Affichage des articles dont le libellé est Auteur : Victor Hugo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auteur : Victor Hugo. Afficher tous les articles

lundi 30 septembre 2013

Les Misérables - Victor Hugo.



Pour aller plus loin :








Emprunt bibliothèque fac.





Quatrième de couverture :

Le destin de Jean Valjean, forçat échappé du bagne, est bouleversé par sa rencontre avec Fantine. Mourante et sans le sou, celle-ci lui demande de prendre soin de Cosette, sa fille confiée aux Thénardier. Ce couple d’aubergistes, malhonnête et sans scrupules, exploitent la fillette jusqu’à ce que Jean Valjean tienne sa promesse et l’adopte. Cosette devient alors sa raison de vivre. Mais son passé le rattrape et l’inspecteur Javert le traque

Mon avis :

Petite précision avant tout concernant la quatrième de couverture, le roman ce n'est pas que l'histoire de Cosette et de Jean Valjean, et si vous croyez dur comme fer que Javert est le méchant de l'histoire, on ne peut pas être ami. Les Misérables, ça suit plusieurs tranches de vie de divers personnages qui vont, qui viennent, qui partent, qui restent ; c'est une peinture réaliste du Paris du début du XIXe siècle et de la société française de l'époque avec ses hauts, ses bas, ses richesses, ses beautés, ses injustices, c'est une part d'âme que l'auteur a laissé et écrit. C'est un classique incontournable de la littérature française.

Poussée par le fandom, j'ai eu, ces derniers temps, la curiosité de découvrir ce classique alors que je ne m'y attendais pas, que je ne pensais pas attaquer un classique (un "gros" classique qui plus est) de sitôt après Le comte de Monte-Cristo lu cet été.
Les Misérables, on peut dire que c'est ma véritable grande approche de l'oeuvre de Victor Hugo. Après avoir commencé petit il y a des années, au lycée, avec Claude Gueux et Le dernier jour d'un condamné, je me suis attaquée ici à un pavé plus impressionnant. 1600 pages pour mon édition qui était une édition intégrale ! Et si j'avais hâte, surtout vers la fin, de terminer enfin ce gros pavé, je dois dire que les personnages vont me manquer...


Victor Hugo.
Je crois que vous l'avez compris, j'ai aimé ma lecture, mais je dois avouer que lire Les Misérables, c'est un peu devoir s'armer de patience ; pas forcément parce que c'est un gros pavé, mais parce que certaines parties - surtout les quatre premières - sont descriptives, et il ne se passe pas grand chose. Pour ne donner qu'un exemple, l'auteur consacre au moins dix chapitres, si ce n'est plus, au personnage de l'évêque de Digne qui - même s'il est un personnage intéressant, amusant et l'image qu'on aimerait tous se faire de l'homme religieux idéal (alias bon, généreux, souriant, pieux, pardonne, n'est ni dur, sévère ou corrompu) - peut parfois lasser au bout d'un temps et pourtant j'ai adoré le personnage de l'évêque, sans compter qu'il a joué un rôle important dans la vie de Jean Valjean, l'un des personnages principaux de l'oeuvre.


L'auteur nous consacre parfois de longs chapitres pour parler d'un personnage, pour nous peindre le tableau social/politique/religieux/tout ce que vous voulez de la France, et surtout du Paris du XIXe siècle. Une vraie fresque d'histoire (on passe de Napoléon, à la Restauration jusqu'à l'époque des révolutions de 1830), de politique, de la société française de la première moitié du XIXe siècle, il nous parle beaucoup de Paris aussi (il a même consacré quelques chapitres aux égouts de Paris, c'est pour dire, mais ces égouts vont jouer un rôle dans l'histoire) et le décrit même plutôt bien, on a vraiment l'impression de vivre dans ce lieu, à cette époque. On évolue dans ce Paris, dans cette société française coincée entre une Restauration finissante et une monarchie de Juillet condamnée. Sans être vraiment un roman historique à proprement parler, les événements historiques tiennent une grande place dans le roman et les moments les plus marquants sont relatés dans ce roman (on a plusieurs chapitres consacrés à la bataille de Waterloo, aux barricades de l'insurrection de l'enterrement du général Lamarque...). Donc Victor Hugo décrit presque tout et bien (je dis presque tout... je n'aurais pas été contre à ce qu'il nous en révèle un peu plus sur certains personnages... dont Javert), à un point où ça peut paraître long, affreusement long, et j'ai un peu honte d'avouer que j'ai sauté plusieurs pages tellement je n'en voyais pas la fin. Quelques fois, je prenais mon mal en patience.

Plus que ça, l'auteur se fait omniprésent dans cette oeuvre, c'est également pour cela que j'ai écrit que Victor Hugo avait probablement laissé une partie de lui-même enfouie dans ce livre. Les choses qu'il raconte, les thèmes qu'il aborde sont indissociables de l'auteur et montrent sans doute ce qu'Hugo pense, ses convictions sur la politique, la société française... on retrouve bien-sûr un thème cher à Hugo : la condamnation de la prison, de la peine de mort, l'éducation des hommes qui favoriserait mieux l'homme dans la vie, dans la société et qui permettrait de moins remplir les prisons car un homme instruit vit mieux et vit sans délinquance  que ce n'est pas l'homme qui est mauvais, qui devient mauvais de lui-même, c'est la société qui le façonne ainsi. L'image du père et du grand-père est aussi très présente avec Jean Valjean et le grand-père Gillenormand. Jean Valjean qui découvre l'amour paternel en prenant soin de Cosette, ils se découvrent, apprennent à s'aimer, découvrent chez l'un et l'autre une soif, un besoin d'amour, de contact. Valjean change avec Cosette, il apprend à être un père. Les chapitres avec eux sont d'ailleurs très touchants, il y a ce passage que j'aime beaucoup :

La nature, cinquante ans d’intervalle, avaient mis une séparation profonde entre Jean Valjean et Cosette ; cette séparation, la destinée la combla. La destinée unit brusquement et fiança avec son irrésistible puissance ces deux existences déracinées, différentes par l’âge, semblables par le deuil. L’une en effet complétait l’autre. L’instinct de Cosette cherchait un père comme l’instinct de Jean Valjean cherchait un enfant. Se rencontrer, ce fut se trouver. Au moment mystérieux où leurs deux mains se touchèrent elles se soudèrent. Quand ces deux âmes s’aperçurent, elles se reconnurent comme étant le besoin l’une de l’autre et s’embrassèrent étroitement.
(Livre quatrième - La masure Gorbeau ; chp.III : Deux malheurs mêlés font du bonheur)

Il y a aussi le grand-père Gillenormand envers Marius, le vieux a beau être parfois dur, sévère, très axé sur ses convictions politiques et a beau avoir fait des choix que l'on peut voir comme froids (je pense au père de Marius qui m'aura vraiment brisé le cœur), il tient sincèrement à Marius, cela se voit dans le chapitre où il est au chevet de Marius. Le point fort de l'oeuvre aura aussi été les personnages, j'aimerais tous vous les présenter mais ils sont nombreux, je crois que je ne parlerais que de ceux qui m'ont marqué, à commencer par Jean Valjean : condamné à 19 ans de prison pour avoir volé du pain pour nourrir sa famille (jusque là, il a un destin similaire à celui de Claude Gueux) et pour avoir tenté de s'échapper quatre fois, il est remis en liberté mais sans cesse jeté à la porte parce qu'il est un ancien forçat. Écœuré par sa propre noirceur, sa rencontre avec l'évêque de Digne marque le commencement de sa rédemption, de sa volonté de changer, car la générosité de cet évêque va l'inciter à devenir un homme meilleur. Sa rédemption est très touchante et frappante, il devient un autre homme mais est sans cesse rattrapé par son passé. Il saura pourtant prouver qu'il a changé, que cet ancien forçat est un homme bon, secourable, généreux, doux... avec une légère tendance au martyr !

Vient ensuite l'inspecteur Javert. Inspecteur de police, il est sans cesse à la recherche de Jean Valjean. Son devoir, c'est la loi, la justice, il l'applique bien mais parfois avec excès, il ne vit que pour les lois. N'allez pourtant pas croire que c'est le méchant de l'histoire ! Il n'a pas eu une vie facile et croit que la justice est juste, est bonne, qu'elle ne peut pas se tromper. A part cela, c'est un excellent inspecteur, il est intelligent, rapide, rusé, n'a pas froid aux yeux. A l'instar du commissaire Vauvert dans L'enfant des cimetières, Javert m'a paru comme étant impayable, terrible, inimitable. Il est sarcastique aussi, sassy comme diraient les anglophones, il suffit de lire le chapitre où il est face aux Thénardier et au gang de criminels Patron-Minette, et où il lance à une Madame Thénardier qui le menace avec une brique : "la mère ! tu as de la barbe comme un homme mais j'ai des griffes comme une femme !". Il prouve aussi vers la fin qu'il n'est pas fermé d'esprit, à vrai dire, toute son existence va s'en retrouver chamboulée lorsqu'il aura la preuve que Valjean a bel et bien changé, que le monde n'est pas noir et blanc, et la lettre qu'il poste avant [ qu'il ne se suicide ] qui est en fait une liste de recommandation pour rendre la vie des prisonniers un peu moins misérables, pour corriger aussi le comportement peu tolérable de certaines forces de l'ordre. Le chapitre Javert déraillé est vraiment quelque chose, tout le conflit qui règne chez cet homme ! Je me suis vraiment attachée à Javert, même si je n'ai pas approuvé tout ce qu'il a fait (je pense notamment à l'épisode avec Fantine), et ce, malgré son obsession pas toujours très nette envers Jean Valjean :


Vingt fois, quand il était dans cette voiture face à face avec Jean Valjean, le tigre légal avait rugi en lui. Vingt fois, il avait été tenté de se jeter sur Jean Valjean, de le saisir et de le dévorer, c’est-à-dire de l’arrêter
(Livre cinquième : Jean Valjean ; chp.IV : Javert déraillé) 

Outre Javert et Valjean, nous assistons aux malheurs de Fantine, prête à tout pour donner tout ce qu'elle a pour sa fille ; nous avons les Amis de l'ABC avec Pretty Face alias Enjolras, à la fois un Saint-Just et un Robespierre et leader du groupe ; Grantaire, prêt à tout pour Enjolras qui, lui, passe son temps à douter de lui ; Courfeyrac ; Combeferre qui est un peu la figure intellectuelle et philosophe du groupe ; le jeune Gavroche, Bossuet, Jean Prouvaire et autres qui se préparent à la révolution (d'ailleurs, les chapitres avec la barricade sont spectaculaires !), j'ai aimé la façon de l'auteur de nous les présenter, je me suis beaucoup attachée à eux. Vient ensuite Marius, l'amoureux transi qui se trouve presque malgré lui au cœur des insurrections de juin 1835, il y a la jeune Cosette, il y a le couple sans scrupules des Thénardier... beaucoup de personnages donc, tous très bien fouillés, et qui, à un moment ou à un autre, sont ou seront ce qu'il convient d'appeler "un misérable", de différentes manières : socialement, politiquement, sentimentalement, financièrement...

Je ne vais pas m'attarder davantage sur ce roman, je n'ai pas tout dit mais il vaut mieux que je m'arrête là, sinon cet article risque de s'avérer plus long que prévu. Tout ça pour dire que malgré les longueurs et la patience dont il faut s'armer pour tout lire, Les Misérables est un bon classique, un très bon classique, avec des personnages tous les plus intéressants les uns que les autres, très bien racontés, très bien fouillés. Victor Hugo écrit très bien, il a une manière très humaine de raconter les émotions humaines, les relations humaines, il nous peint avec réaliste le Paris et la France de la première moitié du XIXe siècle, une véritable fresque historique, sociale, politique. Les descriptions qu'il nous offre sont puissantes, comme un mélange grandiose entre Histoire et Humanité. Les développements sur la psychologie et la nature humaine sont avant-gardistes... bref, un roman prenant qui place le lecteur devant sa propre humanité. J'ai beaucoup aimé ce roman et je retenterai sans hésiter une autre oeuvre de Victor Hugo un jour !



Image tirée de la dernière adaptation en date des Misérables.



Extrait :

Il achevait à peine qu’un effroyable fracas ébranla la boutique. Une vitre de la devanture venait de s’étoiler brusquement. Le perruquier en devint blême.
_ Ah Dieu ! cria-t-il, c’en est un !
_ Quoi ?
_ Un boulet de canon.
_ Le voici, dit le soldat.
Et il ramassa quelque chose qui roulait à terre. C’était un caillou.
Le perruquier courut à la vitre brisée et vit Gavroche qui s’enfuyait à toutes jambes vers le marché Saint-Jean. En passant devant la boutique du perruquier, Gavroche […] n’avait pu résister au désir de lui dire bonjour, et lui avait jeté une pierre dans ses carreaux.
_ Voyez-vous ! hurla le perruquier qui de blanc était devenu bleu, cela fait le mal pour le mal. Qu’est-ce qu’on lui a fait à ce gamin-là ?

Chapitre 3 : Juste indignation d'un perruquier. (Livre onzième : L'atome fraternise avec l'ouragan)

dimanche 7 juin 2009

A qui la faute ? (V. HUGO).




A qui la faute, Victor Hugo.


- Tu viens d'incendier la Bibliothèque ?

- Oui.
J'ai mis le feu là.

- Mais c'est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C'est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C'est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l'aurore.
Quoi! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d'oeuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l'homme antique, dans l'histoire,
Dans le passé, leçon qu'épelle l'avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poètes! quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des jobs, debout sur l'horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l'esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C'est le livre ? Le livre est là sur la hauteur;
Il luit; parce qu'il brille et qu'il les illumine,
Il détruit l'échafaud, la guerre, la famine
Il parle, plus d'esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille
L'âme immense qu'ils ont en eux, en toi s'éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu'eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,
Ils t'enseignent ainsi que l'aube éclaire un cloître
À mesure qu'il plonge en ton coeur plus avant,
Leur chaud rayon t'apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l'homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C'est à toi comprends donc, et c'est toi qui l'éteins !
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l'erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un noeud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l'ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! c'est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !

- Je ne sais pas lire.

vendredi 15 mai 2009

Le dernier jour d'un condamné - Victor Hugo.

http://petitelunesbooks.cowblog.fr/images/Couverturesdelivres/LeDernierJourdunCondamne.jpg



Pour aller plus loin :












Quatrième de couverture :   


"Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude : condamné à mort !"
Victor Hugo nous donne juger, sans autre dossier qu'un journal intime, la cause d'une main criminelle mais aussi d'un être jeune, impuissant et horrifié face au défi de violence de la guillotine.

Mon avis :  


Je devais être en seconde lorsque j'ai lu ce roman, étudié en classe de français. En toute honnêteté, comme à l'époque j'avais une certaine méfiance au sujet des classiques, je m'attendais à trouver là un roman ennuyeux et de lourd, d'autant plus qu'il n'abordait pas des thèmes bien joyeux. Mais quelle claque j'ai reçu ! Car je suis en fait tombée sur une petite merveille merveilleusement bien écrit, et même plus que ça ! Une plume superbe qui écrit avec beauté et justesse les mots, avec des moments touchants, un peu d'humour noir, d'ironie, une belle histoire racontée simplement, mais qui, en elle-même, est moralisatrice, bouleversante et percutante !

Et pourtant, je dois avouer être bien mitigée sur le sujet de la peine de mort, à la fois favorable et à la fois défavorable, cela n'a pas été aisé de prendre part aux débats lancés en classe de français, alors qu'on étudiait le roman, sur la question, à savoir si on était pour, contre et pourquoi mais il est bien difficile de rester insensible face à ce roman et au malheureux condamné qui est le personnage principal, et pourtant, il est déroutant de savoir que l'on ne sait pratiquement rien du condamné ! On ignore quel crime il a commis, s'il est coupable ou innocent... ce qui est étonnant et frustrant, mais qui est peut-être une démarche volontaire de Victor Hugo. Peut-être qu'en ignorant presque tout du condamné et de son crime, le lecteur ne peut le juger (du genre, "oh, il a fait ça ! alors sa peine est justifiée !"), à la place, il nous fait connaître son malheureux personnage, page après page. 

C'est un homme ordinaire, il n'est ni bête ni intelligent, il est quelqu'un de simple mais qui passe son temps à redouter sa condamnation, d'appréhender sa mort au lieu de se repentir de son crime, même s'il est vrai qu'il n'y a rien de plus terrifiant d'être seul dans l'attente insupportable de la mort et c'est très prenant, il angoisse beaucoup et jusqu'à la fin, il attendra, espérera un miracle qui pourrait le sauver de sa situation, et qui écrit parce que c'est la seule chose qui l'occupe, pour combler l'attente. Ce livre nous fait réfléchir sur la peine de mort et on sent bien l'intention de l'auteur de mettre le lecteur à sa cause, adopter son point de vue, comme dans Claude Gueux, et si ma préférence va à Claude Gueux (en partie parce qu'on connaît mieux le personnage, et aussi pour la narration de l'auteur qui s'attarde plus sur certains éléments, Ldjdc se déroulent en quelques heures et CG en plusieurs mois), ce roman est prenant, le passage qui m'a le plus marqué était lorsque la fille du prisonnier vient lui rendre visite, mais sa fille ne le reconnaît pas. C'était très triste et très dur.

J'ai déjà parlé de l'écriture de Victor Hugo, belle mais simple, et très abordable, presque moderne, j'ai été conquise et c'est un auteur que je lirais à nouveau un jour (en plus des deux titres déjà cités, je possède dans ma bibliothèque Ruy Blas et Notre Dame de Paris). En conclusion, c'est un roman bien déprimant qui prend aux tripes, c'est loin d'être joyeux et vu le thème, c'est compréhensible, c'est prenant, révoltant, à la fin on ne se demande même plus de quel crime le prisonnier est coupable, la vraie question serait plutôt s'il est juste de s'octroyer le droit d'ôter la vie à quelqu'un, d'octroyer le droit de vie ou de mort sur ses semblables.

Victor Hugo.


Extrait : 


Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable, et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tête ou fermer les yeux. Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu'on m'adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot, m'obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d'un couteau.

Chapitre I.

mardi 28 avril 2009

Claude Gueux - Victor Hugo.

http://petitelunesbooks.cowblog.fr/images/Couverturesdelivres/ClaudeGueux.jpg

L'auteur :

Victor Hugo, (26 février 1802 - 22 mai 1885), était un écrivain, dramaturge, poète et intellectuel  français. Il est considéré comme le plus important des écrivains romantiques de la langue française et l'un des plus grands de la littérature française. Ses œuvres sont très diverses : roman, poésie lyrique ou en prose en passant par les discours politiques et son abondante correspondance ! Chef de file du mouvement romantique, il a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre et eu aussi beaucoup d'engagements politiques, comme sur le sujet de la peine de mort, ce qui le condamnera à l'exil. De ses œuvres les plus célèbres, on retrouve Les Misérables, Les Contemplations, Notre Dame de Paris ou encore Le dernier jour d'un condamné.




Quatrième de couverture : 


Cinq ans de prison pour ne pas voir sa femme grelotter de froid, son enfant mourir de faim. Souffrir les humiliations imposées par un garde-chiourme sans scrupules. Puis, se révolter contre les vexations et le mépris. Est-ce un crime de vouloir défendre sa dignité, de vouloir rester homme, malgré tout ?


Mon avis : 


Ce court roman, étudié pendant mon année de Première L, est la seconde oeuvre de Victor Hugo que j'ai lu et j'en ai gardé un bon souvenir. La peine de mort est un sujet qui tient particulièrement à cœur Victor Hugo pour l'avoir à maintes reprises démontré dans ses discours politiques, dans des essais argumentatifs et dans son célèbre roman, Le dernier jour d'un condamné. Pour avoir lu ce dernier, il présente quelques similitudes avec Claude Gueux : c'est un roman qui se montre contre la peine de mort, le lecteur est placé du point de vue du prisonnier, Victor Hugo cherche à interpeller son lecteur... On retrouve de cela dans ce court roman, ainsi que quelques enseignements des Lumières, avec cette morale pour tenter d'instaurer un monde plus juste, plus instruit...

Cette histoire est donc celle de Claude Gueux, un pauvre ouvrier vivant à Paris, en 1831. Il vivait alors avec sa femme et sa fille et c'était un homme capable, habile, intelligent, fort mal traité par l'éducation mais fort bien traité par la nature. Il ne sait pas lire mais il sait penser. Alors qu'un hiver, l'ouvrage manqua, l'homme et sa petite famille eurent froid et faim. Dans l'espoir de sauver sa famille de la faim, l'homme vola. Il résulta de son action trois jours de pain et de feu pour sa famille et cinq ans de prison pour l'homme, envoyé faire son temps à la Maison Centrale de Clairvaux. Malgré cela, Claude Gueux est fort aimé des autres prisonniers et parvient à se faire un ami d'un d'entre eux, Albin. Lorsqu'un garde-chiourme sans scrupules lui enlève son ami, Claude Gueux décide de se révolter contre les humiliations, vexations, souffrantes et le mépris que lui et les prisonniers subissent, même si les conséquences risquent d'être bien lourdes... mais est-ce un crime de vouloir défendre sa dignité, son honneur, et de vouloir rester homme malgré tout ?

L'histoire est relativement simple mais elle est efficace, Victor Hugo cherche à interpeller son lecteur, sinon le rallier à sa cause, et il est plutôt efficace dans ses réflexions sur la peine de mort, la responsabilité, la justice, la discrimination... C'est court mais ça en vaut le détour. Victor Hugo fait ici le procès de sa société, de son époque qu'il juge en partie responsable de la situation, d'ailleurs je crois me souvenir qu'à la fin du roman, il s'adressait aux dirigeants de l'époque sur le sujet... selon lui, c'est la société qui est responsable de la délinquance alors que si l'éducation était accessible à tous, les esprits seraient moins enclins au crime, je crois d'ailleurs me rappeler une citation de Victor Hugo qui disait qu'ouvrir une école, c'était fermer une prison.

Ce roman fut une agréable surprise, d'autant plus que c'est tirée d'une histoire vraie ; j'ai aimé suivre cet homme, son devenir, sa personnalité. Un pur régal, de la première à la dernière ligne ! Critique de la société du XIXe siècle, ce livre nous amène aussi à réfléchir sur notre société actuelle. Car au fond, il est peut-être un gueux, Claude est une victime de la société. On en peut que s'attacher à lui et à réfléchir, à relancer le débat sur la peine de mort...

Extrait :

Une heure après, il aborda un jeune condamné de seize ans qui bâillait dans le promenoir, et lui conseilla d'apprendre à lire. En ce moment, le détenu Faillette accosta Claude, et lui demanda ce que diable il cachait là dans son pantalon.

Claude dit :

- C'est une hache pour tuer M.D ce soir.

Il ajouta :

- Est-ce que cela se voit ?

- Un peu, dit Faillette.