avoir su résister, non sans mal.



Art by sharpt00th sur tumblr (source) qui imagine Leland Gaunt
sous les traits de Vincent Price (ce rôle lui aurait bien convenu, avouons-le)


Stephen King oblige, on retrouve ici une petite bourgade du Maine où tout le monde connaît tout le monde. Il nous présente chaque personnage, sa petite vie, ses petits secrets, ses défauts, ses qualités, les vices aussi. Il y a une panoplie de personnages, si bien qu’il est aisé de s’y perdre et de retenir qui est qui… et qui a acheté quoi en échange de quoi auprès de notre cher Leland Gaunt. Parmi les personnages récurrents, nous avons le shérif Alan Pangborn, le seul dont Gaunt évite la confrontation, Polly Chalmers la petite-amie du shérif et qui souffre d’arthrite, Nettie Cobb et son amour de molosse, le petit Brian qui est le premier client qui ouvre la machination du Bazaar des rêves, Hugh Priest alcoolo détestable et détesté, Wilma Jerzyck, fermière avec un sale caractère, etc.

 

J’avais des craintes, au début du roman, quant au nombre de personnages mis en scène, mais elles se sont évanouies avec le plaisir de lecture, tellement elle était addictive. Il y a une forme d'intensité particulière dans ce roman. La façon dont tous les citoyens perdent peu à peu l’esprit au profit de leur désir, de leur objet de convoitise et le plan de Gaunt pour semer le chaos à Castle Rock est tout simplement diabolique et intelligent.

 

Je n’ai plus rien à dire sur le style de l’auteur. J’aime toujours autant son écriture et son imagination et je le considère comme un grand écrivain. L’histoire prend certes du temps à se mettre en place mais le final est digne des plus grandes catastrophes. D’ailleurs, le côté horrifique ne se situe pas seulement dans l’horreur des machinations de Gaunt, mais aussi à travers des scènes qui peuvent heurter la sensibilité [spoiler] j’ai d’ailleurs sauté le passage de la mort du chien de Nettie, et j’ai tout simplement été horrifiée de la scène avec l’araignée [/spoiler]

 


Bazaar (Needful Things en VO) a été adapté une fois au cinéma 
en 1993, il prend le titre de Bazaar de l'Epouvante en VF


Stephen King a en outre la volonté de dénoncer certains maux comme les dérives des sociétés de consommation, comme l’avait fait notre Alain Souchon national avec sa Foule sentimentale, qui poussent les hommes à faire le pire pour posséder ce qu’ils désirent et réaliser leur rêve.

 

En résumé, j’ai passé un excellent moment de lecture, malgré les longueurs. Bazaar est pour moi l’un des meilleurs romans de Stephen King et l’un de mes préférés (même si rien, pour le moment, ne saurait détrôner Salem).



Leland Gaunt se voyait en électricien de l’âme humaine. Dans une petite ville comme Castle Rock, tous les fusibles étaient sagement alignés dans leurs boîtes. Ne restaient qu’à ouvrir celles-ci… et à entrecroiser les branchements.

vendredi 22 mars 2024

Mexican Gothic - Silvia Moreno-Garcia.


Après avoir reçu un mystérieux appel à l’aide de sa cousine récemment mariée, Noemí Taboada se rend à High Place, un manoir isolé dans la campagne mexicaine. Elle ignore ce qu’elle va y trouver, ne connaissant ni la région ni le compagnon de sa cousine, un séduisant Anglais.

Avec ses robes chic et son rouge à lèvres, Noemí semble plus à sa place aux soirées mondaines de Mexico que dans une enquête de détective amateur. Elle n’a pourtant peur ni de l’époux de sa cousine, un homme à la fois troublant et hostile, ni du patriarche de la famille, fasciné par son invitée… ni du manoir lui-même, qui projette dans les rêves de Noemí des visions de meurtre et de sang.

Car High Place cache bien des secrets entre ses murs. Autrefois, la fortune colossale de la famille la préservait des regards indiscrets. Aujourd’hui, Noemí découvre peu à peu d’effrayantes histoires de violence et de folie.


Je pensais attendre le prochain Pumpkin Autumn Challenge pour me mettre ce roman sous la dent, mais des avis enthousiastes sur Tumblr m’ont poussé à découvrir ce titre plus tôt.



Il est vrai que ce roman serait parfait pour la période automnale / Halloween. Une ambiance purement gothique avec son manoir lugubre et sinistre, son cimetière brumeux, un huis-clos oppressant, une famille avec de sombres secrets et ses fantômes, une rumeur de malédiction… Autant dire que notre héroïne, avec sa joie de vivre et ses robes colorées, va être mise à rude épreuve !



Noemi est une jeune femme qui profite des joies de la vie et qui chérit sa liberté et son indépendance dans le Mexique des années 1950 et qui préfère les études et les soirées festives à la perspective du mariage. Elle n’aime rien de plus que les villes qui grouillent de monde, la musique, les jolies robes, faire des rencontres. Quand son père reçoit une lettre troublante et confuse de la part de la cousine Catalina, il envoie Noemi dans le manoir où elle réside avec la famille de son mari, les Doyle. À son arrivée, Noemi découvre un manoir lugubre et malaisant et des habitants tout aussi dérangeants. Virgil, le mari de Catalina, un homme froid, obscur et autoritaire. Florence, la maîtresse de maison, une femme stricte qui surveille Catalina comme un vautour et qui impose le respect des règles de maison. Howard, le patriarche, un vieil homme malade et obsédé par l’eugénisme et la pureté des races. Puis, il y a Francis, le cadet, un jeune homme doux et sensible qui diffère par sa gentillesse peu conforme à l’endroit et au reste de la famille Doyle.



Au manoir, rien n’est fait pour que Noemi se sente la bienvenue. Ses visites à Catalina sont surveillées ou chronométrée. Le manoir est une bâtisse délabrée où sévissent des mœurs austères d’un autre temps et qui ne dispose pas du confort moderne. Noemi ne peut se rendre en ville sans chaperon. La famille Doyle, à l’exception de Francis, n’est guère accueillant avec Noemi. Quant à Catalina, elle est bien mal en point, elle nous apparaît comme apathique lorsqu’elle n’entend pas des voix. Un mal que l’héroïne semble commencer à avoir… ses étranges cauchemars qui semblent réels dans lesquels la maison l’étouffe et des entités lui parlent…



‘Mexican Gothic’ de Mia Araujo.


Le gros problème du roman est son rythme. Pendant une bonne partie de l’histoire, il ne se passe pas grand-chose avant que tout ne s’accélère à la fin. Plus de la moitié du roman sert à planter le décor, à décrire les personnages. Quelques éléments titillent notre intérêt lorsque Catalina évoque les voix qu’elle entend, les cauchemars de Noemi pendant ses nuits au manoir, les rumeurs et histoires autour de la famille Doyle. Il est aussi question de champignons et de moisissures, qui contribuent à la fois à l’aspect lugubre du manoir mais qui auront leur importance dans l’intrigue.



Si l’on s’attend à de l’action, à des péripéties, il faudra prendre son mal en patience car le roman mise avant tout sur son ambiance purement gothique et mystérieuse. L’auteure prend le temps d’installer une atmosphère angoissante et malaisante et c’est efficace. Le manoir de High Place, décati, froid et humide, est décrit quasiment comme une entité à part entière, oppressante et dangereuse. Le roman m’a séduite par son ambiance purement gothique et horrifique, flirtant avec le fantastique. Si la première moitié m’a paru lente, l’arrivée des éléments surnaturels a amélioré ma lecture. C’est donc un roman horrifique, pas tant dans le sens où le but est de terrifier le lecteur, mais davantage dans l'ambiance, cette atmosphère malsaine et oppressante qui met mal à l'aise. Mais l'horreur passe aussi bien à travers certains thèmes abordés au cours du roman [spoiler] inceste, cannibalisme, fausse couche, suicide et autres joyeusetés [/spoiler], donc prudence aux âmes sensibles !


Le roman parvient à maintenir son suspense jusqu’au bout concernant la raison du mal-être de Catalina et les secrets et déviances de la famille Doyle. Il faut dire que ce sont de drôles de lascars ! Famille originaire d’Angleterre, venue chercher fortune au Mexique, qui a trouvé sa richesse en faisant exploiter des mines d’argent. Mines qui ont du fermer suite à une étrange épidémie, après une tentative de soulèvement de ses ouvriers. Ajoutons à cela que la famille Doyle a eu son lot de drames et qu’elle vit désormais recluse, figée dans les mœurs d’un autre temps. On est tenu en haleine pour connaître ce qui se cache derrière l’univers mystérieux du manoir et découvrir les secrets sombres de cette famille tordue.




Francis Doyle et Noemi Taboada (art de Basicbard sur Tumblr)



Le roman présente également une fantaisie originale. J’ai beaucoup aimé l’idée que [spoiler] les champignons, évoqués dans le roman, soient la cause de ce mal, qu’ils entrent en symbiose avec leurs hôtes – soit des membres de la famille Doyle qu’ils choisissent – et qui capte les pensées et souvenirs de ses hôtes et a le pouvoir d’influencer l’esprit des habitants de High Place, avec des cauchemars ou des hallucinations. Cela m’a rappelé l’arbre dans L’île aux mensonges, mais une version beaucoup plus maléfique [/spoiler].



Concernant les personnages, ils sont plutôt bien campés. Noemi est aventureuse et intelligente, bien décidée à ne jamais se laisser marcher sur les pieds, débrouillarde et cultivée qui a touché un peu à tout, notamment dans les sciences. Francis est le seul membre de la famille Doyle que l’on prend en sympathie et que l’on a envie de protéger contre sa propre famille. Francis m’a beaucoup touché et intrigué, et j’ai aimé l’évolution de sa relation avec Noemi. On se prend d’empathie pour Catalina qu’on espère voir se rétablir et libérée de l’influence néfaste du manoir. Quant aux autres membres de la famille, ils remplissent leur rôle.



Il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour que Mexican Gothic soit un coup de cœur, mais ça reste tout de même une bonne lecture ! Si le début m'a paru un brin trop lent, l’atmosphère pesante, due aux mystères qui entourent High Place, l’ambiance purement gothique, et les secrets de famille qui se dévoilent petit à petit, font peu à peu le job et l’histoire se fait finalement prenante !


Lorsque Noemí était encore petite fille et que Catalina lui lisait des contes de fées, cette dernière évoquait souvent « la forêt », l’endroit où Hansel et Gretel jetaient leurs morceaux de pain, ou le Petit Chaperon rouge croisait la route du loup. Enfant de la ville, Noemí avait compris sur le tard que les forets existaient réellement et pouvaient être placées sur une carte. Sa famille passait les vacances dans l’Etat de Veracruz, en bord de mer, sans l’ombre d’un grand arbre en vue. Même après toutes ces années, la forêt restait associée dans son esprit aux images des livres pour enfants, avec lignes au fusain et à-plats de couleur.

mercredi 18 octobre 2023

Les contes interdits : La légende de Sleepy Hollow - Simon Rousseau.




Un homme au bord du gouffre à la recherche d’un vieil ami disparu.

La dangereuse manie d’un maître chanteur à se faire trop d’ennemis pour son propre bien.

L’obsession d’un peintre misanthrope reproduisant la même toile, encore et encore.

Un neurochirurgien retraité fasciné par la cryptozoologie qui préfère vivre en marge de la société.

La légende d’un cavalier fantôme hantant depuis des siècles le pittoresque village de Val-Dormant.





La légende de Sleepy Hollow est une histoire que j'aime beaucoup, ainsi c'est toujours intéressant de la voir remaniée de différentes façons. L'adaptation libre de Tim Burton fait partie de mes films préférés et le roman Horseman de Christina Henry a été un de mes coups de cœur lors du Pumpkin Autumn Challenge de l'an dernier. Lorsque j'ai découvert que la saga des Contes Interdits proposait une réécriture de cette histoire, je n'ai pas hésité, d'autant que la couverture est très attrayante et juste parfaite pour la saison automnale/Halloween.


L'histoire se situe de nos jours, dans la bourgade du Val Dormant au Québec, un petit village d'apparence tranquille où chacun se connaît. Nous suivons en alternance Ichabod Crane et son ami, Eliott, informaticien de génie et pro dans le piratage informatique, à quelques semaines d'intervalle. Ichabod Crane souhaite changer de vie et emménage au Val Dormant où il officie en tant que facteur. Il ne tarde pas à se lier aux autres habitants et plus particulièrement Katrina van Tassel, institutrice adorée de tous, et dont il n'est pas insensible aux charmes. Quelques semaines plus tard, Elliott reçoit un message d'Ichabod sur son répondeur qui ne laisse rien présager de bon. Elliott décide de se rendre au Val Dormant et y apprend la disparition de son ami. Elliott mène donc l'enquête pour découvrir la raison et les coupables derrière la disparition d'Ichabod.


J'ai aimé l'ambiance qui se dégage du roman à travers le village du Val Dormant. Cela m'a rappelé les romans de Stephen King car on y retrouve des ingrédients chers au maître de l'horreur : une petite bourgade semblant sans histoire, où chacun se connaît. Nous faisons la connaissance de ses habitants, entrons dans leur vie privée et découvrons peu à peu leurs secrets [SPOIL] une épouse qui séquestre son mari devenu handicapé et se venge des violences conjugales qu'elle a subies, une belle serveuse qui trompe son mari, une petite-fille victime de maltraitance, un prêtre qui s'adonne à des activités pas très catholiques, etc [/SPOIL]. Qui de mieux qu'un facteur pour découvrir les petits secrets de chacun ? Car Ichabod Crane n'est pas aussi innocent qu'il en a l'air. Ichabod Crane est un véritable maître chanteur et il entend bien semer le trouble afin d'obtenir ce qu'il veut. Pour Elliott, il n'y a pas de doute. Ichabod a été découvert par un habitant qu'il faisait chanter et qui a veillé à le faire taire. Elliott garde pourtant espoir de retrouver son ami vivant et se met en quête du moindre indice pouvant le mener jusqu'à Ichabod, accompagné bien malgré lui de Loranger, un habitant qui a ses comptes à régler avec Ichabod.


J'ai trouvé intéressant que le roman alterne entre l'enquête d'Elliott et le quotidien d'Ichabod, quelques semaines avant sa disparition, son installation au Val Dormant, comment il s'est lié avec les habitants, comment il en est venu à découvrir leurs secrets et à les faire chanter, certains pour son propre profit, d'autres dans un certain sens de justice. J'ai pris un plaisir malsain, je l'avoue, à découvrir ces secrets et voir certains habitants récolter ce qu'ils méritaient. J'ai également apprécié l'étrange duo formé par Elliott et Loranger et les suivre dans leur enquête, à remonter la piste les menant à Ichabod et découvrir le fin mot de l'histoire, et c'est là où le côté horrifique propre aux Contes Interdits atteint son paroxysme.


La résolution est tout simplement horrible et nous retourne les tripes. Découvrir le secret de la disparition d'Ichabod ainsi que le véritable antagoniste de l'histoire et son mode opératoire, sans oublier ce qu'il advient d'Elliott et son compagnon. Je ne m'en remets toujours pas. Je ne pense pas avoir été déçue, même si ce n'est clairement pas ce à quoi je m'attendais. J'avais même espéré une autre résolution pour Elliott et Loranger, mais c'était oublier que ce livre fait partie des Contes Interdits. Simon Rousseau a frappé fort pour marquer son public et il l'a fait avec efficacité. Je ne suis pas prête d'oublier ce roman et surtout la fin. J'avoue ressentir tout de même une certaine frustration concernant [SPOIL] l'histoire, les pouvoirs et la véritable nature de Katrina [/SPOIL], j'aurais voulu en apprendre plus, pour mieux cerner ce personnage, mais je comprends que l'auteur ait choisi de ne pas tout dévoiler pour garder une part de mystère.


En résumé, une réécriture moderne et intéressante de Sleepy Hollow qui ne laisse pas indifférent !


En dépit de son aversion pour les magouilles du maître chanteur, Elliot ne pouvait s’empêcher d’être impressionné par sa capacité à déterrer autant de sombres secrets sur tant de gens en si peu de temps. Chaque dossier mettait en lumière des actes abominables et difficilement pardonnables. Celui de Chantale Talbot, la mère de Marguerite, parut frapper particulièrement l’esprit de Loranger. C’était le dernier qu’ils avaient analysé, et le trafiquant ne semblait pas vouloir lâcher l’écran des yeux, tellement ce qu’il y voyait le choquait.

— Qu’est-ce que t’en penses ? osa demander Elliot par-dessus son épaule. Ils auraient tous un solide mobile pour en vouloir à Ichabod… Mais est-ce qu’il y en aurait un ou une là-dedans qui serait vraiment passé à l’action ?

Chapitre 20. 

mardi 26 septembre 2023

Chambre 1408 - Stephen King.


« Dans une maison abandonnée ou dans le donjon d’un vieux château, votre incrédulité peut vous servir de protection. Dans la chambre 1408, elle ne fera que vous rendre encore plus vulnérable. »


Mike est écrivain et chasseur de fantômes. Non pas qu’il y croie lui-même, bien au contraire. Jusque-ici, rien n’est encore parvenu à vaincre son scepticisme. Rien, jusqu’à cette enquête qui le mène à l’hôtel Dolphin de New York, réputé pour sa tristement célèbre chambre 1408. Une chambre supposée hantée…


Je n’avais pas prévu de faire la catégorie sur la lecture commune pour le challenge, mais en découvrant les PAL des autres participants j’ai trouvé ce titre et j’ai voulu à tout prix l’ajouter à ma propre PAL. Cela faisait un petit moment que je voulais lire à nouveau Stephen King et une histoire du maître incontesté de l’horreur tombe à pile pour la saison.



Il s’agit d’une histoire courte dans laquelle nous suivons Mike, pas crédible ou impressionné pour un sou, et qui fait fortune en écrivant des livres où il relate ses visites dans des lieux paranormaux comme des châteaux, des maisons ou des cimetières. Pour son prochain livre, il s’attaque aux hôtels hantés et décide, pour cela, d’aller dormir dans la chambre d’un hôtel new-yorkais réputée hantée et dans laquelle ses précédents occupants ont trouvé la mort ou la folie.



Pendant la première partie de l’histoire, nous suivons Mike qui rencontre et écoute les nombreuses mises en garde d’Olin, le gérant de l’hôtel, qui fait tout pour convaincre Mike de ne pas mener son projet à terme et de faire demi-tour avant qu’il ne soit trop tard, lui racontant le passé de la chambre 1408 et les nombreuses tragédies vécues par les précédents occupants de la chambre mais aussi les mésaventures subies par le personnel qui vient nettoyer la chambre. Mort subite, accident peu de temps après, perte soudaine d’un sens. Tout porte à croire qu’il y a quelque chose de mauvais dans la chambre qui cause le malheur à celui ou celle qui foule son sol. Mike se borne pourtant, refusant d’y croire et déterminé à passer la nuit dans la chambre 1408 et c’est ainsi que nous abordons la seconde partie de l’histoire. Nous découvrons ensuite la chambre aux côtés de Mike. Si tout paraît anodin de prime abord, avec des détails étranges mais sans plus (par exemple des cadres penchés ou les murs d’un jaune un peu trop flamboyants), les étrangetés se multiplient [spoiler] les personnages des tableaux qui bougent, des appels téléphoniques effrayants, des hallucinations [/spoiler]. Très vite, on se sent oppressé en même temps que le personnage dans cette chambre où tout peut arriver.



Bien que je classe cette nouvelle dans le genre de l’horreur, je dois avouer qu’elle ne m’a pas vraiment fait frissonner, du moins en tant que lectrice car si j’avais vécu ce que le personnage principal a vécu, j’aurais été si traumatisée que des années de psy ne parviendraient à arranger. Encore que je n’aurais jamais mis les pieds dans cette chambre, voire même l’hôtel, même si l’on m’offrait tout l’or du monde. La façon de Stephen King d’effrayer son lecteur est ici subtile. Comme Mike, on ignore au début si c’est réel ou le fruit de son imagination. L’ambiance est oppressante et inquiétante. On se sent observé et étouffé. Sans avoir été effrayée, j’ai tout de même senti un certain malaise ainsi qu’un sentiment d’oppression.



Je trouve que Stephen King a su balancer l’histoire et son personnage parfaitement entre la folie et le « surnaturel ». À la fin, nous ne pouvons pas trancher si ce qui s'est passé dans cette chambre est dû à la folie de Mike ou quelque chose se cache bien entre ces murs. Peut-être un peu des deux, qu’il y a quelque chose de foncièrement mauvais et dérangeant qui joue beaucoup sur la psychose des personnages pour les mener à la folie puisqu’on ignore avec certitude si ce que Mike a vu est réel ou le fruit de son imagination [spoiler] que la personne que Mike a croisé quand il a fui la chambre s’est retrouvé étrangement attiré par la chambre et qu’il y serait entré si Mike ne l’en avait pas empêché [/spoiler].



Je suis assez mitigée concernant cette nouvelle. D’un côté, j’apprécie le fait que cette histoire d’horreur repose sur une atmosphère oppressante qui joue sur la psychologie, sans jumpscare ou montre sanguinolent ou mauvais esprit, d’un autre côté je m’attendais à être plus effrayée, à ce que le mal qu’abrite la chambre soit plus concret, que d’autres manifestations apparaissent un peu selon la façon d’agir de l’hôtel Overlook dans Shining qui jouait sur les craintes de sa victime et qui causait des manifestations maléfiques. J’ai eu un sentiment de trop peu avec Chambre 1408. Certes, Stephen King nous prouve qu’il n’a pas besoin d’écrire une longue histoire pour effrayer son lecteur, mais l’histoire a été trop courte pour que je me mette à angoisser.



En résumé, c’est une histoire qui se laisse lire, d’autant plus qu’elle est courte, et qui parvient à créer un sentiment de malaise et d’oppression avec efficacité. Pour autant, elle reste assez oubliable et ce n’est pas avec ce titre que je conseillerais pour découvrir Stephen King.


« Vous aurez quelque chose à redouter. Parce qu’il n’y a pas de fantômes, dans la chambre 1408, et il n’y en a jamais eu. Il s’y trouve par contre quelque chose, une chose dont j’ai moi-même ressenti la présence, mais il ne s’agit pas d’une présence spirituelle. Dans une maison abandonnée ou dans le donjon d’un vieux château, votre incrédulité peut vous servir de protection. Dans la chambre 1408, elle ne fera que vous rendre encore plus vulnérable. »

samedi 10 septembre 2022

Horseman - Christina Henry.



Everyone in Sleepy Hollow knows about the Horseman, but no one really believes in him. Not even Ben Van Brunt's grandfather, Brom Bones, who was there when it was said the Horseman chased the upstart Crane out of town. Brom says that's just legend, the village gossips talking.

More than thirty years after those storied events, the village is a quiet place. Fourteen-year-old Ben loves to play "Sleepy Hollow boys," reenacting the events Brom once lived through. But then Ben and a friend stumble across the headless body of a child in the woods near the village, and the discovery makes Ben question everything the adults in Sleepy Hollow have ever said. Could the Horseman be real after all? Or does something even more sinister stalk the woods?




Je valide ma première lecture du challenge avec Horseman, un titre qui se présente à la fois comme une suite et une réécriture de Sleepy Hollow : Lalégende du cavalier sans tête, de Washington Irving.


Notre protagoniste est un jeune garçon de 14 ans, Ben van Brunt, petit-fils de Brom Bones et de Katrina van Tassel auprès de qui il vit depuis la mort de ses parents. Ben voue une véritable vénération à l’égard de son grand-père qu’il adore et qui est adoré en retour. Il aimerait pouvoir en dire autant de sa grand-mère qui se désespère de voir Ben s’habiller en garçon, grimper et courir dans la forêt, se bagarrer avec les autres garçons, et se salir quotidiennement au lieu d’apprendre la couture, rester à la maison et être soigneux avec sa personne et ses vêtements. Car Ben, de son nom de naissance Bente, est né fille, mais Ben s’est toujours senti comme un garçon et aimerait bien que Katrina tout comme Sleepy Hollow le considèrent ainsi.


Un jour, alors qu’il jouait dans la forêt en compagnie de son ami, ils découvrent que le corps d’un jeune garçon a été retrouvé avec ses mains et sa tête manquantes. Les plus superstitieux s’accordent à dire que c’est l’œuvre du cavalier sans tête, revenu hanter Sleepy Hollow. Brom Bones n’y croit pas. Pourtant, les meurtres continuent… tous des jeunes garçons et tous ont leur tête et les mains manquantes. Le vieillard sinistre du village confie à Ben qu’il s’agit d’une autre créature, et qu’elle a jadis emporté Bendrix, le père de Ben. Or, Brom et Katrina ont toujours dit à Ben que c’était la fièvre qui avait emporté ses parents. Ben décide de se mettre en quête de la vérité sur ses parents mais aussi sur les étranges meurtres…


Ce roman est un véritable page turner. J’avais lu de la même auteur Lost Boy, l’an dernier, un roman que j’avais beaucoup aimé et que j’avais lu en une journée, à l’instar de Horseman. Ce roman me confirme que j’aime beaucoup sa plume et son imagination, ainsi je pense me pencher ultérieurement sur ses autres romans. J’ai beaucoup aimé l’atmosphère qui se dégage de l’histoire, à la fois sombre et inquiétant, avec une ode au pouvoir de l’imagination, ainsi qu’un décor très automnal. Ça sent la forêt avec ses feuilles mortes et humides qui craquent sous nos pieds, le vent qui fait frémir les feuilles des arbres et cracher leurs branches, les oiseaux et autres animaux de la forêt, les arbres qui se penchent et cachent presque la lumière. Un lieu enchanteur pour Ben la journée mais qui devient beaucoup plus menaçant et angoissant la nuit. Beaucoup d’action se passe dans la forêt, c’est presque un personnage en elle-même.


L’intrigue est solide et tient la route. L’auteure nous apporte des éléments de réponses petit à petit sur les meurtres mais aussi sur les parents de Ben, tout en nous laissant sur notre faim jusqu’à ce que l’intrigue nous apporte, plusieurs chapitres plus tard, d’autres révélations, apportant plus de profondeur à l’histoire de Ben, Brom et Katrina mais aussi sur l’histoire de Sleepy Hollow. Certaines vérités se révèlent fausses et perturbent ce qu’on pensait savoir [spoiler] je savais qu’Ichabod Crane n’avait pas véritablement disparu et qu’il était lié à l’intrigue, cependant je pensais qu’il aurait été le Cavalier et non la créature [/spoiler] et lorsque l’on pense l’affaire terminée, celle-ci se poursuit bien plus tard.


La plume de l’auteure est fluide. Elle décrit à la perfection l’atmosphère du roman ainsi que le cadre dans lequel il se situe, sans oublier les personnages et leurs émotions. Sleepy Hollow est une ville fascinante, car elle semble figée dans le temps, comme si elle était victime d’une malédiction et les légendes ont une place de choix dans l’histoire de ma bourgade et l’esprit de ses habitants. Ce ne sont pas que des histoires de bonnes femmes, elles influent sur les personnages. Ces derniers sont, pour la plupart, complexes et attachants. J’ai aimé le lien qui unit Ben et Brom. Ils sont très complices, presque fusionnels. L’attachement qu’ils se portent est palpable et touchant, de même que l’amour qui unit Brom et Katrina et que les années n’ont pas fané. Bien que Katrina semble être un personnage de prime abord contrariant pour Ben avec qui il est sans cesse en conflit, les choses nous apparaissent comme plus complexes qu’elles ne le sont, et Katrina n’en demeure pas moins un personnage important pour Ben, qui sait se montrer forte et attachante. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Ben, voir son évolution et découvrir en même temps que lui son histoire. Bien-sûr, j’ai également aimé le Cavalier bien que celui-ci n’apparaisse pas souvent au final, et j’étais très curieuse de découvrir les raisons de son importance pour Ben ainsi que le lien les unissant. Concernant leur dynamique, même si elle m’a beaucoup intéressé, je ne m’attendais pas à une telle conclusion ni à la révélation de la nature exacte de leur lien. Je ne dirais pas avoir été déçue, mais ce n’est certainement pas ce à quoi je m’attendais.


C’est un récit parfait pour la saison et pour Halloween. La tension est palpable, certaines scènes sont assez horrifiques et l’écriture donne parfois la chair de poule, nous communiquant avec efficacité la peur de Ben lorsqu’il est en péril. L’intrigue est solide et nous tient en haleine jusqu’au bout, bien que [spoiler] je ne m’attendais pas à ce qu’Ichabod soit vaincu aussi « facilement », même si l’on apprend par la suite que le véritable antagoniste est quelqu’un d’autre. Là aussi, je m’attendais à ce que ce dernier soit plus difficile à vaincre et j’aurais aimé en savoir plus sur la nature du personnage et aurais aimé qu’il ait d’autres motivations que le simple fait qu’il voulait se divertir en semant le mal et le chaos [/spoiler]. Cela reste toutefois un très bon récit et une suite intéressante à Sleepy Hollow.



The wind shifted, and the air was suffused with the tang of rotting meat, of blood, of the sulfurous curl of a freshly struck match. I knew that smell. But I didn’t have time to place it because suddenly the monster was there, rising up before me, the leaf-filtered sun hardly making an impression on the deep pools of darkness inside it. It seemed such a strange and incongruous thing, for this night-terror to be out in the day. Such a creature should never be revealed in sunlight, should never be touched by something as warm and good and wholesome as the sun.

Then I recalled that I had seen it twice during the day already, and that it was a foolish thing, a childish thing, to think that monsters only showed their teeth at night.

jeudi 27 janvier 2022

Shining : L'enfant lumière - Stephen King.


Situé dans les montagnes Rocheuses, l'Overlook Palace passe pour être l'un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté... L'hiver, l'hôtel est fermé. Coupé du monde par le froid et la neige. 

Alors, seul l'habite un gardien. Celui qui a été engagé cet hiver-là s'appelle Jack Torrance : c'est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d'échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny. Danny qui possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l'on croit disparus. Ce qu'il sent, lui, dans les cent dix chambres vides de l'Overlook Palace, c'est la présence du démon. 

Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée ? ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? cette vie si étrange qui anime l'hôtel ?




Avec une histoire de huis clos dans lequel une famille se retrouve coupée du monde, en plein hiver, dans un hôtel hanté, Shining s’imposait comme une évidence pour le Cold Winter Challenge. Cela faisait déjà quelques mois que je voulais incorporer ce roman dans le challenge, et l’opportunité s’est présentée avec la catégorie « Un chalet sous la neige (Huis clos/Solitude/Enfermement) ».


Faut-il encore résumer « Shining », l’une des œuvres majeures de Stephen King, dont l’adaptation de Kubrick avec Jack Nicholson dans le rôle de Jack Torrance est devenue culte ? Et pourtant… au risque de me faire des ennemis, je n’ai pas du tout aimé le film, le trouvant lent et peu palpitant, bien que je lui reconnaisse quelques qualités. Pourtant, même si ce n’était pas parti pour l’être, j’ai beaucoup apprécié le roman du maître King. Shining, c’est plus qu’une histoire d’horreur. C’est l’histoire d’une longue descente aux enfers, c’est l’histoire d’une famille, les Torrance.


Les Torrance est une famille qui navigue en eaux troubles. Pour un geste incontrôlé de violence sur un élève, Jack s’est fait renvoyer de son poste d’enseignant à l’université et peine à se défaire de ses vieux démons, son alcoolisme. Son couple avec Wendy bat de l’aile, elle qui l’a si souvent menacé de le quitter. Néanmoins, ils se laissent une seconde chance, au grand bonheur de leur fils Danny, cinq ans, qui redoutait de voir ses parents divorcer.


Grâce à un ami qui lui trouve un emploi, Jack espère se remettre sur pied en travaillant comme gardien à l’Overlook, grand hôtel de luxe perdu dans les Montagnes Rocheuses du Colorado, fermé au grand public et vidé de ses employés pendant toute la période hivernale. Afin de ne pas laisser Jack seul à s’occuper de l’hôtel pendant tout l’hiver, Wendy et Danny décident de l’accompagner pour vivre avec lui à l’Overlook. Pour Jack, cet isolement et cette tranquillité devraient lui permettre de se consacrer pleinement à l’écriture de sa pièce (un thème récurrent chez King que d’avoir un auteur parmi ses personnages), tandis que Wendy espère que cela les aidera à resserrer les liens de leur couple.


Avant son départ, ils font la connaissance de Dick Halloran, cuisinier de l’Overlook, qui remarque très vite la particularité du petit garçon. Car Danny a un don, appelé le Shining, un pouvoir psychique qui lui permet de découvrir certains objets cachés ou avoir des visions du passé ou du futur. Dick, qui possède également le Shining mais à un degré moindre, fait promettre à Danny de faire appel à lui télépathiquement si quelque chose venait à arriver, car il y a dans l’Overlook quelque chose de mauvais…

Le fameux "Redrum" ou TROMAL dans la VF, mot
qui revient souvent dans le roman.


Une histoire classique d’un lieu hanté ? Pas que.


Cela fait quelques années que j’ai commencé ma découverte de Stephen King. Si j’ai longtemps hésité à découvrir Shining, c’est pour ma réticence à lire des personnages souffrant de problèmes de violence et d’alcoolisme. Pourtant… pourtant, Jack Torrance est bien plus que ça. C’est un personnage très complexe, intéressant et tridimensionnel. Finalement, le point fort du roman n’est pas tant l’hôtel maléfique et les esprits malveillants qu’il contient, mais l’épaisseur psychologique de ses personnages principaux.


Il y a Wendy, qui possède une force incroyable et insoupçonnable, un ange de patience et une mère dévouée et prête à tout pour son fils. Dick Halloran m’a bien plu également, on devine déjà une complicité avec Danny de par le don qu’ils partagent, et qui est prêt à tout sacrifier pour une famille qu’il connaît à peine. Danny, bien-sûr, un petit garçon très avancé pour son âge, son don en étant la principale raison. Il a cette particularité d’être mature et très observateur mais de rester un enfant, malgré tout et qui est très attaché à ses parents et notamment à son père. Ils ont un lien profond et assez unique, presque fusionnel que j’ai beaucoup aimé.


Il y a également l’hôtel Overlook. Personnage ? Assurément. C’est un lieu bien trop vivant pour n’être qu’un simple bâtiment, et pas seulement à cause des esprits qu’il renferme. C’est un lieu où se sont déroulés tant de drames sanglants qu’il a fini par acquérir une conscience malfaisante, qui est attiré par le pouvoir psychique de Danny et qui va essayer de s’approprier le garçon en passant par son père. C’est un lieu qui est capable d’influencer et contrôler ses victimes en alternant entre la séduction, la pression et la terreur pour finir par prendre possession de sa victime et faire d’elle ce qu’il veut, comme un pantin dans les mains d’un marionnettiste, et à jouer avec les peurs de ses victimes qui, au départ, ignorent s’il s’agit d’une hallucination ou quelque chose de bien réel.



The Stanley Hotel (Colorado, USA), qui a inspiré Stephen King pour l'Overlook. Il y a également séjourné avec sa femme et passé une nuit d'angoisse et de cauchemar dans la fameuse chambre 217...



Et, last but not least, Jack Torrance, écrivain, qui a plongé dans l’enfer de l’alcool et qui redouble d’efforts pour devenir enfin un bon époux et un bon père. Je me suis attachée à lui, malgré ses défauts, ce pauvre bougre hanté par ses vieux démons, son alcoolisme et son passé trouble. Ce n’est clairement pas un personnage que l’on aurait envie d’aimer, de prime abord. Pourtant, lorsque King nous parle de lui, en nous faisant découvrir le récit ce que fut sa vie, sa jeunesse, en nous parlant de ses ambitions perdues, de son père violent, de l'amour profond qu'il ressent pour son fils, Danny [spoiler] que même l’Overlook ne parviendra à estomper [/spoiler], on ne peut pas s’empêcher de ressentir de la pitié et de l’empathie pour lui. On ressent vraiment de la pitié pour ce personnage dont on voit la progression de son histoire tragique… et il n’est pas coupable de tout, en fin de compte, car on est témoin de ses changements à cause de l’Overlook qui infiltre l’esprit de Jack avec lenteur, prenant possession de lui petit à petit… Et contrairement au film où Jack Nicholson cède très vite à la psychopathie, l'hôtel réveillant cela en lui, dans le roman on assiste à une déchéance plus progressive du personnage qui finit véritablement possédé par l'hôtel.


Mais il n’y a pas que les fantômes ou l’hôtel maléfique, car l’autre source de peur est le huis-clos qui piège la famille Torrance, où Stephen King nous démontre que plusieurs personnes coupées du monde et enfermées ensembles peuvent très bien finir par s’énerver entre elles et en venir au drame. Loin de la civilisation, cachés par la neige qui bloque jusqu’aux fenêtres et livrés à eux-mêmes, les membres de la famille Torrance ne sont pas enviés par le lecteur.


Sans faire partie de mes livres préférés du maître King (rien ne détrônera Salem ou Ça pour le moment), j’ai beaucoup apprécié ma lecture et j’ai lu les trois dernières parties sans pouvoir m’arrêter. Pourtant… je ne dirais pas que c’était mal parti, mais j’ai ressenti des longueurs au cours de ma lecture. Les scènes de terreur comme [spoiler] le nid de guêpes mortes qui se réveillent, les animaux en buis qui prennent vie, le tuyau qui semble s’animer [/spoiler] ne m’ont pas effrayé ou impressionné (peut-être l’aurais-je été si j’avais lu ce roman plus jeune ?), et j’ai trouvé que les choses devenaient plus intéressantes et malaisantes à partir du chapitre sur la chambre 217 que Danny découvre et ce qu’il y trouve, les scènes où la salle de réception prend vie chaque soir avec ses fantômes, ainsi que l’ascenseur, où l’on voit véritablement l’hôtel jouer avec ses habitants, essayant de les conduire jusqu’à la folie. C’est un roman qui vaut largement la lecture. Stephen King n’a pas son pareil pour raconter avec talent ce genre d’histoire et à nous offrir des personnages riches et complexes et à installer une ambiance oppressante, voire effrayante. Je me tâte maintenant pour lire sa suite, Doctor Sleep !


Danny Lloyd, Jack Nicholson et Shelley Duvall dans les rôles de
Danny, Jack et Wendy Torrance dans Shining de Kubrick (1980)


Pendant un instant il fut saisit de panique et son cerveau cessa de fonctionner. Tout ce qu'il voyait c'était qu'il était enfermé dans ce tunnel glacé, sans lumière...

Je ne suis pas seul ici.

Sa respiration se transforma en râle. La peur distilla son venin dans ses veines et le paralysa. Non, il n'était pas seul, il sentait une présence malveillante qui avait attendu cette occasion pour se manifester. Peut-être une araignée géante, terrée sous un amas de feuilles mortes, ou un rat..., ou peut-être le cadavre d'un enfant, mort ici, au terrain de jeux. Était-ce possible ? Oui, un enfant avait pu trouver la mort ici. Il songea à la femme dans la baignoire, au sang mêlé de fragments de cervelle sur le mur de la suite présidentielle, puis à un enfant qui s'était ouvert le crâne en tombant du jungle gym et qui à présent rampait derrière lui, le poursuivant dans le noir, cherchant, le sourire aux lèvres, un compagnon de jeux pour l'éternité.

34. Les buis. (Quatrième partie : Prisonniers de la neige)

vendredi 8 octobre 2021

Les brumes affamées - Dawn Kurtagich.

De nos jours. Zoey, obsédée depuis toujours par les ruines de Mill House qui semblent avoir un lien avec l’amnésie de son père, fugue avec son meilleur ami pour y mener l’enquête. Sur place, des événements étranges les font douter. Sont-ils seuls ? En danger ? D’autant plus que personne ne sait qu’ils sont ici…

1851. Roan emménage à Mill House pour y vivre avec son nouveau tuteur après le décès de son père. Elle y fait la rencontre d’autres orphelins. Mais quand elle comprend qu’elle est liée à un ancien secret, elle décide de s’échapper avant qu’il ne soit trop tard… Avant que les brumes de ne se referment complètement autour du manoir.

1583. Hermione, jeune mariée, accompagne son époux dans les terres sauvages du nord du Pays de Galles où il a prévu de construire une maison et un moulin à eau. Mais bientôt, des rumeurs concernant des rituels démoniaques se propagent…

3 femmes, 3 époques différentes, toutes liées par un Pacte Impie. Un pacte signé par un homme qui, plus de mille ans plus tard, est peut-être encore là…


Une atmosphère brumeuse, une maison mystérieuse, un inquiétant bouc aux yeux rouges, de la magie noire, un pacte avec le diable. Un roman avec une ambiance parfaite pour Halloween.


Après la mort de son père en 1851, Roan Eddington est envoyée vivre à Mill House, une maison isolée au fin fonds de la montagne, chez son nouveau tuteur, le docteur Maudley, qu’elle n’a jamais rencontré. Elle y rencontre Emma et son jeune frère handicapé Seamus qui se trouvent dans la même situation qu’elle. Roan s’interroge sur ce tuteur dont elle n’avait jamais entendu parler, ainsi que cette maison et ces montagnes qui paraissent bien mystérieuses et inquiétantes, alors que des phénomènes étranges apparaissent et qu’un énorme bouc noir semble la suivre. De nos jours, Zoey cherche à comprendre ce qui est véritablement arrivé à son père et fugue en compagnie de Poulton, son meilleur ami, dans le but de retrouver Mill House, dans laquelle son père a enquêté jusqu’à en perdre la raison. Elle y découvre des écrits de Roan Eddington et ressent une présence… pas de doute, ils sont observés.


Ce qui m’a attiré avant tout, c’est la couverture.

Elle est particulièrement réussi, avec un magnifique dessin, qui laisse présager une atmosphère brumeuse et une ambiance délicieusement gothique.


En lisant le résumé, j’avais craint qu’une narration divisée en trois point de vue (et époques) différents m’aurait emmêlé les pinceaux ou que j’aurais ressenti des longueurs en préférant une protagoniste à l’autre. Toutefois, bien que nous suivons trois jeunes femmes d’époques différentes, le focus reste assez inégal. Celle dont l’histoire se focalise essentiellement est Roan, celle avec qui nous allons essentiellement avancer dans l’histoire et découvrir ce qu’il s’y trame. Nous avons quelques retours à notre époque avec Zoey, qui m’ont un peu moins intéressés, surtout au début et de par la présence d’un vocabulaire plus moderne et parfois familier, ainsi que le tempérament rebelle, obstiné et parfois effronté de Zoey, et que les chapitres sur Zoey cassent l’aspect gothique/horreur du récit. Mais cela s’améliore au fur et à mesure que nous avançons dans l’histoire, que des phénomènes inquiétants apparaissent et que des secrets sont découverts, ainsi qu’une relation F/F touchante, et c’est avec Zoey que nous terminons l’histoire.


Il y a également Hermione, qui n’apparaît malheureusement que brièvement et sous la forme de son journal intime dont nous découvrons quelques paragraphes au goutte à goutte. Elle reste assez effacée par rapport aux deux autres personnages, ce qui est dommage, car c’est avec elle que l’histoire a commencé, elle est la première occupante de Mill House et de par ce qu’elle a vécu, il y aurait eu tant de choses à dire et que son rôle a une importance capitale. Je comprends que l’auteure ne voulait pas risquer de dévoiler en racontant l’histoire d’Hermione, mais j’ai eu un goût de trop peu, un vécu à peine effleuré. Toutefois, je ne suis pas fâchée que Roan ait été la protagoniste principale car elle est celle à m’avoir le plus intéressé. C’est un personnage mystérieux qui va se dévoiler petit à petit (son passé, sa nature) et découvrir ses forces et ses faiblesses. J’ai beaucoup apprécié découvrir son histoire, sa progression dans l’intrigue ainsi que son humanité.


Les personnages secondaires ne sont pas en reste. J’avais assez bien aimé Emma et son franc parlé, ainsi que Rapley et son lien avec la montagne. La plupart des personnages, s’ils m’ont moins intéressé par rapport à nos protagonistes, n’en restent pas moins intéressants et ont tous une utilité, voire des révélations ou un passé intrigants. Un autre personnage à ne pas négliger : la montagne. Omniprésente dans l’histoire, elle est décrite comme vivante, menaçante, inquiétante. Elle bouge, elle respire, elle s’agite. Un monstre qui menace d’engloutir quiconque s’aventure dans son ventre. Elle attire et dévore et cache plus d’un secret. Aussi inquiétante que le Prince de ce monde qui s’est offert une place de choix dans cette histoire.


J’avoue qu’au départ, je ne savais pas où l’auteure voulait nous mener. J’ai tourné les premières pages sans grand intérêt, sans forcément comprendre ce qu’il se tramait, il faut attendre un moment avant que les choses sérieuses ne commencent, qu’une ambiance inquiétante s’installe et que l’action apparaisse. Il y a eu quelques longueurs mais honnêtement, je ne m’en suis pas trop plainte et ça ne m’a pas ralenti ma lecture. L’intrigue est bien menée, l’auteure titille notre curiosité et nous pousse à aller plus loin dans notre lecture en révélant quelques petits secrets, en dévoilant un élément de l’intrigue, en présentant des flash-back, en nous faisant découvrir un peu plus sur la personnalité, le passé et les capacités de ses héroïnes. Je me suis longtemps interrogée sur le choix du titre. Outre l’omniprésence des brumes, ça se ressent dans l’intrigue. Tout est fait pour embrouiller les personnages et les lecteurs. On ne sait parfois plus où l’on va, ce qui est réel ou non, ce qu’il s’est passé à un moment donné… On ne comprend pas tout de suite que Roan et Zoey sont des Pratiquantes de la magie, si Roan rêve ou si c’est la réalité, si elle a fait de la magie… On s’égare parfois dans le récit, mais je ne peux pas le présenter comme un défaut car l’auteur l’a sciemment fait pour nous embrouiller.


Toutefois, on ne reste pas éternellement dans le brouillard. Nous avons des scènes inquiétantes, des moments d’action, des rebondissements, des retournements de situation, des révélations et secrets dévoilés. Même si j’ai parfois été prise de court, je ne peux pas le nier : l’histoire est intrigante et passionnante, elle donne envie de tourner les pages, dévorer chaque chapitre pour découvrir le fin mot de l’histoire. C’est une sorte de huis clos à l’ambiance sombre, pesante et inquiétante où le diable est au cœur de l’intrigue, et dans lequel la plupart des personnages (du passé comme du présent) sombre peu à peu dans une douce folie et dans la peur liée au manoir et aux événements qui s’y sont déroulés.


J’ai beaucoup aimé l’idée que la magie , dans l’intrigue, ou du moins sa pratique, a un prix, soit par le sang ou la perte de quelque chose, et on finit par comprendre pourquoi au fil de l’intrigue, et qu’elle a un côté obscur, malfaisant qui ne demande qu’à être libéré. Toutefois, le point que j’ai le plus apprécié dans le roman est la revisite du mythe de Faust. Pour les personnes qui ne connaissent pas, Faust était un moine érudit dont la soif de connaissance l’a amené à faire un pacte avec le diable à qui il a promis son âme en échange du savoir et de pouvoir. Ici, l’auteure s’est inspirée de L’histoire tragique du Docteur Faust de Marlowe, l’a repris et l’a développé, créant un univers à part avec [spoiler] les Frayeurs, ces descendants de Faust, et les apprentis de ces moines du passé, anciens frères de cloître de Faust, qui ont juré de détruire son âme damnée, et de faire de Faust une sorte d’immortel prêt à tout pour reprendre son âme et gagner quelques siècles de plus [/spoiler]


J’ignore si l’auteure compte écrire un second tome ou si elle a prévu de terminer son roman de cette façon, car j’ai eu un sentiment d’inachevé, que tout n’était pas encore dit et terminé, avec l’histoire qui se termine sur une révélation [spoiler] car au final, Faust n’a pas été vaincu par Roan, il a échappé à la mort, Mill House est encore sous l’emprise d’une présence démoniaque, la malédiction est toujours active, et Zoey va rencontrer Roan. D’ailleurs, qu’est devenue Roan après tout ça ? Elle a passé un pacte avec Satan mais Faust est toujours en vie, etc [/spoiler] bref, que de questions sans réponses, ce qui est assez frustrant !


Toutefois, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. C’est pesant, c’est glauque, c’est intriguant. Si l’on aime la sorcellerie, les pactes démoniaques, les cornes de bouc, l’occultisme, les rituels et secrets de famille, c’est le roman parfait ! Malgré cette fin frustrante, l’utilisation de polices différentes et l’enchaînement des événements qui m’ont souvent déstabilisé, c’est une histoire avec un rythme très entraînant, une intrigue sombre et fascinante, une reprise intéressante du mythe faustien sous fond de sorcellerie et de religion.


L'animal ressemble à un ovidé - un bélier des montagnes. Mais c'est impossible. Il ressemble presque à un mouton de Soay, mais il est plus gros. Vraiment beaucoup, beaucoup plus gros. Aussi gros qu'une vache. Ou qu'un cheval. Il se tient là, bien trop imposant, avec un calme qui n'a rien de naturel. Il la surveille.