lundi 14 décembre 2015

Le Pianiste - Wladyslaw Szpilman.


L'auteur :

Władysław Szpilman, dit aussi « Władek », (1911 - 2000), est un pianiste, auteur et compositeur polonais. Il est aussi l'auteur d'un unique roman, Le Pianiste, à l'origine Une ville meurt, qu'il rédigea juste après la Seconde Guerre Mondiale, relatant sa survie pendant le conflit à Varsovie sous l'occupation allemande et l'enfer du ghetto. Son roman, longtemps victime de la censure, reçut de nombreux prix internationaux, notamment grâce au film Le Pianiste réalisé par Roman Polanski en 2002.


Emprunt médiathèque.







Quatrième de couverture :

Septembre 1939. L'invasion de la Pologne, décrétée par Hitler, vient déclencher la Seconde Guerre mondiale. Varsovie est écrasée sous les bombes ; à la radio résonnent les derniers accords d'un nocturne de Chopin. Le pianiste Wladyslaw Szpilman est contraint de rejoindre le ghetto nazi recréé au cœur de la ville. Là, il va subir l'horreur au quotidien, avec la menace permanente de la déportation. Miraculeusement rescapé de l'enfer, grâce à un officier allemand mélomane, le pianiste témoigne au lendemain de la victoire alliée...

Mon avis :

C'est toujours un peu spécial de rédiger un billet sur un témoignage, un peu délicat. On ne peut pas juger sur la qualité du contenu, pas forcément sur le style de l'auteur ; on montre surtout les émotions causées par la lecture de l'ouvrage, ce que l'histoire a déclenché chez nous, comme émotions. J'ai lu Le Pianiste dans une période de creux littéraire, je n'avais pas la motivation de lire ou de poursuivre un roman, pourtant ce roman m'a captivé. Autant dire, il a été lu rapidement et j'ai eu du mal à le lâcher, et je l'ai quitté avec regret.


Wladyslaw Szpilman
Cet ouvrage a une histoire particulière : il a d'abord été publié sous le titre d'Une ville meurt, et son auteur l'a rédigé peu de temps après la guerre, alors qu'il était encore sous le coup de la souffrance vécue. Dans ce livre, Wladyslaw Szpilman raconte son quotidien en tant que pianiste et musicien à la radio, à Varsovie. Il était, et demeure encore, un pianiste célèbre dans sa patrie : il fut en effet compositeur de musique de films et fut pianiste officiel de la Radio polonaise. Il nous raconte d'abord sa jeunesse, comment, durant l'été 1933, c'est un peu l'insouciance à Varsovie car personne ne croit vraiment que les troupes allemandes vont arriver jusqu'à eux. Mais très vite le ton change : Szpilman raconte comment l'arrivée des Allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale a bouleversé son quotidien : l'occupation allemande de la Pologne, la mise en place des Juifs dans un ghetto, les règles de vie et l'enfer vécus dans ce ghetto. 

Il raconte aussi le douloureux épisode de la déportation des Juifs du ghetto, dont la famille de Szpilman, dans un camp de concentration, à laquelle il échappa de justesse car enlevé de la file par quelqu'un qui connaissait et admirait le pianiste. Seul pendant un temps, Szpilman parvint à survivre à Varsovie grâce au soutien et à la solidarité d'amis et connaissances qui l'hébergèrent après sa fuite du ghetto, et qui risquèrent leur vie pour lui procurer nourriture et cachettes. C'est ainsi que, pendant une partie de la guerre, Szpilman alla de cachettes en cachettes pour tenter de survivre. Je vais spoiler cette partie de l'histoire, mais si vous avez vu le film, l'histoire n'a aucun secret pour vous : [spoiler] Un jour, un peu avant la fin de la guerre, dans une Varsovie quasiment détruite et déserte, Szpilman fut découvert par un officier Allemand, Wilm Hosenfeld, qui choisit de ne pas le dénoncer ou de l'arrêter mais de l'aider à se cacher et de lui apporter vêtements et nourriture [/spoiler]

J'ai beaucoup aimé suivre Szpilman au cours de son récit. D'une part, l'histoire qu'il a vécu est à la fois terrible mais aussi incroyable : survivre un conflit aussi destructeur que la Seconde Guerre Mondial, survivre en tant que Juif en Pologne, d'abord dans un ghetto, puis en échappant, presque par un coup de force du destin, le miracle non attendu, à la déportation, en survivant dans une Varsovie occupée par l'ennemi, de cachette en cachette, vivant seul et caché une majeure partie de son temps sans perdre la raison, mais aussi par sa rencontre inoubliable avec un officier allemand, qui choisit de le laisser en vie et même de lui apporter vêtements et nourriture, après un air de Chopin joué ; d'autre part parce que Szpilman ne garde aucune rancune, aucune haine envers les Allemands ou ceux qui ont collaboré pour mener les Juifs à leur perte. Aucune rancœur n'est ressentie, c'est essentiellement le récit d'un homme qui survit, malgré ses peurs, malgré tout ce qu'il a perdu, mais qui tente de continuer à vivre. Szpilman ne pousse pas à la haine. Après tout, dans son récit, il y a des bons comme il y a des méchants Allemands (Wilm Hosenfeld qui a sauvé Szpilman, et qui lui avoua ne pas être fier d'être Allemand, après tout ce qu'il s'est passé), comme il y a des bons comme des mauvais Polonais (les victimes de la guerre et de l'antisémitisme, les résistants... tout comme les Polonais qui ont choisi de collaborer et même de torturer).

 

- L'affiche américaine et l'affiche française -

La plume de l'auteur est légère. Le vocabulaire choisi est simple et direct, presque froid pourrait-on dire. L'auteur décrit tout en sobriété mais de manière efficace, poignante, car on ne peut pas rester insensible aux événements qu'il relate, mais sans descriptions vraiment "crues" pouvant heurter les plus sensibles. Il est important de noter que l'auteur a écrit ces lignes alors qu'il était encore sous le choc de ce qu'il a vécu, d'où sa manière de décrire "froidement" les choses, de nous renvoyer aux horreurs subies par les Polonais, mais qui sait prendre le lecteur aux tripes. Le but de l'auteur n'est pas de faire de belles phrases après tout, mais de relater ce qu'il a vécu.

Une particularité de l'histoire : la musique a permis, d'une certaine manière, à sauver Szpilman, à garder la raison, à survivre. C'est également la musique qui caractérise la rencontre entre Szpilman et Hosenfeld. C'est d'ailleurs une occasion pour moi de dire que j'ai beaucoup aimé les derniers chapitres, les dernières pages du livre où Szpilman rencontre Hosenfeld (ou plutôt Hosenfeld qui tombe sur Szpilman) et les événements qui ont fait que cet officier allemand décide de sauver Szpilman. Peut-être, comme le film le suggère, il a été profondément touché par sa musique, par le morceau que Szpilman a joué. Peut-être, sûrement, parce qu'Hosenfeld était un homme bon au fond de lui.

Ce livre (ou alors l'édition) relate également l'histoire de ce livre : ses nombreuses censures par des dirigeants communistes (à l'époque où l'Europe de l'Est, après la guerre, était sous autorité communiste) car jugé comme non politiquement correct : Szpilman relate non seulement les souffrances des Juifs, fait mention d'holocauste, parle des collaborations qui se sont produites entre des Polonais et des Allemands, et présente un officier allemand comme sauveur. C'est son fils, Andrzej, qui parvint à republier ce livre sous le nom que nous lui connaissons et que, petit à petit, les éditeurs de nombreux pays prirent la suite pour rendre l'ouvrage accessible. Ce livre a également consacré quelques pages pour parler de Wilm Hosenfeld, l'officier allemand qui sauva la vie de Szpilman, notamment pour en apprendre plus sur ce personnage, sa vie, mais également d'autres gestes qu'il a accompli pour sauver, ou témoigner de la gentillesse, à des Juifs au cours de la guerre. En plus du récit de Szpilman, ce livre m'aura vraiment permis de découvrir ce personnage discret de l'histoire et qui a pourtant fait beaucoup. Je remercie cet ouvrage pour m'avoir fait découvrir un peu plus Wilm Hosenfeld.

En bref : un témoignage que j'ai eu du mal à lâcher, qui a su me toucher, me captiver. L'histoire de Szpilman est inoubliable, avec son lot d'horreurs comme de miracles. Cette histoire est vraiment intéressante et écrit sobrement.

Extrait :

Quand j'y repense, cette période de deux années ou presque dans le ghetto me rappelle une page beaucoup plus courte de mon enfance. Je devais me faire opérer de l'appendicite. L'intervention s'annonçait sans surprise, sans rien d'inquiétant. Mes parents étaient convenus d'une date avec les médecins, une chambre avait été retenue pour moi à l'hôpital. Dans l'espoir de me rendre l'attente moins pénible, ils s'étaient ingéniés à transformer la semaine qui me séparait de l'opération en une succession de sorties, de cadeaux, de distractions. Nous allions manger des glaces tous les jours, puis c'était le cinéma, ou le théâtre. Ils me couvraient de livres, de jouets, de tout ce que je pouvais convoiter dans mon cœur. En apparence, je n'avais besoin de rien d'autre pour me sentir pleinement heureux. Et pourtant je me rappelle encore que pendant toute cette semaine, devant un film, à une représentation théâtrale, chez le glacier, et même quand je plongeais dans des jeux qui demandaient la plus grande concentration, je n'ai pu me libérer une seule seconde de la peur insidieuse qui restait tapie persistante dans mon estomac, de cette angoisse informulée mais persistante à l'idée de ce qui allait de passer lorsque le jour redouté finirait par arriver.

Ce billet est une participation au :


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