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lundi 15 juin 2026

Les Sœurs du Nil - Rachel Louise Driscoll.

Sœur.
Rivale.
Protectrice.
L'histoire envoûtante d'une déesse oubliée.

En 1887, l'égyptomanie s'est emparée de l'Angleterre victorienne.

Discrète et réservée, Clemmie est l'une des rares femmes à déchiffrer les hiéroglyphes.

Lors d'une soirée consacrée aux reliques égyptiennes, Clemmie lit une inscription sur une étrange amulette et semble ainsi déclencher une malédiction sur toute sa famille.

Cinq ans plus tard, la jeune femme décide d'aller en Égypte pour rendre cette funeste amulette afin de sauver sa sœur, dernier membre vivant de sa famille. Le jeu auquel elle se livrait enfant, mettant en scène les déesses sœurs, Isis et Nephtys, a trouvé un écho dévastateur dans sa vie. Au fil de son voyage sur le Nil, elle croisera des alliés charmants ainsi que des ennemis inattendus, et découvrira que la pire des malédictions n'est pas celle qu'elle croit.


Un roman d’aventure très sympathique qui mêle malédiction, momies, une course contre la montre, égyptologie, mythologie, et lien sororal, et un soupçon de romance. J’ai pris plaisir à découvrir ce roman qui, à l’instar de sa protagoniste, m’aura fait voyager en Égypte, dans cette croisière le long du Nil, à découvrir le Caire et ses souks, Dendérah et ses temples, l’île de Philaé avec ses ruines et son temple. J’ai été dépaysée, d’autant qu’on ne se contente pas de visiter ces lieux, mais on est plongé dans la culture de ses habitants. J’ai vraiment été marquée par les descriptions enchantresses de l’Égypte par l’auteure, le contraste entre la fascination de l’Angleterre victorienne pour l’Égypte antique et la culture vivante de l’Égypte en elle-même.


J’ai également trouvé intéressant que l’auteure parle des conséquences de l’égyptomanie des Occidentaux en Égypte qui est victime de très nombreux pillages qui ont eu lieu pendant cet âge d’or des découvertes égyptologiques, les conséquences de ce pillage culturel, les ventes illégales de momies et d’artefacts égyptiens, les fouilles illégales qui endommagent les sites archéologiques, cela m’a rappelé Sixtine qui évoquait également le sujet. Nous avons ici Clemmie, une passionnée d’égyptologie depuis son plus jeune âge, qui devient sensible à cette cause. C’est d’abord pour réparer un tord et briser une malédiction qu’elle cherche à restituer un bien en Égypte, mais elle va progressivement reconnaître les dérives de sa pratique et changer sa façon de penser et être amenée à voir son père d’une autre façon. Ce sont des thèmes qui restent malheureusement d’actualité, le pillage et le trafic d’antiquités continuant à se faire de nos jours.


Clemmie une héroïne efficace et attachante. Elle est érudite et indépendante pour l’époque, elle est passionnée par l’Égypte et son histoire, a baigné dedans depuis son enfance, en aidant son père, égyptologue, et elle a souffert de ne pas avoir été reconnue par lui comme une partenaire à part entière dans ses affaires. C’est une jeune femme qui sait se débrouiller, et qui porte en elle une lourde solitude. On ne peut qu’être sensible au lien fort qui la lie à sa sœur, Rosetta, et leurs jeux d’enfants dans lesquelles elles jouaient les déesses Isis et Nephtys prendront ici une toute autre dimension, à cause de la malédiction.



Les temples de Philae et de Dendérah

Concernant les autres personnages, ce n’était pas gagné du tout. Ses compagnons de voyage, qui se greffent à elle, m’ont souvent agacé, surtout au début, à insister à faire le voyage avec elle, ne la laissant pas tranquille. Je les ai trouvé insistants, et j’ai eu l’impression que l’auteure forçait vraiment Clemmie dans une dynamique de groupe. Heureusement, j’ai fini par progressivement m’habituer puis à m’attacher à ce petit groupe, mais ce fut laborieux. Bien que cette dynamique ait été forcée, elle fonctionne assez bien. J’ai aussi aimé le fait que le roman alterne entre présent et le passé, pour nous montrer les raisons de la présence de Clemmie en Égypte, sa mission secrète et ce qu’il est advenu de sa famille.


J’ai également trouvé intéressant le fait que le sort de sa famille peut s’expliquer soit par du fantastique (la malédiction), ou par quelque chose de plus rationnel [spoiler] les manigances d’Horatio, le fiancé de Rosetta , ainsi je referme le roman sans être entièrement sûre si la malédiction ou une tierce personne était davantage responsable du sort de la famille Attridge [/spoiler]


J’ai aimé la part belle que faisait le roman à la sororité qui se déploie à plusieurs niveaux, tout d’abord à travers les sœurs mythologiques, les déesses Isis et Nephtys qui servent de cadre et de miroir à la relation entre Clemmie et Rosetta, le lien entre ces deux sœurs est fort, on ne peut y rester insensible. Tout ce que fait Clemmie est pour sa sœur. J’ai également aimé les liens qui se tissent entre Clemmie, Célia et Mariam, qui illustrent comment la sororité peut transcender les barrières culturelles et sociales. J’ai également trouvé intéressant les nombreuses références à la mythologie égyptienne, notamment l’histoire d’Osiris, Isis, Seth et Nephtys, et comment ce roman met en lumière Nephtys, une déesse assez méconnue au final.


Ce roman est une belle découverte, et il aurait presque pu devenir un coup de cœur. Je déplore quelques longueurs, une dynamique de groupe qui a été forcée et qui m’a fait lever les yeux au ciel au 1/3 du roman, et aussi une fin assez précipitée, avec des facilités scénaristiques [spoiler] je m’attendais vraiment à ce qu’Horatio soit plus difficile à vaincre, à la place il est mort hors champs. Je pensais aussi voir les retrouvailles entre Clemmie et sa sœur, et entre Clemmie et Rowland [/spoiler]. Ce sont à cause de ces bémols que ce roman n’est pas un coup de cœur, mais il n’en demeure pas moins une bonne lecture et une belle découverte !


Devant l’entrée, une bouffée de ce qui les attend à l’intérieur leur parvient. Une odeur de renfermé et une chaleur dense, suffocante. Scrutant le couloir enténébré, Celia déclare qu’elle n’entrera pas. Que c’est un endroit à faire des cauchemars.

À faire rêver, aussi. Clemmie imagine les gens qui ont construit cette structure phénoménale, le pharaon momifié qui y a été déposé pour connaître le repos éternel, l’embaumement qui a précédé, tel que conçu par Anubis pour préserver le corps d’Osiris. Chaque livre qu’elle a lu, chaque reconstitution enfantine de ces mythes, chaque soirée de démaillotement et de traduction l’a conduite à ce moment.

lundi 11 novembre 2019

Autopsie (T.1) Whitechapel - Kerri Maniscalco.


J'étudie le corps des femmes qu'il assassine de sang-froid.

J'assiste, impuissante, à la terreur qu'il fait régner sur Londres.

Je sens son ombre peser sur moi. Ses sourires malsain, son regard de tueur.

Je pense connaître l’Éventreur...

1888, quartier Est de Londres. Depuis quelque temps, des meurtres sanglants et horribles touchent les femmes de petite vertu de Whitechapel. Une jeune femme, de bonne famille, en avance sur son temps, enquête au côté de son oncle, médecin légiste.



Je reste encore un peu dans des thèmes assez sombres en ce mois de novembre avec Whitechapel, premier tome d’une série de quatre dont seul le premier est traduit en français pour le moment.

Comme son titre a du sûrement vous mettre la puce à l’oreille, ce roman nous plonge dans le Londres des années 1880 où un tueur s’en prend violemment à des prostituées d’un bas quartier de Londres, Whitechapel. Notre héroïne, Audrey Rose, a vent de cette enquête alors qu’elle étudie en secret, auprès de son oncle Jonathan, la médecine, la biologie et le corps humain dans son laboratoire. Apprenant qu’une des victimes a été au service de sa famille, elle se penche sur l’enquête, en même temps que Thomas Cress, un brillant élève de son oncle.

Le Londres de l’ère victorienne, Jack l’Éventreur, enquête criminelle, héroïne aimant pratiquer des autopsies et autres joyeusetés du genre, Whitechapel avait tous les ingrédients pour me plaire. L’héroïne, Audrey Rose, est une jeune femme en avance sur son temps, préférant les études et la pratique de la science aux réceptions et robes de soie, indépendante, dégourdie et têtue. Elle réussi à échapper aux clichés de la femme indépendante qui déteste tout ce qui a attrait à la féminité et persuadée qu’elle n’a pas besoin d’aide. Si Audrey Rose se borne parfois à répéter ne pas avoir besoin d’aide, même pour des situations dangereuses, cela ne revient pas assez souvent pour que je puisse considérer le personnage comme agaçant. Audrey Rose reste plutôt attachante, féminine, intelligente, curieuse, dégourdie et humaine, tout simplement. Elle forme un duo intéressant avec Thomas Cress, jeune homme séduisant, intelligent et quelque peu arrogant mais qui sait être attachant, sans tomber lui-aussi dans les clichés. Ces deux personnages forment une bonne dynamique et leurs échanges sont délicieux, même si on se doute de la tournure que prendra leur relation, car si j’ai bien appris une chose des policiers et thrillers, c’est que le drame et les crimes rapprochent souvent deux personnages !


J’ai beaucoup aimé plonger dans le Londres de l’ère victorienne avec d’un côté ses beaux quartiers et de l’autre la partie plus sombre, glauque et brumeuse de la ville. L’auteur nous tisse également une critique de la place de la femme dans sa société. Les biens nées sont destinées à faire un beau mariage et l’intellect n’est pas souhaité chez ces femmes à l’inverse des robes de soie et autres histoires de chiffon. Les moins fortunées sont réduites à vendre leurs charmes pour vivre et dormir sous un toit.


File:Jack the ripper.jpg
"Another Victim of Jack the Ripper -
 Alleged Attack on Pretty Miss Eisenhart
in the Cooper Hospital, Camden, N. J., Slashing Her in a Terrible Manner".
 Illustration from the National Police Gazette  (February 16, 1889) 
Les descriptions sur les dissections et autopsies sont réussies et parviennent à nous immerger dans cet univers, à se croire presque dans le laboratoire de l’oncle Jonathan, le nez penché au dessus d’un cadavre et tirant des analyses après observations des plaies. L’enquête criminelle est plutôt bien menée, bien que je doive lui reprocher quelques facilités (des libertés historiques prises et des facilités dans le récit, par exemple des personnages masculins admettant notre héroïne à des endroits où elle n’aurait jamais eu le droit de se trouver), quelques éléments prévisibles, et un manque de tension et de complexité que j’aurais aimé retrouver pour faire justice à une enquête aussi sombre que celle de l’assassin de Whitechapel. L’auteur nous dévoile en effet de nombreux indices. Si j’ai bien appris quelque chose des romans d’Agatha Christie, c’est qu’il faut toujours se méfier quand le coupable parfait est annoncé plusieurs chapitres avant la fin, car il faut souvent s’attendre à un retournement de situation ! Néanmoins, la révélation de l’identité de l’assassin et ses motivations ont su me surprendre quelque peu (après, je n’ai pas mené pour enquête pour chercher de mon côté le vrai coupable) et j’ai lu ce roman à une période où je ne souhaitais pas de lecture trop prise de tête. 





L’auteur a également consacré plusieurs pages à la fin de son roman pour nous montrer les libertés prises avec la réalité historiques et ce qu’il s’est réellement passé, un point que j’ai beaucoup apprécié car l’affaire Jack l’Éventreur m’intéresse beaucoup. Toutefois, si vous voulez votre dose d’horreur, vous serez peut-être déçus car l’action prime sur la psychologie des personnages et moins sur une description sanglante des meurtres. Des lecteurs plus adultes ne seront peut-être pas tous rassasiés mais pour ma part, j’ai trouvé ce petit polar victorien fluide, divertissant et assez intéressant pour que les pages se tournent sans difficultés, assez pour avoir envie de lire la suite. Les personnages sont attachants pour la plupart, on entre bien dans l’atmosphère de la Londres victorienne et l’enquête est divertissante. Une agréable lecture en somme. Si la suite de la série est traduite en français, je la lirais avec plaisir !

Le portrait cachait un passage secret. Un filet d'air glacial, provenant d'une descente obscure, me rabattit les cheveux sur le visage. Je n'en croyais pas mes yeux. Il y avait là un escalier en pierre qui attendait d'être exploré. Ou m'ordonnait de décamper. Je comprenais mal à quoi cette gueule béante m'incitait.

Chapitre 27. Un portrait à étudier de près.

lundi 30 septembre 2019

Van Helsing contre Jack l'Eventreur - Jacques Lamontagne, Sinisa Radovic et Bill Reinhold.



Deux ans se sont écoulés depuis le jour où Van Helsing enfonça un pieu de chêne dans le cœur de Dracula, mettant ainsi un terme à son règne infernal. Cependant, l’homme n’en est pas sorti indemne. 

Maintenant installé à Londres, Van Helsing est depuis plongé dans une profonde dépression. Désespéré de voir ainsi son ami prostré dans ses appartements, Abberline, inspecteur à Scotland Yard, lui propose de l’accompagner afin de mener enquête sur une série de meurtres perpétrés dans l’East End par un dément que la presse a surnommé “Jack l’Éventreur”.

Van Helsing finira par accepter. Débutera alors une nouvelle chasse contre le Mal…



Van Helsing face à Jack l’Éventreur. Voilà qui présageait un cross-over original ! Mais pourquoi Sherlock Holmes serait-il le seul héro victorien à affronter les personnalités marquantes de son temps (Jack l’Éventreur, le fantôme de l’Opéra, Dracula, Arsène Lupin, etc) ? Le mélange de ces deux univers me semblait intéressant, et il me tardait de le découvrir !

Cette série se compose de deux tomes : Tu as vu le diable et La Belle de Crécy, ce qui m’a étonné au premier abord car deux tomes me semblait peu pour aborder une enquête aussi sombre et complexe que celle du tueur de Whitechapel. Si j’ai apprécié ma lecture, je continue à penser que cette série aurait mérité d’avoir plusieurs tomes, mais simplement pour le plaisir de prolonger ma lecture et que l’enquête s’étale.

Nous commençons la lecture avec un Van Helsing habitant à Londres, mais hanté dans ses cauchemars par sa dernière confrontation avec le comte Dracula, deux ans auparavant, et les dernières mystérieuses paroles que celui-ci lui a adressé avant sa mort. Profondément troublé, le docteur ne peut vivre sans sa morphine, tourmentés par ses cauchemars. C’est alors qu’intervient l’inspecteur Abberline qui lui parle des meurtres inexplicables de prostituées à Whitechapel, l’un des quartiers les plus malfamés de Londres, dans l’espoir de venir en aide à son ami et d’avancer dans l’enquête.

À ceux et celles qui connaissent plus ou moins l’enquête, celle-ci n’apportera rien d’inédit, mais elle reste plaisante à lire avec des méthodes chères à Sherlock Holmes, et assez d’éléments pour que le lecteur ou la lectrice puisse avancer ses propres théories. Rien de nouveau dans le scénario donc, mais l’auteur réussit à installer le doute dans notre tête quant au potentiel coupable de la série de meurtres, et l’enquête se poursuit après le meurtre de la dernière victime dite canonique, donc le suspense est maintenu jusqu’à la fin. Lorsqu’on pense savoir qui est le responsable, on est surpris par un retournement de situation !

J’ai aussi apprécié le personnage de Van Helsing, encore affecté par son combat contre Dracula, et qui est en proie à la déprime et aux cauchemars. Il a, par moment, un comportement ambigu et des rêves qui semblent prémonitoires, si bien qu’on se demande qui est le meurtrier au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. Est-ce Dracula, revenu d’entre les morts ? Est-ce un proche de Van Helsing ? Est-ce un être surnaturel ? Ou bien est-ce la personne à laquelle on s’attend le moins ?

Les dessins sont soignés et fourmillent de détails. Les couleurs suivent le thème de l’histoire, entre le noir, le rongé foncé, le gris, pour illustrer les rues sombres de Whitechapel et la noirceur de l’histoire. Le changement de dessinateur au tome deux ne choque pas, et j’ai beaucoup apprécié le choix des couleurs, toujours dans la noirceur mais avec d’autres tons de couleurs un peu plus chaleureux. On s’imagine aisément dans l’Angleterre victorienne.

En résumer : je ne considère pas cette BD comme inoubliable, mais j’ai apprécié cette découverte ! C’est un cross-over intéressant à découvrir, et j’ai aimé cette approche de Van Helsing, intelligent mais perturbé, ainsi que la qualité du dessin et le choix des couleurs. L’enquête n’apporte rien de nouveau si on connaît l’histoire de Jack l’Éventreur, mais le mystère est entretenu jusqu’au bout, avec quelques rebondissements qui surprennent. J’aurais aimé que cette BD ait été divisée en plusieurs tomes, mais uniquement pour le plaisir de prolonger ma lecture.