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dimanche 10 mai 2026

Le photographe inconnu de l'Occupation - Philippe Broussard.

Apprenant la découverte sur une brocante d’un mystérieux album de trois cent soixante-dix-sept photos prises clandestinement à Paris et en banlieue entre 1940 et 1942, Philippe Broussard, journaliste au Monde, se lance dans une enquête vertigineuse pour tenter d’en identifier l’auteur.

Pendant quatre ans, il scrute le moindre indice, tire le fil de pistes plus ou moins fiables, approchant peu à peu la vérité de cette histoire tragique dont les spécialistes de l’Occupation et de la Résistance ignorent tout.

Le succès des articles qu’il fait paraître, à l’été 2024, relance ses investigations. Philippe Broussard veut aller plus loin : reconstituer la vie de ce héros anonyme, mort en déportation, et de ses proches est devenu pour lui une obsession.

Dans une prose palpitante, il fait ici le récit complet de sa quête en même temps qu’il dévoile une centaine de photos de cet album miraculeusement retrouvé, mémoire matérielle d’un courage bouleversant.


Imaginez une époque où prendre des photos était interdit, et pouvait vous valoir un aller simple dans un camp de travail. Cette époque n’est pas si lointaine. Nous sommes en France, pendant l’Occupation allemande. Une partie du pays (dont Paris) est occupée par les Allemands, tandis que la zone libre est dirigée par le régime de Vichy de Pétain. Les seules photographies autorisées, et qui constituent la majorité des sources visuelles que nous avons de cette époque, viennent de la propagande et montrent une image fausse d’une occupation qui se passe bien, avec des occupants qui respectent le pays et ses habitants, un Paris paisible, loin de toute image de pénurie ou de souffrance.

Prendre des photos, sans autorisation, pouvait coûter très cher.

Pourtant, un jour de brocante, deux passionnés de photographies anciennes tombent sur un album contenant pas moins de trois 177 photos prises clandestinement à Paris et en banlieue au début de l'Occupation, entre 1940 et 1942, la plupart datées et annotées. Un véritable trésor pour ces passionnés, d’autant que ces photographies sont nombreuses, datées et accompagnées de commentaires percutantes et pleines d’ironie, et surtout elles ne proviennent pas de la propagande et montrent ainsi une image beaucoup plus réaliste de cette période.

Qui est ce mystérieux et courageux photographe ? Qu’est-il devenu ? C’est ce à quoi a tenté de répondre Philippe Broussard qui a mené une véritable enquête de quatre ans, scrutant le moindre indice, se lançant sur des pistes incertaines, au gré de lueurs d’espoir et de désillusions.

C’est un véritable travail d’enquête qui se dessine. C’est un travail d’archive, de recherche et de logique long et minutieux. Rien n’est laissé de côté. On recherche des photographies similaires dans des musées ou des archives, au cas-où il y aurait d’autres photographies de ce mystérieux auteur. S’il y a bien des photos, qui était le donateur ? A quelle famille appartenait l’album photo trouvé en brocante ? On analyse les photos et l’écriture. Est-ce une écriture d’homme ou de femme ? Parisien, il l’est assurément, les photos démontrent une excellente connaissance de Paris et ses quartiers. Quel était son métier ? Il devait peut-être se déplacer à moto ou à bicyclette, pour être capable de passer d’un quartier à un autre en si peu de temps. S’il était en moto, il devait faire partie de ces rares privilégiés ayant accès à l’essence. Était-ce un seul photographe ou travaillaient-ils en groupe ?

Que de questions auxquelles Philippe Broussard a tenté de répondre, publiant d’abord l’évolution de son enquête dans une série d’articles dans Le Monde avant de nous présenter ce livre.

C’est une véritable enquête historique qui prend forme devant nos yeux, que j’ai suivi avec beaucoup de plaisir et d’intérêt. On suit les progressions de Broussard, on espère avec lui, on goûte à ses déceptions et ses désillusions comme si nous avions mené l’enquête avec lui. On espère, à chaque piste, trouver enfin l’identité du photographe. On espère jusqu’au bout découvrir qu’il a survécu à la guerre, pourquoi pas rencontrer ses descendants, car l’enquête ne se termine pas lorsque nous est enfin dévoilée l’identité du photographe. Broussard s’est en effet attelé à nous raconter la vie de cette personne, de ce héro méconnu, tirant de l’oubli ce citoyen comme les autres, entré à sa manière dans la Résistance, à travers des clichés interdits documentant la dure réalité de l’Occupation, celle que l’occupant a cherché par tous les moyens à cacher sous le vernis lisse du mensonge et d’une image idéalisée de Paris.

Ce livre est une véritable enquête historique passionnante, agrémentée des photographies et ses annotations ironiques, qui permet de nous faire sortir de l’oubli ce héro méconnu de la Résistance qui a définitivement laissé sa trace dans l’Histoire à travers ses clichés, témoins d’une époque pas si éloignée de la nôtre qu’il est important de garder en mémoire.


Pour l’immense majorité de la population, la priorité n’est pas de faire acte de présence, encore moins de s’insurger, mais de survivre, d’apprendre « à faire avec ». Les pénuries sont si sévères (lait, beurre, farine, sucre, viande…) que le rationnement est instauré dès le mois de septembre 1940. L’heure est au chômage, au système D, à l’activité économique au service des Allemands. Glaner de quoi manger devient l’urgence quotidienne. Sans parler de l’hiver à venir, annoncé glacial, sans bois ni charbon.

Cette réalité, le photographe ne nous la montre pas vraiment, du moins pas de manière frontale. Disons qu’il la suggère à sa façon. De l’aube au couvre-feu, il est notre œil dans la grisaille, un jour devant l’entrée des Galeries Lafayette, le lendemain aux Tuileries. Dans son objectif, les Allemands occupent l’espace : ils ont leurs restaurants, leurs cinémas, Paris est à eux.

lundi 21 avril 2025

La Vie secrète des arbres - Peter Wohlleben, Fred Bernard et Benjamin Flao.


Peter Wohlleben est le forestier le plus célèbre du monde, auteur du best-seller La Vie secrète des arbres, traduit dans plus de quarante langues. Ce livre est son histoire.

Avec un formidable talent de conteur, il nous plonge dans l'intimité des arbres, jusqu'à leurs racines. Au fil des pages, il nous entraîne à la découverte de l'extraordinaire fonctionnement de la forêt : comment les arbres interagissent, communiquent, se déplacent et se défendent.

La Vie secrète des arbres nous donne accès à un monde merveilleux mais fragile.

Protéger les arbres, c'est protéger l'humanité tout entière.




Cette bande-dessinée est une adaptation du livre du même nom de Peter Wohlleben, un ingénieur forestier allemand qui nous parle de sa vie, de son amour des arbres et de la nature, et de tout ce qu’il y a à savoir sur les arbres.


Cet ouvrage se présente comme une véritable petite Bible des arbres dans lequel l’auteur nous communique sa passion et son savoir. On en apprend notamment sur les différentes espèces d’arbres, comment ils vivent en forêt comme en ville, comment ils grandissent (un processus pas si évident qu’il n’y paraît), comment ils se reproduisent, comment ils migrent, comment ils communiquent entre eux, comment ils survivent et font face au danger (intempéries, incendies, parasites, etc), mais aussi leur vie sociale (entre eux ou avec les animaux) et les bienfaits des arbres pour nous mais aussi pour la Terre et l’écosystème.


Ce que je peux reprocher à cette bande-dessinée est l’accumulation d’informations. On a en effet un trop plein d’informations parfois décousues et redondantes et qui sont présentées de façon trop académique. J’ai parfois du persévérer dans ma lecture, et il m’a fallu faire de nombreuses pauses. Ce n’est pas un livre qu’on peut lire en une fois car, malgré son format bande-dessinée, la lecture n’est pas toujours fluide, et c’est parfois difficile d’assimiler toutes les informations.


Pourtant, le sujet est passionnant ! N’allez pas croire que j’ai passé un mauvais moment, bien au contraire. J’ai beaucoup aimé en apprendre davantage sur la vie et le fonctionnement des arbres. J’ai appris beaucoup de choses intéressantes et je vois les arbres d’une autre façon à présent !



Ce sont des organismes qui sont plus complexes et intéressants qu’on pourrait le croire de prime abord. Bien que dépourvus de cerveaux, ils sont capables d’apprendre et de mémoriser certaines expériences. Quand un arbre est attaqué par des insectes par exemple, il peut apprendre à se défendre ou à mieux se protéger. C’est notamment le cas des hêtres et des chênes quand trop de sangliers dévorent leurs glands : pendant quelques années, ils vont produire beaucoup moins de glands, forçant leurs prédateurs sangliers à aller chercher à manger ailleurs. Une fois la menace éloignées, ces arbres se remettent à produire. Nous avons aussi des arbres qui rendent leurs feuilles toxiques quand elles sont mangées par des girafes, mais aussi comment certains arbres peuvent développer une écorce épaisse pour se débarrasser de parasites comme les champignons ou des bactéries.


Les arbres sont également capables de communiquer entre eux grâce à un réseau de racines combinées à celles de leurs congénères ou bien grâce à des molécules volatiles, et se prévenir en cas de danger (quand un animal mange leurs feuilles par exemple). En forêt, la communauté des arbres résiste plus facilement car ils s’épaulent et peuvent s’appuyer sur leurs voisins tandis que des arbres plus isolés sont plus fragiles face aux intempéries et autres menaces, ce qui me fait me sentir triste pour les arbres des villes qui ne s’épanouissent pas comme les arbres dans les forêts et qui sont plus isolés et dans un environnement moins sain (l’air est moins pur en ville qu’en forêt).


C’est aussi un ouvrage biographique car l’auteur revient sur sa vie depuis son enfance et son attirance pour le monde forestier depuis le plus jeune âge, son déménagement à la campagne, son métier d’ingénieur forestier qui l’a conduit à utiliser les arbres comme des produits à utiliser, pour le profit, ce qu’il a détesté faire, et comment il en est venu à gérer enfin la forêt de sa ville comme il l’entendait, et faire mieux connaître à la population ce monde qui le fascine tant et les sensibiliser à cette cause qui lui est si chère. J’ai beaucoup aimé cet aspect biographique et la passion de l’auteur est communicative.



L’auteur a aussi parfois un discours alarmiste et provocateur, à raison car on ne peut pas lui reprocher de souligner le maintien fragile de l’écosystème et comment l’Homme traite l’arbre et la nature, davantage comme une source de profit que quelque chose à respecter, à chérir et à protéger. Heureusement, malgré ce discours alarmiste, il nous partage tout de même quelques nouvelles rassurantes et que, même si la situation est inquiétante, il y a des progrès, une prise de conscience, des tentatives d’amélioration.


En outre, une bande-dessinée instructive et passionnante, une véritable plongée dans le monde des arbres qui est constitué de secrets et de richesses insoupçonnés, mais des informations pas toujours présentés de la façon la plus attrayante qui soit. C’est un livre à lire à son rythme, en prenant son temps pour assimiler toutes les informations données. Cela dit, c’était instructif et les dessins, sans être époustouflants, font leur travail. On voit les arbres d’une autre façon, et ça donne envie d’un bon bol d’air frais en forêt !


mercredi 28 février 2024

Autopsie des morts célèbres - Philippe Charlier et David Alliot.

Comment est morte Lucy, notre ancêtre commun ? Pourquoi et comment le corps de Saint Louis a été dispersé à travers le monde ? Que nous apprend l’étude du cerveau de Descartes ? Est-ce que Balzac a été tué par sa folie créatrice ? Hitler s’est-il suicidé dans son bunker en mai 1945 ?

L’Histoire est pleine de mystères, c’est peut-être ce qui fait son charme… Les résoudre est une aventure passionnante qui s’étend sur plusieurs siècles. N’étant plus une discipline monolithique, l’Histoire voit désormais s’étendre son champ d’action tandis qu’elle s’enrichit de rapports fructueux avec d’autres sciences humaines et fondamentales : anthropologie physique, ethnologie, archéologie, biologie. La récente apparition de la paléopathologie – cette médecine appliquée aux cadavres anciens – a permis de réelles avancées dans le domaine des connaissances et a même contribué à résoudre des « énigmes historiques » depuis longtemps insolubles. Cette nouvelle méthodologie nous aide à mieux comprendre le quotidien et le mode de vie des populations du passé (tordant le cou, au passage, à quelques idées reçues…) et éclaire aussi, parfois, la mort de patients « célèbres ». 

À travers ces cas médico-historiques, dont beaucoup ont peuplé nos manuels scolaires, c’est une nouvelle façon d’écrire et d’appréhender l’Histoire qui s’ouvre devant nous.


Je découvre Philippe Charlier avec cet ouvrage qui s’est révélé être une belle découverte.



Autopsie des morts célèbres propose d’apporter un nouvel éclairage sur les morts de personnages célèbres de l’Histoire : comment notre ancêtre Lucy est-elle morte, que révèle l’autopsie d’époque de la mort de Louis XIV et les études plus contemporaines, comment expliquer les morts subites de nombreux courtisans de la cour de Versailles sous le règne de Louis XIV, l’étude du cerveau de Descartes nous permet-il de déterminer son fonctionnement intellectuel et les raisons de son décès, l’étude de fragments du crâne d’Hitler peut-elle déterminer les causes exactes de sa mort, et ainsi de suite. Il revient sur ce que les sources d’époque ont révélé et ce que des études plus récentes ont permis d’apporter, si elles ont permis de confirmer ou réfuter la cause véritable de la mort de ces personnes célèbres.



L’auteur nous raconte ainsi comment différentes sciences ont permis d’éclaircir certains cas et d’identifier des restes humains et de les différencier d’autres restes humains ou d’animaux, de reconstituer un visage (celui de Marie-Madeleine), de dévoiler une supercherie (l’homme préhistorique de Moulin-Quignon), de révéler les causes d’un décès (Balzac, Philippe d’Orléans, etc), de faire la lumière sur l’état de santé d’une ou plusieurs personnes, voire de proposer de nouvelles hypothèses. Pour répondre à ces questions, il a fallu toucher à de nombreuses disciplines : la paléopathologie, l’anthropologie, la médecine, l’archéologie, etc, preuve que l’Histoire est vraiment une pluridiscipline, et d’appuyer la nécessité d’étendre ses champs de recherche à différents domaines pour répondre à des questions d’Histoire.



C’est donc un ouvrage qui revient sur ces morts célèbres, mais pas que puisque l’auteur nous parle de la gynécologie et la perception du corps féminin dans l’Antiquité et les croyances d’époque qui nous sembleraient aujourd’hui ridicules et incroyables (enfin remarquez, quand on voit certains cas sur les réseaux sociaux qui sont persuadés que le nombre de partenaires sexuels peut changer l’aspect d’un vagin, on se dit que les croyances ridicules sont intemporelles), l’étude des reliques (celles de Saint Louis, notre roi puzzle, dont les reliques ont été dispersées partout en France, ou presque, ou encore celles de Marie-Madeleine).



Il nous parle aussi de médecine à travers les maladies préhistoriques et autres bactéries encore prisonnières dans la glace de l’Antarctique, la naissance et l’évolution des hôpitaux ou encore ces maladies qui étaient méconnues à l’époque et qu’on peinait à soigner. J’ai trouvé passionnant le fait d’apporter un diagnostic aux maux et maladies de certains personnages, d’autant plus que certaines maladies étaient méconnues à l’époque et n’étaient pas soignées comme elles le sont aujourd’hui, notamment le cancer ou le diabète.



L’auteur revient également sur le serment d’Hippocrate en le décodant, sur la définition à donner à la mort (entre la mort définitive, la mort cérébrale, etc), les expériences de mort imminente. Il nous parle de génétique à travers les prétendus descendants français d’Hitler. L’aspect éthique et légal des sujets est évoqué, notamment sur la question de la restitution des restes humains à leurs légitimes propriétaires, et qui ont jadis été obtenus de façon légale ou illégale (les têtes maoris, les momies, les collections anatomiques des écoles de médecine, etc).



On pourrait reprocher le fait que ce livre, malgré son titre, ne parle pas uniquement des morts célèbres et s’intéresse à plusieurs sujets comme ceux évoqués ci-dessus, et qui ne semblent pas pertinents avec le sujet initial (pourquoi parler de gynécologie et de mort infantile dans l’Antiquité dans un ouvrage qui a vocation de parler des morts célèbres par exemple) mais j’ai été si passionnée par ma lecture que je laisse passer ces écarts. Néanmoins, quelques points m’ont chagriné au cours de ma lecture, notamment certains chapitres trop courts qui auraient mérité plus de développement et qui ont fait que je suis restée sur ma faim.



J’ai également trouvé un peu problématique le classement des périodes historiques. L’auteur a classé chaque cas dans une période historique distincte de la Préhistoire à l’époque contemporaine. Or, l’auteur a classé certains cas ou personnalités du XIXe siècle dans l’époque moderne, alors que le XIXe siècle fait partie de l’époque contemporaine, ou que la partie où il décortique le serment d’Hippocrate aurait peut-être été plus pertinente dans la partie consacrée à l’Antiquité, mais c’est vraiment histoire de pinailler car l’ouvrage est vraiment enrichissant. On découvre bien, à travers son texte, qu’il ne se contente pas de raconter mais que tout ceci fait partie de son propre travail de recherche, à la fois à travers les sources documentées et le travail sur le terrain.



En résumé, un ouvrage passionnant mêlant médecine, archéologie, anthropologie, Histoire et bien plus encore. La lecture est simple, bourrée d’anecdotes étonnantes et de découvertes passionnantes.


La paléopathologie, c'est-à-dire l'étude médicale des restes humains anciens, permet de remonter le temps de façon très pragmatique pour ne pas dire cartésienne. Elle fonde ses connaissances sur l'examen direct de squelettes, momies, reliques, bref tout fragment corporel suffisamment bien conservé pour pouvoir se prêter à un diagnostic rétrospectif. Ses outils ? Ceux des patients vivants : radiographie, scanner, fibroscopie, microscope, analyses toxicologiques et génétiques, etc. Une momie égyptienne peut passer sur la table de scanner, une poupée vaudou haïtienne peut être radiographiée. Des résidus de selles provenant de latrines antiques peuvent être analysés en parasitologie... Bien entendu, les urgences médicales passent toujours en premier !

5. Fils des âges farouches - Le vrai visage de Cro-Magnon (I) 

 

mardi 12 décembre 2023

Noël, une histoire de dingues - Mark Forsyth.


Attention : tout ce que nous imaginons connaître sur Noël est sujet à caution ! Ainsi, saviez-vous que ce bon père Noël est originaire de Turquie et non du pôle Nord ? Que le calendrier de l’Avent tel que nous le connaissons aujourd’hui est l’invention d’une femme au foyer munichoise ? Que Coca-Cola n’a joué aucun rôle dans le costume rouge et blanc du père Noël ?

Des interrogations en apparence frivoles mais qui soulèvent de nombreuses questions relevant de l’histoire, de la sociologie, de l’économie, de la géopolitique… 


Champion de la fausse digression, Mark Forsyth réussit avec une joyeuse érudition le tour de force de préserver la magie de Noël sans rien céder à sa légende !



À l’occasion d’Halloween et du Pumpkin Autumn Challenge, j’avais lu un ouvrage sur l’histoire d’Halloween. Il me semblait approprié de lire un livre sur l’histoire de Noël à l’occasion du Cold Winter Challenge et de l’approche des fêtes. Une bonne façon de s’imprégner au maximum de l’ambiance de Noël qui règne tout le mois de Décembre et de découvrir ou redécouvrir les légendes et coutumes qui font Noël.



Noël est une fête avec de nombreuses coutumes et traditions, mais nous sommes-nous interrogés sur leurs origines, le pourquoi et le comment, et comment ces traditions ont évolué avec le temps ? L’auteur répond à ces questions en reprenant tout ce qui fait Noël. Ainsi, il nous apprend pourquoi on fête Noël le 25 décembre, comment le sapin est devenu l’arbre emblématique de Noël et pourquoi on choisit d’emmener chez soi un arbre pour le décorer. Il nous parle également brièvement de la tradition du calendrier de l’Avent, des bas que l’on accroche à la cheminée, les origines des chants de Noël, comment est venue la tradition des cadeaux et des repas gargantuesques, quand commence l’Avent et pourquoi dit-on que Jésus est né le 25 décembre ? Pourquoi mange-t-on de la dinde à Noël ainsi que des fruits sec



Il consacre également tout un chapitre sur le Père Noël. D’où vient-il ce vieux bonhomme ? Comment est-il venu à avoir des rennes ? Pourquoi habite-t-il en Laponie ? On apprend beaucoup de choses sur cette figure emblématique. Notamment le fait qu’il n’a pas toujours vécu en Laponie ou au Pôle Nord mais… en Turquie, que son habit n’a pas toujours été le traditionnel costume rouge et blanc (que nous n’attribuons pas, malgré ce que l’on pensait, à une célèbre marque de soda), que son traîneau n’a pas toujours volé, sans oublier les différentes figures du Père Noël, à savoir Father Christmas, Saint Nicolas, Sinterklaas, etc.



Si j’ai trouvé que l’ouvrage souffrait de quelques longueurs (notamment sur l’adoption du 25 décembre pour célébrer Noël avec toutes les questions autour de la naissance de Jésus et les nombreuses célébrations chrétiennes), il n’en demeure pas moins instructif. Je connaissais déjà les origines de certaines coutumes mais je les ai redécouvertes avec plaisir tout en en découvrant d’autres. Ainsi, saviez-vous que le sapin de Noël symbolisait autrefois l’arbre de la connaissance dans le jardin d’Eden et que les boules étaient autrefois le fruit défendu et que cet arbre était utilisé lors de pièces que l’on jouait à l’approche de Noël sur la Genèse d’Adam et Eve ? Saviez-vous également que nous devons le calendrier de l’Avent à une maman qui voulait faire patienter son fils jusqu’à Noël ? Que le jour de Noël, les nobles étaient supposés ouvrir leurs portes aux nécessiteux qui pouvaient ainsi s’offrir un merveilleux festin, une tradition considérée comme si importante que le roi Jacques Ier d’Angleterre interdisait aux nobles de rester à Londres pour Noël mais de rentrer dans leur manoirs et se montrer généreux à l’égard des villageois.



Parmi les autres curiosités autour de Noël, on apprend notamment que les chants de Noël n’étaient pas chantés dans les églises à l’origine mais dans les pubs et qu’il s’agissait de chansons et même de danses populaires, le terme carol dans christmas carol (soit chant de Noël en anglais) signifiant « ronde » ou « groupe ». On apprend aussi que le célèbre renne Rudolph est probablement transsexuel ! Car les rennes mâles perdent leurs bois en hiver, or toutes les représentations de Rudolph le montrent avec ses bois. On apprend aussi que Noël n’a pas échappé à la censure et aux interdictions, notamment en Angleterre où Noël fut banni pendant une décennie de l’action des puritains ou encore en Amérique où les puritains (encore eux !) tentèrent tant bien que mal de résister aux incessantes vagues de joie qui déferlaient des pèlerins apportant les célébrations de Noël depuis l’Ancien Monde. Ces puritains, qui considéraient que Noël devait être un jour ouvré comme les autres, n’ont eu de cesse de bannir Noël dans plusieurs états puis le rétablir sous la pression des autorités coloniales puis de l’interdire de nouveau puis permettre à nouveau les célébrations.



Il s’agit donc d’un ouvrage instructif qui touche de nombreux sujets autour de Noël, aussi bien le sapin que le Père Noël, les chants de Noël, le calendrier de l’Avent, les cartes de Noël, les repas gargantuesques, la tradition des cadeaux.



Je déplore toutefois le fait que l’ouvrage soit très centré sur les Noëls britanniques et américains. On apprend finalement pratiquement rien sur les différentes façons de fêter Noël ailleurs dans le monde. Aucune mention sur la bûche de Noël, sur Yule, sur nos crèches, sur les marchés de Noël, sur les traditions en Finlande et autres pays du froid. L’auteur se justifie en disant ne pas avoir voulu faire un gros volume de ce sujet, ce qui est compréhensible mais que je déplore tout de même. Je suis restée sur ma faim et même frustrée. Je vais devoir piocher parmi d’autres ouvrages pour satisfaire ma curiosité et mes lacunes.



L’humour est un autre point à m’avoir mitigé. Je sais apprécier l’humour dans des ouvrages de style « documentaire », cela peut même rendre la lecture plus divertissante, et si j’ai aimé certains traits d’humour présents dans ce livre, j’ai davantage eu l’impression que l’auteur ne se prenait pas au sérieux et que certains traits d’humour tombaient à plat concernant certaines informations, soit parce que l’humour n’était pas approprié en mon sens, soit parce que je ne l’ai pas trouvé particulièrement drôle.



Cela ne retire rien au fait que c’est un ouvrage instructif qui nous permet d’en apprendre plus sur l’histoire de Noël et ses coutumes et emblèmes et que c’est une petite lecture agréable pour se mettre dans l’ambiance des fêtes.


Rudolphe n'est pas du tout populaire auprès des autres petits rennes à cause de son museau incandescent. Cela l'attriste profondément mais il reprend courage à l'idée que Noël approche et que Santa Claus lui offrira des cadeaux. Or, celui-ci a un problème. C'est une veille de Noël très brumeuse et il a du mal à trouver son chemin, ce qui le ralentit considérablement. On dirait bien qu'il ne va pas pouvoir distribuer tous ses cadeaux en une nuit... Alors qu'il se faufile dans une chambre, dans un village de rennes ordinaire, il remarque une lueur qui brille dans le lit. Il réveille alors Rudolphe et lui demande s'il veut bien lui servir de phare dans le brouillard. Le petit renne accepte et, grâce à cet éclairage inespéré, Santa Claus réussit à achever sa tournée avant le lever du soleil. Puis Rudolphe revient dans son village où tous les autres rennes le voient atterrir en compagnie des huit superstars du monde des rennes, et tous sont très impressionnés.

mardi 31 octobre 2023

Trick or Treat: A History of Halloween - Lisa Morton.


Every year, children and adults alike take to the streets dressed as witches, demons, animals, celebrities, and more. They carve pumpkins and play pranks, and the braver ones watch scary movies and go on ghost tours. There are parades, fireworks displays, cornfield mazes, and haunted houses—and, most important, copious amounts of bite-sized candy. 

The popularity of Halloween has spread around the globe to places as diverse as Russia, China, and Japan, but its association with death and the supernatural and its inevitable commercialization has made it one of our most misunderstood holidays. 

How did it become what it is today? In Trick or Treat, Halloween aficionado Lisa Morton provides a thorough history of this spooky day. 




Quelle meilleure façon de bien s’imprégner et profiter de cette période automnale qu’avec un ouvrage retraçant la riche histoire d’Halloween ? Une fête qui est bien plus qu’une célébration où l’on se déguise et part faire la chasse aux bonbons et où l’on s’amuse à se faire peur, ainsi que nous le dévoile Lisa Morton !



L’auteure commence au commencement, à savoir les origines d’Halloween. Elle nous parle ainsi de Samhain, une fête celtique qui marquait le passage d’une année à une autre ainsi que l’ouverture du monde des morts, une période propice aux événements magiques, et qui semble prendre davantage ses racines en Irlande. L’auteure évoque également le lien étroit entre Halloween et d’autres événements comme la Toussaint, mais aussi le 05 novembre (qui célèbre la conspiration de Guy Fawkes) et les bonfires. J’avoue que cette partie m’a moins intéressée, le 05 novembre et les bonfires parlant plus aux anglophones et qui restent méconnus en France. Nous en apprenons également plus sur l’importation d’Halloween aux États-Unis par les immigrés irlandais et les nombreuses transformations de cette fête jusqu’à prendre la forme que nous lui connaissons maintenant.



Quand on parle d’Halloween, on pense aux sorcières, aux squelettes, aux vampires et autres monstres, aux citrouilles. L’auteure nous explique justement comment ces symboles ont été associés à Halloween, ainsi que les couleurs orange/noir, on y apprend notamment que les chasses aux sorcières, les épidémies de peste, les danses macabres dans l’art médiéval, et le roman Dracula de Bram Stoker sont en lien avec cette association. Nous apprenons également pourquoi nous faisons la chasse aux bonbons à Halloween, et que bonbons et costumes étaient faits maisons avant que l’industrie ne s’empare d’Halloween pour proposer des bonbons et costumes déjà préparés à la vente. Nous en apprenons également plus sur la popularité des cartes d'Halloween et jeux que l'on associe à cette période (le jeu qui consiste à attraper une pomme, les mains liées, dans une bassine d'eau, ou celui de regarder dans un miroir à minuit et que cela nous montre le visage de notre futur mari, etc)



Halloween est également évoqué pour son aspect culturel et social. C’est une fête que l’on associe généralement aux enfants pour qui Halloween est une occasion de s’amuser en se promenant déguisé dans les rues mais aussi de faire parler leur gourmandise en faisant la chasse aux bonbons. Pourtant, c’est une fête que les adultes ont su s’approprier de différentes façons : en portant des costumes inspirés de ceux des films d’horreur, à travers les soirées d’Halloween, les maisons hantées (où l’on apprend que le parc Disneyland a été à l’origine de la popularité de ces attractions), voire même à travers des activités pour les familles, pouvant inclure enfants comme parents (les concours de citrouille très populaires aux États-Unis, les pumpkin farms, etc).


Halloween est ainsi synonyme d’amusement aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Parfois, cependant, l’amusement peut aller trop loin, ainsi que nous l’explique l’auteure dans son chapitre consacré aux dérives d’Halloween, ces farces qui vont trop loin (par exemple, des adultes mal intentionnés qui donnent des bonbons piégés aux enfants) mais aussi par d’autres aspects, comme les problématiques autour de l’hypersexualisation des costumes pour femmes, des écoles qui bannissent la célébration d’Halloween car cette fête est vue comme une fête satanique ou bien les écoles voient en Halloween une atteinte à la religion. Compte-tenu des symboles d’Halloween (les sorcières avec leur chat noir, le diable, les monstres), le lecteur ne s’étonnera pas d’apprendre qu’Halloween a déjà subi de nombreuses interdictions ou restrictions.



Bien qu’Halloween puise ses origines en Irlande, elle a tant bien su s’installer en Amérique du Nord que l’on pourrait jurer qu’Halloween est une fête purement américaine (on peut d’ailleurs dire qu’Halloween, dans sa forme définitive, est davantage américain qu’irlandais), pourtant elle a su s’imposer en Europe. Toujours selon l’auteure, la Roumanie a su très bien profiter à la fois de la popularité d’Halloween et celle de Dracula, en proposant notamment des visites guidées pour Halloween des sites roumains emblématiques du roman, notamment le Col de Borgo, le château de Bran (considéré comme étant le château de Dracula) ainsi que la ville de naissance de Vlad Tepes. L’auteure nous fait un tour d’horizon de l’Europe et comment Halloween a été introduit, comment il a été perçu et comment il est célébré. J’ai trouvé intéressant ce tour d’horizon, toutefois je pense que ce livre n’est plus tout à fait à jour depuis l’année de sa publication, en 2013. Par exemple, l’auteure explique qu’Halloween est très peu célébré en France et, compte-tenu de la Toussaint, la population ne voit pas l’intérêt d’Halloween et qu’ainsi, cette célébration est moins populaire que chez ses voisins anglophones. S’il est vrai qu’Halloween s’est implanté difficilement en France, et que cette fête a vu sa popularité décroître, je pense pouvoir dire qu’Halloween bénéficie d’un regain d’intérêt depuis quelques années, en témoignent la multiplication des soirées et autres visites thématiques au cours de cette période, les magasins qui proposent une offre plus nombreuse et diversifiée au niveau des costumes et des décorations, voire même les boulangeries et autres commerces qui proposent de plus en plus des pâtisseries autour d’Halloween.




L’auteure évoque bien d’autres sujets, notamment Halloween dans la culture, à travers les arts (peintures comme cartes vintage), la littérature (Dracula, Sleepy Hollow, Harry Potter, etc), le cinéma (films d’horreur, L’étrange Noël de Monsieur Jack… Je déplore toutefois l’absence d’Hocus Pocus qui est tout de même un des classiques à visionner pour Halloween), mais mon article commençant à s’allonger, je vais de ce pas le conclure !



Trick or Treat: A History of Halloween est ainsi un ouvrage riche en informations et très intéressant à lire. Bien que je pense que ce n’est plus à jour concernant certaines informations (notamment Halloween en France) et que certaines parties souffrent de longueurs, je ne peux pas nier avoir passé un bon moment de lecture. C’est un livre enrichissant qui m’a permis d’en apprendre plus sur Halloween, d’autant plus que l’auteure présente cette fête sous de nombreux aspects : culturel, social, historique, géographique. L’ouvrage est également accompagné d’illustrations, notamment vintage, ce qui ne rend la lecture que plus agréable et enrichissante.


Halloween has endured centuries of political and religious criticism, economic downturns, real terror and attempts to ban it even as it’s been adopted by new generations and movements. It has repeatedly been resurrected and modified to be celebrated anew, and it is now enjoyed by much of the world. The celebration’s playful use of frightening ideas and images seems to hold an appeal that transcends nations and eras, and that speaks of a universal human need to mock and transform death and darkness – even as winter approaches.

samedi 22 octobre 2022

Momies ! : Corps conservés à travers le monde - Juliette Cazes.

 
« Vous parler des momies, c’est vous raconter les destins uniques d’hommes et de femmes à travers les époques et le globe. 

Ce livre n’a pas vocation à entrer dans les détails biologiques des différents types de corps conservés ni à dresser une chronologie précise des phénomènes de momification, mais il vous invite à quitter ce monde pour un autre, le temps d’une lecture.

Car les corps qui habitent cet ouvrage sont des individus à part entière. Leurs histoires variées vous feront voyager et, je l’espère, vous passionneront autant que moi. »

Depuis 2017, Juliette Cazes vulgarise la mort sur son site à succès, Le Bizzareum. Des célèbres momies égyptiennes, aux têtes réduites d’Amazonie, de la pratique de l’auto-momification des moines japonais, aux corps retrouvés conservés dans la glace du Groenland, elle vous embarque autour du monde, à la découverte des momies dont le repos éternel ne manque pas de rebondissements !



Momie : 

- Corps d'un humain (ou d'un animal) mort ayant subi un traitement destiné à assurer sa conservation.

- Corps humain desséché, entouré de bandelettes et conservé par des procédés d'embaumement, qu'on trouve dans les sépultures d'Égypte.

- Corps qui s'est conservé naturellement, sans se putréfier (le plus souvent sous l'effet d'une forte chaleur sèche).



Deux ans après son premier ouvrage, Funèbre !, Juliette Cazes du Bizzareum revient cette année avec une nouvelle publication qui reste dans ses thèmes de prédilection et qui est consacrée aux momies. Une lecture plutôt appropriée à l’approche d’Halloween… Pourtant, point de momie vengeresse poursuivant ses malheureuses victimes dans la nuit, mais un récit historiques et instructifs sur les momies à travers le monde…


L’exemple célèbre des momies égyptiennes…


Lorsque l’on pense aux momies, cela nous évoque immédiatement les momies de l’ancienne Égypte. Juliette Cazes nous en dit un peu plus sur les techniques d'embaumement pour conserver le corps et la préparation du défunt pour sa nouvelle vie dans l'au-delà, ainsi que sur les nombreux pillages. Bien-sûr, il faut garder à l’esprit que les techniques d’embaumement n’étaient pas toutes les mêmes en fonction du statut social de la personne ainsi que de l'époque, l’Égypte antique étant une période historique très vaste.


L’imaginaire collectif tend à décrire les momies comme maudites ou conservées précieusement dans des pyramides truffées de pièges pour les protéger des pilleurs de tombes. Les pillages ne datent pas d'hier et ont commencé dès l’Égypte antique, ainsi il arrivait effectivement que les anciens Égyptiens usent de certains stratagèmes pour empêcher cela. Pourtant, il n’existe pas une momie qui n’ait pas été pillée et cela n’a pas uniquement concerné les momies égyptiennes comme l’auteure nous le dévoilera au cours d’autres chapitres. Les momies ont attiré très tôt les pilleurs, que ce soit pour les objets funéraires, les bijoux et autres objets de valeurs que les tombes contenaient, ou pour obtenir un morceau du corps… voire le corps dans son intégralité car on prêtait alors aux momies des vertus médicinales, ou tout simplement pour attirer du public et parce que posséder un morceau de momie renvoyait immédiatement à l’exotisme. Cela continue encore malheureusement de nos jours, le trafic de momies continuant à être d’actualité et il n’est pas rare de voir des ventes de restes humains sur internet…



Ici, pas d'Imhotep, ni même aucune momie vengeresse mais chaque
momie présente dans l'ouvrage présente un intérêt !


Les momies, une véritable source d’informations !


Les momies ne sont pas l'apanage de l’Égypte ancienne, car on en retrouve un peu partout dans le monde et celles-ci sont une véritable source d’informations sur le peuple auquel le défunt a appartenu, sinon l’époque dans laquelle il a vécu par le biais des techniques d’embaumement, les objets qui accompagnent le défunt, voire le corps en lui-même, surtout lorsque celui-ci est bien conservé.


L’un des exemples les plus frappants est celui de la marquise de Dai en Chine, dont le corps est exceptionnellement préservé avec sa peau encore élastique, les cheveux encore présents et le visage expressif. La découverte de cette momie a permis de lever le voile sur l’époque de la dynastie des Han ainsi que le mode de vie de la marquise ainsi que son état de santé. Il en est de même avec les corps gelés que l’on a retrouvé au Groenland qui ont permis de nous renseigner sur les peuples inuits, ou encore sur des époques plus proches de nous à travers l’expédition Franklin (une histoire tragique et fascinante sur les vaisseaux Erebus et Terror dont les équipages ont trouvé la mort dans les contrées glaciales alors qu’ils tentaient de traverser l’Arctique) et sur les alpinistes Mallory et Irvine, disparus en montagne dans les années 1920 après avoir tenté l’escalade du mont Everest. Les corps conservés des défunts de l’expédition mais aussi du corps de l’un des alpinistes ont permis de lever le voile sur le mystère de leur disparition… ou du moins une partie du mystère. Comment sont-ils morts, où ont-ils réussi à aller, etc.


Les momies, ces attractions !


On trouve donc des momies un peu partout dans le monde (y compris en France), bien que les rites funéraires et techniques d’embaumement n’ont pas été les mêmes partout. Un élément que l’on retrouve dans de nombreux cas, pourtant, est l’exposition de ces momies.


Juliette Cazes nous présente quelques exemples. Parmi ceux à m’avoir marqué, il y a les momies fumées de Papouasie-Nouvelle Guinée (fumées car le cadavre est installé sur une chaise suspendue au-dessus d’un feu pour assécher le corps sans le brûler. Ce corps est ensuite emmené sur une colline surplombant le village, rejoignant ainsi les autres défunts dont le rôle est de veiller sur les vivants). Je parlerai également du temple de de Wat Phrabat Nam Phu en Thaïlande qui accueille les malades du sida et expose les cadavres des malades décédés, ce qui peut nous paraître choquant, bien que le temple expose ses défunts dans un but de discours sanitaire et politique autour du sida (avec une fiche sur chaque défunt sur la façon dont il a été infecté).


Qu’il s’agisse des momies d’édifices religieux en France, des momies fumées de Papouasie-Nouvelle Guinée, des corps du temple de Wat Phrabat Nam Phu, de nombreuses momies se dévoilent aux regard des curieux. C’est souvent un moyen pour financer les lieux exposant les momies (souvent des églises, voire un hôpital dans le cas du temple) et qui ont souvent besoin d’être rénovés ou d’un soutien financier pour continuer à être ouvert et fonctionnel. Il s’agit également d’un moyen de faire découvrir un patrimoine, des traditions méconnues, souvent en danger, d’éduquer sur des peuples méconnus ou sur l’Histoire, ou tout simplement pour permettre au visiteur de faire face à sa propre mortalité… sinon d’avoir sa dose d’exotisme ou d’avoir sa curiosité assouvie.



Momie d'enfant rapportée d'Egypte par Champollion (332 - 30 av JC, époque ptolémaïque),
exposée au Louvre-Lens pour l'exposition temporaire "Champollion, la voie des hiéroglyphes"
(28 sept. 22 - 16 jan 23), d'après l'une de mes photographies.



Juliette Cazes nous offre ici une réflexion intéressante sur le dark tourism (une forme de tourisme assez macabre qui propose la visite de lieux liés à la mort généralement) dans lequel les visiteurs font souvent des selfies avec les momies et recherchent une forme d’exotisme assez malsain, et pourtant la problématique se pose : faut-il empêcher les touristes de visiter certains lieux par soucis d’éthique et pour mieux préserver les traditions, ou laisser faire puisqu’il s’agit d’un moyen de faire connaître un patrimoine méconnu, des rites et traditions parfois en perdition, et que l’argent de ce tourisme aide à financer les dits-lieux.


Sujet de dissertation, vous avez quatre heures !


Quand la nature conserve…


Les momies nous renvoient souvent aux techniques d’embaumement, et pourtant elles n’ont pas toujours été le résultat de techniques humaines et la nature a parfois joué un rôle dans la momification. Dame Nature a de nombreux talents… et pas toujours là où on l’attend !


Le climat froid et glacial des montagnes et de certains pays du froid a souvent permis la bonne conservation des corps (par exemple, ceux de l’expédition Franklin ou du peuple inuit au Groenland). Cependant, il arrive parfois que des zones plus humides aient pu conserver certaines momies. J’ai un souvenir encore vif de mes cours d’archéologies sur les momies des tourbières et qui ont droit à leur propre chapitre dans l’ouvrage. Les tourbières sont des zones humides et privées d’oxygène, ce qui empêche la prolifération d’organismes responsable de la décomposition d’autres matières organiques, ce qui fait que la végétation se minéralise que très lentement, s’accumulant et formant un dépôt. Les corps retrouvés dans ces tourbières (des bog bodies) sont donc exceptionnellement conservés naturellement, au point même d’avoir gardé leur chevelure. Ces momies portent souvent des marques de coups et blessures, signes d’une mort violente. L’étude de ces corps permet souvent de dater le décès, les causes de la mort et sur le défunt en lui même (âge, sexe, état de santé, etc).


On ignore comment et pourquoi ces corps se retrouvent dans ces tourbières. Rituel consistant en un sacrifice au nom d’une divinité, condamnation à mort, assassinat ou accident, les tourbières cachent encore bien de nombreux secrets…



Gravure représentant une expédition rapportant les restes de deux membres
de l'équipage de l'expédition Franklin ayant mystérieusement disparue dans les années 1850



D’autres formes de momification…


Si je vous disais que l’on peut devenir momie ? Pas en se déguisant pour Halloween, mais à travers un processus spirituel au Japon qui s’apparente à l'auto-momification, le sokushinbutsu qui est lié au bouddhisme et dans lequel les moines d’un certain âge se préparent petit à petit à leur momification en se coupant progressivement leur alimentation jusqu’à obtenir un état de faiblesse avancé, puis se retirer dans une grotte et adopter la position du lotus en attendant le trépas. Tout cela pour assurer la préservation de leur corps et devenir Bouddha.


Les momies, ce sont aussi les têtes réduites ! En Amazonie, le peuple Shuars avait pour tradition de fabriquer des têtes réduites (souvent les têtes de leurs ennemis, ceux des autres tribus) que l’on appelle aussi une tsantsa. Nous découvrons le processus pour obtenir une tête réduite, et comment elles étaient confectionnées dans un but cérémoniel et destinées à être bénéfiques à la communauté. Outre son rôle spirituel, elles avaient également un rôle commercial car les Shuars en vendaient aux Occidentaux qui voyaient en ces tsantsas un symbole d’aventure, d’exotisme, d’exploration.



* * *


C’était un plaisir de retrouver la plume de Juliette Cazes qui est fluide, légère, parfois avec de l’humour, et surtout très respectueuse des sujets dont elle parle. Les momies ne restent pas moins des gens comme vous et moi, qui ont vécu il y a des siècles et dont l’auteure parle toujours avec respect. On sent d’autant plus le travail de recherche effectué pour cet ouvrage et nous communique avec efficacité sa passion. On pourrait reprocher que certains sujets ne sont pas autant développés qu’on aurait souhaité, mais son but n’est pas ici d’entrer dans les détails, notamment biologiques, et nous laisse le soin d’approfondir le sujet tout en nous présentant des synthèses intéressantes et instructives sur les momies dans différentes parties du monde.


Si l’on ne retrouve pas de photographies, qui auraient pu être appréciables, je peux comprendre la volonté de l’auteur de ne pas en fournir (sans doute par pudeur, par copyright, par respect pour le défunt, ou tout simplement par choix personnel), j’ai moi-même hésité à utiliser des photos de momies pour cet article tant j'étais mal à l'aise à l'idée d'exposer sur mon blog les dépouilles de personnes ayant autrefois vécu. D’ailleurs, les gravures de Mathilde Payen nous accueillent à chaque début de chapitre et c’est un petit plus très appréciable.


Enfin, j’apprécie beaucoup les réflexions que Juliette Cazes aborde sur les momies, sans tout à fait apporter une réponse définitive pour nous laisser développer notre propre opinion, et il est vrai que certaines questions poussent à la réflexion. Faut-il privilégier la recherche scientifique ou bien la sensibilité et les souhaits des descendants des ces défunts ? Faut-il cacher ces corps par égard pour les défunts et les laisser reposer en paix ? Les musées sont-ils légitimes dans leur exposition des momies (surtout si ces momies viennent d’autres pays), tout en reconnaissant que les musées sont parfois la seule solution pour protéger les momies du pillage ? Risque-t-on de transformer les momies en attractions macabres même si cela permet de mettre en lumière un patrimoine et l’histoire ? Sans oublier le problème des pillages ainsi que la banalisation de la vente de restes humains. Tant de questions légitimes qui poussent à la réflexion tout au long de la lecture, voire même après…


En résumé, une lecture instructive (mais trop couuuurte, même en ralentissant mon rythme de lecture, je n’ai tenu que deux jours avec) sous la plume experte et agréable de Juliette Cazes qui nous en apprend bien plus que l’on aurait cru au départ sur les momies !


Pour en savoir plus :


Grâce au septième art, la momie a enfin voix au chapitre (…) et se réveille pour faire valoir ses droits et punir ceux qui ont osé la déranger. Je trouve intéressant que les momies soient souvent considérées au cinéma comme des monstres vengeurs, alors que, si l’on réfléchit, il s’agit plutôt de personnes qui se rebellent contre le tord qui leur est fait. D’ailleurs, ne prévient-on pas depuis l’Antiquité les pilleurs de tombes des risques qu’ils prennent à jouer avec l’autre monde ?

1. Les momies d’Égypte, les plus populaires.