mercredi 7 septembre 2011

Mon papa en guerre - Collectif et Jean-Pierre Guéno.

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Du même auteur :


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Quatrième de couverture :

Quand éclate la Première Guerre mondiale, il y a 4 millions de poilus sur le front et 4 millions et demi d'enfants sur les bancs d'école... Les premiers sont plongés dans l'horreur de la guerre. À l'heure du courrier, ils redeviennent des pères, des oncles, des parrains... Les seconds sont à l'âge des poupées et des soldats de plomb. La plume et les crayons de couleur sont leurs seules armes pour contrer le vide de l'absence.

Ces extraits de lettres, de journaux intimes et de récits autobiographiques éclairent les relations qui unissaient entre 1914 et 1918 les pères et leurs enfants. Entre les uns et les autres se noue une chaîne de mots manuscrits, d'espoirs et de craintes, de conseils, de fautes d'orthographe, de larmes et de sourires.

Un amour vrai, tendre et pudique est ici déposé dans des lettres mille fois relues, manipulées, froissées, chéries comme autant de trésors.


Mon avis :

C'est incroyable de voir qu'un aussi petit livre peut déchirer une personne lors de sa lecture. J'en suis ressortie toute déprimée ! Néanmoins, je ne regrette aucunement cette lecture, il m'a apporté une nouvelle vision de la guerre, en particulier la première guerre mondiale puisque ce livre est un condensé de lettres de soldats à leurs femmes et enfants qu'ils ont laissé derrière eux pour aller rejoindre les tranchées boueuses et sanglantes. Un vrai petit bijou qui nous fait savourer la paix.

Jean-Pierre Guéno nous offre tout d'abord une préface et une introduction intéressantes où il se fait un devoir de montrer le vrai visage de la guerre et non les images déformées qu'on pouvait s'en faire à l'époque (genre la guerre c'est du passé, c'est poussière et ennui total), il souhaite dépasser aussi les mensonges et les clichés, notamment les symboles anesthésiants des propagandes du gouvernement français à l'époque pour encourager le peuple à aller se battre, à voir l'ennemi comme la bête à abattre. C'était les dirigeants des pays qui se faisaient la guerre en réalité, mais ils envoyaient leur propre peuple faire leur guerre à leur place. L'Histoire a sa part d'ombre et de lumière, ça ne sert à rien de cacher les choses, d'anesthésier la vérité en mensonges, comme le dit l'auteur, les Poilus n'étaient pas dupes et c'est l'une des perspectives de l'auteur : loin des manuels d'Histoire, il se base sur les sentiments et le point de vue des Poilus, il nous montre la guerre via leur regard, leurs lettres que l'auteur a pu récolter pour donner vie à ce petit livre. Ce ne sont pas ici les lettres de soldats ravis de partir au combat et de servir la patrie, ce sont des hommes qui laissent à regret derrière eux leur famille : femmes, enfants, parents, frères, sœurs  oncles, tantes, cousin(e)s...

L'auteur nous offre aussi en introduction un rapide rappel sur les débuts de la première guerre mondiale, sur le ressenti des Poilus, sur l'endoctrinage des enfants sur la guerre pour les inciter plus tard à croire que la guerre, c'est bien, c'est nécessaire ; les encourager à aller combattre plus tard, rien qu'à repenser aux exemples donnés par Jean-Pierre Guéno, les enfants avaient leurs jouets à l'effigie de la guerre, et pas que des jouets : des manuels scolaires aussi, des livres, des cahiers de coloriage, des dictées à l'école sur le sujet de la guerre, tout pour endoctriner les enfants, c'est comme une sorte de croisade des enfants, une sorte de lavage de cerveau, et n'oublions pas les femmes qui travaillaient aussi à l'effort (je me rappelle que certaines travaillaient à fabriquer des obus et autres armes), comme quoi la guerre ne concernait pas uniquement les soldats mais aussi leur famille. C'est terrible quand on y repense.

Le livre s'ouvre ensuite avec des extraits de journaux, de lettres, de dictées d'école, de cartes postales et/ou de propagandes (et c'est là où je regrette le manque d'image ou de photos car ici, l'auteur se contente d'expliquer ce qu'il y a sur la carte en annexe puis inscrire son message). On voit à travers ces documents toute l'exagération du gouvernement et autre pour épargner et soulager les familles sur l'état de santé des soldats, allant même jusqu'à annoncer que les armes allemandes étaient presque inoffensives, que le danger était minime puisque les projectiles étaient peu efficaces, que les armes ennemies devenaient molles sous l'effet de la pluie, que les balles ne faisaient que des bleus ou au 'pire' traversaient la chair sans blesser gravement. C'est du gros n'importe quoi car on sait bien qu'au début, les armes allemandes étaient plus modernes, équipées et efficaces que les nôtres mais c'est tous les récits exagérés des journaux pour épargner les familles inquiète et assurer que la guerre était déjà gagnée d'avance.

Mais ensuite, nous avons des extraits de lettres de soldats qui sont bien plus réalistes, plus cruelles de vérités, ce qui éloigne bien vite les mensonges de la presse et du gouvernement. Ces lettres sont plus humaines et plus déchirantes aussi. Magnifiques, émouvantes, remplies de sentiments vrais et sincères. Il y a tout d'abord ces regards de pères qui écrivent à leurs femmes puis les enfants. Malgré les récits de ce qu'il se passe au front, il y a parfois un peu d'humour pour alléger les lettres et c'était une touche étonnante mais agréable à lire, il y a des récits plutôt comiques alors que le père, le mari soldat raconte son quotidien : comme par exemple, l'histoire d'un soldat qui vient à peine de se réveiller et qui selle une vache au lieu du cheval de son ordonnance, le pauvre encore tout fatigué n'avait pas vu la différence immédiatement ! La scène ayant déclenché l'hilarité totale chez les soldats. Ou encore ce récit où une vieille dame loge des soldats français qui s'étonnent de son vocabulaire très coloré, un soldat lui fait la remarque et la grand-mère réplique en jurant comme un marin mais elle montre qu'elle tient beaucoup aux soldats qu'elle loge. C'était drôle et touchant. Puis le père quand il écrit aux enfants parle rarement de la guerre et préfère encore lui demander si tout va bien à la maison, s'il est gentil avec sa maman, s'il travaille bien à l'école, s'il est sage et s'occupe bien de ses frères et sœurs, le père demandant même à son enfant de mieux soigner son orthographe, corrigeant même les fautes dans les lettres de ses bambins et lui faisant remarquer de mieux travailler son orthographe.

Les lettres sont vraiment émouvantes, touchantes. Les pères qui donnent des conseils aux enfants, des compliments, des recommandations, ils montrent là tout leur amour à leur famille. A leur femme, ils parlent du front mais aussi de leur profond regret de ne pas être à la maison avec la famille, de ne pas pouvoir voir grandir les enfants, de voir leur femme si bonne si belle si merveilleuse. Cette absence déchirante n'étant comblée qu'avec la correspondance, pour que le contact soit encore maintenu, mais il y a des cas où l'enfant continue d'écrire mais son père est mort et l'enfant de ne sait pas et il s'étonne du silence de son père jusqu'à ce qu'il apprenne la terrible vérité. On voit là toute l'affection profonde entre un homme et sa famille, l'amour sincère et tendre des époux, l'affection d'un parent avec ses enfants. Des lettres tellement simples mais tellement vraies, justes et belles. Les auteurs de ces lettres revenant très souvent dans le recueil, pas une grosse panoplie de personnes mais un certains nombres qui reviennent souvent et vers la fin du recueil, l'auteur consacre quelques pages sur le devenir de ce soldat et de sa famille, j'ai vraiment apprécié cette perspective car à force de suivre ces lettres avec leur auteur et leurs destinataires, j'ai fini par m'attacher d'une certaine façon à eux, parfois j'ai appris avec bonheur de savoir que lui avait survécu et avait pu retrouver sa famille, une autre fois, j'ai été triste car un autre était mort et laissait une veuve et des orphelins derrière lui.

C'est vraiment un bon recueil, tendre, émouvant, triste, qui nous apprend à savourer la paix. Je remercie vraiment l'auteur d'avoir sauvé ces lettres de l'oubli, comme pour Paroles de Poilus ou Paroles de l'Ombre, de nous offrir une autre version de la guerre, et de publier ces ouvrages à un bas prix. Vraiment une lecture émouvante et inoubliable.

Extrait :

C'est avec une douleur et une rage sourde que je songeais aux familles qui l'an prochain pleureront sur une tombe vide, enfants, femmes et vieillards, sous les plis d'un même drapeau, à Berlin, à Paris, à Londres, à Vienne ou à Saint-Pétersbourg, sous le voile du deuil et le crêpe. - L'or et les territoires dont s'enrichiront les nations rendront-ils aux foyers celui qui manquera ? - Vous ne savez pas quelle haine je ressens pour les apologistes du carnage, et combien dégoûtant m'apparaît le souvenir de ces monstres dont on prétend inspirer aux écoliers l'admiration et le culte.

Etienne Tanty, 18 octobre 1914.

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