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dimanche 7 juin 2026

Le Merveilleux restaurant des souvenirs - Yuta Takahashi.



Au menu du jour : vos souvenirs les plus émouvants...

Dans la baie de Tokyo, au bout d'un chemin de coquillages, se dresse le restaurant Chibineko. On dit qu'ici, les plats sont des passerelles vers les âmes disparues. 

Guidée par la promesse d'un dernier instant avec son frère décédé, Kotoko pousse la porte de ce mystérieux restaurant. À l'intérieur, elle est accueillie par Chibi, le chaton tacheté qui veille sur les lieux. Sans même attendre sa commande, Kai, le jeune chef, lui sert un repas qui évoque son enfance - poisson mijoté, riz, soupe miso. Dès la première bouchée, la magie opère, transportant Kotoko vers un passé qu'elle croyait perdu à jamais.




Le Merveilleux restaurant des souvenirs nous emmène au Chibineko, un petit restaurant dans la baie de Tokyo, près de la mer, au bout d’un sentier de coquillage, tenu par le jeune chef Kai, accompagné de Chibi le chaton mascotte de la maison. Sa particularité, en plus de n’être ouvert que jusque 10h du matin, est de proposer des repas du souvenir, pour permettre aux clients ayant perdu un être cher de renouer avec eux, le temps d’un repas. L’occasion de se livrer à des explications, des confidences, ou bien un dernier au revoir.


J’ai beaucoup aimé le concept de ce restaurant et du repas du souvenir. C’est quelque chose qui existe bel et bien et qu’on appelle kage-zen. Le kage-zen peut être un repas préparé à la mémoire d’un défunt et qui est servi pendant des funérailles, ou bien un repas destiné au défunt lui-même, la croyance étant que le défunt pouvait se nourrir de ce plat à travers la fumée qui s’en dégage. J’ai trouvé le concept intéressant et il nous offre de belles histoires à la fois douces et amères.


Le roman contient quatre histoires courtes, avec un schéma similaire, mais qi se rejoignent entre elles. Nous suivons une jeune fille qui a perdu brutalement son frère promis à une brillante carrière d’acteur, et qui est tiraillée entre la tristesse et la culpabilité ; un jeune étudiant qui a perdu une camarade de classe qui était son premier amour, et qui regrette des paroles dures, prononcées sans réfléchir ; un homme en fin de vie qui souhaite revoir sa femme une dernière fois ; et enfin Kai, le jeune chef lui-même, en proie au deuil.


Bien que ce soit un roman propice aux moments tristes et émouvants, cela reste une lecture feel good car il se dégage beaucoup de douceur et de bienveillance, une volonté d’aller de l’avant, sans oublier les disparus, mais de continuer à vivre pour eux, pour les honorer.


C’est une lecture paisible et agréable qui fait du bien à son petit cœur, et qui est également gourmande car le roman évoque l’importance de la nourriture, et surtout le lien que nous pouvons avoir avec une personne disparue à travers un plat qui nous rappelle cette personne et les moments passés avec elle. Le repas du souvenir n’est jamais choisi au hasard, et il est préparé exactement comme le client et son disparu l’ont connu. On y trouvera, au fil des pages, des recettes gourmandes et japonaises, comme un mijoté d’Ainamé, un sandwich aux œufs, du riz aux cacahuètes, du riz aux prunes, ou encore un sukiyaki-don. J’ai d’ailleurs apprécié la présence de recettes à chaque fin d’histoire, nous invitant à recréer quelques-uns de ces plats. En outre, ce roman est une belle petite découverte, une lecture douce et pleine de poésie et de bienveillance. 


Sentant son regard peser sur lui, Taiji redressa la tête. Fumika l’observait. C’était elle qui avait proposé d’attaquer le repas, pourtant elle n’avait pas touché à son assiette. Elle restait assise, immobile face à lui.

— Tu ne manges pas ? s’étonna-t-il.

— Je suis en train de manger.

— Hein ?

— La vapeur. C’est mon repas.

— De quoi ?

— Enfin, les odeurs, pour être plus précise. Quand on est mort, on ne peut plus manger les choses de ce monde-ci.

Elle lui expliqua que c’était la raison pour laquelle on faisait brûler de l’encens sur les autels et les tombes. La fumée qui s’élevait des bâtonnets constituait la nourriture des défunts. Taiji l’ignorait.

— Ah bon ?

— Une fois le plat refroidi, on ne peut plus sentir son odeur. C’est pour ça que je ne peux rester ici que tant que le repas est chaud.

— Quoi ? Mais… ça veut dire que tu vas disparaître ?

— Disons plutôt que je vais retourner dans l’autre monde.

lundi 25 mai 2026

La petite confiserie de l'allée nocturne - Hiyoko Kurisu.


Problèmes de cœur ?

Quotidien morose ?

Laissez vos pas vous guider vers La Petite Confiserie Kohaku.

Quand vient le soir, les lanternes s'allument dans l'allée nocturne et attirent les âmes en peine. Les boutiques datent d'un autre âge, comme peuplées de fantômes. Une seule brille d'une lumière chaleureuse. Sur l'enseigne on peut lire : La Petite Confiserie Kohaku. 

Dans ce lieu enchanté, on trouve des bonbons de toute sorte. Le maître des lieux, un charmant jeune homme aux oreilles de renard, promet à tous ceux qui le rencontrent que ces friandises ont le pouvoir de changer leur vie. Une bouchée et... « Achetez, dégustez, vous verrez ! »



Je termine le challenge avec cette petite lecture bonbon et feel good que j’ai pris beaucoup de plaisir à déguster. Ce roman ne proposera rien d’original puisqu’il existe des romans avec un schéma similaire. Ici, nous suivons des personnes qui traversent un moment difficile ou qui ne sont pas bien dans leur peau. Ils tombent par hasard sur une confiserie tenue par un étrange personnage, qui se révèle être un yokai, et qui achètent une confiserie qui changera leur vie, ce qui va leur permettre de voir la vie autrement, voire de surmonter leurs difficultés.


Il y a cinq histoires en tout, ainsi qu’un épilogue.


Dans la première, on suit une lycéenne qui se sent délaissée par son petit-ami, accaparé par ses études. Elle ne veut en aucun cas compromettre ses études, juste un peu d’attention, un signe qu’il tient toujours à elle. Lorsqu’elle tombe sur la confiserie, elle achète des konpeito. Le vendeur la met en garde : en manger un par jour lui donnera un petit bonheur, une bonne nouvelle, mais elle doit prendre garde à ne pas dépasser la dose. La jeune fille est confuse mais suit ses instructions. Sitôt le premier bonbon mangé, son petit-ami la contacte. Elle suit ainsi ses instructions, gagnant chaque jour un petit bonheur. Puis un jour, elle se pose la question : que se passerait-il, si elle venait à en manger plusieurs ?


Dans la seconde histoire, on suit un homme, employé dans la vente, qui est complexé par son physique et ses rondeurs qui sont la source de moqueries quotidiennes. Il aimerait être invisible, pour changer. Alors qu’il tombe sur la confiserie, il y achète des wasanbons, et découvre avec surprise qu’il est devenu invisible aux yeux de ceux qui l’entourent… personne ne le remarque, à moins d’être à proximité de lui. Pour cet homme, c’est miraculeux, mais il découvre peu à peu qu’être invisible n’est pas aussi avantageux qu’il le pensait.


Dans la troisième histoire, on suit une étudiante qui n’ose pas être sincère avec ses amies et partager ses opinions, ni même ses goûts, de crainte de perdre leur amitié. Dans la confiserie, elle achète des monakas à la châtaigne. En les dégustant, elle s’aperçoit à sa grande surprise qu’elle ne peut pas s’empêcher d’être honnête et de dire tout ce qu’elle pense, à la grande surprise de ses amies. Elle découvre également qu’elle n’est pas la seule à cacher ce qu’elle pense.


Dans la quatrième histoire, on suit une lycéenne persuadée d’être suivie par la malchance. Mais voilà, elle doit passer une audition musicale, et il est hors de question d’échouer. Elle s’en va prier au temple, puis tombe sur la confiserie sur le chemin du retour où elle achète des caramels. Est-ce une coïncidence ou non, car elle découvre qu’après en avoir dégusté un, sa malchance tombe sur quelqu’un d’autre.


Enfin, dans la cinquième histoire, on suit une mère au foyer dépassée et fatiguée, avec un bébé aux besoins constants, et un mari devenu distant. À la confiserie, elle achète deux pommes d’amour, une pour elle, une pour son mari. En croquant la sienne, elle découvre avec stupeur des auras éblouissantes entourant ceux qu’elle aime. Au début, elle ne comprend pas ce qui lui arrive, mais elle s’aperçoit que cette lueur, qui change d’intensité, correspond au degré d’amour que ses proches lui portent. Celle de son mari variant, elle décide de redoubler d’efforts pour prendre soin de lui et rendre sa lueur la plus éblouissante possible. Mais elle se rend compte que ce n’est pas suffisant. Elle aimerait que son époux la remarque, elle-aussi.


C’est un roman qui mélange le fantastique et le contemporain. Il y a un peu de magie dans le car le patron de la Petite Confiserie Kohaku est un esprit mi-kitsune, mi-humain qui insuffle un peu de sa magie dans ses confiseries, mais cet aspect de l’histoire ne prend pas le dessus puisque la résolution des problèmes de nos différents personnages ne doit presque rien à la magie. Ce sont simplement eux qui ouvrent enfin les yeux et découvrent qu’avec de la communication, un meilleur jugement ou plus de clairvoyance, leurs problèmes sont peu à peu résolus. Cet aspect ne m’a pas déplu, c’est même réconfortant de savoir qu’il n’y a pas que la magie qui peut résoudre nos problèmes mais que nous en avons aussi le pouvoir, sans avoir forcément besoin de confiserie magique. Chacun peut trouver écho à l’une de ses histoires, ou se reconnaître chez un personnage.


Bien-sûr, les histoires sont romancées et finissent toutes bien, c’est le genre qui veut ça, et c’est bel et bien une lecture feel good. Il n’en reste pas moins que ces différentes histoires donnent à réfléchir, et qu’un peu de douceur fait du bien dans ce monde de brutes. Ça me donne même envie de lire d’autres romans japonais de ce genre.


J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de Kogetsu, le patron de la confiserie. Il est en retrait pendant les 3/4 du roman, ce qui renforce l’aspect mystérieux qu’il dégage, et lui donne un côté mystique qui ne m’a pas déplu, mais j’ai tout de même été contente de voir que l’auteur lui a consacré un épilogue, ce qui m’a permis de découvrir comment il en est venu à ouvrir la confiserie.


En résumé, c’est un roman doux, une lecture bonbon et feel good que j’ai pris plaisir à découvrir, et qui m’a permis de voyager un peu au Japon et découvrir l’allée nocturne avec ses commerces, ses lampions lumineux, Kogetsu et ses confiseries japonaises. Chaque histoire est bienveillante, avec une petite morale, et permet de passer un agréable moment de lecture.


I felt a kind of catch in my chest release. I hadn’t even been aware of it before, but now that it was gone, it was as if a pleasant breeze had run through me.

It was good that I’d spoken frankly. It was good that I’d complimented Saya instead of hesitating, even though I wasn’t sure my opinion was worth anything to her. After all, no one minds a compliment.

Still marvelling at Saya’s unexpected reaction, I resolved to put my feelings into words in future.

samedi 28 mars 2026

Perveen Mistry (T.1) Les veuves de Malabar Hill - Sujata Massey.

Bombay, 1921.

Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.

Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?

Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.


Bombay, 1921. Perveen Mistry est une jeune avocate érudite et indépendante qui a rejoint le cabinet d’avocat de son père en tant qu’associée. Mais, en temps que femme, elle n’a pas le droit de plaider et elle doit donc se contenter d’étudier des dossiers. Une occasion en or se présente à elle. Un homme est mort en laissant ses trois épouses qui ont peut-être signé un papier concernant leur héritage, sans savoir de quoi il en retourne. Ces veuves étant de confession musulmane et pratiquant la séparation entre hommes et femmes, seule Perveen peut pénétrer dans le domaine et entrer en contact avec elles, et il lui devient vite évident que des détails très importants concernant la succession n’ont pas été communiquées aux veuves. Peu à peu, la tension monte… jusqu’au sang.


Un roman policier assez long à démarrer mais, une fois lancée, l’intrigue se déroule d’elle-même au fur et à mesure des pages. Il ne faut toutefois pas s’attendre à de l’action et à de nombreux rebondissements. Le rythme de l’intrigue reste assez long, parce que l’auteure prend le temps de la mettre en scène mais aussi de nous baigner pleinement dans les différentes cultures que composent l’Inde (culture parsie, culture musulmane, etc).


Le récit alterne entre deux temporalités : 1921, soit le moment présent, avec Perveen qui mène l’enquête concernant l’affaire de succession des veuves de Malabar Hill puis le meurtre qui en découle, et 1916 pendant les jeunes années de Perveen mais je n’ose pas en dire davantage, de peur de spoiler. De façon assez paradoxale, c’est cette dernière partie qui m’a davantage intéressé, par rapport à l’enquête en elle-même (même si j’ai eu envie de savoir qui est le tueur et ses raisons), de découvrir ce pan de l’histoire de Perveen, qui explique ce qu’elle est devenue et ce qu’elle a vécu. Ces retours en arrière sont loin d’être inutiles puisqu’ils vont servir au récit et se retrouver liée à l’intrigue, bien que légèrement.


Les personnages ne sont ni marquants, ni attachants, mais ils jouent bien leur rôle. Perveen est la plus réussie d’entre eux. À défaut de m’attacher à elle, j’ai été touchée par son vécu, et j’ai admiré sa ténacité, son intelligence et son indépendance.


Plus que l’enquête, ce que j’ai vraiment apprécié était cette immersion dans l’Inde du début du XXe siècle, notamment l’Inde à travers les yeux de la femme. J’ai pu en apprendre plus sur les mœurs, la cuisine, les coutumes, les différentes cultures et religions, la cohabitation entre Indiens et Anglais, mais aussi et surtout les droits (ou le peu de droits) des femmes en Inde, les traditions ultra-patriarcales, les difficiles luttes des femmes pour avoir des droits équitables, les injustices (un mari battant sa femme n’est, par exemple, pas un motif de divorce mais si elle fuit un foyer toxique, c’est elle qui est en tord ; ou encore cette horrible séparation imposée aux femmes qui ont leurs règles, devant être enfermées dans une pièce, sans le moindre contact, car elles sont considérées comme impures). Je sais qu’il est encore, malheureusement, dangereux d’être une femme en Inde de nos jours, mais j’ose espérer que les lois ont changé en leur faveur depuis plus de cent ans.


Une plongée plaisante dans l’Inde du XXe siècle, je regrette de ne pas y sentir les parfums des fleurs et la délicieuse odeur des plats qui sont présents. Un voyage instructif en Inde mais qui ne manque pas d’indigner concernant la condition de la femme. L’intrigue policière en elle-même était plutôt intéressante, mais je retiendrai surtout le voyage en Inde, ainsi que les flash-back sur la vie de Perveen. Une découverte sympathique, cela dit je ne pense pas lire la suite…


- Il semble que vous soyez enchainée à certaines personnes et une grande et vieille maison que vous n'appréciez pas pleinement.

- N'est-ce pas la définition de la famille ?

dimanche 22 mars 2026

Les Disparus du Pays Imaginaire - Aiden Thomas.



Lorsque des enfants disparaissent dans la petite ville d'Astoria, tous les regards se portent sur Wendy...

Il y a cinq ans, Wendy a été portée disparue avec ses deux petits frères. Elle sera retrouvée au bout de six mois, seule, dans les bois !

Quelques années plus tard, deux enfants disparaissent à nouveau, rappelant à Wendy de sombres souvenirs. Alors qu'elle rentre chez elle par une route sombre à travers bois, au volant de son pick-up, une forme gisant sur la chaussée l'oblige à s'arrêter. Il s'agit d'un jeune garçon qui prétend connaître Wendy et pourrait bien être la clé du mystère entourant toutes ces disparitions d'enfants.

Il s'appelle Peter !



Les Disparus du Pays Imaginaire est une réécriture de Peter Pan qui m’a un peu déconcerté, puisque cela se passe à notre époque, mais aussi parce que, pendant une bonne partie du roman, il ne se passe pas grand-chose. Une fois qu’on s’habitue au fait que Wendy a un téléphone portable et conduit une voiture, et au rythme lent du récit, l’histoire qui nous est présentée est intéressante !


Wendy a ici 18 ans, elle est étudiante pour devenir infirmière, mais elle vit avec un poids sur la conscience. Cinq ans plus tôt, elle et ses frères ont disparu dans la forêt. Seule Wendy est revenue, sans aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. À présent jeune adulte, elle remarque de plus en plus de disparitions d’enfants, faisant remonter en elle ses souvenirs et sa culpabilité… mais aussi des rêves concernant Peter Pan et le Pays Imaginaire. Impossible, pourtant, puisque ce ne sont que des histoires que sa mère lui racontait. Et pourtant, ce jeune garçon qui a débarqué dans sa vie en prétendant la connaître, et qui se nomme Peter, pourrait bien être la chance de Wendy pour retrouver la trace de ses frères, ainsi que des autres enfants disparus.


L’histoire présente du potentiel, entre la mystérieuse disparition des enfants, les retrouvailles entre Peter et Wendy, et Wendy qui retrouve ses souvenirs au compte-goutte concernant le soir où ses frères et elles ont disparu, mais aussi l’ombre de Peter qui s’est rebellée et œuvre contre lui, comme une sorte de jumeau maléfique. J’ai aussi aimé la relation entre Peter et Wendy qui est vraiment touchante, avec l’attachement qui les lient l’un à l’autre, et ce que Peter fait pour Wendy. La romance est touchante, sans prendre trop de place.


Le problème reste le rythme. On tourne en rond, il y a des longueurs et des répétitions, l’intrigue traîne plus que nécessaire. Je me suis souvent demandée où l’auteur voulait en venir, et l’intérêt de faire autant traîner les choses. L’auteur s'évertue à décrire des paragraphes entiers sur des actions triviales, et les moindres faits et gestes de Wendy, alourdissant le récit. Le récit aurait vraiment gagné en qualité et en rythme si tous ces passages inutiles avaient été retirés pour mieux développer la fin qui a été vraiment trop expéditive compte tenu du potentiel qu'elle avait. Quelle frustration !


J’avoue aussi avoir été un peu déçue de ne pas avoir retrouvé des éléments qui constituent l’histoire, voire même l’essence de Peter Pan, comme le capitaine Crochet, la fée Clochette, les pirates, etc. Alors, certes, peut-être n’auraient-ils pas servi à l’intrigue, mais j’aurais apprécié de les voir mentionnés au moins une fois. Cela aurait apporté un peu plus de fantastique à ce récit.


Cela dit, j’ai aimé l’ambiance sombre et pesante qui enveloppe le récit, ainsi que les thèmes qui sont abordés. On nous parle du deuil que Wendy et ses parents ne peuvent pas faire puisque le mystère plane autour de John et Michael. Sont-ils encore en vie ? Retenus au Pays Imaginaire ? L’incertitude plane jusqu’à la fin concernant leur sort. On ressent plus que jamais la douleur et le déchirement de leur absence, et cette incertitude qui nous fait craindre le pire comme espérer le meilleur. Personnellement, je m’attendais à une telle fin, elle apporte un sentiment à la fois doux et amer, ce qui est assez rare dans la fiction jeunesse je trouve. L’amour de Wendy pour ses frères est très touchant, au point d’en avoir versé ma petite larme à un moment.


Le traumatisme est aussi un élément central du roman, puisque Wendy ne se souvient de rien concernant sa disparition et celle de ses frères. Pendant les 3/4 du roman, nous ignorons ce qu'elle a vécu, mais nous comprenons petit à petit que le choc a été si important pour elle que son cerveau a tout effacé, enfoui profondément dans sa mémoire. Elle éprouve également la culpabilité du survivant, et parvient difficilement à avancer à cause de cela. Ses frères sont sa motivation, et malgré leur absence, elle songe si souvent à eux que leur souvenir est omniprésent dans le récit.


Si l'enquête met du temps à démarrer, le suspens est là tout au long de la lecture, autour de cette étrange forêt et de la disparition des enfants. C'est une réécriture de Peter Pan assez sombre et mélancolique qui traite du traumatisme et du deuil. Même si je lui ai trouvé des longueurs, j'ai aimé la fin qui était très touchante.


En résumé, une lecture en demi-teinte. Il y a du très bon, comme les thèmes du deuil et du traumatisme décrits avec brio, la revisite du conte de Peter Pan réécrit de manière plus sombre et originale, l’ombre de Peter Pan comme double maléfique, et la relation Peter/Wendy est très touchante. Malheureusement, les aspects négatifs (les longueurs interminables, le manque de magie, le côté moderne) ont entaché mon appréciation. Ce roman ne laissera pas de trace impérissable, et j'en suis la première déçue.


Ce n'est pas pour rien que les ombres sont attachées aux gens. Ce sont des créatures maléfiques. Pas comme les fées, qui mettent le bazar parce que ca les amuse. Les ombres sont faites de toutes les parties négatives de nous-même. Elles se nourrissent des mauvaises pensées, de la peur, de l'inquiétude, de la tristesse et de la culpabilité.


lundi 9 mars 2026

Miss Percy (T.1) Le petit guide de Miss Percy, ou comment élever un dragon britannique - Quenby Olson.


Miss Mildred Percy hérite d'un dragon.

Mais peut-être allons-nous trop vite en besogne...

Miss Mildred Percy appartient à la catégorie des vieilles filles : elle ne danse pas, a renoncé depuis longtemps à ses rêves et ne mène pas ce que l'on pourrait appeler une vie d'aventure. Du moins le pensait-elle, jusqu'au jour où son grand-oncle a l'audace de lui léguer, entre autres, un œuf de dragon.

Cet œuf, comme la plupart des œufs, a le bon goût d'éclore. Et c'est ainsi que, du jour au lendemain, Miss Mildred Percy passe du statut de tapisserie au rôle inouï d'éleveuse de dragons.

Un dragon ? En Angleterre ? Voilà quelque chose que l'on n'a jamais vu. Pourtant Mildred va devoir jongler entre l'éducation de ce spécimen (qui n'est pas censé exister), la naissance d'une idylle (avec un modeste pasteur) et le début d'une aventure à laquelle jamais elle ne se serait crue destinée.


C’est toujours un crève cœur quand un livre qui avait tout pour me faire finit par être une lecture mitigée, voire une déception.


Sur le papier, ce roman avait tout pour me plaire. De la cozy fantasy avec des dragons, la campagne anglaise pour décor, une ambiance à la Jane Austen, et même une héroïne d’âge mûr (pour changer !) qui a une mignonne petite romance avec un pasteur érudit. L’idée était bonne.


Mildred Percy est une protagoniste qui vit effacée dans la famille de sa sœur cadette qui n’a que peu d’estime pour elle, et qui reçoit contre toute attente un étrange héritage d’un lointain oncle décédé. Parmi les trésors dont elle hérite, une bien étrange pierre… qui finit par éclore, donnant naissance à un dragon, dont elle doit cacher l’existence à tous. Heureusement, elle a le soutien et l’aide d’un fort bien charmant pasteur, qui ne la laisse pas indifférente, et de sa gouvernante.


Ce n’est pas qu’une petite histoire toute mignonne sur un bébé dragon qu’il faut élever, car il y a des personnages fort intéressés par ce dragon et qui aimeraient bien mettre la main dessus… Il revient donc à Miss Percy de déjouer leurs pièges et déterminer en qui elle peut avoir confiance, y compris parmi sa propre famille. Aidée du pasteur Wiggan et de sa fidèle gouvernante Mrs Babbinton, Mildred va chercher comment protéger ce bébé dragon des mains avides et imprévisibles qui veulent s'en emparer.


Miss Percy est une héroïne plutôt agréable, tout d’abord effacée, voire même soumise et écrasée par sa famille, un peu trop gentille, qui veut faire plaisir à tout le monde, jusqu’à qu'une succession de petits événements qui la poussent à examiner sa vie autrement, non sans une certaine dose d’angoisse. J’avoue m’être un peu identifiée à elle. C'est par ailleurs assez rare d'avoir ce genre de caractère dans les romans, avec autant de réalisme


J’ai aimé son évolution au fur et à mesure de la lecture. C’est un plaisir de la voir s’affirmer de plus en plus, et devenir plus indépendante et sûre d’elle alors qu’elle s’éloigne de plus en plus de la prison familiale et qu’elle se trouve des amis et alliés. La naissance du dragon est vraiment l’élément déclencheur dont Miss Percy avait besoin. Elle commence à rêver d’aventure, à dire « non », à sortir peu à peu de sa coquille, ainsi qu’avec son amitié naissante avec le pasteur et sa gouvernante. De plus, c’est agréable de voir une héroïne d’âge mûr, et son début de romance avec le pasteur est plutôt mignonne.


Mais alors, qu’est-ce qui a cloché ? Le style d’écriture, truffé de descriptions, y compris pour des choses superflues (qui a besoin de trois pages de descriptions sur une voiture attelée et la façon dont un personnage descend de celle-ci ?), de parenthèses, et de parenthèses dans les parenthèses. Au début, ces parenthèses étaient amusantes, mais à la longue ça en devenait fastidieux. La moindre action, si infime soit-elle, est décrite dans le moindre détail, ce qui alourdit le récit, a parasité ma lecture et a rendu l’intrigue longue… très longue… Ce tome s’est révélé interminable, et même la présence de notre adorable mais si turbulent dragonnet n’a pas su redynamiser le récit… dragonnet pas autant présent que je l’aurais souhaité. 


Honnêtement, ce n’est pas une mauvaise lecture. Il y a du potentiel, de très bonnes idées, l’histoire présente une certaine originalité. Le problème vient du rythme. Ainsi, malgré ses bons points, ce roman a davantage été un flop, et je ne continuerai pas ma lecture. Dommage…


- Je vous prie de bien vouloir m'excuser, Miss Percy.Je n'ai guère pour habitude de pratiquer la malhonnêteté....

Mildred faillit le couper en cet instant, car elle était convaincue qu'une personne qui tenait à affirmer qu'elle ne pratquait pas la malhonnêteté faisait certainement acte de malhonnêteté par là même.

- ..... mais je craignais de ne point pouvoir gagner votre confiance autrement.

Si l'expression " rester sur le cul" avait existé dans l'Angleterre de1816, Mildred l'aurait non seulement trouvée amusante, mais elle aurait été tout près de l'illustrer en cet instant.

samedi 21 février 2026

Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune homme nommé Éric qui rêvait de quêtes impossibles, de bêtes à terrasser et de grand amour à trouver. Une fois chevalier, il résolut de partir à l'aventure, sur la foi d'un vieux conte, à peine une légende. Il serait question d'un prince maudit et d'un royaume prisonnier d'une muraille d'épines... 

Mais derrière cette muraille se cache une réalité bien plus sombre et bien plus cruelle. Qui sont ces fantômes qui errent la nuit ? Quel crime a réellement commis Maléfique ? Et ce prince que l'on dit si parfait, veut-il seulement être réveillé ? 

Pour mener à bien sa quête, Éric devra apprendre que le monde ne se limite pas aux beaux et aux laids de ses contes de fées. Peut-être que Nyl, le magicien cynique avec lequel il s'est vu forcé de conclure un marché, saura le lui enseigner... Et vous, quel prix accordez-vous à la beauté ?


Ce qui est bien avec les romans d’Isabelle Lesteplume, c’est que j’ai la certitude de passer un bon moment. J’aime beaucoup sa plume, son imagination et ses personnages hauts en couleur. Il était bien temps que je découvre Le prince au bois dormant.


Comme son titre l’indique, il s’agit d’une réécriture de La Belle au Bois Dormant, avec une romance M/M, et le tout premier tome de sa saga des Contes des royaumes oubliés. Cela se ressent dans son écriture qui m’a paru plus simple, un peu moins riche et travaillée, un peu moins « mature ». L’auteure en était à ses débuts, ce qui ne veut pas dire que l’écriture n’était pas plaisante pour autant. On entre dans son univers avec beaucoup de plaisir et de facilité, et la lecture est fluide et la lecture suffisamment addictive pour que les pages se tournent avec plaisir. Je trouve juste intéressant la comparaison entre ce premier tome et ses dernières parutions. Madame Lesteplume en a fait du chemin, pour notre plus grand plaisir.


J’ai beaucoup aimé sa réinterprétation de La Belle au Bois Dormant, nous montrant que l’histoire officielle n’est pas celle que l’on croit être et qu’elle est plus complexe qu’on ne le pense, que certains protagonistes ne sont pas ceux que l’on pense être, et qu’il y a plusieurs zones d’ombre que notre preux chevalier, Eric, découvrira peu à peu. On découvre, par exemple, à quel point la beauté peut être une malédiction, et que le sommeil éternel dans lequel sont plongés le prince et les habitats du royaume a une certaine particularité : ceux endormis le jour se dévoilent la nuit dans une forme fantômatique. J’ai aussi aimé l’atmosphère qui se dégage de cet univers. La forêt de ronce et d’épines n’est pas qu’une simple forêt, elle vit, elle est presque un personnage à part entière, qui se nourrit du sang des âmes courageuses qui ont tenté de délivrer le prince. Concernant celui-ci, je dois avouer que l’auteure aura réussi à me surprendre avec le plot-twist, je ne l’avais vraiment pas vu venir !


Concernant nos personnages, trois se démarquent véritablement (bon, quatre si on compte Maléfique, mais je n’en dirai pas plus sur elle, de peur de spoiler). Nous avons tout d’abord Eric, le preux chevalier, qui nous paraît un peu simplet et boy-scout, un vrai labrador humain, dont l’optimiste contraste avec le pessimisme de son infortuné compagnon de voyage, Nyl, le magicien, qui est plus cynique sur lui-même, Eric et le monde qui l’entoure. Bien malgré eux, ils deviennent compagnons de voyage et leur tempérament différent fait que ça clashe très souvent entre eux. Nyl nargue la naïveté et l’optimisme d’Eric, et le chevalier déplore le pessimisme et le cynisme de Nyl.


Pour autant, ils vont apprendre à se connaître et se surprendre sans cesse, si bien que leurs convictions en seront chamboulées. Toutefois, j’ai trouvé certaines de leurs disputes un peu exagérées [spoiler] surtout une qui tombait comme un cheveu sur la soupe et que l’auteure s’est forcée d’écrire parce qu’elle avait besoin à un moment que Nyl s’éloigne d’Eric et se mette en danger [/spoiler]. Malgré tout, c’est un duo plaisant à suivre et que l’on prend plaisir à voir évoluer et se rapprocher, et de voir le mépris et l’agacement laisser peu à peu place au respect et à de l’affection sincère. J’ai aussi aimé Zig, le troubadour, qui finit par se joindre à notre duo et apporter un certain peps. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteure lui consacre une nouvelle en fin d’histoire.


En résumé, une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


— Je ne peux pas croire, souffla le chevalier, fasciné, qu’une chose si belle puisse être totalement mauvaise…

Pour une raison qu’il ne comprit pas, le magicien lui lâcha le poignet comme s’il s’était brûlé et s’écarta ostensiblement, le regard ombré de colère.

— Mais pourquoi tout le monde est-il si obsédé par la beauté ? cracha-t-il. Je ne fais jamais confiance à ce qui est beau. Tout ce qui présente bien, tout ce qui est lisse, parfait, a quelque chose à cacher, une épine, un poison, une âme stupide ou un cœur de glace. Je n’aime que le laid. On peut faire confiance au laid, il t’a déjà montré le pire de ce qu’il possédait.

— Moi, ce que j’aime, rétorqua Éric, piqué au vif, c’est trouver de la beauté dans toute chose. Ne vois-tu pas comme le monde recèle de trésors et d’émerveillements ? Ne sais-tu vraiment pas apprécier le mystère de ce qui est beau, tout simplement ?

dimanche 15 février 2026

La maison Ipatiev - John Boyne.


De Saint-Saint-Pétersbourg en 1917 à Londres de nos jours, la trajectoire tumultueuse de deux êtres unis par l'amour, les secrets, et la folie de l'Histoire.

Pour Gueorgui Yachmenev, petit paysan russe, tout débute comme un conte de fées : engagé afin de protéger le tsarévitch Alexeï Romanov, il se retrouve dans le fastueux palais impérial. Le rêve se poursuit lorsqu'il rencontre les quatre soeurs d'Alexeï, les princesses Romanov, parmi lesquelles la belle Anastasia. Mais la révolution va éclater, balayant tout sur son passage...

1981, Londres : Gueorgui veille Zoïa, sa femme, qui est mourante. Ensemble, grâce à un amour infaillible, ils ont supporté l'exil et le poids d'incroyables secrets.

Qu'est-il arrivé en Russie ? Pourquoi Zoïa vit-elle toujours dans la peur ? Quels fantômes du passé la poursuivent encore ?



Je ne me penche pas souvent sur le sujet, mais je suis fascinée par l’histoire de la Russie et des Romanov, en particulier Nicolas II et sa famille et la tragédie dont ils ont été victimes. J’avais déjà ce livre dans mes intentions de lecture depuis un moment, et ma question est : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour découvrir ce roman ?


L’histoire nous est narrée par Gueorgui Yachmenev, jeune paysan russe qui, suite à un concours de circonstance, se retrouve amené à quitter sa campagne et sa famille pour servir la famille impériale à Saint-Pétersbourg, en tant que garde et jeune compagnon du tsarévitch, Alexei, et à accompagner la famille du tsar jusqu’à leur chute pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de sa mission, il va s’attacher à ce tsarévitch à la santé fragile, mais aussi vivre une passion interdite et secrète avec la plus jeune des filles du tsar, la grande duchesse Anastasia.


Aux côtés de Gueorgui, nous découvrons la paysannerie en Russie, puis la vie à la cour impériale, nous entrons dans l’intimité de la famille Romanov, un aspect que j’ai beaucoup aimé. J’ai aimé ce voyage dans le temps dans la Russie du début du XXe siècle, le contraste entre la vie du peuple et des paysans qui ne s’en sortent plus, et le faste de la cour, avec un souverain soucieux de son peuple mais dépassé par les événements, qui voit le pouvoir lui échapper peu à peu des mains alors que la colère du peuple prend des airs de révolution, assister à la mort de Raspoutine, la chute de la dynastie Romanov. J’ai aimé entrer dans l’intimité du tsar et de sa famille, voir l’amour qu’ils se portent et qui ne sera jamais ébranlé face aux épreuves.


C’est un récit qui se divise en plusieurs temporalités. D’un côté, nous avons un Gueorgui âgé, qui vit avec sa femme Zoïa, atteinte d’un cancer en phase terminale, leur vie en Angleterre, puis de l’autre nous retrouvons Gueorgui du temps où il travaillait au service de la famille Romanov. Il y a un aspect intéressant dans le sens où : à l’époque du jeune Gueorgui, le temps avance de façon linéaire, jusqu’à cette nuit tragique où les Romanov ont été assassinés. Mais à l’époque du Gueorgui âgé, nous remontons peu à peu en arrière et découvrons comment il en est venu à vivre en Angleterre, la tragédie qui a secoué sa famille, son travail à la bibliothèque nationale de Londres, puis le temps où lui et sa femme ont vécu en France, avant la Seconde Guerre Mondiale, son mariage avec Zoïa, jusqu’à ce retour à notre époque où Gueorgui et Zoïa passent leurs derniers moments ensemble.


La famille Romanov en 1913

J’ai autant aimé ces passages dans la Russie du début du siècle avec Gueorgui au service des Romanov, à faire connaissance de cette famille, le début de sa relation avec Anastasia, son attachement à la famille Romanov qu’il suivra jusqu’au bout, mais aussi Gueorgui et sa famille à notre époque. J’ai aimé voir comment Gueorgui et Zoïa, ce couple soudé, a affronté tant bien que mal bien des souffrances : la douleur de l’exil, tromperie, deuil, tentative de suicide, perte d’amis… C’est une vie bien rude, agrémentée de quelques rares joies, qui nous est contée dans un contexte historique riche puisqu’ils ont connu la Guerre froide, l’URSS, la chute de Lénine, la Seconde Guerre Mondiale, l’ostracisme des Russes, la montée de l'extrême-droite en Europe, etc. Au gré de toutes ces épreuves, le couple n’en demeure que plus soudé. On vit avec eux, on pleure avec eux, on craint pour eux.


Bien-sûr, l’identité de Zoïa n’est un mystère pour personne, surtout quand on considère que l’un des titres du roman est « Ne m’appelle plus Anastasia », cela ne m’a pas dérangé car, pour moi, le mystère ne résidait pas dans la véritable identité de Zoïa, mais bien quel chemin Gueorgui et Zoïa ont parcouru depuis leur départ de Russie et comment Gueorgui a accompagné les Romanov jusqu’au bout, et comment Anastasia a survécu. Le seul bémol est que je trouve que la romance entre eux a été un peu mal amenée, je m’attendais vraiment à voir le début de leur relation, les voir faire connaissance et les voir tomber amoureux mais nous n’en sommes pas spectateur. Pendant un chapitre, ils font indirectement connaissance, puis quelques chapitres plus tard, le narrateur nous apprend qu’ils se voient en secret. Dommage, j’aurais bien voulu assister au début de leur relation. J’ai aussi trouvé que la partie sur [spoiler] leur fuite hors de Russie ne soit pas survolée mais que l’auteur ait passé un peu plus de temps dessus [/spoiler]


La maison Ipatiev en 1928 (détruite en 1977)

Cela dit, c’est vraiment le seul bémol que je peux trouver à ce roman, car ce fut vraiment pour moi un véritable coup de cœur ! La maison Ipatiev fut une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle.


Ma fille m’avait offert une boule à neige, la base n’en était pas plus grande que ma paume, un socle en plastique blanc surmonté d’un hémisphère de verre. Au centre se dressait une maquette maladroite du palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, sa façade bleu foncé alors qu’elle aurait dû être vert pâle, les statues du toit invisibles, la colonne d’Alexandre manquant sur la place ; malgré tous ses défauts, le bâtiment était reconnaissable au premier coup d’œil. Il aurait été reconnaissable pour quiconque avait vécu ou travaillé sous ses lambris dorés. Je le contemplai en retenant ma respiration, comme si je craignais que mon souffle ne le fasse s’écrouler, et j’étrécis les yeux pour examiner les petites fentes blanches qui représentaient les fenêtres des trois étages.

Et les souvenirs revinrent en foule.

Je voyais le tsarévitch, Alexeï, s’élancer à travers la cour, courir d’une colonnade à l’autre, pourchassé par un membre de la Leib-Garde, terrifié à l’idée que l’enfant pourrait tomber et se blesser.

Je me représentais son père dans son bureau du premier étage, en grande discussion avec ses généraux et son Premier ministre, sa barbe parsemée de poils gris, ses yeux injectés de sang qui trahissaient leur angoisse face aux nouvelles décourageantes du front.

Au-dessus d’eux, j’imaginais la tsarine agenouillée sur son prie-Dieu, le starets debout derrière elle, marmonnant tout bas d’obscures incantations tandis qu’elle restait prostrée devant lui, non comme une impératrice, mais comme la femme d’un simple moujik.

Puis, à la porte d’une des cours intérieures, un jeune homme, un paysan de Kachine, allumait une cigarette dans l’air froid, refusait la compagnie d’un autre garde car il voulait être seul avec ses pensées, afin de se demander comment étouffer l’amour immense qu’il éprouvait pour une femme tellement hors de sa portée, une liaison condamnée à l’échec.

Je secouai le globe et les flocons qui reposaient sur la base montèrent dans l’eau, flottèrent doucement vers le toit du palais avant de descendre lentement, et les personnages peuplant ma mémoire surgirent de leurs cachettes pour regarder le ciel, les mains tendues, se souriant les uns aux autres, à nouveau réunis en un moment qu’ils auraient voulu ne jamais voir finir.

vendredi 23 janvier 2026

L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna - Elodie Harper.



Le voyage d’Amara l’a conduite loin, d’une humble esclave dans un bordel de Pompéi à une courtisane de grande puissance à Rome. Elle est désormais une femme affranchie, riche et influente, mais elle est toujours attirée par son passé. 

Car tandis qu'Amara est prise dans les intrigues politiques du palais impérial, sa fille reste à Pompéi, élevée par le seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé. Même si elle aspire à sa famille, Amara sait qu'elle est plus en sécurité lorsqu'elle est loin. Peut-être qu’avec suffisamment d’astuce et de courage, elle parviendra à faire tourner la roue de Fortuna en leur faveur. 

Mais nous sommes en 79, et le Vésuve s'apprête à se faire connaître...



Après un second tome qui n’était pas loin du coup de cœur, il me tardait de reprendre les aventures d’Amara dans ce troisième et dernier tome.


Dans le tome deux, on quittait Amara qui, pour assurer un avenir meilleur à sa fille, a décidé d’accepter l’offre de Démétrius, un affranchi grec devenu un puissant homme de l’ombre, de le suivre dans sa vie à Rome et d’être sa bouche et ses oreilles auprès des nobles de Rome mais aussi de la famille impériale. Ce faisant, elle laisse derrière elle sa fille et Philos, l’homme qu’elle aime en secret, mais aussi ses amies de Pompéi. À Rome, Amara jouit d’un train de vie luxueux qui lui permet d’envoyer de l’argent à Philos pour le quotidien et la dot de leur fille, Rufina. Si elle apprécie ce statut social confortable, cet éloignement avec sa famille est pour elle un déchirement, mais elle est prête à sacrifier sa vie et son bonheur pour assurer un avenir à sa fille.


J’ai été un peu déconcertée par l’intrigue, nous passons finalement peu de temps à Rome. Seulement une infime partie de l’intrigue se situe dans la capitale impériale et est consacrée aux missions d’Amara qui doit tisser des amitiés avec des nobles et s’infiltrer dans des événements, afin de pouvoir ramener à Démétrius un rapport détaillé. Un prétexte oblige finalement assez rapidement Démétrius à envoyer Amara à Pompéi temporairement, pour sa protection, mais pas sans l’avoir demandé en mariage. Amara accepte, bien qu’elle ne cesse de penser à Philos. Remarquez, ce n’est pas pour me déplaire. Si la partie à Rome était intéressante (surtout pour voir la différence d’avec la vie à Pompéi, et aussi le chapitre consacré à des funérailles impériales, nous donnant un aperçu des rites funéraires de l’époque), j’ai été ravie de retourner à Pompéi.


À Pompéi, Amara retrouve ses amies, notamment Britannica qui est devenue gladiateur, mais aussi Philos et Rufina. Tandis qu’Amara retrouve les siens, les relations restent tendues entre elle, Philos et sa fille, et l’ombre de Félix, son ancien maître, plane toujours. Il sait tout de la véritable paternité de Rufina et n’hésite pas à utiliser le chantage pour lui soutirer de l’argent. Amara espère que son mariage la mettra définitivement à l’abri du besoin et qu’elle pourra vivre à Rome avec sa fille. Mais nous sommes en 79, et le Vésuve est sur le point de se réveiller. Les habitants de Pompéi ignorent qu’ils vivent à proximité non pas d’une montagne mais d’une machine à retardement.


Ce tome est indéniablement un ascenseur émotionnel, entre le futur d’Amara et des siens qui reste incertain, les menaces de Félix, mais aussi l’éruption du Vésuve qui reste ma partie préférée du roman. C’est un décor apocalyptique qui se met en place, entre le début de l’éruption, la panique des habitants avec ceux qui préfèrent rester et s’abriter chez eux, et ceux qui tentent de se réfugier dans les villes voisines ou fuir vers la mer. La cendre recouvre tout, la fumée est asphyxiante, des murs et des colonnes s’effondrent, des gens cherchent leur famille. C’est le chaos partout où Amara met les pieds. Philos, qui a su reconnaître la véritable nature de la montagne, persuade Amara de fuir avec leurs proches le plus loin possible de Pompéi. Mais la fuite n’est que le début. La route vers le salut est longue et semée d’embûche, c’est la fuite en ignorant la douleur dans ses pieds, la fumée qui se rapproche. Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.


L’intrigue est rythmée, on ne prend pas le temps de se reposer avec les personnages. L’éruption est décrite avec puissance et précision, et offre des pages particulièrement saisissantes. La panique est palpable. Je dois avouer m’être demandée si Amara ou ses proches allaient survivre, et nous perdons en effet quelques personnages. Toutefois, j’ai été soulagée de savoir que [spoiler] Amara, Philos et leur fille ont survécu et ont pu se construire une nouvelle vie sous un autre nom [/spoiler]


Passée la partie consacrée à l’éruption, notre héroïne n’est pas tranquille pour autant. L’auteure nous offre une dernière partie qui fait monter la tension, notamment avec l’apparition d’un personnage que même le Vésuve n’aura pas réussi à achever, mais ce n’était que justice que [spoiler] Amara soit celle qui le tue, et qu’elle puisse enfin récupérer sa vie et son nom d’avant Pompéi, avant son esclavage [/spoiler]. Si je déplore une fin brutale, j’ai été ravie de voir qu’un personnage que j’aime a survécu et qui, à en croire l’auteure, aura droit à son propre roman, voire sa propre série… Une façon de retrouver l’univers de l’Antre des Louves et ses personnages. L’épilogue apporte donc satisfaction, en offrant aux personnages — et aux lecteurs — une forme de clôture émotive attendue.


Amara en aura parcouru du chemin depuis les premières pages de L’Antre des Louves, et ce fut avec plaisir et soulagement de voir qu’elle a enfin une fin heureuse tant mérité, après tant d’épreuves. Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


Terrifiée, Amara se jette au sol tandis que Rufina hurle. La terre tremble sous son corps. Peu à peu, elle se redresse, à genoux, les oreilles bourdonnantes. D'où venait cette détonation ? Philos serre leur fille contre lui, blanc de peur. Puis la lumière décline comme si le soleil se couchait à toute vitesse. Amara lève les yeux. Une colonne noire s'élève au-dessus de la montagne, tel un javelot lancé par Vulcain, le dieu des flammes. Des doigts noirs s'étirent depuis son sommet, traversant le bleu du ciel, une main tendue vers la ville de Pompéi. Le monde perd ses couleurs lorsque le soleil s'efface. Il se met à pleuvoir - mais jamais Amara n'avait connu ce genre d'averse. Les gouttes sont brûlantes et laissent des traces sur sa peau. Elle les brosse de ses bras nus, d'abord sans comprendre. De la cendre. C'est de la cendre. Elle se rend compte, malgré ses acouphènes, qu'elle entend des hurlements.

- Le Vésuve ! crie Philos, sa voix portant par-delà le chaos. C'est un mont de feu !

Il agrippe Amara, en l'arrachant à sa transe.

- Il faut partir !

- Partir ? Mais où ? De quoi parles-tu ?

Rufina s'agrippe à son père, ses bras resserrés autour de son cou, son visage pressé contre son torse, si terrifiée qu'elle ne fait plus aucun bruit. Philos force Amara à se tourner vers le Vésuve. Malgré la pluie de cendre, elle voit l'ombre de la montagne, son cœur qui vient d'exploser, la colonne noire qui en émerge encore.

- Amara, le Vésuve brûle. C'est un mont de feu, comme l'Etna. Il faut partir le plus loin possible.

dimanche 28 décembre 2025

Snowdonia - Jeremy Angelo.

1899. Laurine, jeune fille originaire d’un petit village au creux des montagnes du Jura, vient tout juste d’avoir 17 ans. Si tous s’attendent à la voir se marier rapidement, elle n’est pourtant pas certaine d’y être prête. Elle aime sa vie telle qu’elle est. Mais tout s’écroule lorsque son père lui annonce qu’il l’envoie vivre au pays de Galles, chez un grand-oncle dont elle ignore absolument tout. Laurine doit donc quitter sa famille, son prétendant, sa terre natale et se résoudre à célébrer Noël loin de chez elle. 

Seule et déboussolée, la jeune fille débarque donc à Conwy, porte d’entrée d’un immense parc naturel nommé Snowdonia, connu pour être un pays quasiment dénué de vie. Laurine y fait la connaissance de Henri Harlington, son grand-oncle, qui l’accueille à bras ouverts, ainsi que celle de Dryston, le jeune majordome du manoir, qui bien que charmant est désagréable à souhait ! Henri devant s’absenter pour affaires, Laurine se retrouve donc en seule compagnie de Dryston, dont la mission est de faire découvrir la région et les coutumes galloises à la jeune fille ! 

Parviendra-t-elle à apprivoiser le majordome afin que son séjour en terre étrangère ne se transforme pas en véritable cauchemar ? Les traditions de ce nouveau pays lui feront-elles quelque peu oublier la tristesse d’être loin de chez elle et de ses proches pour Noël ?


Snowdonia nous emmène en plein cœur du pays de Galles, à la fin du XIXe siècle, pour un petit conte de Noël bien sympathique.


Ce que je retiens essentiellement de ce roman est son cadre qui m’a dépaysé et m’a fait voyager. Ce roman est une lettre d’amour au pays de Galles. L’auteur ne cesse de nous faire découvrir la vie au pays de Galles, ses traditions (celles de la vie de tous les jours, mais aussi les traditions de Noël), sa gastronomie, ses paysages, son sens de l’hospitalité, tant et si bien que Perceval de Kaamelott en serait fier ! J’ai pu apprendre beaucoup de choses sur les coutumes du pays de Galles, des plus belles aux plus étranges, notamment la Mari Lwyd, le lovespoon, les légendes celtiques aussi, le christmas pudding. Il y a aussi des références à Dickens ou à Lewis Carroll. On apprend aussi des expressions locales telles que « affûter les meules », « consoler son café » ou « faire des petits pains ».


Snowdonia est également un lieu que l’on prend plaisir à découvrir. Sa grande étendue sauvage, souvent enneigée, ses paysages entre mer, montagnes et forêts, ses habitants parfois taquins, parfois désagréables mais le plus souvent sympathiques, à commencer par l’oncle Henri, écrivain à ses heures perdues. La plume de l’auteur est d’autant plus jolie que l’on savoure chaque description qu’il nous offre. J’ai beaucoup aimé découvrir le pays de Galles, d’autant plus pendant la période de Noël qui nous rend le voyage encore plus magique, et j’ai beaucoup apprécié découvrir le pays et ses coutumes en même temps que notre héroïne.


Concernant la romance, je n’ai malheureusement pas été entièrement convaincue. Alors, oui, ils sont adorables nos tourtereaux quand ils sont amoureux, quand ils s’échangent des baisers et que l’harmonie bat son plein entre eux. Mais j’ai bien souvent été déconcertée. Je n’ai d’une part pas compris le mépris, sinon l’agacement initial de Dryston envers Laurine (Monsieur avait-il des préjugés sur l’héroïne bien avant son arrivée ?), ou fâché de devoir veiller sur cette parfaite inconnue ? D’autre part, leur attirance mutuelle arrive un peu soudainement, sans que l’on comprenne d’où elle sort et ça se développe un peu trop rapidement à mon goût. Parfois, ils s’aiment, puis parfois Laurine s’emporte ou Dryston devient froid et distant envers elle, se mettant à la rouspéter comme une enfant. C’est une vraie girouette. Il alterne entre le jeune homme doux et prévenant et le type froid et rustre dont la mauvaise humeur tombe quand on ne s’y attend pas. Un petit problème d’hormones, peut-être ? Le fait d'être restreint au point de vue de Laurine n’aide pas. Les émotions et les sentiments sont survolés, et j’aurais apprécié avoir aussi le point de vue de Dryston, au moins pour comprendre son comportement parfois énigmatique.


Au moins on s’éloigne des clichés des romances de Noël, mais malheureusement, je n’ai pas été entièrement convaincue par le développement de celle-ci. Dommage, ils sont pourtant mignons, nos deux petits amoureux, mais la façon dont s’est mise en place leur romance ne m’a pas toujours paru bien crédible.


Snowdonia reste une lecture sympathique à découvrir pendant la période des fêtes. Si la romance ne m’a pas convaincu, par son manque de crédibilité, j’ai été charmée par ce voyage au pays de Galles et en apprendre davantage sur les coutumes du pays mais aussi ses traditions festives. Un vrai dépaysement !



Une chèvre avec des cornes immenses et recourbées me faisait face. Elle me fixait. Son regard ne ressemblait guère à celui de quelqu’un voulant m’inviter à dîner. Il voulait plutôt dire : Dégage de chez moi ! Apparemment, elle ne devait pas être au courant des règles de l’hospitalité et du savoir-vivre en vigueur dans son pays. Je décidai de les lui rappeler :

— Écoute-moi bien, toi, la bestiole ! Sache que je vais raconter à tout le pays de Galles que tu réserves un très mauvais accueil aux étrangers venus réclamer le droit d’asile, ici-même, dans tes montagnes ! Tu en seras si honteuse que plusieurs générations de chevreaux issus de ta descendance seront encore rongées par l’humiliation pendant des dizaines et des dizaines d’années !

— Bêeeeeeeh ! fit-elle en guise d’unique réponse.

Elle frotta son sabot droit sur le sol, faisant voler des paquets de neige à droite et à gauche, comme pour m’impressionner.

— Très bien, comme tu veux ! Si tu prends ce ton-là, je vais en parler à la reine Victoria ! Elle va te bannir de Snowdonia !

La créature s’en moqua éperdument. Elle n’hésita pas à me charger. J’esquivai son attaque en me déplaçant sur le côté gauche, mais mes pieds dérapèrent sur une plaque de verglas. Je m’écroulai sur le sol gelé et sombrai dans l’inconscience. Les dernières choses que j’aperçus furent des ombres dansantes au-dessus de moi. Je priai intérieurement qu’il n’existe pas une race de chèvres carnivores dans cette région maudite.

vendredi 19 décembre 2025

Christmas Therapy - Caro M. Leene.


Collectionner les calendriers de l’Avent ? Se lever à l’aube pour être aux premières loges de la parade ? Ne jamais sortir sans son serre-tête à bois de renne ? 

Rien de plus normal pour Maureen qui, chaque année, n’est que joie et excitation à l’approche de Noël. Seulement, cette fois, elle risque de perdre son job de coach de vie si elle ne suit pas cette fichue thérapie censée la guérir de son « obsession ». 

Comme si elle souffrait d’une maladie grave ! Si quelqu’un doit se faire soigner, c’est plutôt Logan… Cet homme cynique et désagréable suit le même programme, mais pour se réconcilier avec la période des fêtes qu’il a en horreur. Maureen veut bien prendre sur elle, mais de là à travailler en équipe avec ce mec grognon… On peut dire qu’elle a été gâtée avant l’heure ! À moins que Noël ne lui réserve encore son lot de surprises



Christmas Therapy propose une romance plutôt classique entre une amoureuse de Noël et un Grinch, mais à travers une thérapie autour de Noël, ce qui apporte une certaine touche d’originalité à cette romance de Noël.


Ce n’est pas tant la romance en elle-même que je retiendrai de ce roman, mais plutôt le concept de la thérapie de Noël qui vise à aider les Grinch en puissance à se réconcilier avec Noël, et les addicts de Noël à tempérer un peu leur amour des festivités. J’ai beaucoup apprécié qu’il n’y ait pas de parti pris entre les « deux camps », qu’il n’y ait pas de « team Logan » ou de « team Maureen » … ou alors qu’on peut très bien prendre parti pour les deux à la fois.


On peut en effet juger compréhensible l’envie de Logan de ne pas être envahi par Noël, tout comme son aversion pour la version de Noël devenu trop commercial, tout comme on peut comprendre qu’il n’aime pas Noël car c’est une période difficile pour lui que ça le ramène à des souvenirs amers. On peut juger aussi légitime l’envie de Maureen de revendiquer son amour de Noël, après tout elle a bien le droit d’aimer Noël comme elle l’entend, pourquoi devrait-elle être jugée ? Même s’il y a des excès, qu’elle achète un peu trop de calendriers de l’avent, qu’elle se lève aux aurores pour avoir les meilleures places pour assister à une parade de Noël, tant qu’elle ne fait de mal à personne, qu’on la laisse vivre comme elle le veut !


J’ai également aimé cette notion d’équilibre que la thérapie de Noël veut appliquer. On ne demande pas à Logan d’adorer Noël, mais de ne plus ressentir cette « haine » irascible qui le ronge, mais d’associer à cette fête des traditions et des souvenirs plus positifs, pour compenser au fait que Noël a longtemps été pour lui synonyme de souvenirs douloureux, quitte à ce qu’il fête Noël à sa façon, et à son rythme, sans le brusquer. On ne demande pas non plus à Maureen de ne plus aimer ou de moins aimer Noël, mais de tempérer un peu, de lever le pied, et de prendre conscience que tout le monde n’aime pas Noël autant qu’elle, ou que tout le monde ne le fête pas de la façon dont elle l’entend, la façon qu’elle voit comme traditionnel. Le message qui découle aussi du roman est aussi le fait qu’il n’y a pas une seule bonne façon de fêter Noël mais qu’il y a un Noël différent pour chaque personne, même si pour certains, il s’agit d’aller au pub pour boire une bière devant un match de foot à la télévision, au lieu d’un repas avec une dinde.


« Je vais reformuler vos propos, Maureen, si vous me le permettez : ce n’est pas vraiment l’activité qui vous vient en tête lorsque vous pensez à Noël. J’aimerais vous rappeler une chose à tous. Noël est avant tout un état d’esprit. Noël n’est pas une journée, c’est une période, une saison, et chacun y associe des souvenirs qui lui sont propres. Partant de ce constat, nous pouvons donc affirmer qu’il existe autant de versions de Noël que de personnes. Vous ne pouvez pas vous permettre de juger ce que vos amis, vos voisins, vos collègues, ou encore des inconnus, associent à Noël. »


Concernant nos tourtereaux, même si je n’étais pas convaincue au départ, ils sont plutôt attachants et il y a de l’alchimie entre eux. Cela dit, ce n’est pas de la romance de Noël à me faire soupirer de bonheur et à me faire rêver. Je désespère de trouver un jour la romance de Noël qui saura me conquérir… Peut-être l’an prochain, qui sait !


Toutefois, les personnages principaux sont plutôt plaisants. J’ai bien aimé Maureen, une femme bien dégourdie, qui ne se démonte pas (merci aux grands-frères), qui n’est pas gênée par qui elle est, c’est une jeune femme pleine de vie. Si je l’ai trouvé un peu excessive par moment, dans son amour de Noël, elle évolue et apprend qu’elle ne doit pas imposer sa version de Noël à Logan, mais apprendre à s’adapter, célébrer Noël à la façon de Logan, sans se débarrasser de ses propres traditions. Logan est plutôt aux antipodes, il est ronchon et moqueur, mais il a un bon fond et se prête au jeu, en accompagnant Maureen dans ses sorties de Noël. Je regrette toutefois que sa relation conflictuelle avec sa mère soit si peu exploitée, alors que c’est l’un des aspects centraux du roman, c’est ce qui a poussé Logan à faire cette thérapie. J’ai l’impression que cet aspect, plutôt central, a vite été balayé sur la fin alors qu’il avait enfin commencé à être honnête avec sa mère et expliquer son mal-être.


Concernant les autres personnages, les amis de Logan sont tout simplement infects, Glen étant le pire de tous, à se conduire de manière mesquine (encore heureux que certains se rattrapent sur la fin). Heureusement, les amis de Maureen se rattrapent un peu, avec Aly qui est aussi fan de Noël qu’elle, et prête à la soutenir, mais aussi Evan qui aurait très bien pu être psy pour couple tellement il a été de bons conseils, ne prenant parti ni pour Logan, ni pour Maureen, et en voulant aider l’un et l’autre à mieux se comprendre, pour éviter ou réparer les malentendus, leur permettre d’ouvrir les yeux. Ce qu’il dit est toujours vrai, et la vérité peut faire mal parfois, mais il vise toujours juste, sans jugement. On gagnerait tous à avoir un ami comme Evan !


Bon, avec tout ça, qu’est-ce que je pense globalement de Christmas Therapy ? C’est un roman rythmé, la romance de Noël est classique mais l’idée d’une thérapie de Noël est un concept original et intéressant qui peut offrir une véritable réflexion autour de Noël. Cela dit, ça ne me laissera pas un souvenir impérissable et je n’ai pas trouvé le roman bien transcendant. Cela reste une petite lecture légère et divertissante qui permet de se plonger dans une ambiance festive.


— Est-ce que l’ambiance de Noël vous a pesé ?

— Non, pas spécialement.

— Aucune envie de partir en courant ?

Je me contente de secouer la tête de façon négative.

— Parce que vous étiez dans une représentation de Noël qui vous convenait. Noël était présent par touches et non en abondance. Noël est ce que l’on en fait, les valeurs qu’on y associe. Ce n’est d’ailleurs pas Noël en soi qui vous rebute, mais peut-être l’image ultra-médiatisée et commercialisée qui en est faite. Ce « trop » vous a poussé peu à peu à rejeter cette période.