dimanche 25 novembre 2018

Bohemian Rhapsody


Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.


On ne présente plus Queen, ce groupe britannique de rock devenu culte, ni son chanteur, le si flamboyant Freddie Mercury qui nous a quitté il y a 27 ans hier. Quand on y pense, que cette célèbre personnalité et au groupe auquel il a appartenu aient droit à leur propre film, ça n'a rien de surprenant en soi.

Bohemian Rhapsody est donc un biopic retraçant l'histoire du groupe, et plus particulièrement celle de son chanteur. Les grandes étapes de sa vie sont évoquées : la vie avant Queen lorsqu'il n'était que Farrokh Busara ; sa rencontre avec Brian May et Roger Taylor, alors musiciens dans un groupe de musique pour étudiants et l'appropriation de ce groupe qui donnera naissance à Queen ; les premiers succès du groupe, rejoint par son dernier membre, John Deacon ; son baptême autoproclamé en Freddie Mercury ; sa relation avec Mary Austin son premier amour ; comment il a révolutionné le monde de la musique à l’époque, son insolence assumée devant les pontes des maisons de disques, les hauts et les bas de la gloire, sa sexualité, sa rencontre avec Jim Hutton, celui qu'il considérera comme son mari, ses nombreux chats, etc. C'est l'histoire d'un Freddie flamboyant, terriblement doué et audacieux, mais parfois seul...

Lorsque je suis allée voir ce film pour la première fois, je ne connaissais que très peu de choses sur Queen mais j'appréciais assez ce groupe, et surtout son chanteur, pour être attirée par l'idée de ce biopic. Puisque je n'étais pas une puriste, j'ai été éblouie par le film, et ignorante des changements décidés par les producteurs. J'avais été si conquise par ce film qu'en sortant de la salle de cinéma, je n'avais qu'une envie : en apprendre le plus possible, et écouter encore une fois leurs chansons pour rêver à nouveau. Maintenant que j'en sais un peu plus sur le groupe, je suis allée revoir le film avec un œil plus critique, et assez déroutée par les différences par rapport à la réalité historique. Le personnage de Mary Austin, notamment, dont le rôle a été magnifié à l'extrême et à qui les producteurs ont donné beaucoup plus d'importance que nécessaire. Je peux comprendre l'intérêt de montrer l'importance de Mary dans la vie du chanteur, et l'attrait pour le trope "Derrière chaque grand homme, il y a une femme", mais je trouve déroutant l'importance accordée à Mary et le fait que nous voyons un Freddie pathétique car encore jaloux et possessif envers la jeune femme, alors que dans la réalité, ils sont restés de très bons amis.



Freddie Mercury au concert de
Madison Square Garden le
27 juillet 1983.

Les producteurs ont également cherché à ajouter du drame en faisant se séparer le groupe à un moment de leur carrière, lorsque Freddie a souhaité faire une carrière solo. S'il est vrai que Freddie Mercury a bien tourné quelques albums solo, il n'est ni le seul, ni le premier membre du groupe à l'avoir fait et cela n'a certainement pas fait se séparer le groupe qui, malgré des brouilles et des disputes, ne s'est jamais séparé. Cependant, les producteurs ont du décider de faire ce choix pour ajouter du drame à l'intrigue, tout comme leur choix d'avancer la date où Freddie a découvert être atteint du SIDA (il a été diagnostiqué en 1987, mais deux ans avant dans le film).


Je déplore également le fait que le personnage de Jim Hutton soit minime, puisqu'il est le dernier compagnon dans la vie du chanteur et que leur histoire d'amour était telle qu'ils se considéraient comme mariés. De ce point de vue, je partage l'avis de Rami Malek qui avait souhaité explorer davantage cet aspect de la vie du célèbre chanteur, et l'importance de la relation entre les deux hommes. Je déplore donc beaucoup de changements qui ont été fait dans ce film, même si c'était surtout pour ajouter du drame à l'histoire. J'admets néanmoins qu'adapter l'histoire de Queen, et plus particulièrement de son chanteur Freddie Mercury, est un projet ambitieux sur lequel il aurait été facile de se casser les dents, tant la vie du chanteur a été riche et flamboyante. Il y a tant à dire et seulement deux heures pour raconter le plus possible. Forcément, cela paraît peu et des éléments ont du être écartés, modifiés, sinon évoqués de façon superficielle.

Malgré ces libertés et incohérences qui me chagrinent, je trouve que Bohemian Rhapsody est un biopic relativement réussi dans l'ensemble, et que Rami Malek mérite définitivement un Oscar pour son rôle tant il a été spectaculaire ! Il a fait un travail remarquable, on voit qu'il y a mis tout son cœur et son âme et qu'il a fait du travail de recherche et s'est adapté à son look pour reprendre les faits et gestes ainsi que la façon de parler de Freddie à la perfection. Il admire énormément cet homme et ça se voit, ça se sent, et on ne peut que s'incliner face au talent de l'acteur. C'est une performance parfaitement réussie, mais les autres acteurs ne sont pas non plus en reste (notamment avec Ben Hardy qui joue Roger Taylor).

Si l'on choisit d'ignorer les incohérences prises dans le film, l'histoire est prenante. On rit et on pleure en suivant Freddie Mercury. Les chansons qui accompagnent l'histoire rythment le film et nous donne plus qu'envie d'écouter leurs chansons pour s'en imprégner encore et raviver des souvenirs grandioses de ce groupe mythique. On est vraiment pris dans l'histoire, et réécouter ces chansons est un pur plaisir !




Scène de l'enregistrement de la chanson Bohemian Rhapsody, dont le
film tire son titre. Cette chanson, que l'on disait qu'elle serait invendable à cause
de sa durée (six minutes !) est devenue l'un des plus grands succès du groupe.

Il me reste toutefois un dernier regret concernant l'histoire (attention, spoilers !) :

J'aurais voulu que le film se termine avec le groupe enregistrant The Show Must Go On, l'une des dernières chansons, la plus culte,  de Freddie Mercury et la réaction des fans écoutant ce dernier morceau, car Freddie a mis tout son cœur pour cette chanson considérée comme son testament musical. La chanson est présente uniquement dans le générique de fin, alors qu'elle aurait mérité d'avoir sa place dans ce film. 

Ce choix peut cependant s'expliquer par le fait que Freddie était déjà bien malade lors de l'enregistrement de cette chanson, et que ce biopic n'avait pas pour ambition de montrer explicitement sa maladie et ses dernières années, mais d'être une célébration de sa vie et que montrer un Freddie mal en point en train d'enregistrer sa dernière chanson aurait été contradictoire.

Je trouve cependant dommage que le film s'achève sur le triomphe de Queen lors du concert caritatif de Life Aids, alors que ce n'est pas l'apogée du groupe, et qu'il y avait encore tant à montrer ! Je peux comprendre le désir de ne pas montrer les dernières années de la vie du chanteur, mais je pense que montrer sa force de caractère lorsqu'il a fallu faire les derniers enregistrements  pour terminer sur l'enregistrement de The Show Must Go On aurait été une façon parfaite de conclure ce film.

Malgré tout, Bohemian Rhapsody est un biopic relativement réussi, malgré les nombreuses libertés prises et les incohérences par rapport à la réalité historique. Il ne faut pas oublier que, biopic ou pas, cela reste un film romancé, et qu'il ne faut pas prendre comme parole d'évangile. Malgré mes reproches et mes regrets, je reconnais que c'est un film avec de nombreuses qualités, et il ne saurait en être autrement puisqu'il a été produit avec l'aide de Brian May et Roger Taylor, tous deux membres de Queen. Malgré tous les défauts que je peux trouver à ce biopic, je ne peux nier que c'est ce film qui m'a fait redécouvrir Queen et qui m'a fait véritablement tomber amoureuse de ce groupe et de son exceptionnel chanteur...

Bref, on en prend plein la vue au niveau des costumes, des décors, de la performance des acteurs et surtout de la musique ! C'est un film qui sent bon le rock, et qui reprend la plupart des hits du groupeDans la salle de cinéma, les gens ont ri et pleuré, j'ai rarement vu ça pendant une séance et c'était une expérience merveilleuse à vivre. Est-ce un film que je recommande ? Oui, très certainement ! En gardant toutefois à l'esprit que c'est une histoire qui a été romancée et qu'il ne faut pas croire que tout ce que dit ce film est réalité ;) cependant, Queen méritait bien son biopic, et les fans apprécieront !

mardi 13 novembre 2018

Les jours sucrés - Loïc Clément et Anne Montel.


À 25 ans, Églantine apprend le décès de son père et part pour Klervi, le village breton de son enfance. Elle y retrouve sa vie d'avant, ses souvenirs et la pâtisserie paternelle (qui est désormais la sienne), mais aussi Gaël, son amoureux de l'époque, sa tante Marronde et tous les chats du village. Surtout, elle découvre le journal intime de son père. Il y a mis tous ses secrets de vie et de cuisine. Un véritable guide pour Églantine. Et si c'était l'occasion d'un nouveau départ ?


Si un jour, vous avez le moral dans les chaussettes ou tout simplement une envie d'illuminer un dimanche gris ou pluvieux, je vous conseille cette petite douceur, accompagnée d'une tasse de thé ou de chocolat chaud avec une pâtisserie ! Car oui, le moral n'est pas toujours au rendez-vous, et j'avais besoin d'un petit moment de douceur que ce titre, Les Jours Sucrés, a su m'apporter.

Dans cette histoire, nous suivons Églantine, jeune femme de 25 ans, un peu le cliché de la Parisienne stressée, ronchonne, et légèrement égocentrique, qui balance entre ses clients jamais satisfaits et une relation compliquée avec son patron. Son quotidien est bouleversé par le coup de fil d'un notaire lui apprenant le décès de son père, qu'elle n'a pas revu depuis l'enfance, et qui l'oblige à retourner dans sa Bretagne natale. À peu à l'instar du film Bienvenue chez les Ch'tis, c'est le cliché de la Bretagne grise et pluvieuse qui attend Églantine qui n'a qu'une hâte : régler au plus vite cette histoire d'héritage et reprendre la vie qu'elle a laissé à Paris. Vous vous en doutez un peu, tout ne va pas se passer comme prévu car la jeune femme apprend qu'elle hérite de la boulangerie de son père, baptisée Brav eo.

Cette histoire n'apporte évidemment pas une intrigue originale puisque c'est un thème qu'on voit souvent, particulièrement dans des feuilletons de noël. On retrouve le thème classique de la personne qui va plaquer sa vie de Parisien.ne pour la vie paisible de la province et reprendre le commerce d'un proche et le faire renaître de ses cendres. Seulement, le côté prévisible n'empêche pas de découvrir une jolie petite histoire qui fait chaud au cœur.

Nous retrouvons le thème du retour aux sources avec notre héroïne qui redécouvre sa Bretagne natale. Là-bas, elle retrouve également Gaël, son ami d'enfance qui propose du soutien-scolaire aux enfants du village, ainsi que Marronde sa tante loufoque, souvent entourée de chats et de canards. Cette bande-dessinée reprend aussi le thème des secrets de famille qui refont surface à travers la famille d’Églantine, ainsi que quelques flash-back de son enfance qui apportent un brin de nostalgie à l'ouvrage. Car, oui, si cette bande-dessinée apporte sa dose de douceur, les auteurs abordent différents thèmes tels que l'abandon, la filiation, le poids des secrets familiaux… ainsi que le problème des petites villes et des villages qui sont peu à peu désertés.

À travers cette intrigue où Églantine reprend la boulangerie et tente de la faire revivre de ses cendres, tout en étant confrontée aux souvenirs de son passé que son retour au village lui cause, nous assistons à son évolution de jeune femme blasée qui ne veut pas se reconnecter à son passé et reprendre sa vie à Paris à une personne qui va progressivement s'épanouir dans son village natal et comprendre un peu mieux son passé. Comme notre héroïne, je me suis posée des questions sur son passé, je voulais découvrir le fin mot mais au final, l'histoire se termine mieux qu'elle n'a commencé, avec Églantine qui s'est réconciliée avec son passé et qui est devenue une jeune femme plus apaisée qu'elle ne l'était au départ. 

Ainsi, malgré ses moments doux et drôles, l'histoire a ses quelques moments où l'on se plonge dans la contemplation. Alors certes, l'histoire est prévisible et cliché comme un feuilleton de noël bien guimauve, mais jamais on ne sombre dans la mièvrerie, il y a juste ce qu'il faut, comme une pâtisserie parfaitement dosée et c'est savoureux à lire !

Les dessins accompagnent très bien le côté doux de l'histoire. Le style de dessin est doux, aéré, dépourvu de cadre, au trait simple mais efficace avec des couleurs claires, dans des tons pastels, c'est semblable à de l'aquarelle et ça ne pouvait que me plaire ! L'histoire est également divisée en chapitres et chaque chapitre débute par un nom de pâtisserie (collant avec le contexte du dit-chapitre) ainsi qu'une petite scénette avec les matous du quartier, ce qui est un bonus fort appréciable ! Ajoutons à cela des personnages attachants, avec mention spéciale pour Marronde, la tante loufoque, gourmande avec un caractère fort, qui aime taquiner Mei, la collègue de sa nièce. 

Je n'ai pas grand-chose à ajouter, sans risquer de spoiler. Je retiendrais simplement des Jours Sucrés comme étant une histoire douce et réconfortante comme une pâtisserie, avec une atmosphère cosy et chaleureuse, sans excès. Bref, une bande-dessinée qui se dévore !



mardi 30 octobre 2018

Betty Boob - Vero Cazot et Julie Rocheleau.





Elle a perdu 
son sein gauche, 
son job
et son mec.
Elle ne sait pas encore,
mais c'est le meilleur jour de sa vie.





« No body is perfect »

C'est l'histoire d'Elisabeth, une jeune femme comme les autres, avec un travail, un copain, une vie tout à fait normale… jusqu'au jour où le crabe vient l'attaquer et qu'elle se réveille un jour sur son lit d'hôpital, un sein en moins. C'est l'histoire d'une jeune femme à qui on a enlevé une partie d'elle et qui va devoir réapprendre à vivre, avec cette différence…

Comme souvent, c'est sur Livraddict que j'ai découvert ce titre. Ce qui interpelle avant tout quand on commence la lecture, c'est l'absence quasi-totale de texte, de dialogue, un peu à la manière d'un film muet, ainsi que l'absence de cadre dans lequel le dessin « s'enferme », comme dans les bandes-dessinées classiques. Niveau dessin, c'est très coloré ! Nous avons une abondance de rouge, de blanc, de rose, de noir. Peut-être une explosion de couleur pour symboliser la force de vivre, de renaître après la maladie.

Il y a aussi beaucoup de mouvement, de situations burlesques, parfois un peu étranges, mais avec beaucoup de fantaisie ! Car malgré le sujet de l’œuvre, l'histoire est plutôt optimiste, ponctuée de moments drôles, décalés et tendres. Le cancer est une terrible épreuve, et si on a la chance d'y survivre, ce n'est pas sans quelques séquelles. Notre héroïne y laissera quelques plumes puisqu'elle perd son travail et son conjoint, mais dans ses malheurs elle retrouvera progressivement le bonheur. C'est donc perdre quelques plumes pour mieux reprendre son envol.

Cette histoire nous fait se poser la question : comment vivre avec un sein en moins ? Ce n'est pas une simple partie de notre corps, c'est un attribut de notre identité, de notre féminité pour beaucoup d'entre nous, et l'absence de cet attribut peut causer des séquelles psychologiques. Comment se reconstruire ? Comment ne pas avoir le sentiment d'avoir perdu une part de sa féminité ? Comment supporter le regard des autres ? Comment vivre avec cette différence ? Ce n'est évidemment pas facile pour Élisabeth qui hurle de désespoir quand elle s'aperçoit que son sein gauche lui a été retiré, et elle tente de trouver un substitut : glisser un fruit rond dans son soutien-gorge, essayer un sein artificiel que l'on peut coller à la poitrine. Et comme s'il n'était pas assez difficile d'avoir vécu cette terrible épreuve qu'est le cancer, il y a le regard extérieur – celui des proches, du conjoint, des collègues, des inconnus – qui pèse et qui rend le quotidien difficile.

Pourtant Élisabeth essaye de reprendre une vie normale : elle se pomponne, porte de jolies robes, se dandine, prépare un dîner aux chandelles pour son compagnon mais lui n'ose la regarder ou la toucher, il est penaud, il ne sait pas comment s'habituer… Un premier coup dur pour la jeune femme qui sera vite accompagné par un second lorsqu'elle se fait licencier de son travail, son physique n'étant plus considéré comme harmonieux depuis la perte d'un sein. Pourtant, dans ces malheurs, Élisabeth va se reconstruire petit à petit. Suite à une course poursuite rocambolesque après sa perruque, elle va faire une rencontre qui va changer sa vie, rencontrer des gens, des danseuses burlesques. Soutenue par cette troupe de danseuses, la jeune femme va découvrir que l’amour de soi peut prendre toutes sortes de formes et, de ce fait, va tant bien que mal se réapproprier son corps et se reconstruire.

Je n'ai pas grand-chose à ajouter, le cancer est un sujet épineux sur lequel je peine à parler, à trouver les mots justes. J'ai cependant trouvé cette bande-dessinée magnifique, qui parle de ce sujet douloureux et délicat avec beaucoup de justesse, et qui nous apporte une histoire optimiste, comme pour nous prouver que oui, il est possible de se reconstruire, de se réapproprier son corps, et de goûter de nouveau à la vie comme notre héroïne...

vendredi 26 octobre 2018

Jamais - Bruno Duhamel.



Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. 

La falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement de plus d’un mètre chaque année, emportant avec elle les habitations côtières. Le maire du village parvient pourtant, tant bien que mal, à en protéger les habitants les plus menacés. 

Tous sauf une, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine, 95 ans, refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.







De retour avec une nouvelle bande-dessinée, qui se déroule en Normandie, dans le village de Troumesnil dont la falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement d'un mètre chaque année. Le maire a toutes les peines du monde à convaincre une irréductible vieille dame qui résiste encore et toujours aux autorités municipales qui refuse de voir la menace qui pèse sur sa maison. Sa petite maison, elle y tient ! Elle ne compte pas la quitter de sitôt, et sous aucun prétexte ! Malgré l'insistance et les efforts du maire pour la déloger, Madeleine ne se montre pas prête à partir, malgré la menace pesant sur sa chère petite maison… Madeleine ne veut rien entendre, prétextant ne pas voir la falaise diminuer… et pour cause, elle est aveugle de naissance !

Le point central de cette histoire, c'est son héroïne. Madeleine. Une dame aveugle et âgée, certes, mais à qui on ne le fait pas ! Au fil des pages, nous découvrons le quotidien de cette dame : elle part faire les courses, arrose ses rosiers, nourri son chat, prépare le repas pour elle et pour son défunt mari, disparu en mer il y a des années, à qui elle parle comme s’il était toujours en vie et chaque jour, un pan de la falaise s'en va rejoindre le fond de la mer et les autorités municipales ont peine à lui faire comprendre le danger qu'elle risque en restant dans sa maison.

Le personnage de Madeleine est attachant. C'est une femme forte qui ne se laisse pas faire et à la langue bien pendue ! Il y a de quoi apprécier, voire admirer sa franchise et sa force de caractère. Pourtant c'est un personnage que j'ai eu du mal à cerner. Tout le long de la lecture, je me suis demandée si elle était consciente du danger, que sa falaise était grignotée chaque jour, si elle refusait vraiment de croire en la mort de son époux et qu'elle l'attendait encore… C'est au fil des pages que l'on découvre le fin mot de l'histoire, tous ces petits détails qu'elle ne montre à personne et au final, on en vient à ressentir encore plus d'empathie pour cette femme si forte, si courageuse et lucide. Derrière ce « fichu caractère », son ton bourru et son entêtement se cache une personne brisée par la vie qui survit tant qu'elle peut, avec sa solitude et ses souvenirs [spoiler] je trouve ça juste triste qu'elle est prête à laisser son chat mourir avec elle, même si personne ne meurt dans cette histoire ; eh oui, même si c'est de la fiction, je ne pourrais jamais supporter la mort d'un animal [/spoiler]


Je ne retiendrais pas cette bande-dessinée comme un coup de cœur, mais je ne peux pas être insensible à son message, celui de l'importance de laisser les gens décider de leur vie, ainsi que l'évocation de l’attachement à son domicile et la volonté de rester avec ses repères et ses souvenirs. Même si le sujet est, au fond, assez triste, l'histoire ne va pas dans le pathos puisque Madeleine n'est absolument pas le genre de personne à se lamenter sur son sort. Malgré les malheurs qu'elle a vécu et la solitude pesante, elle reste une véritable force de la nature… un peu à l'image de la mer bordant sa petite maison. De plus, j'ai apprécié les traits d'humour présents dans cette bande-dessinée, pas seulement à travers le caractère bien trempé de Madeleine, mais aussi celui des villageois qui ne sont pas sans rappeler ceux du village d'Astérix, ce qui n'est pas une surprise car l'auteur a ajouté quelques petits clins d’œil à Astérix, à travers les villageois dont les disputes se transforment en bagarre, ou les clients critiquant la fraîcheur des poissons du poissonnier.

L'histoire est simple, mais efficace. Le trait de Duhamel est assez classique, mais ses personnages sont très expressifs, sans oublier le décor qui donne envie de découvrir la Normandie ! On peut regretter que l'histoire reste assez courte au final, mais elle va à l'essentiel, et aborde avec efficacité des thèmes durs comme l'isolement, le handicap, le choix, etc. Je ne peux pas trop en dire sous peine de spoilers, mais j'ai passé une lecture agréable, même si peu mémorable en ce qui me concerne. Je ne regrette cependant pas ma lecture, et c'est un titre que je recommande !

lundi 2 juillet 2018

Edelweiss - Cédric Mayen et Lucy Mazel.


Été 1947 : Edmond rencontre Olympe lors d'un bal typique de l'après-guerre. Le jeune ouvrier ne se doute pas que cette bourgeoise au caractère bien trempé va bouleverser sa vie. 

Passionnée d'alpinisme, Olympe n'a qu'un rêve : escalader le mont Blanc pour égaler la prouesse de son aïeule Henriette d'Angeville. Edmond promet de l'aider à le réaliser, malgré le sort qui s'acharne. 

Si l'amour peut déplacer des montagnes, il peut aussi aider à les gravir…






Nouveau moment de creux niveau roman, du coup je me suis remise aux bandes-dessinées. J'ai repéré ce titre sur Livraddict, et j'ai été attirée par la jolie couverture ainsi que son titre. Ayant achevé la lecture, je peux affirmer que Edelweiss a su me charmer jusqu'au bout !

Cette histoire est une pure fiction, inspirée toutefois de personnages historiques et de faits réels. C'est l'histoire d'une vie, celle d'Edmond – ouvrier – et Olympe – fille de bourgeois indépendante qui travaille en tant que couturière – et d'une histoire d'amour, entre ces deux personnages mais aussi sur la montagne. Car Olympe a la montagne dans ses veines, à l'instar de sa famille, et rêve de recréer la prouesse de son ancêtre, Henriette d'Angeville, célèbre pour avoir fait l'ascension du Mont Blanc au XIXe siècle. Edmond, qui aime sa belle, s'inquiète toutefois de ce rêve risqué. La vie se construit et se poursuit autour de ce jeune couple qui fondent leur vie ensemble et qui doivent faire face aux contraintes de la vie, mais jamais Olympe n'oubliera son rêve.


Raconter l'histoire d'un couple, avec ses hauts et ses bas, n'a rien d'inédit ; elle est pourtant joliment racontée, avec beaucoup d'émotion, et on s'attache facilement à ce couple pour qui on vibre, pleure, rit. C'est loin d'être un couple parfait, notamment avec Edmond lorsqu'il grimpe les échelons et change quelque peu son comportement, et qui a souvent essayé de dissuader sa femme de poursuivre son rêve. Malgré tout, Edmond reste un personnage attachant, qui se révèle au final prêt à tout pour aider et soutenir sa femme dans les épreuves. J'ai beaucoup apprécié ce point car cela montre aux lecteurs un couple humain, réaliste. J'ai aimé suivre l'histoire de ce couple, m'attacher à eux et les voir évoluer et vieillir ensemble, et affronter les épreuves et, à travers les épreuves, en ressortir plus forts et plus soudés pour parvenir à leur rêve, au sommet de ce mont Blanc, mais aussi celui de leur vie... J'ai également beaucoup aimé la façon dont l'artiste, Lucy Mazel, choisit de représenter le temps qui passe à travers des images et non pas des dialogues, et c'est représenté simplement mais de façon poignante.

L'autre sujet de cette bande-dessinée, c'est bien évidemment la montagne, à travers le rêve d'Olympe. J'ai trouvé intéressant de la rattacher à un personnage historique qui a bel et bien existé, ce qui apporte comme une sorte de touche réaliste à l'histoire, à nous l'ancrer dans la réalité. Les moments où Edmond et Olympe gravissent les montagnes sont magnifiques, on baigne dans l'émotion et le sentiment de liberté éprouvé par les personnages est vif, et cela nous est présenté comme l’apothéose car ils ont enfin atteint leur objectif, malgré les malheurs et les difficultés, car la montagne, aussi belle soit-elle, n'en est pas moins dangereuse comme l'histoire a pu nous le montrer, la nature reste plus forte que l'homme. J'ai même cru à un moment [spoilers] qu'ils étaient mort une fois arrivés au sommet et après avoir vue l'incroyable vue que cela offrait, notamment parce qu'ils ont cru voir leurs défunts mais j'imagine que c'est l'air de la montagne avec le froid et le manque d’oxygène qui ont crée cette hallucination... [/spoilers]

En fond, l'histoire évoque aussi l'histoire de la France après la seconde guerre mondiale à travers des épisodes comme l'affirmation de la classe ouvrière ou encore la lutte pour l'émancipation des femmes (avec Simone de Beauvoir qui fait une mini apparition !). L'autre point fort de cette bande-dessinée c'est, comme vous avez pu le constater en regardant la couverture, ce sont les graphismes. Le dessin, signé Lucy Mazel, est une merveille, un bonheur pour les yeux. Le trait est fin, avec de jolies couleurs ! Je n'ai vraiment pas grand chose à redire sur cette bande-dessinée, exceptée qu'il s'agit l'une des meilleures que j'aie pu lire. L'histoire est belle et touchante, les personnages attachants et le dessin sublime, avec un beau message sur les rêves qui nous tiennent à cœur et qu'il faut persévérer pour savoir les réaliser. Bref, je recommande !

mardi 29 mai 2018

L'agence Barnett et cie - Maurice Leblanc.


Les enquêtes de l’inspecteur Béchoux piétinaient. Surgit un détective privé, de l’agence Barnett et Cie, qui, en un clin d’œil, démasque le coupable, sauve les innocents… et tout cela gratuitement ! 
Arsène Lupin, il n’y a que lui pour réussir ces exploits, oublierait de se payer, resterait insensible aux jolies choses ? Charité bien ordonnée commence par soi-même. Lupin sait mieux que personne où trouver l’argent et les objets de valeur, un fabuleux collier de perles, une lettre d’amour du roi George IV, une lettre de chantage, un titre de propriété



Je poursuis ma découverte des aventures d'Arsène Lupin, avec un recueil de nouvelles cette fois-ci, à l'instar qui s'inscrivent dans le même contexte : Arsène Lupin, s'étant pendant une période, reconverti en détective privé, résout des enquêtes là où la police échoue, en compagnie de l'inspecteur Béchoux.

Arsène Lupin, détective ! On peut penser que ça ne tient pas debout et que cela va à l'encontre du personnage, voir qu'Arsène Lupin en détective rendrait le personnage moins intéressant et lui ferait perdre ses couleurs. Il n'en est rien. On retrouve un Arsène Lupin futé, observateur, rugueux, toujours avec cette gaieté juvénile qu'on lui connaît bien... et toujours aussi coureur de jupons [spoiler] allant jusqu'à l'ex-femme de Béchoux, je peux comprendre que celui-ci ait refusé de le revoir pendant un long moment ! [/spoiler] Détective oui il l'est le temps de quelques nouvelles, mais non sans s'amuser aux dépens de l'inspecteur Béchoux. En effet, au fil de ces nouvelles, Lupin sous l'identité de Jim Barnett aide Béchoux à résoudre des enquêtes où la police piétine et l'aide à y voir plus clair. Seulement, il ne serait pas Lupin sans son sens de l'humour, et Lupin s'amuse ! Il aime le faire sortir de ses gongs, le laisser perplexe… Pire, non content de résoudre les enquêtes de Béchoux, il lui en laisse le crédit et se paie de ses efforts… en détroussant les coupables au passage, comme la nouvelle des Douze Africaines le résume si bien : "Barnett châtiait les coupables et sauvait les innocents, mais n’oubliait pas de se payer. Charité bien ordonnée commence par soi-même." ! Car oui, malgré tout, sous l'apparence du détective privé, le voleur sommeille toujours !

Ce recueil est aussi une occasion pour l'auteur d'introduire un nouveau personnage : l'inspecteur Théodore Béchoux qui, ma foi, m'a l'air assez sympathique (même si j'aurais souhaité le voir davantage efficace dans les nouvelles... il n'est pas dénué d'intelligence et de ressources, mais ici il m'a plus fait penser à un Watson ou inspecteur Lestrade ; j'aurais voulu qu'il puisse aussi parfois résoudre les enquêtes... au moins en même temps que son compagnon), mais ce qui m'a le plus intéressé, c'est la relation entre Lupin et Béchoux. On sent que ces deux-là ont une histoire, puisque Béchoux connaissait déjà Lupin (ou du moins, l'a déjà rencontré) avant que Lupin ne devienne Jim Barnett [spoiler] et que Béchoux ne découvre qui exactement est Barnett [/spoiler], et que Lupin soit familier avec lui ; ils se tutoient, il aime le taquiner, et il éprouve une affection sincère pour lui :


« Jim Barnett s’empressa autour de lui, le saisit affectueusement par les épaules, lui serra la main, et, avec une délicatesse charmante, lui épargna les humiliations de la défaite. Ce ne fut pas l’entrevue du vainqueur et du vaincu, mais la réconciliation de deux camarades."En vérité, mon vieux Béchoux, le petit malentendu qui nous séparait me peinait infiniment. Deux copains comme nous, adversaires ! Quelle tristesse ! Je n’en dormais plus." » Chapitre V - Les Douze Africaines de Béchoux.


Et Béchoux, même si sa conscience de policier se reproche ses relations cordiales avec Barnett et et s'indigne d'être le collaborateur et l’obligé de ce dernier, il reconnaît ses qualités et il sait qu'il est efficace et qu'avec lui, les choses seront vite réglées. Cette relation a du potentiel, et je serais curieuse d'en savoir plus sur eux et leur histoire. À l'inverse de mon chouchou, Isidore Beautrelet, Théodore Béchoux est présent dans d'autres aventures d'Arsène Lupin, ainsi j'aurais la certitude de le retrouver, et j'avoue que je serais curieuse de découvrir ses prochaines interactions avec Lupin, car ces deux-là ont une dynamique intéressante !

Je n'ai pas grand chose à dire sur les nouvelles... elles restent sympathiques dans l'ensemble, mais pas mémorables. Elles n'ont rien de transcendant, mais l'humour est bien présent, et nous avons pas mal de situations croustillantes ! C'est rythmé, et ça va au vif au sujet, sans se perdre dans des descriptions, et le style de Leblanc reste efficace et agréable ! En bref, un recueil plutôt sympathique, mais sans plus, mais qui présente un personnage de l'univers Lupin et introduit une bonne dynamique entre nos deux personnages centraux !


Ce billet est une participation au :

samedi 26 mai 2018

Le Bouchon de Cristal - Maurice Leblanc.


Quel intérêt peut avoir ce bouchon de cristal que tant de gens veulent posséder par tous les moyens, y compris le meurtre ? 
Le plus difficile dans une affaire, nous dit Arsène Lupin, souvent, ce n'est pas d'aboutir, c'est de débuter. En l'occurrence, par où débuter? Quel chemin suivre ? Sans rien connaître, sans savoir quelle partie était jouée, quelles étaient les cartes et qui tenait l'enjeu, Arsène Lupin se jette au plus fort de la bataille. Mais l'adversaire se révèle très vite redoutable et Arsène Lupin est plusieurs fois renvoyé à la case départ. 
Le jeu sera impitoyable, le suspense poignant.
Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, l'éternel séducteur, l'insolent, réussira-t-il à déjouer les forces du mal et de la haine ?



J'avais envie de faire de nouveau connaissance avec l'ami Lupin, et on m'avait conseillé (coucou gentlemanlupin;)) ce titre. Ainsi, je me suis lancée dans l'aventure, sans trop savoir à quoi m'attendre.

Nous retrouvons Arsène Lupin alors qu'avec ses complices, il organise un vol dans une villa. Vol qui tourne mal car, contre toute-attente, ils ont été surpris par un domestique. Arsène Lupin n'a pas le choix : il doit fuir ! Fuir, mais voilà ses deux complices, le jeune Gilbert, et Vaucheray, ont été arrêtés puis emprisonnés, mais pas avant que Gilbert n'ait réussi à donner à Lupin un bouchon de cristal dérobé à la villa. Arsène Lupin est déconcerté par cet objet qu'il croit sans valeur… et l'est encore plus lorsqu'on lui vole à son tour le bouchon ! Qui a osé voler le gentleman cambrioleur, et quelle valeur a exactement ce bouchon ? Mais Lupin a aussi une autre préoccupation : libérer ses deux complices avant qu'ils ne soient exécutés pour leurs crimes, et ces deux missions s'avèrent être plus compliquées qu'au départ…

Face à lui, Arsène Lupin a un adversaire de taille. Daubrecq, député de son état, et sans doute l'un des méchants les plus détestables qui m'ait jamais été donné de lire ! Horrible et intelligent, Daubrecq parvient à mettre en déroute Lupin de nombreuses fois, prévoyant parfois tout jusque dans les moindres détails, et traitant ses adverses à la fois avec moquerie et nonchalance, mépris. Maître-chanteur, nourrissant des projets de vengeance et de complot, Daubrecq est un méchant qui remplit bien son rôle : brillant et détestable à souhait. Tout au long du roman, je l'ai maudit, détesté, souhaité sa défaite… et une mort dans d'atroces souffrances, et combien de fois ses apparitions surprises m'ont fait pousser des exclamations d'horreur, et me faire dire : « Mais quand est-ce qu'il crèèèèèèèève ? ». En bref, Daubrecq est un antagoniste efficace et horrible à souhait, mais qui n'est pas juste méchant. Il est rusé et prévoyant, et il est jusqu'à présent l'un des adversaires les plus terribles qu'Arsène Lupin ait eu à affronter.



Ça résume assez mon ressenti sur Daubrecq !


L'un des points forts du roman, c'est la relation entre Arsène Lupin et son complice, Gilbert. Il a une connexion qu'il n'a pas avec Vaucheray, et c'est en partie du à son jeune âge et bien qu'il n'apparaisse pas souvent au cours du roman, Gilbert se révèle être une figure pour qui on se prend en sympathie. Gilbert est un jeune homme insouciant, gai, naïf, franc, mystérieux par son passé qui se dévoile petit à petit au cours du roman. Mais par dessus-tout, c'est un jeune homme dévoué à Lupin pour qui il serait prêt à tout. Jamais il ne cesse d'avoir confiance en lui, au « patron » qu'il admire et c'est cette dévotion qui émeut énormément Lupin qui redouble d'efforts pour essayer de le sauver et lui éviter l'échafaud. On voit que très peu Gilbert au final, mais Maurice Leblanc nous le dépeint, ainsi que sa relation avec son patron, à travers Arsène Lupin qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver ses complices et surtout le jeune Gilbert pour qui il a beaucoup d'affection. Et c'est poignant, car Lupin connaît des hauts et des bas dans cette affaire, et surtout des bas, et il en souffre, il pleure, il s'agite car il pense ne pas arriver à temps pour sauver Gilbert et qu'il l'a failli. Arsène Lupin est vraiment très humain dans cette histoire, et on a mal avec lui.


L'édition de Bibliothèque Verte
qui illustre bien le roman
Pour tout dire, j'ai stressé pendant tout le roman et je n'ai pu le lâcher qu'une fois l'affaire terminée. C'est un roman avec beaucoup d'intrigues et de rebondissements, on a à peine le temps de se reposer qu'un nouveau rebondissement prend place et, pour moi, la victoire de Lupin n'était pas acquise… pour tout dire, j'ai beaucoup hésité sur l'issue de ce roman. Pour la première fois depuis que j'ai commencé la série, j'ai eu peur, j'ai angoissé, j'ignorais si le roman allait avoir une fin heureuse ou pas, si Gilbert allait s'en sortir, si Daubrecq allait faire un coup de lâche au moment où l'on croit la victoire acquise par Lupin [spoiler] au final, Gilbert s'en est sorti et mon petit cœur a pu se calmer… j'ai vraiment craint pour lui ! Je pensais qu'il allait finir guillotiné, ou que Lupin ait réussit à le gracier mais que Daubrecq aurait fait un coup vache, comme tirer sur lui au moment de sa libération ! Je n'ai pas du tout été tranquille pendant ma lecture xD [/spoiler]. Le suspense était bel et bien là, et c'était haletant ! Car l'affaire va au-delà de l'histoire autour d'un simple bouchon de cristal… c'est une histoire contre la montre, pour sauver les complices de Lupin, c'est une histoire de vengeance et de coups bas, un formidable jeu d'échec qui nous met en doute sur l'issue du jeu et à qui appartiendra la victoire [spoiler] même si je devais me douter que Leblanc n'allait pas faire échouer son héros… mais heureusement, la fin ici n'est pas aussi bittersweet que celle de l'Aiguille Creuse où Lupin s'en sort et déjoue tout le monde… mais sa compagne meurt en le protégeant [/spoiler], ce qui nous donne, même si Lupin semble plus perdant que gagnant, l'occasion de voir les ingrédients d'une bonne aventure Arsène Lupin : déguisements, espionnage, évasions rocambolesques, reparties insolentes ou moqueuses, prises de risques insensées, etc.

Le Bouchon de Cristal restera pour moi un roman qui tient en haleine du début à la fin, avec un rythme effréné, des fausses pistes, des doutes, un méchant détestable, un Lupin humain et formidable, avec une intrigue qui fonctionne (des intrigues de famille, des vieilles rancœurs, une course contre la montre), une enquête maîtrisée, une relation touchante entre Lupin et son complice, et des personnages attachants (notamment Victoire, la vieille nourrisse de Lupin, et Clarisse une femme courageuse, intelligente et prête à tout).


Il [Daubrecq] tapotait le rideau de velours dans les plis duquel Lupin s'était vivement enveloppé."En vérité, monsieur, vous devez étouffer là-dessous ? Sans compter que j'aurais pu me divertir à transpercer ce rideau à coup de dague... Rappelez-vous le délire d'Hamlet et la mort de Polonius... 'C'est un rat, vous dis-je, un gros rat...' Allons, monsieur Polonius, sortez de votre trou."C'était là une de ces postures dont Lupin n'avait pas l'habitude et qu'il exécrait. Prendre les autres au piège et se payer leur tête, il l'admettait, mais non point qu'on se gaussât de lui et qu'on s'esclaffât à ses dépens. Pourtant pouvait-il riposter ?

II. Huit ôtés de neuf, reste un.

Ce billet est une participation au :

samedi 12 mai 2018

xxxHolic Rei - CLAMP.




Quatrième de couverture :

Watanuki, un lycéen capable de voir les esprits et Yûko, une mystérieuse sorcière, sont de retour dans une nouvelle histoire, entre rêve et réalité. Une jolie femme trouve l’entrée de la boutique de Yûko, guidée par une force obscure. De quel mal souffre-t-elle et quel est son souhait ?



Mon avis :

J'avais juré de ne pas lire cette suite, après la fin décevante de xxxHolic. Mais, peu à peu, je me suis laissée piquer par la curiosité, et aussi parce que le graphisme et l'atmosphère si particuliers au manga me manquaient. C'est un peu difficile pour moi de faire un avis sur seulement quatre tomes publiés, mais je tenais tout de même à laisser mon impression.

D'ailleurs, j'ai parlé de suite mais xxxHolic Rei n'en est pas vraiment une. Il s'agit plutôt d'un ajout par rapport à la série mère, qui nous ramène plusieurs volumes en arrière, à l'époque où Watanuki était encore lycéen, et cela exploite également le temps où Watanuki a repris la relève et gère la boutique de Yûko. Je n'irais pas non plus jusqu'à parler de flash-back, on suit un fil bien distinct. Il y a une raison pourquoi on revient à l'époque où Watanuki était encore lycéen, en compagnie de Dômeki et Himawari ; même si je soupçonne le fait que les auteurs aient aussi choisi ce cadre pour le fan-service... Beaucoup de fans ont été déçus par la fin du manga, et regrettent le temps où Watanuki était encore lycéen ; les auteurs utilisent la nostalgie des fans... et ça marche. J'ai beaucoup apprécié lire ces chapitres, étant moi-même nostalgique de cette période où Watanuki n'avait pas que des soucis et le rôle de Yûko à endosser. Cela m'a fait plaisir de revoir le personnage tel qu'il était au début de la série, ainsi que sa dynamique avec Yûko, Himawari et surtout Dômeki. J'ai beaucoup aimé la façon dont a progressé l'histoire, et c'est là où nous allons spoiler !

[SPOILERS]

L'histoire devient plus claire au fur et à mesure que Watanuki se rend compte que quelque chose ne va pas... Les fans se posent la question : pourquoi ce retour en arrière ? Quel intérêt ? Quelle raison ? Et Watanuki découvre en effet qu'il est dans une réalité qui n'existe plus, voire qui n'est pas supposée exister. Progressivement, Watanuki commence à se transformer, à redevenir ce qu'il est/était, à avoir des moments de sagesse qui ne ressemblent pas au lycéen qu'il était, allant jusqu'à surprendre Dômeki. Il se rend compte qu'il se passe des choses mais sans vraiment réussir à en saisir le sens... Il finit par se rendre compte qu'il s'est envoyé lui-même dans cette réalité pour répondre au vœu d'une personne... ce qui explique l'absence de Mokona ! 

Puis, il se rend compte qu'il a un choix à faire : il peut soit changer le cours de sa vie et rester dans cette réalité où il était un simple lycéen, avec ses amis, et où il y a Yûko, soit il retourne à sa propre réalité. J'ai beaucoup aimé cette histoire, cette affaire de choix à faire et comme j'aurais souhaité que Watanuki choisisse la première solution ! Mais c'était trop espérer que les auteurs changent le manga... et pourtant, je continue à penser que Watanuki aurait eu une meilleure vie s'il ne s'était pas sacrifié pour Yûko, d'autant plus qu'on sait qu'il l'a attendu en vain... Je le redis, c'est vraiment dommage et pas seulement parce que cette fin me déplaît pour Watanuki, mais parce que ça aurait été une bonne occasion d'introduire la morale comme quoi ce qu'on souhaite n'est pas forcément ce qui est bon pour nous... N'allez pas me faire croire que le lycéen maladroit et agité que Watanuki était a pu subitement devenir le sage et calme sorcier des dimensions lorsqu'il a choisi de remplacer Yûko !

[/SPOILERS]

Je n'ai pas grand chose à redire sur l'autre partie du manga où Watanuki reçoit des clients et leur propose des solutions. Les intrigues autour de ces clients sont intéressantes et plaisantes, sans être mémorables.  Elles n'ont pas la qualité scénaristique des premiers clients du manga principal, et j'ai ressenti moins de tension et de suspens que pour ces dernières... néanmoins, comme je l'ai dit, elles restent intéressantes pour la plupart et le mystère est bien géré. Le seul bémol c'est que, à défaut d'avoir lu le manga Tsubasa, certaines scènes et certains éléments du manga ne feront aucun sens... Ce qui peut être gênant pour le lecteur.trice qui n'aura pas forcément envie de se lancer dans la découverte d'un manga de plusieurs tomes et qui a eu, à l'instar de xxxHolic, une suite et qu'il faut avoir lu xxxHolic Rei avant d'entamer la suite de Tsubasa... Ce qui, en somme, peut s'avérer être une contrainte ! Par exemple, j'ai perdu intérêt pour Tsubasa quelques tomes avant la fin, et je ne ressens pas encore l'envie de redécouvrir tout le manga puis sa suite, or ça risque de s'avérer problématique si je veux continuer à lire xxxHolic Rei. J'aurais du m'attendre à ce que les auteurs reprennent ce crossover dans cette nouvelle série !

Je n'ai rien à redire au niveau des graphismes, c'est toujours aussi beau et envoûtant (même si quelques membres sont un peu trop allongés), je retrouve ces dessins si particuliers avec plaisir ! Après, je me suis plongée dans ce manga sans trop d'attente, et je ne lirais pas la suite avec autant d'avidité que la série mère, je lirais sans doute la suite par curiosité mais je ne préfère pas m'attendre à grand chose... CLAMP a suffisamment écrasé mes espoirs avec ce manga ^^;

mercredi 2 mai 2018

10 ans !


10 ans !

Je reviens aujourd'hui sur ce blog avec un article un peu spécial : le mois dernier, plus exactement le 10 avril dernier, ce blog a fêté ses 10 ans ! Un beau chiffre, on peut se l'avouer, qui me rend assez émotive.

Lorsque j'ai commencé ce blog, j'étais encore au lycée, et j'avais 17 ans. Aujourd'hui, j'en ai 27 avec plusieurs diplômes en poche : mon baccalauréat, une licence et un Master. Pendant toutes ces années, je n'ai cessé de tenir ce blog. Plusieurs ouvrages se sont succédés les uns après les autres, pendant mes périodes de joie et de tristesse. Ce blog a évolué en même temps que moi ces dernières années, je pense et j'espère que cela s'est ressenti. Ma façon de rédiger et présenter mes articles n'est pas la même qu'aujourd'hui par rapport à quelques années auparavant, et il se peut que certains livres que j'ai adoré hier me déçoivent aujourd'hui et vice-versa, ou que je les vois d'une autre façon. Je laisserais cependant ces articles tels quels, en témoignage de mon évolution.

J'ai... pas mal déserté ce blog ces derniers temps, je l'avoue. J'ai honte de ces longues absences et manques de mise à jour, mais c'est quelque chose auquel je me suis penchée depuis quelques mois, afin de rattraper mon retard de ces dernières années, et je tâche aujourd'hui plus que tout de me faire le plus présente possible. Car malgré ces périodes de creux, j’aime toujours autant tenir ce blog en ordre. Ce blog, c'est mon bébé et je ne tiens absolument pas à l'abandonner, et certainement pas après avoir fait tout ce chemin. Car ce blog en a fait du chemin : il a changé de nom au moins une fois, a changé plusieurs fois de plate-forme, a vu passer bon nombre d'article et de commentaires, et sera toujours pour moi un élément de ma vie.

Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à la vie de ce blog, et ceux et celles qui continuent de me suivre ! Ça me fait plaisir de lire vos commentaire, et de venir visiter sur vos blogs. J’espère pouvoir continuer à vous voir au sein de ce blog, et que son contenu piquera régulièrement votre curiosité ;)

Je vous aime les gens ~



mardi 1 mai 2018

Fleur de Neige - Lisa See.

Fleur de Lis et Fleur de Neige sont nées le même jour, à la même heure, dans une province reculée de la Chine du XIXe siècle. Alors que la famille de Fleur de Neige est de la plus haute noblesse, celle de Fleur de Lis n'a connu que la misère ; mais la grande beauté de cette dernière et la perfection de ses pieds lui permettent de devenir la laotong ("âme sœur") de Fleur de Neige. 
Les deux jeunes filles partagent tout, du supplice des pieds bandés à la réclusion, du nu shu, langage secret inventé par les femmes, à leurs mariages arrangés. Leur amitié, teinté d'une fascination réciproque, grandit au fil des années.


Avant toute chose, j'ai procédé à une petite opération de découpage avec la quatrième de couverture, un peu trop révélatrice à mon goût. C'est à travers la chaîne de Lemon June que j'ai découvert ce titre.

Si cette lecture ne s'est pas révélée être un coup de cœur, j'ai suffisamment été captivée pour avoir fini cette lecture en moins de 24 heures. Ce roman m'a fait voyager dans la Chine du XIXe siècle, et ce fut un voyage captivant tant j'ai appris des choses au sujet de la Chine à cette période. Nous avons tout un pan de la culture chinoise qui se déroule sous nos yeux et plus particulièrement l'univers des femmes et la place qu'elles occupaient alors à l'époque. Avis aux féministes engagées, ce roman pourrait vous gêner, ce que l'on apprend de la condition de la femme à cette époque est bouleversante et choquante. Être née fille n'était pas une bonne nouvelle, aussi bien pour la fille elle-même que pour sa famille qui espère davantage la venue d'un fils pour perpétuer la lignée, les filles ne sont qu'une bouche à nourrir en attendant de les marier. Être née fille, c'est également être vouée à une vie entière de silence et de servitude, majoritairement cloîtrée chez elle car elle n'avait pas le droit de sortir de chez elle, sauf si elle est née paysanne et doit travailler aux champs. Une femme n'est bonne qu'à obéir et à faire des enfants et par enfant on entend garçon car avoir une fille est mal vue, et la femme sera mal considérée par l'époux et la belle famille.

On en apprend énormément sur la culture chinoise au fil des pages à travers les différentes étapes de la vie d'une femme dans cette Chine du XIXe siècle, et par le biais d'événements extérieurs. Ce roman nous retrace la vie de nos deux protagonistes à travers différentes phases : l'enfance, les pieds bandés, l'adolescence, le mariage... Et parfois, ces filles avaient des coiffures spéciales pouvant signifier une chose (lorsqu'une femme est prête au mariage, une lorsque le mariage est imminent, etc). On découvre également des éléments de la culture chinoise comme les festivités, mariages et funérailles, la nourriture, le nu shu qui est le langage secret inventés par les femmes, etc.


Chaussures de pieds bandés.
Autre aspect de cette culture qui prend une part importante dans le roman, et notamment au début, ce sont les pieds bandés. Pratique qui concernait avant tout les courtisanes de la cour impériale, cela s'est répandu progressivement aux classes aisées puis aux classes populaires. C'est une pratique qui, malgré les risques et la souffrances qu'elle engendre, a mis énormément de temps à mourir car la petitesse des pieds étaient considérés comme un critère de beauté chez une femme, au point où ces pieds bandés (aussi appelés pieds de lis ou pieds de lotus) étaient célébrés dans les poèmes chinois ; mais aussi parce que de la qualité de ces pieds bandés dépendaient de la qualité du mariage que pouvait faire la fille. Cette pratique visait donc à rétrécir les pieds des filles déformait complètement leurs pieds, de telle sorte qu'elles ne pouvaient marcher ou rester debout longtemps, cette pratique témoigne donc d'une certaine oisiveté.

Si vous avez tous et toutes comme moi une vague idée de ce à quoi correspond le terme de pieds bandés, vous devez savoir que c'est une pratique considérée comme cruelle et qui a causé la souffrance, voir parfois la mort, de nombreuses filles et femmes. Pour obtenir ainsi la perfection qu'étaient censés représenter les petits pieds (la taille idéale étant de sept centimètres !), les fillettes subissaient cette douloureuse pratique à un jeune âge (généralement vers six-sept ans car on considérait les os comme étant malléables), et c'est là que l'adage : "Il faut souffrir pour être belle." prend ironiquement son sens. Je vous épargnerais les détails des différentes étapes de cette opération qui dure deux ans car les détails ne sont pas jolis, jolis. D'ailleurs, avis aux âmes sensibles : la description de l'auteur sur cette pratique peuvent mettre mal à l'aise. Si Lisa See traite de ce sujet difficile et douloureux avec délicatesse, elle ne passe pas pour autant sous silence la réalité de la chose en la cachant sous une formulation élégante et hypocrite, donc avis aux futurs.es lecteurs.trices car les passages décrivant ce rituel peuvent mettre mal à l'aise et vous démanger au niveau des pieds, comme ce fut mon cas !

Photographie en noir et blanc d'une femme aux pieds bandés.

Cependant, si l'on apprend que la condition des femmes à cette époque était loin d'être l'idéale et que lecteurs et lectrices peuvent se révolter, il n'en est pas le cas pour l'héroïne qui jamais ne se plaint de son sort. Si elle a fait un mariage heureux, Fleur de Lis est conditionné par la tradition. Tout ce qu'elle fait, elle le fait car c'est pour elle un devoir, le but de sa condition de femme. Elle agit comme la société veut qu'elle agisse et elle s'y soumet volontairement, tout comme Fleur de Lis. Forcément, en tant que lecteurs.trices, on ne peut toujours être d'accord sur la façon de penser de notre narratrice, mais Lisa See a fait un incroyable travail en écrivant et se mettant dans la peau d'un personnage ancré dans son époque et conditionné par le devoir (envers sa famille, puis son époux et sa belle-famille) et la tradition telle qu'elle était perpétuée à l'époque. Alors certes il y a de la douleur, mais il y a aussi de la résignation car les femmes à cette époque ne pouvaient pas faire grand chose pour contester l'autorité et la tradition, soit parce qu'elles en étaient incapables dans ce monde d'hommes et où la tradition était importante, ou tout simplement parce qu'elle étaient conditionnées.

Outre ce voyage culturel en Asie, on suit essentiellement l'évolution entre deux petites filles, Fleur de Lis et Fleur de Neige, la première est née dans une famille modeste de paysans où elle vit avec ses parents, ses sœurs, sa tante, son oncle et sa cousine ; la seconde née dans une famille plus aisée. A priori, tout les séparent, et pourtant de nombreux points les rassemblent : nées sous le signe du Cheval, elles sont nées le même jour, le même mois et la même année, et possèdent des pieds parfaits et une certaine beauté pouvant les mener loin. L'une et l'autre ont été choisies par une marieuse en raison de ces points communs et ont été unies par un contrat d'âme sœur. Si cela permet à deux petites filles de nouer une amitié qui durera toute leur vie, le but d'un tel engagement est moins altruiste qu'il en a l'air car il s'agit avant tout d'unir deux familles pour des raisons de réputations (c'est notamment l'occasion pour la modeste famille de Fleur de Lis de s'élever socialement à travers leur fille qui pourra, à travers ses pieds et le lien de laotong, faire un beau mariage).

Les nombreux messages que s'écrivent les deux amies ne furent pas
que sur papier mais aussi sur un éventail, comme cela pouvait
se faire à l'époque...

Malgré leurs positions sociales différentes, il y a une entente et une rapide complicité qui se lient entre elles. Là où une femme, après son mariage, ne doit vivre que pour son mari et sa belle-famille, une amitié entre deux âmes sœurs dure toute la vie. C'est l'union de deux cœurs que rien ne doit séparer : ni la solitude, ni l'éloignement, ni les éventuels désaccords, ni la différence de leurs mariages respectifs, et rien ni personne ne soit s'immiscer entre elles. C'est Fleur de Lis qui, alors vieille dame, nous retrace le récit de son amitié avec Fleur de Neige et c'est une histoire belle, sensible, captivante mais aussi terrible car la vie des deux jeunes filles s'est tissée au gré de bonheurs et de moments de drame. Le traitement de l'amitié est poignant, touchant et réaliste : il y a des moments d'incertitude, de jalousie, une façon différente de voir les choses, mais une incroyable complicité et intimité entre ces deux filles qui grandissent et deviennent femmes ensemble et qui feront tout pour rester en contact, et qui utilisèrent beaucoup le nu shu pour rester en contact. C'est une belle histoire d'amitié comme il m'est rarement donné de lire.

Ajoutons à cela la magnifique plume de Lisa See, fluide, belle et sensible qui montre bien l'expression très mesurée des sentiments, la pudeur, et que malgré cette société du silence et de la soumission décrite dans le roman, l'auteur nous en dit énormément et, d'une certaine façon, en racontant son passé et son amitié avec Fleur de Neige, Fleur de Lis s’émancipe et sort également du silence son amie.


On s'attend à ce que nous aimions nos enfants, nous autres femmes, à peine sont-ils sortis de notre ventre... Mais laquelle d'entre nous n'a pas ressenti une cruelle déception en découvrant qu'elle venait de mettre au monde une fille ? Ou une panique croissante - même s'il s'agissait du fils tant attendu - en berçant sous le regard désapprobateur de sa belle-mère son nourrisson qui n'arrêtait pas de pleurer ? Même si nous aimons nos filles de tout notre cœur, nous devons les élever en leur apprenant à souffrir. Nous aimons nos fils plus que tout au monde, mais nous sommes exclues de leur univers et du monde extérieur des hommes. Nous sommes censées aimer notre époux dès l'instant où a été contracté le lien qui nous unit à lui, alors que nous devrons attendre des années avant de découvrir son visage. On nous enseigne d'aimer nos beau-parents, mais nous débarquons dans leur famille en étrangère et avec le rang le plus bas, à peine mieux traitées qu'une domestique.
On exige que nous aimions et honorions les ancêtres de notre mari et nous exécutons donc les rites et les devoirs appropriés, même si notre cœur se porte plus volontiers vers nos propres ancêtres. Nous aimons nos parents parce qu'ils prennent soin de nous, mais ils nous considèrent comme les branches les plus inutiles de l'arbre familial : nous épuisons leurs ressources et ils nous élèvent pour nous voir partir un jour dans une autre famille. Quel que soit le bonheur que nous éprouvons dans notre foyer d'origine, nous savons toutes que cette séparation sera inéluctable. Nous aimons donc notre famille en ayant conscience que cet amour prendra fin dans la tristesse d'un départ. Ces diverses variétés d'amour naissent du devoir, de la reconnaissance ou du respect. Comme le savent les femmes de notre district, elles sont généralement sources de tristesse, de mésentente et de violence. 
Mais l'amour qui unit deux laotong est de nature bien différente. Comme l'avait dit Madame Wang, cette relation est le fruit d'un choix délibéré.

Amour.

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