jeudi 28 avril 2011

101, avenue Henri-Martin (T.2) - Régine Deforges.

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 Article connexe :
 
- La bicyclette bleue (T.1).
- Le Diable en rit encore (T.3).



 Emprunt médiathèque.

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Quatrième de couverture :

En cet automne 1942, le domaine de Montillac a bien changé. La vie est dure. Le bonheur a fait place aux deuils, l'insouciance aux privations. Au plus noir de l'Occupation, Léa Delmas va découvrir la délation, la lâcheté, la faune douteuse de la collaboration. Ses proches vont subir des tortures, d'autres trahir. Léa, pour sa part, a choisi farouchement le camp de la liberté : la résistance. Au mépris de tout danger, dans le Paris des faux plaisirs et des vraies horreurs, elle va s'opposer à l'occupant et tenter de sauver ceux qu'elle aime, comme cette Sarah Mulstein, une belle amie juive, qu'elle ira chercher au 101, avenue Henri-Martin, où la Gestapo torture les résistants. Et puis, il y a aussi le beau François Tavernier qui l'attire de plus en plus...


Mon avis :

Me voici de retour avec le second tome de la série La bicyclette bleue achevé en quelques jours à peine. J'ai pris la liberté de couper certains passages de la quatrième de couverture qui révèlaient un peu trop de l'oeuvre à mon goût, heureusement que j'ai eu la sagesse d'esprit de ne pas lire le résumé avant d'entamer ma lecture (pour une fois !), j'aurais eu la désagréable sensation d'avoir une partie du plaisir de la lecture gâchée.



Entre Paris et Montillac, à Bordeaux, Léa Delmas vit son quotidien sous l'Occupation, faisant quelques petits boulots pour la résistance, s'occupant des vignobles de la famille, demeurant aux côtés de ses soeurs, Laure et Françoise [ fiançée à un officier allemande dont elle est enceinte ], ou de son ancienne nurse Ruth, ses tantes ou Camille et son jeune fils Charles, sous quelques visites fréquentes de François Tavernier qui ne résiste jamais à l'envie de rendre visite à Léa, sa chère petite garce fougueuse. Nous sommes en 1942 et les temps sont durs et sombres. Entre les collaborateurs, les allemands, les pro-pétainistes, la Gestapo qui dominent la France vaincue, et les résistants, les gaullistes, les communistes, ceux que l'on surnomme injustement les terroristes, peu pris aux sérieux, encore peu nombreux qui ont décidé de prendre tous les risques pour sauver le pays des griffes allemandes et combattre la Gestapo. Ce peuple se déchire entre deux camps, on ne sait plus à qui faire confiance, même à ses proches ; parmi l'entourage de Léa, qui soupçonner, qui est fidèle ? Léa et Camille, c'est certain, ont choisi de se battre, mais qu'en est-il des autres ?



 
Résumé court et pas très clair, je m'en rends bien compte, mais c'est l'idée générale du roman et il se passe tellement de chose que c'est impossible de tout résumer, tout expliquer, sans vouloir spoiler. Sachez pourtant que j'ai été étonnamment surprise par ce second tome. Il est bien meilleur que le premier, et plus sombre aussi, rien d'étonnant puisqu'il nous plonge au coeur de l'Occupation, de 1942 à la fin 1943. L'univers de cette sombre période se reflète bien dans le roman, avec la Résistance et les missions, les noms de code, les sabotages, les distributions de journaux gaullistes, de tracts ; la radio qui a une place dans le roman, que ce soit Radio Paris (Radio Paris ment, Paris Paris est allemand, comme le chantaient les résistants de l'époque) ou Radio Londres avec les nombreux discours de De Gaulle ou autres pro-gaullistes ou pétainistes qui sont très bien retranscrits ; la Gestapo qui a une bien sinistre réputation, traqueurs de juifs, de résistants à qui ils n'hésitent pas à infliger les pires tortures, en prison ou en interrogatoire, les descriptions de ces tortures et les propos tenus étaient parfois bien difficiles, j'ai souvent du reposer le livre et me demander 'Dois-je continuer ?' tant c'était révoltant et ecoeurant à lire, à supporter mais je dois admettre que l'auteur a bien retranscrit cete période difficile, ce climat de cette époque contraignante et dure, et même si ce n'est qu'un roman, il s'est basé sur des faits réels, et j'admire encore plus, si possible, les résistants et les malheureux juifs.

La résistance n'était pas qu'une aventure romanesque où l'on résistait contre l'ennemi pour sauver, se battre pour le pays comme des héros, il y avait énormément de risques à prendre, le pire à redouter : la Gestapo, les collaborateurs, ceux qui dénoncent, les arrestations, les tortures horribles qu'on était pas sûr de supporter jusqu'au boût, jusqu'à la mort pour ne rien révéler. Je dois avouer que ces moments de lectures étaient poignants et forts. C'est beau mais difficilement vivable, Régine Deforges nous éclaire plus sur les conditions de vie des gens à l'époque, d'une manière simple, précise, je ne m'attendais pas à retrouver tout ça dans ce roman mélangeant histoires d'amours et de familles en plein contexte de la Seconde Guerre Mondiale, mais enfin, l'auteur nous prouve que cette époque historique intéressante mais terrible ne fait pas seulement décors. L'auteur nous introduit vraiment dans la France des années 1940, sous l'Occupation, et le fait plutôt bien, en tout cas j'ai été convaincue, plus convaincue qu'au tome un, malgrè le caractère de l'héroïne.


 

Parlons d'elle, justement ! Si vous suivez mes articles et que vous vous souvennez du billet sur le premier tome, vous savez sans doute à quel point elle m'avait agaçé, que je la trouvais franchement insupportable. Qu'en est-il dans ce second tome ? Léa semble s'être calmée, rien d'étonnant, elle est obligée de mûrir alors que viennent la guerre et l'Occupation qui vont chambouler la France, mais aussi sa ville (château Montillac à Bordeaux qui était alors en Zone Libre sous Vichy jusque septembre 1942) et ses proches qui se déchirent entre leur confiance pour le vieux Pétain, ancien héros de Verdun, et De Gaulle, chef de la Résistance. Des proches trahissent et collaborent ou sont tout simplement pétainistes, d'autres s'engagent dans la Résistance et tentent de sauver des juifs. Dans une telle atmosphère, Léa est obligée de mûrir et d'avoir des responsabilités, je l'accorde, elle a un peu plus grandit, pense moins à Laurent qu'elle aimait même s'il est marié à une autre, veut vraiment aider à la Résistance et ses proches, apprend à être moins ingrate avec Camille et doit s'armer de tolérance au sujet de ses soeurs - la famille reste la famille ! - s'inquiète réellement pour son entourage, j'ai aimé cette Léa-là, mieux que celle qui demeure toujours, la Léa gamine, capricieuse, égoïste, elle apparaît moins mais elle est toujours là et donc je suis encore mitigée sur l'héroïne, elle peut faire preuve de gentilesse et de courage, et plus tard agir comme une enfant gâtée, mais j'ai foi, j'ai espoir qu'elle s'améliorera. Et aussi que l'auteur se calmera sur les nombreuses mentions dans le roman ou sur les paroles de personnages qui montrent à quel point Léa est belle, irrésistible, magnifique, sublime, qu'elle attire l'attention de tous par sa beauté... ok, ok, ok ! on a compris, pas la peine de le répéter à chaque chapitre (je vais finir par laisser penser que je suis jalouse...)


 

On s'aperçoit aussi qu'elle pense moins à Laurent, et plus à François Tavernier, homme élégant, cynique, sympathique, que nous connaissons déjà depuis le premier tome. Ici, il y a une sorte d'exaspération, de jalousie et d'affection que Léa épprouve pour François, un besoin d'être auprès de lui, je comprends, ce personnage est très attachant, un peu plus âgé, charmant, ironique, cultivé. Je suis contente à chaque fois que je le croise. Concernant le personnage de Raphaël Mahl, j'avoue être mitigée, il peut faire des actes lâches, dire des paroles offensantes, il peut dire des paroles douces, avoir de bonnes intentions... au final, il a raison de dire qu'il est un lâche (mais j'aurais aimé qu'il parle de lui-seul, et pas dire que les gens de son espèce comme lui, juif écrivain homosexuel, sont tous des lâches), un personnage pathétique, lâche, parfois sympathique... il m'a souvent fait pitié et souvent, j'ai eu du mal à voir avec quel pied danser avec lui, mais j'avoue que j'ai eu un pinçement au coeur quand j'ai lu sa situation à la fin du roman. Lâche ou pas, je m'étais quand même attachée à lui d'une certaine manière. Mais la guerre n'est pas une hôte agréable et tolérante dans la plupart des cas. On a aussi des focalisations sur d'autres personnages secondaires, ainsi on a leur point de vue, leur situation actuelle... l'auteur ne se centre pas uniquement sur Léa et c'est agréable comme perspective.


 

J'ai aussi trouvé que l'auteur rendait bien le climat de Bordeaux et de Paris, surtout Bordeaux, le château de Montillac, les vignobles, la campagne. L'atmosphère de l'époque est bien retranscrite, en plus des conflits collaborateurs/résistants, ceux qui sont pour Pétain et l'Allemagne et ceux pour De Gaulle et les Alliés, on lit la France de l'époque, les chansons anti-allemandes (notamment Lily Marlène que je ne connaissais pas)... et comment oublier les nombreuses références littéraires, dont Colette et Châteaubriand ?
Donc voilà. Je trouve le second tome bien mieux que le premier tome, mieux mais terrible, révoltant et écoeurant, aussi bien que peut l'être une histoire qui se déroule à l'époque de l'Occupation, mais j'ai trouvé cette atmosphère plus la France de l'époque bien retranscrite ; niveau historique donc, c'est fidèle, l'histoire est simple et facile à suivre, on s'attache de plus en plus aux personnages, encore une fois, comme pour le tome 1, le seul reproche que je trouve est le caractère de Léa, bien qu'il soit moins insupportable qu'au tome 1, les nombreuses mentions de sa beauté incroyable, mais à part ça, j'ai aimé ma lecture et j'attends d'emprunter le tome 3 qui va clôre l'arc de la Seconde Guerre Mondiale.


Extrait : 

Au passage, Raphaël éteignit le gaz sous l'eau qui bouillait, trouva le balai pendant que Léa se remettait à moudre après avoir passé un peu d'eau sur son visage. Souriante, elle regardait l'écrivain faire le ménage.
- On dirait que vous avez fait ça toute votre vie.
- Ma chère, je suis une vraie femme d'intérieur, demandez à mes amis, minauda-t-il.
- Arrêtez de faire l'idiot, ce n'est pas le moment.
- Ma bonne, c'est toujours le temps de rire et de plaisanter, surtout à notre triste époque. Car ni vous ni moi ne savons de quoi demain sera fait ni même si nous serons vivants.


10.

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