lundi 2 juillet 2018

Edelweiss - Cédric Mayen et Lucy Mazel.



Quatrième de couverture :



Été 1947 : Edmond rencontre Olympe lors d'un bal typique de l'après-guerre. Le jeune ouvrier ne se doute pas que cette bourgeoise au caractère bien trempé va bouleverser sa vie. Passionnée d'alpinisme, Olympe n'a qu'un rêve : escalader le mont Blanc pour égaler la prouesse de son aïeule Henriette d'Angeville. Edmond promet de l'aider à le réaliser, malgré le sort qui s'acharne. Si l'amour peut déplacer des montagnes, il peut aussi aider à les gravir…







Mon avis :


Nouveau moment de creux niveau roman, du coup je me suis remise aux bandes-dessinées. J'ai repéré ce titre sur Livraddict, et j'ai été attirée par la jolie couverture ainsi que son titre. Ayant achevé la lecture, je peux affirmer que Edelweiss a su me charmer jusqu'au bout !

Cette histoire est une pure fiction, inspirée toutefois de personnages historiques et de faits réels. C'est l'histoire d'une vie, celle d'Edmond – ouvrier – et Olympe – fille de bourgeois indépendante qui travaille en tant que couturière – et d'une histoire d'amour, entre ces deux personnages mais aussi sur la montagne. Car Olympe a la montagne dans ses veines, à l'instar de sa famille, et rêve de recréer la prouesse de son ancêtre, Henriette d'Angeville, célèbre pour avoir fait l'ascension du Mont Blanc au XIXe siècle. Edmond, qui aime sa belle, s'inquiète toutefois de ce rêve risqué. La vie se construit et se poursuit autour de ce jeune couple qui fondent leur vie ensemble et qui doivent faire face aux contraintes de la vie, mais jamais Olympe n'oubliera son rêve.


Raconter l'histoire d'un couple, avec ses hauts et ses bas, n'a rien d'inédit ; elle est pourtant joliment racontée, avec beaucoup d'émotion, et on s'attache facilement à ce couple pour qui on vibre, pleure, rit. C'est loin d'être un couple parfait, notamment avec Edmond lorsqu'il grimpe les échelons et change quelque peu son comportement, et qui a souvent essayé de dissuader sa femme de poursuivre son rêve. Malgré tout, Edmond reste un personnage attachant, qui se révèle au final prêt à tout pour aider et soutenir sa femme dans les épreuves. J'ai beaucoup apprécié ce point car cela montre aux lecteurs un couple humain, réaliste. J'ai aimé suivre l'histoire de ce couple, m'attacher à eux et les voir évoluer et vieillir ensemble, et affronter les épreuves et, à travers les épreuves, en ressortir plus forts et plus soudés pour parvenir à leur rêve, au sommet de ce mont Blanc, mais aussi celui de leur vie... J'ai également beaucoup aimé la façon dont l'artiste, Lucy Mazel, choisit de représenter le temps qui passe à travers des images et non pas des dialogues, et c'est représenté simplement mais de façon poignante.

L'autre sujet de cette bande-dessinée, c'est bien évidemment la montagne, à travers le rêve d'Olympe. J'ai trouvé intéressant de la rattacher à un personnage historique qui a bel et bien existé, ce qui apporte comme une sorte de touche réaliste à l'histoire, à nous l'ancrer dans la réalité. Les moments où Edmond et Olympe gravissent les montagnes sont magnifiques, on baigne dans l'émotion et le sentiment de liberté éprouvé par les personnages est vif, et cela nous est présenté comme l’apothéose car ils ont enfin atteint leur objectif, malgré les malheurs et les difficultés, car la montagne, aussi belle soit-elle, n'en est pas moins dangereuse comme l'histoire a pu nous le montrer, la nature reste plus forte que l'homme. J'ai même cru à un moment [spoilers] qu'ils étaient mort une fois arrivés au sommet et après avoir vue l'incroyable vue que cela offrait, notamment parce qu'ils ont cru voir leurs défunts mais j'imagine que c'est l'air de la montagne avec le froid et le manque d’oxygène qui ont crée cette hallucination... [/spoilers]

En fond, l'histoire évoque aussi l'histoire de la France après la seconde guerre mondiale à travers des épisodes comme l'affirmation de la classe ouvrière ou encore la lutte pour l'émancipation des femmes (avec Simone de Beauvoir qui fait une mini apparition !). L'autre point fort de cette bande-dessinée c'est, comme vous avez pu le constater en regardant la couverture, ce sont les graphismes. Le dessin, signé Lucy Mazel, est une merveille, un bonheur pour les yeux. Le trait est fin, avec de jolies couleurs ! Je n'ai vraiment pas grand chose à redire sur cette bande-dessinée, exceptée qu'il s'agit l'une des meilleures que j'aie pu lire. L'histoire est belle et touchante, les personnages attachants et le dessin sublime, avec un beau message sur les rêves qui nous tiennent à cœur et qu'il faut persévérer pour savoir les réaliser. Bref, je recommande !

mardi 29 mai 2018

L'agence Barnett et cie - Maurice Leblanc.


Quatrième de couverture :

Les enquêtes de l’inspecteur Béchoux piétinaient. Surgit un détective privé, de l’agence Barnett et Cie, qui, en un clin d’œil, démasque le coupable, sauve les innocents… et tout cela gratuitement !

Arsène Lupin, il n’y a que lui pour réussir ces exploits, oublierait de se payer, resterait insensible aux jolies choses ? Charité bien ordonnée commence par soi-même. Lupin sait mieux que personne où trouver l’argent et les objets de valeur, un fabuleux collier de perles, une lettre d’amour du roi George IV, une lettre de chantage, un titre de propriété






Mon avis :

Je poursuis ma découverte des aventures d'Arsène Lupin, avec un recueil de nouvelles cette fois-ci, à l'instar qui s'inscrivent dans le même contexte : Arsène Lupin, s'étant pendant une période, reconverti en détective privé, résout des enquêtes là où la police échoue, en compagnie de l'inspecteur Béchoux.

Arsène Lupin, détective ! On peut penser que ça ne tient pas debout et que cela va à l'encontre du personnage, voir qu'Arsène Lupin en détective rendrait le personnage moins intéressant et lui ferait perdre ses couleurs. Il n'en est rien. On retrouve un Arsène Lupin futé, observateur, rugueux, toujours avec cette gaieté juvénile qu'on lui connaît bien... et toujours aussi coureur de jupons [spoiler] allant jusqu'à l'ex-femme de Béchoux, je peux comprendre que celui-ci ait refusé de le revoir pendant un long moment ! [/spoiler] Détective oui il l'est le temps de quelques nouvelles, mais non sans s'amuser aux dépens de l'inspecteur Béchoux. En effet, au fil de ces nouvelles, Lupin sous l'identité de Jim Barnett aide Béchoux à résoudre des enquêtes où la police piétine et l'aide à y voir plus clair. Seulement, il ne serait pas Lupin sans son sens de l'humour, et Lupin s'amuse ! Il aime le faire sortir de ses gongs, le laisser perplexe… Pire, non content de résoudre les enquêtes de Béchoux, il lui en laisse le crédit et se paie de ses efforts… en détroussant les coupables au passage, comme la nouvelle des Douze Africaines le résume si bien : "Barnett châtiait les coupables et sauvait les innocents, mais n’oubliait pas de se payer. Charité bien ordonnée commence par soi-même." ! Car oui, malgré tout, sous l'apparence du détective privé, le voleur sommeille toujours !

Ce recueil est aussi une occasion pour l'auteur d'introduire un nouveau personnage : l'inspecteur Théodore Béchoux qui, ma foi, m'a l'air assez sympathique (même si j'aurais souhaité le voir davantage efficace dans les nouvelles... il n'est pas dénué d'intelligence et de ressources, mais ici il m'a plus fait penser à un Watson ou inspecteur Lestrade ; j'aurais voulu qu'il puisse aussi parfois résoudre les enquêtes... au moins en même temps que son compagnon), mais ce qui m'a le plus intéressé, c'est la relation entre Lupin et Béchoux. On sent que ces deux-là ont une histoire, puisque Béchoux connaissait déjà Lupin (ou du moins, l'a déjà rencontré) avant que Lupin ne devienne Jim Barnett [spoiler] et que Béchoux ne découvre qui exactement est Barnett [/spoiler], et que Lupin soit familier avec lui ; ils se tutoient, il aime le taquiner, et il éprouve une affection sincère pour lui :


« Jim Barnett s’empressa autour de lui, le saisit affectueusement par les épaules, lui serra la main, et, avec une délicatesse charmante, lui épargna les humiliations de la défaite. Ce ne fut pas l’entrevue du vainqueur et du vaincu, mais la réconciliation de deux camarades."En vérité, mon vieux Béchoux, le petit malentendu qui nous séparait me peinait infiniment. Deux copains comme nous, adversaires ! Quelle tristesse ! Je n’en dormais plus." » Chapitre V - Les Douze Africaines de Béchoux.


Et Béchoux, même si sa conscience de policier se reproche ses relations cordiales avec Barnett et et s'indigne d'être le collaborateur et l’obligé de ce dernier, il reconnaît ses qualités et il sait qu'il est efficace et qu'avec lui, les choses seront vite réglées. Cette relation a du potentiel, et je serais curieuse d'en savoir plus sur eux et leur histoire. À l'inverse de mon chouchou, Isidore Beautrelet, Théodore Béchoux est présent dans d'autres aventures d'Arsène Lupin, ainsi j'aurais la certitude de le retrouver, et j'avoue que je serais curieuse de découvrir ses prochaines interactions avec Lupin, car ces deux-là ont une dynamique intéressante !

Je n'ai pas grand chose à dire sur les nouvelles... elles restent sympathiques dans l'ensemble, mais pas mémorables. Elles n'ont rien de transcendant, mais l'humour est bien présent, et nous avons pas mal de situations croustillantes ! C'est rythmé, et ça va au vif au sujet, sans se perdre dans des descriptions, et le style de Leblanc reste efficace et agréable ! En bref, un recueil plutôt sympathique, mais sans plus, mais qui présente un personnage de l'univers Lupin et introduit une bonne dynamique entre nos deux personnages centraux !

Extrait :

L’abbé Dessole tendit les bras avec solennité :

« Je prends Dieu à témoin que les dents étaient à gauche.

— À droite !

— À gauche !

— Allons, pas de dispute, dit Barnett en les prenant à part tous les deux. Somme toute, monsieur le curé, que demandez-vous ?

— Une explication qui me donne toute certitude.

— Sans quoi ?

— Sans quoi, je m’adresse à la justice, comme ç’eût été mon devoir dès le début. Si cet homme n’est pas coupable, nous n’avons pas le droit de le retenir. Or, les dents en or de mon agresseur étaient à gauche.

— À droite ! proféra Béchoux.

— À gauche ! insista l’abbé.

— Ni à droite ni à gauche, déclara Barnett, qui s’amusait follement. Monsieur le curé, je vous livrerai le coupable demain matin, ici, à neuf heures, et il vous indiquera lui-même où sont les objets précieux. Vous passerez la nuit dans ce fauteuil, le baron dans cet autre fauteuil, et M. Vernisson dans celui-ci, attaché. À huit heures trois quarts, tu me réveilleras, Béchoux. Pain grillé, chocolat, œufs à la coque, etc. »

Chapitre IV. L'Homme aux dents d'or.

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samedi 26 mai 2018

Le Bouchon de Cristal - Maurice Leblanc.


Quatrième de couverture :

Quel intérêt peut avoir ce bouchon de cristal que tant de gens veulent posséder par tous les moyens, y compris le meurtre ?

Le plus difficile dans une affaire, nous dit Arsène Lupin, souvent, ce n'est pas d'aboutir, c'est de débuter. En l'occurrence, par où débuter? Quel chemin suivre ? Sans rien connaître, sans savoir quelle partie était jouée, quelles étaient les cartes et qui tenait l'enjeu, Arsène Lupin se jette au plus fort de la bataille. Mais l'adversaire se révèle très vite redoutable et Arsène Lupin est plusieurs fois renvoyé à la case départ. Le jeu sera impitoyable, le suspense poignant.

Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, l'éternel séducteur, l'insolent, réussira-t-il à déjouer les forces du mal et de la haine ?




Mon avis :

J'avais envie de faire de nouveau connaissance avec l'ami Lupin, et on m'avait conseillé (coucou gentlemanlupin;)) ce titre. Ainsi, je me suis lancée dans l'aventure, sans trop savoir à quoi m'attendre.

Nous retrouvons Arsène Lupin alors qu'avec ses complices, il organise un vol dans une villa. Vol qui tourne mal car, contre toute-attente, ils ont été surpris par un domestique. Arsène Lupin n'a pas le choix : il doit fuir ! Fuir, mais voilà ses deux complices, le jeune Gilbert, et Vaucheray, ont été arrêtés puis emprisonnés, mais pas avant que Gilbert n'ait réussi à donner à Lupin un bouchon de cristal dérobé à la villa. Arsène Lupin est déconcerté par cet objet qu'il croit sans valeur… et l'est encore plus lorsqu'on lui vole à son tour le bouchon ! Qui a osé voler le gentleman cambrioleur, et quelle valeur a exactement ce bouchon ? Mais Lupin a aussi une autre préoccupation : libérer ses deux complices avant qu'ils ne soient exécutés pour leurs crimes, et ces deux missions s'avèrent être plus compliquées qu'au départ…

Face à lui, Arsène Lupin a un adversaire de taille. Daubrecq, député de son état, et sans doute l'un des méchants les plus détestables qui m'ait jamais été donné de lire ! Horrible et intelligent, Daubrecq parvient à mettre en déroute Lupin de nombreuses fois, prévoyant parfois tout jusque dans les moindres détails, et traitant ses adverses à la fois avec moquerie et nonchalance, mépris. Maître-chanteur, nourrissant des projets de vengeance et de complot, Daubrecq est un méchant qui remplit bien son rôle : brillant et détestable à souhait. Tout au long du roman, je l'ai maudit, détesté, souhaité sa défaite… et une mort dans d'atroces souffrances, et combien de fois ses apparitions surprises m'ont fait pousser des exclamations d'horreur, et me faire dire : « Mais quand est-ce qu'il crèèèèèèèève ? ». En bref, Daubrecq est un antagoniste efficace et horrible à souhait, mais qui n'est pas juste méchant. Il est rusé et prévoyant, et il est jusqu'à présent l'un des adversaires les plus terribles qu'Arsène Lupin ait eu à affronter.


Ça résume assez mon ressenti sur Daubrecq !


L'un des points forts du roman, c'est la relation entre Arsène Lupin et son complice, Gilbert. Il a une connexion qu'il n'a pas avec Vaucheray, et c'est en partie du à son jeune âge et bien qu'il n'apparaisse pas souvent au cours du roman, Gilbert se révèle être une figure pour qui on se prend en sympathie. Gilbert est un jeune homme insouciant, gai, naïf, franc, mystérieux par son passé qui se dévoile petit à petit au cours du roman. Mais par dessus-tout, c'est un jeune homme dévoué à Lupin pour qui il serait prêt à tout. Jamais il ne cesse d'avoir confiance en lui, au « patron » qu'il admire et c'est cette dévotion qui émeut énormément Lupin qui redouble d'efforts pour essayer de le sauver et lui éviter l'échafaud. On voit que très peu Gilbert au final, mais Maurice Leblanc nous le dépeint, ainsi que sa relation avec son patron, à travers Arsène Lupin qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver ses complices et surtout le jeune Gilbert pour qui il a beaucoup d'affection. Et c'est poignant, car Lupin connaît des hauts et des bas dans cette affaire, et surtout des bas, et il en souffre, il pleure, il s'agite car il pense ne pas arriver à temps pour sauver Gilbert et qu'il l'a failli. Arsène Lupin est vraiment très humain dans cette histoire, et on a mal avec lui.


L'édition de Bibliothèque Verte
qui illustre bien le roman
Pour tout dire, j'ai stressé pendant tout le roman et je n'ai pu le lâcher qu'une fois l'affaire terminée. C'est un roman avec beaucoup d'intrigues et de rebondissements, on a à peine le temps de se reposer qu'un nouveau rebondissement prend place et, pour moi, la victoire de Lupin n'était pas acquise… pour tout dire, j'ai beaucoup hésité sur l'issue de ce roman. Pour la première fois depuis que j'ai commencé la série, j'ai eu peur, j'ai angoissé, j'ignorais si le roman allait avoir une fin heureuse ou pas, si Gilbert allait s'en sortir, si Daubrecq allait faire un coup de lâche au moment où l'on croit la victoire acquise par Lupin [spoiler] au final, Gilbert s'en est sorti et mon petit cœur a pu se calmer… j'ai vraiment craint pour lui ! Je pensais qu'il allait finir guillotiné, ou que Lupin ait réussit à le gracier mais que Daubrecq aurait fait un coup vache, comme tirer sur lui au moment de sa libération ! Je n'ai pas du tout été tranquille pendant ma lecture xD [/spoiler]. Le suspense était bel et bien là, et c'était haletant ! Car l'affaire va au-delà de l'histoire autour d'un simple bouchon de cristal… c'est une histoire contre la montre, pour sauver les complices de Lupin, c'est une histoire de vengeance et de coups bas, un formidable jeu d'échec qui nous met en doute sur l'issue du jeu et à qui appartiendra la victoire [spoiler] même si je devais me douter que Leblanc n'allait pas faire échouer son héros… mais heureusement, la fin ici n'est pas aussi bittersweet que celle de l'Aiguille Creuse où Lupin s'en sort et déjoue tout le monde… mais sa compagne meurt en le protégeant [/spoiler], ce qui nous donne, même si Lupin semble plus perdant que gagnant, l'occasion de voir les ingrédients d'une bonne aventure Arsène Lupin : déguisements, espionnage, évasions rocambolesques, reparties insolentes ou moqueuses, prises de risques insensées, etc.

Le Bouchon de Cristal restera pour moi un roman qui tient en haleine du début à la fin, avec un rythme effréné, des fausses pistes, des doutes, un méchant détestable, un Lupin humain et formidable, avec une intrigue qui fonctionne (des intrigues de famille, des vieilles rancœurs, une course contre la montre), une enquête maîtrisée, une relation touchante entre Lupin et son complice, et des personnages attachants (notamment Victoire, la vieille nourrisse de Lupin, et Clarisse une femme courageuse, intelligente et prête à tout).

Extrait :

Il [Daubrecq] tapotait le rideau de velours dans les plis duquel Lupin s'était vivement enveloppé.
"En vérité, monsieur, vous devez étouffer là-dessous ? Sans compter que j'aurais pu me divertir à transpercer ce rideau à coup de dague... Rappelez-vous le délire d'Hamlet et la mort de Polonius... 'C'est un rat, vous dis-je, un gros rat...' Allons, monsieur Polonius, sortez de votre trou."
C'était là une de ces postures dont Lupin n'avait pas l'habitude et qu'il exécrait. Prendre les autres au piège et se payer leur tête, il l'admettait, mais non point qu'on se gaussât de lui et qu'on s'esclaffât à ses dépens. Pourtant pouvait-il riposter ?

II. Huit ôtés de neuf, reste un.

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samedi 12 mai 2018

xxxHolic Rei - CLAMP.




Quatrième de couverture :

Watanuki, un lycéen capable de voir les esprits et Yûko, une mystérieuse sorcière, sont de retour dans une nouvelle histoire, entre rêve et réalité. Une jolie femme trouve l’entrée de la boutique de Yûko, guidée par une force obscure. De quel mal souffre-t-elle et quel est son souhait ?



Mon avis :

J'avais juré de ne pas lire cette suite, après la fin décevante de xxxHolic. Mais, peu à peu, je me suis laissée piquer par la curiosité, et aussi parce que le graphisme et l'atmosphère si particuliers au manga me manquaient. C'est un peu difficile pour moi de faire un avis sur seulement quatre tomes publiés, mais je tenais tout de même à laisser mon impression.

D'ailleurs, j'ai parlé de suite mais xxxHolic Rei n'en est pas vraiment une. Il s'agit plutôt d'un ajout par rapport à la série mère, qui nous ramène plusieurs volumes en arrière, à l'époque où Watanuki était encore lycéen, et cela exploite également le temps où Watanuki a repris la relève et gère la boutique de Yûko. Je n'irais pas non plus jusqu'à parler de flash-back, on suit un fil bien distinct. Il y a une raison pourquoi on revient à l'époque où Watanuki était encore lycéen, en compagnie de Dômeki et Himawari ; même si je soupçonne le fait que les auteurs aient aussi choisi ce cadre pour le fan-service... Beaucoup de fans ont été déçus par la fin du manga, et regrettent le temps où Watanuki était encore lycéen ; les auteurs utilisent la nostalgie des fans... et ça marche. J'ai beaucoup apprécié lire ces chapitres, étant moi-même nostalgique de cette période où Watanuki n'avait pas que des soucis et le rôle de Yûko à endosser. Cela m'a fait plaisir de revoir le personnage tel qu'il était au début de la série, ainsi que sa dynamique avec Yûko, Himawari et surtout Dômeki. J'ai beaucoup aimé la façon dont a progressé l'histoire, et c'est là où nous allons spoiler !

[SPOILERS]

L'histoire devient plus claire au fur et à mesure que Watanuki se rend compte que quelque chose ne va pas... Les fans se posent la question : pourquoi ce retour en arrière ? Quel intérêt ? Quelle raison ? Et Watanuki découvre en effet qu'il est dans une réalité qui n'existe plus, voire qui n'est pas supposée exister. Progressivement, Watanuki commence à se transformer, à redevenir ce qu'il est/était, à avoir des moments de sagesse qui ne ressemblent pas au lycéen qu'il était, allant jusqu'à surprendre Dômeki. Il se rend compte qu'il se passe des choses mais sans vraiment réussir à en saisir le sens... Il finit par se rendre compte qu'il s'est envoyé lui-même dans cette réalité pour répondre au vœu d'une personne... ce qui explique l'absence de Mokona ! 

Puis, il se rend compte qu'il a un choix à faire : il peut soit changer le cours de sa vie et rester dans cette réalité où il était un simple lycéen, avec ses amis, et où il y a Yûko, soit il retourne à sa propre réalité. J'ai beaucoup aimé cette histoire, cette affaire de choix à faire et comme j'aurais souhaité que Watanuki choisisse la première solution ! Mais c'était trop espérer que les auteurs changent le manga... et pourtant, je continue à penser que Watanuki aurait eu une meilleure vie s'il ne s'était pas sacrifié pour Yûko, d'autant plus qu'on sait qu'il l'a attendu en vain... Je le redis, c'est vraiment dommage et pas seulement parce que cette fin me déplaît pour Watanuki, mais parce que ça aurait été une bonne occasion d'introduire la morale comme quoi ce qu'on souhaite n'est pas forcément ce qui est bon pour nous... N'allez pas me faire croire que le lycéen maladroit et agité que Watanuki était a pu subitement devenir le sage et calme sorcier des dimensions lorsqu'il a choisi de remplacer Yûko !

[/SPOILERS]

Je n'ai pas grand chose à redire sur l'autre partie du manga où Watanuki reçoit des clients et leur propose des solutions. Les intrigues autour de ces clients sont intéressantes et plaisantes, sans être mémorables.  Elles n'ont pas la qualité scénaristique des premiers clients du manga principal, et j'ai ressenti moins de tension et de suspens que pour ces dernières... néanmoins, comme je l'ai dit, elles restent intéressantes pour la plupart et le mystère est bien géré. Le seul bémol c'est que, à défaut d'avoir lu le manga Tsubasa, certaines scènes et certains éléments du manga ne feront aucun sens... Ce qui peut être gênant pour le lecteur.trice qui n'aura pas forcément envie de se lancer dans la découverte d'un manga de plusieurs tomes et qui a eu, à l'instar de xxxHolic, une suite et qu'il faut avoir lu xxxHolic Rei avant d'entamer la suite de Tsubasa... Ce qui, en somme, peut s'avérer être une contrainte ! Par exemple, j'ai perdu intérêt pour Tsubasa quelques tomes avant la fin, et je ne ressens pas encore l'envie de redécouvrir tout le manga puis sa suite, or ça risque de s'avérer problématique si je veux continuer à lire xxxHolic Rei. J'aurais du m'attendre à ce que les auteurs reprennent ce crossover dans cette nouvelle série !

Je n'ai rien à redire au niveau des graphismes, c'est toujours aussi beau et envoûtant (même si quelques membres sont un peu trop allongés), je retrouve ces dessins si particuliers avec plaisir ! Après, je me suis plongée dans ce manga sans trop d'attente, et je ne lirais pas la suite avec autant d'avidité que la série mère, je lirais sans doute la suite par curiosité mais je ne préfère pas m'attendre à grand chose... CLAMP a suffisamment écrasé mes espoirs avec ce manga ^^;

mercredi 2 mai 2018

10 ans !


10 ans !

Je reviens aujourd'hui sur ce blog avec un article un peu spécial : le mois dernier, plus exactement le 10 avril dernier, ce blog a fêté ses 10 ans ! Un beau chiffre, on peut se l'avouer, qui me rend assez émotive.

Lorsque j'ai commencé ce blog, j'étais encore au lycée, et j'avais 17 ans. Aujourd'hui, j'en ai 27 avec plusieurs diplômes en poche : mon baccalauréat, une licence et un Master. Pendant toutes ces années, je n'ai cessé de tenir ce blog. Plusieurs ouvrages se sont succédés les uns après les autres, pendant mes périodes de joie et de tristesse. Ce blog a évolué en même temps que moi ces dernières années, je pense et j'espère que cela s'est ressenti. Ma façon de rédiger et présenter mes articles n'est pas la même qu'aujourd'hui par rapport à quelques années auparavant, et il se peut que certains livres que j'ai adoré hier me déçoivent aujourd'hui et vice-versa, ou que je les vois d'une autre façon. Je laisserais cependant ces articles tels quels, en témoignage de mon évolution.

J'ai... pas mal déserté ce blog ces derniers temps, je l'avoue. J'ai honte de ces longues absences et manques de mise à jour, mais c'est quelque chose auquel je me suis penchée depuis quelques mois, afin de rattraper mon retard de ces dernières années, et je tâche aujourd'hui plus que tout de me faire le plus présente possible. Car malgré ces périodes de creux, j’aime toujours autant tenir ce blog en ordre. Ce blog, c'est mon bébé et je ne tiens absolument pas à l'abandonner, et certainement pas après avoir fait tout ce chemin. Car ce blog en a fait du chemin : il a changé de nom au moins une fois, a changé plusieurs fois de plate-forme, a vu passer bon nombre d'article et de commentaires, et sera toujours pour moi un élément de ma vie.

Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à la vie de ce blog, et ceux et celles qui continuent de me suivre ! Ça me fait plaisir de lire vos commentaire, et de venir visiter sur vos blogs. J’espère pouvoir continuer à vous voir au sein de ce blog, et que son contenu piquera régulièrement votre curiosité ;)

Je vous aime les gens ~



mardi 1 mai 2018

Fleur de Neige - Lisa See.


L'auteur : Née en 1955, Lisa See est une écrivaine américaine d'origine chinoise. Elle vit actuellement à Los Angeles, la ville où son arrière-grand-père immigra lorsqu'il quitta son village chinois au début du siècle dernier pour y devenir le parrain du Chinatown de Los Angeles. Auteur de plusieurs romans, c'est avec Fleur de neige (2006) qu'elle rencontre un réel succès, et qui connu une adaptation au cinéma.


Quatrième de couverture :

Fleur de Lis et Fleur de Neige sont nées le même jour, à la même heure, dans une province reculée de la Chine du XIXe siècle. Alors que la famille de Fleur de Neige est de la plus haute noblesse, celle de Fleur de Lis n'a connu que la misère ; mais la grande beauté de cette dernière et la perfection de ses pieds lui permettent de devenir la laotong ("âme sœur") de Fleur de Neige.

Les deux jeunes filles partagent tout, du supplice des pieds bandés à la réclusion, du nu shu, langage secret inventé par les femmes, à leurs mariages arrangés. Leur amitié, teinté d'une fascination réciproque, grandit au fil des années.

Mon avis :


Avant toute chose, j'ai procédé à une petite opération de découpage avec la quatrième de couverture, un peu trop révélatrice à mon goût. C'est à travers la chaîne de Lemon June que j'ai découvert ce titre.

Si cette lecture ne s'est pas révélée être un coup de cœur, j'ai suffisamment été captivée pour avoir fini cette lecture en moins de 24 heures. Ce roman m'a fait voyager dans la Chine du XIXe siècle, et ce fut un voyage captivant tant j'ai appris des choses au sujet de la Chine à cette période. Nous avons tout un pan de la culture chinoise qui se déroule sous nos yeux et plus particulièrement l'univers des femmes et la place qu'elles occupaient alors à l'époque. Avis aux féministes engagées, ce roman pourrait vous gêner, ce que l'on apprend de la condition de la femme à cette époque est bouleversante et choquante. Être née fille n'était pas une bonne nouvelle, aussi bien pour la fille elle-même que pour sa famille qui espère davantage la venue d'un fils pour perpétuer la lignée, les filles ne sont qu'une bouche à nourrir en attendant de les marier. Être née fille, c'est également être vouée à une vie entière de silence et de servitude, majoritairement cloîtrée chez elle car elle n'avait pas le droit de sortir de chez elle, sauf si elle est née paysanne et doit travailler aux champs. Une femme n'est bonne qu'à obéir et à faire des enfants et par enfant on entend garçon car avoir une fille est mal vue, et la femme sera mal considérée par l'époux et la belle famille.

On en apprend énormément sur la culture chinoise au fil des pages à travers les différentes étapes de la vie d'une femme dans cette Chine du XIXe siècle, et par le biais d'événements extérieurs. Ce roman nous retrace la vie de nos deux protagonistes à travers différentes phases : l'enfance, les pieds bandés, l'adolescence, le mariage... Et parfois, ces filles avaient des coiffures spéciales pouvant signifier une chose (lorsqu'une femme est prête au mariage, une lorsque le mariage est imminent, etc). On découvre également des éléments de la culture chinoise comme les festivités, mariages et funérailles, la nourriture, le nu shu qui est le langage secret inventés par les femmes, etc.


Chaussures de pieds bandés.
Autre aspect de cette culture qui prend une part importante dans le roman, et notamment au début, ce sont les pieds bandés. Pratique qui concernait avant tout les courtisanes de la cour impériale, cela s'est répandu progressivement aux classes aisées puis aux classes populaires. C'est une pratique qui, malgré les risques et la souffrances qu'elle engendre, a mis énormément de temps à mourir car la petitesse des pieds étaient considérés comme un critère de beauté chez une femme, au point où ces pieds bandés (aussi appelés pieds de lis ou pieds de lotus) étaient célébrés dans les poèmes chinois ; mais aussi parce que de la qualité de ces pieds bandés dépendaient de la qualité du mariage que pouvait faire la fille. Cette pratique visait donc à rétrécir les pieds des filles déformait complètement leurs pieds, de telle sorte qu'elles ne pouvaient marcher ou rester debout longtemps, cette pratique témoigne donc d'une certaine oisiveté.

Si vous avez tous et toutes comme moi une vague idée de ce à quoi correspond le terme de pieds bandés, vous devez savoir que c'est une pratique considérée comme cruelle et qui a causé la souffrance, voir parfois la mort, de nombreuses filles et femmes. Pour obtenir ainsi la perfection qu'étaient censés représenter les petits pieds (la taille idéale étant de sept centimètres !), les fillettes subissaient cette douloureuse pratique à un jeune âge (généralement vers six-sept ans car on considérait les os comme étant malléables), et c'est là que l'adage : "Il faut souffrir pour être belle." prend ironiquement son sens. Je vous épargnerais les détails des différentes étapes de cette opération qui dure deux ans car les détails ne sont pas jolis, jolis. D'ailleurs, avis aux âmes sensibles : la description de l'auteur sur cette pratique peuvent mettre mal à l'aise. Si Lisa See traite de ce sujet difficile et douloureux avec délicatesse, elle ne passe pas pour autant sous silence la réalité de la chose en la cachant sous une formulation élégante et hypocrite, donc avis aux futurs.es lecteurs.trices car les passages décrivant ce rituel peuvent mettre mal à l'aise et vous démanger au niveau des pieds, comme ce fut mon cas !

Photographie en noir et blanc d'une femme aux pieds bandés.

Cependant, si l'on apprend que la condition des femmes à cette époque était loin d'être l'idéale et que lecteurs et lectrices peuvent se révolter, il n'en est pas le cas pour l'héroïne qui jamais ne se plaint de son sort. Si elle a fait un mariage heureux, Fleur de Lis est conditionné par la tradition. Tout ce qu'elle fait, elle le fait car c'est pour elle un devoir, le but de sa condition de femme. Elle agit comme la société veut qu'elle agisse et elle s'y soumet volontairement, tout comme Fleur de Lis. Forcément, en tant que lecteurs.trices, on ne peut toujours être d'accord sur la façon de penser de notre narratrice, mais Lisa See a fait un incroyable travail en écrivant et se mettant dans la peau d'un personnage ancré dans son époque et conditionné par le devoir (envers sa famille, puis son époux et sa belle-famille) et la tradition telle qu'elle était perpétuée à l'époque. Alors certes il y a de la douleur, mais il y a aussi de la résignation car les femmes à cette époque ne pouvaient pas faire grand chose pour contester l'autorité et la tradition, soit parce qu'elles en étaient incapables dans ce monde d'hommes et où la tradition était importante, ou tout simplement parce qu'elle étaient conditionnées.

Outre ce voyage culturel en Asie, on suit essentiellement l'évolution entre deux petites filles, Fleur de Lis et Fleur de Neige, la première est née dans une famille modeste de paysans où elle vit avec ses parents, ses sœurs, sa tante, son oncle et sa cousine ; la seconde née dans une famille plus aisée. A priori, tout les séparent, et pourtant de nombreux points les rassemblent : nées sous le signe du Cheval, elles sont nées le même jour, le même mois et la même année, et possèdent des pieds parfaits et une certaine beauté pouvant les mener loin. L'une et l'autre ont été choisies par une marieuse en raison de ces points communs et ont été unies par un contrat d'âme sœur. Si cela permet à deux petites filles de nouer une amitié qui durera toute leur vie, le but d'un tel engagement est moins altruiste qu'il en a l'air car il s'agit avant tout d'unir deux familles pour des raisons de réputations (c'est notamment l'occasion pour la modeste famille de Fleur de Lis de s'élever socialement à travers leur fille qui pourra, à travers ses pieds et le lien de laotong, faire un beau mariage).

Les nombreux messages que s'écrivent les deux amies ne furent pas
que sur papier mais aussi sur un éventail, comme cela pouvait
se faire à l'époque...

Malgré leurs positions sociales différentes, il y a une entente et une rapide complicité qui se lient entre elles. Là où une femme, après son mariage, ne doit vivre que pour son mari et sa belle-famille, une amitié entre deux âmes sœurs dure toute la vie. C'est l'union de deux cœurs que rien ne doit séparer : ni la solitude, ni l'éloignement, ni les éventuels désaccords, ni la différence de leurs mariages respectifs, et rien ni personne ne soit s'immiscer entre elles. C'est Fleur de Lis qui, alors vieille dame, nous retrace le récit de son amitié avec Fleur de Neige et c'est une histoire belle, sensible, captivante mais aussi terrible car la vie des deux jeunes filles s'est tissée au gré de bonheurs et de moments de drame. Le traitement de l'amitié est poignant, touchant et réaliste : il y a des moments d'incertitude, de jalousie, une façon différente de voir les choses, mais une incroyable complicité et intimité entre ces deux filles qui grandissent et deviennent femmes ensemble et qui feront tout pour rester en contact, et qui utilisèrent beaucoup le nu shu pour rester en contact. C'est une belle histoire d'amitié comme il m'est rarement donné de lire.

Ajoutons à cela la magnifique plume de Lisa See, fluide, belle et sensible qui montre bien l'expression très mesurée des sentiments, la pudeur, et que malgré cette société du silence et de la soumission décrite dans le roman, l'auteur nous en dit énormément et, d'une certaine façon, en racontant son passé et son amitié avec Fleur de Neige, Fleur de Lis s’émancipe et sort également du silence son amie.

Extrait :

On s'attend à ce que nous aimions nos enfants, nous autres femmes, à peine sont-ils sortis de notre ventre... Mais laquelle d'entre nous n'a pas ressenti une cruelle déception en découvrant qu'elle venait de mettre au monde une fille ? Ou une panique croissante - même s'il s'agissait du fils tant attendu - en berçant sous le regard désapprobateur de sa belle-mère son nourrisson qui n'arrêtait pas de pleurer ? Même si nous aimons nos filles de tout notre cœur, nous devons les élever en leur apprenant à souffrir. Nous aimons nos fils plus que tout au monde, mais nous sommes exclues de leur univers et du monde extérieur des hommes. Nous sommes censées aimer notre époux dès l'instant où a été contracté le lien qui nous unit à lui, alors que nous devrons attendre des années avant de découvrir son visage. On nous enseigne d'aimer nos beau-parents, mais nous débarquons dans leur famille en étrangère et avec le rang le plus bas, à peine mieux traitées qu'une domestique.

On exige que nous aimions et honorions les ancêtres de notre mari et nous exécutons donc les rites et les devoirs appropriés, même si notre cœur se porte plus volontiers vers nos propres ancêtres. Nous aimons nos parents parce qu'ils prennent soin de nous, mais ils nous considèrent comme les branches les plus inutiles de l'arbre familial : nous épuisons leurs ressources et ils nous élèvent pour nous voir partir un jour dans une autre famille. Quel que soit le bonheur que nous éprouvons dans notre foyer d'origine, nous savons toutes que cette séparation sera inéluctable. Nous aimons donc notre famille en ayant conscience que cet amour prendra fin dans la tristesse d'un départ. Ces diverses variétés d'amour naissent du devoir, de la reconnaissance ou du respect. Comme le savent les femmes de notre district, elles sont généralement sources de tristesse, de mésentente et de violence.

Mais l'amour qui unit deux laotong est de nature bien différente. Comme l'avait dit Madame Wang, cette relation est le fruit d'un choix délibéré.

Amour.

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dimanche 29 avril 2018

L'évangile de Loki - Joanne Harris.

L'auteur : Joanne Harris, née en 1964, est une romancière britannique, auteur de nombreux titres. L'un de ses romans, Chocolat, fut adapté au cinéma sous le nom Le Chocolat.

Quatrième de couverture :

L'ascension et la chute des dieux nordiques du point de vue du plus grand des tricheurs et des menteurs, Loki : sa naissance au royaume des Géants, sa place en Asgard, ses nombreux exploits au nom d'Odin, sa chute et sa trahison. Loki, c'est moi. Loki, le porteur de lumière, bel homme, modeste et insaisissable, héros incompris de ce tissu de mensonges. Lisez cela avec prudence, tout y est au moins aussi vrai que la version officielle, et, j'ose le dire, bien plus divertissant. 

Jusque-là, l'histoire, telle qu'on la connaît, m'a réservé un rôle assez peu flatteur. 

Mais désormais, c'est à mon tour d'entrer en scène. À moi de raconter !

Mon avis :

Férue de mythologie, et notamment le personnage de Loki, je me suis penchée sur ce titre à la couverture attrayante et dont le sujet promettait quelque chose d'intéressant. Loki est en effet l'une des divinités les plus célèbres et intéressantes du panthéon nordique. Dieu fripon, capable de se métamorphoser, père de plusieurs monstres, à la nature changeante et ambiguë. Ainsi, c'est un personnage intéressant à exploiter, et découvrir l'histoire (à savoir les divers mythes nordiques) à travers ses yeux promettait de donner quelque chose d'intéressant !

Au final, je ressors assez mitigée de ce roman. La plupart des critiques au sujet de ce livre ayant été excellentes, je m'attendais à tomber sous le charme également, mais peut-être ne suis-je tout simplement pas le bon public pour ce roman car je me suis forgée ma propre image de Loki, tout comme l'auteur s'est forgée la sienne. L'histoire a ses bons et ses mauvais côtés. J'ai trouvé très intéressant le fait que l'auteur se penche de plus près sur la mythologie nordique, une mythologie assez méconnue malgré la célébrité des personnages de Thor, Odin et Loki grâce aux films Marvel, mais les films Marvel ont pris des libertés avec la mythologie ainsi il est intéressant de faire découvrir, à travers ce roman, la mythologie nordique à travers un grand nombre de ses épisodes, en commençant par le commencement, la création des différents mondes, l'Ordre et le Désordre, le Chaos, jusqu'à la fin avec le Ragnarök, l'apocalypse et la plupart de ces aventures ont été plutôt plaisantes à suivre !



Loki tel que représenté dans un
manuscrit du XVIIIe siècle.
Le début s'avère assez long, car l'auteur prend le temps de nous expliquer comment tout a commencé et s'est créé, mais les choses commencent à s'accélérer et devenir plus intéressantes lorsque Loki rencontre Odin, le dieu principal des mythes nordiques, et que nous passons ensuite par l'introduction de Loki aux autres divinités et les différentes histoires où Loki a eu un rôle dans la mythologie, et elles sont nombreuses ! Je ne connaissais pas toutes ces histoires, ainsi ce fut intéressant à découvrir. Un autre aspect intéressant que l'auteur a exploité : l'élément de Loki est le feu car il est un être du feu, avant de rejoindre Asgard, où vivent les dieux, Loki était un être sans forme, puis il s'est matérialisé, et découvre ce que ça fait, d'être un être corporel : il découvre le toucher, l'odorat, le goût, la nourriture, le sexe et certaines règles crées pour maintenir l'ordre lui échappent car, étant un être venant du Chaos et découvrant la matérialité, il ne saisit pas la nécessité de ces interdits (comme : le sexe d'accord, mais pas avec des hommes, pas avec des mortels, pas avec des animaux, etc).

Ce qui m'a beaucoup posé problème, c'est le personnage de Loki. De par sa nature ambiguë, c'est un personnage intéressant mais difficile à cerner complètement, ainsi chacun peut se faire sa propre interprétation du personnage. Est-il 100% mauvais, un anti-héros, un être capable de faire le bien comme le mal ? Chacun se fait sa propre image de Loki, mais la mienne ne correspond pas trop à celle de l'auteur. Loki est loin d'être un personnage à être sympathique dans ce roman. Certes, c'est un peu le but car Loki est un dieu trompeur, et connaissant un minimum la mythologie nordique, je sais qu'il n'est pas tout blanc et qu'il est capable de cruauté comme il est capable d'utiliser sa ruse, son intelligence et ses dons pour aider les autres dieux. Seulement, sous la plume de l'auteur, si Loki fait de bonnes actions, c'est essentiellement par intérêt (ce qui peut se tenir, je l'avoue). L'auteur le décrit également comme un mauvais père (non cruel mais assez indifférent) et un mauvais mari (alors que, excusez-moi, mais si Sigyn est restée auprès de lui lors de son ultime punition, à le protéger comme elle le pouvait du venin du serpent, ce n'est pas pour rien !), ce qui est vraiment dommage car l'un des aspects les plus intéressants de Loki, c'est ses enfants : il a notamment engendré des monstres, comme Fenrir le loup, Hel la déesse du royaume des morts, le serpent Jürmungand et le cheval à huit jambes Sleipnir et j'ai toujours imaginé Loki comme un bon parent. L'auteur sous-entend également quelque chose à la fin du roman [spoiler] après l'apocalypse, c'est le noir complet et Loki a cette phrase assez étrange : "Que la lumière soit." Donc l'auteur sous-entendrait que Loki est... dans un sens, le dieu créateur dans la Bible, ou alors qu'il a initié le judaïsme/christianisme, et... je n'adhère pas, même si l'idée a un quelque chose d'ingénieux [/spoiler]. Il y a quelques moments, des chapitres où Loki nous est sympathique. On le plaint car il est souvent humilié, insulté, menacé par les autres dieux, et Loki fait souvent preuve d'humour et d'ingéniosité ; malgré cela j'ai... parfois eu du mal avec ce roman à cause du personnage. Après, je le répète, chacun a sa propre interprétation de Loki et je n'adhère pas à celle de l'auteur...


Wolf's Father de Sceith-A's (DeviantART), représentant Loki et son fils Fenrir.

Heureusement, il y a des scènes sympathiques, notamment lorsqu'il y a de l'entente entre Thor et Loki, ou Odin et Loki. Ces derniers forment d'ailleurs dans le roman une relation intéressante : Odin est le premier dieu que Loki rencontre, et il y a une sorte d'entente entre eux. Odin veut dans un premier temps faire confiance à Loki, et Loki semble parfois apprécier la compagnie d'Odin. Le fait que Loki soit également attiré par Odin s'explique aussi par le fait que ce dernier possède une part sombre que seul Loki comprend. Il y a beaucoup de complexité et une certaine tragédie dans leur relation, que j'ai vraiment trouvé intéressant : les deux sont incapables de se faire pleinement confiance, il y a des périodes d'entente mais ça ne dure jamais, comme l'Ordre et le Chaos peuvent se frôler, se croiser, se rencontrer mais jamais s'accorder.


Mon gros soucis avec ce livre reste le fait que je n'adhère pas à la version de Loki de l'auteur. Outre ce fait, ce roman est un bon moyen pour découvrir avec une plume moderne et fluide la mythologie nordique avec sa panoplie de divinité. Toutefois, avis à ceux.elles qui ne sont pas familiers.ères avec cette mythologie, celle-ci a des épisodes aussi, voire plus, étranges que ceux de la mythologie grecque !


Extrait :

Nous avions revêtu l'aspect du Peuple, ne portions ni arme ni symbole de statut. Et je dois reconnaître que partir chasser avec seulement une fronde et une poignée de pierres, dormir à la dure sur une couverture, à la belle étoile, et laisser derrière moi Asgard et ses tensions politiques, me plaisait. Faire semblant d'être quelqu'un d'autre, quelqu'un d'insignifiant, m'amusait. Et pourtant, cela restait une mascarade. Odin et moi le savions tous les deux. Une sorte de jeu, l'illusion de ce qui aurait pu advenir si lui et moi avions été capables de nous faire confiance, pour changer. Alors, nous avons chassé, et chanté, et ri, et échangé des histoires soigneusement censurées du bon vieux temps, pendant que chacun de nous surveillait l'autre du coin de l’œil et se demandait quand tomberait le couperet.

Leçon 11 : Rançon. (Livre II - Ombre)



Ce billet est une participation au challenge :

samedi 28 avril 2018

Napoléon, Joséphine et les autres - Isabelle Bricard.


L'auteur : Isabelle Bricard, née en 1954, est une historienne française, auteur de nombreux ouvrages tels que Saintes ou pouliches, l’éducation des filles au XIXe siècle (1985), Moi Léon, fils de l’Empereur (1988), Les Dynasties régnantes d’Europe (2000), Napoléon, Joséphine et les autres (2009), ou encore La Mort des grands hommes (2013).

Quatrième de couverture :

Rien d'humain ne battait sous son épaisse armure... a prétendu Lamartine en parlant de Napoléon.

Lamartine se trompait ! 

L'homme de guerre invincible qui déplaçait les frontières, taillait dans la chair des nations, faisait et défaisait les dynasties, l'administrateur infatigable, le législateur inspiré avait un amour qui battait sous sa redingote grise. Il y a chez Napoléon une faculté d'aimer aussi singulière que l'est chez lui la faculté de penser et d'agir, et qui en fait un mari et un amant aussi étonnant que le soldat ou l'homme d'Etat. 

Désirée, Pauline, Georgina, Antoinette, Adèle, Éléonore, Marie, Marie-Louise, pour ne parler que des plus marquantes... Femmes d'un soir, d'un mois, ou beaucoup plus, coups de sang ou véritables attachements, intrigantes ou - beaucoup plus rarement - désintéressées, conquêtes généralement faciles, elles jalonnent la vie amoureuse de Napoléon comme les victoires militaires jalonnent ses campagnes. 

Napoléon et l'amour... Un sujet moins frivole qu'il n'y paraît car on peut se demander si la misogynie affichée par le "petit caporal", cette misogynie qui transpire dans bien des articles du Code civil, n'est pas le prix payé par toutes les femmes pour les mensonges, les infidélités et l'incorrigible coquetterie d'une seule : "l'incomparable Joséphine".

Mon avis :

On ne présente plus Napoléon Bonaparte qui, de par son vécu qui ressemble à une incroyable épopée, a atteint l'immortalité dans l'Histoire et les mémoires. Cependant, on connaît de Napoléon davantage le chef militaire et l'empereur. Et si Napoléon a beaucoup fait la guerre, il a aussi fait l'amour et c'est ce que l'auteur nous propose de découvrir dans cet ouvrage.

Napoléon amoureux ! On pense tout de suite à un nom : Joséphine de Beauharnais, qui est quasiment indissociable de Napoléon. L'auteur nous propose de (re)découvrir l'histoire de ce couple et, de ce fait, corrige certaines idées reçues : non, ce ne fut pas un coup de foudre de la part de Napoléon, et il s'agissait avant tout d'un mariage d'intérêt (ou le futur marié arriva deux heures en retard !) entre les deux époux. Joséphine n'est pas d'ailleurs le véritable nom de la dame puisqu'elle se nomme Marie-Joseph-Rose et c'est Napoléon qui la baptisa Joséphine. Une habitude qui n'est pas nouvelle pour ce Corse qui changeait parfois le nom de ses conquêtes, afin de ne pas utiliser un nom tant de fois prononcé par les anciens amants de la dame concernée.


Napoléon et Joséphine.
Mais alors, est-ce que Napoléon et Joséphine, qu'on présente comme étant une grande histoire d'amour est un mensonge ? Oui et non. Napoléon a profondément aimé sa Joséphine, et celle-ci a beaucoup d'affection pour celle qu'elle a toujours nommé "Bonaparte". La tragédie de ces deux tourtereaux est qu'ils n'ont pas vraiment été amoureux en même temps. La belle a beaucoup trompé Napoléon pendant les premières années du mariage, notamment lorsque monsieur était en campagne en Egypte ou en Italie alors qu'il ne pensait qu'à elle. Bientôt, et après plusieurs menaces de divorce, ils restent ensemble et c'est Napoléon qui se met à tromper plusieurs fois sa belle qui en devient vite jalouse et n'hésita pas à faire des crises de larmes afin d'émouvoir son époux. Pour garder son époux auprès d'elle, à défaut de pouvoir lui faire un enfant, elle n'hésite pas à sacrifier sa fille, Hortense, en la mariant à l'un des frères de Napoléon afin de donner un héritier à Napoléon, à travers Hortense.

Pourtant, même s'il n'y a pas eu de coup de foudre, s'ils restent l'une des histoires d'amour les plus célèbres de l'Histoire, ce n'est pas pour rien ! Il y a une réelle affection entre les deux, une complicité entre deux personnes qui ont longtemps vécu ensemble et qui se connaissent très bien, une tendresse que même les infidélités de Napoléon et leur divorce ne feront mourir. Divorce qui n'a d'ailleurs jamais été souhaité par les époux, mais que Napoléon a du forcer pour avoir un héritier à la dynastie impériale qu'il a voulu créer, les Napoléonides. Malgré le divorce, ils continueront à se voir et à penser à l'autre. J'ai beaucoup apprécié redécouvrir l'histoire de ce couple célèbre et redécouvrir également les tempéraments et habitudes des deux époux. Comment Napoléon pouvait être joueur avec son épouse, comment il était souvent exaspéré de cette femme trop dépensière à qui il payait les dettes, comment il appréciait sincèrement les enfants de Joséphine, comme s'ils étaient les siens, comment Joséphine connaissait son Bonaparte et savait bien le manipuler émotionnellement, car oui, une des faiblesses de Napoléon étaient les larmes de Joséphine, et elle le savait très bien ! Il y a eu beaucoup de tendresse entre eux, et c'était vraiment touchant à découvrir.

L'auteur nous parle également des autres femmes dans la vie de Napoléon, ses compagnes avant Joséphine, ses
Désirée Clary, ancienne compagne de
Napoléon, devenue par la suite reine consort
de Suède et de Norvège.
nombreuses maîtresses, les plus célèbres et les moins connues. La plus connue d'entre elles reste Marie Walewska, celle que l'on surnomme "la femme polonaise de Napoléon", avec qui elle a eu des rapports ambigus. Elle l'a avant tout approché dans l'espoir qu'il sauve son pays de sa situation d'alors, il tombe sous son charme, lui fait des avances qu'elle refuse, on lui mets la pression pour qu'elle tombe dans ses bras, il aurait abusé d'elle mais elle s'éprend à son tour de lui (vous comprenez pourquoi le terme "ambigu") et lui donne même un enfant.


Il est également impossible de parler de Napoléon sans évoquer sa seconde épouse, Marie-Louise d'Autriche, petite nièce de la défunte reine Marie-Antoinette. Si le conquérant semble amoureux pendant un temps, et aura toujours de la tendresse envers elle (même à son exil à Sainte-Hélène, alors que sa femme l'a abandonné et s'est mariée avec un autre), il s'ennuie avec elle. Elle lui a donné un héritier qui le combla, mais le jeune Napoléon II n'a jamais régné... Et ce n'est pas la belle Autrichienne qui resta dans les mémoires et le cœur des Français... et de Napoléon, mais bien Joséphine qui a rempli à merveille son rôle d'Impératrice car, à l'inverse de son époux, le monde, ça lui connaît et elle sait recevoir.

J'ai beaucoup apprécié la lecture de cet ouvrage qui s'est révélé être très instructif, d'autant plus que le sujet s'est révélé être intéressant car il nous permet de découvrir Napoléon sous un autre angle : la romance. C'est également bien écrit, l'écriture est fluide et agréable, et on a presque l'impression de lire un roman ! J'aurais cependant souhaité que certains éléments soient plus approfondis, plus travaillés comme le quotidien de Napoléon et Marie-Louise en tant qu'époux, que les sentiments de Marie Walewska soient davantage expliqués car leurs rapports étaient vraiment ambigus et j'aurais voulu que l'auteur explique un peu le pourquoi de l'amour et du dévouement de la comtesse Polonaise à l'égard de Napoléon. J'aurais également voulu davantage de détails sur la vie de Napoléon et Joséphine, notamment au début de leur mariage. Outre ces points, je n'ai pas grand chose à ajouter, et je ne veux pas trop m'étaler. Comme disait Napoléon lui-même : "Quel roman de ma vie !".



Napoléon, Marie-Louise et leur fils.

Extrait : 

Pour se remettre de cette terrible quinzaine, le couple impérial reste quelques jours à Marracq, avant de remonter vers Paris. Une vraie lune de miel ! Le couple se promène sur la plage ; Napoléon, qui est d'excellente humeur, se baigne et se livre avec Joséphine à des gamineries de jeune marié. Il la poursuit sur le rivage, la pousse à l'eau, lui chipe ses chaussures qu'il jette à la mer, l'obligeant à remonter déchaussée en voiture pour mieux voir ses jolis pieds qu'il adore. Joséphine se remet à sourire et se croit revenue au temps béni du Consulat. "Je suis près de l'Empereur, écrit-elle à son fils, chaque jour semble le rendre plus aimable et plus parfait pour moi." De son côté, elle est aux petits soins pour son époux, et comme il raffole du parmesan, elle prie Eugène de lui en envoyer de Milan, et du meilleur !

Chapitre XI. Prélude au divorce.


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