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samedi 16 mai 2026

Vincent et Van Gogh - Gradimir Smudja.


Monsieur Van Gogh n'a qu'un seul désir dans la vie, devenir un peintre de talent. Mais les avis des experts et (presque) confrères sont unanimes : il est totalement nul ! Un soir qu'il se trouve en Arles à la recherche de l'inspiration, il sauve la vie d'un chat orange... 

Et découvre que ce chat, qui s'appelle Vincent, est un peintre extraordinaire, mais aussi un coureur de jupons invétéré, un cambrioleur de haut vol, un fieffé menteur, bref, une véritable fripouille. 

Van Gogh le convainc très vite de lui apprendre à peindre, et un terrible destin se met alors en marche...


 

Ceci est sans doute la bande-dessinée la plus bizarre que j’aie jamais lue !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est une œuvre très déjantée, mais je n’ai malheureusement pas adhéré, ni goûté à l’humour particulier de cette bande-dessinée.

C’est spécial. Trop spécial (au point où je me demande si l’auteur n’a pas bu que de l’eau en pondant cette BD).

J’aurais pu, à la limite, adhérer à l’étrange idée proposée par l’auteur, et qui est de faire de Van Gogh un peintre médiocre, qui cherche le talent sans jamais le trouver, et d’avoir un chat nommé Vincent comme étant le véritable auteur de ses peintures (voire que les œuvres des plus grands peintres, toute époque confondue, viennent d’animaux à qui les « peintres » ont volé la vedette), avec Van Gogh qui s’approprie le travail du chat, tout en développant une étrange relation avec le félin.

Je m’étais même attendue à une histoire d’amitié improbable entre Van Gogh et le chat, mais peut-on vraiment parler d’amitié ? Ils ont une relation de dépendance toxique, basée sur les mensonges, la supercherie et la violence… C’est qu’il a mauvais caractère, ce chat ! D’ailleurs, je dois adresser mes félicitations à l’auteur… Ce doit bien être la toute première fois que je trouve un chat, réel ou de fiction, que je trouve tout bonnement insupportable. Aucune qualité ne le sauve. C’est un Dom Juan, pyromane, mythomane, voleur, tricheur, violent, désagréable. Certes un très bon peintre, mais une saleté de chat !

L’autre souci de cette bande-dessinée, c’est sa trame. Il faut vraiment s’accrocher pour suivre l’histoire, tant l’enchaînement des scènes est chaotique et ne présente aucune logique. C’est vraiment une histoire sans queue ni tête !

Cette bande-dessinée n’a que deux tomes, mais jamais une histoire ne m’a parue aussi LONGUE. Pourtant, j’ai tout fait pour suivre cette BD et lui trouver un intérêt, mais faute est de constater que je ne suis pas le bon public pour cette histoire. Certains apprécieront l’humour déjanté, et l’étrange relation qui lie Van Gogh et le félin, à semer la zizanie. D’autres pourront même y voir un hommage à Van Gogh. Pour ma part, cet hommage, je le cherche encore, et cette histoire est beaucoup trop farfelue et chaotique pour moi. Dommage, parce qu’il y avait de la matière et du potentiel ! Je n’ai tout simplement pas accroché.

Un petit point positif tout de même : le dessin est très joli, j’ai aimé ce style de graphisme qui s’inspire des peintures de Van Gogh, et qui nous présente de nombreuses références à la vie et l’art de Van Gogh, ainsi que ceux de ses peintres contemporains. C’est une belle petite plongée historique dans la France de l’époque puis des artistes des décennies suivantes. C’est la seule qualité de cette BD très haut perchée.

lundi 20 avril 2026

Complots à Versailles - Bénédicte Carboneil / Carbone, Giulia Adragna et Annie Jay.



"Ah ! vous, les nobles..."

Cécile n'a que ce mot à la bouche. Pauline, son amie d'enfance, trouve cela d'autant plus agaçant qu'elle-même est noble. 

Jusqu'au jour où, nommée demoiselle de la reine, Pauline fait, avec Cécile, son entrée à la Cour, au château de Versailles. Effarant ! Tous ces nobles rampant devant Louis XIV, manœuvrant à qui mieux mieux, prêts à s'étriper pour les meilleures places... 

Un véritable tourbillon d'intrigues et de complots qui emporte à leur tour Pauline et Cécile. Mais les deux amies sont bien décidées à ne pas se laisser faire, surtout si elles risquent d'en être les victimes...



Complots à Versailles n’est pas une lecture que j’avais prévu au départ pour le challenge, mais je n’arrivais pas à accrocher à la lecture que je m’étais prévue au départ. Entre temps, j’ai eu l’occasion de voir le retour de la comédie musicale Le Roi Soleil, et j’avais encore envie de rester à Versailles auprès de Louis XIV, et cette bande-dessinée s’est présentée comme une bonne opportunité de rester flâner à Versailles.


Il faut savoir que c’est l’adaptation d’une série de romans du même nom, sauf que la bande-dessinée poursuit les aventures de Cécile, là où les romans se sont arrêtés. C’est une bande-dessinée jeunesse plutôt sympathique et très divertissante, qui m’a un peu rappelé Les carnets de l’apothicaire puisqu’il est question de complots à la cour de Versailles (mais pas que), et que nous avons une héroïne qui est une experte dans les poisons et les plantes médicinales. Cécile est une héroïne assez attachante, capable et intelligente (peut-être un peu trop parfaite à mon goût, mais passons), avec des origines mystérieuses que nous découvrirons au fil de ses aventures.


J’ai beaucoup aimé suivre cette bande-dessinée qui regroupe des histoires de complots, trahison, poisons, secrets et histoires de famille. Bien-sûr, ça reste une série pour la jeunesse. On aura des méchants très méchants (d’ailleurs, Madame de Montespan n’a pas le beau rôle ici), et des gentils très gentils. Cela dit, ça n’a pas entaché mon appréciation de cette bande-dessinée, et j’ai pris plaisir à voir des personnages connus tels que Madame de Montespan, Madame de Maintenon, La Fontaine, la reine Marie-Thérèse, et un certain Louis XIV ! J’ai aussi aimé que cela touche à des événements historiques comme l’affaire des poisons, le décès de la reine, ou encore le mariage secret du roi.


Chaque tome est un délice à lire, avec une histoire prenante et sans temps mort. Toutefois, je déplore le fait que le rythme soit trop rapide, tout se passe finalement très vite. Les événements s’enchaînent parfois trop vite. Cela s’arrange lorsque la bande-dessinée cesse d’adapter les romans, mais c’est un problème qui persiste dans certaines histoires. Je suis aussi un peu déçue car on commence la série avec Cécile et son amie Pauline, mais très vite Pauline est en retrait et c’est Cécile qui est sur le devant de la scène. Dommage, j’aurais bien voulu que la série se focalise sur notre duo d’amies. Au moins, elle continue d’apparaître de temps en temps, ainsi qu’une poignée de personnages récurrents que je prends plaisir à retrouver.


Les dessins et les couleurs sont très plaisants, un petit régal pour les yeux. J’aime plus particulièrement les détails présents sur les costumes d’époque et l’architecture. Je trouve cependant que les personnages ont l’air un peu trop lisses sur le plan physique, j’ai eu un peu de mal à déterminer l’âge de certains personnages, notamment chez nos principaux protagonistes. Pour ne citer que l’héroïne, nous commençons l’histoire avec elle lorsqu’elle est très jeune, une jeune fille entrant tout juste dans ses années d’adolescence, puis elle grandit jusqu’à devenir femme et mère, sans que je ne voie beaucoup de différences physiquement. Elle ne donne pas l’impression d’avoir beaucoup vieilli. Cela dit, cela n’enlève rien à la qualité des graphismes et des couleurs. C’est vraiment un régal pour les yeux !


En résumé, c’est une bande-dessinée jeunesse que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir. Les aventures proposées, sous fond de complots et poison, sont rythmées et prenantes, avec de très jolis graphismes. Je déplore surtout le fait que les événements s’enchaînent trop vite, surtout dans les premiers tomes.

vendredi 13 mars 2026

La Fille aux cheveux turquoise - Elena Triolo.



Toscane, 1871, Giovannina, petite fille de 7 ans vit sur le magnifique domaine Il Bel Riposo propriété des Lorenzini, où son père est jardinier. Un jour, alors qu'elle se se cache après avoir commis une bêtise, elle est découverte par Carlo. Le fantasque frère du propriétaire est traumatisé par la mort de sa petite sœur, Marianna.

Carlo est aussi journaliste et écrivain, sous le pseudonyme de Collodi. Entre ces deux êtres que tout sépare (âge, sexe, statut social…) va naître une improbable amitié qui durera toute leur vie, et même au-delà de la mort, pour donner naissance à l’un des chefs-d'œuvre de la littérature italienne et mondiale : Pinocchio.



Si je devais penser à Pinocchio, mes pensées se tourneraient automatiquement vers le célèbre film animé de Disney. Tout en sachant que Pinocchio est un roman de l’italien Carlo Collodi, je ne sais presque rien de l’histoire d’origine… juste qu’elle est bien loin de la version édulcorée de Disney (sachant que le film a quelques scènes bien traumatisantes, je n’ose imaginer à quel point le roman peut être plus sombre !).


Avec La Fille aux cheveux turquoise, c’est un pan de la vie de l’auteur, mais aussi de l’histoire de l’Italie, que je découvre à travers la vie de Giovanna Ragionieri. Cette petite fille, avec qui Collodi va tisser des liens d’amitié profonds et qui a inspiré le personnage de la fée bleue, de par sa jolie chevelure blonde si claire que l’on pouvait y voir le soleil se refléter. C’est une jolie histoire d’amitié entre un monsieur fantasque et poétique et une petite fille espiègle qui se noue, malgré la différence d’âge et le statut social. Peut-être cette amitié a-t-elle été romancée, elle n’en demeure pas moins touchante, traversant les frontières de la mort, avec Giovanna qui vivra toute sa vie avec le souvenir de son cher ami mais aussi de sa marionnette de fiction. C’est un duo improbable et émouvant qui va mutuellement apporter quelque chose à l’autre.


Plus que la vie de Collodi, c’est celle de Giovanna qui se tisse sous nos yeux. Depuis son enfance, en tant que fille du jardinier du frère de Collodi, jusqu’à son adolescence, puis ses années d’adulte et la fin de sa vie. En parallèle, nous sommes indirectement témoin des changements qui bouleversent l’Italie des années 1870 à la grande guerre, puis la montée du fascisme, la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1990. C’est doux et amer à la fois. Il est question de deuil, d’un monde qui se transforme jusqu’à devenir parfois méconnaissable, mais le récit véhicule aussi des thèmes comme l’amitié, la loyauté, le désir de transmettre une foi en la vie et en l’imaginaire.


Cette bande-dessinée a aussi été l’occasion pour moi de découvrir à quel point Pinocchio est un monument national en Italie, un peu comme notre Petit Prince. C’est une histoire qui a marqué plusieurs générations et qui poussera Giovanna, vers la fin de sa vie, à raconter son histoire avec Collodi, pour perdurer la magie et l’émerveillement auprès des enfants comme des adultes.


J’ai eu un petit coup de cœur pour cette bande-dessinée qui nous offre un récit doux-amer, alternant le rire et les larmes, mélangeant nostalgie et émerveillement. Une histoire sensible et émouvante que je conseille chaleureusement la lecture !


dimanche 1 février 2026

Ce que les corbeaux nous laissent - Sophie Leullier.



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Tarik et Adalrik grandissent aux côtés de leur maman Galwinthe. 

Lorsque qu'Adalrik est assassiné, Tarik se mure dans le silence. Hanté par le fantôme de son frère, il grandit à la recherche d'une vengeance qu'il espère salvatrice. Noyant son chagrin dans l'alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l'aidera à faire son deuil. Bercée par les croyances celtes et vikings, Galwinthe se réfugie dans l'étude de parchemins pour trouver comment guider Adalrik dans le royaume des morts.

Ensemble, ils vont découvrir que le sort d'Adalrik était scellé depuis des années. Depuis un événement dramatique lié à Galwinthe...



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Galwinthe est une sorcière et soigneuse en exil, jouissant d’une vie paisible avec ses deux garçons, Adalrik et Tarik… jusqu’à ce que son passé la rattrape et que sa famille n’en paye le prix. La petite famille se retrouve brisée à jamais lorsque le fils aîné meurt assassiné. Témoin de la scène, le jeune frère n’aura de cesse de ruminer ses rêves de vengeance tandis que la mère tente à tout prix de reproduire les rites pour permettre de revoir son fils une dernière fois avant de lui assurer le repos éternel, car son esprit rode toujours…


Ce que les corbeaux nous laissent est un récit fort et poignant, sous fond de décors viking et médiéval, qui raconte les différentes phases d’un deuil suite à une mort survenue brutalement et soudainement, de la lente et difficile période de reconstruction, mais aussi de vengeance et du prix que cela demande. Galwinthe se plonge dans le travail et se réfugie dans ses croyances, tout en se coupant du reste du monde, dans le but de retrouver le corps de son fils pour faire son deuil, et lui donner une sépulture pour lui permettre de reposer enfin en paix. Quand à Tarik, il est ombrageux et est rongé par la vengeance qui le consume à petit feu, sourd à sa mère et aux conseils bien avisés de son employeur, tandis qu’il se retrouve également hanté par le fantôme de son frère, et qu’il culpabilise de n’avoir su le sauver. Noyant son chagrin dans l’alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l’aidera à faire son deuil.



À travers cette histoire, on fait également face à la condition des femmes, accusées en premier des maux qui s'abattent sur une communauté. On suit également une mère et son fils, survivants d’une tragédie brutale, et le chemin choisi face au deuil. C’est une histoire pleine d’émotion qui parle de deuil et de vengeance, mais qui est également douce-amère avec Aldarik qui s’adresse à son frère et tente de le déguiser, la lente reconstruction de Tarik et sa mère. J’ai aimé que le récit mélange les croyances celtes et vikings et nous fasse naviguer entre le monde des morts et celui des vivants. C’est une lecture poignante, parfois violente, mais qui se termine avec un peu d’espoir et de couleur. J’ai bien aimé les graphismes et les couleurs, certaines pages rappellent les enluminures des ouvrages médiévaux.


En résumé, une bande-dessinée poignante et brutale, qui mélange les croyances celtes et vikings, avec une atmosphère mythique et mystique, une histoire aux tons doux et amers qui ne laisse pas indifférent.


samedi 17 janvier 2026

Quand j'ai froid - Valentine Choquet.


C’est l’hiver. Louise mène un quotidien calme, un peu solitaire et rythmé essentiellement par ses études. Un jour, frissonnante, elle rencontre sa voisine d’immeuble, une petite mamie qui a la bougeotte, le sourire aux lèvres et une myriade d’histoires à raconter. Des histoires de patins à glace et d’écharpes réconfortantes, des histoires de fleurs symboliques et de grand amour, des histoires de vélo et d’enfant qui grandit… Mois après mois, saison après saison, les deux femmes partagent de doux moments présents et des souvenirs passés, des souvenirs néanmoins de moins en moins précis…


“Il fait froid dehors ! Vous ne trouvez pas. Et moi quand j'ai froid… je rétrécis !”


Je n’attendais pas grand-chose de cette bande-dessinée, à part de m’occuper pendant une heure et de passer un bon moment de divertissement. Au final, je referme ce livre, les yeux rougis par les larmes que cette histoire m’a fait verser. Quand j’ai froid est le coup de cœur auquel je ne m’attendais pas.


On pourrait s’attendre à une histoire banale. Louise est une étudiante solitaire dont les journées sont rythmées par ses études puis les moments de calme dans son appartement qu’elle partage avec son chat. Les jours se suivent et se ressemblent, en pleine saison hivernale, jusqu’au jour où Louise fait la rencontre d’Andrée, sa voisine d’immeuble, une petite mamie pleine de vie, malicieuse et avec plein d’histoires à raconter. Une amitié va se nouer entre ces deux femmes de générations différentes, et qui vont trouver en l’autre exactement ce dont elles avaient besoin.


Je me suis identifiée en Louise, jeune fille timide et renfermée qui n’ose pas aller vers les autres, et qui mène un quotidien solitaire. J’ai pris plaisir à la voir évoluer au fil de l’histoire. Son amitié avec Andrée va apporter de la couleur dans sa vie, de la compagnie mais aussi lui donner l’assurance d’aller voir ses camarades et de lier des liens d’amitié avec eux. Ainsi, son petit appartement solitaire va devenir plein de vie, et son mur s’orner de photos de plus en plus nombreuses de Louise et son chat, ses amies et bien entendu Andrée.


Andrée est une pétillante petite mamie, certes âgée mais pleine de vie, et son amitié avec Louise est touchante, et peut nous rappeler notre relation avec notre propre grand-mère, apportant ainsi douceur et nostalgie. J’ai aimé découvrir, en même temps que Louise, ses souvenirs de jeunesse, sa rencontre avec son mari, des anecdotes de son enfance, sa passion pour le cyclisme et le tour de France. J’ai aimé l’usage de la couleur sépia pour les flash-back du passé d’Andrée, il apporte un côté désuet, qui rappelle un peu des anciens films.


Cette bande-dessinée a réussi le pari de rendre touchante une histoire sans dialogue (juste une bulle au début et une à la fin), uniquement avec des gestes et des expressions qui transmettent très bien les idées et les sensations. Tout l’émotion du récit passe par les dessins. C’est une histoire poignante sur la solitude, l’importance des souvenirs mais aussi la mémoire (plus particulièrement la perte de mémoire et l’impact sur le quotidien). Il y a quelque chose de poétique et de déchirant chez cette petite dame qui se remémore son passé tout en s’apercevant qu’elle oublie petit à petit des pans de sa vie.


Quand j’ai froid est une histoire émouvante sur une amitié intergénérationnelle touchante, très douce-amère alors qu’elle aborde des thèmes tantôt doux et chaleureux (l’amitié, le partage de souvenirs, l’ouverture au monde), tantôt triste et déchirant (la perte de mémoire, la solitude, la vieillesse). Coup de cœur absolu et inattendu pour cette BD qui m’aura fait sourire autant qu’elle m’aura fait pleurer.

lundi 29 décembre 2025

Les guerres de Lucas (T.2) - Renaud Roche et Laurent Hopman.


Au lendemain de la sortie du premier Star Wars, le jeune George Lucas n’est plus le rêveur farfelu que personne ne prend au sérieux. Propulsé champion du box-office, riche à millions, il a les cartes en main pour décider de son avenir. Déterminé à s’affranchir pour de bon de la dictature des studios, il fait le pari audacieux de mettre en jeu tout ce qu’il possède pour financer seul son prochain film. Une décision qui va s’avérer lourde de conséquences…

Ce deuxième volet de la trilogie Les Guerres de Lucas relate l'histoire oubliée du véritable calvaire qu’a été la production de L’Empire Contre-Attaque. Drames, conflits et accidents improbables accablent le tournage, faisant presque oublier les déboires rencontrés sur le premier film… Une descente aux enfers qui manquera de détruire Lucas, mais finira par accoucher d’un film considéré aujourd’hui comme le chef-d’œuvre de la saga.



Je l’avais tellement espéré, puis je le découvre par un parfait hasard dans les rayons d’une librairie. Mais enfin, il est là ! Le tome deux des Guerres de Lucas, cette bande-dessinée biographique qui retrace à la fois la vie de George Lucas et l’histoire de sa trilogie Star Wars.


Ici, on s’attaque au deuxième volet, L’Empire Contre-Attaque ! On pourrait croire qu’avec l’immense succès du premier volet, on laisserait le champ libre à George Lucas pour la réalisation de sa suite. Que nenni ! Pourtant, Lucas, ayant appris de ses erreurs, a cherché à déléguer la réalisation du film à des personnes de confiance, et ne plus mettre sa santé en péril. Mais rien ne se passe comme prévu.


La réalisation de ce film fut en effet aussi infernale que celle du premier opus, avec les studios qui ont cherché à arracher le contrôle du film à Lucas, les bras de fer entre les studios et la banque, les problèmes et les tensions internes au sein même de l’équipe, des conditions de tournage parfois pénibles. Ajoutons à cela un scénario qui ne convainc pas, le retard qui s’accumule, faisant donc exploser le budget, une tempête de neige qui perturbe le tournage, Carrie Fisher et son problème d’addiction aux médicaments, Mark Hamill dont un accident de voiture a laissé des marques sur son visage, Harrison Ford qu’il faut convaincre de revenir et qui demande la mort de son personnage dans le deuxième volet. Sans oublier le développement en parallèle du premier volet d’Indiana Jones avec Steven Spielberg.


Bref, la production de ce film fut semée d’embûches, entre drames, accidents, coups du sort improbables. Tant de défis auxquels ont du faire face le couple Lucas et que les spectateurs ignorent. En tout cas, j’ignorais tout des difficultés, du travail acharné et défis derrière la production des films (pas que j’ai cherché à me tenir informée, cela dit) et qui ont contribué à forger. Ce fut intéressant de découvrir tous ces secrets de production et l’histoire derrière le film. J’ai vraiment eu de la peine et me suis révoltée avec Lucas dans sa lutte contre les studios pour ne pas se faire voler les droits de son film (ce qui ne l’empêchera pas de vendre ensuite Star Wars à Disney, mais bon passons).



Cette image n'a pas besoin de contexte pour les fans de Star Wars qui 
reconnaîtront très bien la scène, et dont le plot twist a du en choquer plus d'un à l'époque !

J’ai aimé en savoir plus sur la naissance de Yoda (comment mettre en place un tel personnage?), redécouvrir l’histoire derrière la plus célèbre scène du film (« Je suis ton père » de Dark Vador) et comment garder cette scène secrète jusqu’au tout dernier jour, le casting pour le personnage de Lando Calrissian, mais aussi tout le chemin parcouru depuis les premières ébauches du scénario qui proposait quelque chose de bien différent du résultat final !


En parallèle, nous continuons à suivre la vie privée du couple Lucas, leur volonté de fonder une famille qui se heurte à bien des difficultés, Marcia qui demeure un roc pour son mari et dont l’aide a été précieuse dans la réalisation du film. On suit un homme débordé, toujours aussi angoissé (avec raison) visionnaire mais épuisé, happé par le tourbillon d’une réussite et d’un film qui menacent de lui échapper. Tout semble contre lui, mais sa ténacité, sa foi en son univers, l’aide et les idées ingénieuses de son équipe, finissent pas l’emporter. L’Empire Contre-Attaque voit enfin le jour, confirmant le succès de Star Wars et gravant son nom dans l’histoire du cinéma.


On découvre également la naissance de la compagnie Lucasfilm, à la franchisation du nom de Star Wars, à la construction du célèbre Skywalker Ranch, à la fois domaine de plusieurs hectares mais aussi une sorte de manoir-ranch-domaine cinématographique en pleine nature californienne, loin de l’industrie hollywoodienne.


Ce second tome est une lecture aussi captivante que le premier, enrichissant mes connaissances sur cette saga culte, son impact sur l’industrie cinématographique et aussi sur la vie de George Lucas. Comme pour le premier tome, je recommande chaudement celui-ci aux fans de Star Wars mais aussi aux fans de cinéma. C’est réellement une perle, et je pense l’une des meilleures sagas de bande-dessinée que je connaisse (mon amour pour Star Wars y est certes pour beaucoup, mais c’est réellement une œuvre bien réalisée, on ne peut que saluer tout le travail de recherche). Vivement 2027 pour le tome 3 !


dimanche 16 novembre 2025

The Pale Queen - Ethan M. Aldridge.


Agatha a toujours rêvé des étoiles. Elle désire les étudier, mais comme sa famille n'a pas les moyens de payer les frais de scolarité élevés d'une académie, elle se résigne à la vie dans son village avec ses parents.

Lorsqu’elle fait la rencontre de la Lady des Collines, Agatha n’est pas au bout de ses surprises, elle apprend qu'un monde magique et secret se cache dans les terres enveloppées de brume à côté de son village. La jeune femme se retrouve rapidement captivée par la Lady, aux côtés de qui elle se sent spéciale et fait la connaissance du monde magique qui l’entoure.

Alors qu'Agatha se lie d’amitié avec une nouvelle arrivée au village, elle apprend que la Lady est bien plus âgée et puissante qu'elle ne l'aurait imaginé, et que ses plans ne sont pas aussi innocents qu'ils en ont l'air. Agatha sera-t-elle capable de protéger les gens qu'elle aime de l'attention croissante de la Lady et de ses sinistres desseins ?


The Pale Queen est un récit fantastique dans lequel Agathe se sent coincée dans le village où elle vit. Elle rêve de faire des études mais sa famille n’a pas les moyens de lui payer les frais de scolarité. Agathe se résigne donc à cette vie tranquille au village, à rêver des étoiles, et à donner des cours au fils de son voisin. Deux événements vont venir chambouler son quotidien morne et déprimant. Il y a l’arrivée de la nièce de son voisin, la charmante et cultivée Heather qui ne laisse pas Agathe indifférente. Puis, il y a sa rencontre avec la mystérieuse Lady des Collines qui vient aborder Agathe et lui propose un pacte : en échange d’un petit service, elle lui exhaussera un vœu. Puis les services se multiplient et, avec eux, leur dangerosité mais aussi la fascination d’Agathe pour la Lady qui lui ouvre les portes d’un monde magique qu’elle n’avait jamais soupçonné.


Je n’attendais pas grand-chose de ce récit, y étant allée à l’aveugle, mais ce fut au final une bonne découverte ! Les traits de dessin et les couleurs sont très doux, très agréables au regard. On se laisse petit à petit porter par l’histoire qui, si elle ne révolutionne pas le genre, sait se montrer intéressante et divertissante. Elle a un petit côté conte de fée sur la présence du monde magique, le folklore des faes, et autour des vœux qu’il faut formuler avec précaution, mais aussi Disney (Agathe rappelant un peu Belle qui a soif de lecture et de savoir et qui s’ennuie dans son petit village), mais qui me rappelle aussi le film Labyrinth avec David Bowie, surtout la fin du film… Je n’en dirais pas plus, pour ne pas spoiler, mais la fin et certaines paroles de la Lady m’ont vraiment fait penser à ce film. Je ne serais pas surprise que l’auteur s’en soit inspiré.


La Lady est une antagoniste efficace. Elle est mystérieuse, envoûtante et inquiétante, avec un petit côté dandy, mais elle est aussi ambiguë. Est-elle vraiment attachée à l’héroïne, comme elle veut lui faire croire, ou le prétend-t-elle pour mieux se servir d’elle. Dans tous les cas, il dégage d’elle une aura fascinante et on comprend pourquoi Agathe est fascinée par elle et que, malgré les dangers des vœux, elle ressent le besoin de faire appel à elle et de la revoir. J’ai beaucoup aimé la dynamique entre notre héroïne et la Lady, ce jeu de séduction, et la fascination.


L’autre relation importante pour Agathe est celle avec Heather. Agathe tombe vite sous son charme, ce d’autant qu’Heather est étudiante et qu’elle partage la même soif de savoir qu’Agathe. Comme la Lady, Heather semble porter un certain intérêt pour Agathe, à l’inverse qu’elle lui permet de garder les pieds sur terre, et qu’elle la fait rêver non pas avec de la magie mais en partageant ses connaissances, et en lui offrant des conversations cultivées. En revanche, 90 % des paroles d’Heather ne sont constituées que de citations d’auteurs célèbres de la littérature, ce qui m’a rapidement agacé. Qui parle comme ça ? J’aurais bien aimé qu’elle ait un peu plus de personnalité, et plus de répartie au lieu d’emprunter celle des grands auteurs.


Les autres personnages sont moins mémorables mais ils servent bien leur rôle. Le seul qui se démarque vraiment, outre notre trio de femmes, est bien entendu le Grand Vicomte Hyacinthe que j’ai beaucoup aimé, et j’ai beaucoup aimé son évolution !


Cette bande-dessinée reste malgré tout une belle découverte. C’est un hommage aux contes et légendes, sur le folklore des faes, des thèmes sur l’émancipation, les premiers émois amoureux, la soif de connaissance, avec une histoire féministe et inclusive, et de très jolis graphismes très doux.


samedi 20 septembre 2025

Minuit passé - Gaëlle Geniller.



Guerlain revient en compagnie de son jeune fils vivre dans le manoir où lui-même a vécu avec ses trois sœurs étant enfant. Etrangement, il n'a aucun souvenir de ce temps passé. Alors que Guerlain est sujet aux insomnies et que ses nuits sont compliquées, de curieux événements se produisent entre les murs de cette impressionnante bâtisse. Sont-ils bienveillants ou annonciateurs d'un danger imminent ?



Un manoir ancien et poussiéreux avec son sol qui grince et des ombres inquiétantes qui dansent la nuit, un personnage hanté par son passé et peut-être bien un fantôme aussi, une ambiance purement gothique. Ajoutons à ça de jolis graphismes et trois corneilles facétieuses, et ça donne Minuit Passé.


J’avais déjà lu de l’auteure Le jardin, Paris et Les fleurs de grand-frère, et j’ai constaté avec amusement que même l’atmosphère gothique de Minuit Passé n’empêche pas l’auteure d’évoquer ici des thèmes chers à son cœur, à savoir les fleurs et le langage des fleurs.


Outre la place des fleurs dans cette histoire, j’ai beaucoup aimé l’ambiance fantastique et gothique qui s’en dégage et qui est mise en valeur par les magnifiques planches de dessin, notamment la façon dont le manoir est représenté et les scènes de nuit. Le récit est tout de suite prenant. On se retrouve dans ce grand manoir mystérieux où Guerlain, le protagoniste, emménage avec son fils. Il ne conserve aucun souvenir de ce manoir où il a pourtant passé son enfance en compagnie de ses grandes sœurs, et chaque nuit il est victime d’insomnies et il se retrouve vite hanté par une étrange ombre que son fils semble également voir.


J’ai aimé l’ambivalence du récit. C’est à la fois sombre, angoissant mais c’est aussi coloré et bienveillant. J’ai aimé voir se dévoiler l’enfance de Guerlain, et aussi la symbolique des trois corneilles qui sont plutôt mignonnes. J’ai aimé ce mélange entre l’art victorien et l’Art Nouveau, la beauté et richesse des costumes et des décors, et il y a beaucoup de douceur et de bienveillance dans la relation entre Guerlain et son fils, mais aussi Guerlain et ses sœurs.


Cette lecture aurait pu facilement être un coup de cœur, mais j’avoue avoir été perplexe quant au plot twist. Je me suis longuement interrogée sur l’identité du fantôme ou plutôt de l’ombre qui hante le protagoniste. Une hypothèse revenait souvent dans mon esprit sans que j’y croie entièrement car cela ne faisait aucun sens pour moi, mais force est de constater que j’avais vu juste mais cela me laisse assez dubitative et confuse. Je pense n’avoir tout simplement pas compris cette révélation et le sens global de l’histoire. Je peux comprendre que [spoiler] Guerlain soit hanté par son lui du passé, mais pourquoi le Guerlain enfant a été hanté par son lui du futur ? À moins que ce ne soit une métaphore sur la peur de l’avenir, et que le Guerlain adulte doit réaliser que l’ombre qui le hantait dans son enfance n’était autre que lui-même, soutenant le petit Guerlain [/spoiler]. Bref, tout ceci n’est pas très clair et me laisse plutôt perplexe.


En résumé, une bande-dessinée à l’ambiance étrange et onirique. J’ai aimé l’univers graphique (les dessins, les décors, les couleurs) ainsi que l’ambiance gothique, les corneilles, la relation père-fils, cela dit le plot twist me laisse perplexe. Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris et je referme ce livre avec plus de questions que de réponses. Cela reste une très sympathique lecture, mais que je ne suis pas sûre d’avoir tout à fait saisi.


mardi 9 septembre 2025

Séance Tea Party - Reimena Yee.



Grandir, c’est difficile…

Les gens sont plus intéressés par leur apparence et de ce que les autres pensent d’eux, plutôt que par des aventures amusantes. Qui veut vivre ainsi ?

Pas Lora.

Après avoir vu son cercle d’amis disparaître, Lora est déterminée à continuer à s’amuser seule. Un goûter un peu spécial va faire redécouvrir à Lora… Alexa, un fantôme qui hante sa maison… mais aussi son ancienne amie imaginaire !




Je ne savais pas trop dans quoi j’allais m’embarquer en commençant cette histoire. Je m’attendais peut-être à une histoire du même style que La vie hantée d’Anya (que j’avais bien aimé). Au final, je découvre une sympathique bande-dessinée automnale qui évoque le passage de l’enfance à l’adolescence, le deuil, l’amitié, les changements de la vie. C’est une jolie petite histoire d’amitié entre une fille qui ne veut pas grandir et une fantôme qui aimerait bien vieillir.


Lora est un personnage sympathique, j’ai aimé sa passion pour Halloween et pour les histoires de paranormal, mais aussi sa peur de grandir et de perdre ses passions qu’elle a depuis l’enfance, alors qu’elle ne reconnaît plus ses amis d’enfance qui ont grandi et ont des préoccupations et des passions d’adolescents. Elle ne s’y retrouve plus et se raccroche à ses passions plus que jamais. Je me suis associée à ce personnage à qui la vie d’adulte (ou plutôt d’adolescent) fait peur, et qui a peur de perdre ses valeurs et ses passions, et qui a du mal à se connecter avec les gens de son âge. Fort heureusement, Lora trouve un soutien et une oreille attentive en la présence d’Alexa, un fantôme et qui se révèle être l’amie imaginaire de son enfance.


Alexa est un esprit doux et compréhensif, qui comble la solution de Lora mais qui l’aide aussi à aller vers les autres, à ne pas avoir peur de partager ses passions. C’est une jolie histoire d’amitié entre ces deux jeunes filles mais nous les suivons également dans leurs parcours parallèles : alors que Lora apprend doucement à grandir, Alexa redécouvre peu à peu son passé oublié et découvre l’origine de sa condition de fantôme. Toutes les deux vont évoluer avec Lora qui apprend à grandir et s’accepter, et Alexa qui se redécouvre à travers son passé et les gens qu’elle a connu de son vivant. C’est triste et touchant, de voir ce fantôme qui essaye de se reconnecter à ce qui lui reste de son ancienne vie, et qui essaye de se vieillir, sans succès. C’est d’autant plus poignant que seuls ceux qui sont enfants ou ont gardé une âme d’enfant peuvent la voir, et qu’elle devient leur amie imaginaire.


J’ai été touchée par Lora, sa passion et sa peur de grandir, et j’ai aimé voir son évolution, la voir s’épanouir et grandir, qui a pu aller de l’avant, tout en restant fidèle à elle-même, tout comme j’ai été touchée par Alexa, son histoire, son désir impossible de vieillir, sa proximité avec les enfants, mais aussi son lien avec ses amis de sa vie passée.


C’est plus qu’une histoire fantastique qui parle de fantômes, c’est un récit doux, sensible et poétique qui traite de la période charnière et délicate entre enfance et adolescence. On y parle de la vieillesse et du fait de grandir, de dire au revoir à l’enfance. C’est à la fois triste et mélancolique mais aussi très lumineux et doux dans son dessin, ses couleurs, mais aussi le thème de l’amitié qui revient souvent (et pas seulement entre nos deux protagonistes). C’est aussi une lecture qui sent bon l’automne (dit celle qui n’aime pas cette période de l’année), on est plongés dans un décor d’Halloween, où se côtoient magie et fantômes, chats noirs et les histoires de paranormal dont raffole Lora.


En résumé, c’est un récit sensible, touchant, poétique et lumineux qui fait la part belle à l’amitié, et dont le message sur le fait de grandir ou de vieillir ne pourra que nous parler. J’ai aimé suivre nos deux personnages, leur amitié mais aussi leur cheminement individuel pour accepter le fait d’aller de l’avant. Une jolie découverte ! Mon seul regret : pas assez de séances de tea party... 

samedi 6 septembre 2025

Rose & Crow - Amélie Sarn et Lise Garçon.



Lorsque Rose parvient à donner vie à des plantes par magie, ces dernières se transforment en ronces envahissantes et agressives. Son grand-père qui l'élève, lui interdit d'user de ses pouvoirs et refuse de répondre à toute question concernant ses parents. 

Frustrée, elle va chercher les réponses à ses questions dans l'amour naissant qu'elle porte à Crow, personnage ambivalent et un peu inquiétant.




« Tu es l’élue, Rose ! Toi seule, avec ta magie, peut sauver notre monde en péril des méchants pas beaux ! Suis-moi, moi parfait inconnu mais beau mec brun et ténébreux. Tu peux me faire confiance ! Au fait, je t’ai dit que je connaissais tes parents tragiquement disparus et dont tu ne sais rien ? »



Voici à peu près les prémisses de cette bande-dessinée jeunesse !



Je suis moqueuse. En réalité, malgré les (nombreux) clichés, typique des récits fantastiques jeunesse, j’ai passé un bon moment à la lecture de cette bande-dessinée. Il faut dire que les graphismes sont très beaux. On en prend plein les yeux, les traits sont doux et harmonieux, et la palette de couleurs est sublime, et j’aime l’esthétique de ce monde imaginaire où magie et nature vivent en harmonie, ce qui n’est pas sans rappeler l’univers de Miyazaki. C’est doux et coloré, et offre un contraste intéressant avec le monde de technologie, aux couleurs plus froides, de nos antagonistes.



Alors, oui, c’est cliché. Nous avons la jeune fille avec des pouvoirs extraordinaires, qui a été élevée dans le monde des humains, et qui apprend être l’élue d’un monde magique qui est en fait le sien. On a le beau mec brun, ténébreux et torturé dont l’héroïne va tomber amoureuse. On a les antagonistes qui veulent imposer leur monde de technologie sur la nature et la magie, celle-ci considérée comme non naturelle. Personnellement, j’ai trouvé ça assez manichéen. Oui, il est important de souligner l’importance de la nature, mais toute technologie n’est pas mauvaise et la technologie peut être bénéfique, tant qu’elle n’empiète pas sur la nature. Tous ces clichés sont-ils assumés ou sont-ils là pour être progressivement détruits au fil de l’intrigue. Seul l’avenir nous le dira.





Mon autre problème avec cette bande-dessinée, c’est que ça va trop vite. L’histoire est vite expédiée et survolée, ça manque d’approfondissement et les réactions de l’héroïne manquent parfois de vraisemblance. Les événements sont précipités, au détriment de l’histoire car cela ne laisse pas le temps à l’intrigue et aux personnages d’être développés. On prend le temps de rien, certains points auraient mérité qu’on se pose et que ce soit approfondi.



Malgré cela, l’histoire est assez prenante. J’ai aimé découvrir Udover, ce monde de nature et de magie et le voir se dévoiler au fil des tomes, découvrir les enjeux du conflit entre les deux camps et le développement de cette guerre, j’ai aimé que la magie soit liée à la nature. J’ai aussi aimé la relation conflictuelle entre Ebba et Rose. Ebba n’a rien de [spoiler] la mère idéale, davantage obnubilée par son désir de vengeance que par sa fille [/spoiler], mais son traumatisme explique en partie son comportement, je suis vraiment curieuse de voir comment son personnage et sa relation avec Rose vont évoluer. C’est un personnage complexe, tout comme Crow qui est énigmatique et nous réserve, j’en suis sûre, encore des surprises. Est-il un allié, ou un traître, que cherche-t-il vraiment, son attachement pour Rose est-il sincère ? Encore tant de choses à découvrir dans les tomes suivants (il y en a quatre pour le moment, avec le 5e prévu pour ce mois-ci). J’aime aussi les flash-back mis en place par les auteures, nous permettant de découvrir le passé de Rose et de ses parents, et de comprendre mieux le conflit en place et les pouvoirs de Rose.



En résumé, cette bande-dessinée propose une trame de fantasy assez classique, mais avec des graphismes sublimes qui sont tout juste un délice pour les yeux, mais une histoire qui pose les bases d’un récit épique et magique prometteur. Toutefois, c’est très cliché et le scénario expéditif fait qu’on ne prend pas le temps de développer l’histoire et les personnages. Dommage… Cela dit, c’est une bande-dessinée que je suivrai avec intérêt !

Squad - Lisa Sterle et Maggie Tokuda-Hall.



Quand Becca est transférée dans un lycée des beaux quartiers de la banlieue de San Francisco, elle n'a qu'une peur : ne pas s'intégrer. C'est avec surprise que les trois filles les plus populaires de l'école vont l'accueillir à bras ouverts au sein de leur groupe. 

En apparence parfaite, les nouvelles amies de Becca cachent pourtant un lourd secret qui ne se révèlera qu'à la pleine lune.




Des loups-garous au lycée ? Rassurez-vous, nous ne sommes pas dans Twilight.


Arianna est l’alpha d’une meute de louves garous. Cette nature leur donne certains avantages physiques, ainsi qu’une forme du tonnerre, mais, à la pleine lune, elles doivent se nourrir… Et les garçons misogynes et agresseurs sexuels de leur lycée offrent pour elles un repas de choix. Becca, qui vient d’être transférée au lycée de Piedmont à San Francisco, est invitée à les rejoindre. Désireuse de se faire des amies, elle accepte… Ainsi débute la vie de ce quatuor, entre vie étudiante et soirées de chasse à la pleine lune, jusqu’au jour où la mauvaise victime menace de perturber la vie tranquille de Piedmont et le fragile équilibre de notre groupe d’amies.


J’ai beaucoup aimé cette revisite du mythe du loup-garou, avec un aspect féministe puisque l’intrigue met en avant les thèmes de la sororité, de la tolérance, du consentement et autres réflexions féministes. Nos quatre louves garous ciblent en particulier les garçons misogynes et ceux qui veulent forcer leurs avances sexuelles sur les filles, tout en prenant garde à ne pas attaquer les garçons de leur lycée pour ne pas attirer l’attention sur elles. D’autres thèmes se dégagent aussi, comme l’intégration, l’acceptation de soi, la complexité des relations dans un groupe, etc.


Le récit est parfaitement dosé entre les scènes frissonnantes et sanglantes et celles plus ordinaires de la vie d’étudiante. C’est dynamique, parfois sombre, avec une touche de romance entre Becca et une de ses amies, ce que j’ai trouvé touchant.


J’aime que les auteures aient pris des risques. On croit nos protagonistes à l’abri mais les événements s’enchaînent lorsque l’une d’entre elles commet une erreur, la relation entre les filles changent, la tension monte et le récit nous offre un dénouement final prenant et inattendu. Pour autant, j’ai eu parfois l’impression que l’histoire était survolée, avec des actions précipitées par instant. Je n’aurais pas été contre un peu plus d’informations et d’approfondissement, notamment sur les trois amies de Becca, leur passé, le pourquoi de leur transformation, pourquoi certaines semblent parfois hostiles envers Becca tandis qu’à la scène d’après, elles agissent comme les meilleures amies du monde. Je n’ai pas toujours su sur quel pied danser, notamment concernant Mandy.


Cela dit, cette bande-dessinée est une belle découverte et une bonne surprise ! J’ai beaucoup aimé cette revisite féministe du mythe du loup-garou, entre tranche de vie étudiante et moments plus sombres, avec une belle petite romance F/F. Malgré le sous-titre « N’importe qui tuerait pour être populaire », ce n’est pas une histoire de filles populaires mais superficielles, les enjeux sont plus sombres et complexes. Ce fut une lecture prenante et qui se dévore !

samedi 28 juin 2025

Les mondes perdus - Aucha et Isabelle Lemaux-Piedfert



Londres, début du XXe siècle. Amy, jeune adolescente passionnée d'histoire et de sciences naturelles, réussit à convaincre son père adoptif, célèbre archéologue, de l'emmener sur une nouvelle mission, au Honduras britannique. Lancée sur les traces d'un temple maya, elle va découvrir un pays et une culture fascinante. Aidée de Tikal, un jeune natif, elle va tenter de déjouer les plans d'une bande de trafiquants d'antiquités.

Une première aventure qui obligera la jeune fille à chercher au fond d'elle-même des trésors de courage, d'ingéniosité mais aussi d'humilité. À travers ses aventures, que cherche-t-elle à part se trouver elle-même ?




Voici une bande-dessinée jeunesse très prometteuse ! Les graphismes, qui m’ont attiré d’emblée, sont tout simplement superbes. Les couleurs sont très attrayantes et le visuel, qu’il s’agisse des personnages (surtout les costumes) comme des paysages ou des monuments, est vraiment un bonbon pour les yeux.


Cette bande-dessinée n’est pas sans rappeler Indiana Jones pour le mélange entre l’archéologie, le fantastique et l’aventure, c’est parfois bien cliché ou simpliste mais tant que la formule fonctionne, pourquoi se priver ? Je dois cependant avouer que je m’attends toujours à trouver une aventure archéologique réaliste et que je finis toujours surprise quand le surnaturel apparaît, et de façon parfois simpliste ou clichée, puis je me rappelle qu’il s’agit d’une bande-dessinée jeunesse. J’apprécie davantage le côté aventure avec les dangers, les complots déjoués, les découvertes archéologiques et surtout les voyages.


Cette série nous fait en effet voyager dans des contrées lointaines (le Honduras dans le tome 1, le Cambodge dans le tome 2), et c’est le dépaysement le plus total. On sent que les auteures se sont documentées. On en prend plein les yeux niveau graphisme, mais les auteures permettent à leur lectorat de découvrir d’autres cultures moins connues donc il y a un aspect instructif qui est très accessible pour un jeune public. Puis, à la fin de chaque aventure, Amy retrace celle-ci en journal de bord avec de jolies illustrations. Il y a une volonté de découverte et de respect des autres cultures que j’ai beaucoup aimé.


Cela dit il y a un détail qui m’a chiffonné dans le tome 1 [spoiler] où Amy veut ramener en Angleterre un artefact maya, mais son guide, natif du pays, déclare que l’objet ne lui appartient pas et ne doit pas être exposé en Angleterre dans un musée, car il appartient à son peuple puisque c’est un vestige très important pour eux. Et là, je me dis que c’est une bonne façon d’aborder ce sujet (sur les antiquités d’autres pays volés ou non exposés dans leur pays d’origine). Puis à la fin du tome, alors qu’Amy veut lui restituer l’objet pour qu’il le remette à son peuple... son compagnon lui dit « Non, je veux que tu le gardes, expose-le dans ton pays », je me suis dit ‘... tout ça pour ça ?’ [/spoiler]. J’ai trouvé que c’était un peu trop facile, mais cela n’a pas gâché ma lecture pour autant.


Concernant les personnages, ils sont efficaces, sans être attachants en ce qui me concerne. Amy est parfois un peu naïve et impulsive, mais elle n’a que 13 ans et elle a toute l’occasion de mûrir au cours de la série, et elle reste une héroïne plutôt sympathique à suivre, elle est intrépide et courageuse. J’aime sa passion pour l’histoire et l’archéologie, et sa relation touchante avec son père. J’apprécie également l’aspect féministe de la bande-dessinée, et le fait qu’elle n’ait pas peur d’aborder des sujets comme les menstruations (c’est rare, dans la fiction). J’espère d’ailleurs que les personnages qu’Amy rencontre au cours de ses expéditions finiront par repointer le bout de leur nez, surtout Tikal avec qui elle semble avoir tissé un lien sentimental.


Les mondes perdus est une bande-dessinée très prometteuse que je suivrai avec plaisir, ne serait-ce que pour la beauté des graphismes et la promesse d’une aventure archéologique rythmée, et d’un voyage mémorable dans des contrées lointaines. Je suis curieuse de voir ce que les auteures réservent à Amy, quelles seront ses prochaines rencontres et découvertes.



lundi 21 avril 2025

La Vie secrète des arbres - Peter Wohlleben, Fred Bernard et Benjamin Flao.


Peter Wohlleben est le forestier le plus célèbre du monde, auteur du best-seller La Vie secrète des arbres, traduit dans plus de quarante langues. Ce livre est son histoire.

Avec un formidable talent de conteur, il nous plonge dans l'intimité des arbres, jusqu'à leurs racines. Au fil des pages, il nous entraîne à la découverte de l'extraordinaire fonctionnement de la forêt : comment les arbres interagissent, communiquent, se déplacent et se défendent.

La Vie secrète des arbres nous donne accès à un monde merveilleux mais fragile.

Protéger les arbres, c'est protéger l'humanité tout entière.




Cette bande-dessinée est une adaptation du livre du même nom de Peter Wohlleben, un ingénieur forestier allemand qui nous parle de sa vie, de son amour des arbres et de la nature, et de tout ce qu’il y a à savoir sur les arbres.


Cet ouvrage se présente comme une véritable petite Bible des arbres dans lequel l’auteur nous communique sa passion et son savoir. On en apprend notamment sur les différentes espèces d’arbres, comment ils vivent en forêt comme en ville, comment ils grandissent (un processus pas si évident qu’il n’y paraît), comment ils se reproduisent, comment ils migrent, comment ils communiquent entre eux, comment ils survivent et font face au danger (intempéries, incendies, parasites, etc), mais aussi leur vie sociale (entre eux ou avec les animaux) et les bienfaits des arbres pour nous mais aussi pour la Terre et l’écosystème.


Ce que je peux reprocher à cette bande-dessinée est l’accumulation d’informations. On a en effet un trop plein d’informations parfois décousues et redondantes et qui sont présentées de façon trop académique. J’ai parfois du persévérer dans ma lecture, et il m’a fallu faire de nombreuses pauses. Ce n’est pas un livre qu’on peut lire en une fois car, malgré son format bande-dessinée, la lecture n’est pas toujours fluide, et c’est parfois difficile d’assimiler toutes les informations.


Pourtant, le sujet est passionnant ! N’allez pas croire que j’ai passé un mauvais moment, bien au contraire. J’ai beaucoup aimé en apprendre davantage sur la vie et le fonctionnement des arbres. J’ai appris beaucoup de choses intéressantes et je vois les arbres d’une autre façon à présent !



Ce sont des organismes qui sont plus complexes et intéressants qu’on pourrait le croire de prime abord. Bien que dépourvus de cerveaux, ils sont capables d’apprendre et de mémoriser certaines expériences. Quand un arbre est attaqué par des insectes par exemple, il peut apprendre à se défendre ou à mieux se protéger. C’est notamment le cas des hêtres et des chênes quand trop de sangliers dévorent leurs glands : pendant quelques années, ils vont produire beaucoup moins de glands, forçant leurs prédateurs sangliers à aller chercher à manger ailleurs. Une fois la menace éloignées, ces arbres se remettent à produire. Nous avons aussi des arbres qui rendent leurs feuilles toxiques quand elles sont mangées par des girafes, mais aussi comment certains arbres peuvent développer une écorce épaisse pour se débarrasser de parasites comme les champignons ou des bactéries.


Les arbres sont également capables de communiquer entre eux grâce à un réseau de racines combinées à celles de leurs congénères ou bien grâce à des molécules volatiles, et se prévenir en cas de danger (quand un animal mange leurs feuilles par exemple). En forêt, la communauté des arbres résiste plus facilement car ils s’épaulent et peuvent s’appuyer sur leurs voisins tandis que des arbres plus isolés sont plus fragiles face aux intempéries et autres menaces, ce qui me fait me sentir triste pour les arbres des villes qui ne s’épanouissent pas comme les arbres dans les forêts et qui sont plus isolés et dans un environnement moins sain (l’air est moins pur en ville qu’en forêt).


C’est aussi un ouvrage biographique car l’auteur revient sur sa vie depuis son enfance et son attirance pour le monde forestier depuis le plus jeune âge, son déménagement à la campagne, son métier d’ingénieur forestier qui l’a conduit à utiliser les arbres comme des produits à utiliser, pour le profit, ce qu’il a détesté faire, et comment il en est venu à gérer enfin la forêt de sa ville comme il l’entendait, et faire mieux connaître à la population ce monde qui le fascine tant et les sensibiliser à cette cause qui lui est si chère. J’ai beaucoup aimé cet aspect biographique et la passion de l’auteur est communicative.



L’auteur a aussi parfois un discours alarmiste et provocateur, à raison car on ne peut pas lui reprocher de souligner le maintien fragile de l’écosystème et comment l’Homme traite l’arbre et la nature, davantage comme une source de profit que quelque chose à respecter, à chérir et à protéger. Heureusement, malgré ce discours alarmiste, il nous partage tout de même quelques nouvelles rassurantes et que, même si la situation est inquiétante, il y a des progrès, une prise de conscience, des tentatives d’amélioration.


En outre, une bande-dessinée instructive et passionnante, une véritable plongée dans le monde des arbres qui est constitué de secrets et de richesses insoupçonnés, mais des informations pas toujours présentés de la façon la plus attrayante qui soit. C’est un livre à lire à son rythme, en prenant son temps pour assimiler toutes les informations données. Cela dit, c’était instructif et les dessins, sans être époustouflants, font leur travail. On voit les arbres d’une autre façon, et ça donne envie d’un bon bol d’air frais en forêt !