Londres, 1914. Atteinte de la maladie des os de verre, Clara vit recluse depuis toujours, choyée par une mère qui lui raconte le monde. À sa mort, la jeune femme prend son destin en main et s'initie clandestinement à la botanique.
Elle est bientôt engagée par Mr Fox pour créer sur son domaine une serre de plantes exotiques. Mais, à peine arrivée à Shadowbrook, elle ressent un étrange malaise. Le mystérieux maître des lieux brille par son absence, la gouvernante est terrifiée, et une présence semble hanter les couloirs de la demeure, où les fleurs fanent en quelques heures...
Avec son étrange héroïne à la peau diaphane, Un jardin de mensonges est un brillant hommage aux grands romans gothiques. C'est aussi le récit de l'émancipation d'une femme qui tente de reprendre possession de sa vie et de son corps, servi par une plume aussi vénéneuse que sensuelle...
Je sors de cette lecture mitigée.
Ce roman me présentait des éléments prometteurs : une héroïne infirme (chose rare dans la fiction), qui s’intéresse à la botanique, une ambiance gothique avec un manoir ancien et hanté, des mensonges et des secrets, un fantôme tourmenté, le contexte historique qui est celui de la belle époque, à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Tout était là pour me plaire et je me suis plongée avec enthousiasme dans ce roman.
J’ai beaucoup aimé le début, avec un premier chapitre assez long qui nous présente Clara, sa mère, son beau-père, sa maladie. Comment, à défaut de sortir, elle a découvert le monde à travers des cartes et des ouvrages. Puis, son émancipation suite à la mort de sa mère, comment elle décroche son travail pour s’occuper de la serre de Mr Fox, la découverte du manoir et des employés, les absences fréquentes et mystérieuses de Mr Fox, puis les histoires autour des anciens propriétaires du manoir.
Clara est une protagoniste qui ne laisse pas indifférente. Elle a la maladie des os de verre. De ce fait, tout pour elle représente un danger. Rien qu’une légère bousculade peut lui briser les os. Elle a longtemps vécu enfermée dans la maison familiale, auprès d’une famille aimante, et qui a eu comme compagnons les livres qui lui ont parlé de ce monde extérieur inaccessible. C’est une jeune femme qui a du se forger une carapace et qui cherche à s’émanciper, à vivre sa vie comme elle l’entend, sans être limitée ou définie par sa maladie. Elle est déterminée, cultivée et elle a son franc-parler.
Le hic ? Clara n’est pas une héroïne attachante. Elle m’a semblé bien antipathique pendant une bonne partie du roman. Elle est TROP curieuse d’une part, une curiosité qui frise souvent le côté mal élevé, avec des questions déplacées, ce qui m’a pas mal dérangé, et j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi elle se projette tellement dans les problèmes du manoir où elle travaille et ce depuis les premiers jours.
Bien-sûr,
il faut bien que l’histoire progresse et celle-ci nous présente un
mystère, mais je trouve un peu ridicule la curiosité mal placée et
l’entêtement de l’héroïne qui trouve offensant que son
employeur soit souvent absent du manoir et qu’il ait mis du temps
pour l’accueillir enfin, rien que pour citer un exemple.
Clara est aussi paradoxale. Elle souhaite se débrouiller seule et être vue au-delà de son handicap, mais c’est souvent elle qui met sur la table sa maladie et elle se permet d’être franchement antipathique avec des personnages qui ne le méritent pas et qui sont, pour la plupart, agréables avec elle, malgré son côté mêle-tout et abrupte.
Pour parler de l’autre élément à m’avoir chagriné, c’est l’intrigue en elle-même. En vérité, je ne saurais dire si je dois applaudir un tel plot twist ou ne pas apprécier le fait qu’on m’a mené en bateau. Encore que je peux excuser le fait que [spoiler] il n’y ait pas un fantôme et que c’est un mensonge taillé de toute pièce, après tout, le roman ne s’intitule pas « Le jardin des mensonges » pour rien ; non, c’est la raison de l’existence de ce mensonge qui me paraît franchement tiré par les cheveux. Un mensonge qui terrorise les villageois et les employés du manoir… tout ça pour que Machin attire chez lui son fils qui est en froid avec lui et la fille qu’il n’a jamais connu, inutile d’ailleurs de vous dire QUI est la fille en question [/spoiler]
L’intrigue reste malgré tout bien menée et nous propose une réflexion intéressante sur le poids de la rumeur et des mensonges qui peuvent se révéler incontrôlables et que certains parviennent à manipuler à leur avantage, ce qui m’a un peu rappelé L’île aux mensonges, de Frances Hardinge. L’écriture de l’auteure est également fluide, il y a des messages forts qui dégagent du texte.
Malheureusement, il y a des longueurs et je n’ai pas été conquise par le dénouement que j’ai trouvé tiré par les cheveux, ni par son héroïne qui – bien que non détestable – est franchement antipathique la plupart du temps. J’ai aussi trouvé la fin un peu trop rapide et elle m’a laissé un peu en suspens. Les personnages secondaires auraient également mérité d'être plus approfondis de mon point de vue (surtout le père Matthew). Je ne dirai pas avoir été déçue de cette lecture car le roman a de très bons aspects, malheureusement les points noirs ont fait que je ressors assez mitigée. Dommage…
Et vous avez dit « infirme » mais, mademoiselle, n’y a-t-il pas des plantes qu’il faut relever par du bambou ? Elles n’en sont pas moins ravissantes. Alors, je vous en prie, n’écoutez pas les racontars de ceux qui n’ont pas de cervelle.
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