samedi 26 mai 2018

Le Bouchon de Cristal - Maurice Leblanc.


Quatrième de couverture :

Quel intérêt peut avoir ce bouchon de cristal que tant de gens veulent posséder par tous les moyens, y compris le meurtre ?

Le plus difficile dans une affaire, nous dit Arsène Lupin, souvent, ce n'est pas d'aboutir, c'est de débuter. En l'occurrence, par où débuter? Quel chemin suivre ? Sans rien connaître, sans savoir quelle partie était jouée, quelles étaient les cartes et qui tenait l'enjeu, Arsène Lupin se jette au plus fort de la bataille. Mais l'adversaire se révèle très vite redoutable et Arsène Lupin est plusieurs fois renvoyé à la case départ. Le jeu sera impitoyable, le suspense poignant.

Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, l'éternel séducteur, l'insolent, réussira-t-il à déjouer les forces du mal et de la haine ?




Mon avis :

J'avais envie de faire de nouveau connaissance avec l'ami Lupin, et on m'avait conseillé (coucou gentlemanlupin;)) ce titre. Ainsi, je me suis lancée dans l'aventure, sans trop savoir à quoi m'attendre.

Nous retrouvons Arsène Lupin alors qu'avec ses complices, il organise un vol dans une villa. Vol qui tourne mal car, contre toute-attente, ils ont été surpris par un domestique. Arsène Lupin n'a pas le choix : il doit fuir ! Fuir, mais voilà ses deux complices, le jeune Gilbert, et Vaucheray, ont été arrêtés puis emprisonnés, mais pas avant que Gilbert n'ait réussi à donner à Lupin un bouchon de cristal dérobé à la villa. Arsène Lupin est déconcerté par cet objet qu'il croit sans valeur… et l'est encore plus lorsqu'on lui vole à son tour le bouchon ! Qui a osé voler le gentleman cambrioleur, et quelle valeur a exactement ce bouchon ? Mais Lupin a aussi une autre préoccupation : libérer ses deux complices avant qu'ils ne soient exécutés pour leurs crimes, et ces deux missions s'avèrent être plus compliquées qu'au départ…

Face à lui, Arsène Lupin a un adversaire de taille. Daubrecq, député de son état, et sans doute l'un des méchants les plus détestables qui m'ait jamais été donné de lire ! Horrible et intelligent, Daubrecq parvient à mettre en déroute Lupin de nombreuses fois, prévoyant parfois tout jusque dans les moindres détails, et traitant ses adverses à la fois avec moquerie et nonchalance, mépris. Maître-chanteur, nourrissant des projets de vengeance et de complot, Daubrecq est un méchant qui remplit bien son rôle : brillant et détestable à souhait. Tout au long du roman, je l'ai maudit, détesté, souhaité sa défaite… et une mort dans d'atroces souffrances, et combien de fois ses apparitions surprises m'ont fait pousser des exclamations d'horreur, et me faire dire : « Mais quand est-ce qu'il crèèèèèèèève ? ». En bref, Daubrecq est un antagoniste efficace et horrible à souhait, mais qui n'est pas juste méchant. Il est rusé et prévoyant, et il est jusqu'à présent l'un des adversaires les plus terribles qu'Arsène Lupin ait eu à affronter.


Ça résume assez mon ressenti sur Daubrecq !


L'un des points forts du roman, c'est la relation entre Arsène Lupin et son complice, Gilbert. Il a une connexion qu'il n'a pas avec Vaucheray, et c'est en partie du à son jeune âge et bien qu'il n'apparaisse pas souvent au cours du roman, Gilbert se révèle être une figure pour qui on se prend en sympathie. Gilbert est un jeune homme insouciant, gai, naïf, franc, mystérieux par son passé qui se dévoile petit à petit au cours du roman. Mais par dessus-tout, c'est un jeune homme dévoué à Lupin pour qui il serait prêt à tout. Jamais il ne cesse d'avoir confiance en lui, au « patron » qu'il admire et c'est cette dévotion qui émeut énormément Lupin qui redouble d'efforts pour essayer de le sauver et lui éviter l'échafaud. On voit que très peu Gilbert au final, mais Maurice Leblanc nous le dépeint, ainsi que sa relation avec son patron, à travers Arsène Lupin qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver ses complices et surtout le jeune Gilbert pour qui il a beaucoup d'affection. Et c'est poignant, car Lupin connaît des hauts et des bas dans cette affaire, et surtout des bas, et il en souffre, il pleure, il s'agite car il pense ne pas arriver à temps pour sauver Gilbert et qu'il l'a failli. Arsène Lupin est vraiment très humain dans cette histoire, et on a mal avec lui.


L'édition de Bibliothèque Verte
qui illustre bien le roman
Pour tout dire, j'ai stressé pendant tout le roman et je n'ai pu le lâcher qu'une fois l'affaire terminée. C'est un roman avec beaucoup d'intrigues et de rebondissements, on a à peine le temps de se reposer qu'un nouveau rebondissement prend place et, pour moi, la victoire de Lupin n'était pas acquise… pour tout dire, j'ai beaucoup hésité sur l'issue de ce roman. Pour la première fois depuis que j'ai commencé la série, j'ai eu peur, j'ai angoissé, j'ignorais si le roman allait avoir une fin heureuse ou pas, si Gilbert allait s'en sortir, si Daubrecq allait faire un coup de lâche au moment où l'on croit la victoire acquise par Lupin [spoiler] au final, Gilbert s'en est sorti et mon petit cœur a pu se calmer… j'ai vraiment craint pour lui ! Je pensais qu'il allait finir guillotiné, ou que Lupin ait réussit à le gracier mais que Daubrecq aurait fait un coup vache, comme tirer sur lui au moment de sa libération ! Je n'ai pas du tout été tranquille pendant ma lecture xD [/spoiler]. Le suspense était bel et bien là, et c'était haletant ! Car l'affaire va au-delà de l'histoire autour d'un simple bouchon de cristal… c'est une histoire contre la montre, pour sauver les complices de Lupin, c'est une histoire de vengeance et de coups bas, un formidable jeu d'échec qui nous met en doute sur l'issue du jeu et à qui appartiendra la victoire [spoiler] même si je devais me douter que Leblanc n'allait pas faire échouer son héros… mais heureusement, la fin ici n'est pas aussi bittersweet que celle de l'Aiguille Creuse où Lupin s'en sort et déjoue tout le monde… mais sa compagne meurt en le protégeant [/spoiler], ce qui nous donne, même si Lupin semble plus perdant que gagnant, l'occasion de voir les ingrédients d'une bonne aventure Arsène Lupin : déguisements, espionnage, évasions rocambolesques, reparties insolentes ou moqueuses, prises de risques insensées, etc.

Le Bouchon de Cristal restera pour moi un roman qui tient en haleine du début à la fin, avec un rythme effréné, des fausses pistes, des doutes, un méchant détestable, un Lupin humain et formidable, avec une intrigue qui fonctionne (des intrigues de famille, des vieilles rancœurs, une course contre la montre), une enquête maîtrisée, une relation touchante entre Lupin et son complice, et des personnages attachants (notamment Victoire, la vieille nourrisse de Lupin, et Clarisse une femme courageuse, intelligente et prête à tout).

Extrait :

Il [Daubrecq] tapotait le rideau de velours dans les plis duquel Lupin s'était vivement enveloppé.
"En vérité, monsieur, vous devez étouffer là-dessous ? Sans compter que j'aurais pu me divertir à transpercer ce rideau à coup de dague... Rappelez-vous le délire d'Hamlet et la mort de Polonius... 'C'est un rat, vous dis-je, un gros rat...' Allons, monsieur Polonius, sortez de votre trou."
C'était là une de ces postures dont Lupin n'avait pas l'habitude et qu'il exécrait. Prendre les autres au piège et se payer leur tête, il l'admettait, mais non point qu'on se gaussât de lui et qu'on s'esclaffât à ses dépens. Pourtant pouvait-il riposter ?

II. Huit ôtés de neuf, reste un.

Ce billet est une participation au :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire