lundi 4 février 2019

Nous, Louis, Roi - Eve de Castro.


L'auteur : Née en 1961, Valérie Cazeneuve dite Ève de Castro est une écrivaine française, auteur de nombreux romans, dont certains à caractère historique.


Quatrième de couverture :


Il signait "Nous, Louis, roi" et il rêvait d'éternité. La gangrène ronge sa jambe. Ses ennemis ont parié qu'il ne passerait pas la fin du mois d'août. A Versailles, on pleure et on prépare l'avenir. A Paris, on fête déjà la mort du tyran. Cloué sur son lit, celui qui s'est voulu le plus grand roi du monde est seul avec lui-même. C'est l'heure des comptes, des adieux, de la vérité. Il reste à Louis XIV dix-sept jours pour quitter sa peau de dieu. Dix-sept nuits pour se découvrir homme.




Mon avis :


Nous, Louis, Roi est un roman à la première personne narrant les derniers jours de la vie de Louis XIV. Tout commence le 15 août 1715, à Versailles. Un mal, que le roi nomme comme étant « la bête », le ronge depuis le début du mois. Elle le dévore petit à petit, elle se fait discrète mais avance sûrement. Le roi l'ignore encore à ce moment-là, mais le compte à rebours a commencé.

Du 15 août au 1er septembre 1715, jour où l'éternel soleil s'est éteint, nous suivons Louis XIV, à la fois l'homme et le roi, alors qu'il songe à cette maladie qui le ronge et l'affaibli, alors qu'il fait le bilan de sa vie. Pourtant, ce n'est pas un homme résigné avec qui nous faisons d'abord connaissance. Malgré son âge, Louis pense simplement être incommodé par une maladie qui finira par être guérie. C'est un homme rétif au sujet de sa maladie, il refuse de perdre la face et reste digne en toute circonstance, il continue de gouverner malgré cette faiblesse. Le soleil doit continuer de briller. Il est Apollon, il est le souverain le plus puissant d'Europe, il ne doit pas flancher. L'héritier au trône est encore si jeune… Et bien que la maladie l'affaibli, Louis refuse de s'avouer vaincu !

Mon ennemie me fait vivre au petit pas, à maigre feu. Elle me transforme en vieillard.Je ne suis pas un vieillard. Je suis le soleil de ce siècle.

Puis peu à peu, alors que les jours et les nuits se défilent et que le roi s’affaiblit de plus en plus, que la gangrène gagne du terrain, Louis lâche peu à peu prise et après l'horreur et la stupéfaction en apprenant qu'il n'y réchapperait pas, vient l'acceptation de son sort et la préparation à la mort pendant les derniers jours, qu'on lui prépare les derniers sacrements, qu'il dit au-revoir à ses proches, … C'est un point que j'ai trouvé intéressant lors de ma lecture. Louis XIV n'est pas tout de suite conscient de son sort, et le personnage se développe au fil des jours et des nuits qui passent, et ses réflexions sont magnifiées par la jolie plume d'Eve de Castro. Il est difficile de s'imaginer dans la peau d'un personnage historique, encore plus de quelqu'un d'aussi illustre que notre Roi Soleil, pourtant cette tâche difficile a été réussie par l'auteur qui nous montre un Louis XIV aussi fidèle que possible. C'est un homme avec une idée très profonde sur sa position de roi, une position qui est aussi un rôle prioritaire sur tout le reste et qui a façonné l'homme qu'il est. Il a une haute idée sur la façon de gouverner la France, et il a consacré sa vie et sa personne pour la gloire de son pays. Louis, c'est avant tout le roi.

La discipline que je donne me redresse. Elle pose sur mon visage le masque qui convient. 

Pourtant, au fur et à mesure de la progression de son mal, Louis XIV redevient Louis. Il n'est plus Apollon, il n'est plus souverain, le glorieux roi soleil, il est un homme face à sa mortalité, Louis consumé par la maladie, par la peur, par la souffrance. Nous voyons peu à peu ce roi arrogant s'humaniser alors que la progression de sa maladie et la proximité de sa mort le ramènent à sa condition de mortel. C'est ainsi qu'il fait doucement tomber le masque, qu'il a porté toute sa vie, pour dévoiler non plus le roi, mais l'homme.

Tout vulnérable qu'il est, Louis XIV se livre. À lui-même, aux lecteurs. Il nous raconte ses doutes, ses réussites, ses peurs quant à l'avenir du royaume, ses questionnements sur sa vie, etc. Il mène une réflexion sur sa vie, sur la façon dont il a régné. Roi trop amoureux de la gloire, il ne s'en cache pas, pas plus qu'il a saigné le royaume pour sa gloire et pour ses guerres. Il ne se cache pas non plus qu'il a trop aimé les femmes. Louis a des regrets et confesse ses péchés. Parfois, il en vient à croire que la bête est une punition envoyée par Dieu, pour le confronter à sa condition de mortel. Louis est âgé, affaibli, mourant. Il a vu de nombreux membres de sa famille mourir avant lui, y compris son fils. Pour lui succéder, un jeune enfant, le futur Louis XV.

Dieu m'a laissé un frêle enfant pour me rappeler ce que j'étais à la mort de mon père.La bête est son piège refermé sur mon cœur.Je me soumets.

Pourtant, même si Louis le Grand tombe de son piédestal, il n'est pas pathétique dans ses derniers jours. C'est certes un homme face à sa mortalité, mais il n'en demeure pas moins digne. C'est un homme quasi-normale qui affronte la douleur et la mort avec dignité, alors que ses médecins ne savent pas quoi faire pour le soulager.

Il se remémore les moments clés de sa vie, bien que pas nécessairement dans le bon ordre mais qu'importe. Il se remémore de son enfance agitée pendant la Fronde avec sa mère, la reine Anne d'Autriche, et son parrain le cardinal Mazarin comme seuls protecteurs. Il évoque ses amours : son premier amour, Marie Mancini, qu'il a du sacrifier, ses nombreuses maîtresses dont Madame de Maintenon qu'il a épousé en secret. Il parle de son entourage : son arrière petit-fils qu'il adore mais qui est beaucoup trop jeune pour régner, Madame – femme de feu son frère – à l'appétit franc et à la langue pendue, à sa seconde épouse douce et pieuse, … Nous apprenons des faits divers de la cour de France, la vie à Versailles, le goût de Louis pour l'art, ce roi qui a tant aimé dansé. Son attachement pour de grands artistes : Molière, dont les comédies l'ont amusé ; Lully, son musicien qui a beaucoup composé pour lui, ou encore Le Nôtre, son jardinier qui a réalisé les jardins de Versailles. Parfois, il est hanté par ses fantômes et s'imagine revoir sa mère, son père et d'autres personnages disparus. J'ai trouvé ça vraiment touchant et empreint de mélancolie.

J'ai trouvé ce court roman vraiment intéressant ! Sans être un coup de cœur, il m'aura vite transporté et plongé dans cet univers de la cour de Louis XIV et, plus que tout, cela m'a remémoré mon ancienne visite au château de Versailles, là où j'aurais tant aimé pouvoir savourer ce livre. Un titre que je recommande !


Extrait :


Je ne marcherai plus. Je ne toucherai plus mes citrons, je n'admirerai plus la symétrie de mes buis, l'or des groupes qui ornent mes fontaines. Je ne me pencherai plus sur le bassin des carpes de Marly, je ne montrerai plus aux visiteurs les girafes et les autruches de la Ménagerie, je ne souperai plus avec Françoise à Trianon, je ne visiterai plus mes chenils, ni mes écuries, ni les ateliers où je corrigeais ici une ligne, là une teinte, une moulure, un vernis.
Je puis tendre les bras et ma volonté, je puis dire : Nous, Louis, roi ordonnons, tout ce qui se donne à admirer au-delà de mon balustre est désormais hors de ma portée.
Je suis prisonnier de mon corps.


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