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jeudi 14 avril 2022

L'art d'aimer - Ovide.



La séduction : un art subtil, un rite mis à l'honneur pendant la Renaissance avec les cours d'amour, mais déjà chanté par Ovide. La femme étant libre de ses sens et de ses sentiments, comment la conquérir ? Où tendre ses filets ? Compliments, promesses, larmes, baisers, hardiesse... Toutes les armes sont bonnes. Celle que l'on aime une fois séduite, comment la retenir ? 

Au terme d'un jeu dont le prix est le plaisir, l'amant raffiné a plus d'une corde à son arc... Quant à la femme, il lui appartient de garder son éternel féminin, ce qui n'est pas le plus facile... 

Au-delà de l'artifice, l'art doit gouverner l'amour. Un art dans lequel Ovide est passé maître.



L'art d'aimer se veut être un guide d'initiation à l'amour mais surtout à la séduction pour les Romains et les Romaines de son temps. Il est divisé en trois livres, assez courts :



Le premier livre enseigne aux hommes à comment séduire les femmes (Ovide ne parle pas des amours homosexuelles, les considérant comme non-naturelles) en décrivant notamment où faire des rencontres à Rome (le cirque, le forum, le théâtre, lors de repas, etc.), les périodes les plus favorables pour séduire selon le calendrier romain, comment engager la conversation. Par exemple : si la rencontre se fait au cirque lors des jeux, il suggère de demander à la personne désirée quel est son cheval préféré parmi ceux qui font la course et ce cheval doit devenir le préféré de l'amoureux transit ; ou encore, enlever la poussière de ses vêtements, ramasser un pan de manteau qui traîne à terre afin qu'il ne se salisse pas, etc. Il parle également des lettres d'amour ainsi que le soin à porter à sa tenue et à sa personne afin de mieux séduire, par exemple : pas de tenue large, pas de coupe de cheveux maladroite, être bien coiffé, bien rasé ou sinon une barbe bien taillée, avoir bonne haleine, l'importance des compliments mais ne pas parler sous l'influence du vin, etc.



Le second livre apprend à transformer sa conquête en amour durable, notamment en étant aimable car la beauté ne suffit pas pour continuer à plaire et la beauté est une chose fragile, éphémère ; ne pas s'arrêter aux obstacles, se dépouiller de son orgueil ; offrir également des cadeaux, faire preuve de dévouement, et bien d'autres conseils.



Le troisième livre s'adresse aux femmes, comment elles peuvent séduire et faire durer leur couple, comment prendre soin d'elles, le maquillage, la coiffure, les vêtements et autres artifices pour dissimuler les défauts physiques (par exemple, ne pas rire si les dents sont en mauvais état), toutefois sans se laisser paraître en train de s'apprêter, car il considère cela désagréable pour ces sensibles messieurs. Ovide leur parle également les hommes à éviter (les beaux parleurs qui font promesses sur promesses, les hommes volages et vaniteux, ceux dont l'amour papillonne et ne sait se fixer nulle part), comment ne pas traiter pareillement un homme expérimenté d'un novice. Ovide parle également de l'importance pour une Romaine de savoir chanter, danser, faire la conversation, jouer (le jeu étant très important dans la société romaine), comment se comporter en présence d'une rivale, et encore bien d'autres choses.


L'écriture d'Ovide est très imagée, il y a de très nombreuses références à la nature, la chasse, l'agriculture mais aussi et surtout à la mythologie qu'il cite très régulièrement, utilisant des épisodes de la mythologie comme exemples pour illustrer ses propos, ce qui peut être intéressant pour tout féru de mythologie mais aussi déconcertant si l'on est moins familier avec ces mythes.


Ovide


J'ai été frappée de constater, le long de ma lecture, des conseils souvent très misogynes. Les femmes y sont décrites comme des âmes légères, un cœur délicat, qui aiment qu'on leur fasse la cour même si elles résistent. C'est une créature qui a l'art de s'approprier l'argent de son amant, lui demande des choses en se faisant câline.



Il est également fait mention d'une forme de séduction forcée, dans laquelle il conseille de ne pas hésiter à forcer car la femme finira par céder, qu'elle cache souvent son amour sous le voile de l'amitié. Il nous présente une vision de l'amour semblable à une chasse où la femme est une proie farouche à emprisonner dans ses filets.



Il prodigue également des conseils plus que douteux notamment en proposant de ne pas hésiter à tromper (par exemple, en se rapprochant de la servante pour séduire la maîtresse, si l'homme désire la servante, qu'il possède d'abord la maîtresse avant de coucher avec la servante) ou comment la moisson plus riche dans le champ d'autrui ; ou encore, si l'homme est infidèle, qu'il s'arrange pour cacher ses infidélités et si elles sont découvertes, nier tout, ne pas se montrer coupable ou câlin car ça prouve l'infidélité. Il conseille également de rendre la femme aimée jalouse pour raviver la flamme car son amour languit sans rivale, faire craindre à la femme de lui être infidèle, cela réveillera l'ardeur de son cœur attiédi. Macho, vous avez dit macho ?



Pourtant, tout n'est pas à jeter dans les conseils du cher poète, et il a mis un point d'honneur à parler de l'importance du désir féminin dans les rapports intimes, nous offrant un texte libertaire sans pour autant être érotique. Le plaisir ne doit pas être uniquement celui de l'homme mais aussi et surtout celui de la femme, il est important pour l'amant de se concentrer sur le plaisir de la femme, ne pas presser l'acte d'amour mais découvrir là où elle aime être embrassée et caressée. Il évoque également son mépris pour les amours forcés, que les femmes ne doivent pas s'appliquer à l'acte d'amour parce qu'elle le doit, que c'est un devoir, mais par plaisir, ce qui est un peu contradictoire avec certains conseils misogynes évoqués plus haut...



Sans doute s'agit-il d'une œuvre à replacer dans son contexte. Dans la Rome antique, la société était une société patriarcale stricte dans laquelle la femme était une éternelle mineure sous l'autorité de son père puis de son époux puis le fils si elle devient veuve, elle n'était jamais autonome même si l'on a des exemples de figures romaines féminines puissantes, des exceptions (les vestales par exemple).



J'ai toutefois du mal à considérer, à l'instar de nombreux commentaires sur cette œuvre, qu'il s'agit d'une œuvre encore très moderne ou encore "d'une fraîcheur incroyable", sauf si l'on se dit qu'en effet, nombreux sont encore les hommes à forcer et à avoir cette mentalité (les mouvements #MeToo, #Balancetonporc et autres, le prouvant bien). Après, peut-être n'ai-je pas bien saisi le sens de cette œuvre. Au cours de mes lectures des différentes critiques, certaines affirment qu'il s'agit ni plus ni moins qu'une parodie, que l'œuvre n'est pas à prendre au sérieux et qu'Ovide a utilisé la satire (celle des mœurs de son époque) et l'ironie. Peut-être s'agit-il effectivement d'une parodie (pourvu que ce soit une parodie...) mais il n'est pas donné à tout le monde de le découvrir ou le deviner, peut-être une étude de cette œuvre m'aurait permis de mieux la comprendre et en saisir l'humour et les subtilités... 


Crois-moi, il ne faut pas hâter le terme de la volupté, mais y arriver insensiblement après des retard qui la diffèrent. Quand tu auras trouvé l'endroit que la femme aime à sentir caressé, la pudeur ne doit pas t'empêcher de la caresser. Tu verras les yeux de ton amie briller d'un éclat tremblant, comme il arrive souvent aux rayons du soleil reflétés par une eau transparente. Puis viendront des plaintes, viendra un tendre murmure et de doux gémissements et les paroles qui conviennent à l'amour. Mais ne va pas, déployant plus de voiles [que ton amie], la laisser en arrière, ou lui permettre de te devancer dans ta marche. Le but, atteignez-le en même temps ; c'est le comble de la volupté, lorsque, vaincus tous deux, femme et homme demeurent étendus sans force.

vendredi 31 janvier 2020

L'Odyssée - Homère.


La guerre de Troie est terminée depuis dix ans, mais le roi Ulysse, dont la ruse a permis la victoire des Grecs, erre toujours sur les mers, loin de sa patrie, Ithaque. 

En son absence, le royaume est sens dessus dessous : les prétendants, qui convoitent la reine, jouent les maîtres et pillent le palais. 

Pour retrouver son épouse Pénélope et son fils Télémaque, le héros devra affronter des monstres terribles : un Cyclope mangeur d'hommes, des Sirènes au chant envoûtant, sans oublier la magicienne Circé qui sert de funestes potions à ses convives... 

Ulysse sortira-t-il indemne de ces épreuves ? Ne perdra-t-il pas, au contact de ces êtres cruels, une part d'humanité ? 



Après l'Iliade, il était logique de poursuivre avec L'Odyssée qui fait suite à la première oeuvre. Alors que cette dernière racontait la guerre de Troie, L'Odyssée se concentre sur l'un des héros de cette guerre : Ulysse aux mille ruses. Après dix ans de guerre, Ulysse n'aspire qu'au désir de rentrer chez lui, sur l'île d'Ithaque, et d'y retrouver sa femme Pénélope et leur fils Télémaque. Seulement, ayant provoqué la fureur de Poséidon, dieu des mers et des océans, Ulysse voit de nombreux obstacles se dresser sur sa route alors que son voyage en mer pour rejoindre sa patrie devient de plus en plus difficile et de plus en plus longue. A Ithaque, on croit Ulysse mort ou perdu en mer. De nombreux prétendants en profitent pour occuper la maison d'Ulysse dans l'espoir de voir fléchir Pénélope et la voir épouser l'un d'entre eux. Indigné par la comportement des prétendants, Télémaque décide, avec l'aide d'Athéna, de partir à la recherches de réponses pour en savoir plus sur le devenir de son père...

L'Odyssée. Célèbre poème épique d'Homère. Tout le monde a du entendre parler du voyage épique d'Ulysse en mer. Certains épisodes sont restés célèbres, comme Pénélope qui promet d'épouser quelqu'un dès qu'elle aura finit son tissage mais qui défait son travail le soir, la rencontre d'Ulysse avec Circé, ou sa ruse pour échapper aux cyclopes, ou encore sa rencontre avec les sirènes. Pourtant, ce n'est qu'une partie de cette histoire qui commence (du moins dans mon édition) non pas avec Ulysse mais avec son fils Télémaque. J'ai appris avec une certaine déception que l'épisode de la ruse de Pénélope et son tissage n'est présent qu'à travers la narration d'un personnage et que nous n'y assistons pas. Cela nous tisse pourtant bien d'emblée le tempérament de Pénélope qui demeure fidèle à son mari et refuse de s'offrir à un de ses prétendants. Ces derniers, désireux de l'épouser, occupent la demeure d'Ulysse et tuent ses bêtes pour festoyer et comptent bien rester jusqu'à ce que Pénélope ne consente à épouser l'un d'entre eux ! Indigné par leur comportement et devinant les projets néfastes qu'ils ont à son égard, Télémaque, le fils d'Ulysse que celui-ci a quitté à peine sorti du berceau, se met en quête de réponses afin d'en savoir plus sur le devenir de son père, avec l'aide de la déesse Athéna. Il sera amené à rencontrer de nombreux personnages, dont Ménélas et sa femme, la célèbre Hélène, ce qui sera l'occasion pour Télémaque mais aussi pour les lecteurs, de découvrir l'issue de la guerre de Troie (celle-ci ne s'étant pas achevée à la fin de L'Iliade) avec, notamment, le célèbre épisode du cheval de Troie, la mort d'Achille, et le départ des héros grecs.


Les retrouvailles d'Ulysse et de Télémaque
dans ce tableau de Doucet (1880)
Après avoir accompagné Télémaque pendant plusieurs chapitres, nous rencontrons enfin Ulysse, piégé depuis sept ans sur l'île de Calypso, qui s'est prise d'affection pour lui et souhaite l'épouser et en faire un dieu. Athéna, qui soutient Ulysse, fait les yeux doux à son père pour qu'il lui permette de quitter l'île et rejoindre sa famille. Zeus cède et envoie Hermès partager l'heureuse nouvelle au héro grec. Cependant, ce n'est que le début des aventures d'Ulysse en mer car Poséidon a la rancune tenace et il ne souhaite pas laisser Ulysse rejoindre sa patrie tant que son courroux ne sera pas calmé. S'ensuivent alors un long périple en mer où Ulysse et son équipage vivront de multiples péripéties : naufrage, rencontre avec les sirènes, rencontre avec la sorcière Circé, séjour sur l'île aux cyclopes ou aux Enfers où Ulysse rencontre des héros grecs tombés pendant la guerre de Troie (Achille notamment) ainsi que d'autres épisodes plus méconnus. Car Ulysse ne fait qu'accoster pour mieux reprendre la mer plus tard, comme si la terre ferme lui était interdite et dangereuse. "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage" ? Pas sûr...


Ce qui m'a surprise dans cette oeuvre, c'est l'écriture. L'écriture de cette épopée est très riche et belle mais aussi difficile, j'ai eu des difficultés pendant ma lecture, ce qui m'a étonné car je n'avais pas eu ce soucis lors de ma lecture de L'Iliade, peut-être est-ce du à la traduction car l'édition que je possède n'est pas récente. Il faudrait qu'un jour, je lise quelques extraits provenant d'éditions plus récentes pour comparer. Toujours est-il que ma lecture fut laborieuse, d'autant plus que les personnages sont très régulièrement adressés non seulement par leur nom mais aussi par leurs titres et ils sont nombreux ("Ulysse, fils de Laerte, aux mille ruses", "Athéna aux yeux pers", etc), il y a beaucoup de répétitions, notamment dans ces titres, ce qui alourdi le récit. C'est la raison principale qui a fait que j'ai moins accroché à cette histoire qu'à celle de L'Iliade. Toutefois, c'est un livre qui fait beaucoup voyager et qui nous fait plonger dans la Grèce Antique et sa mythologie, ce qui ne peut que plaire aux amoureux de la mythologie grecque car, à l'inverse de L'Iliade, nous rencontrons de nombreux êtres mythologiques : outre les dieux, nous avons des sirènes, des cyclopes, des nymphes, une sorcière, etc, ainsi que de célèbres épisodes comme la chute de Troie, le cheval de Troie, les adultères d'Arès et d'Aphrodite, la ruse de Pénélope, etc.

Plus qu'une épopée maritime, cette oeuvre est un miroir sur la société grecque antique car nous découvrons les îles grecques, les lois de l'hospitalité, la richesse et l'opulence des banquets. On apprend comment les marins faisaient pour s'orienter en mer, comment étaient organisés les banquets car de nombreux personnages profitent d'un rassemblement autour d'un banquet pour raconter leur histoire. A l'instar de L'Iliade, les personnages mortels sont soumis aux caprices des dieux, il suffit de voir Ulysse qui a mis 10 ans à retrouver sa patrie suite à la fureur de Poséidon ou encore Athéna qui, comme les autres dieux, a le pouvoir d'influencer les sentiments des mortels, de leur donner crainte ou courage. Heureusement pour Ulysse, Athéna est de son côté et oeuvre tout au long de l'histoire auprès du père et du fils pour qu'Ulysse retrouve les siens.


Ulysse et les sirènes d'Herbert Draper, l'une des nombreuses oeuvres à raconter ce célèbre épisode bien que
les sirènes de la mythologie grecque sont des femmes ailées.

Concernant Ulysse, si je dois avouer lui avoir surtout préféré son fils Télémaque, c'est un personnage plaisant à suivre, je n'ai pas pu lui être insensible et j'ai été touchée par son immense dévotion envers sa famille, son désir constant de retrouver les siens et sa patrie, et le courage dont il fait preuve pour surmonter les épreuves envoyées par les dieux, et d'apprécier sa ruse (même s'il aurait pu s'abstenir de révéler au nom au cyclope qu'il a aveuglé, surtout quand le dit cyclope est fils de Poséidon...) et lorsqu'enfin il retrouve sa patrie, il se cache de tous sous les traits d'un vieux mendiant pour vérifier l'état d'esprit de ceux qu'il a quitté 20 ans plus tôt, jusqu'à cacher son identité auprès de ses êtres chers. Toutefois, j'ai beaucoup aimé les retrouvailles entre Ulysse et Télémaque que j'ai trouvées touchantes, et j'ai été transportée par la joie de Pénélope de retrouver son époux, après que celui-ci ait donné aux prétendants ce qu'ils méritaient !

Une lecture laborieuse mais je suis contente d'avoir enfin lu ce classique et de découvrir Ulysse. Malgré l'écriture difficile, ce sont de très beaux vers et une véritable plongée dans la Grèce Antique et sa mythologie. Une oeuvre qui, à l'instar de son héro, fait voyager !



Cold Winter Challenge

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Marcher dans la neige 
(Nature writing / Littérature de voyage / Grands espaces / Nature)

dimanche 19 janvier 2020

Le chant des sirènes : de Homère à H.G. Wells - Thiphaine Samoyault.

On raconte parfois que c'est en tombant dans la mer que les sirènes, femmes oiseaux, sont devenues femmes poissons.

Créatures hybrides nées du croisement de plusieurs légendes, elles inspirent les poètes depuis la nuit des temps : Homère, Ovide, Andersen, Wells ou Giraudoux ont répondu, chacun à leur manière, à l'appel enivrant de leur chant.

Du supplice d'Ulysse au destin tragique de la petite sirène, les métaphores narratives et poétiques de la légende multiplient les incarnations. Néréides aux longues chevelures d'or, merminnes redoutables, nymphes marines ou ondines capricieuses, les sirènes forment un chœur de voix sublimes et variées.

Voici neuf récits étranges et merveilleux qui rendent hommage à la plus mystérieuse des créatures.


Créatures ailées ou aquatiques, aussi belles que terribles, à la voix ensorcelante, les sirènes fascinent depuis des lustres. Il est donc compréhensible que de nombreux auteurs aient représenté les sirènes dans la littérature depuis l’Antiquité avec Homère jusqu’à aujourd’hui. 

Le chant des sirènes a rassemblé quelques textes afin de nous permettre de mieux faire connaissance avec ces créatures en commençant d’abord avec trois textes sur la sirènes telle qu’elle était représenté dans l’Antiquité : des filles de l’air, créatures ailées à la voix envoûtant les marins pour les mener jusqu’à leur perte. L’exemple le plus connu reste la célèbre aventure d’Ulysse dans L’Odyssée dans laquelle il rencontre des sirènes et se fait attacher sur le mât pour entendre leur chant sans y succomber. Nous découvrons ensuite un extrait des Argonautiques dans lequel c’est Orphée qui rencontre des sirènes et rivalise avec elle au moyen de son chant et nous terminions avec un extrait des Métamorphoses d’OvideOrphée rencontre une nouvelle fois les sirènes. Il s’agit ici que d’extraits et non du texte intégral, ce qui peut avoir un petit côté frustrant et un sentiment de manque.

Nous passons ensuite à la sirène telle que nous la connaissons, celle de la créature mi-femme mi-poisson, avec le célèbre conte d’Andersen, La Petite Sirène, bien différente de la version de Disney mais où la sirène, au lieu d’entraîner les hommes à leur perte, est attirée par leur monde auquel elle ne peut pourtant prétendre ni s’adapter. Nous poursuivons avec un extrait de Miss Waters, roman d’une sirène de H.G Wells, où une sirène est sortie des eaux par un humain et elle suscite bien de nombreuses réactions chez les personnes occupant la plage. Nous avons ensuite un autre texte, un extrait d’Ondine de Jean Giraudoux prometteur qui donne envie de découvrir le texte intégral. Nous terminons ce recueil avec trois histoires plus modernes en commençant avec L’Argonaute et la Sirène, un texte qui m’a beaucoup plu dans lequel nous avons un homme échoué rencontrant une sirène. À l’inverse de La Petite Sirène, cette rencontre va aboutir à une histoire d’amour heureuse dans laquelle l’homme abandonne la vie parmi ses semblables pour vivre avec la sirène. Après cette histoire, il y a L’Ondine et La Sirène Muette de Renée Vivien, deux contes mettant en scène une sirène tantôt cruelle pour l’homme, tantôt désespérée par lui ; et enfin un extrait du Professeur et la Sirène de Lampedusa qui m’a intrigué et m’a donné envie de découvrir le texte intégral !

Je n’ai pas apprécié tous ces textes avec la même force, cela dépend de la sensibilité qu’on a envers ces textes et envers la plume de l’auteur. L’avantage, qui peut aussi être un inconvénient, est que ces textes sont courts, lorsqu’il ne s’agit pas d’un extrait d’une histoire plus longue, ce qui fait qu’on les lit assez rapidement ; bien que l’on puisse souhaiter, pour certains textes, avoir eu une version plus longue, mais rien n’empêche de les lire à part ! Ce recueil est justement un moyen de découvrir, à travers neuf histoires, le mythe de la sirène de l’Antiquité jusqu’à nos jours et la façon dont elle a été perçue puis dépeinte dans la littérature : d’abord femme oiseau puis femme poisson, tantôt dangereuse pour l’homme, tantôt attirée par lui. Ce recueil permet de découvrir plusieurs auteurs et styles, et de se familiariser avec la figure mythique de la sirène. Il s'agit d'un recueil divertissant et intéressant à découvrir pour une première approche sur les sirènes, et si l'on souhaite découvrir davantage ces fascinantes créatures. Pour une première rencontre avec les sirènes, j'ai plutôt apprécié et cela me donne envie de découvrir davantage de textes sur elles !

samedi 23 août 2014

L'Iliade - Homère.


L'auteur :

Homère, (du grec ancien Ὅμηρος / Hómêros), est le plus ancien poète qui nous soit connu. Aède (poète) de la fin du VIIIe siècle av JC, on lui reconnaît la paternité de L'Iliade et L'Odyssée, deux longs poèmes appartenant au genre de l'épopée, et qui ont longtemps été transmis par voie orale, de génération en génération. Le mystère plane encore aujourd'hui autour d'Homère : on ignore sa ville natale, sa date de naissance, sa date de mort, la paternité de ses œuvres, jusqu'à son existence même puisqu'il est difficile de savoir avec certitude si Homère fut un une personnalité historique ou plusieurs auteurs autour d'une seule identité construite ! Néanmoins, la place d'Homère dans la littérature grecque et même antique reste majeure, et qu'il est le principal représentant du genre épique, et qu'il a traversé les siècles de par ses deux œuvres magistrales.

Emprunt bibliothèque fac.


Quatrième de couverture :

Prélude, chant 1 - "Chante, déesse, la colère d'Achille, le fils de Pelée ; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d'âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel - pour l'achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d'abord divisa le fils d'Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille."

Mon avis :

Alors, L'Iliade. Toute une histoire. Je connaissais les grandes lignes de l'histoire sans l'avoir lu et après l'avoir souvent croisé en cours. J'ai lu quelques critiques sur ce livre, et à leur lecture et au vu de certaines adaptations de l’œuvre, Hector me paraissait être le chouchou de beaucoup, et Achille vu comme une petite brute. Au final, et même si j'ai eu du mal à entrer dans le livre (mais ça, c'est ma faute, lire le premier chapitre, puis m'en désintéresser, tenter une nouvelle lecture alors que je n'étais plus d'humeur, puis comme pour L'appel du coucou, je me suis forcée à lire 50-100 pages tous les jours puis j'ai fini par m'attacher à l'histoire, son écriture et ses personnages), j'ai fait une excellente découverte et j'ai été surprise par l'écriture et certains personnages !



Achille pansant Patrocle,
kylix, 500 av JC.
Tout d'abord, L'Iliade, qu'est-ce que ça raconte ? On connaît tous, au moins, l'origine de la guerre: La déesse de la discorde, n'ayant pas été invitée au mariage de Pélée et Thétis (les parents d'Achille), décide de se venger en donnant à Pâris, prince de Troie, une pomme d'or qu'il devait donner « à la plus belle ». Trois déesses, Héra, Athéna et Aphrodite, se disputent la pomme et proposent à Pâris de le bénir avec ce qu'il souhaite s'il offrait la pomme à l'une d'entre elles. Pâris choisit Aphrodite et pour le remercier, la déesse lui offre l'amour d'Hélène, la plus belle femme du monde grec. Problème : Hélène est mariée au roi de Sparte, Ménélas. Cela n'a pas l'air de gêner Pâris plus que ça puisqu'il kidnappe la belle et l'emmène à Troie. Furieux, Ménélas et les grecs déclarent la guerre et décide d’assiéger Sparte. La guerre dure depuis dix ans lorsque commence le récit de L'Iliade et elle ne s'annonce pas bien pour les Grecs. En effet, obligé de rendre une femme qu'il a kidnappé d'un temple, Agamemnon – frère de Ménélas – décide de ravir à Achille une femme qu'il s'était approprié. Achille, obligé d'obéir, laisse donc partir la belle Briséis mais décide, en représailles, de ne plus prendre part au combat. C'est ainsi qu'il se retire du combat, suivi de son peuple, les Myrmidons, et son ami Patrocle. Grosse erreur que ce fut pour Agamemnon car Achille, fils d'une déesse et béni par les dieux, était le héros des Grecs et leur soldat le plus fort. Du côté des Troyens, le héros, c'est Hector, prince de Troie et frère de Pâris, béni par le dieu Apollon qui l'aide à sortir indemne des combats.

Évidemment, sans Achille, la guerre est un fiasco pour les Grecs et leurs alliés qui se font écraser à plate couture. Alors que les Troyens gagnent du terrain, les Grecs tentent de persuader Achille de revenir au combat mais rien n'y fait... Il faudra un coup du sort funeste pour persuader Achille de reprendre les armes... je m'arrête là, parce que je n'ai pas envie de raconter tout le livre et risquer de « spoiler » (même si c'est une histoire vieille comme le monde et que beaucoup, s'ils sont intéressés par la mythologie, devraient connaître ^^). Aussi, L'Iliade prend fin avant la fin de la guerre de Troie, donc si vous voulez lire cette œuvre, ne vous attendez pas à lire l'épisode du cheval de Troie, ni de voir beaucoup Ulysse qui, s'il fait bien parti du lot qui combattent contre les Troyens, n'est pas beaucoup présent et ne fait pas grand chose à part jouer les sages et se prendre des coups pendant les batailles... Non, ici, les héros de l'histoire, ce sont : Hector, Achille, Ajax, Patrocle majoritairement ainsi que les divinités qui sont omniprésentes. Il y a celles qui défendent les Grecs (Héra et Athéna, parce que Pâris ne leur a pas donné la pomme, donc les deux vengeresses veulent lui faire la peau, Poséidon aussi à un moment met en déroute les Troyens) et celles qui défendent les Troyens (Apollon, Aphrodite parce que elle, elle a eu la pomme), et Zeus dans tout ce bazar qui espère être neutre mais qui penche parfois en fonction d'un camp à la demande d'un personnage, même si la vérité c'est que tout est déjà prévu d'avance pour lui. Il sait qui va mourir, qui va faire quoi... donc s'il intervient, c'est pour s'assurer du bon déroulement des choses. Car tout est prévu d'avance !

Mais bon, autant dire que c'est un joyeux bordel et que, même si les hommes se battent, tout vient de la volonté des dieux. Au fur et à mesure que je lisais les combats, il me paraissait de plus en plus clair que c'étaient les dieux qui menaient la danse. L'un pouvait ramollir le courage d'un soldat, l'autre pouvait exciter un autre soldat à la bataille, ou lui souffler quoi faire, ou dévier un javelot de sa trajectoire d'un souffle. J'ai souvent eu l'image de dieux se servant des soldats comme de poupées avec lesquelles on joue à la guerre avec d'autres personnes et qui essayait de gagner. Les dieux se battent entre eux, et la guerre de Troie est leur champ de bataille. S'ils cherchent à faire gagner un camp, ce n'est pas pour les hommes, c'est pour eux-même. Héra et Athéna cherchent à se venger, Apollon et Aphrodite veulent protéger leurs chouchous, et Héra et Athéna ne manquent pas d'ardeur, et Héra est rusée et cruelle, capable de jouer des tours, pour tromper son mari qui veille à ce que tout se déroule comme prévu. Puis d'un côté, c'est amusant de les voir se disputer, c'est comme une dispute de famille mais en pire. Athéna fait pleurer Artémis qui va pleurer sur les genoux de papa, Athéna est furieuse parce qu'elle n'est plus la préférée de papa, Arès et Athéna se disputent comme frère et sœur, disputes conjugales entre Zeus et Héra... un joyeux capharnaüm chez cette famille très dysfonctionnelle!

Pour revenir aux mortels, arrogants et belliqueux comme les dieux, certains se révèlent
Couverture de l'édition
jeunesse, que  j'aime beaucoup.
être des êtres hors du commun (Hector, Achille, Patrocle...), ils ont des caractères et des qualités très humaines, mais il y a chez eux quelque chose de divin qui fait qu'ils dépassent les autres hommes, par leur force, leur ingéniosité... Patrocle, alors absent sinon discret pendant la première partie du livre, se révèle être un homme qui possède l'amitié et l'extrême confiance d'Achille, le seul que le héros grec voudra bien écouter, mais qui est aussi un combattant hors pair et très efficace [ il faut plusieurs divinités pour permettre à Hector de le tuer, c'est pour dire ! ], Achille s'est révélé être quelqu'un d'attachant, et de sensible, mais aussi redoutable. Hector m'a parfois semblé arrogant mais il est difficile de rester de marbre quand on voit quel brillant chef de guerre il fait, et son attachement à sa famille, malgré les bêtises de Pâris. Ah, en revanche, aucune sympathie pour Pâris, surtout au début du livre... et je déplore le peu de présence d'Ulysse, mais il se rattrape dans l'Odyssée, et malgré leurs défauts j'ai bien aimé Ménélas et Agamemnon, ainsi que ce pauvre roi Priam, ainsi qu'Andromaque. Hélène m'a laissé parfaitement indifférente.


J'ai été agréablement surprise par l'écriture d'Homère au fur et à mesure de ma lecture car Homère a une écriture très imagée. Il peut parler des éléments (une tempête par exemple) ou d'animaux violents ou majestueux pour comparer, pour refléter l'intensité d'un combat, les gestes d'un personnage, la violence des combats, la mort... c'est très intéressant et poétique à la fois, ce qui devait être très bien rendu à l'oral, et je me demande si je vais retrouver cette même écriture imagée dans L'Odyssée. Voici d'ailleurs un exemple :


Comme l'eau de la mer, enflée par les vents qui soufflent avec véhémence du milieu des nuées, assiège une nef rapide et la couvre tout entière d'écume, tandis que le vent frémit dans la voile et que les matelots sont épouvantés, parce que la mort est proche ; de même le cœur des Achéens se rompait dans leurs poitrines.
(Chant XVI)

Il est d'autant plus intéressant de voir que de nombreux personnages sont suivis par un qualificatif : Héra aux bras blancs, l'ingénieux Ulysse, Athéné aux yeux de chouette, Achille aux pieds agiles, Diomède le dompteur de chevaux, Hélène à la chevelure dorée... J'ai été donc charmée par l'écriture, en même temps que l'histoire. Pourtant, Dieu sait à quel point ce livre a exigé de moi une bonne dose de concentration et de patience, surtout quand Homère nous raconte la (longue) généalogie d'un personnage, et les combats sont nombreux aussi.


Ce qui est logique car l'Iliade, ça parle de la guerre et pas n'importe laquelle, la guerre de Troie, mais pas que ! L'Iliade ne se limite pas qu'à raconter des batailles, car c'est aussi une histoire de soldats et des codes d'honneurs de la guerre et des règles à respecter : par exemple, quand un soldat en tue un autre, il prend son armure et ses armes comme trophées, mais il laisse le corps tranquille pour permettre aux camarades du défunt d'emporter le corps pour lui réserver les funérailles qu'il mérite car le respect aux morts et les funérailles sont très important dans le monde grec. Ne serait-ce que pour permettre au défunt d'entrer en un seul morceau dans le monde des morts, mais aussi parce que les Grecs organisent des fêtes, des jeux et des banquets en l'honneur du défunt [ exemple des funérailles de Patrocle ], mais le deuil est aussi assez spectaculaire : on s'arrache les cheveux, on pleure, on hurle, on se tape la poitrine... comme cela se faisait dans l'Antiquité grecque. Ce livre, c'est donc un moyen de comprendre un peu les mœurs du monde grec, même si ici c'est à la guerre et dans la mort, et aussi un peu la religion car les divinités sont omniprésentes et que les hommes les respectent et les craignent et font de nombreux sacrifices et offrandes. C'est donc aussi une histoire d'hommes (et femmes aussi) qui aiment et qui souffrent à cause de la guerre, qui sont confrontés à la perte d'un être cher [ Achille vis à vis de Patrocle, Priam et Andromaque pour Hector... ] Une véritable épopée tragique dans laquelle la destinée des hommes est tracée dès le début...

En résumé : Il m'a fallu beaucoup de patience et de concentration pour avancer dans cette épopée et l'apprécier, cette histoire s'est révélée être une véritable épopée tragique mais intéressante, avec des personnages et des héros hors du commun, qui aiment, qui combattent, qui souffrent. L'écriture d'Homère est très imagée et très appréciable, et nous permet, à travers son histoire, de nous révéler un peu du monde grec. Après, j'essaierai de voir vers quelle oeuvre me tourner pour lire la fin de la guerre de Troie, ainsi que l'épisode du cheval. Je terminerais mon avis avec cette citation que j'ai trouvé et qui, je trouve, résume bien l'oeuvre : "Pour vaincre à la guerre, il faut savoir tuer. Quant aux dieux, qu’ils prennent plutôt pitié des hommes et les laissent vivre en paix."

Extrait :

[...] La noire nuée de la douleur enveloppa Achille, et il saisit de ses deux mains la poussière du foyer et la répandit sur sa tête, et il en souilla sa belle face ; et la noire poussière souilla sa tunique nektaréenne ; et, lui même, étendu tout entier dans la poussière, gisait, et des deux mains arrachait sa chevelure. Et les femmes, que lui et Patrocle avaient prises, hurlaient violemment, affligées dans leur cœur ; et toutes, hors des tentes, entouraient le belliqueux Achille, et elles se frappaient la poitrine, et leurs genoux étaient rompus. Antiloche aussi gémissait, répandant des larmes, et tenait les mains d'Achille qui sanglotait dans son noble cœur.
Et le Nestôride craignait qu'il se tranchât la gorge avec l'airain.

Chant XVIII.


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lundi 18 mars 2013

Crimes à l'Antique - Jean-Yves Boriaud.

Crimes à l'antique - Livre de Jean-Yves Boriaud

Sans être obligatoirement des maniaques de la décapitation, les Romains ne reculaient guère devant les manifestations spectaculaires de cruauté. Les crimes faisaient même partie intégrante de l'imaginaire latin, et les historiens de Rome ne se sont pas fait faute de raconter dans le détail ceux qu'ils pensaient assez exemplaires pour édifier leur lecteur, ou lui inspirer une terreur salutaire.


Du mythe fratricide de Remus et Romulus à l'assassinat de César, en passant par la mort de Messaline, l'histoire de l'Antiquité s'est construite autour de ces crimes réels ou imaginaires. Jean-Yves Boraud s'est penché sur les travaux des écrivains, historiens et moralistes de l'époque pour éclairer le rôle de ce "fantasme criminel" si fondateur.




Je me suis faite plaisir il y a quelques semaines en m'achetant quelques livres, et je suis tombée sur ce titre qui ne m'a pas laissé indifférente, compte-tenu de mon amour pour l'Histoire. C'était également l'occasion de me rappeler de mes cours d'historiographie de Monsieur J. à la fac et sa façon très vivante, très passionnée et divertissante de nous lire les écrits des historiens romains, plus particulièrement ceux de Tacite lorsqu'il racontait les déboires de Néron.

Crimes à l'Antique nous retrace les nombreux grands crimes qui ont pris part dans la Rome antique. Qu'ils aient fait parti de l'imaginaire ou de l'histoire des Romains, le crime faisait partie intégrante de l'imaginaire latin et les grands historiens de l'époque ne se sont pas privés pour raconter les déboires de leurs dirigeants et les crimes qui en ont résulté, et certains d'entre eux étaient inoubliables, presque exemplaires avec des personnages de renoms que l'on connaît bien, ne serait-ce que de nom : César, Caligula, Néron, Britannicus, Pompée, Cicéron... ainsi que les quelques exemples dans la mythologie, parfois empruntée à celle des Grecs.

D'habitude, dans la période antique, c'est surtout la Grèce qui m'intéresse le plus, mais depuis quelques temps, c'est surtout Rome qui est dans ma tête et je me dis souvent que c'est une époque intéressante et riche elle-aussi mais à laquelle je n'accorde pas suffisamment d'attention, je serais tentée de découvrir un peu plus Rome et son histoire. Cet ouvrage se présentait donc comme un premier pas vers cette civilisation antique aussi riche que fascinante mais aussi sanglante. La politique à Rome est souvent un univers impitoyable où l'on n'hésite pas à tuer, empoisonner et comploter (j'imagine qu'il fallait bien qu'il se divertissent à l'époque !)

L'auteur nous met déjà dans le ton dès le début et nous raconte la place du crime à cette époque et les condamnations qui en résultent. ces condamnations ne sont pas moindre ! Un Romain coupable de parricide ou de fratricide, si je me souviens bien, était condamné à être enfermé dans un grand sac avec un singe, un chien et une vipère, et jeté dans un fleuve !. Commence ainsi cette grande histoire des crimes de l'Antiquité romaine en se penchant d'abord sur les crimes de la mythologie, l'exemple le plus connu étant le meurtre de Remus par Romulus, les deux mythiques fondateurs de Rome qui ont, durant leur enfance, été élevés par une louve, bien que les versions concernant le meurtre de Remus sont parfois diverses... puis, l'auteur passe aux crimes dits "primordiaux" : quelques exemples de crimes, comme le meurtre d'un frère, d'une sœur, d'un roi, d'un parent... en utilisant comme protagonistes à illustrer comme exemples des personnes notoires ou mythologiques.

Viennent ensuite les meurtres politiques où l'auteur nous raconte les plus célèbres ou spectaculaires : l'assassinat de Pompée, célèbre général romain et rival de César qui fut assassiné sous les ordres de ce dernier ; le meurtre de Jules César, raconté par de nombreux auteurs, assassiné de la main de ses sénateurs et de Brutus, son fils adoptif ; la mort de Cicéron par ses ennemis, qui a choqué l'opinion publique. On aborde ensuite le chapitre des meurtres dynastiques pendant la période des empereurs de la famille des Julio-Claudiens, en commençant par l'assassinat de Caligula, l'empereur fou qui a pourtant bien débuté sa "carrière" mais qui s'est dégradé peu à peu en se mettant à délaisser et assassiner ses alliés, en nourrissant une forte haine contre le Sénat et qui, malgré une passion pour le chant et la danse, et une santé fragile et une maladie mentale, aurait donné toutes les raisons de l'assassiner.

On continue avec le meurtre de Messaline, épouse adultère de l'empereur Claude, sa conduite scandaleuse et son dévergondage sans borne qui ont provoqué sa perte et causé son exécution. Puis, l'assassinat de son mari, empoisonné après divers complot misant à mettre Néron sur le trône en passant par le meurtre d'un concurrent potentiel de Néron au trône : le jeune Britannicus, fils de Claude et Messaline, empoisonné et éclipsé par Néron qui, pour ne pas perdre la main, finira par assassiner ce sacré personnage rusé et robuste qu'est sa mère, Agrippine, (qui l'a aidé et usé de nombreux complots pour le mettre sur le trône mais qui, au goût de Néron et une de ses maîtresses, devenait trop envahissante) pour enfin terminer sur la fin de l'odieux personnage. L'auteur revient ensuite sur les grands crimes de l'imaginaire et de la mythologie, en reprenant parfois la mythologie grecque puisque des auteurs latins, comme Sénèque, ont repris le mythe de Médée et Jason, ainsi que l'histoire de la famille Atride, une famille royale marquée par le meurtre, l'inceste, le parricide, l'infanticide (et, je crois me rappeler  de cannibalisme).

L'auteur nous présente ainsi un ouvrage instructif et intéressant sur les grands crimes de l'Antiquité romaine, et la mythologie greco-romaine, en appuyant son récit de nombreux extraits des écrits des historiens de l'époque qui ont, eux aussi, racontés ces grands crimes : Tacite, Suétone, Tite-Live, Plutarque, Sénèque... (c'est pourquoi j'ai aussi ajouté cet ouvrage dans la catégorie Littérature antique, à cause des nombreux extraits des œuvres de ces grands auteurs et/ou historiens latins), dont certains que je connaissais plutôt bien pour les avoir étudié. J'ai trouvé sympathique l'ajout de ces nombreux extraits, ainsi on lit ce qu'en pensaient ces auteurs latins, leurs mots, tirés de leurs œuvres, ce qui peut donner envie de les découvrir (Monsieur J. a d'ailleurs encouragé ma classe plus d'une fois à découvrir la Vie des Douze César écrit par Suétone, qui raconte la vie de 12 empereurs romains mais pas exactement de façon élogieuse car il met l'accent sur leurs défauts et méfaits), surtout qu'il peut être intéressant de découvrir le regard de ces auteurs contemporains aux événements qu'ils racontent, ainsi que la place de la Providence dans ces récits : nombreux sont les récits qui racontent qu'il y aurait eu des signes funestes d'un meurtre, que ce soit des rêves étranges d'une divinité, de quelques signes comme un vol d'oiseau ou un vase qui se brise, ou des prédictions d'oracle...

Bien sûr après, dans ce livre, il faut s'y retrouver parmi tous ces personnages et les liens entre eux, sous peine d'être perdu dans le récit ; malgré tout, ce fut un ouvrage bien instructif et qui m'a fait découvrir ou redécouvrir des personnalités antiques intéressantes, malgré leurs défauts et (ô combien nombreux) méfaits, pour certains (ah mais je suis en admiration devant Agrippine, c'était peut-être une garce mais une femme rudement rusée, intelligente et forte ! Un sacré colosse ! Et il est difficile de rester de marbre face à Néron et tout ce qu'il a pu commettre comme horreurs... si tout ce qu'on dit sur lui est vrai).





- Mort de César, par Vincenzo Camuccini (1798), l'un des nombreux exemples de représentation de l'assassinat de Jules César dans l'art -


Agrippine est un être de passion, prêt, pour conserver le pouvoir, aux excès et aux revirements les plus imprudents... et les plus impudents.

4. Les Julio-Claudiens : les meurtres dynastiques.  (La mort d'un concurrent potentiel : l'assassinat de Britannicus)


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