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lundi 14 juillet 2025

Reine de l'Ouest - H. Lenoir.



Boston, 1892. Vous incarnez Miss Jones, une jeune fille de bonne famille, curieuse et large d'esprit. Le mariage ? Non merci ! D'ailleurs, le Grand Ouest - et l'indépendance - et l'aventure - vous attendent... 

Entre les faussaires charmeurs, les hors-la-loi rugueux, les mesdames de lupanar, les majors poivre-et-sel, les héritières en fleur et autres rencontres fascinantes, vous aurez joyeusement l'occasion de vous fourrer dans le pétrin. Finirez-vous institutrice ? Chercheuse d'or ? Infirmière ? Trappeuse ? Épouse respectable ? Ou même... Reine de l'Ouest ? 

Dans tous les cas, vous resterez vous-même : brillante, drôle et libre, l'inimitable Miss Jones !




Avec ce livre, je découvre le genre « aventure dont vous êtes le héro/l’héroïne », j’ai trouvé l’expérience très divertissante et intéressante, bien que la lecture fut bien chaotique. Il faut savoir que chaque fin de chapitre nous propose plusieurs chemins différents et, si on veut tenter toutes les options et aventures, il faut s’armer d’un bloc-notes ou bien de marque-pages pour mieux s’y retrouver, tant les options sont nombreuses et la lecture sportive ! Ça n’a donc pas été évident pour moi de repartir en arrière pour tester une autre option, pour découvrir que ce chemin propose aussi différents chemins en fin de chapitre ! Cela dit, écrire ce genre d’histoire force l’admiration car ça ne doit pas être facile à construire.


Nous incarnons donc Miss Jones qui, pour échapper au mariage, est envoyée par son oncle et sa tante dans l’Ouest américain pour gagner sa vie, soit en tant qu’institutrice, soit en tant qu’infirmière, à moins qu’elle ne décide d’être exploratrice ou de faire carrière dans le crime. Les possibilités sont multiples pour Miss Jones qui, peu importe les histoires que nous choisissons de vivre à travers elle, aura une vie bien aventureuse dans l’Ouest mais aussi et surtout muy caliente.


Car oui, les aventures de Miss Jones sont aussi et surtout d’ordre sentimental et sexuel ! Pour une jeune fille de bonne famille, Miss Jones est plutôt libérée sur ce plan, pour son époque, et goûte à tous les plaisirs [spoiler] plan à trois avec des desperados, relation amoureuse avec la tenancière d’un bordel, matinée plaisir avec un sextoy, etc [/spoiler], ce qui m’a plutôt surprise car rien ne l’indiquait dans la quatrième de couverture. Alors que je m’attendais à tomber dans un roman qui me ferait voyager dans l’Ouest, où je choisirais plusieurs destins, entre deux métiers, deux villes… ce qui se dessine surtout, c’est des scénarios épicés pour la plupart d’entre eux, où la protagoniste doit choisir entre plusieurs prétendants et où ça finit toujours par une partie de jambes en l’air.


Autant dire que ce n’est donc pas le genre de récit qui m’attire habituellement. Pourtant, je me suis beaucoup amusée dans la lecture de ce roman. J’ignore si c’est une histoire à prendre au sérieux, je ne l’ai pas pris en tant que tel, cherchant plutôt le divertissement qu’une histoire sérieuse. J’ai également beaucoup aimé le format du roman qui nous propose plusieurs scénarios différents, le décor de l’Ouest américain que j’aime beaucoup, ainsi que l’écriture de l’auteure qui est très drôle, taquine et savoureuse. On sent que l’auteure s’est amusée à écrire toutes ces histoires, et elle le communique. On ne s’ennuie pas, peu importe l’aventure que l’on choisit. Prise d’otage, vie avec deux desperados, attaque dans un train, soigner des patients, enseigner à des enfants comme à des prostituées. Après, j’ai lu l’histoire avec un certain détachement, sans me considérer être l’héroïne mais la voir comme son propre personnage (jamais je ne me sentirais aussi aventureuse qu’elle sur le plan personnel comme sexuel haha).


En résumé, c’est drôle, original et divertissant ! Une agréable surprise car ce n’est habituellement pas le genre de récit (les romances érotiques comme les romans dont nous sommes le héro) qui m’attire, pourtant je me suis beaucoup amusée et je repense encore à Miss Jones et ses aventures. Une découverte plutôt sympathique donc, qui ne se prend pas au sérieux et qui offre plusieurs aventures certes épicées mais jamais ennuyeuses, le tout sous fond de western !


Vous devez prendre une décision : allez-vous accepter leurs avances, bien qu'ils soient deux bandits sans scrupules et - on plaisante, bien sûr que vous allez accepter ! Vous n'êtes pas arrivée jusqu'ici pour baisser les bras à la dernière seconde ! Ça fait plus de deux cents pages que vous leur courez après, en explorant toutes les pistes possibles et en recommençant dix fois l'histoire ! Non mais oh quoi !

samedi 28 juin 2025

Les mondes perdus - Aucha et Isabelle Lemaux-Piedfert



Londres, début du XXe siècle. Amy, jeune adolescente passionnée d'histoire et de sciences naturelles, réussit à convaincre son père adoptif, célèbre archéologue, de l'emmener sur une nouvelle mission, au Honduras britannique. Lancée sur les traces d'un temple maya, elle va découvrir un pays et une culture fascinante. Aidée de Tikal, un jeune natif, elle va tenter de déjouer les plans d'une bande de trafiquants d'antiquités.

Une première aventure qui obligera la jeune fille à chercher au fond d'elle-même des trésors de courage, d'ingéniosité mais aussi d'humilité. À travers ses aventures, que cherche-t-elle à part se trouver elle-même ?




Voici une bande-dessinée jeunesse très prometteuse ! Les graphismes, qui m’ont attiré d’emblée, sont tout simplement superbes. Les couleurs sont très attrayantes et le visuel, qu’il s’agisse des personnages (surtout les costumes) comme des paysages ou des monuments, est vraiment un bonbon pour les yeux.


Cette bande-dessinée n’est pas sans rappeler Indiana Jones pour le mélange entre l’archéologie, le fantastique et l’aventure, c’est parfois bien cliché ou simpliste mais tant que la formule fonctionne, pourquoi se priver ? Je dois cependant avouer que je m’attends toujours à trouver une aventure archéologique réaliste et que je finis toujours surprise quand le surnaturel apparaît, et de façon parfois simpliste ou clichée, puis je me rappelle qu’il s’agit d’une bande-dessinée jeunesse. J’apprécie davantage le côté aventure avec les dangers, les complots déjoués, les découvertes archéologiques et surtout les voyages.


Cette série nous fait en effet voyager dans des contrées lointaines (le Honduras dans le tome 1, le Cambodge dans le tome 2), et c’est le dépaysement le plus total. On sent que les auteures se sont documentées. On en prend plein les yeux niveau graphisme, mais les auteures permettent à leur lectorat de découvrir d’autres cultures moins connues donc il y a un aspect instructif qui est très accessible pour un jeune public. Puis, à la fin de chaque aventure, Amy retrace celle-ci en journal de bord avec de jolies illustrations. Il y a une volonté de découverte et de respect des autres cultures que j’ai beaucoup aimé.


Cela dit il y a un détail qui m’a chiffonné dans le tome 1 [spoiler] où Amy veut ramener en Angleterre un artefact maya, mais son guide, natif du pays, déclare que l’objet ne lui appartient pas et ne doit pas être exposé en Angleterre dans un musée, car il appartient à son peuple puisque c’est un vestige très important pour eux. Et là, je me dis que c’est une bonne façon d’aborder ce sujet (sur les antiquités d’autres pays volés ou non exposés dans leur pays d’origine). Puis à la fin du tome, alors qu’Amy veut lui restituer l’objet pour qu’il le remette à son peuple... son compagnon lui dit « Non, je veux que tu le gardes, expose-le dans ton pays », je me suis dit ‘... tout ça pour ça ?’ [/spoiler]. J’ai trouvé que c’était un peu trop facile, mais cela n’a pas gâché ma lecture pour autant.


Concernant les personnages, ils sont efficaces, sans être attachants en ce qui me concerne. Amy est parfois un peu naïve et impulsive, mais elle n’a que 13 ans et elle a toute l’occasion de mûrir au cours de la série, et elle reste une héroïne plutôt sympathique à suivre, elle est intrépide et courageuse. J’aime sa passion pour l’histoire et l’archéologie, et sa relation touchante avec son père. J’apprécie également l’aspect féministe de la bande-dessinée, et le fait qu’elle n’ait pas peur d’aborder des sujets comme les menstruations (c’est rare, dans la fiction). J’espère d’ailleurs que les personnages qu’Amy rencontre au cours de ses expéditions finiront par repointer le bout de leur nez, surtout Tikal avec qui elle semble avoir tissé un lien sentimental.


Les mondes perdus est une bande-dessinée très prometteuse que je suivrai avec plaisir, ne serait-ce que pour la beauté des graphismes et la promesse d’une aventure archéologique rythmée, et d’un voyage mémorable dans des contrées lointaines. Je suis curieuse de voir ce que les auteures réservent à Amy, quelles seront ses prochaines rencontres et découvertes.



mercredi 21 août 2024

Les tribulations de Lady Eleanor Grant (T.1) La première reine - Julie James.

1910. Après des années d'un mariage désastreux, Lady Eleanor Grant est enfin libre de mener sa vie comme elle l'entend. Grande amatrice d'égyptologie, elle décide de se rendre dans ce pays qu'elle a si souvent fantasmé, l'Egypte. Là-bas, elle va faire la connaissance de Karl Schaffenberg, un éminent professeur allemand. 

A eux deux, ils décryptent de vieux parchemins, trouvés dans la tombe d'un Grand Prêtre, qui leur révèlent une fantastique découverte : une nouvelle reine égyptienne, Nitetis, inconnue jusqu'alors, vient complètement bouleverser l'ordre dynastique. Lors de cette enquête, Eleanor est amenée à recroiser la route du brillant gallois, Warren Crowley.

Intrigué, ce dernier se laisse entraîner par cette étrange aventure, et se révèle être un précieux allié, pour suivre les traces de cette reine oubliée. Mais pourquoi n'a-t-on jamais entendu parler de cette Nitetis ? Qu'a-t-elle donc fait pour subir la Damnatio Memoriae ? Parfois, certains secrets bien gardés devraient le rester.


Ce roman se présente comme un petit (façon de parler) concentré d’action, d’égyptologie, de romance et de mystère, ce qui en fait une lecture plutôt sympathique pour l’été.


Avec son intrigue et son rythme, le roman n’est pas sans rappeler les films La Momie et Indiana Jones dont il se présente comme un mélange intéressant entre ces deux œuvres intemporelles. Le roman est dynamique. Il y a beaucoup d’actions, de dangers, et de péripéties, si bien qu’on ne s’ennuie pas et que le rythme n’est jamais lent. Malgré tout, j’ai fini par trouver ce roman long, surtout vers la fin où les actions et péripéties s’enchaînaient encore, malgré le fait que le plus gros de l’intrigue soit passée. Après l’affaire autour de la momie résolue, je m’attendais à un temps de pause, une retombée plus calme pour que l’intrigue se termine en douceur, mais les ennuis ont continué à poursuivre nos protagonistes… peut-être un peu trop à mon goût car je n’en voyais pas la fin. J’ai fini par avoir cette impression qu’il se passait beaucoup trop de choses, alors que le roman aurait peut-être bénéficié d’un peu plus de temps morts.


Pour continuer un peu sur les éléments à m’avoir chagriné, j’ai trouvé quelques fautes dans le texte et notamment une phrase qui semblait manquer dans un chapitre (je ne sais plus lequel) car il y avait une phrase qui n’avait aucun sens. J’ai également trouvé l’héroïne un peu Mary Sue-ish dans le sens où elle ne semble avoir aucun défaut, ou alors ses défauts ne sont pas présentés comme tel. Toutefois, elle reste une héroïne plaisante à suivre, et très débrouillarde, qui a été élevée en dehors des règles de bienséance de l'époque : elle sait aussi bien tirer qu'un homme (sa mère faisant partie d'une famille d'armuriers) et elle a été formée aux affaires. Puis sa passion et son enthousiasme pour l'Egypte antique sont amusants et compréhensifs.



J’ai aussi trouvé quelques passages assez discutables ou que j’ai moyennement apprécié, comme le méchant qui est méchant parce qu’il est misogyne, ou encore…


[SPOILER] Le roman a une vision très coloniale de l'égyptologie. Un personnage accuse l'héroïne de vouloir s'approprier les trésors de son pays mais l'héroïne se dit que c’est plutôt heureux que les Européens étaient là pour mettre au jour les trésors antiques, parce que les Égyptiens ne s'y intéressent pas et de toute façon il n'y a pas beaucoup d'égyptologues égyptiens. Et puis, si les Européens ne s’y étaient pas intéressés, une bonne partie de l’histoire antique égyptienne serait encore sous le sable à ce jour et les Européens, même s'il y a de méchants pilleurs, ont fait les fouilles par passion et montrer aux Égyptiens combien leur passé est fascinant à leurs yeux.


Je ne pense pas que ce soit l’opinion personnelle de l’auteure, et je veux bien placer ça dans son contexte historique car de nombreux Européens pensaient ainsi à l’époque, et pour le coup c’est réaliste. Je pense que, dans un roman se situant à notre époque moderne, ce discours aurait beaucoup moins passé. Je peux donc excuser cela en replaçant dans son contexte, mais il n’empêche que j’avais tiqué à ce passage. [/SPOILER]


Pour continuer sur des points plus positifs, j’ai énormément apprécié les illustrations qui accompagnent le récit, c’était une petite touche très agréable, d’autant que les illustrations sont superbes ! J’ai également beaucoup aimé notre trio de personnage, entre notre passionnée Eleanor, l’érudit Karl Schaffenberg qui est tout aussi passionné qu’Eleanor et l’un des rares hommes à la considérer comme son égale (ils ont d’ailleurs une relation très douce, basée sur le respect et l’affection mutuelle qu’ils se portent), et ce séducteur invétéré de Warren Crowley, qui aurait pu facilement tomber dans le cliché du dom Juan beau parleur et sans scrupule mais l’auteure a su lui insuffler assez d’âme et de mystère pour qu’il ne soit pas entièrement stéréotypé et qu’il soit un brin attachant, et ses échanges avec Eleanor sont savoureux, mine de rien.


J’ai beaucoup aimé que le roman ne saute pas directement dans le vif du sujet mais prenne le temps de s’installer, sans que ce soit long ou monotone. L’auteure prend le temps de nous présenter son héroïne, le début de son mariage désastreux et comment elle a réussi à s’émanciper et à s’intéresser à l’égyptologie, puis ses premiers contacts avec Crowley. J’ai beaucoup aimé cette initiative, même si je dois avouer que j’attendais avec impatience toute la partie qui se déroule en Égypte : le voyage en Égypte, le long du Nil, puis le début des fouilles, la découverte du tombeau puis de la momie. J’ai aussi aimé découvrir en parallèle l’histoire de Nitetis, princesse puis reine d’Égypte, et ce qu’il s'est passé pour qu'elle soit condamnée à être oubliée et effacée de l'Histoire, et comment elle se présente comme une figure tragique dont le vécu ne peut que nous émouvoir et nous révolter. J’ai aimé ce mélange entre histoire et fantastique, ce qui n’était pas sans rappeler La Momie, un film que j’aime énormément.


Bon, avouons-le, c’est bourré de clichés sur l’Égypte antique [spoiler] les pièges dans le tombeau, la momie vengeresse, des tierces personnes voulant empêcher nos héros de mener leur fouille à bien et cela pour leur propre profit [/spoiler], mais comme je suis friande de ces clichés, je laisse passer, d’autant que je me suis vraiment laissée bercer par les descriptions précises et imagées qui m’ont fait voyager en Égypte et qui m’ont donné l’impression de fouler le sable du désert et remonter le Nil en bateau.


Malgré les aspects négatifs que j’ai pu relever, c’est un bon roman dans son ensemble. C’est très féministe, rythmé, avec une écriture fluide et agréable et une intrigue qui tient la route. Le récit est plutôt bien dosé : si la romance est bien présente, elle ne met pas l'intrigue au second plan et fait la part belle à l'aventure. 


En bref une lecture qui ne sera pas un coup de cœur mais dont je lirai peut être la suite, d’autant que l’intrigue se déroule en grande partie sur le Titanic (je suis si faible…) 


Eleanor eut le souffle coupé devant la magnificence de ce qu'elle avait devant les yeux. D'immenses colonnes, certaines entières, d'autres fauchées par le temps, se dressaient devant eux, formant une allée qui les invitait à venir explorer plus avant les lieux. Au pied des colonnes, l'on pouvait voir des statues de béliers qui paraissaient presque ridiculement petites. De hauts murs, un peu plus loin, laissaient voir que Karnak recelait encore d'autres trésors antiques. Ça et là, des palmiers amenaient un peu de verdure et de couleur. Sur la droite se trouvait ce qui restait du temple de Séthi II.

(...) Oublieuse de tout, Eleanor s'approcha du socle d'une statue de bélier, et le toucha avec révérence. En fermant les yeux, elle pouvait presque ressentir la foi que portait cet endroit il y a si longtemps, voir les couleurs qui ornaient les colonnes, les murs, entendre les chants et la musique s'élever dans le ciel d'un bleu pur.

(...) Eleanor avait presque les larmes aux yeux. Les descriptions qu'elle en avait lues, les gravures et photographies qu'elle avait vues, tout cela ne valaient rien face à la réalité, et l'ambiance qu'elle pouvait presque palper ici.

dimanche 20 août 2023

Sixtine (T.1) - Caroline Vermalle.


Elle est jeune. Belle. Amoureuse
Elle vient d'épouser le Prince Charmant.
Trois semaines plus tard, on la retrouve emmurée dans le ventre d'une pyramide.

Elle est la reine sur un échiquier dont elle ignore les règles. 
Autour d'elle gravitent les autres pions.
Le mystérieux ami de son défunt mari, au regard troublant. L'étudiant à qui elle doit la vie. Un faussaire insaisissable.

Il n'y a que trois choses dont elle est certaine : elle va retrouver son meurtrier, elle va se venger, elle s'appelle Sixtine.

Mais qui est-elle vraiment ?



Jessica Desroches est belle, elle est jeune, elle est amoureuse. Elle vient de se marier à Seth Pryce, le beau milliardaire, à Paris, la ville romantique par excellence pour tout le monde sauf peut-être pour les Parisiens. Mais, heureusement pour le lecteur et amateur de rebondissements, tout ceci ne dure pas. Le beau conte de fée s’évapore lorsque le couple disparaît brusquement lors de sa lune de miel au Mexique puis retrouvé en plein cœur de la pyramide de Khéops. Aux côtés de la dépouille de son mari, Jessica est entre la vie et la mort. Le monde entier s’empare de l’affaire. Comment ont-ils pu disparaître sans laisser de traces au Mexique pour se retrouver en Égypte, qui plus est dans une pièce secrète de la pyramide qui n’a pas été ouverte depuis l’Antiquité. Déclarée en état de mort cérébrale, Jessica se réveille pourtant en tant que Sixtine. Elle ne se rappelle de rien après son mariage, mais elle va tenter de comprendre ce qu’il lui est arrivé.

 

L'un des hommes les plus riches du monde disparaît au Mexique et est retrouvé mort en Égypte sans qu'on arrive à suivre la moindre trace de ses mouvements. Il est découvert dans une partie de la pyramide inconnue des égyptologues et même, soi-disant, du CSA. Tu ne vas pas me dire que pour réussir un coup comme ça, il ne faut pas un max d'argent, de l'influence et des informations ?

 

L'intrigue ne s'intéresse pas uniquement à Jessica/Sixtine, mais à une panoplie de personnages tous les plus différents les uns que les autres. Sans m’être attachée à eux, j’ai toutefois pris plaisir à les suivre. Nous avons Max Hausmann, un étudiant en architecture qui voue une passion aux pyramides d’Égypte ; Florence, journaliste à la BBC avec ses formes rondes et ses cheveux roses ; Franklin Hunter, mystérieux enquêteur ; Thaddeus, l’énigmatique meilleur ami de Seth, qui semble toujours dans l’ombre de l’héroïne, sans parvenir à déterminer s’il est un allié ou un ennemi, il est certain qu’il nous cache bien des choses ; Jessica alias Sixtine, la protagoniste, que nous suivons avec intérêt car nous voulons la même chose qu’elle : des réponses, découvrir le mystère de sa disparition et du meurtre de son époux, le comment, le pourquoi et surtout le qui.

 

À travers ces personnages, il nous semble tout d'abord suivre des sous-intrigues différentes. L'une veut faire un reportage sur la momie de Néfertiti, l'autre enquête sur le masque funéraire de Toutankhamon qu'il soupçonne d'être une contrefaçon et veut retrouver le vrai, un autre est persuadé de l'existence de galeries secrètes au sein de la pyramide de Khéops et veut le prouver. Nous avons également un directeur de musée, un faussaire, un policier. Une belle brochette de personnages ! Ceux-ci sont nombreux et le lecteur pourrait être dépassé et ne plus s'y retrouver, mais étrangement j'ai rapidement réussi à les situer. Mon seul souci est que je n'ai réussi à m'attacher à aucun d'entre eux, même s'ils sont tous globalement intéressants à suivre.

 

Avec ses différentes sous-intrigues, le roman peut nous sembler fouillis et partir dans tous les sens. On découvre pourtant progressivement que toutes ces sous-intrigues vont se retrouver liées de près ou de loin à l'intrigue principale autour de l'affaire de la disparition du couple Pryce. Disparition qui ne semble d'ailleurs qu'une infime partie d'un immense engrenage. Tout n'est pas très clair. Si le roman a su apporter son lot de réponses, il nous laisse encore avec de nombreuses questions qui, je le suppose, seront résolues dans les prochains tomes. Je suis notamment curieuse de savoir en quoi le masque de Toutankhamon est si important ainsi que le rôle de Néfertiti (ou du moins sa momie) dans cette histoire. Tout semble être lié à l’Égypte elle-même, son Histoire, son héritage antique. Peut-être même un pouvoir plus haut, celui des divinités. Je ne sais pas encore si Sixtine est un thriller qui va s'inscrire dans le fantastique ou rester ancré dans notre réalité. Seule la suite le révélera. J'ai hâte d'en apprendre plus !



Sixtine s’ancre dans un contexte qui m’a beaucoup intéressé, avec pour cadre l’Égypte. Nous connaissons l’Égypte antique que nous idéalisons et que les touristes recherchent, nous connaissons peut-être moins l’Égypte contemporaine. La réalité est loin de celle de l’Égypte des dieux et des pharaons et l'auteure s'emploie à nous la décrire avec beaucoup d'efficacité en nous entraînant dans une quête au cœur d'un pays déchiré par la révolution. En plein printemps arabe, l’Égypte connaît des périodes d'insécurité, de violence, d'instabilité mais aussi de corruptions liées au marché illégal d'art et d'antiquités.


Faites confiance à Hollywood pour rendre glamour ce qui est sordide. Croyez-moi, on est loin du trafic à papa où quelques gentilshommes-cambrioleurs se font plaisir avec deux ou trois trésors. Le marché illégal des antiquités, dans l'économie qu'il représente et dans son mode opératoire, a la triste distinction de faire partie du même club que le trafic d'armes, de drogue et d'humains. Les biens culturels sont une monnaie d'échange qui influe sur la géopolitique internationale, entre autres en finançant le terrorisme.


Les autorités égyptiennes sont déchirées par un dilemme. Faut-il laisser poursuivre le vol de ses antiquités pour permettre aux égyptiens de s’en sortir, financer des armes pour la révolution, et se laisser voler son Histoire et son identité, ou bien faut-il protéger ces œuvres à tout prix, et racheter les antiquités au prix fort, malgré la misère qui ronge le pays ? C’est un sujet, et même un débat, qui reste d’actualité. De nombreux pays européens se sont appropriés les trésors de l’Égypte et il est légitime que cette dernière veuille les récupérer, c’est son Histoire qui est morcelé aux quatre coins du monde, mais elle ne peut se permettre de les racheter à cause de la crise qu’elle connaît et les musées européens comme américains sont plus équipés pour protéger ce patrimoine, mais je m'égare (si je vous dis que j'ai étudié l'histoire et le patrimoine à l'université, est-ce que cela vous surprendrait ?)

 

L'auteure nous décrit une Égypte réaliste, avec ses périodes sombres mais aussi ses charmes. On a l'impression de sentir le vent du Sahara, l'odeur des lotus bleus, on a envie de boire du Karkadé, visiter les rues du Caire et le plateau de Gizeh

 

En résumé, une enquête intrigante qui nous entraîne dans une Égypte entre Antiquité et modernité, un pays qui souffre mais dont l'auteure fait ressortir toute la beauté, le mystère et le charme. Si je ne me suis pas attachée aux personnages, ils n'en demeurent pas moins intéressants et je suis curieuse de voir où l'auteure va nous emmener et quel est le fin mot de l'enquête.


- S'il n'y avait pas eu l'intervention de ces Européens que vous méprisez, il y a deux siècles, Khéops aurait été détruite brique par brique pour en faire un barrage, sur les ordres de votre pacha. Et votre musée...

Mais il [Max] ne finit pas sa phrase car il vit el-Shamy s'arrêter net. D'un coup, l'archéologue se retourna et fonça sur Max, cloué sur place.

- Soyez heureux, Hausmann, de n'avoir jamais eu à faire ce choix, d'être pauvre et pourtant d'avoir de l'or à portée de main. Vous savez combien les collectionneurs sont prêts à donner pour le plus petit morceau d'histoire pharaonique ? Nous n'avons pas les moyens de mettre une mitraillette derrière chaque antiquité. Alors, c'est à chaque Egyptien de choisir, tous les jours, entre vendre son âme pour des lendemains meilleurs et préserver son passé, parce que cet excité d'el-Shamy a dit que c'était tout ce qui nous restait. Si cette terre a encore des trésors, c'est parce qu'il y a des hommes et des femmes à travers l'Egypte qui gardent leur héritage avec des bâtons et des pierres contre les pilleurs avec des fusils d'assaut.

vendredi 19 mai 2023

Never, Never - Brianna R. Shrum.

James Hook is a child who only wants to grow up.

When he meets Peter Pan, a boy who loves to pretend and is intent on never becoming a man, James decides he could try being a child - at least briefly. James joins Peter Pan on a holiday to Neverland, a place of adventure created by children's dreams, but Neverland is not for the faint of heart. Soon James finds himself longing for home, determined that he is destined to be a man. But Peter refuses to take him back, leaving James trapped in a world just beyond the one he loves. A world where children are to never grow up.

But grow up he does. And thus begins the epic adventure of a Lost Boy and a Pirate.

This story isn't about Peter Pan; it's about the boy whose life he stole. It's about a man in a world that hates men. It's about the feared Captain James Hook and his passionate quest to kill the Pan, an impossible feat in a magical land where everyone loves Peter Pan. Except one.



Je m’embarque dans un nouveau pastiche de Peter Pan, qui se présente à la fois comme une préquelle et comme une réécriture de l’histoire d’origine, à travers le regard de James Hook (alias le capitaine Crochet en VF).



Tout ce que désire le jeune James est de grandir, être considéré comme une grande personne et devenir marin comme son père. Cela ne l’empêche pas de repenser occasionnellement à son enfance qui lui manque malgré tout, et de se plonger dans ses rêves d’enfant dans lesquels il est le capitaine d’un magnifique vaisseau, à la tête d’un équipage de pirates, vivant d’aventures. Lorsqu’il rencontre Peter Pan et qu’il lui propose de l’emmener au Pays Imaginaire, James voit là l’occasion de revivre son enfance une journée avant de revenir à Londres. James découvre ainsi le Pays Imaginaire, ses indiens, ses pirates, ses sirènes mais aussi les garçons perdus auprès de qui il s’intègre et avec qui il vivra plusieurs aventures. Comblé, James sait pourtant que toutes les bonnes choses ont une fin mais alors qu’il demande à Peter de le ramener chez lui, ce dernier refuse et, très vite, le rêve se transforme en cauchemar pour James qui se retrouve prisonnier du Pays Imaginaire.



Si je lui préfère Lost Boy, ce pastiche de Peter Pan n’en demeure pas moins intéressant. L’intrigue de base est excellente. Peter Pan amène James Hook au Pays Imaginaire et en fait un garçon perdu, sauf qu’il n’a jamais eu l’intention de le ramener chez lui et voici donc James contraint de vivre au Pays Imaginaire, d’abord auprès des garçons perdus, puis auprès des pirates auprès de qui il trouvera foyer et hospitalité après avoir été attaqué par Peter Pan pour avoir eu l’outrage de grandir. James n’aura alors de cesse de vouloir se venger de Peter Pan et de chercher désespérément le moyen de rentrer chez lui.



L’autre originalité du roman est la place de l’imagination. Tout ce qui existe au Pays Imaginaire est soit le fruit de Peter Pan, soit celui des garçons perdus. Chacun a imaginé un élément pour le Pays Imaginaire qui s’est donc formé pour exister. Ainsi, James découvre que les pirates – présents déjà bien avant son arrivée – sont le fruit de son imagination et qu’ils existent car James les a rêvés. De ce fait, les pirates reconnaissent dès le début James Hook comme étant leur capitaine, celui qu’ils ont longtemps attendu, celui à qui ils doivent leur existence. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé les interactions entre James et ses pirates. C’est un aspect du roman que j’ai beaucoup apprécié, d’autant que cela apporte de la richesse mais aussi une certaine forme de tragédie à l’intrigue [spoiler] par exemple, Lily la Tigresse est née car Peter l’a voulu, il a imaginé une jeune princesse indienne comme étant sa compagne et Lily doit malgré elle devenir l’amie de Peter, elle est attachée à lui par le pouvoir de son imagination. Même lorsqu’elle souhaite se rapprocher de quelqu’un d’autre, elle reste liée à Peter [/spoiler].



Ce roman ne manque pas en aventures, qu’il s’agisse du temps que James a passé avec les garçons perdus ou celui passé en compagnie des pirates. Cependant, l’aspect qui se dégage davantage de ce roman pour moi est la tragédie. Si nous suivons l’histoire du point de vue du capitaine Crochet et qu’il ne dépeint donc pas Peter Pan de façon favorable, l’auteure ne nous présente pas Crochet comme étant un personnage irréprochable avec Peter qui est uniquement le méchant de l’histoire (même si Peter Pan est loin d’être blanc dans cette histoire). James a également ses tords et si sa colère envers Peter est justifiée, à cause de tout ce que Peter lui a fait subir et lui a enlevé, James se raccroche à sa haine comme un coquillage à la coque d’un bateau. Même lorsqu’il y a de belles choses qui arrivent dans sa vie, il n’arrive pas à laisser derrière lui l’image du capitaine sanguinaire, ennemi juré de Peter Pan et qui veut sa perte à tout prix. Sa haine envers Peter a une telle emprise sur lui qu’il est incapable d’évoluer et d’aller de l’avant. S’il grandit physiquement, il reste obstiné dans son désir de vengeance et il ne peut garder ces choses qui le rendent heureux. Il est son propre frein, il se sabote lui-même au point où, à la fin, tout ce qu’il a et tout ce qu’il lui reste est sa haine et son désir de vengeance.



Pour autant, le roman souffre tout de même de longueurs, j’ai survolé de nombreux passages. Si la lecture restait divertissante, je n’étais pas fâchée d’avoir terminé ma lecture pour passer à autre chose. Il y a de très bonnes idées et ça se lit sans trop de difficultés, mais il manquait un je-ne-sais-quoi pour rendre la lecture plus dynamique. Je déplore également un peu le fait que James et Peter n’ont finalement pas brillé ensemble, en dehors de leur animosité, qu’ils n’ont pas commencé comme amis avant de finir ennemis, ce qui aurait ajouté un peu plus à la tragédie de l’histoire. Même lorsque James était à ses côtés, il n’était finalement qu’un garçon perdu parmi tant d’autres… Le roman reste toutefois plaisant à découvrir. C’est une réécriture intéressante de Peter Pan et du passé de James Hook, mais je lui préfère Lost Boy de Christina Henry.


“Strike, then,” Pan said. “Kill me now, and put an end to this adventure. I do not like it anyhow.” 

The look on his face tore into James’s heart. It was the confusion that hurt him so. That, and the profound misunderstanding Pan had regarding death, as though it was nothing, temporary. Hate him though he might, James knew that he was readying himself to kill a child. A child who deserved nothing less than death, but a child nonetheless. Like Peter had killed the child in him so long ago.

That, in truth, was all Peter was—a wicked, selfish boy who thrived on play and imagination and youth and understood nothing of the real world. James’s arm shook more and more violently, as did the blade, and he felt a helplessness welling up in him. Though everything in his heart told him to gut the boy and be done with it, he could not. He could not kill Peter Pan.

jeudi 23 juin 2022

L'incroyable voyage de Coyote Sunrise - Dan Gemeinhart.


Coyote, douze ans, vit avec son père Rodéo dans un vieux bus scolaire. Ensemble, ils sillonnent les États-Unis au gré de leurs envies, embarquant parfois quelques auto-stoppeurs à l'âme en peine.

Quand Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit, elle décide de tenter l'impossible : convaincre son père de traverser le pays en quatre jours pour arriver avant les bulldozers. Un défi de taille, puisque ce dernier a juré de ne plus retourner sur les lieux de la tragédie qui les a précipités sur les routes, cinq ans auparavant.

Mais le voyage est parfois plus important que la destination...



Depuis maintenant cinq ans, Coyote sillonne les États-Unis avec son père Rodéo, puis avec un chat roux nommé Ivan, dans un vieux bus scolaire qu’ils ont ré-aménagé comme étant leur lieu de vie. Ils sont sans cesse sur la route, voyageant au gré de leurs envies, prenant parfois des auto-stoppeurs. Leur petite vie tranquille est cependant bouleversée le jour où Coyote apprend par sa grand-mère que le parc de son enfance va être détruit. Dans ce parc est enfoui un bien très précieux que Coyote refuse de voir fauché par les bulldozers et décide coûte que coûte de retourner dans la ville où elle a grandi. Seulement, pour Rodéo, il est hors de question de retourner dans ce lieu chargé de souvenirs douloureux. Coyote doit donc élaborer un plan pour retourner chez elle sans éveiller les soupçons de son père…


C’est un roman road-trip très efficace, même si je déplore n’en avoir pas pris plein les yeux concernant tout le paysage naturel et culturel diversifié que peut offrir les États-Unis, bien que je conçois que Coyote cherche à tout prix à revenir dans la ville de son enfance le plus vite possible et qu’elle ne cherche donc pas à s’éterniser dans les lieux où ils s’arrêtent. Malgré tout, le roman nous offre une panoplie de personnages intéressants et les émotions sont bel et bien au rendez-vous !


Coyote est une héroïne plutôt adorable et attachante, généreuse et courageuse, un peu trop mâture pour son âge mais je mettrais ça sur le compte de la tragédie qu’elle a vécu si jeune dans sa vie. Elle forme un duo attachant avec son père Rodéo. On ne peut qu’être ému par le lien profond qui unit ces deux personnages. C’est plus qu’un lien père/fille, ce sont deux survivants qui sont la raison de vivre de l’autre, qui veillent et se protègent l’un l’autre, et qui feraient n’importe quoi pour l’autre et qui sont très complices, avec un petit grain de folie qui les rend attachants.


C’est un duo avec ses blessures et ses défauts, qui s’est crée une bulle en ignorant/fuyant un passé douloureux. Par un accord tacite, ni l’un ni l’autre ne doivent évoquer les fantômes de leur ancienne vie. De ce fait, certaines blessures sont encore vives car ils n’ont pas pris le temps de s’en occuper et ont préféré l’ignorer. Je pense notamment à Rodéo. Cela donne lieu à des scènes très touchantes entre le père et la fille. C’est plus qu’une histoire de road trip, c’est une histoire de deuil et comment accepter ce deuil et ses blessures. C’est parler des limites qui se sont posées et comment se réparer, comment faire face à ce qu’on a si longtemps fui et être en paix avec soi-même. Au fil du roman, on apprend petit à petit ce qui les a mené sur la route et pourquoi c’est si important pour Coyote (on devine d’ailleurs que Coyote et Rodéo ne sont pas leurs vrais noms) de revenir chez elle récupérer ce qui est enfoui dans le parc.


À ce duo vont se greffer une ribambelle de passagers qui vont rejoindre le bus petit à petit, chacun pour un motif différent. Fuir un mari et un père violent pour trouver une vie meilleure, quitter une famille homophobe, tout quitter pour rejoindre la personne que l’on aime et qui vit à l’autre bout du pays. Chaque passager a son histoire, sa richesse, ses secrets. Ce sont des âmes en peine écorchés par la vie mais toujours avec l’espoir d’un mieux. Grâce à une générosité et une entraide mutuelles, chacun va réussir à surmonter les épreuves difficiles. J’ai notamment beaucoup aimé l’amitié entre Coyote et Salvador, comment ils ont appris à se connaître, à se confier puis à s’entraider. Chacun va faire du bien à l’autre, l’aider dans son épreuve et ils ont des scènes très touchantes (je pense notamment à celle où ils se crient des secrets dans le vent, lorsqu’ils se retrouvent sur le toit du bus en marche).


L’arrivée de ces personnages permet d’aborder des sujets douloureux mais importants comme la violence familiale ou conjugale, l’homophobie, le deuil, etc. Je déplore toutefois certaines scènes assez irréalistes, notamment dans la façon de Coyote de persuader certains personnages d’embarquer avec elle dans le bus de son père et surtout la confiance rapide que ces personnages accordent à de parfaits inconnus. Même si au final, j’ai beaucoup aimé le voyage ainsi que la compagnie de chacun des personnages qui, avant d’embarquer, ont du répondre au test de Rodéo, répondre à trois questions : Quel est ton livre préféré ? Quel est ton endroit préféré ? Quel est ton sandwich préféré ? Mine de rien, ces réponses sont parfois révélatrices sur la personnalité de la personne.


De cette aventure, il se dégage beaucoup d’émotions et on en ressort grandi. Malgré les thématiques « graves » qu’il dégage, ce roman déborde de bienveillance et de dynamisme avec beaucoup d’émotion, de suspense, d’espoir, de tendresse et d’amitié. C’est une aventure triste mais tendre et profondément optimiste. Un joli roman pour l’été… et même après !


"Ça ne sert à rien de regarder derrière soi", répétait toujours Rodéo. Il repérait très bien quand j'étais en train de penser à elles - ma mère et mes sœurs. Je devenais silencieuse et triste. Il secouait la tête, les yeux humides. "Non, ma puce. Ne retourne pas là-bas. Ta gaieté, c'est ici et maintenant. Tu dois laisser tout le reste derrière toi." Mais je n'ai jamais réussi à le faire aussi bien que lui. Simplement, je le cache mieux, maintenant. Je suis devenue vraiment bonne pour regarder en secret ces souvenirs interdits. 

lundi 20 juin 2022

Un océan d'amour - Grégory Panaccione et Wilfrid Lupano.



Chaque matin, Monsieur part pêcher au large des côtes bretonnes. Mais ce jour-là, c'est lui qui est pêché par un effrayant bateau-usine. Pendant ce temps, Madame attend. Sourde aux complaintes des bigoudènes, convaincue que son homme est en vie, elle part à sa recherche. 

C'est le début d'un périlleux chassé-croisé, sur un océan dans tous ses états. Une histoire muette avec moult mouettes.



C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme, comme le chantait Renaud !



Je n'attendais pas grand chose de cette lecture, mon jugement faussé par la couverture simple, avec des teintes marrons et semblable à une boîte de sardines. Pourtant, Un Océan d'Amour se révèle être une jolie petite pépite dans le domaine de la bande-dessinée !



Un océan d'amour raconte l'aventure extraordinaire que vivra un couple breton. Monsieur est un pêcheur, tout petit et gringalet avec des grosses lunettes. Madame est un peu plus grande et bien en chair, avec sa traditionnelle coiffe bretonne. Alors que Monsieur part pêcher, lui et sa petite embarcation sont happés par un véritable colosse, un énorme cargo pollueur qui surpêche le poisson. Sur la terre ferme, Madame refuse de croire à sa mort et décide de partir à sa recherche contre vent et marrées. Au bord d'un paquebot de croisière où elle se fera remarquer, son odyssée la mènera jusqu'à Cuba tandis que Monsieur verra son errance en mer interrompue par une mouette peu farouche, des pirates et encore bien d'autres choses...



C'est une bande-dessinée muette, sans paroles. Ce n'est pas un handicap pour l'histoire comme pour l'auteur car ce dernier parvient avec justesse à faire retranscrire à ses personnages une multitudes d'émotion et à nous faire comprendre ce qu'il se passe par des gestes, des pensées et des émotions. Pour compenser l'absence de bulles, les dessins sont très expressifs. On se focalise aussi bien sur des petits détails que sur de grands cadres pour renforcer l'idée de paysages ou de passages incroyables, ce qui donne parfois de très jolies planches, notamment celles où l’on peut admirer la mer.


C'est une histoire qui lie avec justesse humour, poésie et aventure, tout en évoquant des problèmes écologiques tristement encore et toujours d'actualité : la surpêche, au détriment de la pêche locale ou encore les cargos pollueurs déversant pétrole et essence dans l'océan, détruisant la faune et la flore.



Quelques scènes nous renvoient également au monde ultra-consumériste dans lequel on vit, les médias, le régime de dictature de Cuba, le paraître... toutes ces choses au travers desquels notre couple passe, sans jamais rien changer dans leur petite vie tranquille et leurs habitudes. C'est aussi donc une ode à une vie simple à laquelle on s'attache, des petites habitudes. C'est aussi la Bretagne avec ses crêpes, sa dentelle, sa culture marine.



Si le scénario semble assez classique : un marin disparu en pleine mer et sa femme partie à sa recherche, notre couple vit tout un tas d'aventures cocasses, drôles, extraordinaires et parfois invraisemblables ! Monsieur qui se lie d'amitié avec une mouette qui lui apporte du poisson cru à manger ou lui donne des coups de bec quand il fait des bêtises, Madame qui devient célèbre et se fait aimer de tout un paquebot de luxe grâce à ses talents dans la dentelle, Monsieur et son incroyable rencontre avec des pirates, Madame bravant le régime de Cuba pour lancer des avis de recherche, etc. Invraisemblable, pourtant ça fonctionne !



Il est difficile de ne pas se prendre d'affection pour ce vieux couple que tout oppose mais profondément attachés l'un à l'autre, que l'on suit chacun leur tour dans leur voyage.



Une histoire tendre et humaine avec un couple attachant, une aventure rocambolesque dans laquelle on se laisse porter facilement et qui est dépaysante, qui donne bien envie de déguster une bonne crêpe bretonne !


mercredi 8 juin 2022

L'île au trésor - Robert Louis Stevenson


Tout va changer dans la vie du jeune Jim Hawkins le jour où le « capitaine », un vieux forban taciturne et grand amateur de rhum, s'installe dans l'auberge de ses parents. Jim comprend vite qu'il ne s'agit pas d'un client ordinaire. 

Ses soupçons se confirment lorsqu'un effrayant aveugle vient apporter au marin la tâche noire, symbole des pirates et synonyme de mort. Le jeune garçon se lance alors dans une périlleuse chasse au trésor.



Yoho, Yoho, a pirate's life for me ! 

... comment, c'est pas la bonne fiction ? 


Pour quelqu'un qui dit aimer la mer et s'intéresser aux histoires de pirates, je n'ai étonnamment rien lu à ce sujet jusqu'à présent, et je suis heureuse que le Ice Cream Summer Challenge m'ait motivé à découvrir enfin ce classique. Ce fut une belle surprise et une bien sympathique lecture ! J'écume les magasins et les sites internet à la recherche d'une adaptation de ce roman à me mettre sous la dent, après en avoir visionné quatre jusqu'à présent, pour dire à quel point je me suis attachée à l'histoire !


L'histoire nous est narrée par le jeune Jim Hawkins qui gère l'auberge L'Amiral Benbows tenue par ses parents et chez laquelle un vieux marin nommé Billy Bones a trouvé refuge. Méfiant et paranoïaque, il semble redouter l'arrivée d'un homme à une seule jambe et demande au jeune Jim de garder l'œil en échange d'un peu d'argent. Si aucun unijambiste ne vient perturber son séjour, Billy Bones est pourtant retrouvé par ses anciens camarades, dont un vieil aveugle qui lui remet la tâche noire, signe de mort chez les pirates. Son effroi face à ce macabre présent et une santé déjà fragilisée par une surconsommation d'alcool ont vite raison de Bones.


En fouillant dans les affaires du mort, Jim découvre une carte au trésor et comprend vite que des personnages bien plus sinistres que l'aveugle comptent retrouver Billy Bones et récupérer la carte par tous les moyens. Fuyant l'auberge avec sa mère, Jim trouve protection auprès du docteur Livesey et de Trelawney, le châtelain, qui s'intéresse de près à la carte de l'île sur laquelle le célèbre pirate, feu capitaine Flint, aurait dissimulé son trésor après avoir tué une partie de son équipage pour garder le secret. Désirant partir à la recherche de ce trésor, Trelawney s'entoure du docteur Livesey et fait de Jim un mousse, et décide de mettre tout en œuvre pour trouver un navire et composer une équipe pour partir à l'aventure... mais Trelawney ne sait pas tenir sa langue et très vite, la nouvelle d'une expédition pour le trésor de Flint parvient à des oreilles indiscrètes, notamment celles de pirates ayant fait partie de l'équipage de Flint...


Carte de l'île au trésor
(Cliquez ici pour une meilleure qualité)



J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, même si rien ne le présageait au départ, notamment avec ses quelques longueurs (notamment au début). C'est un véritable roman d'aventure sur fond d'histoire de pirates et de chasse au trésor. C'est le dépaysement assuré avec son île au sable chaud et doré, son soleil brûlant, les oiseaux qui hurlent, des squelettes qui s'accompagnent au paysage, sans oublier le vocabulaire marin et de la piraterie. 


Cette histoire nous est contée par notre protagoniste, Jim Hawkins, relayé parfois par le docteur Livesey quand Jim n’assiste pas à des évènements nécessaires à l’avancée du récit. Pourtant, j’ai senti une réelle différence. Là où Jim offrait un récit rythmé, cette deuxième voix narrative a quelque peu alourdi le récit. Si les péripéties ne manquaient pas, il me tardait de retrouver la voix de Jim.






Si l'intrigue est assez simple, à savoir la chasse au trésor, elle reste assez plaisante pour qu'on s'intéresse à l'histoire et que les pages se tournent avec plaisir. J'ai aimé cette histoire de trésor, caché par le capitaine Flint, qui est mort sans avoir livré son secret, et voir d'autres pirates, anciens compagnons de Flint, traquer ce trésor tout en étant hantés par le souvenir de Flint qui plane comme un spectre au-dessus de leurs têtes sitôt ils ont posé un pied sur l'île. R.L. Stevenson n'est pas avare en scènes d'action : mutinerie, combat entre l'équipage du navire et les pirates qui s'y sont infiltrés, course poursuite sur le navire ou sur l'île hostile, les efforts déployés pour survivre sur une île quand on est acculé par des pirates, la chasse au trésor bien-sûr, etc.


Les personnages ne sont pas en reste. Long John Silver est, de loin, le meilleur personnage du roman, celui qui m'a le plus passionné. Son comportement toujours ambigu, son courage, sa soif d'or, sa violence de pirate, mais ses codes d'honneur, sa sagesse, son intelligence, ses qualités d'orateur se mêlant à son vocabulaire de marin et de pirate, sa ruse. Il est roublard, trompeur mais tellement charismatique et sympathique, si bien qu'on espère qu'il s'en sorte, bien qu'il soit pirate. J'ai beaucoup aimé sa relation avec Jim Hawkins, le début d'amitié qu'ils tissent avant que tout ne bascule, et malgré la méfiance que Jim lui porte par la suite, il lui reconnaît ses qualités, sait qu'il ne peut compter que sur lui lorsqu'il se retrouve en compagnie des pirates, et souhaite même qu'il échappe à la justice.


Le protagoniste, Jim, n'est pas en reste. C'est un personnage plaisant à suivre, débrouillard, sensible, qui brave les dangers malgré ses peurs et qui mûrit au fil des pages. Je regrette qu'il n'ait rien dévoilé sur son devenir à la fin du roman, et qu'il s'est contenté de raconter ce qu'il était advenu des autres personnages, bien qu'il révèle être toujours hanté par l'île et ses fantômes. Les autres personnages sont corrects dans l'ensemble, se révélant plein de ressources, tels le capitaine Smollett, le Dr Livesey ou encore Trelawney, bien qu’ils auraient mérité un peu plus de développement afin qu’on puisse mieux s’attacher à eux.



Long John Silver, par Lorenzo Nuti sur Tumblr (Lien)


Les rebondissements ne manquent pas, des secrets se dévoilent, l'action est au rendez-vous, l'humour aussi ! Je repense encore à la scène où [spoiler] le capitaine Smollett prétend ne pas connaître le capitaine Silver, tout en sachant très bien que le pirate a pris sa place de capitaine, ou lorsque Silver se tire d'un mauvais pas parce que les pirates ont arraché la page d'une Bible [/spoiler]


Si je devais reprocher quelque chose au roman, outre quelques longueurs, c’est le vocabulaire de la marine et des pirates qui est parfois un peu complexe sans parler de l'emploi du subjonctif et autres temps littéraires. Le livre est supposé être un roman d’aventure pour la jeunesse, mais la lecture peut s’avérer laborieuse pour un jeune public. Même du haut de ma petite trentaine d’années, j’ai eu un peu de mal par moment, mais on ne peut pas nier que les aventures proposées ne peuvent que plaire à un jeune public.


Pour résumer : un bon roman d'aventure avec des pirates, une île mystérieuse et une chasse au trésor qui s'annonce comme la lecture idéale pour tout friand d'aventure, de pirates ou tout simplement pour bien se préparer pour l'été.


Je te le dis, je n'ai encore rien vu de bien sortir de la bonté. Celui qui frappe le premier a raison. Les morts ne mordent pas.