mercredi 9 novembre 2011

Le goût des pépins de pomme - Katharina Hagena.

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L'auteur :
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Katharina Hagena, née en 1967, est une spécialiste de l'oeuvre de James Joyce et enseigne la littérature anglaise et allemande à l'université de Hambourg. C'est avec son tout premier roman, Der Geschmack von Apfelkernen (Le goût des pépins de pomme en français), qu'elle devient auteur et qu'elle connaît un certain succès en Allemagne et un peu partout en Europe.

Emprunt médiathèque.

 
 
Quatrième de couverture :

A la mort de Bertha, ses trois filles, Inga. Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l'Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu'elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n'envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu'elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l'entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l'histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes. Katharina Hagena nous livre ici un grand roman sur le thème du souvenir et de l'oubli.


Mon avis :

Je suis tellement en plein dans mes nombreux visionnages de séries télévisées que j'en oublierais presque de lire ! Quelle honte... mais je reviens avec ce titre, découvert sur Livraddict, j'ai été attirée par la couverture et la quatrième de couverture me paraissait extrêmement prometteuse et j'ai eu la chance de le trouver à la médiathèque. Et si, après lecture, je suis largement moins enthousiaste que je le croyais en lisant le résumé la première fois, ce n'est pas vraiment une deception, j'ai même bien aimé.

L'histoire commençe alors qu'Iris se rend aux funerailles de sa grand-mère, Bertha Lünschen, née Deelwater. Après l'enterrement, elle se rend à la maison familiale, avec sa mère, et ses tantes pour la lecture du testament. A la surprise générale, c'est Iris qui hérite de la maison. Pourquoi Bertha l'a choisi elle et pas une de ses filles ? Peut-être parce qu'elle était la seule à garder de bons souvenirs de la maison, peut-être et pourtant, Iris n'envisage pas de la garder ; néanmoins, elle décide de rester quelques jours dans la demeure familiale à Bootshaven, au nord de l'Allemagne où, au fur et à mesure qu'elle redécouvre la maison, les souvenirs de son passé et de la famille renaissent en elle...

Je dois dire que j'ai eu du mal à comprendre le grand succès de ce titre, j'ai bien aimé, ok, mais c'est pas si exceptionnel que ça. J'ai eu du mal à m'intéresser au livre pendant les 100 premières pages, je m'ennuyais, je m'endormais même... en même temps, c'était peut-être pas une bonne idée que de lire le livre pratiquement tous les matins, alors que j'étais encore un peu endormie, sachant que j'ai toujours la sale habitude de me coucher tard, même si j'ai cours le lendemain. J'étais mieux concentrée dans ma lecture dans les après-midi... car, ce n'était certainement pas le livre de l'année pour moi, ni un coup de coeur, mais je garde un bon souvenir de cette lecture malgrè tout. Je dois dire que j'ai surtout été déconcertée par le style du roman où j'étais perdue un looong moment. N'étant pas habituée à ce style, il m'a fallu un long moment d'adaptation. Ca m'a un peu rappellé le style d'une de mes professeurs à la fac et qui a le don de m'irriter : elle raconte l'histoire, puis se perd dans d'autres petites histoires, des anecdotes qui durent un certain moment et au final, on ne sait plus si on est toujours dans l'anecdote ou revenu dans l'histoire. Surtout que les retours dans le passé sont du point de vue omniscient (car on revient parfois dans le passé de certaines personnes de la famille où la narratrice n'était pas née et que le texte décrit des choses qu'Iris n'aurait pas pû savoir... à moins que les tantes d'Iris se plaisent à raconter à leur jeune nièce leur vie sexuelle !) ou interne alors que la plupart du temps on est en point de vue interne car on vit l'histoire à travers les yeux et les pensées d'Iris qui raconte l'histoire. Bref, j'ai été bien perdue pendant un moment, c'était très confus, j'avais du mal à suivre...

Pourtant, quand Iris renoue avec son passé et qu'elle se remémore les moments avec sa famille, c'est intéressant, passionnant, c'est un livre sur les secrets de famille et on se prend d'affection pour cette famille sans mal. On imagine très bien les paysages de ce coin d'Allemagne du nord, c'est très poétique quand Iris décrit. On a de longues descriptions détaillées nous offrant un texte sur l'oubli, les secrets et les souvenirs d'enfance. On voyage au coeur des relations entre les différents membres de la famille, d'une famille plus ou moins compliquée, complexe, tragique, pleine de secrets. Il y a Bertha, la grand-mère qui souffre d'alzheimer, avec sa soeur Anna morte trop tôt. Il y a Hinnerk, le grand-père au fort caractère, la figure d'autorité de la famille, sévère mais juste et un poil poète. Il y a leurs trois filles : l'aînée, Inga [ née, en réalité, d'une nuit d'amour adultère avec Monsieur Lexow, un voisin ] qui est une très belle femme qui attire les hommes, qui a eu beaucoup d'amants sans avoir eu de relation sérieuse, qui porte beaucoup de bijoux (surtout des bracelets) en ambre, si bien qu'ils produisent de l'électricité quand ils se rencontrent et que ça donne quelques petites décharges éléctriques à tous ceux touchant Inga ; puis vient Christa, l'enfant du milieu, la mère d'Iris, qui est patineuse, timide et discrète ; et enfin la cadette, Harriet, qui s'est inscrite dans une secte après la mort de sa fille, qui est traductrice et qui a fait des études en anglais, allemand et français, qui a été une fille-mère [ car le père, Friedrich Quast, médecin, voyait plusieurs femmes ].

Puis vient la seconde génération : Iris, la narratrice, qui traînait souvent avec sa cousine, Rosemarie, une très belle fille rousse et svelte, et une amie Mira qui aimait le noir, s'habillait en noir, mangeait des aliments et buvait des boissons ayant uniquement une couleur noire ou si fonçée qu'elle ressemble à du noir, Mira qui a un petit frère, Max, discret, qu'Iris trouvait idiot et timide par le passé, mais qu'elle ne cesse de croiser depuis qu'elle est revenue dans sa ville natale, et qu'elle se surprend à aimer sa compagnie. Iris évoque tous ces personnages et autres. Certaines histoires nous permettent de comprendre un peu mieux l'histoire de la famille, d'autres sont juste là pour nous en apprendre plus sur certains membres. Cela n'apporte rien à l'histoire qu'Inga ait eu beaucoup d'amants ou comment était Anna, la soeur de Bertha, mais on en apprend plus sur les personnages. Les personnages absents sont très souvent évoqués car les seuls présents dans l'histoire, qui participent à l'histoire dont Iris, Max et d'autres personnages secondaires. Bertha, Christa, Hinnerk, Inga et d'autres ont une place bien plus importante dans les souvenirs. On en a besoin pour comprendre ce qui est arrivé à Rosemarie, sa mort et pourquoi son fantôme continue encore d'hanter la famille, pourquoi Inga reste seule, qu'est-ce qui a conduit Harriet à finir dans une secte, pourquoi Christa s'est distancée de la famille alors qu'elle garde beaucoup d'affection pour ses soeurs et ses parents et d'autres mystères et secrets familiaux.

Ce livre m'a un peu fait penser à ma propre famille qui a elle-aussi ses problèmes, ses secrets, des membres qui se sont distancées, des querelles familiales, une demeure attachée au souvenir. Chaque famille a ses hauts et ses bas après tout. Et alors qu'Iris redécouvrait chaque pièce, chaque vêtement, chaque odeur, le jardin odorant avec ses fleurs, ses épices et son pommier, qu'elle se mettait à essayer les robes de sa tante Inga, le vélo de son grand-père, à revisiter sa ville et à revenir vers l'écluse, les forêts, les lacs, les lieux sacrés de son enfance, qu'elle se rappellait des plaisirs de la natation dans le lac, je me rappelais à mon tour tout ce qui pouvait me remémorer la maison de ma grand-mère maternelle, chaque odeur, chaque pièce, les plats qu'elle préparait, le puit, le poullailer... d'un côté, ce livre m'a fait me souvenir d'une partie de mon passé moi-aussi, un passé lointain, et des déchirures au sein de la famille. Je pense que pour mieux comprendre cette histoire de secrets familiaux, de patrimoine, d'héritage et d'histoires de famille, il faut aller au delà des 100 premières pages où les secrets et les drames se révèlent. On avançe lentement, lentement mais sûrement et ne pas se laisser alourdir par les descriptions qui peuvent parfois lasser.

Je me suis longtemps demandée à quelle époque situer l'histoire. On est au XXe siècle, c'est certain, je dirais plus après la seconde guerre mondiale, sachant qu'Inga est née en 1941, que les vélos sont des moyens de transports privilégiés comparé aux voitures, que les femmes ne portent que des robes, qu'Iris a découvert le mot 'Nazi' peint sur la porte de garage de son grand-père, la seconde guerre mondiale est parfois évoquée dans ce texte, au moins on a - à travers certains flash-back - un fond historique qui rend l'histoire un peu plus complète et intéressante... donc, je dirais que l'histoire se situe majoritairement dans les années 1950 ou 1960... (ça dépend en fait, les tampons pour les règles existaient-ils déjà à ce moment ?) D'autres moments peuvent être confus, ou même déconcertants [ je crois qu'on a le droit à des actes lesbiens entre Mira et Rosemarie par moment... je dis 'je crois' car j'ai souvent eu du mal à capter, à saisir Rosemarie et je crois qu'Iris a finit avec Max et à avoir un fils avec lui, il y a pas mal de non-dits, on ne peut que deviner ] Néanmoins, ni je devais résumer ce livre en quelques lignes, je dirais que malgrè un style confus et de longues descriptions, si on finit par s'y habituer, le livre est plaisant, on s'attache à cette famille pleine de drames, de secrets qui a tout de même sû être heureuse malgrè tout...

Extrait :

J'aimais lire et manger en même temps. Une tartine après l'autre, un gâteau après l'autre, sucré et salé en continuelle alternance. C'était merveilleux : les histoires d'amour avec une portion de gouda, les récits d'aventures avec du chocolat aux noisettes, les drames familiaux avec du muesli, les contes de fées avec des caramels mous, les romans de chevalerie avec des cookies. Dans beaucoup de livres, on passait à table quand le suspense était à son comble : boulettes de viandes, gruau, pain d'épice, une rondelle de saucisson noir, et du meilleur. [...] Et je lirais et je mangerais, je serais une sirène malheureuse ou un petit lord, je m'échouerais sur la côte d'une île déserte, courrais cheveux au vent à travers une tourbière désolée ou tuerais des dragons.

Chapitre VIII.

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