mercredi 16 mai 2012

La lettre de Conrad, suivi de Pas de résurrection, s'il vous plaît - Fred Uhlman.

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'I once was blind but now I see
I was held in chains but now I'm free
I'm hanging in there, don't you see
In this process of elimination.'

- O' Children, Nick Cave and the Bad Seeds. -


>> L'ami retrouvé.
Emprunt bibliothèque fac.


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Quatrième de couverture :


Ce bref et bouleversant roman, une suite de L'Ami retrouvé - qui valut à Uhlman sa célébrité ne fut publié, à la demande de l'auteur, qu'après sa mort.

Quelques jours avant d'être exécuté en 1944 pour avoir participé au complot contre Hitler, Conrad von Hohenfels écrit à Hans Schwarz, son ami d'enfance. La guerre a séparé les deux adolescents parce que Hans était juif. Dans cette lettre, Conrad tente de justifier ses choix et ses erreurs passés et de demander pardon à Hans avec qui il partagea autrefois tant de moments de bonheur exaltant.

Bien que les personnages en soient différents
Pas de résurrection, s'il vous plaît constituait, dans l'esprit d'Uhlman, une sorte de troisième volet à L'Ami retrouvé et à La lettre de Conrad.

Mon avis :

Ca va faire un bon boût de temps depuis ma lecture de L'ami retrouvé, mais je pensais que je n'aurais pas beaucoup de chance pour trouver sa suite, je me disais même que la seule façon pour moi de le lire était de le commander sur internet. Mais le hasard fait bien les choses puisqu'en avril dernier, j'errais à la bibliothèque de la fac dans l'espoir de tuer le temps en attendant le bon moment pour me mettre en route pour la conférence sur la Résistance. Au rez-de-chaussée de la bibliothèque, il y a des fauteuils verts clairs, deux petites tables rondes en bois et une petite étagère consacrée à 'la littérature buissonière' (je sais, je vais dans les détails), et c'est sur cette petite étagère que je suis tombée sur ce bouquin que je pensais ne jamais croiser. Cela coule de source, je l'ai emprunté et j'ai attendu les vacances de Pâques pour pouvoir le lire, loin des révisions et des examens. Alors, verdict ?

Ce livre n'est pas un roman à proprement parlé, pour moi ce sont deux nouvelles en un seul livre : La Lettre de Conrad, qui est comme une suite de L'ami retrouvé, et Pas de résurrection, s'il-vous-plaît, qui n'est pas à proprement dit une autre suite mais qui s'inscrit dans le même univers que L'ami retrouvé et La lettre de Conrad. Ces deux nouvelles m'ont beaucoup plu, peut-être même plus que L'ami retrouvé. La première, La lettre de Conrad, se centre donc sur Conrad, le jeune aristocrate allemand, qui s'était engagé dans les jeunesses hitleriennes puis dans l'armée allemande et qui a finit condamné à mort pour avoir tenté, avec quelques-uns de ses camarades, d'assassiner Hitler. Conrad profite de ses quelques heures restantes pour écrire à son ami de jeunesse, Hans, réfugié aux Etats-Unis car son statut de juif ne lui permettait plus de demeurer plus longtemps en Allemagne. Cette lettre fait environ une centaine de pages. Conrad y verse tout son coeur, son âme, ses confessions. C'est une lettre d'adieux, d'aveux, de pardon, remplie de regrets et de souvenirs d'un passé lui semblant loin quand lui et Hans étaient amis...

C'est une lettre très touchante dans laquelle Conrad conte aussi sa vie en tant que jeune aristocrate. Il avait beau possèder le luxe, une vie aisée et la richesse, Conrad ne se sentait pas l'âme d'un noble mais celle d'un artiste, d'un penseur, d'un poète, au grand dam de ses parents. Sa mère, très belle mais si éloignée de lui, si froide envers lui, avec sa phobie et son aversion des juifs, et le père, dur, sévère, mais un peu plus tolérent et ayant un semblant d'intérêt pour son fils. Il parle de l'école où lui et Hans ont été, de leurs professeurs (le professeur de gymnastique, Max aux gros muscles ; Hussman, le professeur de littérature avec qui Hans aimait débattre, sur Faust ou Hamlet, ou encore Le rouge et le noir, malgrè leurs opinions différentes ; l'autre professeur qui était dur et sévère et qui avait une fois levé un pupitre pour le laisser tomber de façon brusque et violente pour faire taire sa classe), combien Conrad se sentait étranger dans cette école parmi les élèves, même parmi les fils de noble, et combien Conrad s'est senti attiré par Hans qui avait l'air aussi perdu que lui, avec qui il partageait des goûts communs, qui avait lui-aussi une âme d'artiste, avec qui il pouvait enfin parler de tout et de rien.

Conrad tente d'expliquer à Hans ses erreurs passées, de justifier ses choix. S'il a rejoint les jeunesses hitleriennes, s'il a rejoint l'armée, s'il a une fois rencontré Hitler, c'était par faiblesse. Il n'a pas sû dire non à ses parents, dire non à ce qu'on attendait de lui en tant que jeune noble, fils et héritier d'une illustre famille, il a suivi le mouvement et a fini par le regretter. Conrad m'a touché, c'est la descente d'un homme cultivé, intelligent, sensible qui a finit par se retrouver partisan d'Hitler. Par contre, ce qui est un peu dommage, c'est que Conrad ne raconte pas trop ses années en tant que soldat allemand, ce qu'il ressentait à l'époque, comment il a trahit Hitler. C'est abordé mais brièvement. Cela dit, j'ai beaucoup aimé en savoir plus sur sa vie, sa famille, et le voir nous raconter les élèments de L'ami retrouvé de son point de vue, à quel point avec Hans, c'était comme un coup de foudre platonique. Ils ont eu une amitié si belle mais si courte, dans un sens les histoires d'amitié sont plus touchantes que les histoires d'amour, et il est bon de se rappeller que l'amour ne concerne pas que les romances mais aussi l'amitié, un amour entre un parent et son enfant... j'ai aimé voir cette amitié sous sa perspective, ce qu'il a pensé de Hans dès le départ, à quel point il lui plaisait, qu'il aimerait en faire son ami... c'était touchant, surtout quand il supplie Hans à un moment, dans la lettre, de le croire quand il disait ne pas connaître l'existence des camps de concentration. Après toutes ces années, Hans est resté son seul et unique ami, Conrad refusant même de s'en faire un autre après le départ de Hans, car cet honneur n'était réservé qu'à Hans...

Pas de résurrection, s'il vous plaît, est un récit dans lequel Simon Elsas, juif allemand qui a vécu aux Etats-Unis après la guerre, revient dans son Allemagne natale après plus de 30 ans d'exil. Il y passera deux jours à peine avant de reprendre l'avion pour retourner en Amérique. Il rencontrera, de façon assez hasardeuse, d'ancien camarades de classe dont Fritz Hager, très enthousiaste à l'idée de le revoir, qui l'invite chez lui, et dans une réunion d'anciens camarades d'école. Mais s'il reconnaît sa ville natale, il peine à reconnaître ses anciens camarades, la fille qu'il aimait. Simon reste inconnu à tout cela, il a du mal à réagir. Il souffre, il est blessé à l'intérieur. Il aime tant son Allemagne et il a aimé ses camarades mais d'une certaine façon, il ne peut oublier ce que sa nation, pourtant pays natal d'hommes illustres comme Goethe ou Beethoven, a fait durant la seconde guerre mondiale. Il ne peut pardonner une nation qui a voté pour un leader fou et sanguinaire, rempli de haine et d'idées de revanche. Compréhensible lorsqu'on sait qu'il a perdu une partie de sa famille dans un camps de concentration où lui-même a été envoyé.


Incapable de revenir en Allemagne après la guerre, il est parti en Amérique. Alors que ses anciens professeurs et camarades le voyaient très bien avocat, Simon a fini par être artiste qui gagne suffisament pour vivre, parce que l'art est pour lui la seule façon d'exprimer sa souffrance. Son amertume reste tenace, même s'il sent la bonne volonté de ses anciens camarades, il ne peut s'empêcher d'être indifférent ou dégoûté. Ses anciens camarades qui sont gênés par ce qu'il s'est passé depuis Hitler qu'ils n'osent demander à Simon ce qu'il est devenu durant la guerre car ils ont honte, parce qu'ils veulent oublier... pour certains. Parce qu'ils ne veulent faire revivre un passé honteux et douloureux. Mais Simon ne veut plus de ça, qu'ils n'en parlent pas, ou que certains fassent comme s'il ne s'était rien passé. Le temps passé n'a pas sû calmer la douleur de Simon, c'est resté une blessure vive qui l'empêche de pouvoir vivre sa vie complètement...

Ces nouvelles évoquent à la fois le souvenir qui nous fait ressentir nostalgie et/ou souffrance, regrets, peines et joies. Elles évoquent aussi le fait que personne n'a été blanc ou noir pendant la guerre, qui a été une période trouble. Certains ont résisté, d'autres ont collaboré, d'autres ont changé de camps, certains ont fait ce qu'ils pouvaient, d'autres se sont voilé la face, certains ont tenté d'aider malgrè leur statut de soldat allemand, d'autres ont servi l'armée, ont tué des Juifs et civils sans remords, voyant cela comme un devoir. Elles sont touchantes car elles nous montrent l'être humain et ses faiblesses. Bref, j'ai beaucoup aimé ces deux nouvelles vraiment très touchantes.
 
Extrait :


Mais qui, visitant Venise, les Pyramides, le Colisée ou le château de Versailles, se soucie aujourd'hui des centaines et des milliers d'êtres humains, alors sacrifiés, massacrés ou qui sont morts du typhus pour que quelques privilégiés puissent jouir de leur petite existence ? Tu disais toujours que c'était une question de chance et pas autre chose. Que la chance jouait même avant la naissance : le bon spermatozoïde et le bon ovule ; les parents, nantis ou pas ; le lieu où l'on vit (quelle chance aura un génie élevé dans un village indien misérable ?) ; le médecin qui convient, l'avocat qui convient, l'éclairage qui convient pour traverser la route de nuit, les personnes que l'on rencontre, les bons professeurs, etc., tout est une question de chance. L'homme le plus intelligent peut être tué par une tuile qui tombe d'un toit, tandis que son voisin, un parfait abruti, aura la vie sauve. Notre existence entière est tributaire de la chance et de rien d'autre. Reharde, moi ! Si Hitler n'avait pas quitté sa place quelques secondes avant que la bombe de Stauffenberg n'éclate, serais-je ici en train d'attendre mon exécution ?


La lettre de Conrad. 2.

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