mardi 11 février 2025

La variante du dragon - Christophe Lambert.

Washington, 1943. Markus Eisenberg, dix-huit ans, est un juif originaire d’Allemagne émigré aux USA avec sa mère et sa tante suite à la « nuit de cristal » où son père a trouvé la mort. Marqué par ce drame, Markus rêve de se venger des nazis. Il s’est donc engagé volontairement dans l’armée et attend d’être envoyé en Europe.

Mais son supérieur a un autre projet pour lui…

Il lui apprend l’existence d’un camp de prisonniers très particulier, situé non loin de Washington : le camp 11-42, où sont retenus des soldats et scientifiques allemands. L’état-major a choisi d’employer la manière douce à l’égard de ces « invités de marque » dont on estime qu’ils ont des renseignements importants à donner.

Des jeunes gens maîtrisant parfaitement la langue de Goethe sont chargés de sympathiser avec eux et de leur tirer les vers du nez, une fois leur confiance gagnée.

Markus a donc été choisi pour rencontrer l’officier Hans Reinhardt, haut gradé des services secrets allemands capturé peu de temps auparavant à bord d’un sous-marin au large des Caraïbes. On a essayé de le faire parler sans succès : interrogatoires musclés, intimidation… rien ne fonctionne. Apparemment, il n’a qu’une seule passion dans la vie, en dehors de son Führer bien aimé : les échecs…

Cette même passion qui habite Markus depuis son enfance. À contrecœur, le garçon accepte la mission.


La variante du dragon est un roman qui me faisait envie dès sa sortie. Par certains aspects, il m’a rappelé Le jeu de la dame (ou Queen’s Gambit) mais en période de Seconde Guerre Mondiale, et je me délectais d’avance des nombreuses rencontres entre Markus et de Reinhardt, m’imaginant des rencontres semblables à celles de Clarice Starling et Hannibal Lecter dans Le Silence des Agneaux.

 

J’ai beaucoup apprécié cette lecture qui m’a permis de découvrir un peu plus les États-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il faut savoir que les services secrets américains employaient réellement des réfugiés allemands comme « chaperons » pour des hauts dignitaires nazis, et notamment des Juifs, et dans l’espoir de leur soutirer des informations, ce qui rend d’autant plus réel les événements du roman.

 

J’ai beaucoup aimé les différentes rencontres entre Markus et Reinhardt et la tension qui se découle de celles-ci, surtout lorsqu’ils s’affrontent aux échecs. Aussi brillant soit-il, Markus sera mis en difficulté plus d’une fois et essuiera bien des revers face au monstre de stratégie qu’est le Nazi, surtout lorsque le jeune homme a bien du mal à ravaler sa colère et son animosité envers le Nazi. Markus souffrira de nombreux échecs, désillusions et découragement. Notre jeune ami perdra souvent patience face à Reinhardt qui sait très bien lire les émotions de ses adversaires et en tirer profit, et lâcher les phrases qu’il faut pour décourager, faire douter ou faire perdre patience à ses adversaires… Oui, notre Nazi est un adversaire bien redoutable qui donnera bien du fil à retordre à notre protagoniste.

 

Le personnage de Reinhardt m’a bien intéressé. C’est un antagoniste redoutable, intelligent, perfide et sournois, qui se conduit comme un hôte parfait auprès de Markus qu’il appelle affectueusement son « jeune Juif ». Il agit parfois de manière paternelle avec lui, souhaitant même lui donner des conseils pour sa vie sentimentale, l’encourage à découvrir certains livres ou film. On pourrait se demander s’il n’éprouve pas de l’affection pour Markus, ou bien un amusement qu’on a face à un animal inoffensif qui nous montre ses griffes, mais on s’aperçoit bien vite que sa politesse et son amabilité n’est qu’une façade, notre Nazi cachant un tempérament colérique lorsque les choses ne tournent pas en sa faveur. Pour autant, j’ai apprécié la dynamique entre ces deux personnages, entre leurs parties d’échecs et leurs échanges verbaux sarcastiques, courtois et presque admiratifs.

 

Plus que tout, j’ai aimé que, même s’il s’agit d’un roman jeunesse, l’histoire reste douce-amère. Il y a des victoires, mais au prix de nombreux sacrifices, et Markus lui-même a fini par sacrifier bien des choses à son obsession de gagner contre Reinhardt.

 

Les autres personnages ne sont pas en reste et font leur travail efficacement, sans être mémorable. Le seul qui sort du lot, à part Markus et Reinhardt, est le vieux réfugié ukrainien, aussi brillant aux échecs, qui aidera Markus à se perfectionner et à mieux gérer ses émotions pour tenter d’arracher une victoire à l’Allemand. Il a un vécu qui nous le rend attachant, et j’ai aimé sa relation presque père-fils entre lui et Markus. C’est un personnage qui m’a beaucoup touché.


Pour les non familiers des échecs, de très nombreux diagrammes illustrent les parties (basées sur celles de divers grands maîtres) et permettent de visualiser l’évolution des forces en présence, entre le héros et son adversaire. Pour autant, je ne me suis pas trop attardée sur ces schémas, ayant eu un peu de mal à les comprendre.


Si le déroulé du roman peut sembler linéaire et sans surprise, il n’en est rien car l’auteur nous réserves quelques surprises et diverses révélations, surtout durant les derniers chapitres, ce qui fait que l’intrigue continue de nous tenir en haleine jusqu’au dénouement. En résumé, j’ai passé un très bon moment avec ce roman historique.

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