lundi 13 juillet 2015

Péplum - Amélie Nothomb.


Du même auteur :



Emprunt médiathèque.

Quatrième de couverture :

Cherchez à qui le crime profite. Quand un roman commence par cette phrase, on s'attend à ce qu'il soit un polar. On n'a pas tort, ce livre pourrait être un polar. Sauf qu'il n'y a pas de policier. Mais il y a un crime. Mobile : Pompéi. Arme du crime : Vésuve. Et le coupable ? Ce pourrait être le temps. À moins qu'il n'ait un alibi.



Mon avis :

Est-il possible que l'éruption du Vésuve en 79 ap JC et l’ensevelissement de Pompéi ne furent pas un malheureux incident mais quelque chose de prémédité ? C'est sur cette idée que débute Péplum. Pourquoi cette idée saugrenue ? Pompéi ne semble-t-elle pas très bien conservée, malgré les siècles qui ont passé, et n'est-ce pas là le plus beau cadeau qui n'ait jamais été fait aux archéologues ? Selon la narratrice du roman, dont les initiales sont A. N (clin d’œil de l'auteur ?), l'éruption du Vésuve n'est pas un accident mais un coup monté par les archéologues du futur pour protéger Pompéi et pouvoir l'étudier. Ces déductions valent à la narratrice d'être kidnappée de sa chambre d'hôpital, alors qu'elle venait de subir une opération, et de se réveiller... en l'an 2580 où elle fera la connaissance d'un curieux personnage, le savant Celsius, chargé de la surveiller car elle a percé leur secret : Pompéi ne fut pas un accident...

Comme la plupart des romans d'Amélie Nothomb, ce livre consigne un long dialogue, un véritable affrontement entre la narratrice et un autre personnage. Un long dialogue consignant : longs débats, répliques tranchantes, parfois déconcertantes. Amélie Nothomb sait maîtriser l'art du dialogue et une fois de plus, dans ce roman, les mots sont des armes. Ils sont puissants, plein de passion, de conviction, parfois drôles ou déconcertants. Nos deux personnages sont têtus et intelligents : notre est d'autant plus énergétique et, c'est bien compréhensible, furieuse contre ses ravisseurs et essaye de pousser Celsius à bout... et se révèle très douée pour ça ! (je crois d'ailleurs que l'auteur s'en est donnée à cœur joie en usant de joutes verbales, sarcasme et figures de style)

Le savant Celsius, lui, au QI plus que supérieur, est exaspéré d'avoir affaire à cette femme qu'il trouve complètement idiote, ridicule et insensée. Entre ces deux contraires, les joutes verbales fusent et aucun ne veut céder pour faire valoir ses arguments. La narratrice cherche à savoir pourquoi on l'a kidnappé et ce qu'il s'est passé entre son monde et ce futur, et pourquoi avoir déclenché l'éruption du Vésuve qui ensevelit Pompéi. Celsius veut se taire mais  au fur et à mesure que l'on avance dans le dialogue, on découvre de plus en plus cet étrange futur dans lequel la narratrice est gardée prisonnière. 

Et quel drôle de futur ! Dans ce monde, plus de pays mais deux orientations existantes : Le Levant et le Ponant. Notre cher savant est Ponantais. Les gens de cette société futuriste ne portent plus de vêtements mais des hologrammes qui projettent sur eux des vêtements. Un contrat de mariage est résiliable tous les trois ans pour limiter les divorces, les passages des livres jugés trop tristes sont supprimés, la société est hiérarchisée par niveau intellectuel. La société se compose d'une oligarchie qui a mis en place une véritable tyrannie. Pour entrer dans cette oligarchie, il faut passer un test d'intelligence (le niveau de culture), de caractère (d'honnêteté) et de santé (où l'on juge sur la... beauté !). Pourtant, dans cette société qui nous semble inconcevable et étrange, notre époque moderne est vue comme l'époque de l'irresponsabilité, et on peut voir à travers ce roman une critique de notre société actuelle et des conséquences que nos actes peuvent entraîner.

Au-delà d'un roman à l'idée étrange mais originale (et si la tragédie de Pompéi avait été orchestrée par les archéologues du futur ?), c'est aussi un appel à une profonde réflexion sur notre société. Certains dialogues ou mots de vocabulaires peuvent être difficiles et sans doute ce roman ne peut pas plaire à tout le monde, surtout si on cherche une lecture divertissante. Il n'empêche que Péplum est un roman court et intéressant, original par son sujet, et divertissant par les joutes verbales et figures de styles des dialogues des personnages. Leur relation est drôle dans un sens car tout les opposent, et tous deux ont le sens de la répartie et savent maîtriser l'art du dialogue. Ce fut un plaisir de les suivre, et de voir l'évolution du dialogue et le fin mot de l'histoire.

Extrait :

- Cherchez à qui le crime profite. L'ensevelissement de Pompéi sous les cendres du Vésuve, en 79 après Jésus-Christ, a été le plus beau cadeau qui ait été offert aux archéologues. À votre avis, qui a fait le coup ?
- Pas mal, comme sophisme.
- Et si ce n'en était pas un ?
- Que voulez-vous dire ?
- Cela ne vous a jamais paru bizarre ? Il y avait des milliers de villes à détruire. Comme par hasard, ce fut la plus raffinée, la plus somptueuse, qui y passa.
- C'est une fatalité courante. Quand une bibliothèque prend feu, ce n'est pas la bibliothèque municipale du quartier, c'est la bibliothèque d'Alexandrie. Quand un boudin et une beauté traversent la rue, devinez qui se fait écraser ?
- Vous n'avez pas compris. Si je vous parlais de destruction pure et simple, vous pourriez invoquer la fatalité. Mais ici, c'est de la chance qu'il s'agit !
- Oui. Il est clair que vous n'étiez pas un de ces malheureux qui ont péri dans l'éruption.
- Ce n'étaient pas des malheureux. C'étaient les riches de l'époque.
- C'est ça. Dans deux secondes, vous allez dire : « Bien fait pour eux ! »
- Vous vous trompez de débat. Ce que j'essaie de vous expliquer, c'est que si l'on avait demandé aux archéologues modernes quelles villes ils auraient voulu préserver des dégâts du temps, ils auraient choisi Pompéi.
- Et alors ? Vous croyez que le volcan a demandé leur avis aux archéologues modernes ?
- Le volcan, non.
- Qui d'autre ?
- Je n'en sais rien. Je dis seulement que c'est trop fort. Ce ne peut pas être un hasard.
- Que supposez-vous ? Que les archéologues modernes ont commandité l'éruption ? Je ne les savais pas en si bons termes avec Héphaïstos.
- En l'occurrence, c'est plutôt de Chronos que vous devriez parler.
- En effet !
- Les archéologues modernes n'ont pas eu les moyens de provoquer une éruption avec vingt siècles de retard, c'est certain.
- Vous daignez les innocenter, alors ?
- Eux, oui.
- « Eux, oui » : que cache cette réponse sibylline ?
- Une question.
- Quelle question ?
- Les archéologues du futur seront-ils capables de faire ce que les archéologues modernes aimeraient faire ?

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