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dimanche 9 août 2026

Sur la route de San Diego - Lynda Rutledge.


Âgé de cent cinq ans, Woodrow Wilson Nickel sait qu’il sera le prochain à s’éteindre dans l’hôpital pour vétérans où il vit. Mais il est bouleversé quand il apprend que les dernières girafes risquent de disparaître avant lui.

Car près de quatre-vingt-dix ans plus tôt, en 1938, le jeune Woody s’est lié d’amitié avec deux girafes rescapées, comme lui, du grand ouragan de Nouvelle-Angleterre. Ingénieux et sans attaches, il s’est vu confier le rôle de chauffeur du convoi qui allait conduire ces surprenantes passagères du port de New York au zoo de San Diego, où elles étaient attendues. Une aventure de douze jours et un inoubliable voyage initiatique à travers l’Amérique de la Grande Dépression, qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu.

Woody ne peut laisser son histoire se perdre avec lui. Avant de disparaître à son tour, il doit raconter...

Inspiré d’une histoire vraie, un roman d’apprentissage universel et plein d’humanité porté par les souvenirs empreints de nostalgie du vieux Woodrow Nickel et par la profonde et touchante amitié qu’il a nouée avec les girafes.


Aussi connu sous le titre « L'étonnant voyage du garçon qui parlait aux girafes », Sur la route de San Diego est un roman d’aventure qui nous fait voyager à travers les longues routes des États-Unis en compagnie de compagnons de voyage bien singuliers, deux jeunes girafes !


Nous suivons Woody Nickel, orphelin suite à la Grande Dépression, un jeune homme ingénieux et débrouillard qui survit dans les rues de Nouvelle-Angleterre qui a été dévastée après un terrible ouragan. Il y fera une rencontre qui bouleversera sa vie à tout jamais : deux jeunes girafes rescapées du désastre que l’on doit conduire depuis New York jusqu’au zoo de San Diego où elles sont attendues en grande pompe. Rêvant de rejoindre la Californie, Woody saute sur l’occasion, quitte à mentir et prétendre être ce qu’il n’est pas, et se propose comme chauffeur pour conduire celles qui sont affectueusement nommées « les chéries » par Riley Jones, nommé « le Vieux », le gardien des girafes.


Nous suivons donc Woody, le Vieux et les deux girafes dans un road-trip de douze jours à travers les États-Unis. Ils y croiseront également Red, une journaliste et photographe souhaitant suivre le parcours des girafes, ainsi que des figures variées qui aideront nos personnages ou, au contraire, seront guidées par des intérêts et des intentions plus obscures concernant les girafes, notamment un cirque, des chasseurs, etc.


Le récit nous plonge dans un road-trip divertissant qui nous fait voyager à travers les États-Unis, tout en nous présentant le contexte historique d’époque, notamment les conséquences de la crise de 1929, la Grande Dépression, les prémices de la Seconde Guerre Mondiale, la ségrégation…


C’est aussi et surtout une belle histoire d’amitié qui se noue entre l’homme et l’animal, entre Woody et les girafes. Woody ayant grandi avec un père considérant les animaux comme du bétail ou des créatures sans âmes, Woody est pourtant subjugué par les girafes, des créatures élégantes mais aussi imprévisibles, attachantes et dangereuses à la fois. Ces animaux ont beau être herbivores, ils n’en demeurent pas moins des animaux sauvages qu’il faut traiter avec précaution, et protéger à tout prix. La présence des girafes marque un tournant dans la vie de Woody qui comprend que les girafes ne sont pas que des animaux mais des êtres à part entière, qui vont l’aider indirectement à prendre la bonne direction dans sa vie, qu’un autre chemin est possible pour lui, malgré les tragédies de sa vie. Avec les girafes, Woody découvre le monde autant qu’il se découvre lui-même, et qui fait également de ce roman un récit d’apprentissage.


J’ai aussi aimé la relation qui se tisse entre Woody et Riley Jones qui constituera un père de substitution pour notre héro. C’est un personnage d’expérience qui, après une méfiance bien compréhensive, finit par lui donner sa chance et faire partie de son parcours de vie et qui contribue à faire de Woody l’homme qu’il deviendra.



Ce roman est à la fois un roman d’aventure, un road-trip, un récit d’apprentissage et un vibrant hommage aux animaux qui font partie de notre vie et qu’il faut protéger. Un roman divertissant, qui ne laisse pas insensible, surtout lorsquil traite de la cause animale et de l’importance des animaux dans notre vie, et la beauté de la relation qui lie l’Homme et les animaux. Toutefois, je déplore certaines longueurs, j’ai eu un peu de mal à accrocher au roman jusqu’au moment où Woody fait vraiment partie du convoi. Je n’ai pas été plus attachée que ça aux personnages. C’était une découverte bien sympathique mais qui ne laissera pas un souvenir mémorable.


— Les gens nous considèrent bizarrement quand on parle de ce qu’on peut ressentir pour les animaux. On nous dit qu’ils n’ont pas d’âme, pas le sens du bien et du mal, qu’ils ne valent rien à côté des humains. Je n’en sais rien. Parfois je pense que les animaux devraient parler de nous ainsi.

Il a secoué la tête.

— Les animaux peuvent te briser le cœur. Ils peuvent te blesser. Ils peuvent te tuer par instinct et reprendre leur balade la minute suivante comme si rien ne s’était passé. Mais au moins, on connaît les règles de base avec les animaux. On sait ce que cela coûte quand on ne respecte pas ces règles. On ne sait jamais avec les gens. Même les personnes bonnes peuvent te faire très mal, et les mauvaises, eh bien, elles te font vraiment mal.

Il a laissé tomber son bras de la fenêtre pour frotter sa main noueuse.

— C’est pour ça que je choisirai toujours les animaux. Même si cela me tue un jour. C’est ce qui arrivera probablement.

vendredi 31 juillet 2026

Outlaws - Lena Shartiaud.


Colorado, 1860

James Lloyd est un trappeur, autant dire une espèce en voie de disparition dans un Nouveau Monde où s’achève la conquête de l’Ouest. Criblé de dettes et directement menacé par les nouvelles lois fédérales destinées à réguler son activité, il n’a d’autre choix que d’accepter la surprenante proposition du shérif Philips. Pour sauver sa peau, James endosse le rôle du chasseur de primes et se lance sur les traces du tristement fameux gang Morrison. On raconte que ces hors-la-loi de la pire espèce ne reculent devant aucune bassesse lorsqu’ils attaquent diligences et convois.

Les approcher sans éveiller leurs soupçons n’est pas une mince affaire et James se voit contraint de se faire passer pour un fuyard. Proposant de guider le gang à travers les Rocheuses pour leur éviter les ennuis, il découvre très vite que Philips est loin de lui avoir dit toute la vérité. Si Morrison et ses hommes sont bel et bien des voleurs, ils ne sont pas pour autant les monstres que l’on se plait à décrire dans les saloons. Petit à petit, James se retrouve happé par cette drôle de famille où il se sent plus à sa place que nulle part ailleurs. Du moins jusqu’à ce que la vérité sur son double jeu éclate au grand jour. Rattrapé par le passé et confronté à un futur plus qu’incertain, l’heure des choix sonne pour James. Même s’il n’a plus la moindre envie de livrer le troublant Nathaniel Morrison à son ennemi de toujours, le shérif Philips les attend au tournant.


Un bon western bien rythmé, avec une petite romance M/M, des péripéties, des attaques d’Indiens, un shérif sans scrupules, des hors-la-loi en cavale, la nature sauvage, bagarre dans un saloons, course à cheval… bref, les clichés du Far West mais quand c’est bon, on aurait tord de se priver.


J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le Far West, à un tournant de son histoire avec l’Ouest qui se modernise peu à peu avec l’arrivée du chemin de fer, à l’aube d’une guerre civile qui menace de tout bouleverser, un monde que notre protagoniste James Lloyd a du mal à suivre alors que sa profession de trappeur est à son crépuscule avec l’arrivée de tous ces changements. Il peine à vivre de son métier, est d’un naturel solitaire, sombre, nostalgique d’une époque quasiment révolue, avec des abords rudes mais qui est plus complexe qu’on ne le pense. J’ai beaucoup aimé suivre ce personnage qui essaye de survivre dans ce monde en mutation, qui est plus proche de la nature, avec un héritage indien de par sa mère qui le rend encore plus intéressant.


J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman que j’ai dévoré en moins de trois jours. J’ai suivi l’intrigue, aux côtés de James Lloyd et de la bande de hors-la-loi avec leur chef Morrison. On s’éloigne un peu des clichés des hors-la-loi qui sont en réalité innocents. Certains sont quand même sacrément misogynes ! Cela dit, ils restent attachants pour la plupart et ils ont une personnalité qui leur est propre, ils forment à eux tous une famille de parias rejetés par la société puritaine en raison de leurs différences.


J’ai notamment beaucoup aimé Sanchez ou Sol le musicien, Mabel et ses deux amants, sans oublier le chef Nathanaël Morrison dont j’ai aimé voir le rapprochement avec notre trappeur taciturne. La romance reste efficace, Lloyd et Morrison sont deux personnages qu’on imagine difficilement ensemble, mais la romance est crédible, elle se fait sans précipitation et se tisse au fil de l’intrigue, au fur et à mesure qu’on en apprend davantage sur Morrison. J’ai d’ailleurs aimé que [spoiler] la fin heureuse ne soit pas acquise, bien qu’on devine à la fin que Lloyd va retrouver son ancien amant, les retrouvailles sont juste supposées, ce n’est pas la fin heureuse que je m’attendais à voir, ce qui a été une surprise mais pas désagréable ceci dit [/spoiler]. Même si le dénouement de l’intrigue autour du shérif ne m’aura pas surprise, le suspense est tout de même resté jusqu’au bout pour d’autres aspects de l’histoire.


Un roman d’aventure qui se dévore, offrant donc mal d'action, entrecoupé de moments d’amitié sympathique, sans oublier la relation amoureuse qui se tisse peu à peu entre Lloyd et Morrison. Une plongée dans le Far West avec les clichés du genre mais qui fonctionnent toujours autant chez moi. Une sympathique découverte !


Le gang de Morrison est définitivement loin de l'image que Lloyd s'en faisait jusqu'à présent. Même s'il a eu des doutes depuis leur rencontre, il se dit que la mise à prix est peut-être exagérée. Ils ont commis des crimes, mais il a de plus en plus de mal à les considérer comme les bandits sanguinaires dépeints par Philips. Il se force à se remémorer l’attaque de la diligence et la façon dont le garde armé a été froidement abattu… Pourtant seule victime de cette rixe… Il revoit Doc Armand soigner le cocher, Sanchez et McKennie relâcher les voyageurs infortunés… Ils les ont dépouillés avant, mais ils ne les ont pas tués.

Des hors-la-loi avec des principes moraux. James aura tout vu.

dimanche 19 juillet 2026

Le Port des marins perdus - Teresa Radice et Stefano Turconi.


Automne 1807. Un navire de Sa Majesté récupère au large du Siam un jeune naufragé qui ne se rappelle que de son prénom : Abel. Le garçon se lie rapidement d'amitié avec le premier officier, capitaine du navire depuis que le commandant s'est enfui avec le trésor du bord. Abel retourne ensuite en Angleterre où il loge dans l'auberge tenue par les trois filles déchues du fuyard. 

Alors que la mémoire lui revient peu à peu, il découvre quelque chose de profondément troublant sur lui-même, et la véritable nature des personnes qui l'ont aidé...




Une histoire qui sent bon le sel marin et qui nous emporte au grès des vagues.


Tout commence avec un jeune homme repêché des eaux par William Roberts, premier officier de la frégate L’Explorer. Un naufragé ? Sans doute. L’ennui, c’est que ce jeune homme ne se souvient de rien, à part son nom, Abel, qui se propose d’accompagner l’équipage en attendant de regagner les côtes anglaises. Si le jeune Abel ne se souvient de rien, il démontre en revanche des connaissances solides sur la navigation, se révélant très vite être un excellent marin, comme s’il avait déjà navigué auparavant… Lorsque l’Explorer rejoint enfin l’Angleterre, William décide de confier Abel à Helen, Heather et Harriet, les trois filles du capitaine de l’Explorer, disparu dans des circonstances mystérieuses, qui tiennent une auberge mais les affaires ne sont pas bonnes, surtout depuis que leur père est accusé de trahison. En effet, il aurait disparu avec un trésor, tuant au passage les gardes du bateau… Tandis qu’Abel tente de se souvenir qui il est et ce qu’il lui est arrivé, il découvre une île au loin qu’il est le seul à voir, avec Rebecca, maquerelle, qui est tétanisée lorsqu’elle voit Abel. Pourquoi ? Et qu’est-il arrivé exactement au capitaine Stevenson ?


Le Port des marins perdus est une histoire en quatre actes, illustrée par des dessins crayonnés qui surprennent un peu au début mais qui font finalement le charme de cette BD. J’avais déjà eu l’occasion de la lire en 2019 puis j’ai tout oublié, ce qui fait un peu de cette relecture une redécouverte. Néanmoins, j’ai vite fini par comprendre le mystère autour de la disparition du capitaine, ainsi que le mystère qui entoure le jeune Abel. Néanmoins, cela n’a pas gâché ma lecture. Au contraire, c’est une lecture emprunt de fantastique qui m’aura fait voyager. C’est le genre d’aventure maritime épique qui est touchant et prenant du début à la fin, avec des moments tantôt tristes, tantôt émouvants. Rebecca est un personnage qui m’a beaucoup touchée, forte et vulnérable à la fois, avec ses secrets et ses blessures.


C’est une belle histoire douce-amère qui traite de deuil, de famille, de perte, de voyage en mer, de courage. Une belle aventure maritime emprunt de surnaturel, avec des personnages attachants pour la plupart, ou en tout cas qui ne laissent pas indifférents. J’aimerais en dire plus pour rendre justice à cette histoire, mais ce serait la spoiler


Si je devais trouver une critique, c’est au niveau du dessin. Je trouve dommage que les hommes ont droit à des character designs plus diversifiés que les femmes qui sont, elles, toutes très belles et se ressemblent presque toutes, ce qui donne un effet très « Disney ». Dommage, j’aurais aimé un peu plus de diversité…

lundi 15 juin 2026

Les Sœurs du Nil - Rachel Louise Driscoll.

Sœur.
Rivale.
Protectrice.
L'histoire envoûtante d'une déesse oubliée.

En 1887, l'égyptomanie s'est emparée de l'Angleterre victorienne.

Discrète et réservée, Clemmie est l'une des rares femmes à déchiffrer les hiéroglyphes.

Lors d'une soirée consacrée aux reliques égyptiennes, Clemmie lit une inscription sur une étrange amulette et semble ainsi déclencher une malédiction sur toute sa famille.

Cinq ans plus tard, la jeune femme décide d'aller en Égypte pour rendre cette funeste amulette afin de sauver sa sœur, dernier membre vivant de sa famille. Le jeu auquel elle se livrait enfant, mettant en scène les déesses sœurs, Isis et Nephtys, a trouvé un écho dévastateur dans sa vie. Au fil de son voyage sur le Nil, elle croisera des alliés charmants ainsi que des ennemis inattendus, et découvrira que la pire des malédictions n'est pas celle qu'elle croit.


Un roman d’aventure très sympathique qui mêle malédiction, momies, une course contre la montre, égyptologie, mythologie, et lien sororal, et un soupçon de romance. J’ai pris plaisir à découvrir ce roman qui, à l’instar de sa protagoniste, m’aura fait voyager en Égypte, dans cette croisière le long du Nil, à découvrir le Caire et ses souks, Dendérah et ses temples, l’île de Philaé avec ses ruines et son temple. J’ai été dépaysée, d’autant qu’on ne se contente pas de visiter ces lieux, mais on est plongé dans la culture de ses habitants. J’ai vraiment été marquée par les descriptions enchantresses de l’Égypte par l’auteure, le contraste entre la fascination de l’Angleterre victorienne pour l’Égypte antique et la culture vivante de l’Égypte en elle-même.


J’ai également trouvé intéressant que l’auteure parle des conséquences de l’égyptomanie des Occidentaux en Égypte qui est victime de très nombreux pillages qui ont eu lieu pendant cet âge d’or des découvertes égyptologiques, les conséquences de ce pillage culturel, les ventes illégales de momies et d’artefacts égyptiens, les fouilles illégales qui endommagent les sites archéologiques, cela m’a rappelé Sixtine qui évoquait également le sujet. Nous avons ici Clemmie, une passionnée d’égyptologie depuis son plus jeune âge, qui devient sensible à cette cause. C’est d’abord pour réparer un tord et briser une malédiction qu’elle cherche à restituer un bien en Égypte, mais elle va progressivement reconnaître les dérives de sa pratique et changer sa façon de penser et être amenée à voir son père d’une autre façon. Ce sont des thèmes qui restent malheureusement d’actualité, le pillage et le trafic d’antiquités continuant à se faire de nos jours.


Clemmie une héroïne efficace et attachante. Elle est érudite et indépendante pour l’époque, elle est passionnée par l’Égypte et son histoire, a baigné dedans depuis son enfance, en aidant son père, égyptologue, et elle a souffert de ne pas avoir été reconnue par lui comme une partenaire à part entière dans ses affaires. C’est une jeune femme qui sait se débrouiller, et qui porte en elle une lourde solitude. On ne peut qu’être sensible au lien fort qui la lie à sa sœur, Rosetta, et leurs jeux d’enfants dans lesquelles elles jouaient les déesses Isis et Nephtys prendront ici une toute autre dimension, à cause de la malédiction.



Les temples de Philae et de Dendérah

Concernant les autres personnages, ce n’était pas gagné du tout. Ses compagnons de voyage, qui se greffent à elle, m’ont souvent agacé, surtout au début, à insister à faire le voyage avec elle, ne la laissant pas tranquille. Je les ai trouvé insistants, et j’ai eu l’impression que l’auteure forçait vraiment Clemmie dans une dynamique de groupe. Heureusement, j’ai fini par progressivement m’habituer puis à m’attacher à ce petit groupe, mais ce fut laborieux. Bien que cette dynamique ait été forcée, elle fonctionne assez bien. J’ai aussi aimé le fait que le roman alterne entre présent et le passé, pour nous montrer les raisons de la présence de Clemmie en Égypte, sa mission secrète et ce qu’il est advenu de sa famille.


J’ai également trouvé intéressant le fait que le sort de sa famille peut s’expliquer soit par du fantastique (la malédiction), ou par quelque chose de plus rationnel [spoiler] les manigances d’Horatio, le fiancé de Rosetta , ainsi je referme le roman sans être entièrement sûre si la malédiction ou une tierce personne était davantage responsable du sort de la famille Attridge [/spoiler]


J’ai aimé la part belle que faisait le roman à la sororité qui se déploie à plusieurs niveaux, tout d’abord à travers les sœurs mythologiques, les déesses Isis et Nephtys qui servent de cadre et de miroir à la relation entre Clemmie et Rosetta, le lien entre ces deux sœurs est fort, on ne peut y rester insensible. Tout ce que fait Clemmie est pour sa sœur. J’ai également aimé les liens qui se tissent entre Clemmie, Célia et Mariam, qui illustrent comment la sororité peut transcender les barrières culturelles et sociales. J’ai également trouvé intéressant les nombreuses références à la mythologie égyptienne, notamment l’histoire d’Osiris, Isis, Seth et Nephtys, et comment ce roman met en lumière Nephtys, une déesse assez méconnue au final.


Ce roman est une belle découverte, et il aurait presque pu devenir un coup de cœur. Je déplore quelques longueurs, une dynamique de groupe qui a été forcée et qui m’a fait lever les yeux au ciel au 1/3 du roman, et aussi une fin assez précipitée, avec des facilités scénaristiques [spoiler] je m’attendais vraiment à ce qu’Horatio soit plus difficile à vaincre, à la place il est mort hors champs. Je pensais aussi voir les retrouvailles entre Clemmie et sa sœur, et entre Clemmie et Rowland [/spoiler]. Ce sont à cause de ces bémols que ce roman n’est pas un coup de cœur, mais il n’en demeure pas moins une bonne lecture et une belle découverte !


Devant l’entrée, une bouffée de ce qui les attend à l’intérieur leur parvient. Une odeur de renfermé et une chaleur dense, suffocante. Scrutant le couloir enténébré, Celia déclare qu’elle n’entrera pas. Que c’est un endroit à faire des cauchemars.

À faire rêver, aussi. Clemmie imagine les gens qui ont construit cette structure phénoménale, le pharaon momifié qui y a été déposé pour connaître le repos éternel, l’embaumement qui a précédé, tel que conçu par Anubis pour préserver le corps d’Osiris. Chaque livre qu’elle a lu, chaque reconstitution enfantine de ces mythes, chaque soirée de démaillotement et de traduction l’a conduite à ce moment.

lundi 14 juillet 2025

Reine de l'Ouest - H. Lenoir.



Boston, 1892. Vous incarnez Miss Jones, une jeune fille de bonne famille, curieuse et large d'esprit. Le mariage ? Non merci ! D'ailleurs, le Grand Ouest - et l'indépendance - et l'aventure - vous attendent... 

Entre les faussaires charmeurs, les hors-la-loi rugueux, les mesdames de lupanar, les majors poivre-et-sel, les héritières en fleur et autres rencontres fascinantes, vous aurez joyeusement l'occasion de vous fourrer dans le pétrin. Finirez-vous institutrice ? Chercheuse d'or ? Infirmière ? Trappeuse ? Épouse respectable ? Ou même... Reine de l'Ouest ? 

Dans tous les cas, vous resterez vous-même : brillante, drôle et libre, l'inimitable Miss Jones !




Avec ce livre, je découvre le genre « aventure dont vous êtes le héro/l’héroïne », j’ai trouvé l’expérience très divertissante et intéressante, bien que la lecture fut bien chaotique. Il faut savoir que chaque fin de chapitre nous propose plusieurs chemins différents et, si on veut tenter toutes les options et aventures, il faut s’armer d’un bloc-notes ou bien de marque-pages pour mieux s’y retrouver, tant les options sont nombreuses et la lecture sportive ! Ça n’a donc pas été évident pour moi de repartir en arrière pour tester une autre option, pour découvrir que ce chemin propose aussi différents chemins en fin de chapitre ! Cela dit, écrire ce genre d’histoire force l’admiration car ça ne doit pas être facile à construire.


Nous incarnons donc Miss Jones qui, pour échapper au mariage, est envoyée par son oncle et sa tante dans l’Ouest américain pour gagner sa vie, soit en tant qu’institutrice, soit en tant qu’infirmière, à moins qu’elle ne décide d’être exploratrice ou de faire carrière dans le crime. Les possibilités sont multiples pour Miss Jones qui, peu importe les histoires que nous choisissons de vivre à travers elle, aura une vie bien aventureuse dans l’Ouest mais aussi et surtout muy caliente.


Car oui, les aventures de Miss Jones sont aussi et surtout d’ordre sentimental et sexuel ! Pour une jeune fille de bonne famille, Miss Jones est plutôt libérée sur ce plan, pour son époque, et goûte à tous les plaisirs [spoiler] plan à trois avec des desperados, relation amoureuse avec la tenancière d’un bordel, matinée plaisir avec un sextoy, etc [/spoiler], ce qui m’a plutôt surprise car rien ne l’indiquait dans la quatrième de couverture. Alors que je m’attendais à tomber dans un roman qui me ferait voyager dans l’Ouest, où je choisirais plusieurs destins, entre deux métiers, deux villes… ce qui se dessine surtout, c’est des scénarios épicés pour la plupart d’entre eux, où la protagoniste doit choisir entre plusieurs prétendants et où ça finit toujours par une partie de jambes en l’air.


Autant dire que ce n’est donc pas le genre de récit qui m’attire habituellement. Pourtant, je me suis beaucoup amusée dans la lecture de ce roman. J’ignore si c’est une histoire à prendre au sérieux, je ne l’ai pas pris en tant que tel, cherchant plutôt le divertissement qu’une histoire sérieuse. J’ai également beaucoup aimé le format du roman qui nous propose plusieurs scénarios différents, le décor de l’Ouest américain que j’aime beaucoup, ainsi que l’écriture de l’auteure qui est très drôle, taquine et savoureuse. On sent que l’auteure s’est amusée à écrire toutes ces histoires, et elle le communique. On ne s’ennuie pas, peu importe l’aventure que l’on choisit. Prise d’otage, vie avec deux desperados, attaque dans un train, soigner des patients, enseigner à des enfants comme à des prostituées. Après, j’ai lu l’histoire avec un certain détachement, sans me considérer être l’héroïne mais la voir comme son propre personnage (jamais je ne me sentirais aussi aventureuse qu’elle sur le plan personnel comme sexuel haha).


En résumé, c’est drôle, original et divertissant ! Une agréable surprise car ce n’est habituellement pas le genre de récit (les romances érotiques comme les romans dont nous sommes le héro) qui m’attire, pourtant je me suis beaucoup amusée et je repense encore à Miss Jones et ses aventures. Une découverte plutôt sympathique donc, qui ne se prend pas au sérieux et qui offre plusieurs aventures certes épicées mais jamais ennuyeuses, le tout sous fond de western !


Vous devez prendre une décision : allez-vous accepter leurs avances, bien qu'ils soient deux bandits sans scrupules et - on plaisante, bien sûr que vous allez accepter ! Vous n'êtes pas arrivée jusqu'ici pour baisser les bras à la dernière seconde ! Ça fait plus de deux cents pages que vous leur courez après, en explorant toutes les pistes possibles et en recommençant dix fois l'histoire ! Non mais oh quoi !

samedi 28 juin 2025

Les mondes perdus - Aucha et Isabelle Lemaux-Piedfert



Londres, début du XXe siècle. Amy, jeune adolescente passionnée d'histoire et de sciences naturelles, réussit à convaincre son père adoptif, célèbre archéologue, de l'emmener sur une nouvelle mission, au Honduras britannique. Lancée sur les traces d'un temple maya, elle va découvrir un pays et une culture fascinante. Aidée de Tikal, un jeune natif, elle va tenter de déjouer les plans d'une bande de trafiquants d'antiquités.

Une première aventure qui obligera la jeune fille à chercher au fond d'elle-même des trésors de courage, d'ingéniosité mais aussi d'humilité. À travers ses aventures, que cherche-t-elle à part se trouver elle-même ?




Voici une bande-dessinée jeunesse très prometteuse ! Les graphismes, qui m’ont attiré d’emblée, sont tout simplement superbes. Les couleurs sont très attrayantes et le visuel, qu’il s’agisse des personnages (surtout les costumes) comme des paysages ou des monuments, est vraiment un bonbon pour les yeux.


Cette bande-dessinée n’est pas sans rappeler Indiana Jones pour le mélange entre l’archéologie, le fantastique et l’aventure, c’est parfois bien cliché ou simpliste mais tant que la formule fonctionne, pourquoi se priver ? Je dois cependant avouer que je m’attends toujours à trouver une aventure archéologique réaliste et que je finis toujours surprise quand le surnaturel apparaît, et de façon parfois simpliste ou clichée, puis je me rappelle qu’il s’agit d’une bande-dessinée jeunesse. J’apprécie davantage le côté aventure avec les dangers, les complots déjoués, les découvertes archéologiques et surtout les voyages.


Cette série nous fait en effet voyager dans des contrées lointaines (le Honduras dans le tome 1, le Cambodge dans le tome 2), et c’est le dépaysement le plus total. On sent que les auteures se sont documentées. On en prend plein les yeux niveau graphisme, mais les auteures permettent à leur lectorat de découvrir d’autres cultures moins connues donc il y a un aspect instructif qui est très accessible pour un jeune public. Puis, à la fin de chaque aventure, Amy retrace celle-ci en journal de bord avec de jolies illustrations. Il y a une volonté de découverte et de respect des autres cultures que j’ai beaucoup aimé.


Cela dit il y a un détail qui m’a chiffonné dans le tome 1 [spoiler] où Amy veut ramener en Angleterre un artefact maya, mais son guide, natif du pays, déclare que l’objet ne lui appartient pas et ne doit pas être exposé en Angleterre dans un musée, car il appartient à son peuple puisque c’est un vestige très important pour eux. Et là, je me dis que c’est une bonne façon d’aborder ce sujet (sur les antiquités d’autres pays volés ou non exposés dans leur pays d’origine). Puis à la fin du tome, alors qu’Amy veut lui restituer l’objet pour qu’il le remette à son peuple... son compagnon lui dit « Non, je veux que tu le gardes, expose-le dans ton pays », je me suis dit ‘... tout ça pour ça ?’ [/spoiler]. J’ai trouvé que c’était un peu trop facile, mais cela n’a pas gâché ma lecture pour autant.


Concernant les personnages, ils sont efficaces, sans être attachants en ce qui me concerne. Amy est parfois un peu naïve et impulsive, mais elle n’a que 13 ans et elle a toute l’occasion de mûrir au cours de la série, et elle reste une héroïne plutôt sympathique à suivre, elle est intrépide et courageuse. J’aime sa passion pour l’histoire et l’archéologie, et sa relation touchante avec son père. J’apprécie également l’aspect féministe de la bande-dessinée, et le fait qu’elle n’ait pas peur d’aborder des sujets comme les menstruations (c’est rare, dans la fiction). J’espère d’ailleurs que les personnages qu’Amy rencontre au cours de ses expéditions finiront par repointer le bout de leur nez, surtout Tikal avec qui elle semble avoir tissé un lien sentimental.


Les mondes perdus est une bande-dessinée très prometteuse que je suivrai avec plaisir, ne serait-ce que pour la beauté des graphismes et la promesse d’une aventure archéologique rythmée, et d’un voyage mémorable dans des contrées lointaines. Je suis curieuse de voir ce que les auteures réservent à Amy, quelles seront ses prochaines rencontres et découvertes.



mercredi 21 août 2024

Les tribulations de Lady Eleanor Grant (T.1) La première reine - Julie James.

1910. Après des années d'un mariage désastreux, Lady Eleanor Grant est enfin libre de mener sa vie comme elle l'entend. Grande amatrice d'égyptologie, elle décide de se rendre dans ce pays qu'elle a si souvent fantasmé, l'Egypte. Là-bas, elle va faire la connaissance de Karl Schaffenberg, un éminent professeur allemand. 

A eux deux, ils décryptent de vieux parchemins, trouvés dans la tombe d'un Grand Prêtre, qui leur révèlent une fantastique découverte : une nouvelle reine égyptienne, Nitetis, inconnue jusqu'alors, vient complètement bouleverser l'ordre dynastique. Lors de cette enquête, Eleanor est amenée à recroiser la route du brillant gallois, Warren Crowley.

Intrigué, ce dernier se laisse entraîner par cette étrange aventure, et se révèle être un précieux allié, pour suivre les traces de cette reine oubliée. Mais pourquoi n'a-t-on jamais entendu parler de cette Nitetis ? Qu'a-t-elle donc fait pour subir la Damnatio Memoriae ? Parfois, certains secrets bien gardés devraient le rester.


Ce roman se présente comme un petit (façon de parler) concentré d’action, d’égyptologie, de romance et de mystère, ce qui en fait une lecture plutôt sympathique pour l’été.


Avec son intrigue et son rythme, le roman n’est pas sans rappeler les films La Momie et Indiana Jones dont il se présente comme un mélange intéressant entre ces deux œuvres intemporelles. Le roman est dynamique. Il y a beaucoup d’actions, de dangers, et de péripéties, si bien qu’on ne s’ennuie pas et que le rythme n’est jamais lent. Malgré tout, j’ai fini par trouver ce roman long, surtout vers la fin où les actions et péripéties s’enchaînaient encore, malgré le fait que le plus gros de l’intrigue soit passée. Après l’affaire autour de la momie résolue, je m’attendais à un temps de pause, une retombée plus calme pour que l’intrigue se termine en douceur, mais les ennuis ont continué à poursuivre nos protagonistes… peut-être un peu trop à mon goût car je n’en voyais pas la fin. J’ai fini par avoir cette impression qu’il se passait beaucoup trop de choses, alors que le roman aurait peut-être bénéficié d’un peu plus de temps morts.


Pour continuer un peu sur les éléments à m’avoir chagriné, j’ai trouvé quelques fautes dans le texte et notamment une phrase qui semblait manquer dans un chapitre (je ne sais plus lequel) car il y avait une phrase qui n’avait aucun sens. J’ai également trouvé l’héroïne un peu Mary Sue-ish dans le sens où elle ne semble avoir aucun défaut, ou alors ses défauts ne sont pas présentés comme tel. Toutefois, elle reste une héroïne plaisante à suivre, et très débrouillarde, qui a été élevée en dehors des règles de bienséance de l'époque : elle sait aussi bien tirer qu'un homme (sa mère faisant partie d'une famille d'armuriers) et elle a été formée aux affaires. Puis sa passion et son enthousiasme pour l'Egypte antique sont amusants et compréhensifs.



J’ai aussi trouvé quelques passages assez discutables ou que j’ai moyennement apprécié, comme le méchant qui est méchant parce qu’il est misogyne, ou encore…


[SPOILER] Le roman a une vision très coloniale de l'égyptologie. Un personnage accuse l'héroïne de vouloir s'approprier les trésors de son pays mais l'héroïne se dit que c’est plutôt heureux que les Européens étaient là pour mettre au jour les trésors antiques, parce que les Égyptiens ne s'y intéressent pas et de toute façon il n'y a pas beaucoup d'égyptologues égyptiens. Et puis, si les Européens ne s’y étaient pas intéressés, une bonne partie de l’histoire antique égyptienne serait encore sous le sable à ce jour et les Européens, même s'il y a de méchants pilleurs, ont fait les fouilles par passion et montrer aux Égyptiens combien leur passé est fascinant à leurs yeux.


Je ne pense pas que ce soit l’opinion personnelle de l’auteure, et je veux bien placer ça dans son contexte historique car de nombreux Européens pensaient ainsi à l’époque, et pour le coup c’est réaliste. Je pense que, dans un roman se situant à notre époque moderne, ce discours aurait beaucoup moins passé. Je peux donc excuser cela en replaçant dans son contexte, mais il n’empêche que j’avais tiqué à ce passage. [/SPOILER]


Pour continuer sur des points plus positifs, j’ai énormément apprécié les illustrations qui accompagnent le récit, c’était une petite touche très agréable, d’autant que les illustrations sont superbes ! J’ai également beaucoup aimé notre trio de personnage, entre notre passionnée Eleanor, l’érudit Karl Schaffenberg qui est tout aussi passionné qu’Eleanor et l’un des rares hommes à la considérer comme son égale (ils ont d’ailleurs une relation très douce, basée sur le respect et l’affection mutuelle qu’ils se portent), et ce séducteur invétéré de Warren Crowley, qui aurait pu facilement tomber dans le cliché du dom Juan beau parleur et sans scrupule mais l’auteure a su lui insuffler assez d’âme et de mystère pour qu’il ne soit pas entièrement stéréotypé et qu’il soit un brin attachant, et ses échanges avec Eleanor sont savoureux, mine de rien.


J’ai beaucoup aimé que le roman ne saute pas directement dans le vif du sujet mais prenne le temps de s’installer, sans que ce soit long ou monotone. L’auteure prend le temps de nous présenter son héroïne, le début de son mariage désastreux et comment elle a réussi à s’émanciper et à s’intéresser à l’égyptologie, puis ses premiers contacts avec Crowley. J’ai beaucoup aimé cette initiative, même si je dois avouer que j’attendais avec impatience toute la partie qui se déroule en Égypte : le voyage en Égypte, le long du Nil, puis le début des fouilles, la découverte du tombeau puis de la momie. J’ai aussi aimé découvrir en parallèle l’histoire de Nitetis, princesse puis reine d’Égypte, et ce qu’il s'est passé pour qu'elle soit condamnée à être oubliée et effacée de l'Histoire, et comment elle se présente comme une figure tragique dont le vécu ne peut que nous émouvoir et nous révolter. J’ai aimé ce mélange entre histoire et fantastique, ce qui n’était pas sans rappeler La Momie, un film que j’aime énormément.


Bon, avouons-le, c’est bourré de clichés sur l’Égypte antique [spoiler] les pièges dans le tombeau, la momie vengeresse, des tierces personnes voulant empêcher nos héros de mener leur fouille à bien et cela pour leur propre profit [/spoiler], mais comme je suis friande de ces clichés, je laisse passer, d’autant que je me suis vraiment laissée bercer par les descriptions précises et imagées qui m’ont fait voyager en Égypte et qui m’ont donné l’impression de fouler le sable du désert et remonter le Nil en bateau.


Malgré les aspects négatifs que j’ai pu relever, c’est un bon roman dans son ensemble. C’est très féministe, rythmé, avec une écriture fluide et agréable et une intrigue qui tient la route. Le récit est plutôt bien dosé : si la romance est bien présente, elle ne met pas l'intrigue au second plan et fait la part belle à l'aventure. 


En bref une lecture qui ne sera pas un coup de cœur mais dont je lirai peut être la suite, d’autant que l’intrigue se déroule en grande partie sur le Titanic (je suis si faible…) 


Eleanor eut le souffle coupé devant la magnificence de ce qu'elle avait devant les yeux. D'immenses colonnes, certaines entières, d'autres fauchées par le temps, se dressaient devant eux, formant une allée qui les invitait à venir explorer plus avant les lieux. Au pied des colonnes, l'on pouvait voir des statues de béliers qui paraissaient presque ridiculement petites. De hauts murs, un peu plus loin, laissaient voir que Karnak recelait encore d'autres trésors antiques. Ça et là, des palmiers amenaient un peu de verdure et de couleur. Sur la droite se trouvait ce qui restait du temple de Séthi II.

(...) Oublieuse de tout, Eleanor s'approcha du socle d'une statue de bélier, et le toucha avec révérence. En fermant les yeux, elle pouvait presque ressentir la foi que portait cet endroit il y a si longtemps, voir les couleurs qui ornaient les colonnes, les murs, entendre les chants et la musique s'élever dans le ciel d'un bleu pur.

(...) Eleanor avait presque les larmes aux yeux. Les descriptions qu'elle en avait lues, les gravures et photographies qu'elle avait vues, tout cela ne valaient rien face à la réalité, et l'ambiance qu'elle pouvait presque palper ici.

dimanche 20 août 2023

Sixtine (T.1) - Caroline Vermalle.


Elle est jeune. Belle. Amoureuse
Elle vient d'épouser le Prince Charmant.
Trois semaines plus tard, on la retrouve emmurée dans le ventre d'une pyramide.

Elle est la reine sur un échiquier dont elle ignore les règles. 
Autour d'elle gravitent les autres pions.
Le mystérieux ami de son défunt mari, au regard troublant. L'étudiant à qui elle doit la vie. Un faussaire insaisissable.

Il n'y a que trois choses dont elle est certaine : elle va retrouver son meurtrier, elle va se venger, elle s'appelle Sixtine.

Mais qui est-elle vraiment ?



Jessica Desroches est belle, elle est jeune, elle est amoureuse. Elle vient de se marier à Seth Pryce, le beau milliardaire, à Paris, la ville romantique par excellence pour tout le monde sauf peut-être pour les Parisiens. Mais, heureusement pour le lecteur et amateur de rebondissements, tout ceci ne dure pas. Le beau conte de fée s’évapore lorsque le couple disparaît brusquement lors de sa lune de miel au Mexique puis retrouvé en plein cœur de la pyramide de Khéops. Aux côtés de la dépouille de son mari, Jessica est entre la vie et la mort. Le monde entier s’empare de l’affaire. Comment ont-ils pu disparaître sans laisser de traces au Mexique pour se retrouver en Égypte, qui plus est dans une pièce secrète de la pyramide qui n’a pas été ouverte depuis l’Antiquité. Déclarée en état de mort cérébrale, Jessica se réveille pourtant en tant que Sixtine. Elle ne se rappelle de rien après son mariage, mais elle va tenter de comprendre ce qu’il lui est arrivé.

 

L'un des hommes les plus riches du monde disparaît au Mexique et est retrouvé mort en Égypte sans qu'on arrive à suivre la moindre trace de ses mouvements. Il est découvert dans une partie de la pyramide inconnue des égyptologues et même, soi-disant, du CSA. Tu ne vas pas me dire que pour réussir un coup comme ça, il ne faut pas un max d'argent, de l'influence et des informations ?

 

L'intrigue ne s'intéresse pas uniquement à Jessica/Sixtine, mais à une panoplie de personnages tous les plus différents les uns que les autres. Sans m’être attachée à eux, j’ai toutefois pris plaisir à les suivre. Nous avons Max Hausmann, un étudiant en architecture qui voue une passion aux pyramides d’Égypte ; Florence, journaliste à la BBC avec ses formes rondes et ses cheveux roses ; Franklin Hunter, mystérieux enquêteur ; Thaddeus, l’énigmatique meilleur ami de Seth, qui semble toujours dans l’ombre de l’héroïne, sans parvenir à déterminer s’il est un allié ou un ennemi, il est certain qu’il nous cache bien des choses ; Jessica alias Sixtine, la protagoniste, que nous suivons avec intérêt car nous voulons la même chose qu’elle : des réponses, découvrir le mystère de sa disparition et du meurtre de son époux, le comment, le pourquoi et surtout le qui.

 

À travers ces personnages, il nous semble tout d'abord suivre des sous-intrigues différentes. L'une veut faire un reportage sur la momie de Néfertiti, l'autre enquête sur le masque funéraire de Toutankhamon qu'il soupçonne d'être une contrefaçon et veut retrouver le vrai, un autre est persuadé de l'existence de galeries secrètes au sein de la pyramide de Khéops et veut le prouver. Nous avons également un directeur de musée, un faussaire, un policier. Une belle brochette de personnages ! Ceux-ci sont nombreux et le lecteur pourrait être dépassé et ne plus s'y retrouver, mais étrangement j'ai rapidement réussi à les situer. Mon seul souci est que je n'ai réussi à m'attacher à aucun d'entre eux, même s'ils sont tous globalement intéressants à suivre.

 

Avec ses différentes sous-intrigues, le roman peut nous sembler fouillis et partir dans tous les sens. On découvre pourtant progressivement que toutes ces sous-intrigues vont se retrouver liées de près ou de loin à l'intrigue principale autour de l'affaire de la disparition du couple Pryce. Disparition qui ne semble d'ailleurs qu'une infime partie d'un immense engrenage. Tout n'est pas très clair. Si le roman a su apporter son lot de réponses, il nous laisse encore avec de nombreuses questions qui, je le suppose, seront résolues dans les prochains tomes. Je suis notamment curieuse de savoir en quoi le masque de Toutankhamon est si important ainsi que le rôle de Néfertiti (ou du moins sa momie) dans cette histoire. Tout semble être lié à l’Égypte elle-même, son Histoire, son héritage antique. Peut-être même un pouvoir plus haut, celui des divinités. Je ne sais pas encore si Sixtine est un thriller qui va s'inscrire dans le fantastique ou rester ancré dans notre réalité. Seule la suite le révélera. J'ai hâte d'en apprendre plus !



Sixtine s’ancre dans un contexte qui m’a beaucoup intéressé, avec pour cadre l’Égypte. Nous connaissons l’Égypte antique que nous idéalisons et que les touristes recherchent, nous connaissons peut-être moins l’Égypte contemporaine. La réalité est loin de celle de l’Égypte des dieux et des pharaons et l'auteure s'emploie à nous la décrire avec beaucoup d'efficacité en nous entraînant dans une quête au cœur d'un pays déchiré par la révolution. En plein printemps arabe, l’Égypte connaît des périodes d'insécurité, de violence, d'instabilité mais aussi de corruptions liées au marché illégal d'art et d'antiquités.


Faites confiance à Hollywood pour rendre glamour ce qui est sordide. Croyez-moi, on est loin du trafic à papa où quelques gentilshommes-cambrioleurs se font plaisir avec deux ou trois trésors. Le marché illégal des antiquités, dans l'économie qu'il représente et dans son mode opératoire, a la triste distinction de faire partie du même club que le trafic d'armes, de drogue et d'humains. Les biens culturels sont une monnaie d'échange qui influe sur la géopolitique internationale, entre autres en finançant le terrorisme.


Les autorités égyptiennes sont déchirées par un dilemme. Faut-il laisser poursuivre le vol de ses antiquités pour permettre aux égyptiens de s’en sortir, financer des armes pour la révolution, et se laisser voler son Histoire et son identité, ou bien faut-il protéger ces œuvres à tout prix, et racheter les antiquités au prix fort, malgré la misère qui ronge le pays ? C’est un sujet, et même un débat, qui reste d’actualité. De nombreux pays européens se sont appropriés les trésors de l’Égypte et il est légitime que cette dernière veuille les récupérer, c’est son Histoire qui est morcelé aux quatre coins du monde, mais elle ne peut se permettre de les racheter à cause de la crise qu’elle connaît et les musées européens comme américains sont plus équipés pour protéger ce patrimoine, mais je m'égare (si je vous dis que j'ai étudié l'histoire et le patrimoine à l'université, est-ce que cela vous surprendrait ?)

 

L'auteure nous décrit une Égypte réaliste, avec ses périodes sombres mais aussi ses charmes. On a l'impression de sentir le vent du Sahara, l'odeur des lotus bleus, on a envie de boire du Karkadé, visiter les rues du Caire et le plateau de Gizeh

 

En résumé, une enquête intrigante qui nous entraîne dans une Égypte entre Antiquité et modernité, un pays qui souffre mais dont l'auteure fait ressortir toute la beauté, le mystère et le charme. Si je ne me suis pas attachée aux personnages, ils n'en demeurent pas moins intéressants et je suis curieuse de voir où l'auteure va nous emmener et quel est le fin mot de l'enquête.


- S'il n'y avait pas eu l'intervention de ces Européens que vous méprisez, il y a deux siècles, Khéops aurait été détruite brique par brique pour en faire un barrage, sur les ordres de votre pacha. Et votre musée...

Mais il [Max] ne finit pas sa phrase car il vit el-Shamy s'arrêter net. D'un coup, l'archéologue se retourna et fonça sur Max, cloué sur place.

- Soyez heureux, Hausmann, de n'avoir jamais eu à faire ce choix, d'être pauvre et pourtant d'avoir de l'or à portée de main. Vous savez combien les collectionneurs sont prêts à donner pour le plus petit morceau d'histoire pharaonique ? Nous n'avons pas les moyens de mettre une mitraillette derrière chaque antiquité. Alors, c'est à chaque Egyptien de choisir, tous les jours, entre vendre son âme pour des lendemains meilleurs et préserver son passé, parce que cet excité d'el-Shamy a dit que c'était tout ce qui nous restait. Si cette terre a encore des trésors, c'est parce qu'il y a des hommes et des femmes à travers l'Egypte qui gardent leur héritage avec des bâtons et des pierres contre les pilleurs avec des fusils d'assaut.

vendredi 19 mai 2023

Never, Never - Brianna R. Shrum.

James Hook is a child who only wants to grow up.

When he meets Peter Pan, a boy who loves to pretend and is intent on never becoming a man, James decides he could try being a child - at least briefly. James joins Peter Pan on a holiday to Neverland, a place of adventure created by children's dreams, but Neverland is not for the faint of heart. Soon James finds himself longing for home, determined that he is destined to be a man. But Peter refuses to take him back, leaving James trapped in a world just beyond the one he loves. A world where children are to never grow up.

But grow up he does. And thus begins the epic adventure of a Lost Boy and a Pirate.

This story isn't about Peter Pan; it's about the boy whose life he stole. It's about a man in a world that hates men. It's about the feared Captain James Hook and his passionate quest to kill the Pan, an impossible feat in a magical land where everyone loves Peter Pan. Except one.



Je m’embarque dans un nouveau pastiche de Peter Pan, qui se présente à la fois comme une préquelle et comme une réécriture de l’histoire d’origine, à travers le regard de James Hook (alias le capitaine Crochet en VF).



Tout ce que désire le jeune James est de grandir, être considéré comme une grande personne et devenir marin comme son père. Cela ne l’empêche pas de repenser occasionnellement à son enfance qui lui manque malgré tout, et de se plonger dans ses rêves d’enfant dans lesquels il est le capitaine d’un magnifique vaisseau, à la tête d’un équipage de pirates, vivant d’aventures. Lorsqu’il rencontre Peter Pan et qu’il lui propose de l’emmener au Pays Imaginaire, James voit là l’occasion de revivre son enfance une journée avant de revenir à Londres. James découvre ainsi le Pays Imaginaire, ses indiens, ses pirates, ses sirènes mais aussi les garçons perdus auprès de qui il s’intègre et avec qui il vivra plusieurs aventures. Comblé, James sait pourtant que toutes les bonnes choses ont une fin mais alors qu’il demande à Peter de le ramener chez lui, ce dernier refuse et, très vite, le rêve se transforme en cauchemar pour James qui se retrouve prisonnier du Pays Imaginaire.



Si je lui préfère Lost Boy, ce pastiche de Peter Pan n’en demeure pas moins intéressant. L’intrigue de base est excellente. Peter Pan amène James Hook au Pays Imaginaire et en fait un garçon perdu, sauf qu’il n’a jamais eu l’intention de le ramener chez lui et voici donc James contraint de vivre au Pays Imaginaire, d’abord auprès des garçons perdus, puis auprès des pirates auprès de qui il trouvera foyer et hospitalité après avoir été attaqué par Peter Pan pour avoir eu l’outrage de grandir. James n’aura alors de cesse de vouloir se venger de Peter Pan et de chercher désespérément le moyen de rentrer chez lui.



L’autre originalité du roman est la place de l’imagination. Tout ce qui existe au Pays Imaginaire est soit le fruit de Peter Pan, soit celui des garçons perdus. Chacun a imaginé un élément pour le Pays Imaginaire qui s’est donc formé pour exister. Ainsi, James découvre que les pirates – présents déjà bien avant son arrivée – sont le fruit de son imagination et qu’ils existent car James les a rêvés. De ce fait, les pirates reconnaissent dès le début James Hook comme étant leur capitaine, celui qu’ils ont longtemps attendu, celui à qui ils doivent leur existence. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé les interactions entre James et ses pirates. C’est un aspect du roman que j’ai beaucoup apprécié, d’autant que cela apporte de la richesse mais aussi une certaine forme de tragédie à l’intrigue [spoiler] par exemple, Lily la Tigresse est née car Peter l’a voulu, il a imaginé une jeune princesse indienne comme étant sa compagne et Lily doit malgré elle devenir l’amie de Peter, elle est attachée à lui par le pouvoir de son imagination. Même lorsqu’elle souhaite se rapprocher de quelqu’un d’autre, elle reste liée à Peter [/spoiler].



Ce roman ne manque pas en aventures, qu’il s’agisse du temps que James a passé avec les garçons perdus ou celui passé en compagnie des pirates. Cependant, l’aspect qui se dégage davantage de ce roman pour moi est la tragédie. Si nous suivons l’histoire du point de vue du capitaine Crochet et qu’il ne dépeint donc pas Peter Pan de façon favorable, l’auteure ne nous présente pas Crochet comme étant un personnage irréprochable avec Peter qui est uniquement le méchant de l’histoire (même si Peter Pan est loin d’être blanc dans cette histoire). James a également ses tords et si sa colère envers Peter est justifiée, à cause de tout ce que Peter lui a fait subir et lui a enlevé, James se raccroche à sa haine comme un coquillage à la coque d’un bateau. Même lorsqu’il y a de belles choses qui arrivent dans sa vie, il n’arrive pas à laisser derrière lui l’image du capitaine sanguinaire, ennemi juré de Peter Pan et qui veut sa perte à tout prix. Sa haine envers Peter a une telle emprise sur lui qu’il est incapable d’évoluer et d’aller de l’avant. S’il grandit physiquement, il reste obstiné dans son désir de vengeance et il ne peut garder ces choses qui le rendent heureux. Il est son propre frein, il se sabote lui-même au point où, à la fin, tout ce qu’il a et tout ce qu’il lui reste est sa haine et son désir de vengeance.



Pour autant, le roman souffre tout de même de longueurs, j’ai survolé de nombreux passages. Si la lecture restait divertissante, je n’étais pas fâchée d’avoir terminé ma lecture pour passer à autre chose. Il y a de très bonnes idées et ça se lit sans trop de difficultés, mais il manquait un je-ne-sais-quoi pour rendre la lecture plus dynamique. Je déplore également un peu le fait que James et Peter n’ont finalement pas brillé ensemble, en dehors de leur animosité, qu’ils n’ont pas commencé comme amis avant de finir ennemis, ce qui aurait ajouté un peu plus à la tragédie de l’histoire. Même lorsque James était à ses côtés, il n’était finalement qu’un garçon perdu parmi tant d’autres… Le roman reste toutefois plaisant à découvrir. C’est une réécriture intéressante de Peter Pan et du passé de James Hook, mais je lui préfère Lost Boy de Christina Henry.


“Strike, then,” Pan said. “Kill me now, and put an end to this adventure. I do not like it anyhow.” 

The look on his face tore into James’s heart. It was the confusion that hurt him so. That, and the profound misunderstanding Pan had regarding death, as though it was nothing, temporary. Hate him though he might, James knew that he was readying himself to kill a child. A child who deserved nothing less than death, but a child nonetheless. Like Peter had killed the child in him so long ago.

That, in truth, was all Peter was—a wicked, selfish boy who thrived on play and imagination and youth and understood nothing of the real world. James’s arm shook more and more violently, as did the blade, and he felt a helplessness welling up in him. Though everything in his heart told him to gut the boy and be done with it, he could not. He could not kill Peter Pan.