lundi 18 mars 2013

Crimes à l'Antique - Jean-Yves Boriaud.



L'auteur :




Professeur de langue et de littérature latines à l'université de Nantes, Jean-Yves Boriaud est un spécialiste de le Rome impériale et de la Renaissance italienne. Il est également connu en tant qu'auteur pour avoir publié une biographie de Galilée, une Histoire de Rome et pour avoir traduit de nombreux textes humanistes.





Quatrième de couverture :

Sans être obligatoirement des maniaques de la décapitation, les Romains ne reculaient guère devant les manifestations spectaculaires de cruauté. Les crimes faisaient même partie intégrante de l'imaginaire latin, et les historiens de Rome ne se sont pas fait faute de raconter dans le détail ceux qu'ils pensaient assez exemplaires pour édifier leur lecteur, ou lui inspirer une terreur salutaire.

Du mythe fratricide de Remus et Romulus à l'assassinat de César, en passant par la mort de Messaline, l'histoire de l'Antiquité s'est construite autour de ces crimes réels ou imaginaires. Jean-Yves Boraud s'est penché sur les travaux des écrivains, historiens et moralistes de l'époque pour éclairer le rôle de ce "fantasme criminel" si fondateur.

Mon avis :

Je me suis faite plaisir il y a quelques semaines en m'achetant quelques livres, dont certains figuraient dans ma wish-list, et je suis tombée sur ce titre un peu par hasard, que je me suis décidée à prendre car le sujet était bien tentant et qu'il m'a donné l'occasion de me rappeler mes cours d'historiographie, à la fac, de Monsieur J. et sa façon très vivante, très passionnée et divertissante de nous lire en classe les écrits des historiens romains, plus particulièrement ceux de Tacite lorsqu'il racontait les déboires de Néron.

Ce livre de 150 pages environ (j'ai l'édition de France Loisirs, d'ailleurs veuillez m'excuser pour la mauvaise qualité de l'image, c'était la seule de disponible sur l'édition que je possède) nous retrace les quelques grands crimes qui ont pris part dans la Rome antique, qu'ils aient fait parti de l'imaginaire ou de l'histoire des Romains, le crime faisant partie intégrante de l'imaginaire latin et les grands historiens de l'époque ne se gênant nullement pour raconter les déboires de leurs dirigeants et les crimes qui en ont résulté, et certains d'entre eux étaient inoubliables, presque exemplaires avec des personnages de renoms que l'on connaît bien, ne serait-ce que de nom : César, Caligula, Néron, Britannicus, Pompée, Cicéron... ainsi que les quelques exemples dans la mythologie, parfois empruntée à celle des Grecs.

D'habitude, dans la période antique, c'est surtout la Grèce qui m'intéresse le plus (et même la Gaule en quelques occasions), et il y a de quoi ! C'est une civilisation que je trouve fascinante et qui est riche, mais depuis quelques temps, c'est surtout Rome qui est dans ma tête et je me dis souvent que c'est une époque intéressante et riche elle-aussi mais à laquelle je n'accorde pas suffisamment d'attention, je serais tentée de découvrir un peu plus Rome et son histoire (il y a d'ailleurs la série Rome, dont ma professeur de Méthodologie d'histoire antique nous avait déjà parlé, et la série de bande-dessinée Murena dont les personnages historiques sont à peu près les même que j'ai étudié, et lu dans cet ouvrage, qui me tentent beaucoup...). Pour cet ouvrage, même si ce ne fut pas une lecture bien extraordinaire, ce fut une lecture bien instructive et intéressante que les passionnés ou étudiants (ou les deux) en Histoire pourraient aimer, même s'il faut également apprécier, je crois, tout ce qui rentre dans le domaine du crime puisque c'est là le sujet de cet ouvrage et que, apparemment, à cette époque, il y avait beaucoup de cela : ça tue, ça empoisonne, ça complote, ça meurt beaucoup, ça fait des coups dans le dos, surtout dans le domaine de la politique mais j'imagine qu'il fallait bien qu'il se divertissent à l'époque !

L'auteur nous met déjà dans le ton dès le début et nous raconte la place du crime à cette époque et, si possible, des condamnations qui en résultent et qui ne sont pas moindre (par exemple, quelqu'un accusé de parricide ou de fratricide - si je me souviens bien - sera condamné à être enfermé dans un grand sac avec un singe, un chien et une vipère, et jeté dans un fleuve !), et commence cette grande histoire des crimes de l'Antiquité romaine en se penchant sur les crimes de la mythologie. L'exemple le plus connu étant le meurtre de Remus par Romulus, les deux mythiques fondateurs de Rome qui ont, durant leur enfance, été élevés par une louve, bien que les versions concernant le meurtre de Remus sont parfois diverses... puis, l'auteur passe aux crimes dits "primordiaux" : quelques exemples de crimes, comme le meurtre d'un frère, d'une soeur, d'un roi, d'un parent... en utilisant comme protagonistes à illustrer comme exemples des personnes notoires ou mythologiques.

Viennent ensuite les meurtres politiques où l'auteur nous raconte les plus célèbres ou spectaculaires : l'assassinat de Pompée, célèbre général romain et rival de César qui fut assassiné sous les ordres de ce dernier ; le meurtre de Jules César, raconté par de nombreux auteurs, assassiné de la main de ses sénateurs et de Brutus, son fils adoptif ; la mort de Cicéron par ses ennemis, qui a choqué l'opinion publique. On aborde ensuite le chapitre des meurtres dynastiques pendant la période des empereurs de la famille des Julio-Claudiens, en commençant par l'assassinat de Caligula, l'empereur fou qui a pourtant bien débuté sa "carrière" mais qui s'est dégradé peu à peu en se mettant à délaisser et assassiner ses alliés, en nourrissant une forte haine contre le Sénat et qui, malgré une passion pour le chant et la danse, et une santé fragile et une maladie mentale, aurait donné toutes les raisons de l'assassiner.

On continue avec le meurtre de Messaline, épouse adultère de l'empereur Claude, sa conduite scandaleuse et son dévergondage sans borne qui ont provoqué sa perte et causé son exécution. Puis, l'assassinat de son mari, empoisonné après divers complot misant à mettre Néron sur le trône en passant par le meurtre d'un concurrent potentiel de Néron au trône : le jeune Britannicus, fils de Claude et Messaline, empoisonné et éclipsé par Néron qui, pour ne pas perdre la main, finira par assassiner ce sacré personnage rusé et robuste qu'est sa mère, Agrippine, (qui l'a aidé et usé de nombreux complots pour le mettre sur le trône mais qui, au goût de Néron et une de ses maîtresses, devenait trop envahissante) pour enfin terminer sur la fin de l'odieux personnage. L'auteur revient ensuite sur les grands crimes de l'imaginaire et de la mythologie, en reprenant parfois la mythologie grecque puisque des auteurs latins, comme Sénèque, ont repris le mythe de Médée et Jason, ainsi que l'histoire de la famille Atride, une famille royale marquée par le meurtre, l'inceste, le parricide, l'infanticide (et, je crois me rappeler  de cannibalisme).

Bref, l'auteur nous présente donc une étude, un document historique instructif et intéressant sur les grands crimes de l'Antiquité romaine, et la mythologie greco-romaine, en appuyant son récit de nombreux extraits des écrits des historiens de l'époque qui ont, eux aussi, racontés ces grands crimes : Tacite, Suétone, Tite-Live, Plutarque, Sénèque... (c'est pourquoi j'ai aussi ajouté cet ouvrage dans la catégorie Littérature antique, à cause des nombreux extraits des oeuvres de ces grands auteurs et/ou historiens latins), dont certains que je "connaissais" plutôt bien pour les avoir étudié en Historiographie. J'ai trouvé plutôt agréable l'ajout de ces nombreux extraits, ainsi on lit ce qu'en pensaient ces auteurs latins, leurs mots, tirés de leurs oeuvres, ce qui peut donner envie de les découvrir (Monsieur J. a d'ailleurs encouragé ma classe plus d'une fois à découvrir la Vie des Douze César écrit par Suétone, qui raconte la vie de 12 empereurs romains mais pas exactement de façon élogieuse car il met l'accent sur leurs défauts et méfaits), surtout qu'il peut être intéressant de découvrir le regard de ces auteurs contemporains aux évènements qu'ils racontent, ainsi que la place de la Providence dans ces récits : nombreux sont les récits qui racontent qu'il y aurait eu des signes funestes d'un meurtre, que ce soit des rêves étranges d'une divinité, de quelques signes comme un vol d'oiseau ou un vase qui se brise, ou des prédictions d'oracle...

Bien sûr après, dans ce livre, il faut s'y retrouver parmi tous ces personnages et les liens entre eux, sous peine d'être perdu dans le récit mais malgré tout, ce fut un ouvrage bien instructif et qui m'a fait découvrir ou redécouvrir des personnalités antiques intéressantes, malgré leurs défauts et (ô combien nombreux) méfaits, pour certains (ah mais je suis en admiration devant Agrippine, c'était peut-être une garce mais une femme rudement rusée, intelligente et forte ! Un sacré colosse ! Et il est difficile de rester de marbre face à Néron et tout ce qu'il a pu commettre comme horreurs... si tout ce qu'on dit sur lui est vrai).





- Mort de César, par Vincenzo Camuccini (1798), l'un des nombreux exemples de représentation de l'assassinat de Jules César dans l'art -



Extrait :


Agrippine est un être de passion, prêt, pour conserver le pouvoir, aux excès et aux revirements les plus imprudents... et les plus impudents.


4. Les Julio-Claudiens : les meurtres dynastiques.  (La mort d'un concurrent potentiel : l'assassinat de Britannicus)


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8 commentaires:

  1. bonjour Marion
    un poètique coucou par ici.j'espère que tu vas bien.
    Moi çà va juste une petite glissade y'a 10 jours environ sur la neige glacée mais rien de grave ,juste un peu coincé du bas du (dos---), alors vive monsieur l'ostéopathe qui tout en douceur a pu décoincer monsieur le troubadour

    le printemps s'installe timidement mais çà fait du bien de sortir de cet hiver qui cette année fut bien servit en épisodes nombreux de de dame neige.

    petite question en passant par ici. Je n'ai pas encore eu l'occasion de venir découvrir la ville de Lille , il faudra qu'un jour j'y vienne. Tout comme je t'ai proposé pour faire le guide àPparis (peut être cet été --- ?)
    je me demandais si de venir passer une journée à Lille, tu pourrais me faire découvrir (vieux Lille ---) mais tu es peut être loin de Lille ?

    bonnes continuations à toi ,bises et A+ du troubadour Emmanuel

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    1. Un bonjour à toi-aussi !

      Je vais bien merci, toujours bien occupée avec la fac, plus que ces dernières années même, j'ai hâte d'être en vacances pour souffler un peu. Comment vas-tu ? J'espère que ton dos va mieux, avec un peu de chance nous n'aurons plus de neige avant des mois car même s'il continue encore à faire froid, le soleil est revenu et j'ai espoir que le printemps fasse son apparition tant attendue ! Je remarque d'ailleurs que la météo change les tempéraments, les gens sont plus bavards et agréables quand il fait bon. Je me plaignais en décembre 2012 qu'on n'avait pas encore eu de neige, j'ai vite ravalé mes paroles ces derniers mois !

      Hélas, je ne connais pas bien Lille et mes visites remontent à si longtemps, j'ai quelques souvenir de la FNAC et du magasin Nature & Découvertes que j'avais beaucoup aimé... J'ignore encore quel sera mon planning cet été, sois assuré que si j'ai l'envie et le temps d'aller à Paris cet été, je te tiens au courant, en tout cas c'est très gentil de ta part de me proposer cela :)

      bises et a+ !

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  2. tu as réussi à me donner envie de le lire
    il rejoint mes souhaits de livres !!!

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    1. J'espère qu'il te plaira, si jamais tu te le procures, personnellement je le trouve plutôt intéressant comme ouvrage !

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  3. Je viens justement de le recevoir, j'espère qu'il me plaira autant qu'à toi ! Merci de ta participation (ton commentaire sur Agrippine m'a fait rire!!). Je suis dans la série Murena en ce moment, tome 2 :)

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  4. eh bien, voilà un billet très complet et très intéressant... on ne peut vraiment pas dire que les Julio-Claudiens avaient l'esprit de famille bien développée, hein !! ;)
    j'ai ce livre dans ma PAL, ton billet m'a donné envie de l'en sortir !

    dans le mêm thème (et s'élargissant à la Grèce antique), il y a aussi Les peines de mort en Grèce et à Rome : Origines et fonctions des supplices dans l'Antiquité classique d'Eva Cantarella, un livre très intéressant...

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    1. Euh... non, je confirme ^^ la soif de gloire et de pouvoir a empoisonné cette dynastie, je n'ose imaginer comment les Romains de l'époque ont pu réagir à tout cela à l'époque, les historiens de l'époque avaient matière à écrire avec cette famille, surtout Néron et sa mère !

      J'espère que ce livre te plaira autant qu'il m'a plu, je l'ai trouvé vraiment intéressant ! et merci pour les suggestions, je crois que je vais d'abord me pencher sur l'ouvrage sur la peine de mort en Grèce avant d'aller sur Rome. C'est toujours intéressant de se pencher sur les aspects plus "sociaux" et "culturels" de l'Antiquité. J'ai eu l'occasion, il y a quelques mois, de me pencher sur les rites funéraires grecs et romains via des ouvrages et des documentaires pour la création d'un powerpoint, qu'en est-il des peines de mort ? il me tarde d'en savoir plus !

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  5. J'espère que tu le trouveras aussi intéressant que moi... en tout cas, il y avait maintes pratiques d'exécution des peines de mort, qui revêtaient un aspect très rituel et très symbolique relevant de leurs croyances religieuses... les femmes bien sûr n'étaient pas exécutées de la même manière que les hommes... :)

    et confidence pour confidence, c'est également l'aspect culturel et sociétal qui m'intéresse le plus dans l'histoire...

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