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dimanche 9 juin 2024

Dans les cuisines de l'Histoire - Collectif.


La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleur. 

Des diktats de l'Église qui régissaient les mœurs alimentaires à l'utilisation des épices venues d'Asie, découvrez la cuisine médiévale, et invitez-vous à la table des Chevaliers !




Nous commençons ce voyage dans le temps culinaire avec le Moyen-Âge où l’Église a dicté très tôt ses règles quant à la consommation alimentaire. L’année était partagée entre les jours maigres et les jours gras et le souhait de manger en bon chrétien. On ne mangeait pas avant d’avoir fait ses prières ou avant d’être allé à l’église (sauf exception). La gourmandise était en effet vue comme un péché, et la croyance voulait que la consommation de viande rouge échauffait le corps et provoquait donc des excès dans le tempérament de celui qui en mangeait. On était alors persuadé que l’alimentation pouvait influer sur le caractère d’une personne ou alors sa santé. Les mères nourricières, par exemple, n’avaient pas le droit à certains aliments (comme l’ail ou les champignons) pour ne pas gâter le goût du lait ou ne pas risquer un empoisonnement


Pendant longtemps, la transmission culinaire s’est faite oralement, les recettes étant partagées de bouche de cuisinier à oreille de cuisinier. Il a fallu attendre le XIIIe siècle pour que les premiers écrits culinaires arrivent, mais ceux-ci restent très évasifs et difficilement fiables et contiennent des erreurs. La plupart des recettes ne donnent aucune indication sur la quantité des ingrédients et les proportions sont laissées au bon vouloir du cuisinier qui adapte selon le nombre de convives.


Parmi les ouvrages les plus connus, il y a Le Viandier, écrit à la fin du XIVe siècle, associé à Guillaume Tirel, dit Taillevent, maître cuisinier des rois de France Charles V et Charles VI ; ou encore Le Mesnagier, rédigé au XIVe siècle et attribué à un bourgeois parisien qui l’aurait écrit à l’intention de sa jeune épouse afin de lui faire connaître la façon de tenir sa maison et de faire la cuisine.


Ce tome nous parle également de l’importance des bonnes manières et des civilités à table. Il était mal vu de se lécher les doigts ou de se précipiter sur son assiette. L’hygiène des mains devait être irréprochable car c’est avec les doigts qu’on mangeait, et il était de mesure de prendre son temps pour manger. On est loin du cliché des gens du Moyen-Âge crasseux et sans aucune manière ! Une autre façon de voir le Moyen-Âge s'offre donc à nous à travers ce premier tome qui ouvre l'appétit !


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La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une
galerie de personnages hauts en couleur. 

Des premiers best-sellers culinaires aux illustres cuisines de Versailles, découvrez la révolution gastronomique qu'a été le Grand Siècle, et invitez-vous à la table du Roi-Soleil !


Dans ce tome, nous entrons à l’époque moderne, celle de Louis XIV. C’est l’époque où de nouveaux aliments et des épices apparaissent en Europe, venus d’Asie ou des Amériques. Nous apprenons ainsi l’histoire des origines du chocolat importé d’Amérique, du café que nous devons aux Turcs, ou encore la création du croissant (nous vient-il vraiment d’Autriche qui aurait crée cette pâtisserie pour commémorer une victoire contre les Turcs ?), mais aussi l’histoire du sorbet.


C’est aussi l’époque où la fourchette se popularise. L’imprimerie, qui se développe, permet également une large diffusion des recettes culinaires. De plus en plus de livres de recettes paraissent et ceux-ci sont nombreux à aborder de plus en plus le lien étroit entre la cuisine et la santé en mettant l’accent sur les bienfaits et inconvénients de certains aliments.


Parmi toutes ces nouveautés, le pain demeure bien-sûr la base de l’alimentation. Ce tome aborde notamment le commerce du pain sous Louis XIV. On marquait les pains de la marque de la boulangerie, pour pouvoir mieux retracer la trace d’éventuels fraudeurs (ceux qui trichent sur la farine, le poids du pain, etc). On découvre aussi le quotidien d’un apprenti boulanger et on apprend notamment qu’un apprenti l’était pendant cinq ans avant de passer un examen pour devenir compagnon, puis devait présenter trois ans après un chef d’œuvre devant un jury chargé de décider d’accorder ou non la licence de boulangerie.


C’est à cette époque que quelques grands noms de la cuisine apparaissent : Cyprien Ragueneau, poète et comédien mais aussi pâtissier, il aurait servi de modèle à Edmond Rostand pour son Cyrano de Bergerac ; François Varel, passé à la postérité en tant qu’organisateur de fêtes et de festins d’exception au château de Vaux-le-Vicomte, puis au château de Chantilly durant le règne de Louis XIV ; François Pierre de La Varenne, cuisinier et auteur du Cuisinier françois, un ouvrage capital qui marque le passage de la cuisine médiévale à la cuisine moderne, et qui contient les premières mentions au mille-feuilles par exemple ; ou encore Jean-Baptiste de La Quintinie, créateur du Potager du roi à Versailles, ce qui n’était pas une mince affaire si on se souvient qu’il a du rendre cultivable un terrain marécageux. Forcément, on ne parle pas alimentation sans évoquer les cultures de ce que nous mangeons, et Louis XIV était notamment particulièrement friand des petits pois.


On en apprend également un peu plus sur Louis XIV mais surtout sa table où le placement des invités est hiérarchisé ; plus on s’éloigne du roi, moins les plats sont élaborés et on peut ainsi savoir si les membres de la famille royale sont en faveur ou non… de quoi alimenter les potins des courtisans en plus de leur appétit !


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La coupe de champagne a-t-elle réellement été moulée sur le sein de la Pompadour, ou était-ce une rumeur visant à moquer sa frivolité ? D'où viennent les épices que nous mangeons, et quand sont-elles apparues ? La pomme de terre, de la nourriture pour les cochons ? 

La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleurs.



Après Louis XIV, place aux règnes de Louis XV et de Louis XVI ! Ce tome évoque la popularité du champagne à Versailles, grâce à Madame de Pompadour, la plus célèbre des maîtresses de Louis XV, et revient sur l’idée reçue qui dit que la coupe de champagne aurait été modelée sur le sein de La Pompadour.


C’est la période où la pomme de terre fait son apparition dans les assiettes mais elle a bien du mal à conquérir les cœurs, notamment à la cour. C’est Antoine Parmentier, ancien militaire, nutritionniste et hygiéniste français, qui s’est donné pour mission de promouvoir la pomme de terre et de faire reconnaître ses avantages alors qu’elle n’était alors considérée que comme un met pour les pauvres, les prisonniers et les cochons. On a du mal à imaginer, de nos jours, que la pomme de terre ait eu du mal à gagner en popularité !


Le XVIIIe siècle est aussi l’époque où les premiers restaurants commencent à voir le jour à travers des enseignes qui sont à la fois des cafés, restaurants, traiteurs et restaurateurs. C’est aussi durant le siècle des Lumières que les bases de la cuisine française vont s’installer, celle encore pratiquée de nos jours. On assiste à une évolution de la cuisine, on ne retient plus que sept saveurs principales (doux, amer, âcre, âpre, aigre, gras, salé). Si le pain reste la base alimentaire, les légumes et fruits sont désormais définitivement intégrés aux repas


C’est aussi le siècle de la nouvelle cuisine, de la sophistication et du raffinement, avec l’arrivée d’une cuisine plus élégante, plus technique, avec une grande part aux légumes, les sauces sont allégées et devenues plus onctueuses. On assiste aussi à des banquets républicains pour commémorer le 14 juillet.


Marie-Antoinette est également mise à l’honneur, en reprenant une phrase qu’on lui prête à tord (« Qu’ils mangent de la brioche »), mais aussi d’autres personnalités de la cuisine, notamment Alexandre Grimod de la Reynière, considéré comme le père fondateur de la gastronomie et qui a publié l’Almanach des Gourmands, considéré comme l’ancêtre du guide gastronomique.


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Des prémices de la grande distribution à la légendaire gourmandise de Louis XVIII et
d'Alexandre Dumas, découvrez les bouleversements culinaires du XIXe siècle et invitez-vous aux tables de Talleyrand et d'Auguste Escoffier !


On termine avec ce tome qui porte assez mal son nom car il n’y a d’empereur évoqué que Napoléon Ier, et que ce tome couvre une période assez vaste entre le Premier Empire et la Première Guerre Mondiale.


C’est une période de bouleversements en matière de gastronomie et d’alimentation. Elle marque l’apparition des premiers guides et critiques gastronomiques, le développement d’une nourriture gourmande (de nombreux auteurs, comme Émile Zola ou Alexandre Dumas, font régulièrement référence aux restaurants dans leurs ouvrages). C’est la prolifération des restaurants, qui deviennent accessibles au plus grand nombre, et des commerces alimentaires, l’apparition des menus ainsi qu’une évolution de l’art de la table.


L’agro-industrie permet une modernisation de notre mode de consommation (développement des transports des aliments, la mise en conserve, etc), les considérations d’hygiène et de sécurité alimentaire, l’heure des repas qui colle davantage au style de vie de ce siècle (les Français mangeaient alors peu le matin, mais le souper retrouve grâce), c’est aussi l’apparition des soupes populaires, les restes des repas des plus riches sont revendus aux classes plus modestes ou pauvres, etc.


C’est une longue période qui connaît des temps de gastronomie festive, joyeuse et prospère tout comme des temps de misère avec les pénuries de la révolution française, les différentes guerres, le siège de Paris qui a contraint les Parisiens à chasser chats et chiens errants ou manger les animaux des zoos (certains passages ont d’ailleurs été durs pour moi qui suis très sensible dès lors qu’il s’agit de morts d’animaux), ou les récoltes déplorables.


Parmi les célébrités, nous avons Antonin Carême, pâtissier, surnommé « le roi des chefs et le chef des rois », le premier à porter l’appellation de chef, il est considéré comme le fondateur de la haute gastronomie, il était notamment recherché par les cours royales ; Nicolas Appert, non pas un cuisinier mais un inventeur à qui nous devons les boîtes de conserves et la conservations des aliments dans des containers en verre puis en boîtes métalliques ; Auguste Escoffier qui a codifié et modernisé la cuisine raffinée des grands hôtels et autres établissements de prestige, c’est aussi lui qui a développé le concept de brigade de cuisine (répartition des tâches dans l’équipe) et en veillant à l’image de marque du cuisinier (propre, méticuleux, non buveur, non fumeur, ne criant pas) et il a également imposé le service à la russe avec un dressage et service directement à l’assiette.


Le mot de la fin


C’est une bande-dessinée que j’ai découvert par hasard, alors que je cherchais des idées pour ma PAL de l’Ice Cream Summer Challenge, et qui s’est révélée être une bien belle découverte !


Quelle idée originale que de nous apprendre l’Histoire à travers la gastronomie en France et son évolution à travers une large période qui va du Moyen-âge jusqu’à la Grande Guerre. Un véritable voyage dans le temps qui parle boustifaille mais pas que ! Dans les cuisines de l’Histoire parle aussi bien des différents plats et aliments consommés à chaque époque que d’autres sujets comme les différentes façons de cuisiner, la culture des légumes et herbes aromatiques, les différentes techniques de conservation des aliments à travers les siècles, mais aussi les liens étroits entre l’alimentation et la santé, l’hygiène, ou le lien entre l’alimentation et le social (la façon de se tenir à table, la convivialité, la hiérarchisation à table, etc). On y parle ainsi plus que d’aliments mais de tout un ensemble qui a attrait à cet univers.


On en apprend un peu plus sur les œuvres culinaires qui ont traversé les siècles, ces ouvrages et ces personnes qui ont contribué à la révolution culinaire et qui se sont fait un nom dans le milieu gastronomique.


Chaque tome se compose de plusieurs épisodes qui illustrent un propos, c’est tantôt drôle, tantôt touchant, mais toujours instructif, avec des personnages hauts en couleur, et ça met même l’eau à la bouche ! À noter que chaque tome nous propose des recettes d’époque que nous pouvons essayer de reproduire, ce que je trouve très intéressant !


Une bande-dessinée que je conseille et que je classe parmi mes coups de cœur. Un vrai régal !

samedi 8 juin 2024

Sissi (T.2) L'Inconnue du lac de Starnberg - Christine Féret-Fleury.


Après le séjour chez sa tante Sophie à Innsbruck, après les règles de la cour et de la vie royale, quel bonheur pour Sissi de retrouver la simplicité de la vie à Possenhofen ! Sissi disparaît des journées entières, galopant dès l’aube à travers la forêt ou accompagnant son père en balade. 

Toutes les semaines, elle reçoit une lettre de Charles-Louis qui lui révèle chaque fois un peu plus ses sentiments. Sissi est à la fois ravie et embarrassée, car elle a l’impression que sa mère et sa tante la forcent à aimer Charles-Louis en retour. 

Un jour, alors qu’elle se promène au bord du lac, Sissi découvre une jeune femme tapie derrière un buisson, blessée. Sans réfléchir, Sissi décide aussitôt de venir en aide à cette inconnue et de la recueillir en secret au château…




Je retrouve Sissi dans ce second tome dont les événements se déroulent quelques mois après le premier tome. À l’instar du premier tome, c’est une lecture détente que j’ai lu avec beaucoup de plaisir. J’aime beaucoup lire les tranches de vie de Sissi et sa famille, avec les descriptions presque idylliques du château de Possenhofen entouré de sa nature sauvage avec les animaux, les promenades en forêt, son lac, les jardins. On partage l’amour de Sissi pour sa maison de Possenhofen, avec sa famille nombreuse, dont le style de vie est plus simple et moins protocolaire qu’à Vienne.


Je retrouve avec plaisir Sissi que l’on retrouve toujours aussi gaie, espiègle, un peu turbulente mais avec un cœur en or, mais on la voit commencer à s’inquiéter alors qu’elle quitte peu à peu l’enfance et que son avenir la préoccupe. Elle a en effet laissé une forte impression sur Charles-Louis, prince impérial, qui lui écrit des lettres d’amour tendre. En parallèle, l’archiduchesse Sophie nourrit des projets de mariage entre Franz, l’héritier au trône, avec Hélène, la sœur parfaite de Sissi, et entre Charles-Louis et Sissi, dans l’espoir de nouer des liens étroits entre l’Autriche et la Bavière. Si Hélène s’enthousiasme de ce projet, Sissi est contrariée de ces perspectives de mariage qui l’éloignent peu à peu de son enfance chérie et insouciante. Elle l’est d’autant plus que personne ne semble partager ses inquiétudes. Son entourage semble même la presser à répondre favorablement à Charles-Louis et trouve que Sissi n’aurait pas pu rêver meilleur parti. En effet, c’est un rêve que d’épouser un membre de la famille impériale et d’être appelée à faire partie de la cour de Vienne. N’est-ce pas le rêve de chaque jeune fille que d’épouser le prince charmant ? Sissi ne partage pourtant pas cet avis, rêvant plutôt d’épouser quelqu’un qu’elle aime, de vivre libre, heureuse et sans contrainte.


Les choses commencent donc lentement à bouger dans ce tome, avec Sissi plus consciente que jamais de son avenir et de son enfance qui prend doucement fin, Hélène qui poursuit son éducation pour se préparer à son rôle de future impératrice d’Autriche qu’on lui destine et qu’elle attend. Le contexte socio-politique est également plusieurs fois évoqué, ce qui m’a beaucoup plu, notamment avec la famille impériale qui fuit toujours Vienne, puis l’abdication de Ferdinand Ier en faveur de François-Joseph, dit « Franz » qui est couronné empereur d’Autriche. Les peuples, qui constituent l’empire comme les Hongrois, les Tchèques ou encore les Croates, se soulèvent et réclament leur indépendance, créant des mouvements de résistance et de révolution qui sèment le trouble dans l’empire. Certains mouvements sont violemment réprimés, des villes attaquées et ces révolutionnaires, nommés anarchistes, chassés et poursuivis.


Sissi prend plus que jamais connaissance de cette dure réalité à travers les conversations qu’elle entend mais aussi et surtout à travers Anna, jeune anarchiste hongroise qui a vécu à Prague et qui raconte son histoire à Sissi, notamment sur l’attaque de Prague de 1848 où elle a vu périr sa famille. Sissi compatit à sa situation et tente tant bien que mal de cacher sa nouvelle amie tout en lui offrant un toit et de la nourriture. Je pense qu’Anna est un personnage que nous serons amenés à revoir par la suite, surtout compte-tenu du fait que l’affaire autour de la disparition de sa sœur reste élucidé, et qu’on ignore si elle a survécu à l’attaque de Prague et où elle se trouve.


Nous retrouvons aussi les deux journalistes du premier tome, Elmer et Robertine (qui se travesti pour travailler sous le nom de Robert), toujours en quête d’un scoop, mais ils ne m’ont pas laissé grande impression, comme dans le premier tome. Je les trouve même inutiles la plupart du temps, mais il faut dire que je préfère davantage suivre l’histoire de Sissi et sa famille.


Je déplore également le fait que ce tome présente beaucoup moins d’illustrations par rapport au premier tome. Toutefois, c’est une histoire qui continue de se lire avec plaisir, une petite lecture détente qui fait du bien. J’ai d’autant plus apprécié les petites références au premier film Sissi avec Romy Schneider !

vendredi 10 mai 2024

Sissi (T.1) Le Secret de l'archiduchesse - Christine Féret-Fleury.



À 12 ans, la jeune et espiègle Élisabeth, surnommée Sissi, fait le désespoir de sa mère, la duchesse Ludovika en Bavière. Élisabeth se moque de son titre et des devoirs qu’il implique. Si cela ne tenait qu’à elle, sa vie ne serait que poésie et randonnées interminables dans la nature. 

Lorsqu’un jour sa tante l’archiduchesse Sophie, la mère du futur empereur d’Autriche, invite sa famille à séjourner dans son château d’Innsbruck, aussitôt Sissi se sent prise au piège. Forcée de se plier à l’étiquette et à se métamorphoser en princesse bonne à marier. 

Mais bientôt Sissi va découvrir que, derrière le faste et les convenances, la Cour dissimule surtout de sombres secrets…




Fan incontournable de Sissi depuis ma découverte des films avec Romy Schneider, je ne pouvais pas passer à côté de cette série jeunesse. J’ai plongé avec plaisir dans le premier tome dans lequel nous suivons une Sissi âgée de 12 ans, qui s’intéresse davantage à la poésie, aux promenades, aux animaux qu’à suivre le protocole austère et devenir ce que sa mère attend d’elle, une princesse bien éduquée et destinée à faire un beau mariage, à l’instar de sa sœur aînée, Hélène, dite Néné.



Sissi est une héroïne attachante, espiègle et pétillante. Elle nage un peu à contre-courant en préférant les balades dans la nature aux broderies, le naturel au protocole strict, et en nouant des amitiés inconvenantes avec des enfants de classes sociales différentes, et qui parle avec liberté, sans retenue ni protocole, ce qui cause de l’irritation chez l'archiduchesse Sophie, sa tante et la mère de l’empereur, et le désespoir de sa mère, Ludovika.



J’ai suivi avec intérêt cette « jeune impertinente » et sa famille. Ludovika, la mère aimante mais souvent dépassée par sa fille, et qui place en Hélène tous ses espoirs ; Max, le père, qui a transmis à sa fille le dédain du protocole et l’amour de l’art et de la nature. Hélène, la fille aînée, la fille parfaite, déjà charmée par son beau cousin, Franz, l’empereur d’Autriche dont on attend avec impatience le moment où il posera les yeux sur Sissi (mais pas tout de suite, rappelons qu’elle n’a que 12 ans ici), Charles-Louis, le frère de l’empereur, qui éprouve déjà beaucoup de tendresse pour Sissi, et encore bien d’autres personnages.



L’accent est très porté sur la famille, mais aussi sur la cour de Vienne et ses manigances et son désarroi face aux multiples crises qui secouent le royaume. Alors que Sissi, invitée avec sa famille par la tante Sophie à séjourner au château de Innsbruck, s’amuse à mettre en place une pièce de théâtre avec Charles-Louis et les autres enfants des lieux, elle surprend une conversation troublante entre l’archiduchesse Sophie et son ministre. Sissi est horrifiée de découvrir sa tante prête à user de violence pour réprimer la rébellion dans l’empire. Découverte, elle se retrouve exclue de la cour et condamnée à rester dans sa chambre, mais Sissi ne l’entend pas de cette oreille et entend bien dissuader sa tante de mener à bien son projet, mais sa tante est-elle vraiment une femme aussi stricte et insensible qu’il n’y paraît ? Cachée dans l’ombre, Sissi découvrira bien des secrets sur cette tante si énigmatique…



L’histoire reste simple mais agréable à suivre. J’ai aimé suivre Sissi, (re)découvrir la jeune fille insouciante qu’elle était, et redécouvrir tous les membres de sa famille. J’ai également beaucoup apprécié l’aspect historique du roman, notamment à travers la période de trouble qu’a traversé l’Autriche à cette époque, Napoléon Bonaparte qui marque encore les esprits, des années après sa mort, en apprendre plus sur la famille impériale, mais aussi sur le fils de Napoléon. Ce roman était une sympathique découverte qui s’est dégusté comme une petite friandise le temps d’une journée, et c’est avec plaisir que je lirai la suite.



A noter les illustrations d’Ana Mirallès, dont le graphisme noir et blanc n’est pas sans rappeler ici les collections de la bibliothèque rose et qui ne manqueront pas de faire rêver les jeunes lectrices, et insuffler un peu de nostalgie chez les autres.

mercredi 23 février 2022

Héros et légendes du Far West - Farid Ameur.


Des rives du Mississippi à la côte Pacifique, la conquête de l’Ouest a œuvré à la construction de la nation américaine et a durablement imprégné les mentalités collectives.

Célébrée par le septième art, elle symbolise l’une des plus grandes aventures humaines des temps modernes. De cette période ont émergé des figures légendaires qui hantent notre imaginaire. Davy Crockett, Geronimo, Kit Carson, Buffalo Bill, Jesse James, Billy the Kid, Calamity Jane et les frères Dalton... 


Autant de personnages charismatiques dont l’histoire véridique, souvent méconnue, nous invite à entreprendre un voyage au cœur de la fabuleuse épopée du Far West. Une histoire de courage, de violence, d’espoir et de conquête.



Le Far West fait rêver, et à juste raison !

La fameuse conquête de l’Ouest avec ses fascinantes figures qui ont marqué l’histoire de l’Amérique et du Far West, qu'il s'agisse de cowboys, shérifs, hors la loi, indiens ou autres figures notables, qui ont contribué à leur manière à façonner l'Ouest et l'histoire des États-Unis d'Amérique et qui ont laissé leur trace dans l'imaginaire collectif.


À travers des chapitres concis classés par thèmes et par période, l'auteur remonte le temps et nous invite à découvrir ou redécouvrir les principales figures mythiques de l'Ouest.


Il s’attelle tout d'abord à nous présenter les premiers héros fondateurs, les fameux Montainmen, les coureurs des bois, les trappeurs et explorateurs, ceux qui ont traversé et découvert de nombreuses régions encore non habitées et foulées par l'homme, qui ont bravé les intempéries et la nature sauvage pour trouver des terres habitables. Ce sont des figures telles que Daniel Boone, le premier sinon l’un des premiers à avoir franchi les limites des treize colonies que formaient alors cette toute jeune nation et qui a exploré et colonisé le Kentucky ; la célèbre exploration de Lewis et Clark qui ont traversé l’Amérique jusqu’à la côte pacifique et qui ont été aidé d’une guide et interprète amérindienne, Sacagawea ; Davy Crockett, célèbre trappeur ; Buffalo Bill, célèbre chasseur de bison qui a dirigé une troupe théâtrale populaire mettant en scène ses exploits et ceux d’autres grandes figures ; ou encore Jedediah Smith, trappeur, explorateur, qui a exploré la route à travers les Rocheuses jusqu’à la Californie.



L'exploration de Lewis et Clark, en compagnie de Sacagawea


Après le temps des conquêtes, l'auteur nous plonge dans côté sombre et brutal de l'Ouest à travers le parcours sanglant et brutal des hors-la-loi : Jesse James, les frères DaltonBilly the Kid, ... pour ne citer que les plus célèbres, sans occulter pour autant les hommes de loi, qui pouvaient avoir leur part d’ombre, les shérifs, les marshalls, tel Wyatt Earp, qui est connu pour sa participation à la fusillade d’O.K. Corral, ou encore Wild Bill Hickok, ou tout simplement des aventuriers ou des fines gâchettes comme Calamity Jane.


Il va de soi que traiter des héros et des légendes du Far West ne pouvait se faire sans évoquer ces merveilleux combattants, les premiers occupants l'Ouest, que sont les amérindiens. C’est à travers ces chapitre que l'on se rend compte à quel point les colonisations ont été cruelles, chose que je savais déjà et, ce, peu importe la colonisation (qu'il s'agisse des colons d'Amérique ou les Européens) mais que j'ai mieux perçu à travers les biographies présentées dans l’ouvrage. Si la partie sur les outlaws m'a fasciné, c’est bien la partie sur les Amérindiens qui m’a le plus touché, ces peuples martyres se battant pour leur survie et pour tenter de conserver leur territoire, leur identité, de continuer leur combat juste et émouvant, et conserver cet esprit de courage et de résistance. Sitting Bull, guerrier, homme médecine, figure emblématique de la résistance indienne qui a toujours refusé toute compromission et n’a jamais cessé de mettre en garde les siens contre l’invasion de leurs terres et de lancer des appels à la révolte ; Crazy Horse, guerrier qui a défendu avec acharnement ses terres avant de rencontrer un destin tragique ; Geronimo, combattant des guerres apaches, le dernier à continuer à se battre contre le Mexique et les États-Unis pour les droits des Amérindiens ; sans oublier la tristement célèbre bataille de Little Big Horn, où périt le notable Georges Armstrong Custer



À droite, Geronimo (1887)

À gauche, Calamity Jane, de son vrai nom Martha Jane Canary (1895)


Il est dommage que la quasi totalité de ces portraits ne soit que des hommes et que les femmes soient quasi absentes. Calamity Jane est la seule femme à avoir son portrait dans cet ouvrage. Pourtant, les femmes emblématiques de l’Ouest, ce n’est pas ce qui manque ! Nombre d’entre elles ont eu une vie fascinante qui auraient mérité d’être racontées, telles qu’Annie Oakley, redoutable tireuse d’élite qui a participé au Buffalo Bill Show ; Belle Star, célèbre hors la loi ; Brave Woman, une Cheyenne qui a combattu aux côtés de Crazy Horse et sauvé la vie de son frère ; ou encore la célèbre Laura Ingalls


À part ce point noir, cet ouvrage reste un beau livre bien illustré (photographies, peintures, gravures, etc) et bien documenté dans lequel l'auteur dresse un portrait complet de nombreux personnages les plus emblématiques de l'Ouest sans entrer dans de longues et nombreuses descriptions. Cela n'apportera sans doute rien aux passionnés, mais pour qui s'y intéresse de près ou de loin, cela reste une lecture bien sympathique.

vendredi 18 juin 2021

Blanc autour - Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l'institutrice Prudence Crandall s'occupe d'une école pour filles. 

Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah. La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. 

Même si l'esclavage n'est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l'Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d'une révolte sanglante. 

Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l'école si la jeune Sarah reste admise. Prudence Crandall les prend au mot et l'école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l'abolition de l'esclavage.



Aucune journée dans cette école n’est éprouvante. C’est le monde tout autour de nous qui est une épreuve.


Blanc autour est une bande-dessinée qui évoque l’histoire vraie de Prudence Crandall, une institutrice américaine qui a ouvert en 1832, dans une Amérique touchée par la ségrégation raciale, l’une des toutes premières écoles destinées à l’éducation des Afro-Américaines. Tout commence, alors que Prudence Crandall enseignait à de jeunes filles blanches, lorsque Sarah, une jeune fille Afro-Américaine, demande à entrer dans l’école pour apprendre, ce qui n’est pas sans plaire à la population qui voit d’un très mauvais œil la volonté d’une Noire à s’instruire, surtout après l’attaque de Nat Turner, un esclave noir qui a massacré des Blancs dont les desseins venaient, d’après la population, du fait qu’il savait lire et écrire. En protestation, ces habitants décident  de retirer leurs filles de l’école. Loin de décourager Prudence Crandall, celle-ci décide de transformer son école afin d’instruire les femmes Afro-Américaines qui le souhaitent…


J’ai trouvé cette bande-dessinée très instructive car elle relate des événements réels dont nous, Occidentaux, ne connaissons pas forcément l’existence. Si les stigmates du racisme envers les Noirs (toujours d’actualité, malheureusement), l’esclavage, l’abolutionisme et la ségrégation raciales ne me sont pas inconnus, j’ignorais tout de Prudence Crandall, de ses actions, et de l’existences d’écoles pour l’instruction des Afro-Américaines. Le scénario est très instructif, abordant des thèmes tels que l’éducation, l’accès au savoir, le féminisme, le racisme, la ségrégation contre les noirs qui restent persécutés dans cette Amérique du XIXe siècle. J’ai pu apprendre bien des choses sur ces sujets, et le combat que Prudence Crandall a dû mener pour mener son projet à bien, défendre ses convictions et le droit à l’instruction de ces femmes. Car nombreux sont ceux à lui mettre des battons dans les roues : contestations, sabotages, menaces… jusqu’à l’intervention de la justice. Les auteurs évoquent également les élèves de Prudence Crandall, leur volonté de s’instruire, leurs vies, leurs convictions, leurs doutes comme leurs désillusions.


Même si l’histoire ne se situe pas dans un Etat esclavagiste d’Amérique, les auteurs nous montrent bien comment les mentalités et le racisme sont encrés, comment l’indignation, la peur et la discrimination attendent ces jeunes filles dont le seul péché est d’être une femme et, pire que tout, une femme noire. Le combat racial se double donc d’un combat féministe, car les femmes blanches encouragent leurs maris à refuser cette nouvelle institutions et à renvoyer ces jeunes filles à la condition de servante.


Outre Prudence Crandall, nous avons ses élèves qui m’ont amusé et émue avec leurs caractères si différents, leur façon de voir le monde, leurs répliques bien placées, leur courage. J’ai aimé la sororité qui s’est crée entre elles. Elles sont uniques et adorables, chacune à leur façon, intelligentes et pleines d’espoir, et continueront leur combat pour leurs engagements, des années après l’école… Le chemin est long, difficile et parfois violent face à la stupidité humaine.


Si je devais exprimer un grief, ce serait le suivant : j’aurais aimé plus de pages pour plus d’approfondissement, je trouve en effet que plus de profondeur aurait profité à l’histoire dont j’ai trouvé la fin assez abrupte. J’ai néanmoins apprécié découvrir les dossiers en fin d’ouvrage qui apportent des précisions sur la vie des héroïnes, et comment elles ont évolué et vécu après avoir quitté l’école. Je n’ai pas grand chose à redire concernant les graphismes, les couleurs sont douces, le dessin un peu brouillon mais cela fait parti de son charme, tout en rondeur et en douceur, et des teintes pastel. En somme, une bande-dessinée instructive qui met en lumière les actions d'une femme méconnue mais dont le combat et les convictions se doivent d'être reconnus.





lundi 30 septembre 2013

Les Misérables - Victor Hugo.



Pour aller plus loin :








Emprunt bibliothèque fac.





Quatrième de couverture :

Le destin de Jean Valjean, forçat échappé du bagne, est bouleversé par sa rencontre avec Fantine. Mourante et sans le sou, celle-ci lui demande de prendre soin de Cosette, sa fille confiée aux Thénardier. Ce couple d’aubergistes, malhonnête et sans scrupules, exploitent la fillette jusqu’à ce que Jean Valjean tienne sa promesse et l’adopte. Cosette devient alors sa raison de vivre. Mais son passé le rattrape et l’inspecteur Javert le traque

Mon avis :

Petite précision avant tout concernant la quatrième de couverture, le roman ce n'est pas que l'histoire de Cosette et de Jean Valjean, et si vous croyez dur comme fer que Javert est le méchant de l'histoire, on ne peut pas être ami. Les Misérables, ça suit plusieurs tranches de vie de divers personnages qui vont, qui viennent, qui partent, qui restent ; c'est une peinture réaliste du Paris du début du XIXe siècle et de la société française de l'époque avec ses hauts, ses bas, ses richesses, ses beautés, ses injustices, c'est une part d'âme que l'auteur a laissé et écrit. C'est un classique incontournable de la littérature française.

Poussée par le fandom, j'ai eu, ces derniers temps, la curiosité de découvrir ce classique alors que je ne m'y attendais pas, que je ne pensais pas attaquer un classique (un "gros" classique qui plus est) de sitôt après Le comte de Monte-Cristo lu cet été.
Les Misérables, on peut dire que c'est ma véritable grande approche de l'oeuvre de Victor Hugo. Après avoir commencé petit il y a des années, au lycée, avec Claude Gueux et Le dernier jour d'un condamné, je me suis attaquée ici à un pavé plus impressionnant. 1600 pages pour mon édition qui était une édition intégrale ! Et si j'avais hâte, surtout vers la fin, de terminer enfin ce gros pavé, je dois dire que les personnages vont me manquer...


Victor Hugo.
Je crois que vous l'avez compris, j'ai aimé ma lecture, mais je dois avouer que lire Les Misérables, c'est un peu devoir s'armer de patience ; pas forcément parce que c'est un gros pavé, mais parce que certaines parties - surtout les quatre premières - sont descriptives, et il ne se passe pas grand chose. Pour ne donner qu'un exemple, l'auteur consacre au moins dix chapitres, si ce n'est plus, au personnage de l'évêque de Digne qui - même s'il est un personnage intéressant, amusant et l'image qu'on aimerait tous se faire de l'homme religieux idéal (alias bon, généreux, souriant, pieux, pardonne, n'est ni dur, sévère ou corrompu) - peut parfois lasser au bout d'un temps et pourtant j'ai adoré le personnage de l'évêque, sans compter qu'il a joué un rôle important dans la vie de Jean Valjean, l'un des personnages principaux de l'oeuvre.


L'auteur nous consacre parfois de longs chapitres pour parler d'un personnage, pour nous peindre le tableau social/politique/religieux/tout ce que vous voulez de la France, et surtout du Paris du XIXe siècle. Une vraie fresque d'histoire (on passe de Napoléon, à la Restauration jusqu'à l'époque des révolutions de 1830), de politique, de la société française de la première moitié du XIXe siècle, il nous parle beaucoup de Paris aussi (il a même consacré quelques chapitres aux égouts de Paris, c'est pour dire, mais ces égouts vont jouer un rôle dans l'histoire) et le décrit même plutôt bien, on a vraiment l'impression de vivre dans ce lieu, à cette époque. On évolue dans ce Paris, dans cette société française coincée entre une Restauration finissante et une monarchie de Juillet condamnée. Sans être vraiment un roman historique à proprement parler, les événements historiques tiennent une grande place dans le roman et les moments les plus marquants sont relatés dans ce roman (on a plusieurs chapitres consacrés à la bataille de Waterloo, aux barricades de l'insurrection de l'enterrement du général Lamarque...). Donc Victor Hugo décrit presque tout et bien (je dis presque tout... je n'aurais pas été contre à ce qu'il nous en révèle un peu plus sur certains personnages... dont Javert), à un point où ça peut paraître long, affreusement long, et j'ai un peu honte d'avouer que j'ai sauté plusieurs pages tellement je n'en voyais pas la fin. Quelques fois, je prenais mon mal en patience.

Plus que ça, l'auteur se fait omniprésent dans cette oeuvre, c'est également pour cela que j'ai écrit que Victor Hugo avait probablement laissé une partie de lui-même enfouie dans ce livre. Les choses qu'il raconte, les thèmes qu'il aborde sont indissociables de l'auteur et montrent sans doute ce qu'Hugo pense, ses convictions sur la politique, la société française... on retrouve bien-sûr un thème cher à Hugo : la condamnation de la prison, de la peine de mort, l'éducation des hommes qui favoriserait mieux l'homme dans la vie, dans la société et qui permettrait de moins remplir les prisons car un homme instruit vit mieux et vit sans délinquance  que ce n'est pas l'homme qui est mauvais, qui devient mauvais de lui-même, c'est la société qui le façonne ainsi. L'image du père et du grand-père est aussi très présente avec Jean Valjean et le grand-père Gillenormand. Jean Valjean qui découvre l'amour paternel en prenant soin de Cosette, ils se découvrent, apprennent à s'aimer, découvrent chez l'un et l'autre une soif, un besoin d'amour, de contact. Valjean change avec Cosette, il apprend à être un père. Les chapitres avec eux sont d'ailleurs très touchants, il y a ce passage que j'aime beaucoup :

La nature, cinquante ans d’intervalle, avaient mis une séparation profonde entre Jean Valjean et Cosette ; cette séparation, la destinée la combla. La destinée unit brusquement et fiança avec son irrésistible puissance ces deux existences déracinées, différentes par l’âge, semblables par le deuil. L’une en effet complétait l’autre. L’instinct de Cosette cherchait un père comme l’instinct de Jean Valjean cherchait un enfant. Se rencontrer, ce fut se trouver. Au moment mystérieux où leurs deux mains se touchèrent elles se soudèrent. Quand ces deux âmes s’aperçurent, elles se reconnurent comme étant le besoin l’une de l’autre et s’embrassèrent étroitement.
(Livre quatrième - La masure Gorbeau ; chp.III : Deux malheurs mêlés font du bonheur)

Il y a aussi le grand-père Gillenormand envers Marius, le vieux a beau être parfois dur, sévère, très axé sur ses convictions politiques et a beau avoir fait des choix que l'on peut voir comme froids (je pense au père de Marius qui m'aura vraiment brisé le cœur), il tient sincèrement à Marius, cela se voit dans le chapitre où il est au chevet de Marius. Le point fort de l'oeuvre aura aussi été les personnages, j'aimerais tous vous les présenter mais ils sont nombreux, je crois que je ne parlerais que de ceux qui m'ont marqué, à commencer par Jean Valjean : condamné à 19 ans de prison pour avoir volé du pain pour nourrir sa famille (jusque là, il a un destin similaire à celui de Claude Gueux) et pour avoir tenté de s'échapper quatre fois, il est remis en liberté mais sans cesse jeté à la porte parce qu'il est un ancien forçat. Écœuré par sa propre noirceur, sa rencontre avec l'évêque de Digne marque le commencement de sa rédemption, de sa volonté de changer, car la générosité de cet évêque va l'inciter à devenir un homme meilleur. Sa rédemption est très touchante et frappante, il devient un autre homme mais est sans cesse rattrapé par son passé. Il saura pourtant prouver qu'il a changé, que cet ancien forçat est un homme bon, secourable, généreux, doux... avec une légère tendance au martyr !

Vient ensuite l'inspecteur Javert. Inspecteur de police, il est sans cesse à la recherche de Jean Valjean. Son devoir, c'est la loi, la justice, il l'applique bien mais parfois avec excès, il ne vit que pour les lois. N'allez pourtant pas croire que c'est le méchant de l'histoire ! Il n'a pas eu une vie facile et croit que la justice est juste, est bonne, qu'elle ne peut pas se tromper. A part cela, c'est un excellent inspecteur, il est intelligent, rapide, rusé, n'a pas froid aux yeux. A l'instar du commissaire Vauvert dans L'enfant des cimetières, Javert m'a paru comme étant impayable, terrible, inimitable. Il est sarcastique aussi, sassy comme diraient les anglophones, il suffit de lire le chapitre où il est face aux Thénardier et au gang de criminels Patron-Minette, et où il lance à une Madame Thénardier qui le menace avec une brique : "la mère ! tu as de la barbe comme un homme mais j'ai des griffes comme une femme !". Il prouve aussi vers la fin qu'il n'est pas fermé d'esprit, à vrai dire, toute son existence va s'en retrouver chamboulée lorsqu'il aura la preuve que Valjean a bel et bien changé, que le monde n'est pas noir et blanc, et la lettre qu'il poste avant [ qu'il ne se suicide ] qui est en fait une liste de recommandation pour rendre la vie des prisonniers un peu moins misérables, pour corriger aussi le comportement peu tolérable de certaines forces de l'ordre. Le chapitre Javert déraillé est vraiment quelque chose, tout le conflit qui règne chez cet homme ! Je me suis vraiment attachée à Javert, même si je n'ai pas approuvé tout ce qu'il a fait (je pense notamment à l'épisode avec Fantine), et ce, malgré son obsession pas toujours très nette envers Jean Valjean :


Vingt fois, quand il était dans cette voiture face à face avec Jean Valjean, le tigre légal avait rugi en lui. Vingt fois, il avait été tenté de se jeter sur Jean Valjean, de le saisir et de le dévorer, c’est-à-dire de l’arrêter
(Livre cinquième : Jean Valjean ; chp.IV : Javert déraillé) 

Outre Javert et Valjean, nous assistons aux malheurs de Fantine, prête à tout pour donner tout ce qu'elle a pour sa fille ; nous avons les Amis de l'ABC avec Pretty Face alias Enjolras, à la fois un Saint-Just et un Robespierre et leader du groupe ; Grantaire, prêt à tout pour Enjolras qui, lui, passe son temps à douter de lui ; Courfeyrac ; Combeferre qui est un peu la figure intellectuelle et philosophe du groupe ; le jeune Gavroche, Bossuet, Jean Prouvaire et autres qui se préparent à la révolution (d'ailleurs, les chapitres avec la barricade sont spectaculaires !), j'ai aimé la façon de l'auteur de nous les présenter, je me suis beaucoup attachée à eux. Vient ensuite Marius, l'amoureux transi qui se trouve presque malgré lui au cœur des insurrections de juin 1835, il y a la jeune Cosette, il y a le couple sans scrupules des Thénardier... beaucoup de personnages donc, tous très bien fouillés, et qui, à un moment ou à un autre, sont ou seront ce qu'il convient d'appeler "un misérable", de différentes manières : socialement, politiquement, sentimentalement, financièrement...

Je ne vais pas m'attarder davantage sur ce roman, je n'ai pas tout dit mais il vaut mieux que je m'arrête là, sinon cet article risque de s'avérer plus long que prévu. Tout ça pour dire que malgré les longueurs et la patience dont il faut s'armer pour tout lire, Les Misérables est un bon classique, un très bon classique, avec des personnages tous les plus intéressants les uns que les autres, très bien racontés, très bien fouillés. Victor Hugo écrit très bien, il a une manière très humaine de raconter les émotions humaines, les relations humaines, il nous peint avec réaliste le Paris et la France de la première moitié du XIXe siècle, une véritable fresque historique, sociale, politique. Les descriptions qu'il nous offre sont puissantes, comme un mélange grandiose entre Histoire et Humanité. Les développements sur la psychologie et la nature humaine sont avant-gardistes... bref, un roman prenant qui place le lecteur devant sa propre humanité. J'ai beaucoup aimé ce roman et je retenterai sans hésiter une autre oeuvre de Victor Hugo un jour !



Image tirée de la dernière adaptation en date des Misérables.



Extrait :

Il achevait à peine qu’un effroyable fracas ébranla la boutique. Une vitre de la devanture venait de s’étoiler brusquement. Le perruquier en devint blême.
_ Ah Dieu ! cria-t-il, c’en est un !
_ Quoi ?
_ Un boulet de canon.
_ Le voici, dit le soldat.
Et il ramassa quelque chose qui roulait à terre. C’était un caillou.
Le perruquier courut à la vitre brisée et vit Gavroche qui s’enfuyait à toutes jambes vers le marché Saint-Jean. En passant devant la boutique du perruquier, Gavroche […] n’avait pu résister au désir de lui dire bonjour, et lui avait jeté une pierre dans ses carreaux.
_ Voyez-vous ! hurla le perruquier qui de blanc était devenu bleu, cela fait le mal pour le mal. Qu’est-ce qu’on lui a fait à ce gamin-là ?

Chapitre 3 : Juste indignation d'un perruquier. (Livre onzième : L'atome fraternise avec l'ouragan)

dimanche 30 juin 2013

Le Comte de Monte-Cristo - Alexandre Dumas.



Pour aller plus loin :






Emprunt bibliothèque fac.






Quatrième de couverture :

La vengeance est un plat qui se mange froid, mais certains offensés l'assaisonnent avec raffinement tel qu'ils l'élèvent au rang d'une gastronomie. Edmond Dantès, le héros du Comte de Monte-Cristo, est de ceux-là. Jeune marin, âme candide et fils modèle, il semble promis au bonheur et à une brillante carrière dans la marine, quand soudain tout s'écroule.

Du jour au lendemain, il se voit précipiter dans un abîme de détresse et de ténèbres. Arrêté comme comploteur, il est enfermé au château d'If, la prison de Marseille, pour y croupir jusqu'à la fin de ses jours. Sa faute ? S'être attiré la jalousie de deux rivaux. Sa malchance ? Avoir affaire à un magistrat arriviste et malhonnête.

Mais, au bout de quatorze ans, Dantès s'évade et reparaît, après complète métamorphose en richissime aristocrate, pour châtier les trois misérables responsables de ses malheurs.

Mon avis :


Avant de commencer cette (longue) critique, je tiens à préciser que j'ai piqué ce résumé sur Livraddict car l'édition que j'ai emprunté à la bibliothèque de la fac est une ancienne édition qui ne possède pas de quatrième de couverture, ainsi j'ai tâché d'en recopier une ici, histoire d'offrir à ce billet un résumé de l'oeuvre. Honnêtement, je ne m'imaginais pas lire un Alexandre Dumas cette année, le tout premier écrit que j'ai lu de lui remonte à deux ans et il s'agissait d'une nouvelle qui racontait une histoire de vampires dans les Carpates et je m'étais toujours imaginée que si jamais je devais tenter un autre écrit du Monsieur, ce serait sans doute avec son célèbre Trois Mousquetaires ; cependant j'ai fait la découverte ce mois-ci de Gankutsuou, un anime adaptant une version futuriste et quelque peu libérée du Comte de Monte-Cristo mais qui pourtant était si géniale, si prenante qu'il m'avait fallu lire absolument l'oeuvre d'origine et bon sang, quelle aventure ce fut !

L'histoire commence avec Edmond Dantès, un jeune marin candide et honnête avec un cœur d'or à qui la chance sourit : à seulement 19 ans, il est sur le point de devenir capitaine du navire Le Pharaon sur lequel il est en service, ce qui le sauvera lui et son père de la misère et de la faim, et il va bientôt épouser la femme qu'il aime, la belle catalane, Mercédès. Seulement, ce bonheur ne plaît pas à tout le monde et fait des envieux, notamment chez Danglars, le comptable du navire, et Fernand Mondego, désespérément amoureux de la belle Mercédès. L'un jaloux et l'autre désespéré, ces deux rivaux mettent en place un plan pour se débarrasser d'Edmond Dantès et voici que le soir de ses fiançailles, Edmond Dantès est arrêté, faussement accusé de bonapartisme dans une France en pleine Restauration, et envoyé en prison par un magistrat malhonnête au château d'If. C'est d'abord dans l'incompréhension et dans le désespoir le plus profond que le jeune Edmond passe ses premières années en prison, avant de rencontrer l'abbé Faria, un détenu qui lui fera son éducation et qui l'aidera à s'enfuir et c'est au bout de 14 ans d'emprisonnement qu'Edmond parvient à s'échapper. Devenu riche, il se fait une nouvelle identité et devient le comte de Monte-Cristo, et il entend bien se venger de ceux qui l'ont plongé dans la misère, et le jeune Albert, fils de Fernand Mondego, devenu le comte de Morcerf, se révèle être l'instrument parfait pour approcher ses ennemis...

Ayant lu la version intégrale, j'ai eu droit à un véritable pavé de 1400 pages, et je me suis consacrée à 100 pages tous les jours, sauf pour les derniers jours où je lisais 200 pages tellement j'étais dans l'histoire. Pour une première "vraie" découverte d'Alexandre Dumas, je dis wouaah ! Un vrai roman d'aventure, entre exotisme et le Paris du premier XIXe siècle, agrémenté de nombreux rebondissements, de personnages tous les plus intéressants les uns les autres, une histoire riche dans laquelle rien n'est laissé au hasard. Le comte de Monte-Cristo, c'est... une oeuvre magistrale, un vrai roman d'aventure à coups de trésors, d'orientalisme, de secrets du passé, de machinations... la vengeance est un plat qui se mange froid et qui met du temps dans sa préparation pour que le plat soit grandiose et Monte-Cristo est un virtuose de la vengeance ! C'est également un roman sur les relations humaines qui ici se mettent en place ou se développent, entre trahison, regrets, détermination, pouvoir, richesses et autres hantises et possessions de l'être humain. C'est exotique aussi, on ne se contente pas de connaître le Paris du premier XIXe siècle, Alexandre Dumas nous fait voyager dans la Méditerranée, dans les campagnes militaires de Janina, sur l'île de Montecristo, dans les carnavals d'Italie... c'est aussi des histoires de duel, trahison, secrets, de voyages, de tromperie, faux-semblants, art du déguisement dont Monte-Cristo est passé maître !

C'est également une plongée dans l'histoire : une ou deux rencontres avec Louis XVIII, une France en pleine Restauration, le régime de Juillet, des nobles et aristocrates déchirés entre le monarchisme et le bonapartisme, ce qui engendra des conflits, des crises politiques ou judiciaires, des débats... l'Histoire ne sert pas de décors ici car des événements de cette époque entraîne les actions de certains personnages, comme le juge Villefort, un monarchiste qui tente néanmoins de sauver un père bonapartiste et fier de l'être de la justice. Pendant une bonne partie du roman, nous suivons Edmond Dantès heureux et fiancé, puis son emprisonnement, son éducation par l'abbé Faria jusqu'à son évasion, sa nouvelle vie, d'abord en travaillant dans l'équipage d'un bateau italien puis après, le chapitre XXXI nous introduit deux nouveaux personnages : Franz d'Epinay et Albert de Morcerf et peut-être faudra-t-il un moment, selon le lecteur, pour s'apercevoir qu'Edmond Dantès est revenu sous le personnage froid et énigmatique du comte de Monte-Cristo.


Alexandre Dumas.

Nous avons une panoplie de personnage, si bien qu'il peut être difficile de retenir qui est qui, qui fait quoi, et pénible de lire les histoires de chaque personnage, vu comme ça, ça peut être ennuyeux et on se demande pourquoi s'éloigner ainsi de l'histoire ou quel intérêt. C'est riche et Alexandre Dumas prend le temps de nous faire connaître pratiquement chaque personnage et leur vie, certes ça peut ennuyer, mais l'auteur n'a rien écrit au hasard ! Au fur et à mesure de la lecture, on finit par s'apercevoir qu'un élément de la vie ou que le vécu, le passé d'un personnage déclenchera un élément de l'intrigue, servira à l'histoire, se révélera important pour la suite du roman. Ainsi, lorsque Bertuccio, un des domestiques du comte, révélera au comte son passé ou que l'on est plongé dans le passé du juge de Villefort ou celui de son père, ce n'est pas par hasard ! Ces éléments vont revenir par la suite et servir à l'histoire !



Je parlerai en premier lieu d'Albert de Morcerf qui est l'un des personnages à m'avoir bien marqué. Fils de Mercédès et de Fernand, il est vicomte de Morcerf et est un jeune homme bien vif, j'ai été touché par son incroyable attachement à sa mère dont il semble plus tenir que de son père, c'est quelqu'un de sincère mais dans le sens où s'il a quelque chose de bien ou de mal à dire, il le dit ; ce qu'il pense, il le dit, il est très franc de ce côté-là, il est aussi très attaché au comte qu'il admire et respecte plus que tout, il est jeune et impétueux, courageux aussi bien que selon certaines scènes (comme celle où il est retenu prisonnier par les bandits de Luigi Vampa), on se demande si c'est du courage ou de la folie, mais il faut avouer qu'il force un peu le respect de ce côté-là... de là à avoir impressionné le célèbre bandit Vampa en ne se montrant pas traumatisé par son expérience et en remerciant même Vampa. C'est aussi un noble cœur plein d'humilité, la scène du duel le montre bien assez et j'ai été ravie de voir que Monte-Cristo ne lui en tenait pas rancœur et se montrait même attaché à Albert, compatissait parfois avec lui malgré sa première conviction que le fils doit payer les péchés du père. Je crois que c'est chanceux pour ces deux-là qu'Albert tienne plus de sa mère que de son père, bien que j'ai longtemps nourri l'espoir [ qu'Albert soit en fait le fils de Monte-Cristo, j'aurais aimé un tel retournement de situation ! ]

J'ai aussi beaucoup aimé son amitié avec le journaliste Beauchamps, à part ça, nous avons Eugénie Danglars, musicienne de talent et féministe avant l'heure qui préférerait s'enfoncer une fourchette dans la main que de se marier, savourant sa liberté plus que tout ; Noirtier de Villefort, ancien bonapartiste, un esprit fort malgré sa condition et qui tient sincèrement à sa petite-fille ; la famille Morrell qui a été l'un des rares soutiens à Edmond Dantès et qui a bien souffert ; Villefort, implacable dans son métier de juge mais désorienté chez lui surtout lorsqu'une vague de décès surviendra dans son foyer, des trois traîtres qui ont détruit la vie de Dantès, il doit être le seul à avoir la fin la plus terrible et que j'ai regretté, des trois ce n'était pas lui le plus mauvais, j'aurais plus dit Danglars, banquier qui ne jure que par son argent. Nous avons également l'épouse Danglars, Héloïse et Valentine de Villefort, Haydée la jeune esclave du comte dont son passé jouera un rôle dans l'histoire, l'abbé Faria qui a vraiment sauvé Edmond du désespoir, qui l'a éduqué, sauvé de la folie, aidé à s'évader... il aura été une figure paternelle essentielle à la vie d'Edmond... bref, toute une panoplie de personnages que je ne peux pas tous citer ici, et que je laisserais aux futurs lecteurs de ce roman découvrir.

Monte Cristo n'est pas en reste, bien-sûr : personnage absolument fascinant et charismatique, il est celui qui agite les ficelles de "ses" marionnettes, qui met en scène les événements de ce roman, il crée de ses mains, change la vie de ceux qui l'ont trahis et la façonne à sa manière pour qu'elle se dirige dans le sens où il le veut. On ne s'en rend pas compte au début mais progressivement on devine que c'est lui qui est derrière tout ça, une simple conversation, un simple geste de lui peut être à l'origine du changement du cour de la vie de ceux qui l'ont trahis, il n'agit pas toujours directement, le point fort chez lui est qu'il opère indirectement. Pour sa vengeance, il utilise un personnage de son entourage ou séduit un personnage pour l’amener à faire ce qu'il veut, tout comme il a séduit madame de Villefort alors qu'il lui parlait des différents types de poisons, comment il a orchestré l'enlèvement d'Albert de Morcerf pour s'en faire un ami, pour entrer plus facilement dans l'aristocratie de Paris et en savoir plus sur ces nobles, et même comment Haydée, l'esclave qu'il a acheté de Grèce, jouera, sans qu'elle le sache, un rôle dans sa vengeance.



Le château d'If, près de Marseille, qui fut la prison d'Edmond Dantès pendant 14 ans.


Vu comme ça, il paraît être quelqu'un de machiavélique mais Monte-Cristo n'est pas vraiment l'antagoniste du roman, il est le protagoniste, le personnage central du roman car tout finit par revenir vers lui, tout est lié à lui, et il est bien difficile de lui en vouloir. On ne peut s'empêcher, au contraire, d'éprouver de l'empathie et de la compassion à son égard. Quand on a lu la vie qu'il a mené alors qu'il était en prison, entre incompréhension et désespoir, toute sa tristesse, sa souffrance dépeinte avec justesse et horreur, on peut comprendre son besoin de vengeance et on lui pardonne, surtout lorsqu'on s'aperçoit qu'il est resté humain, malgré tout, il éprouve du remords quand sa vengeance à l'égard d'un des personnages va trop loin, il parvient à voir Albert pour lui-même et non plus comme le fils de l'un de ceux qui l'a trahi et éprouve même de l'affection pour le jeune homme. Donc, devenu comte de Monte-Cristo ou pas, il semblerait qu'il soit resté un peu d'Edmond Dantès en lui, un homme qui souffre, qui doute, qui a été traumatisé par son emprisonnement et l'injustice dont il a été la victime car son seul tord a été d'être heureux et d'avoir un brillant avenir devant lui, c'est un personnage complexe, c'est un homme au cœur brisé.

Alexandre Dumas est un génie des affaires et des relations humaines, plus que la vengeance, c'est une palette d'émotions et d'actions humaines, qu'elles soient grandioses ou mesquines, un vrai monstre ! Je n'avais pas été aussi emballée que ça depuis ma lecture des Liaisons Dangereuses. C'est plus qu'une histoire de vengeance, c'est une histoire d'amour, de haine, d'intelligence, de machinations, de secrets, de justice, avec du respect, de l'amitié, de l'humour, de l'humanité... le tout avec un style agréable à lire, une panoplie de personnages intéressants et un scénario époustouflant ! Et j'ai bien été surprise par le style de Dumas, j'avais oublié à quel point ses descriptions dans La dame pâle m'avaient envoûté et que j'ai redécouvert avec plaisir dans ce roman, plus que ça, j'ai également été surprise par son talent de conteur et l'humour qu'il employait parfois dans sa narration, l'un des passages à m'avoir le plus marqué doit être celui-là :


Madame de Villefort fit un mouvement de joie, et ramena l’enfant plus près d’elle encore :
— Édouard, dit-elle, vois-tu ce bon serviteur : il a été bien courageux, car il a exposé sa vie pour arrêter les chevaux qui nous emportaient et la voiture qui allait se briser. Remercie-le donc, car probablement sans lui, à cette heure, serions-nous morts tous les deux.
L’enfant allongea les lèvres et tourna dédaigneusement la tête.
— Il est trop laid, dit-il.
Le comte sourit comme si l’enfant venait de remplir une de ses espérances ; quant à madame de Villefort, elle gourmanda son fils avec une modération qui n’eût, certes, pas été du goût de Jean-Jacques Rousseau si le petit Édouard se fut appelé Émile.
(Chapitre XLVII : L'Attelage gris pommelé)


Peut-être faut-il être quelqu'un de littéraire pour comprendre le comique du passage mais j'ai adoré, cette mention à Rousseau m'a fait pouffer de rire et si Alexandre Dumas est aussi, si ce n'est plus, drôle dans ses autres romans, je continuerai prochainement ma découverte de ce merveilleux, merveilleux auteur ! Certes, le style du roman était parfois lourd, avec des longueurs, mais j'étais si emballée par l'histoire que même les longueurs et lourdeurs ne m'ont pas gêné plus que ça. Je me suis délectée à lire cette fresque du XIXe siècle, à m'immerger dans ce labyrinthe de complots, de sentiments... Bref, un excellent roman que j'ai eu du mal à quitter. Mais ce qui est sûr, c'est que je lirais à nouveau Alexandre Dumas et cette fois-ci, ce sera avec ses célèbres Trois Mousquetaires.



L'île de Montecristo, entre la Corse et l'Italie, dans l'archipel toscan.



Extrait :


Là, dans ce cabinet, assis devant une table de noyer qu’il avait rapportée d’Hartwell, et que, par une de ces manies familières aux grands personnages, il affectionnait tout particulièrement, le roi Louis XVIII écoutait assez légèrement un homme de cinquante à cinquante-deux ans, à cheveux gris, à la figure aristocratique et à la mise scrupuleuse, tout en notant à la marge un volume d’Horace, édition de Gryphius, assez incorrecte quoique estimée, et qui prêtait beaucoup aux sagaces observations philologiques de Sa Majesté.


— Vous dites donc, Monsieur ? dit le roi.
— Que je suis on ne peut plus inquiet, sire.
— Vraiment ? auriez-vous vu en songe sept vaches grasses et sept vaches maigres ?
— Non, sire, car cela ne nous annoncerait que sept années de fertilité et sept années de disette, et, avec un roi aussi prévoyant que l’est Votre Majesté, la disette n’est pas à craindre.
— De quel autre fléau est-il donc question, mon cher Blacas ?
— Sire, je crois, j’ai tout lieu de croire qu’un orage se forme du côté du Midi.
— Eh bien, mon cher duc, répondit Louis XVIII, je vous crois mal renseigné, et je sais positivement au contraire qu’il fait très beau temps de ce côté-là.

Tout homme d'esprit qu'il était, Louis XVIII aimait la plaisanterie facile.

Chapitre X. Le Petit Cabinet des Tuileries.