'Vows are spoken to be
broken
Feelings are intense, words are trivial
Pleasure remain, so does
the pain
Words are meaningless and forgettable.'
- Enjoy the silence, Depeche
Mode -
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Quatrième de
couverture :
'Au centre de la pièce, fixé à un
chevalet droit, se dressait le portrait en pied d'un jeune fomme d'une
extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait
assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années,
la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à
d'étranges conjectures.' Or Dorian Gray, jeune dandy séducteur, a fait ce voeu
insensé : garder toujours l'éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur
la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et, de fait,
seul vieillit le portrait où se peint l'âme noire de
Dorian.
Mon avis
:
J'avais d'abord prévu de découvrir, il y a
plusieurs mois, Oscar Wilde avec ce titre, mais finalement je
me suis dit que ce serait commençer gros, alors j'ai décidé de commençer petit
en attaquant quelques contes puis une pièce de théâtre avant de me décider à
découvrir ce titre célèbre de l'auteur. Je ne vois pas pourquoi je me suis
inquiètée, c'est un classique très abordable, simple et agréable à la lecture.
Certes pas un coup de coeur, mais une lecture agréable et intéressante, je ne
regrette pas la découverte de ce grand classique, ça me donne encore plus envie
de découvrir l'auteur et ses oeuvres.
Le livre s'ouvre sur le peintre
lui-même, Basil Hallward, qui termine de peindre ce qu'il dit
être l'oeuvre de sa vie. Fasciné par le modèle lui-même, Basil
parle de ce fameux Dorian Gray à son ami Lord
Henry, ainsi de ce que représente pour lui cette muse si exceptionnelle
qui a capté son regard dès le début. Devant tant d'enthousiasme, Lord
Henry se retrouve frappé par la curiosité et se retrouve bien vite
intéressé par ce jeune homme d'une beauté rare et extraordinaire, semblant être
à l'apogée de la jeunesse de Dorian. Et alors que
Basil continue de peindre Dorian, Lord
Henry attire l'attention du jouvenceau naïf en lui parlant de sa beauté
exceptionnelle et que de ce fait, tout lui appartient car il possède la jeunesse
et la beauté, mais qu'il doit chérir ce temps tant qu'il en est encore temps car
la jeunesse est chose éphémère. Il conseille donc à Dorian de
profiter de sa jeunesse le temps qu'elle dure, avant qu'il ne vieillisse et que
sa beauté ne se fane avec le temps et que, par conséquent,
Dorian perdra tout. Frappé par ces paroles,
Dorian prend en considérations les dires de Lord
Henry, préoccupé, désespéré par cette nouvelle réalité qui le frappe
soudain à la figure. Pris de panique, une partie de sa naïveté s'en est allé
avec le discours d'Harry/Henry, il prend
conscience de sa jeunesse et sa beauté, deux choses qui l'ont béni et soudain la
peur de les perdre le désespére profondément. Lorsqu'il voit enfin le chef
d'oeuvre de Basil terminé, il émet le souhait de rester jeune à
jamais, comme l'est son portrait. Si seulement, se dit-il, il pouvait rester
jeune et beau tandis que le Dorian du tableau vieillira à sa
place, inversant ainsi les rôles : le modèle restera jeune et le portrait subira
les dommages du temps et de la vieillesse.
L'écriture de Oscar
Wilde est vraiment un délice, et la traduction était simple, je n'ai eu
aucun problème de vocabulaire. On retrouve dans cette oeuvre nombre de citations
devenues célèbres de l'auteur (comme le 'Le meilleur moyen de résister à la
tentation est d'y succomber'), mais il y a aussi panoplie de réflexions qui
prêtent à réfléchir, rien que sur les femmes via les paroles de Lord
Henry qui reste quand même un personnage assez intéressant et
inoubliable : les propos sur les femmes sont certes un peu misogyne mais parfois
débordants d'une étonnante vérité. Il y a aussi cette description de la société
anglaise du XIXe siècle assez moqueuse et ironique, l'auteur nous peint d'une
façon plaisante et intéressante la société dans laquelle il a vécu, avec ses
codes et ses règles... et ses gens qui passent leur temps à les enfreindre
joyeusement et à suivre la mode, comme Lord Henry et son épouse
: ils ont beau être mariés, ils vivent leur vie séparément.
Ce livre est
aussi un vrai questionnement sur l'importance de la beauté et de la jeunesse,
jusqu'à quel point une personne est prête pour retarder sa vieillesse, pour
rester jeune et belle le plus longtemps possible, un problème qui reste encore
d'actualité. Ici, Dorian fait le voeu de rester jeune et beau
tandis que son portrait vieillira à sa place et son souhait se réalise. Et alors
que même à 30 ou 40 ans, Dorian reste jeune, ses amis
vieillissent, prennent des rides mais son âme devient vieille, laide et noire.
C'est après une histoire d'amour ayant mal finie que Dorian se
rend compte que les conséquences de ses actes se reflètent sur son portrait qui
s'enlaidit à chaque fois que Dorian commet un acte
irréparrable. La question est jusqu'où il serait capable d'aller sans devoir
répondre de ses actes, il a ce refus de vieillir et il est prêt à n'importe quoi
pour garder son enveloppe jeune et belle à jamais. Souhaiterons-nous aussi de
rester jeune et beau, du moment qu'un portrait de nous vieillira à notre place ?
Combien seraient prêts à vendre leur âme pour l'éternelle jeunesse ? Comme
Faust, pourrions-nous nous condamner nous-même en échange de la
satisfaction de nos désirs ? On a donc beaucoup de réflexions, sur l'éternelle
jeunesse et beauté, sur la société anglaise et même sur l'art, beaucoup de
paragraphes consacrés à l'art, ce qui a changé ma façon de percevoir l'art.
Oscar Wilde consacre beaucoup de pagaraphes pour toutes ces
réflexions à travers les découvertes de Dorian, donc oui, ça se perd en blabla
et parfois je me dis 'c'est bien intéressant tout ça mais ça traîne en longueur'
ça commençait à devenir un peu ennuyeux mais heureusement, ça n'a pas
duré.
L'auteur nous offre des personnages haut en couleur et très
intéressants. Prennez Dorian par exemple : il a, au début du
roman, toute la naïveté de la jeunesse, il est timide, discret, il ne ferait pas
de mal à une mouche mais au contact de Lord Henry, cette
naïveté qui le rendait innocent s'en va vite. D'abord effrayé devant les paroles
d'Harry, il finit par être d'accord avec lui et il change à
cause de cette nouvelle fréquentation. Sa naïveté qui faisait pitié au lecteur
s'en va alors que Dorian change et qu'il prend conscience de sa
beauté et de sa jeunesse et à quel point ces deux atouts peuvent lui servir et
lui apporter bien des avantages : le monde peut lui appartenir, les gens
tomberont à ses pieds ! Dorian prend alors une fascination
presque obsessionnelle pour sa beauté et sa jeunesse. Il commet parfois des
actes odieux, méprise certaines personnes, devient excécrable, vaniteux et on le
déteste pour ça (bien que 'détester' est un mot bien fort), mais en même temps,
on le voit en proie à diverses émotions qui contredisent son être : il peut
penser A puis penser B la minute suivante, tout en étant en proie à des doutes,
il se prend à avoir peur, à regretter mais ignore comment se racheter. Tantôt
bouleversé d'une action mauvaise qu'il aurait faite, il peut devenir indifférent
après. Il n'y a pas un seul Dorian Gray, il y a plusieurs
facettes de lui, c'est un personnage assez ambigü, ambivalent, confus. Il est
intéressant à exploiter en fait, je n'éprouve pas de haine envers lui, je trouve
qu'il est intéressant, j'ai pitié de lui parfois.
D'un côté, il a
provoqué tant de drames, il en est l'auteur, il est fautif, tantôt blanc tantôt
noir mais d'un autre côté, c'est aussi la faute de Lord Henry
qui l'a involontairement poussé à faire ces actes. Les paroles de
Lord Henry, toutes ces conversations ont influençé
Dorian, l'ont changé profondément. Lord Henry
considère Dorian comme une expérience, c'est un
jouvenceau qu'il se plaît à voir se modifier, voir à quel point ses paroles ont
eu un impact sur Dorian qui est jeune et influencable. Il
modofie Dorian à sa manière, il est fasciné par ce jeune dandy,
mais pas de le même manière que Basil car Basil
prend les intérêts de Dorian à coeur, il l'admire et
le respecte profondément. Il est un peu la bonne influence que Dorian
aurait pû avoir si seulement il s'en était donné la peine mais malgrè
toute l'amitié que Dorian avait envers le pauvre
Basil, il préfère encore la compagnie de Lord Henry
qui est diaboliquement ironique, moqueur et machiavélique. J'aurais
aimé aussi que l'auteur s'attarde plus sur certains personnages ou moments : sur
Alan Campbell par exemple qu'on voit peu mais que j'ai adoré
tout de suite, j'aurais aimé savoir comment il en est venu à rencontrer Dorian,
à tomber dans ses griffes, à éxécuter (bien qu'à contre coeur) ce que
Dorian exigeait de lui ; ou les moments où James Vane
et sa mère [ apprennent le suicide de Sybil Vane, le chagrin de la
mère et le désir de James de venger sa soeur, les années de traque de James pour
retrouver celui qui avait brisé sa soeur : Dorian ], je m'attendais aussi à ce
qu'il y ait plus de méfaits de Dorian, à voir plus de sa
déchéance, j'aurais presque souhaité que le livre dure plus longtemps... mais
quelle fin, n'empêche !
Un classique bien intéressant, passionnant,
offrant des personnages haut en couleur, j'aurais presque voulu que la lecture
dure plus longtemps et voir certaines scènes, malgrè les longs monologues et les
réflexions sur l'art qui traînent parfois en longueur, c'est un très bon roman
qui a sû me captiver, et qui donne matière à réflexir, surtout que les maux et
questionnements de ce livre sont encore d'actualité. Machiavélique et
formidable, parfois malsain mais toujours aussi intéressant, c'est un classique
qui vieillit bien, je comprends son succès même si je n'ai pas découvert ce
livre avec le même enthousiasme que d'autres lecteurs. Ce n'était pas une
lecture inoubliable, mais j'ai franchement adoré, je voudrais lire plus de
l'auteur car il est sûr que l'auteur m'a captivé.
Extrait :
Il
[Dorian] se jeta dans un fauteuil et médita. Soudain, ce qu'il avait dit dans
l'atelier de Basil Hallward le jour où ce tableau avait été achevé lui revint à
l'esprit. Oui, il s'en souvenait parfaitement. Il avait exprimé un souhait
insensé : que lui-même restât jeune tandis que le portrait vieillirait ; que sa
propre beauté demeurât sans tache, tandis que le visage sur la toile payerait le
prix de ses passions et de ses péchés ; que l'image peinte fût marquée au fer de
la souffrance et de la pensée, tandis que lui garderait la délicate
efflorescence et la joliesse de la juvénilité dont il venait de prendre
conscience. Ce n'était tout de même pas son souhait qui avait été réalisé ? De
telles choses n'arrivent pas. Ne fût-ce qu'y penser semblait monstrueux. Et
pourtant, le tableau était là, devant lui, avec cette touche cruelle dans la
bouche.
7.