Affichage des articles dont le libellé est Genre : Littérature classique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Genre : Littérature classique. Afficher tous les articles

mercredi 6 mai 2026

Les Hauts de Hurlevent - Emily Brontë.



Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. 

Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. 

La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.





Les Hauts de Hurlevent faisait partie de mes objectifs de lecture pour cette année. Pour autant, j’avais quelques appréhensions. À l’instar d’Orgueil et Préjugés, ce roman faisait aussi partie des grands classiques de la littérature acclamés par la critique. Cependant, Orgueil et Préjugés ne fut pas le coup de cœur qu’on m’avait promis, je suis même ressortie mitigée de cette lecture. Heureusement, il en fut autrement pour le présent roman.


Je ne vais pas le cacher, Les Hauts de Hurlevent est un roman long et lent, et les premiers chapitres furent très laborieux, jusqu’à ce qu’on entre véritablement dans l’histoire. Et là, ce fut une véritable plongée dans la lande anglaise, sa nature sauvage, ses collines, ses parcs verdoyants, un village rustique, un manoir isolé, le ciel gris et pluvieux, le vent sauvage, les longues nuits froides. C’est clairement un roman d’ambiance. Les hauts de Hurlevent comme s’y on était !


En commençant le roman, je m’étais attendue à une histoire d’amour tragique. C’en est certainement une, mais pas celle dont je m’étais imaginée. Avec le peu d’informations que je connaissais sur l’histoire, j’avais en tête une histoire d’amour passionnée et tragique dans laquelle Catherine Earnshaw était la malheureuse victime de Heathcliff, un homme jaloux et possessif. Que nenni ! De la passion, il y en a (davantage dans l’intensité et la violence des sentiments que des baisers torrides, n’en attendez pas d’ailleurs), de la tragédie, à la pelle ! Catherine, victime ? Certes non ! Catherine est une jeune fille (puis une femme) sauvage, libre, têtue, égoïste, gâtée, avec un caractère bien trempé et brutalement honnête. Oserais-je le dire ? Elle est aussi dérangée qu’Heathcliff. Ce sont deux êtres qui se sont rencontrés enfants et qui vont très vite tisser des liens forts… trop forts pour que ce soit sain. Ils sont profondément attachés l’un à l’autre, ils ne sont complets que lorsqu’ils sont ensemble. Je citerai Catherine qui dit, dans une scène célèbre, « De quoi que sont faites nos âmes, la mienne et la sienne sont pareilles ».


Heathcliff et Catherine, ce sont deux âmes libres et sauvage qui s’aiment avec intensité, un amour qui vire à l’obsession et englobe tout leur être, qui les consume entièrement, avec possessivité et jalousie. Ils ne font pas dans la demi-mesure, ça c’est sûr ! Leur amour est loin d’être sain et raisonnable, et c’est ce qui rend la chose tellement intéressante ! Ce sont deux individus qui se complètent et ne sont heureux qu’en la présence de l’autre, mais on ne peut aussi s’empêcher de les prendre par pitié.



Tout le beau monde qui peuple ce roman, alias : ça c'est de l'arbre généalogique !
Source : divorcedwife sur Tumblr (cliquez pour voir en grand)


Le poids et les attentes de la société font que Catherine ne se permet pas d’être pleinement avec Heathcliff, vu comme un gitan sans noblesse, et qu’elle essaye de devenir la grande dame respectable qu’on attend d’elle. Elle essaye de se plier à la société, elle qui est un électron libre, quelqu’un d’incontrôlable. Elle choisit d’épouser le respectable fils de bonne famille Edgar Linton, qui l’aime mais qui est voué à ne jamais la comprendre.


« Votre sang toujours calme ne connaît pas les ardeurs de la fièvre, vos veines sont remplies d’eau glacée. Les miennes sont en ébullition et la vue d’une telle froideur les fait bondir. »

Catherine Earnshaw


C’est une histoire d’amour, oui, mais pas dans le sens où l’on l’entend. Il n’y a rien de beau, pur, tendre et sain là-dedans. On est à un autre degré de la romance tragique entre Roméo et Juliette. C’est un amour qui englobe tout, qui est aussi violent et sauvage que la nature dépeinte dans le roman, et, forcément, ça va impacter tout le beau monde qui constitue ce roman. Hindley Earnshaw, le frère de Catherine, Nelly Dean, la gouvernante, Edgar Linton, le prétendant puis mari de Catherine, Isabelle Linton, la sœur d’Edgar… jusqu’à leurs descendants. C’est une histoire d’amour autant qu’une histoire de vengeance. Ce n’est pas beau à voir (ici, c’est un compliment). Loin des machinations intelligentes et la finesse d’Edmond Dantès dans Le comte de Monte-Cristo, Heathcliff fait davantage dans la rudesse et le registre bestial. Il se montre vraiment prêt à tout pour se venger du mal et de l’humiliation que la société lui a causé, et à s’en prendre à ceux qu’il tient pour responsable de l’issue tragique de sa relation avec Catherine. Tel un vampire, il va lentement aspirer la joie chez ses ennemis à petites gorgées, ne leur permettant pas d’être heureux, cultivé ou libre.


Je dois avouer que, même si je n’avais pas été convaincue par la partie de l’histoire consacrée à la troisième génération (donc les enfants de Catherine, Heathcliff et Hindley), j’ai fini par m’intéresser et m’attacher à eux, surtout la fille de Catherine qui montre qu’elle a un caractère aussi solide que celui de sa mère et se lie peu à peu avec son cousin, Hareton, fils de Hindley. Chaque personnage est globalement réussi, dans le sens où ils nous font tous ressentir de l’émotion. Joie, colère, tristesse, empathie. On peine parfois à comprendre leurs décisions, mais ils sont tout simplement humains et on finit même par ressentir un peu de peine pour les personnages les plus sombres, les plus pourris. Mais, qu’on se le dise, aucun d’entre eux n’est un ange de pureté. Tout le monde a besoin de thérapie, dans ce roman. Ils sont tous complexes, et jamais ils ne nous laissent indifférents.


C’est un roman oppressant, parfois violent (attention, il contient une scène de maltraitance animale, mais aussi la maltraitance conjugale est évoquée), avec des personnages imparfaits, dérangés, des relations discutables (outre la violence des sentiments entre Heathcliff et Catherine, on a quand même des mariages entre cousins germains). C’est un roman noir, mais c’est justement ce que j’ai tant aimé. Il prend aux tripes, il ne laisse pas indifférent. C’est beau, poétique et sauvage, violent. Une sacrée découverte ! Pas un coup de cœur, mais indéniablement un roman qui laissera à jamais sa trace sur mon expérience de lectrice ! Je ne regrette pas du tout le voyage dans ces landes sauvages.



Le célèbre roman qui a inspiré cette célèbre chanson de Kate Busch. 
Je ne pouvais pas ne pas en parler !


« Puisse-t-elle se réveiller dans les tourments ! cria-t-il avec une véhémence terrible, frappant du pied et gémissant, en proie à une crise soudaine d’insurmontable passion (…) Où est-elle ? Pas là… pas au ciel… pas anéantie… Où ? Oh ! Tu disais que tu n’avais pas souci de mes souffrances. Et moi, je fais une prière… Je la répète jusqu’à ce que ma langue s’engourdisse : Catherine Earnshaw, puisses-tu ne pas trouver le repos tant que je vivrai ! Tu dis que je t’ai tuée, hante-moi alors ! Les victimes hantent leurs meurtriers, je crois. Je sais que des fantômes ont erré sur la Terre. Sois toujours avec moi… Prends n’importe quelle forme… Rends-moi fou ! Mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver Oh ! Dieu ! C’est indicible ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme ! »

dimanche 30 mars 2025

Jules César - William Shakespeare.



Préférez-vous César vivant, et mourir esclaves, ou César mort, et tous vivre libres? César m'aimait, je le pleure. Il connut le succès, je m'en réjouis. Il fut vaillant, je l'honore. Mais il fut ambitieux et je l'ai tué. Pour son amitié, des larmes. Pour sa fortune, un souvenir joyeux. Pour sa valeur, du respect. Et pour son ambition, la mort. Qui parmi vous est assez vil pour accepter d'être esclave ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est assez grossier pour ne pas désirer d'être un Romain ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est abject au point de n'aimer pas son pays ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé.

(Acte III, scène 2)




« Prends garde aux Ides de Mars. »


A l’approche du mois de mars, internet prépare blagues et memes à l’occasion des Ides de Mars, une façon se de moquer gentiment de la mort de Jules César, journée devenue mémorable sur les réseaux sociaux. A cette occasion, j’ai décidé de me coller enfin à la pièce de Shakespeare. Au final, je termine cette pièce le 30 mars (à 15 jours près, ça va, ça passe xD)


Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu de pièce de théâtre. L’avantage, c’est que ça se lit vite. Ce qui m’a aussi rendu la lecture agréable est que cela touchait une période historique qui me passionne, à savoir la Rome antique, et plus particulièrement la fin de la République romaine. Les événements de la pièce n’ont donc pas été une surprise pour moi, mais c’était intéressant de voir ce tableau historique peint par Shakespeare et comment il a choisi de représenter les personnages.


Parmi les personnages, nous avons Brutus, qui m’a bien surprise car il est souvent représenté comme le pire des traîtres. Ici, il est décrit comme un personnage noble et moral, peut-être même le seul dans cette œuvre, tiraillé entre son affection pour César et sa crainte que celui-ci n’abuse de ses pouvoirs et ne devienne un tyran, mettant à mal la démocratie à Rome. Au final, s’il décide de se joindre aux conspirateurs, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais pour le bien public, car il craint que César ne devienne un tyran, mais jamais il n’aura un mot visant à salir César. Néanmoins, je pensais tomber sur une histoire père-fils tourmentée et tragique, ce qui n’est pas tant le cas. Brutus est davantage une figure tragique car il est influencé et entraîné dans l’histoire bien malgré lui, ce qui lui vaudra sa perte, alors qu’il ne voulait que le bien commun.

 

Nous avons également Cassius, un des conspirateurs, qui est un paradoxe. Homme envieux et sans scrupule, il est prêt à tout pour convaincre Brutus de se joindre à la conspiration mais il voue d’ailleurs à Brutus une amitié et une loyauté qui vont jusqu’à la dévotion presque amoureuse. Ensuite, Marc-Antoine, proche de César, j’ai beaucoup apprécié sa loyauté envers César, mais aussi son intelligence, on peut même dire son côté calculateur et fourbe que l’on voit parfaitement illustré dans son discours funèbre au peuple, auprès de la dépouille de César, qui fut tout simplement un délice à lire lorsqu’il fait mine de ne pas avoir de griefs pour les conspirateurs tout en les accusant indirectement et en attisant la colère du peuple sur eux. Le peuple est ici vu comme une girouette, elle a un côté versatile qui est assez comique mais aussi réaliste. Il faut se l’avouer, le peuple a toujours été ainsi, se faire amadouer par nos politiciens.

 

Finalement, le seul qui soit plus discret dans cette œuvre, c’est bien celui qui donne à la pièce son titre, alias Jules César lui-même. Après la première moitié du 3e acte, exit le grand César, terrassé par les conspirateurs. Mais, au final, que ce soit avant et après les Ides de Mars, César est au cœur même de l’intrigue. Tout d’abord, à travers les conspirations visant à l’assassiner, puis après sa mort, lorsque Octave, petit-neveu de César, et Marc-Antoine vont s’atteler à venger César et à traquer les conspirateurs.

 

Je n’ai pas grand-chose à dire concernant César. Shakespeare a su en faire un personnage humain. Il est au sommet de sa gloire mais on sent la fragilité de l’âge et, peut-être, de nombreuses années de guerres. Shakespeare reste énigmatique finalement sur la question : César voulait-il abuser de son autorité pour devenir roi et régner sans partage, ou les conjurés ont-ils anticipé un péril qui n’avait pas lieu d’être ?

 

J’ai aimé me plonger dans cette fresque historique, entre complots, assassinat, tensions politiques et guerre civile. La tragédie monte en intensité au fur et à mesure qu’arrive le meurtre de Jules César puis la dernière partie est tout aussi intense dans la guerre que se livrent Brutus et Cassius d’un côté et Octave et Marc-Antoine de l’autre, jusqu’à la victoire d’un camp. Un classique que je ne regrette donc pas d’avoir découvert, de par l’histoire qu’elle met en scène, où l’Histoire se mêle à l’histoire de nos personnages qui sont complexes et finalement humains.


Ô jugement tu t’es réfugié chez les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison ! Veuillez me supporter avec patience ; mon cœur est ici dans ce cercueil avec César, et il faut que je m’arrête jusqu’à ce qu’il me revienne.

mardi 22 octobre 2024

Orgueil et Préjugés - Jane Austen.



Élisabeth Bennet a quatre sœurs et une mère qui ne songe qu’à les marier. Quand parvient la nouvelle de l’installation à Netherfield, le domaine voisin, de Mr Bingley, célibataire et beau parti, toutes les dames des alentours sont en émoi, d’autant plus qu’il est accompagné de son ami Mr Darcy, un jeune et riche aristocrate. Les préparatifs du prochain bal occupent tous les esprits… Jane Austen peint avec ce qu’il faut d’ironie les turbulences du cœur des jeunes filles et, aujourd’hui comme hier…




Orgueil et Préjugés est l’un de ces classiques qui reste, à ce jour, acclamé par les critiques, si bien qu’il se présente comme un « must » à lire dans la littérature classique. Forcément, je m’attendais à être conquise et j’étais très curieuse de débuter ce roman.



Au final, je suis complètement passée à côté. Si ma lecture a été divertissante et intéressante sous certains aspects, je dois avouer que le charme n’a malheureusement pas opéré chez moi et que j’ai un peu de mal à comprendre tout l’engouement qu’on prête à ce roman, tout en lui reconnaissant ses qualités. Je ne sais si c’est du au style d’écriture ou aux personnages, pour la plupart oubliables et peu attachants, ou si ce n’était tout simplement pas le bon moment pour moi de découvrir ce roman.



Concernant les personnages, il n’y a bien que Darcy et Elizabeth pour se démarquer. Le premier n’étant pas toujours sympathique mais suffisamment énigmatique et intéressant pour me subjuguer et me faire attendre chacune de ses scènes. Quant à Elizabeth, elle a une répartie qui fait plaisir, une certaine indépendance, un comportement qui frise parfois l’insolence jusqu’à me faire lever les yeux aux ciel mais qui laisse de la place à un développement de personnage plutôt intéressant. En effet, blessée dans son orgueil suite à une remarque que Darcy a faite à son sujet, Elizabeth a décidé de se forger sa propre opinion de Darcy, alimentée par les ragots d’une tierce personne, et de se montrer insolente et provocatrice en sa présence, comme pour se venger de la mauvaise impression qu’il lui a laissé au départ. Bien-sûr, tous deux sont en tord. Darcy a fait une remarque sur Elizabeth sans avoir pris la peine de la connaître avant et Elizabeth, offusquée, a décidé de le détester depuis ce jour et s’est formée sa propre image de lui avec les préjugés qu’elle lui porte. Tous deux se sont faits une image de l’autre, sans apprendre à le connaître.



Au fil du roman, nos deux futurs tourtereaux vont apprendre à se connaître, avec Darcy qui va finalement tomber sous son charme et je dois avouer que c’était très divertissant de le voir aussi courtois avec elle avec notre héroïne qui ne se doute pas un instant de la raison de son étrange comportement et qui se demande bien quelle mouche l’a piquée. J’ai aimé leur dynamique, avec un Darcy d’abord fort peu courtois puis maladroit dans sa façon d’agir avec Elizabeth pour finir par tomber sur son charme et toutes les attentions qu’il fera pour elle, puis les piques d’Elizabeth qui finira par voir que, malgré sa clairvoyance dont elle est si fière, la vanité et sa fierté l’auront bien aveuglé parce qu’elle a été froissée par Darcy à leur première rencontre. Tous deux ont un développement de personnage plutôt intéressant, une occasion pour l’auteure de nous faire ces morales intemporelles : il ne faut pas toujours se fier à la première impression, les apparences sont parfois trompeuses, il faut apprendre à connaître avant de juger, etc.



Les autres personnages sont assez oubliables et peu attachants, outre une petite poignée. Je pense notamment à Jane, sœur aînée d’Elizabeth, qui sont toutes les deux très proches, autant des amies et confidentes que des sœurs, Mr Bennet est assez amusant dans son humour grinçant (ses remarques à l'encontre de ses filles ou de sa femme sont cependant parfois cruelles, même si elles sont drôles...) et Mrs Bennet est amusante aussi mais à travers le ridicule de son comportement avec son insistance à marier toutes ses filles à tout prix et les sempiternelles allusions à ses « pauvres nerfs ». Sinon, les autres personnages et notamment la sœur de Bingley ou les autres sœurs d’Elizabeth (surtout Lydia) sont tout simplement agaçants.

J’ai eu beaucoup de mal à avancer dans ma lecture. Il faut dire qu’il ne se passe vraiment pas grand-chose. On suit simplement la famille Bennet et le train train quotidien de la petite bourgeoisie anglaise du XIXe siècle avec ses bals et autres rencontres mondaines, les éternels cancans, et qu’est-ce qu’il y en a ! à peine un personnage quittait la pièce, les autres occupants de la pièce s’empressent de raconter sur son dos. Ça jacasse, ça caquette, ça raconte sans cesse sur les uns et les autres, et qu’est-ce que c’est agaçant ! Je me rends pourtant bien compte que c’était délibéré de la part de Jane Austen qui a choisi, dans son roman, de nous peindre, voire dénoncer et se moquer de la petite bourgeoisie anglaise de son époque. Comme quoi, l’Humanité n’a pas changé depuis tout ce temps !



Bien-sûr, j’admets bien volontiers que, derrière ces occupations frivoles, les thèmes abordés par Jane Austen sont plus profonds et portent sur la condition féminine à son époque. Il n’y a en effet pas de vie pour une femme en dehors du mariage, et si les tentatives de Mrs Bennet de marier à tout prix ses filles peuvent nous paraître dérisoires, il se cache une réalité plus dure. C’est pour échapper à la disgrâce ou la pauvreté et la misère que ces filles sont poussées au mariage. Le mariage leur apporte une place dans la société mais c’est surtout une sécurité, c’est la garantie d’avoir quelqu’un pour subvenir à ses besoins, lui offrir un foyer qu’elle devra gérer, en plus de la descendance à assurer. Le fait que Jane Austen ait pu dénoncer tout cela à son époque force quand même l’admiration !



Le roman n’est donc pas dénué d’intérêt, et je lui reconnais bien volontiers ses qualités. Le fait est que je me suis quand même ennuyée pendant une bonne partie de ma lecture. Peut-être avais-je besoin d’une intrigue pour que ce roman me passionne, ou d’un contexte autre que cette vie au quotidien, ou peut-être ce contexte de quotidien de cette gentry n’a tout simplement pas suffi à m’intéresser, notamment avec la vie oisive de ces dames et messieurs qui n’ont comme soucis que les papotages, les mariages, les réceptions, les chasses, etc.



Darcy (Matthew Macfadyen) et Elizabeth (Keira Knightley)
dans l'adaptation de 2005


Heureusement qu’il y a des dialogues pour rendre le récit plus vivant et quelques touches d’humour et de sarcasmes toujours bienvenues. Cela dit, je n’ai pas toujours adhéré au style d’écriture. Jane Austen a une jolie plume mais son charme n’a pas entièrement opéré sur moi, j’ai même parfois trouvé son écriture alambiquée, avec de grandes phrases pour ne pas dire grand-chose au final et certaines scènes, que j’aurais aimé voir à travers des dialogues, qui ne sont que des paragraphes [spoiler] par exemple, la seconde demande en mariage de Darcy et Elizabeth qui consent, et le bonheur qu’ils partagent suite à cela [/spoiler]



J’aurai donc enfin découvert ce classique. Je ne suis malheureusement pas tombée sous le charme, ni ai compris tout l’engouement autour de ce roman. Cela dit, il n’est pas dénué d’intérêt ou de qualités, il possède de nombreux aspects positifs, mais ma lecture fut tout de même très laborieuse et je me suis souvent ennuyée. Cela dit, je suis contente d’avoir enfin pu découvrir cette œuvre majeure de la littérature anglaise, et de faire enfin connaissance avec Monsieur Darcy !


- Arrivez ici, mademoiselle, lui cria son père dès qu'elle parut. Je vous ai envoyé chercher pour une affaire importante. Mr Collins, me dit-on, vous aurait demandée en mariage. Est-ce exact ? 

- Très exact, répondit Elizabeth.

- Vous avez repoussé cette demande ?

- Oui, mon père.

- Fort bien. Votre mère insiste pour que vous l'acceptiez. C'est bien cela, Mrs Bennet ?

- Parfaitement ; si elle s'obstine dans son refus, je ne la reverrai de ma vie.

- Ma pauvre enfant, vous voilà dans une cruelle alternative. À partir de ce jour, vous allez devenir étrangère à l'un de nous deux. Votre mère refuse de vous revoir si vous n'épousez pas Mr Collins et je vous défends de reparaître devant moi si vous l'épousez.

Elizabeth ne put s'empêcher de sourire face à cette conclusion inattendue.

vendredi 28 juillet 2023

Rebecca - Daphné du Maurier.


Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? 

Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman - popularisé par le film d'Hitchcock - dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. 

Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude.



J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley.


C’est l’histoire d’une jeune orpheline qui exerce comme dame de compagnie à une employeuse qu’elle a bien du mal à satisfaire. Un jour, elle rencontre Maxime de Winter, beau, riche et veuf, pendant leur séjour à Monte Carlo. Une idylle naît entre eux et, très vite, Maxime lui demande sa main en mariage et ils profitent d’une lune de miel tranquille en Italie avant de ramener sa jeune épouse dans sa belle et ancestrale demeure à Manderley, au sud de l’Angleterre. Jusqu’ici, cette histoire a des airs de conte de fées, mais notre narratrice va vite s’apercevoir que sa belle histoire va s’accompagner de touches bien amères alors qu’elle découvre l’emprunte encore vive de Rebecca, la précédente Mrs de Winter sur Manderley et ses occupants.



J’avais déjà vu au préalable l’adaptation de 2020 ainsi que le musical allemand, ainsi l’histoire n’a pas eu de mystère pour moi. Cela dit, ce sont les adaptations qui m’ont poussé à découvrir le roman d’origine, ce que je ne regrette pas tant la lecture fut addictive ! La plume de Daphné du Maurier est exquise, elle n’a pas son pareil pour décrire l’être humain dans toute sa complexité, pour construire une intrigue maîtrisée et nous fournir une ambiance pesante, voire gothique.



L’histoire commence sur un ton léger, sous le soleil de Monte Carlo, alors que la narratrice et Mr de Winter font connaissance puis passent leurs journées ensemble. Lui qui était si sombre semble retrouver le sourire face à la naïveté toute enfantine de celle qui deviendra sa seconde épouse. Puis, tout change lorsque le jeune couple arrive à Manderley. Tout au sein de l’illustre demeure rappelle Rebecca. La maison a été décorée selon son goût, les domestiques continuent de faire les choses à la façon dont elle le désirait et toute l’aile ouest, où elle logeait, garde les empruntes de l’épouse disparue. Tout a été laissé à l’identique dans sa chambre, comme un musée à son honneur. Au sein du manoir et dans la région alentour, on ne parle que de Rebecca. Rebecca et ses longs et magnifiques cheveux, Rebecca qui savait si bien entretenir ses hôtes, Rebecca qui excellait à l’équitation et naviguait avec brio, Rebecca et son sourire, qui charmait chaque personne qu’elle rencontrait. Tout ne semble être que perfection chez Rebecca et Rebecca est le sujet sur toutes les bouches.



La narratrice : I didn't sign up for this!


La narratrice se rend compte, plus que jamais, de l’influence que Rebecca avait et combien elle n’est pas ce à quoi l’entourage de son mari, ainsi que les domestiques et locaux, s’attendaient. De nombreux non-dits, sous-entendus et comparaisons font que la narratrice se fait une idée sur qui était Rebecca et qu’elle se sente progressivement inférieure à elle, gauche et insignifiante. Il faut dire qu’elle entre dans un monde qui lui est inconnu, d’autant plus que ses origines sont très modestes à l’inverse de son époux bien né, et elle craint de ne pas être à sa place et de ne pas savoir bien faire les choses. Elle n’a pas l’assurance qu’elle souhaiterait avoir et le faste de Manderley qu’on attend d’elle lui pèse. Pour ne pas déplaire, elle décide de ne rien changer à Manderley et de ne pas effacer la présence de la si regrettée Rebecca. Son mari n’est pas d’une grande aide, se fermant à sa jeune épouse dès qu’elle tente d’en savoir plus sur sa vie d’avant et sur Rebecca.



J’ai beaucoup aimé suivre notre héroïne. Pourtant, nous savons si peu de choses sur elle. Nous ignorons son nom (on sait juste qu’elle a un prénom assez inhabituel), son âge (hormis le fait qu’elle soit jeune), son passé (juste qu’elle est orpheline). C’est une jeune femme timide, maladroite, douce, effacée et qui manque cruellement de confiance en elle (trop, diront certains). Elle tente de se faire une place à Manderley mais semble accumuler les maladresses et craint que son mari pense encore à sa première épouse et regrette de l’avoir épouse, elle. Il faut dire que le comportement des gens autour d’elle l’intrigue tout comme cela l’angoisse progressivement. Elle est influençable et interprète la moindre chose avec une tendance à s’imaginer les pires scénarios… parfois à l’extrême (son mari est en retard, elle s’imagine qu’il a eu un accident sur la route et se voit déjà veuve ; elle passe devant des gens qui éclatent de rire, elle s’imagine qu’ils se moquent d’elle car elle n’est pas comme Rebecca, etc), et j’avoue m’être reconnue plus d’une fois en elle mais, je l’espère, que je n’ai jamais été aussi loin dans ma proportion à me faire des films ! Fort heureusement, notre héroïne va savoir évoluer et gagner peu à peu en assurance et s’imposer comme Mrs de Winter, la nouvelle maîtresse de maison et une femme sur laquelle sa famille peut compter en toute circonstance. Ce fut un plaisir de voir son évolution !



Le personnage de Maxime est intriguant, on ne sait pas toujours sur quel pied danser avec lui. Il est tantôt froid et distant, tantôt colérique, tantôt calme. C’est un homme avec un sombre vécu qui veut à tout prix s’éloigner d’un passé qui ne cesse de le hanter et cela l’empêche parfois de témoigner de l’affection à sa jeune épouse. Il peut toutefois être très tendre avec elle, tout comme il peut être assez paternaliste. J’ai beaucoup aimé le personnage de Frank, domestique et ami de longue date de Maxime, ainsi que Béatrice, la sœur de Maxime, qui ne mâche pas ses mots, qui est vigoureuse, franche et parfois rentre-dedans mais qui a bon cœur et qui s’attache à la narratrice.




Rebecca a connu de nombreuses adaptations sur petit et grand écran, au théâtre comme
sur la scène musicale. La plus connue étant le film d'Hitchcock (1963) et la plus récente
étant celle de Netflix (2020)


Je ne peux pas parler du roman sans parler de Mrs Danvers, la gouvernante ainsi que l’ancienne dame de compagnie de Rebecca, toujours vêtue de noir avec un chignon serré. Elle voue un véritable culte à sa maîtresse et ne s’est jamais remise de sa disparition. Son attitude envers la nouvelle Mrs de Winter est glaciale, elle n’aura de cesse de faire comprendre à celle qu’elle considère comme une usurpatrice qu’elle est bien en-dessous de Rebecca et qu’elle n’a rien à faire à Manderley. Son animosité envers la narratrice ainsi que sa dévotion presque religieuse à Rebecca la font parfois s’approcher de la folie. C’est un personnage complètement dérangée et elle nous inspire de la répulsion mais aussi de la curiosité car c’est un bien étrange animal, cette Mrs Danvers.



Évidemment, la grande absente du roman mais qui brille paradoxalement par son omniprésence, c’est Rebecca. Bien que morte, son aura et sa personnalité ont marqué les lieux et les esprits.  Son ombre plane sur Manderley et le couple, à tel point que la narratrice souffre d’un complexe d’infériorité et finit par douter même de la réussite de son mariage... Même un an après sa mort, tout le monde continue de parler de Rebecca et de la regretter. Il faut dire qu’elle a disparu de façon brutale et dans des circonstances tragiques. L’affaire de sa mort a été close comme étant une mort accidentelle, mais de nouveaux événements vont amener à rouvrir le dossier, donnant à la narratrice l’occasion de voir se dévoiler peu à peu la véritable personnalité de Rebecca et les véritables circonstances de sa disparitions. Même après sa mort, Rebecca n’a pas fini de surprendre !



Le roman alterne entre description de la vie quotidienne de la nouvelle Mrs de Winter et une enquête pour lever le voile sur les circonstances de la mort de Rebecca, le tout avec Manderley comme cadre, cette ancienne demeure au bord de la mer, fleurie à outrance, avec ses fêtes inoubliables. L’intrigue, qui commençait sous des tons légers, devient progressivement lourde, pesante, étouffante. Le suspens monte crescendo. Daphné du Maurier décrit à la perfection les peurs psychologiques de son héroïne et la personnalité perverse de Rebecca qu’elle a su dissimuler avec une efficacité diabolique. J’ai vraiment été  happée par l'histoire et ses rebondissements. J'ai marché sur les traces de Rebecca autant que la narratrice, avec la curiosité malsaine et pourtant légitime de tout découvrir sur elle... 



Si je devais relever un bémol, c’est la fin brutale. Il m’a fallu relire le début du roman pour me remémorer la suite des événements (l’histoire nous est narrée par notre héroïne après les événements du roman) et même ici, ce n’est pas évident de comprendre [spoiler] que l’incendie de Manderley était criminel mais sans deviner avec exactitude qui en est l’auteur [/spoiler]. Toutefois, ce fut un classique que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et qu’il y a tant de choses à dire et à retenir sur ce roman, mais ma critique étant déjà bien assez longue, je n’en dirais pas plus !


Il se tourna vers moi.  
« Tout à l'heure, vous avez parlé d'une invention, un procédé pour capturer les souvenirs. Vous m'avez dit que vous voudriez pouvoir revivre le passé quand bon vous semble. Je crains de ne pas voir tout à fait les choses comme vous. Mes souvenirs sont amers, et je préfère les ignorer. 
Un événement s'est produit il y a un an qui a bouleversé ma vie, et je veux oublier chaque phase de mon existence jusqu'à cette date-là. Cette époque est terminée. Rayée de ma mémoire. Je dois repartir à zéro. Le jour de notre rencontre, votre Mme Van Hopper m'a demandé pourquoi je venais à Monte Carlo. Ces souvenirs que vous rêvez de ressusciter, son indiscrétion les a étouffés. Il arrive qu'ils s'échappent quand même, bien-sûr : parfois le parfum est trop puissant pour le flacon, et trop puissant pour moi. Le démon que j'ai en moi, comme un voyeur perfide, essaie d'arracher le bouchon. C'est ce qui s'est passé lors de notre première sortie ensemble. Quand nous sommes montés dans les collines et que nous avons regardé le précipice. J'étais déjà venu là, il y a quelques années, avec ma femme. 
Vous m'avez demandé si l'endroit était toujours pareil, ou s'il avait changé. Il était exactement pareil, mais, à mon grand plaisir, les lieux m'ont laissé froid. Rien ne m'évoquait la fois précédente. Aucune trace de notre passage à elle et moi. Peut-être parce que vous étiez là. Vous savez, vous m'avez fait oublier le passé bien plus efficacement que toutes les attractions de Monte Carlo. Sans vous, je serais parti depuis longtemps, pour l'Italie, la Grèce, peut-être plus loin encore. Vous m'avez épargné toutes ces errances. »

lundi 10 juillet 2023

Le Roman de la Momie - Théophile Gautier.


Pharaon aime Tahoser qui aime Poëri. C'est à son retour d'Éthiopie que Pharaon porte un regard chargé de volupté sur la fille du grand prêtre. Lui qui rentre couvert de gloire, lui qui n'a plus rien à désirer du monde, roi, presque Dieu, se sent soudain esclave de la jeune Égyptienne. 

Mais Tahoser, merveille de beauté et de grâce, se languit d'un jeune homme aux prunelles sombres qu'elle a entrevu sur la terrasse luxuriante d'une maison. Aussi n'hésite-t-elle pas à se dépouiller de toute sa splendeur pour conquérir le cœur de Poëri l'exilé, l'Hébreu... 

Fastueuse histoire d'amour qu'un jeune lord anglais découvre dans le papyrus d'une tombe inviolée de la vallée des Rois. Ci-gît, avec encore toute l'apparence de la vie, une jeune femme morte depuis plus de trente siècle.



Décidément, entre la momie d’Anne Rice et celle de Théophile Gautier, les momies ne sont pas l’unanimité chez moi !


Le roman avait pourtant tous les ingrédients à sa disposition pour me plaire. Le cadre de l’Égypte antique, le mystère autour de la vie d’une momie qui se dévoile peu à peu, des références bibliques.


Au final, ce fut une victoire que de parvenir à achever ce roman. J’ai eu beaucoup de mal à avancer, ce n’est qu’à partir de la page 160 de mon édition que je suis parvenue à véritablement entrer dans l’histoire et me laisser entraîner par elle. J’attendais désespérément que quelque chose se produise, histoire de ne pas finir assommée par tant de descriptions, un point qui m’a d’ailleurs surpris car je n’avais pas eu cette impression avec La Morte Amoureuse. À croire que l’auteur a amassé tout ce qu’il pouvait en connaissances sur l’Égypte antique (ses monuments, les vêtements, chaussures, bijoux, etc) pour en tartiner son roman et faire ainsi rêver ses contemporains.


Les premières pages nous plongent en plein milieu du XIXe siècle. Un jeune aristocrate anglais, Lord Evandale, et un égyptologue allemand, le docteur Rumphius, explorent une tombe inviolée grâce à l'aide d'un escroc grec dénommé Argyropoulos. Ils y découvrent le sarcophage d’un pharaon mais, lorsqu’ils l’ouvrent, ils découvrent non pas le pharaon reposant pour l’éternité mais la momie parfaitement bien conservée d’une jeune femme de grande beauté. Près de la momie, un papyrus que le Dr Rumphius va déchiffrer, révélant les secrets de l’histoire de cette mystérieuse jeune femme, Tahoser.


L’écriture est indéniablement belle, riche, esthétique mais le récit est vraiment noyé par de trop nombreuses descriptions et de phrases longues. L’auteur est vraiment très perfectionniste et minutieux dans son écriture, rien n’échappe à sa plume. Tout est décrit dans les moindres détails. Le pharaon entre dans une pièce ? Description de A à Z de la pièce, son décor, description du physique, des bijoux et des vêtements des danseuses ou des serviteurs et, ce, sur plusieurs pages. L’héroïne va d’un point A à un point B ? Longues descriptions des lieux qu’elle traverse. Bref, le récit est trop descriptif à mon goût et si je reconnais toute la beauté et la richesse de l’écriture, l’avancée dans le récit fut vraiment très laborieuse, surtout pendant la première moitié du roman.



Le démaillotage de la momie de Tahoser, par Alex Lunois (1901)
35 siècles après et pas une seule ride !

Ce n’est que lorsque Tahoser décide de fuir son palais pour aller à la rencontre de Poëri que le récit prend une autre dimension. Si l’auteur reste toujours dans la description, l’action commence à s’installer de plus en plus avec la tension amoureuse entre Tahoser, Pharaon et Poëri, et que les références bibliques n’apparaissent à travers l’histoire de Moïse.


Pourtant, le paradoxe est que j’ai été à la fois assommée par les nombreuses descriptions mais qu’elle a su me charmer à certains moments. On ne peut nier la volonté de l’auteur de nous transporter ailleurs le temps de son récit, de nous faire rêver et voyager, de nous présenter une Égypte antique aussi fidèle possible et aussi vraie que nature. Si l’omniprésence et la longueur des descriptions a eu raison du charme qui avait opéré chez moi, je ne peux nier que l’auteur a réussi malgré tout. Si j’ai achevé le roman, l’Égypte antique demeure présente dans mes pensées et je ne demande qu’à replonger dans un autre ouvrage sur cette fascinante époque. Vous comprenez pourquoi je parle de paradoxe ?


Le roman de la momie n’est pas qu’un condensé de descriptions sur l’Égypte antique. Il y a de la romance et de la tragédie à la clé ! Courant romantique oblige, on découvre la thématique du triangle amoureux. Tahoser, fille d’un grand prêtre d’Égypte, n’a que seize ans lorsqu’elle tombe amoureuse d’un homme plus âgé qu’elle : Poëri. Or, ce dernier n’appartient pas à la même classe sociale et au même peuple qu’elle car Tahoser est Égyptienne et Poëri est Juif. Autre obstacle, il aime Ra’hel d’un amour partagé. Alors que Tahoser se languit de son aimé, désespérant qu’il la remarque un jour, elle est remarquée elle-même, sans le savoir, par le pharaon qui n’aura de cesse de la faire chercher dans toute l’Égypte.


Les personnages sont efficaces sans pour autant être mémorables. Pharaon est un poil obsédé et colérique, mais beau parleur tout de même, avouons-le. Tahoser est plutôt moderne pour son époque. Elle ne reste pas dans l’inaction et cherche à prendre en main son destin et de la faire avancer, elle essaye de changer sa vie. Même lorsqu’elle se soumet au désir de pharaon, elle n’est forcée en rien et il attend patiemment son amour. Ce n’est lorsque pharaon se dévoile davantage comme humain que comme divinité vivante qu’elle commence à l’aimer. Le récit n’en demeure pas moins tragique pour autant. Ra’hel a une personnalité assez attachante et Poëri remplit bien son rôle.


Le récit biblique s’incorpore bien à l’histoire égyptienne et nous (re)découvrons à travers Tahoser l’histoire de Moïse, les plaies d’Égypte et l’exode des Juifs hors d’Égypte et peu à peu les morceaux se recollent concernant l’histoire de Tahoser par rapport à ce que nous avons découvert au début du roman.


Le roman de la momie est un classique dont la lecture fut laborieuse, toutefois je suis finalement contente de l’avoir découvert. Si l’auteur est très pointilleux dans son récit, nous offrant des descriptions à n’en plus finir, il est malgré tout parvenu à me faire voyager et à m’entraîner dans l’histoire, bien que ce fut long à démarrer !


« – Et si j’en aimais un autre ?”

Pharaon mordit violemment sa lèvre inférieure ; puis il se calma et dit d’une voix lente et profonde :

“Quand tu auras vécu dans ce palais, au milieu de ce splendeurs, entourée de l’atmosphère de mon amour, tu oublieras tout. Ta vie passée semblera un rêve ; la femme aimée d’un roi ne se souvient plus des hommes. Va, viens, accoutume-toi, commande, fais, défais ; je te donne l’Égypte. Si le monde ne te suffit pas, je conquerrai des planètes, je détrônerai les dieux. Tu es celle que j’aime. Tahoser, la fille de Pétamounoph, n’existe plus.” »

jeudi 8 décembre 2022

Un chant de Noël - Charles Dickens.



C'est la veille de Noël, les rues sont animées et chacun prépare joyeusement le réveillon. Le vieux Scrooge, avare et solitaire, est furieux. Il refuse l'invitation de son neveu et s'enferme chez lui. 

C'est alors que le fantôme de son ancien associé lui apparaît, suivi bientôt de trois autres spectres plus inquiétants les uns que les autres. Scrooge est entraîné malgré lui dans un fabuleux voyage à travers le temps.




Si je vous demande de citer un exemple de conte de Noël, il y a de fortes chances pour qu’Un chant de Noël soit cité et à raison. Je pense que c’est l’un des classiques dont on connaît les grandes lignes de l’histoire, sans même l’avoir lu. Il faut dire que le message universel qu’elle dégage a rendu l’histoire adaptable sur les écrans. Il faut dire que ce conte de Noël populaire, qui a un grand impact culturel, a connu moult adaptations et a été cuisiné à toutes les sauces. Pour n’en citer qu’un, le célèbre oncle Picsou s’appelle Scrooge McDuck dans la version originale, d’après le célèbre personnage de Dickens, et cette histoire a connu une nouvelle adaptation animée cette année sur Netflix qui nous a offert un Scrooge, ma foi, pas vilain du tout à regarder, hem hem.



Ebenezer Scrooge est un vieil homme cupide et solitaire, rongé par l’avarice. Il ne pense qu’à ses affaires. Rien ne saurait le perturber. Ni le plus chaud des étés ou le plus froid des hivers, et encore moins la fête de Noël, symbole de joie et de paix sur terre ainsi que du partage, de la générosité, de l’amour. C’est ainsi qu’à la veille de Noël, Scrooge envoie balader son neveu, pourtant venu l’inviter à sa réception de Noël, traumatise deux gentlemen venus récolter de l’argent pour les nécessiteux, et octroie bien malgré lui un jour de congé à son commis pour cette fête dont il ne ressent aucun attachement. Rien n’y fait. Scrooge est réticent à toute forme de gentillesse ou de générosité. Il se ferme au monde comme une huître dans sa coquille. Ne croyez pourtant pas qu’il se réserve tout son luxe pour lui, non. Scrooge vit dans une immense demeure froide et obscure. Tout ce qui compte pour lui est son travail et gagner de l’argent. Fêter Noël en famille ? Sottises ! Faire un don pour aider les pauvres ? Les hospices et les prisons ne sont-elles pas là pour les loger ?



Mais alors qu’il se prépare à passer Noël dans la solitude de sa maison, le fantôme de son défunt associé, Jacob Marley, lui apparaît pour le mettre en garde : s’il ne change pas sa façon de penser, il ne pourra jamais trouver le repos dans l’au-delà et sa cupidité ne fait que lui ajouter une chaîne l’entravant pour une éternité troublée, comme tel est le cas pour Marley. À cette intention, Scrooge recevra la visite de trois esprits après minuit. Le fantôme des Noëls passés, le fantôme des Noëls présents et le fantôme des Noëls à venir.




J’ai été séduite par ce concept de fantômes de Noël, chacun a sa propre caractéristique physique et chacun montre les Noëls de la vie de Scrooge à un moment de sa vie, l’amenant peu à peu à prendre conscience que son comportement ne fera que le mener davantage dans la solitude et la misère même au-delà de la mort. Avec le fantôme des Noëls passés, nous découvrons l’enfance solitaire de Scrooge dans un pensionnat, enfant isolé habitué aux Noëls maussades. Cependant, on lui découvre un ami au temps où il était apprenti et avec un maître bon que Scrooge respectait, ainsi qu’une histoire d’amour qui a bien commencé avant d’être avortée par l’amour grandissant de Scrooge pour l’argent. On découvre donc un garçon comme tous les autres avec sa souffrance et ses joies. Avec le fantôme des Noëls présents, nous assistons en même temps que Scrooge au Noël organisé par son neveu – qui aime son grincheux d’oncle, malgré tout, et boit à sa santé tout en regrettant son absence, ainsi que le Noël de Bob Cratchit, le commis de Scrooge, qui vit dans la pauvreté avec sa grande famille, dont Tiny Tim, rongé par la maladie, mais qui passent Noël dans la bonne humeur, malgré leur maigre festin. Vient ensuite le troisième esprit montrant à Scrooge les Noëls à venir, ce qu’il risque de se produire s’il ne fait rien.



À travers ces incroyables voyages à travers le temps, Scrooge va peu à peu s’ouvrir à l'esprit de Noël, particulièrement à travers le personnage de Tiny Tim, qui parvient à éveiller chez Scrooge de la compassion. Les esprits de Noël mettent Scrooge face à ses actions en montrant quelle opinion en ont les gens qui l'entourent, et lui font sentir l'erreur dans laquelle il se trouve en lui renvoyant ses propres paroles.



L’histoire de Scrooge est bien sûr prévisible. Le vieux grincheux antisociable va changer de mentalité à la suite de la visite marquantes de ces trois esprits qui n’y vont pas de main morte avec lui. Scrooge est confronté à son passé, ce qui rouvre ses blessures. Il découvre également ce que son entourage pense de lui, des choses belles que certains pensent de lui malgré son comportement mais aussi ce que le monde pensera de lui à sa mort. Il voit qu’au bout du compte, toute sa belle fortune ne lui servira à rien ainsi que les graves conséquences de son égoïsme. Il n’a pas besoin de tant d’argent et qu’en s’ouvrant aux autres, en étant généreux, il ne connaîtra plus les Noëls froids et solitaires et ne vivra plus jamais sans l’amour des siens.


J’ai beaucoup aimé le personnage d’Ebenezer Scrooge qui est attachant, malgré son statut de anti-héros. Il est riche, sans profiter de sa richesse pour vivre dans le luxe. On ne peut que compatir face à son enfance triste et solitaire. On découvre qu’il peut faire preuve d’amour, il l’a montré avant qu’il ne change pour le pire. On peut considérer dans un sens qu’il s’est forgé une protection suite à son passé et qu’il se plonge dans son travail au point d’en oublier le monde qu’il entoure. Ainsi, en voyant certains personnages rabaisser Scrooge, même en sachant qu’il le mérite, cela m’a fait avoir de la peine pour le personnage. J’ai toutefois un grief concernant le personnage en lui-même et l’histoire. Les changements de Scrooge ainsi que ses prises de conscience se produisent un peu trop rapidement. Les fantômes parviennent effectivement assez vite à le convaincre de changer. J’aurais aimé que ce changement se fasse de façon progressive, voir le changement se faire petit à petit, avec Scrooge qui continue de se borner malgré les changements qui s’opèrent pour enfin avoir un magnifique final. Je trouve qu’il y avait également matière à approfondir le personnage – surtout lorsque nous découvrons son passé – pour mieux comprendre comment il est devenu froid et aigri, car la partie sur son passé m’a laissé sur ma faim.



Après, je me rends bien compte qu’il s’agit d’un conte. Il faut prendre l’histoire telle quelle et ne pas s’attendre à une histoire complexe et approfondie. C’est fait pour être court et le récit remplit sa fonction de conte avec sa morale, sa magie et son ambiance fantastique. Mais – au-delà de l’aspect du conte – c’est un hymne à la bonté, au partage et aux valeurs de Noël que nous offre Dickens. C’est un message aux grandes fortunes de ce monde pour les encourager à faire preuve de générosité, d’empathie et de mansuétude.



En bref, Un chant de Noël est un conte classique tout doux, agréable à lire . De plus, l'auteur offre une belle immersion au cœur du Londres victorien, où ses habitants vivent dans la richesse ou dans la misère. Ce grand classique de noël aura su me charmer, sans me surprendre puisque je connaissais déjà l’histoire. Un roman qui mérite bien sa place parmi les grands classiques de Noël. Je trouve juste regrettable que ce ne soit pas devenue une véritable tradition de Noël, d’avoir trois esprits qui hantent un millionnaire ou milliardaire pour en faire quelqu’un de généreux.


« ― Ne vous fâchez pas, mon oncle. Allons, venez dîner demain chez nous. »

Scrooge déclara qu'il verrait son neveu aller au d... Oui, il employa cette expression blasphématoire et déclara qu'il verrait son neveu réduit à cette extrémité, avant que d'accepter son invitation.

« Mais pourquoi ? s’écria le neveu de Scrooge. Pourquoi ?

― Pourquoi vous êtes-vous marié ? demanda Scrooge.

― Parce que j’étais amoureux.

― Parce que vous étiez amoureux ! grogna Scrooge, comme si c’était la seule chose au monde qui fût plus ridicule encore que de fêter Noël. Bonsoir ! »

Premier couplet - Le fantôme de Marley.