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vendredi 3 octobre 2025

What Manner of Man - St John Starling.

What would tempt you to sin?

A sweet and naïve priest at war with his desires, tormented by nightly dreams of a wicked demon.

A vampire lord forced to do the unthinkable, battling needs he can scarcely control.

Father Ardelian has been summoned to a distant, secluded island to perform an exorcism. What will happen when he begins to suspect his host — the mysterious, nocturnal lord of the manor — of wanting him for another reason entirely? Will the piously celibate priest be able to resist his monstrous host’s diabolically seductive charms?

What Manner of Man is a blasphemous queer horror romance about a priest and a vampire, inspired by Bram Stoker’s Dracula. A tale of forbidden love with themes of devil worship, demonic possession, and human sacrifice — this is the long-awaited completed version of the widely beloved story which rose to fame and fortune in the form of a newsletter!


What Manner of Man est un de ces romans dans lesquels il me tardait de me plonger, et pour lesquels je ne pouvais pas attendre d’éventuelle traduction française un jour. Et puis, je ne pouvais pas envisager de Pumpkin Autumn Challenge sans vampires !


Dans les années 1950, le jeune prêtre Victor Ardelian débarque sur une île reculée au large de l’Angleterre, à la demande de Lord Vane en quête d’un prêtre exorciste pour exorciser sa demeure ancestrale qu’il pense rongée par le mal. Mais, plus le Père Ardelian passe de temps auprès de son étrange hôte, plus il lui semble évident que c’est le Lord en personne qui est possédé par le démon, et non sa demeure. Ardelian se met ainsi en quête d’informations afin d’en apprendre plus sur Lord Vane et les circonstances de cette possession, et décide donc d’explorer le château et ses environs, et découvrira bien plus qu’il ne l’espérait : passages secrets, ancien autel païen, ruines de cathédrale, mais aussi une attirance de plus en plus profonde pour son mystérieux hôte.


J’ai beaucoup aimé me plonger dans l’ambiance purement gothique du roman. On y retrouve les principaux ingrédients du genre : l’omniprésence d’une nature sauvage, des ruines, des décors lugubres, la présence du surnaturel et une intrigue qui mêle à la fois l’horreur, le romantisme et le mystère. Étant friande de ce genre de littérature, j’ai été servie avec ce roman, et je dois dire avoir été vraiment bien nourrie. Et comme j’avais été visiter l’exposition gothique au Louvre-Lens, cette lecture tombait bien pour me permettre de rester un peu dans le thème.


Notre protagoniste, le Père Victor Ardelian, n’est pas un prêtre comme les autres. Peut-être est-ce sa jeunesse qui le rend ainsi, toujours est-il que notre prêtre est naïf (peut-être un peu trop naïf), idéaliste, peut-être trop enclin à faire rapidement confiance et… oserais-je dire innocent quand notre père ne cache pas aux lecteurs que nous sommes sa fascination pour les monstres et les démons, et qu’il prend vite goût aux étranges rêves érotiques dont il est victime ? Oui, le père Ardelian est indéniablement un personnage intéressant. Quel prêtre peut se vanter d’une telle fascination envers l’ennemi qu’il est supposé combattre ? D’autant plus qu’il était assez délicieux de le voir peu à peu succomber à la tentation, et qu’il y a quelque chose d’attrayant dans ce mélange de religion et d’érotisme, ce goût d’interdit qui revient sans cesse.


Quand à notre vampire, Lord Vane a tout d’un gentleman, même si on devine bien vite sa nature. Il est toutefois intéressant de constater que le nom de sa nature n’est évoqué que tardivement dans le roman. Lord Vane est un vampire qui souffre de sa condition, sans pour autant se la jouer Edward Cullen. Il souffre de sa nature de vampire, mais il n’en demeure pas moins monstrueux pour autant, mais peut-être davantage à l’image d’un dieu, capable d’actes monstrueux comme de clémence.


Il est indéniablement charmant et charismatique, et on sent chez lui une certaine humanité qui nous fait nous dire qu’il n’est peut-être pas complètement perdu, mais il n’en demeure pas moins un monstre avec des appétits. Il a soif de sang, et il aime séduire et corrompre ses victimes (ici, en l’occurrence, notre prêtre), il sait séduire, mais on devine aussi qu’il ne demeure pas insensible aux charmes d’Ardelian et qu’il est attiré par sa bonté et son humanité.


J’ai beaucoup aimé aussi le développement de leur relation, et jusqu’au bout je me suis demandée quelle fin attendait nos deux amants tragiques. Cela dit, je trouve que [spoiler] Ardelian se retrouve peut-être un peu trop à l’aise par rapport à sa sexualité et le fait qu’il est séduit et attiré par un vampire, je pensais qu’il aurait été un peu plus en conflit avec lui-même sur ce plan, et il finit par rejeter sa foi sans beaucoup de regrets alors que je pensais sa foi solide, même si je m’attendais à ce qu’il ait une crise de foi [/spoiler]. J’ai aussi trouvé la fin un peu trop précipitée, et je m’attendais à quelque chose de plus gros concernant l’origine du vampirisme de Lord Vane.


Cela dit, cela reste un roman que j’ai tout simplement dévoré. J’ai aimé son ambiance gothique, cette romance interdite, son île maudite, et la religion catholique qui se heurte aux anciennes religions païennes, et une belle plume qui nous transporte. Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus, j’ai bien aimé le marin Silas ainsi que le couple formée par les charmantes Danny et Sylvia. En somme, ce roman est une belle découverte !


”This silence from Heaven is more than I can bear. I know Christ is with me, but I cannot hear him. I yearn for Him to take me again, bend me beneath His force, break me, make me anew. It is only in servitude to Him that I can be free. And yet for all that I have laboured to admit Him, I find I am betrothed to his enemy.”

jeudi 13 mars 2025

Un jardin de mensonges - Susan Fletcher.


Certains fantômes hantent les demeures, d'autres les cœurs...

Londres, 1914. Atteinte de la maladie des os de verre, Clara vit recluse depuis toujours, choyée par une mère qui lui raconte le monde. À sa mort, la jeune femme prend son destin en main et s'initie clandestinement à la botanique.

Elle est bientôt engagée par Mr Fox pour créer sur son domaine une serre de plantes exotiques. Mais, à peine arrivée à Shadowbrook, elle ressent un étrange malaise. Le mystérieux maître des lieux brille par son absence, la gouvernante est terrifiée, et une présence semble hanter les couloirs de la demeure, où les fleurs fanent en quelques heures...

Avec son étrange héroïne à la peau diaphane, Un jardin de mensonges est un brillant hommage aux grands romans gothiques. C'est aussi le récit de l'émancipation d'une femme qui tente de reprendre possession de sa vie et de son corps, servi par une plume aussi vénéneuse que sensuelle...


Je sors de cette lecture mitigée.


Ce roman me présentait des éléments prometteurs : une héroïne infirme (chose rare dans la fiction), qui s’intéresse à la botanique, une ambiance gothique avec un manoir ancien et hanté, des mensonges et des secrets, un fantôme tourmenté, le contexte historique qui est celui de la belle époque, à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Tout était là pour me plaire et je me suis plongée avec enthousiasme dans ce roman.


J’ai beaucoup aimé le début, avec un premier chapitre assez long qui nous présente Clara, sa mère, son beau-père, sa maladie. Comment, à défaut de sortir, elle a découvert le monde à travers des cartes et des ouvrages. Puis, son émancipation suite à la mort de sa mère, comment elle décroche son travail pour s’occuper de la serre de Mr Fox, la découverte du manoir et des employés, les absences fréquentes et mystérieuses de Mr Fox, puis les histoires autour des anciens propriétaires du manoir.


Clara est une protagoniste qui ne laisse pas indifférente. Elle a la maladie des os de verre. De ce fait, tout pour elle représente un danger. Rien qu’une légère bousculade peut lui briser les os. Elle a longtemps vécu enfermée dans la maison familiale, auprès d’une famille aimante, et qui a eu comme compagnons les livres qui lui ont parlé de ce monde extérieur inaccessible. C’est une jeune femme qui a du se forger une carapace et qui cherche à s’émanciper, à vivre sa vie comme elle l’entend, sans être limitée ou définie par sa maladie. Elle est déterminée, cultivée et elle a son franc-parler.


Le hic ? Clara n’est pas une héroïne attachante. Elle m’a semblé bien antipathique pendant une bonne partie du roman. Elle est TROP curieuse d’une part, une curiosité qui frise souvent le côté mal élevé, avec des questions déplacées, ce qui m’a pas mal dérangé, et j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi elle se projette tellement dans les problèmes du manoir où elle travaille et ce depuis les premiers jours.


Bien-sûr, il faut bien que l’histoire progresse et celle-ci nous présente un mystère, mais je trouve un peu ridicule la curiosité mal placée et l’entêtement de l’héroïne qui trouve offensant que son employeur soit souvent absent du manoir et qu’il ait mis du temps pour l’accueillir enfin, rien que pour citer un exemple.


Clara est aussi paradoxale. Elle souhaite se débrouiller seule et être vue au-delà de son handicap, mais c’est souvent elle qui met sur la table sa maladie et elle se permet d’être franchement antipathique avec des personnages qui ne le méritent pas et qui sont, pour la plupart, agréables avec elle, malgré son côté mêle-tout et abrupte.


Pour parler de l’autre élément à m’avoir chagriné, c’est l’intrigue en elle-même. En vérité, je ne saurais dire si je dois applaudir un tel plot twist ou ne pas apprécier le fait qu’on m’a mené en bateau. Encore que je peux excuser le fait que [spoiler] il n’y ait pas un fantôme et que c’est un mensonge taillé de toute pièce, après tout, le roman ne s’intitule pas « Le jardin des mensonges » pour rien ; non, c’est la raison de l’existence de ce mensonge qui me paraît franchement tiré par les cheveux. Un mensonge qui terrorise les villageois et les employés du manoir… tout ça pour que Machin attire chez lui son fils qui est en froid avec lui et la fille qu’il n’a jamais connu, inutile d’ailleurs de vous dire QUI est la fille en question [/spoiler]


L’intrigue reste malgré tout bien menée et nous propose une réflexion intéressante sur le poids de la rumeur et des mensonges qui peuvent se révéler incontrôlables et que certains parviennent à manipuler à leur avantage, ce qui m’a un peu rappelé L’île aux mensonges, de Frances Hardinge. L’écriture de l’auteure est également fluide, il y a des messages forts qui dégagent du texte.


Malheureusement, il y a des longueurs et je n’ai pas été conquise par le dénouement que j’ai trouvé tiré par les cheveux, ni par son héroïne qui – bien que non détestable – est franchement antipathique la plupart du temps. J’ai aussi trouvé la fin un peu trop rapide et elle m’a laissé un peu en suspens. Les personnages secondaires auraient également mérité d'être plus approfondis de mon point de vue (surtout le père Matthew). Je ne dirai pas avoir été déçue de cette lecture car le roman a de très bons aspects, malheureusement les points noirs ont fait que je ressors assez mitigée. Dommage… 


Et vous avez dit « infirme » mais, mademoiselle, n’y a-t-il pas des plantes qu’il faut relever par du bambou ? Elles n’en sont pas moins ravissantes. Alors, je vous en prie, n’écoutez pas les racontars de ceux qui n’ont pas de cervelle.

vendredi 22 mars 2024

Mexican Gothic - Silvia Moreno-Garcia.


Après avoir reçu un mystérieux appel à l’aide de sa cousine récemment mariée, Noemí Taboada se rend à High Place, un manoir isolé dans la campagne mexicaine. Elle ignore ce qu’elle va y trouver, ne connaissant ni la région ni le compagnon de sa cousine, un séduisant Anglais.

Avec ses robes chic et son rouge à lèvres, Noemí semble plus à sa place aux soirées mondaines de Mexico que dans une enquête de détective amateur. Elle n’a pourtant peur ni de l’époux de sa cousine, un homme à la fois troublant et hostile, ni du patriarche de la famille, fasciné par son invitée… ni du manoir lui-même, qui projette dans les rêves de Noemí des visions de meurtre et de sang.

Car High Place cache bien des secrets entre ses murs. Autrefois, la fortune colossale de la famille la préservait des regards indiscrets. Aujourd’hui, Noemí découvre peu à peu d’effrayantes histoires de violence et de folie.


Je pensais attendre le prochain Pumpkin Autumn Challenge pour me mettre ce roman sous la dent, mais des avis enthousiastes sur Tumblr m’ont poussé à découvrir ce titre plus tôt.



Il est vrai que ce roman serait parfait pour la période automnale / Halloween. Une ambiance purement gothique avec son manoir lugubre et sinistre, son cimetière brumeux, un huis-clos oppressant, une famille avec de sombres secrets et ses fantômes, une rumeur de malédiction… Autant dire que notre héroïne, avec sa joie de vivre et ses robes colorées, va être mise à rude épreuve !



Noemi est une jeune femme qui profite des joies de la vie et qui chérit sa liberté et son indépendance dans le Mexique des années 1950 et qui préfère les études et les soirées festives à la perspective du mariage. Elle n’aime rien de plus que les villes qui grouillent de monde, la musique, les jolies robes, faire des rencontres. Quand son père reçoit une lettre troublante et confuse de la part de la cousine Catalina, il envoie Noemi dans le manoir où elle réside avec la famille de son mari, les Doyle. À son arrivée, Noemi découvre un manoir lugubre et malaisant et des habitants tout aussi dérangeants. Virgil, le mari de Catalina, un homme froid, obscur et autoritaire. Florence, la maîtresse de maison, une femme stricte qui surveille Catalina comme un vautour et qui impose le respect des règles de maison. Howard, le patriarche, un vieil homme malade et obsédé par l’eugénisme et la pureté des races. Puis, il y a Francis, le cadet, un jeune homme doux et sensible qui diffère par sa gentillesse peu conforme à l’endroit et au reste de la famille Doyle.



Au manoir, rien n’est fait pour que Noemi se sente la bienvenue. Ses visites à Catalina sont surveillées ou chronométrée. Le manoir est une bâtisse délabrée où sévissent des mœurs austères d’un autre temps et qui ne dispose pas du confort moderne. Noemi ne peut se rendre en ville sans chaperon. La famille Doyle, à l’exception de Francis, n’est guère accueillant avec Noemi. Quant à Catalina, elle est bien mal en point, elle nous apparaît comme apathique lorsqu’elle n’entend pas des voix. Un mal que l’héroïne semble commencer à avoir… ses étranges cauchemars qui semblent réels dans lesquels la maison l’étouffe et des entités lui parlent…



‘Mexican Gothic’ de Mia Araujo.


Le gros problème du roman est son rythme. Pendant une bonne partie de l’histoire, il ne se passe pas grand-chose avant que tout ne s’accélère à la fin. Plus de la moitié du roman sert à planter le décor, à décrire les personnages. Quelques éléments titillent notre intérêt lorsque Catalina évoque les voix qu’elle entend, les cauchemars de Noemi pendant ses nuits au manoir, les rumeurs et histoires autour de la famille Doyle. Il est aussi question de champignons et de moisissures, qui contribuent à la fois à l’aspect lugubre du manoir mais qui auront leur importance dans l’intrigue.



Si l’on s’attend à de l’action, à des péripéties, il faudra prendre son mal en patience car le roman mise avant tout sur son ambiance purement gothique et mystérieuse. L’auteure prend le temps d’installer une atmosphère angoissante et malaisante et c’est efficace. Le manoir de High Place, décati, froid et humide, est décrit quasiment comme une entité à part entière, oppressante et dangereuse. Le roman m’a séduite par son ambiance purement gothique et horrifique, flirtant avec le fantastique. Si la première moitié m’a paru lente, l’arrivée des éléments surnaturels a amélioré ma lecture. C’est donc un roman horrifique, pas tant dans le sens où le but est de terrifier le lecteur, mais davantage dans l'ambiance, cette atmosphère malsaine et oppressante qui met mal à l'aise. Mais l'horreur passe aussi bien à travers certains thèmes abordés au cours du roman [spoiler] inceste, cannibalisme, fausse couche, suicide et autres joyeusetés [/spoiler], donc prudence aux âmes sensibles !


Le roman parvient à maintenir son suspense jusqu’au bout concernant la raison du mal-être de Catalina et les secrets et déviances de la famille Doyle. Il faut dire que ce sont de drôles de lascars ! Famille originaire d’Angleterre, venue chercher fortune au Mexique, qui a trouvé sa richesse en faisant exploiter des mines d’argent. Mines qui ont du fermer suite à une étrange épidémie, après une tentative de soulèvement de ses ouvriers. Ajoutons à cela que la famille Doyle a eu son lot de drames et qu’elle vit désormais recluse, figée dans les mœurs d’un autre temps. On est tenu en haleine pour connaître ce qui se cache derrière l’univers mystérieux du manoir et découvrir les secrets sombres de cette famille tordue.




Francis Doyle et Noemi Taboada (art de Basicbard sur Tumblr)



Le roman présente également une fantaisie originale. J’ai beaucoup aimé l’idée que [spoiler] les champignons, évoqués dans le roman, soient la cause de ce mal, qu’ils entrent en symbiose avec leurs hôtes – soit des membres de la famille Doyle qu’ils choisissent – et qui capte les pensées et souvenirs de ses hôtes et a le pouvoir d’influencer l’esprit des habitants de High Place, avec des cauchemars ou des hallucinations. Cela m’a rappelé l’arbre dans L’île aux mensonges, mais une version beaucoup plus maléfique [/spoiler].



Concernant les personnages, ils sont plutôt bien campés. Noemi est aventureuse et intelligente, bien décidée à ne jamais se laisser marcher sur les pieds, débrouillarde et cultivée qui a touché un peu à tout, notamment dans les sciences. Francis est le seul membre de la famille Doyle que l’on prend en sympathie et que l’on a envie de protéger contre sa propre famille. Francis m’a beaucoup touché et intrigué, et j’ai aimé l’évolution de sa relation avec Noemi. On se prend d’empathie pour Catalina qu’on espère voir se rétablir et libérée de l’influence néfaste du manoir. Quant aux autres membres de la famille, ils remplissent leur rôle.



Il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour que Mexican Gothic soit un coup de cœur, mais ça reste tout de même une bonne lecture ! Si le début m'a paru un brin trop lent, l’atmosphère pesante, due aux mystères qui entourent High Place, l’ambiance purement gothique, et les secrets de famille qui se dévoilent petit à petit, font peu à peu le job et l’histoire se fait finalement prenante !


Lorsque Noemí était encore petite fille et que Catalina lui lisait des contes de fées, cette dernière évoquait souvent « la forêt », l’endroit où Hansel et Gretel jetaient leurs morceaux de pain, ou le Petit Chaperon rouge croisait la route du loup. Enfant de la ville, Noemí avait compris sur le tard que les forets existaient réellement et pouvaient être placées sur une carte. Sa famille passait les vacances dans l’Etat de Veracruz, en bord de mer, sans l’ombre d’un grand arbre en vue. Même après toutes ces années, la forêt restait associée dans son esprit aux images des livres pour enfants, avec lignes au fusain et à-plats de couleur.

samedi 17 septembre 2022

La dame au linceul - Bram Stoker.



"Là, sur la terrasse, dans la clarté lunaire maintenant plus intense, se tenait une femme vêtue d'un linceul trempé qui ruisselait sur le marbre, faisant une flaque qui s'écoulait lentement sur les marches mouillées. Son attitude et sa mise, les circonstances de notre rencontre, me donnèrent aussitôt à penser, même si elle se mouvait et parlait, qu'elle était morte. Elle était jeune et très belle, mais pâle, de la pâleur éteinte et grise des cadavres. " 

Extrait du journal de Rupert Sent Leger, cette scène - dans la pure tradition du genre - donne bien le ton de cet admirable roman gothique où s'entrelacent lettres, billets, fragments de journal intime et notes pour raconter les aventures étranges et inquiétantes d'un jeune homme sans le sou devenu du jour au lendemain châtelain dans les Balkans...




Rupert Sent Leger hérite de son oncle décédé son château de Vissarion, situé dans les Montagnes Bleues, en Europe de l’Est. Aventurier dans l’âme, il décide de quitter son Angleterre natale pour y vivre. Il est vite conquis par le charme désuet du château ainsi que par les paysages et ses habitants, et entend bien se faire aimer d’eux tout comme il les aime déjà. Après quelques semaines passées dans sa demeure et après avoir invité sa tante Janet en vue de compagnie, les nuits de Rupert se retrouvent hantée par une mystérieuse apparition. Celle d’une femme envolée d’un linceul humide. Rupert se hâte de la faire entrer et la réchauffer, s’interrogeant sur sa curieuse invitée. Qui est-elle, d’où vient-elle et que lui est-il arrivé ? La jolie dame ne se dévoile pas mais supplie son hôte de la laisser se reposer près de lui et de lui apporter chaleur et réconfort, avant de s’enfuir le matin venu. Rupert est dévoré de curiosité et ne cesse de guetter, chaque nuit, l’apparition de cette étrange dame…


Le début est un peu long et laborieux et peut dissuader le lecteur de continuer sa lecture. Pourtant, après être enfin venu à bout du testament de l’oncle du protagoniste et les histoires de famille, le roman devient plus intéressant. Les premières pages ne présentent d’intérêt autre que celui de poser le contexte et d’introduire l’arrivée de Rupert au château. Fort heureusement, le lecteur n’aura pas grand besoin de connaître l’histoire des ancêtres et parents du protagoniste pour suivre le récit.


La force du roman, c’est bien entendu sa charmante et envoûtante atmosphère gothique. Il n’y a rien d’étonnant à cela, car La Dame au Linceul compile de nombreuses caractéristiques propres au roman gothique : nous avons un château magnifiquement décrit, une crypte mystérieuse, des décors naturels sortis tout droit des légendes, des paysages nocturnes, des tempêtes, une femme désespérée, voire persécutée, diablement belle et entourée de bien des mystères, des mentions au vampirisme, l’omniprésence de la nature et des ténèbres. Dès le départ, Bram Stoker nous plonge dans une ambiance de mystère, d’inconnu, d’inexplicable, un personnage féru d’occultisme (la tante), un paysage envoûtant par son côté sauvage et son exotisme (nous sommes ici dans les Balkans), un jeune héros fringant et aventurier avec un esprit noble et aventureux. Une dame étrangement belle et entourée de mystères, elle semble sortie d’un songe, elle semble même venue d’un autre monde. On se demande qui elle est exactement, quelle est sa nature, quelles sont ses intentions. Comme le protagoniste, on guette chacune de ses apparitions. N’oublions pas non plus le romantisme qui n’est pas à négliger avec le jeune Rupert qui va vite vouer un amour aveugle à sa belle inconnue dont il ne sait pourtant absolument rien.


La romance, si elle est rapide, a un aspect plutôt intéressant dans le sens où Rupert a vite conscience de la probable nature surnaturelle de son aimée, ce qui change de la plupart des romans gothique où l’on découvre la véritable nature du vampire/monstre/etc vers la fin du récit, alors que Rupert a des doutes assez rapidement et qu’il est prêt à tout pour celle qu’il aime, peu importe ce qu’elle pourrait être et qu’il espère même la sauver (j’aurais trouvé plus intéressant qu’il choisisse d’avoir une relation avec elle, en dépit de sa nature monstrueuse). La scène de rituel dans l’église [spoiler] ou plutôt leur mariage [/spoiler] m’a beaucoup plu, l’ambiance était mystique à souhait !


La Dame au Linceul n’est pas sans rappeler La Morte Amoureuse, de Théophile Gautier, lui-aussi étant un récit gothique. Si je devais retenir une chose de ce texte, ce serait sa résolution… à travers les secrets de cette chère dame blanche. C’est inattendu, complètement sorti de nulle part, et j’ignore si je dois féliciter Bram Stoker pour nous avoir surpris à travers son plot twist inattendu ou si je dois être déçue et me plaindre d’avoir été ainsi trompée [spoiler] c’était bien joué, de nous faire croire que la dame était un vampire alors qu’il n’en est rien et que c’est un stratagème mis en place pour sa sécurité… c’est finement trouvé, mais je ne peux m’empêcher d’être déçue car je m’attendais vraiment à trouver une histoire de vampire [/spoiler]. Bien joué Bram Stoker, bien joué…


Cela n’enlève rien à la qualité du texte bien qu’il reste assez oubliable. Je ne peux pas nier la beauté du récit, notamment à travers ses descriptions et son ambiance purement gothique qui envoûte son lecteur et lui donne envie de visiter, lui-aussi, le château de Vissarion et ce pays mystérieux, un peu hostile, mais enchanteur.


Inter arma silent leges - la voix de la raison se tait dans les moments de passion. Morte, ou morte-vivante, elle peut bien l'être, mais je l'aime, et quoiqu'il arrive, dans ce monde-ci ou dans un autre, elle est mienne. Dussé-je la sauver des enfers, elle sera ma compagne.

Livre quatrième - Sous le mât du drapeau.

lundi 30 novembre 2020

Mercy - Mirka Andolfo.


Jusqu'à quel point peut-on changer par amour ?

Alaska, fin du XIXe siècle. Lady Hellaine, une femme d'apparence noble et aux origines mystérieuses, débarque dans la petite ville de Woodsburgh non loin de l'épicentre de la ruée vers l'or du Klondike, Dawson City. La petite communauté minière d'apparence paisible est en émoi suite à une série de meurtres sanglants. 

Qui sont les coupables de ces atrocités et surtout, quels desseins animent la nouvelle notable de cette bourgade où les secrets les mieux enfouis pourraient bien surgir à tout moment... ? Lady Hellaine ne tardera pas à abattre ses cartes pour déstabiliser les forces en présence.



Je termine le Pumpkin Autumn Challenge avec le premier tome d’une bande-dessinée. J’aurais préféré attendre de lire les tomes suivants avant de faire un avis plus complet, toutefois je souhaitais vous parler de ce titre.


Nous sommes à Woodsburg, une ville en Alaska, au XIXe siècle. L'histoire débute dans une mine d'où surgissent des coups de feu. Une femme s'accroche désespérément au cadavre de son mari. Quelque chose de monstrueux semble attaquer les personnes qui se trouvent dans la mine. Ces derniers décampent, après avoir fait exploser la mine. La chose monstrueuse semble alors vaincue. Tout cela en deux-trois pages. Quelques années plus tard, les habitants de Woodsburg se sont présentés au cimetière pour commémorer l'explosion de la mine. Lady Gloria Swanson, qui a perdu son mari dans la mine, est présente mais sa présence n'est pas bien perçue par certains. En parallèle, une jeune noble du nom de Lady Nolwenn Hellaine, accompagnée d'un étrange homme qui se fait passer pour son majordome, s'installent en ville. La beauté de Lady Hellaine est stupéfiante et fait tourner la tête de nombreux hommes. Pour fêter son arrivée, elle décide de donner une petite fête à laquelle sont conviés les notables que compte la ville, ignorant que leur sublime hôte n'est pas ce qu'elle semble être.


L'histoire démarre donc fort ! Dès les premières pages, nous avons affaire à un drame au sein d'une mine où des personnages se battent contre une chose non-identifiable et monstrueux, contraignant les protagonistes à fuir la mine et la faire exploser, sans se douter que quelque chose a survécu dans les décombres. Dès le début, nous sommes amenés à nous interroger. Qui est cette chose monstrueuse et comment s'est-elle trouvée là, comment les personnages l'ont découverte et ont été amenés à entrer dans la mine, pourquoi Lady Swanson est mal perçue par certains individus qui vont jusqu'à la traiter de meurtrière ? Si on peut deviner ce qui est advenu de la chose de la mine et le secret que Lady Hellaine cache, on se doute que celle-ci décèle encore de nombreux secrets et que le mystère autour de la mine et de la créature qui la hanta jadis sera révélé progressivement au cours de l'intrigue. Les premières bases de l'intrigue ont été posées dans ce premier tome ainsi que les premières interrogations, nous donnant envie de lire la suite et de percer le mystère, d'en apprendre plus sur les principaux protagonistes et leurs secrets.


Nous suivons différents personnages : Lady Swanson, une dame de la haute société qui fut présente lors de l'attaque de la mine où elle y a perdu son mari, et qui possède secrètement le bordel du village ; Rory, une jeune Amérindienne miséreuse, devant travailler pour un homme tyrannique, qui se languit de sa mère disparue et dont elle est persuadée qu'elle est un ange ; Lady Hellaine, une jeune noble de grande beauté, dont on commence à découvrir l'aspect surnaturel, et dont les intentions et les origines nous sont mystérieuses, ainsi que Godwill, l'homme qui se fait passer pour son majordome et qui cherche à faire jouer un rôle à "sa protégée" ; ainsi que d'autres personnages secondaires.


C'est un récit gothique à souhait, entre l'horreur et le fantastique. Si la véritable nature de Lady Hellaine, et de la chose de la mine, n'est pas encore dévoilée, on remarque quelques petites similitudes avec le thème du vampire (la beauté presque surnaturelle, ne pouvoir se repaitre que de l'énergie vitale des humains) tout en s'éloignant de cette charmante créature à crocs. La tension commence à grimper dans cette ville encore traumatisée par l'explosion de la mine alors que l'arrivée de Lady Hellaine déclenche toutes les réactions, entre ceux qui sont subjugués et séduits à ceux qui se méfient, la jeune lady, à sa grande surprise, découvre elle-même se sentir affectée par certaines personnes, dont la jeune Rory, ce qui serait susceptible de changer ses plans.


Au travers du récit, on note également certaines thématiques abordées, telles que l'esclavage et le travail des enfants ou encore la discrimination. On note également, dès les premières pages, l'aspect horrifique du récit, certaines images sont gores et seraient susceptibles de choquer des âmes sensibles. Toutefois, depuis que j'ai vu la sublime couverture de ce premier tome, j'ai été attirée par les traits de Mirka Andolfo, ses graphismes sont magnifiques, et elle sait tout aussi bien manier l'innocence que le glauque, les couleurs opulentes et les ombres opaques ! On en prend plein les yeux !


Un récit d'horreur et de fantastique qui débute bien et qui m'a déjà séduite par la beauté de ses graphismes, et qui nous laisse sur notre faim ! J'ai hâte de lire le prochain tome pour voir ce que la suite de l'intrigue nous réserve. Je ne pense toutefois pas faire de nouvel article pour la suite, uniquement mettre à jour celui-ci...