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lundi 24 août 2026

Les femmes du France - Zoe Brisby.


Sur ce paquebot, personne n'est ce qu'il prétend être.

Septembre 1974, le France effectue sa dernière traversée. Les marins, qui refusent son démantèlement, organisent une mutinerie, prenant en otages équipage et passagers.

À bord, trois femmes avancent dans la tourmente. Jane, passagère de Première classe. Charlie, coiffeuse sur le navire. Rose, femme de chambre. Elles ont embarqué en secret pour retrouver Alice, mystérieusement disparue à bord.

Dans cette poudrière qu'est devenu le France, la quête de vérité a un prix, et fait ressurgir les ombres du passé.

Sur fond d'histoire vraie, Zoe Brisby livre un roman haletant sur la mémoire, la justice et la reconstruction.



Je ne connaissais pas grand-chose du France, à part la célèbre chanson de Michel Sardou. Zoé Brisby m’aura fait découvrir et voyager à bord de ce célèbre paquebot et, même si je connaissais déjà l’issue de celui qui fut un monument national, je n’ai pas pu m’empêcher d’espérer une issue plus heureuse.


Ce roman aborde deux histoires à la fois : celle de la dernière traversée du France, jusqu’aux mutineries de l’équipage et aux grèves pour tenter de le sauver, puis celle de trois amies d’enfance. Elles se nomment Jane, Rose et Charlie. L’une est l’épouse malheureuse et battue d’un riche homme d’affaire américain, l’autre est coiffeuse au bord du paquebot, et l’autre est femme de chambre du France. Toutes les trois viennent du même orphelinat où elles se sont connues, et sont réunies à bord du France pour tenter de percer un mystère : qu’est-il arrivé à Alice, leur quatrième amie, elle-aussi employée à bord du France, qui a disparu sans laisser de trace ?


Nous vivons en compagnie de nos protagonistes les derniers jours du France, son dernier voyage, puis la mutinerie du personnel à l’annonce du démantèlement du navire par le gouvernement, car le France n’est pas qu’un paquebot. C’est un symbole, une fierté nationale qui fait rayonner à l’international le luxe et le savoir-faire français, dans lequel se coutoient Français et Américains. C’est aussi le gagne-pain de tout l’équipage mais aussi de la ville du Havre, port d’attache du paquebot. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt et d’émotion l’histoire de ce géant des mers, et l’attachement des personnages envers ce navire. Le France est ici son propre personnage et le roman une lettre d’amour à ce paquebot disparu.



SS France moored in Le Havre, 1978 (Source : Wikipédia)


Concernant la seconde intrigue, je l’ai également suivie avec intérêt, désireuse de savoir, à l’instar de nos héroïnes, ce qu’il était advenu d’Alice. Si le fin mot de l’histoire ne m’a finalement pas surprise, un élément du roman ayant fini par me mettre la puce à l’oreille au milieu de l’intrigue, j’ai suivi l’enquête des amies avec intérêt, d’autant plus qu’une personne mystérieuse sait qu’elles enquêtent et n’hésitera pas à envoyer des lettres de menaces… jusqu’à exécution de ces dernières.


On apprend au fil de l’enquête davantage sur le passé de ces jeunes femmes à l’orphelinat, et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est tout simplement révoltant [spoiler] avis aux âmes sensibles, il est question ici de pédophilie et viol sur mineures [/spoiler]. Les thématiques abordées sont parfois sombres et nous permettent d’apprécier davantage la force de ces femmes et d’être émue face au lien qui uni les trois amies, comme des sœurs, soudées à la vie, à la mort, et qui se re-familiarisent avec ce lien au fur et à mesure qu’elles se côtoient et se redécouvrent. Petite mention à Jane alias Jeanne alias Doudou qui fut ma préférée.


Le récit est fluide et nous happe vite, et nous offre donc une belle lecture pleine de rebondissements et de faits historiques, mis en valeur par une plume vive et directe. Une sympathique découverte !


– Pendant que vous êtes avec nous, qui pilote le bateau ?


Le commandant Deslice plaque sur son visage un sourire poli. Combien de fois a-t-il dû répondre à cette question stupide ? Dix, cent, mille peut-être ! À chaque traversée, c’est la même chose. (...) Cette fois-ci, son Sherlock Holmes du dimanche est une femme. Une dame au visage rond encadré de frisettes blondes. Elle lui fait penser à Nellie Oleson, ce personnage odieux dans la nouvelle série télévisée qui vient de diffuser ses premiers épisodes aux États-Unis : La Petite Maison dans la prairie.


Le commandant pourrait partir dans une explication didactique sur la composition de l’état-major pont. Lui rétorquer qu’heureusement, il n’est pas le seul à tenir la barre. Il pourrait énumérer le personnel de la passerelle : le commandant adjoint, le second capitaine, l’officier de navigation, les six lieutenants et les quatre élèves officiers… Mais il n’a pas envie de faire dans la dentelle. Il n’en a pas l’énergie, pas aujourd’hui. L’annonce du démantèlement prochain du paquebot lui donne mal au ventre. La nouvelle ne sera dévoilée officiellement que ce soir, mais la rumeur est déjà en train de contaminer le bateau.


(...)  – Personne. Nous fonçons droit sur un iceberg.


Le silence glace la table. Les convives sont tétanisés. Il faut dire qu’une référence au Titanic sur un paquebot qui emprunte le même tracé est pour le moins osée. Les passagers restent muets jusqu’à l’éclat de rire de la jeune femme à côté du commandant. Son rire, aussi transparent que du cristal, fait immédiatement baisser la pression et tous les dîneurs l’imitent.

samedi 15 août 2026

Mother of Rome - Lauren J. A. Bear.

The names Romulus and Remus may be immortalized in map and stone and chronicle, but their mother exists only as a preface to her sons’ journey, the princess turned oath-breaking priestess, condemned to death alongside her children.

But she did not die; she survived. And so does her story.

Beautiful, royal, rich: Rhea has it all—until her father loses his kingdom in a treacherous coup, and she is sent to the order of the Vestal Virgins to ensure she will never produce an heir.

Except when mortals scheme, gods laugh.

Rhea becomes pregnant, and human society turns against her. Abandoned, ostracized, and facing the gravest punishment, Rhea forges a dangerous deal with the divine, one that will forever change the trajectory of her life…and her beloved land.

To save her sons and reclaim their birthright, Rhea must summon nature’s mightiest force – a mother’s love – and fight.


Mother of Rome est un roman, malheureusement non traduit en français, qui reprend le mythe de Rhéa Silvia, figure méconnue pour ceux et celles qui sont moins familiers avec la mythologie romaine. Pourtant, Rhéa Silvia n’est pas n’importe qui !


Princesse, prêtresse vestale, amante du dieu Mars, mère de Remus et Romulus qui devinrent les mythiques fondateurs de Rome, et épouse du dieu de la rivière Tibre. Il y a de quoi raconter sur cette dame !


Princesse déchue lorsque son oncle Amulius trompa son frère, le roi Numitor, pour prendre le trône, il fit de Rhéa une vestale, prêtresse vouée au culte de la déesse Vesta et devant faire vœu de renonciation au mariage et à la maternité, pour s’assurer de l’absence de descendance venant de sa nièce. Rhéa reçut pourtant la visite du dieu Mars dont elle tomba enceinte, une grossesse dangereuse puisqu’un châtiment terrible attend les vestales qui fautent. Découverte, elle est pourtant sauvée et finit par épouser le dieu Tibérinus.



Mars et Rhéa Silvia par Rubens (1617)

Figure emblématique de l’histoire des origines de Rome, nous savons finalement peu de choses sur Rhéa Silvia, ainsi j’ai trouvé intéressant que l’auteure se consacre à elle et à son histoire. Il s’agit ici d’une réécriture et d’une interprétation libre. L’auteure a pris ici le parti de faire de la relation entre Mars et Rhéa une relation consentie, avec de l’attachement, de la passion, la rencontre entre deux êtres libres et passionnés. S’il ne s’agit pas d’une grande histoire d’amour, le dieu Mars a une place de choix dans ce roman, ainsi qu’à d’autres divinités qui font leur apparition dans le roman, notamment Cybèle, Aphrodite, Tibérinus ou encore Vesta. Le roman fait la part belle à la mythologie romaine, et nous sentons les prémisses de ce que sera Rome, ce que j’ai beaucoup apprécié.


J’ai aimé les changements que l’auteur a apporté dans sa version de l’histoire de Rhéa [spoiler] notamment le fait qu’elle fut la louve qui s’occupa de Remus et Romulus bébés, ce qui lui permis de rester dans la vie de ses fils [/spoiler], sa relation proche avec sa cousine Antho qui est elle-aussi un personnage inoubliable. Là où Rhéa est plus indomptable, têtue, libre, effrontée et passionnée, Antho est d’abord la princesse douce, docile, soumise, effacée qui va peu à peu gagner en assurance, prendre des risques, et se lier avec ses serviteurs pour s’affirmer et jouer un rôle clé dans l’histoire.


Ce roman nous offre une panoplie de personnages qui ne laissent pas indifférents. Rhéa a ses défauts, elle fait des erreurs, elle est têtue, désespérée, effrontée, libre, passionnée, elle est complexe et j’ai beaucoup aimé suivre son histoire ainsi que celle de sa cousine. Je déplore juste que cela ne se termine avec Remus et Romulus fondant Rome et le point de vue de Rhéa sur le futur de ses fils, même si je comprends que le roman se consacre à Rhéa et non à ses fils, et surtout au statut de la femme à l’époque. C’est un roman féministe qui donne la part belle aux femmes, à la sororité, la beauté et les sacrifices de la maternité, la force et la détermination des femmes, celles qui refusent de se soumettre, celles qui veulent être libres d’aimer, celles qui essayent de se donner les moyens d’être ce qu’elles sont.


Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un coup de cœur, mais ce roman ne m’a pas laissé indifférente. Les premières pages ont été éprouvantes mais je suis contente d’avoir persévéré, sans quoi je serais passée à côté d’une excellente lecture. Ce roman m’a fait ressentir plusieurs émotions à la fois, je ne pouvais plus lâcher le livre que j’ai littéralement dévoré en trois jours. Vraiment une très belle découverte !



La célèbre sculpture représentant la louve avec les jumeaux Remus et Romulu
s


LAVINIA. This is the first lesson, Rhea. Men think they create the empires, but both are born of women. You will be a mother of kings.

RHEA (aside, more to herself). I said as much to my uncle once.

XANTHE. Which leads us to the second lesson, my lesson. Ilia, my sons put you here, not Mars. Be careful how you raise your boys. We worry too much about our daughters, ensuring they are pretty and polite, virtuous and hard-working. I should have expected more of my sons.

dimanche 9 août 2026

Sur la route de San Diego - Lynda Rutledge.


Âgé de cent cinq ans, Woodrow Wilson Nickel sait qu’il sera le prochain à s’éteindre dans l’hôpital pour vétérans où il vit. Mais il est bouleversé quand il apprend que les dernières girafes risquent de disparaître avant lui.

Car près de quatre-vingt-dix ans plus tôt, en 1938, le jeune Woody s’est lié d’amitié avec deux girafes rescapées, comme lui, du grand ouragan de Nouvelle-Angleterre. Ingénieux et sans attaches, il s’est vu confier le rôle de chauffeur du convoi qui allait conduire ces surprenantes passagères du port de New York au zoo de San Diego, où elles étaient attendues. Une aventure de douze jours et un inoubliable voyage initiatique à travers l’Amérique de la Grande Dépression, qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu.

Woody ne peut laisser son histoire se perdre avec lui. Avant de disparaître à son tour, il doit raconter...

Inspiré d’une histoire vraie, un roman d’apprentissage universel et plein d’humanité porté par les souvenirs empreints de nostalgie du vieux Woodrow Nickel et par la profonde et touchante amitié qu’il a nouée avec les girafes.


Aussi connu sous le titre « L'étonnant voyage du garçon qui parlait aux girafes », Sur la route de San Diego est un roman d’aventure qui nous fait voyager à travers les longues routes des États-Unis en compagnie de compagnons de voyage bien singuliers, deux jeunes girafes !


Nous suivons Woody Nickel, orphelin suite à la Grande Dépression, un jeune homme ingénieux et débrouillard qui survit dans les rues de Nouvelle-Angleterre qui a été dévastée après un terrible ouragan. Il y fera une rencontre qui bouleversera sa vie à tout jamais : deux jeunes girafes rescapées du désastre que l’on doit conduire depuis New York jusqu’au zoo de San Diego où elles sont attendues en grande pompe. Rêvant de rejoindre la Californie, Woody saute sur l’occasion, quitte à mentir et prétendre être ce qu’il n’est pas, et se propose comme chauffeur pour conduire celles qui sont affectueusement nommées « les chéries » par Riley Jones, nommé « le Vieux », le gardien des girafes.


Nous suivons donc Woody, le Vieux et les deux girafes dans un road-trip de douze jours à travers les États-Unis. Ils y croiseront également Red, une journaliste et photographe souhaitant suivre le parcours des girafes, ainsi que des figures variées qui aideront nos personnages ou, au contraire, seront guidées par des intérêts et des intentions plus obscures concernant les girafes, notamment un cirque, des chasseurs, etc.


Le récit nous plonge dans un road-trip divertissant qui nous fait voyager à travers les États-Unis, tout en nous présentant le contexte historique d’époque, notamment les conséquences de la crise de 1929, la Grande Dépression, les prémices de la Seconde Guerre Mondiale, la ségrégation…


C’est aussi et surtout une belle histoire d’amitié qui se noue entre l’homme et l’animal, entre Woody et les girafes. Woody ayant grandi avec un père considérant les animaux comme du bétail ou des créatures sans âmes, Woody est pourtant subjugué par les girafes, des créatures élégantes mais aussi imprévisibles, attachantes et dangereuses à la fois. Ces animaux ont beau être herbivores, ils n’en demeurent pas moins des animaux sauvages qu’il faut traiter avec précaution, et protéger à tout prix. La présence des girafes marque un tournant dans la vie de Woody qui comprend que les girafes ne sont pas que des animaux mais des êtres à part entière, qui vont l’aider indirectement à prendre la bonne direction dans sa vie, qu’un autre chemin est possible pour lui, malgré les tragédies de sa vie. Avec les girafes, Woody découvre le monde autant qu’il se découvre lui-même, et qui fait également de ce roman un récit d’apprentissage.


J’ai aussi aimé la relation qui se tisse entre Woody et Riley Jones qui constituera un père de substitution pour notre héro. C’est un personnage d’expérience qui, après une méfiance bien compréhensive, finit par lui donner sa chance et faire partie de son parcours de vie et qui contribue à faire de Woody l’homme qu’il deviendra.



Ce roman est à la fois un roman d’aventure, un road-trip, un récit d’apprentissage et un vibrant hommage aux animaux qui font partie de notre vie et qu’il faut protéger. Un roman divertissant, qui ne laisse pas insensible, surtout lorsquil traite de la cause animale et de l’importance des animaux dans notre vie, et la beauté de la relation qui lie l’Homme et les animaux. Toutefois, je déplore certaines longueurs, j’ai eu un peu de mal à accrocher au roman jusqu’au moment où Woody fait vraiment partie du convoi. Je n’ai pas été plus attachée que ça aux personnages. C’était une découverte bien sympathique mais qui ne laissera pas un souvenir mémorable.


— Les gens nous considèrent bizarrement quand on parle de ce qu’on peut ressentir pour les animaux. On nous dit qu’ils n’ont pas d’âme, pas le sens du bien et du mal, qu’ils ne valent rien à côté des humains. Je n’en sais rien. Parfois je pense que les animaux devraient parler de nous ainsi.

Il a secoué la tête.

— Les animaux peuvent te briser le cœur. Ils peuvent te blesser. Ils peuvent te tuer par instinct et reprendre leur balade la minute suivante comme si rien ne s’était passé. Mais au moins, on connaît les règles de base avec les animaux. On sait ce que cela coûte quand on ne respecte pas ces règles. On ne sait jamais avec les gens. Même les personnes bonnes peuvent te faire très mal, et les mauvaises, eh bien, elles te font vraiment mal.

Il a laissé tomber son bras de la fenêtre pour frotter sa main noueuse.

— C’est pour ça que je choisirai toujours les animaux. Même si cela me tue un jour. C’est ce qui arrivera probablement.

vendredi 31 juillet 2026

Outlaws - Lena Shartiaud.


Colorado, 1860

James Lloyd est un trappeur, autant dire une espèce en voie de disparition dans un Nouveau Monde où s’achève la conquête de l’Ouest. Criblé de dettes et directement menacé par les nouvelles lois fédérales destinées à réguler son activité, il n’a d’autre choix que d’accepter la surprenante proposition du shérif Philips. Pour sauver sa peau, James endosse le rôle du chasseur de primes et se lance sur les traces du tristement fameux gang Morrison. On raconte que ces hors-la-loi de la pire espèce ne reculent devant aucune bassesse lorsqu’ils attaquent diligences et convois.

Les approcher sans éveiller leurs soupçons n’est pas une mince affaire et James se voit contraint de se faire passer pour un fuyard. Proposant de guider le gang à travers les Rocheuses pour leur éviter les ennuis, il découvre très vite que Philips est loin de lui avoir dit toute la vérité. Si Morrison et ses hommes sont bel et bien des voleurs, ils ne sont pas pour autant les monstres que l’on se plait à décrire dans les saloons. Petit à petit, James se retrouve happé par cette drôle de famille où il se sent plus à sa place que nulle part ailleurs. Du moins jusqu’à ce que la vérité sur son double jeu éclate au grand jour. Rattrapé par le passé et confronté à un futur plus qu’incertain, l’heure des choix sonne pour James. Même s’il n’a plus la moindre envie de livrer le troublant Nathaniel Morrison à son ennemi de toujours, le shérif Philips les attend au tournant.


Un bon western bien rythmé, avec une petite romance M/M, des péripéties, des attaques d’Indiens, un shérif sans scrupules, des hors-la-loi en cavale, la nature sauvage, bagarre dans un saloons, course à cheval… bref, les clichés du Far West mais quand c’est bon, on aurait tord de se priver.


J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le Far West, à un tournant de son histoire avec l’Ouest qui se modernise peu à peu avec l’arrivée du chemin de fer, à l’aube d’une guerre civile qui menace de tout bouleverser, un monde que notre protagoniste James Lloyd a du mal à suivre alors que sa profession de trappeur est à son crépuscule avec l’arrivée de tous ces changements. Il peine à vivre de son métier, est d’un naturel solitaire, sombre, nostalgique d’une époque quasiment révolue, avec des abords rudes mais qui est plus complexe qu’on ne le pense. J’ai beaucoup aimé suivre ce personnage qui essaye de survivre dans ce monde en mutation, qui est plus proche de la nature, avec un héritage indien de par sa mère qui le rend encore plus intéressant.


J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman que j’ai dévoré en moins de trois jours. J’ai suivi l’intrigue, aux côtés de James Lloyd et de la bande de hors-la-loi avec leur chef Morrison. On s’éloigne un peu des clichés des hors-la-loi qui sont en réalité innocents. Certains sont quand même sacrément misogynes ! Cela dit, ils restent attachants pour la plupart et ils ont une personnalité qui leur est propre, ils forment à eux tous une famille de parias rejetés par la société puritaine en raison de leurs différences.


J’ai notamment beaucoup aimé Sanchez ou Sol le musicien, Mabel et ses deux amants, sans oublier le chef Nathanaël Morrison dont j’ai aimé voir le rapprochement avec notre trappeur taciturne. La romance reste efficace, Lloyd et Morrison sont deux personnages qu’on imagine difficilement ensemble, mais la romance est crédible, elle se fait sans précipitation et se tisse au fil de l’intrigue, au fur et à mesure qu’on en apprend davantage sur Morrison. J’ai d’ailleurs aimé que [spoiler] la fin heureuse ne soit pas acquise, bien qu’on devine à la fin que Lloyd va retrouver son ancien amant, les retrouvailles sont juste supposées, ce n’est pas la fin heureuse que je m’attendais à voir, ce qui a été une surprise mais pas désagréable ceci dit [/spoiler]. Même si le dénouement de l’intrigue autour du shérif ne m’aura pas surprise, le suspense est tout de même resté jusqu’au bout pour d’autres aspects de l’histoire.


Un roman d’aventure qui se dévore, offrant donc mal d'action, entrecoupé de moments d’amitié sympathique, sans oublier la relation amoureuse qui se tisse peu à peu entre Lloyd et Morrison. Une plongée dans le Far West avec les clichés du genre mais qui fonctionnent toujours autant chez moi. Une sympathique découverte !


Le gang de Morrison est définitivement loin de l'image que Lloyd s'en faisait jusqu'à présent. Même s'il a eu des doutes depuis leur rencontre, il se dit que la mise à prix est peut-être exagérée. Ils ont commis des crimes, mais il a de plus en plus de mal à les considérer comme les bandits sanguinaires dépeints par Philips. Il se force à se remémorer l’attaque de la diligence et la façon dont le garde armé a été froidement abattu… Pourtant seule victime de cette rixe… Il revoit Doc Armand soigner le cocher, Sanchez et McKennie relâcher les voyageurs infortunés… Ils les ont dépouillés avant, mais ils ne les ont pas tués.

Des hors-la-loi avec des principes moraux. James aura tout vu.

vendredi 3 juillet 2026

Pompéi - Robert Harris.



Le temps est lourd en cette dernière semaine d'août de l'an 79, l'atmosphère étouffante dans la somptueuse baie de Naples où de nombreux Romains sont venus savourer les derniers jours de l'été. Une étrange odeur de soufre flotte dans l'air. 

Attilius, jeune ingénieur chargé de l'entretien du gigantesque aqueduc qui alimente la baie en eau potable, est inquiet. Son prédécesseur a disparu sans laisser de traces... et le Vésuve se réveille. Les signes du désastre se multiplient. Attilius pressent que la ville de Pompéi se prépare à vivre ses dernières heures et tente l'impossible pour sauver la vie de Corelia, la fille de son pire ennemi, dont il est tombé amoureux. 

L'auteur, en dramaturge raffiné, fait du lecteur le témoin d'un implacable compte à rebours.



Il y a un an, entre le 29 juin et le 03 juillet, je lisais Conclave, de Robert Harris. Une coïncidence a fait que je me suis attaquée à la lecture d’un autre de ses romans à ces mêmes dates. Pompéi n’a pas été le coup de cœur que fut Conclave, mais il n’en reste pas moins une bonne lecture.


Attilius est un jeune aquarius (ou ingénieur des eaux) envoyé par Rome à Naples, prenant la relève de son prédécesseur disparu soudainement, pour résoudre le problème des sources d’eaux qui se sont taries. Il n’est pas très bien vu de ses collaborateurs qui se méfient de lui. C’est bien le cadet de ses soucis, il a un aqueduc à réparer ! Mais, au fur et à mesure, des choses étranges se produisent. Le sol tremble, les poissons meurent, la mer se trouble alors qu’il n’y a pas de vent, les fontaines de Pompéi débordent alors que celles des villes voisines sont à sec, il règne une odeur de souffre dans l’air. Il y a quelque chose qui se trame et qui va au-delà du manque d’eau.


Je me suis plongée avec plaisir dans ce roman historique qui se situe deux jours avant puis les deux jours de l’éruption du Vésuve en 79 après JC. Alors que je ne m’y attendais pas, j’ai suivi avec intérêt la vie hydraulique dans la Rome antique avec l’importance de l’eau et des aqueducs, merveilles d’architecture dont il nous reste encore des vestiges en Europe, le génie romain pour acheminer l’eau, mais aussi comment l’eau pouvait être source de pouvoir économique et politique dans la Rome antique. Car oui, qui dit Rome antique, dit manipulations, magouilles politiques, pots de vins, conflits d’intérêt, etc.



Vestiges de l'aqueduc d'Auguste (Aqua Augusta) à Naples
dont l'auteur a fait le décor de son roman


Il st donc question de politiques, mais aussi de la place des femmes, de l’organisation de la vie publique, d’architecture, etc. On y parle bien évidemment de Pompéi, ville prospère, qui souhaite égaler Rome. J’ai également aimé la façon dont l’auteur pose les indices sur l’éruption qui se prépare, nous montrant bien que l’éruption n’est pas arrivée brutalement et qu’il y a eu des signes avant-coureurs que les Romains n’ont pas su déchiffrer, puisqu’ils ignoraient alors que le Vésuve était un volcan.


La multiplication de ces indices ne fait que renforcer l’impression de compte à rebours et de tension qui monte, d’autant plus que nos personnages évoluent en plein été, dans une chaleur suffocante avec des nuits ne laissant que peu de répit, ce qui accentue le sentiment de violence chez certains personnages. Nous avons la sensation de catastrophe imminente qui se prépare, que notre protagoniste devine, mais dont personne n’est capable de deviner toute l’ampleur de cette catastrophe.


D’ailleurs, à noter que l’éruption du Vésuve s’est en réalité produite en octobre, et non pas en août comme nous l’avons souvent pensé, le roman a donc été écrit avant que les preuves archéologiques ne réfutent cette idée. Voilà pour la minute historique !


Ce n’est pas le roman policier que je pensais lire, et c’est encore moins un roman à suspense. Je m’attendais à ce que l’affaire autour de de la mystérieuse disparition de l’ancien aquarius prenne une place plus importante, mais on est davantage ici sur du roman historique qui cherche davantage à mêler Histoire et fiction qu’à présenter une véritable enquête policière. Cela dit, j’ai aimé cette plongée dans l’Antiquité romaine, être témoin de la catastrophe du Vésuve en me demandant qui allait survivre ou qui allait périr, et comment l’auteur a décrit ces deux terribles journées où le monde s’est arrêté à Pompéi. L’immersion est totale, et Attilius est un protagoniste plutôt agréable à suivre. Il est honnête, intelligent et courageux. Toutefois, j’ai trouvé la fin plutôt rapide, même si ça n’a pas entaché mon appréciation du roman qui reste une sympathique lecture !


— Tu as consulté la sybille ? Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Ampliatus se composa une expression solennelle adéquate.

— Elle a sacrifié des serpents à Sabazius et les a écorchés pour en tirer ses prédictions. J’ai assisté à toute la cérémonie.

Il se rappela les flammes, sur l’autel, la fumée, les mains luisantes, l’encens ; la voix chevrotante de la sybille, haut perchée, à peine humaine, rappelant la malédiction lancée par cette vieille femme dont il avait jeté le fils aux murènes. Il avait été malgré lui impressionné par toute l’opération.

— Elle a vu une ville, notre ville, dans un avenir lointain. Un millier d’années, peut-être plus. Elle a vu une cité célèbre dans le monde entier, poursuivit-il dans un murmure. Nos temples, notre amphithéâtre, nos rues, arpentés par des gens de toutes les langues. Voilà ce qu’elle a vu dans les entrailles des serpents. Longtemps après que les César seront tombés en poussière et que l’empire ne sera plus, ce que nous avons bâti ici perdurera.

samedi 20 juin 2026

Projet Dernière Chance - Andy Weir.


Ryland Grace est le seul survivant d'une expédition spatiale de la dernière chance. S'il échoue, c'est le sort de l'humanité et la Terre tout entière qui sera en péril.

Mais pour l'instant, il ignore tout de cela. Il ne se souvient même pas de son propre nom, et encore moins des objectifs de sa mission. Il sait seulement qu'il est resté en sommeil très, très longtemps. Et il vient de se réveiller pour découvrir qu'il se trouve à des millions de kilomètres de chez lui, avec deux cadavres pour toute compagnie.

Ryland se rend compte peu à peu qu'il doit faire face à une tâche impossible. Filant à travers l'espace, il lui faut trouver la clé d'un mystère scientifique insondable... et combattre un fléau qui laisse présager l'extinction de notre espèce.

Alors que chaque minute compte et que des années-lumière le séparent de l'être humain le plus proche, il est seul pour relever cet incroyable défi...

Mais l'est-il vraiment ?


La science-fiction ne fait pas partie de mes genres de prédilection, encore moins les histoires se déroulant dans l’espace, mais il existe quelques exceptions. Projet Dernière Chance en fait partie. Pourtant, jamais je n’aurais touché à ce livre si je n’avais pas vu le film, tout comme je n’aurais jamais vu le film si je n’avais pas entendu tant d’éloges à son sujet, et je peux comprendre pourquoi Projet Dernière Chance, le livre comme le film, est acclamé par la critique.

Ce livre commence de façon énigmatique : un homme se réveille dans un vaisseau spatial, ayant tout oublié : qui il est, ce qui l’a conduit là, et ce qu’il est supposé faire. Il est soigné et surveillé par les bras d’un ordinateur intelligent qui veille à tous ses besoins, et qui semble avoir pris soin de lui tout le temps de son coma. Il constate avec horreur que les deux autres membres de l’équipage sont morts dans leur sommeil, et depuis un moment à en juger par l’état de décomposition de leur corps ! Notre protagoniste est donc le seul survivant d’une expédition spatiale dont il ne sait plus rien. Tandis qu’il prend peu à peu ses repères, sa mémoire qui rappelle par brides ce qui lui est arrivé, et la raison de cette expédition spatiale de la dernière chance… Des formes de vie parasitaires s’en prennent au soleil. Il faut impérativement trouver le moyen de les détruire, sans quoi la Terre sera peu à peu plongée dans une ère glaciaire dont personne n’en rééchappera.

Ce roman fut une merveilleuse surprise. Si j’ai été souvent perdue par les termes scientifiques, ce fut réellement passionnant. Cela aide que la plume est plaisante à lire, avec des touches d’humour, car malgré la situation désespérée dans laquelle il se trouve, notre protagoniste, Ryland Grace, n’a pas perdu son sens de l’humour. C’est un personnage intelligent, et plein de ressources, et il fait beaucoup d’auto-dérision. Il garde la tête sur les épaules même si, et c’est bien compréhensible, il a des moments où il est sujet à la panique. C’est un protagoniste profondément humain et attachant que j’ai pris plaisir à suivre.


Ayant vu le film au préalable, les événements du roman, et donc de la présence de Grace dans l’espace, n’auront pas été une surprise pour moi, mais j’ai redécouvert tout cela avec plaisir. Ce roman se présente comme une énigme, à sa propre façon. Nous sommes amenés à nous interroger sur la raison de Grace en espace, quel danger menace exactement la Terre, comment remédier à ce problème, comment la mission « Dernière Chance » est née avec Grace, Eva Stratt et toute une poignée de scientifiques, toute nationalité confondue, travaillant pour la sauvegarde de la Terre. Nous progressons dans le roman avec des questions en tête : comment Grace en est arrivé là, comment s’est développée cette mission de la dernière chance, quelle est cette menace pour la Terre, vont-ils réussir à sauver notre planète ? Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.

L’autre force du roman est bien entendu la relation entre Grace et Rocky, un bien étrange alien que Grace a baptisé d’après le célèbre personnage de fiction, qui vont travailler ensemble pour sauver leur planète respective contre le danger qui plane dans l’espace. La part à l’amitié est ici très belle entre ces deux espèces que tout oppose mais qui sont réunies dans un seul et même but, et qui vont devenir coéquipiers, colocataires et des amis proches. J’ai beaucoup aimé les voir se découvrir l’un l’autre, expliquer à l’autre comment fonctionne leur organisme, comment est leur monde, leur façon de dormir ou de manger ou de faire face aux maladies. Il y a beaucoup de curiosité et de fascination mutuelles, et leur rapprochement est à la fois drôle et touchant. Je n’ai pas su rester insensible à l’amitié qui se met en place entre eux, et l’auteur nous offre là un alien bien original, pas dénué d’humour et de répartie.

Le seul bémol reste finalement pour moi l’omniprésence des termes scientifiques qui, s’ils sont logiques ici, m’ont souvent bien perdue dans ma lecture. Pourtant, l’auteur a fait son possible pour nous les rendre accessibles, mais je dois malheureusement admettre ne pas avoir l’esprit scientifique, ainsi, après avoir tenté de comprendre les propos de Grace, j’ai fini par survoler ces passages au fur et à mesure que j’avançais de la fin. Je salue pourtant l’auteur de par ses connaissances maîtrisées sur le sujet, ainsi que sur les longues heures de recherche que cela a dû lui demander.



Fanart de Grace et Rocky (Source)


Malgré tout, ce roman reste – à l’instar de son adaptation – une très belle découverte. Le cœur du roman reste indéniablement pour moi la relation entre Grace et Rocky, mais j’ai également aimé cette aventure interstellaire avec cette course contre la montre pour sauver la Terre, les efforts internationaux pour construire le vaisseau ou pour faire face aux conséquences climatiques du déclin du soleil, l’énigme autour de Grace (qui était-il sur Terre, comment en est-il arrivé là, comment a-t-il contribué à cette mission), tous ces éléments qui font de ce roman un véritable page turner qui tient en haleine, et qui est adoucie par l’auto-dérision de Grace et l’amitié qui se noue entre Grace et Rocky. Vraiment une belle découverte qui me donne encore plus envie de revoir le film !


      — Nous garder unités terriennes. Plus facile pour vous. Combien durer journée terrienne, question ? Combien journées une année terrienne, question ?

      — Une journée terrienne dure 86 400 secondes. Une année terrienne dure 365,25 journées terriennes.

      — Compris. Moi ici quarante-six années.

      — Quarante-six ans ? (J’étais stupéfait). Quarante-six années terriennes ?

      — Moi ici quarante-six années terriennes. Oui.

Il est arrivé dans ce système avant ma naissance.

      — Combien… ? Combien de temps vivent les Eridiens ?

    — Moyenne six cent quatre-vingt-neuf années, répondit-il en agitant une pince.

      — Des années terriennes ?

      — Oui, confirme-t-il un peu sèchement. Toujours années terriennes. Vous mauvais mathématiques. Toujours années terriennes.

J’étais bouche bée.

      — Combien d’années avez-vous vécu ?

      — Deux cent quatre-vingt-onze années. (Il fait une pause). Oui. Années terriennes.

Saperlipopette ! Rocky est plus vieux que les États-Unis. Il est né à la même époque que George Washington.

Et il n’est pas si vieux pour un Eridien. De vieux Eridiens étaient déjà nés lorsque Christophe Colomb a découvert les Amériques. Et les gens qui y habitaient depuis longtemps.

      — Pourquoi tellement surpris, question ? Combien de temps humain vivre, question ?

lundi 15 juin 2026

Les Sœurs du Nil - Rachel Louise Driscoll.

Sœur.
Rivale.
Protectrice.
L'histoire envoûtante d'une déesse oubliée.

En 1887, l'égyptomanie s'est emparée de l'Angleterre victorienne.

Discrète et réservée, Clemmie est l'une des rares femmes à déchiffrer les hiéroglyphes.

Lors d'une soirée consacrée aux reliques égyptiennes, Clemmie lit une inscription sur une étrange amulette et semble ainsi déclencher une malédiction sur toute sa famille.

Cinq ans plus tard, la jeune femme décide d'aller en Égypte pour rendre cette funeste amulette afin de sauver sa sœur, dernier membre vivant de sa famille. Le jeu auquel elle se livrait enfant, mettant en scène les déesses sœurs, Isis et Nephtys, a trouvé un écho dévastateur dans sa vie. Au fil de son voyage sur le Nil, elle croisera des alliés charmants ainsi que des ennemis inattendus, et découvrira que la pire des malédictions n'est pas celle qu'elle croit.


Un roman d’aventure très sympathique qui mêle malédiction, momies, une course contre la montre, égyptologie, mythologie, et lien sororal, et un soupçon de romance. J’ai pris plaisir à découvrir ce roman qui, à l’instar de sa protagoniste, m’aura fait voyager en Égypte, dans cette croisière le long du Nil, à découvrir le Caire et ses souks, Dendérah et ses temples, l’île de Philaé avec ses ruines et son temple. J’ai été dépaysée, d’autant qu’on ne se contente pas de visiter ces lieux, mais on est plongé dans la culture de ses habitants. J’ai vraiment été marquée par les descriptions enchantresses de l’Égypte par l’auteure, le contraste entre la fascination de l’Angleterre victorienne pour l’Égypte antique et la culture vivante de l’Égypte en elle-même.


J’ai également trouvé intéressant que l’auteure parle des conséquences de l’égyptomanie des Occidentaux en Égypte qui est victime de très nombreux pillages qui ont eu lieu pendant cet âge d’or des découvertes égyptologiques, les conséquences de ce pillage culturel, les ventes illégales de momies et d’artefacts égyptiens, les fouilles illégales qui endommagent les sites archéologiques, cela m’a rappelé Sixtine qui évoquait également le sujet. Nous avons ici Clemmie, une passionnée d’égyptologie depuis son plus jeune âge, qui devient sensible à cette cause. C’est d’abord pour réparer un tord et briser une malédiction qu’elle cherche à restituer un bien en Égypte, mais elle va progressivement reconnaître les dérives de sa pratique et changer sa façon de penser et être amenée à voir son père d’une autre façon. Ce sont des thèmes qui restent malheureusement d’actualité, le pillage et le trafic d’antiquités continuant à se faire de nos jours.


Clemmie une héroïne efficace et attachante. Elle est érudite et indépendante pour l’époque, elle est passionnée par l’Égypte et son histoire, a baigné dedans depuis son enfance, en aidant son père, égyptologue, et elle a souffert de ne pas avoir été reconnue par lui comme une partenaire à part entière dans ses affaires. C’est une jeune femme qui sait se débrouiller, et qui porte en elle une lourde solitude. On ne peut qu’être sensible au lien fort qui la lie à sa sœur, Rosetta, et leurs jeux d’enfants dans lesquelles elles jouaient les déesses Isis et Nephtys prendront ici une toute autre dimension, à cause de la malédiction.



Les temples de Philae et de Dendérah

Concernant les autres personnages, ce n’était pas gagné du tout. Ses compagnons de voyage, qui se greffent à elle, m’ont souvent agacé, surtout au début, à insister à faire le voyage avec elle, ne la laissant pas tranquille. Je les ai trouvé insistants, et j’ai eu l’impression que l’auteure forçait vraiment Clemmie dans une dynamique de groupe. Heureusement, j’ai fini par progressivement m’habituer puis à m’attacher à ce petit groupe, mais ce fut laborieux. Bien que cette dynamique ait été forcée, elle fonctionne assez bien. J’ai aussi aimé le fait que le roman alterne entre présent et le passé, pour nous montrer les raisons de la présence de Clemmie en Égypte, sa mission secrète et ce qu’il est advenu de sa famille.


J’ai également trouvé intéressant le fait que le sort de sa famille peut s’expliquer soit par du fantastique (la malédiction), ou par quelque chose de plus rationnel [spoiler] les manigances d’Horatio, le fiancé de Rosetta , ainsi je referme le roman sans être entièrement sûre si la malédiction ou une tierce personne était davantage responsable du sort de la famille Attridge [/spoiler]


J’ai aimé la part belle que faisait le roman à la sororité qui se déploie à plusieurs niveaux, tout d’abord à travers les sœurs mythologiques, les déesses Isis et Nephtys qui servent de cadre et de miroir à la relation entre Clemmie et Rosetta, le lien entre ces deux sœurs est fort, on ne peut y rester insensible. Tout ce que fait Clemmie est pour sa sœur. J’ai également aimé les liens qui se tissent entre Clemmie, Célia et Mariam, qui illustrent comment la sororité peut transcender les barrières culturelles et sociales. J’ai également trouvé intéressant les nombreuses références à la mythologie égyptienne, notamment l’histoire d’Osiris, Isis, Seth et Nephtys, et comment ce roman met en lumière Nephtys, une déesse assez méconnue au final.


Ce roman est une belle découverte, et il aurait presque pu devenir un coup de cœur. Je déplore quelques longueurs, une dynamique de groupe qui a été forcée et qui m’a fait lever les yeux au ciel au 1/3 du roman, et aussi une fin assez précipitée, avec des facilités scénaristiques [spoiler] je m’attendais vraiment à ce qu’Horatio soit plus difficile à vaincre, à la place il est mort hors champs. Je pensais aussi voir les retrouvailles entre Clemmie et sa sœur, et entre Clemmie et Rowland [/spoiler]. Ce sont à cause de ces bémols que ce roman n’est pas un coup de cœur, mais il n’en demeure pas moins une bonne lecture et une belle découverte !


Devant l’entrée, une bouffée de ce qui les attend à l’intérieur leur parvient. Une odeur de renfermé et une chaleur dense, suffocante. Scrutant le couloir enténébré, Celia déclare qu’elle n’entrera pas. Que c’est un endroit à faire des cauchemars.

À faire rêver, aussi. Clemmie imagine les gens qui ont construit cette structure phénoménale, le pharaon momifié qui y a été déposé pour connaître le repos éternel, l’embaumement qui a précédé, tel que conçu par Anubis pour préserver le corps d’Osiris. Chaque livre qu’elle a lu, chaque reconstitution enfantine de ces mythes, chaque soirée de démaillotement et de traduction l’a conduite à ce moment.

dimanche 7 juin 2026

Le Merveilleux restaurant des souvenirs - Yuta Takahashi.



Au menu du jour : vos souvenirs les plus émouvants...

Dans la baie de Tokyo, au bout d'un chemin de coquillages, se dresse le restaurant Chibineko. On dit qu'ici, les plats sont des passerelles vers les âmes disparues. 

Guidée par la promesse d'un dernier instant avec son frère décédé, Kotoko pousse la porte de ce mystérieux restaurant. À l'intérieur, elle est accueillie par Chibi, le chaton tacheté qui veille sur les lieux. Sans même attendre sa commande, Kai, le jeune chef, lui sert un repas qui évoque son enfance - poisson mijoté, riz, soupe miso. Dès la première bouchée, la magie opère, transportant Kotoko vers un passé qu'elle croyait perdu à jamais.




Le Merveilleux restaurant des souvenirs nous emmène au Chibineko, un petit restaurant dans la baie de Tokyo, près de la mer, au bout d’un sentier de coquillage, tenu par le jeune chef Kai, accompagné de Chibi le chaton mascotte de la maison. Sa particularité, en plus de n’être ouvert que jusque 10h du matin, est de proposer des repas du souvenir, pour permettre aux clients ayant perdu un être cher de renouer avec eux, le temps d’un repas. L’occasion de se livrer à des explications, des confidences, ou bien un dernier au revoir.


J’ai beaucoup aimé le concept de ce restaurant et du repas du souvenir. C’est quelque chose qui existe bel et bien et qu’on appelle kage-zen. Le kage-zen peut être un repas préparé à la mémoire d’un défunt et qui est servi pendant des funérailles, ou bien un repas destiné au défunt lui-même, la croyance étant que le défunt pouvait se nourrir de ce plat à travers la fumée qui s’en dégage. J’ai trouvé le concept intéressant et il nous offre de belles histoires à la fois douces et amères.


Le roman contient quatre histoires courtes, avec un schéma similaire, mais qi se rejoignent entre elles. Nous suivons une jeune fille qui a perdu brutalement son frère promis à une brillante carrière d’acteur, et qui est tiraillée entre la tristesse et la culpabilité ; un jeune étudiant qui a perdu une camarade de classe qui était son premier amour, et qui regrette des paroles dures, prononcées sans réfléchir ; un homme en fin de vie qui souhaite revoir sa femme une dernière fois ; et enfin Kai, le jeune chef lui-même, en proie au deuil.


Bien que ce soit un roman propice aux moments tristes et émouvants, cela reste une lecture feel good car il se dégage beaucoup de douceur et de bienveillance, une volonté d’aller de l’avant, sans oublier les disparus, mais de continuer à vivre pour eux, pour les honorer.


C’est une lecture paisible et agréable qui fait du bien à son petit cœur, et qui est également gourmande car le roman évoque l’importance de la nourriture, et surtout le lien que nous pouvons avoir avec une personne disparue à travers un plat qui nous rappelle cette personne et les moments passés avec elle. Le repas du souvenir n’est jamais choisi au hasard, et il est préparé exactement comme le client et son disparu l’ont connu. On y trouvera, au fil des pages, des recettes gourmandes et japonaises, comme un mijoté d’Ainamé, un sandwich aux œufs, du riz aux cacahuètes, du riz aux prunes, ou encore un sukiyaki-don. J’ai d’ailleurs apprécié la présence de recettes à chaque fin d’histoire, nous invitant à recréer quelques-uns de ces plats. En outre, ce roman est une belle petite découverte, une lecture douce et pleine de poésie et de bienveillance. 


Sentant son regard peser sur lui, Taiji redressa la tête. Fumika l’observait. C’était elle qui avait proposé d’attaquer le repas, pourtant elle n’avait pas touché à son assiette. Elle restait assise, immobile face à lui.

— Tu ne manges pas ? s’étonna-t-il.

— Je suis en train de manger.

— Hein ?

— La vapeur. C’est mon repas.

— De quoi ?

— Enfin, les odeurs, pour être plus précise. Quand on est mort, on ne peut plus manger les choses de ce monde-ci.

Elle lui expliqua que c’était la raison pour laquelle on faisait brûler de l’encens sur les autels et les tombes. La fumée qui s’élevait des bâtonnets constituait la nourriture des défunts. Taiji l’ignorait.

— Ah bon ?

— Une fois le plat refroidi, on ne peut plus sentir son odeur. C’est pour ça que je ne peux rester ici que tant que le repas est chaud.

— Quoi ? Mais… ça veut dire que tu vas disparaître ?

— Disons plutôt que je vais retourner dans l’autre monde.

lundi 25 mai 2026

La petite confiserie de l'allée nocturne - Hiyoko Kurisu.


Problèmes de cœur ?

Quotidien morose ?

Laissez vos pas vous guider vers La Petite Confiserie Kohaku.

Quand vient le soir, les lanternes s'allument dans l'allée nocturne et attirent les âmes en peine. Les boutiques datent d'un autre âge, comme peuplées de fantômes. Une seule brille d'une lumière chaleureuse. Sur l'enseigne on peut lire : La Petite Confiserie Kohaku. 

Dans ce lieu enchanté, on trouve des bonbons de toute sorte. Le maître des lieux, un charmant jeune homme aux oreilles de renard, promet à tous ceux qui le rencontrent que ces friandises ont le pouvoir de changer leur vie. Une bouchée et... « Achetez, dégustez, vous verrez ! »



Je termine le challenge avec cette petite lecture bonbon et feel good que j’ai pris beaucoup de plaisir à déguster. Ce roman ne proposera rien d’original puisqu’il existe des romans avec un schéma similaire. Ici, nous suivons des personnes qui traversent un moment difficile ou qui ne sont pas bien dans leur peau. Ils tombent par hasard sur une confiserie tenue par un étrange personnage, qui se révèle être un yokai, et qui achètent une confiserie qui changera leur vie, ce qui va leur permettre de voir la vie autrement, voire de surmonter leurs difficultés.


Il y a cinq histoires en tout, ainsi qu’un épilogue.


Dans la première, on suit une lycéenne qui se sent délaissée par son petit-ami, accaparé par ses études. Elle ne veut en aucun cas compromettre ses études, juste un peu d’attention, un signe qu’il tient toujours à elle. Lorsqu’elle tombe sur la confiserie, elle achète des konpeito. Le vendeur la met en garde : en manger un par jour lui donnera un petit bonheur, une bonne nouvelle, mais elle doit prendre garde à ne pas dépasser la dose. La jeune fille est confuse mais suit ses instructions. Sitôt le premier bonbon mangé, son petit-ami la contacte. Elle suit ainsi ses instructions, gagnant chaque jour un petit bonheur. Puis un jour, elle se pose la question : que se passerait-il, si elle venait à en manger plusieurs ?


Dans la seconde histoire, on suit un homme, employé dans la vente, qui est complexé par son physique et ses rondeurs qui sont la source de moqueries quotidiennes. Il aimerait être invisible, pour changer. Alors qu’il tombe sur la confiserie, il y achète des wasanbons, et découvre avec surprise qu’il est devenu invisible aux yeux de ceux qui l’entourent… personne ne le remarque, à moins d’être à proximité de lui. Pour cet homme, c’est miraculeux, mais il découvre peu à peu qu’être invisible n’est pas aussi avantageux qu’il le pensait.


Dans la troisième histoire, on suit une étudiante qui n’ose pas être sincère avec ses amies et partager ses opinions, ni même ses goûts, de crainte de perdre leur amitié. Dans la confiserie, elle achète des monakas à la châtaigne. En les dégustant, elle s’aperçoit à sa grande surprise qu’elle ne peut pas s’empêcher d’être honnête et de dire tout ce qu’elle pense, à la grande surprise de ses amies. Elle découvre également qu’elle n’est pas la seule à cacher ce qu’elle pense.


Dans la quatrième histoire, on suit une lycéenne persuadée d’être suivie par la malchance. Mais voilà, elle doit passer une audition musicale, et il est hors de question d’échouer. Elle s’en va prier au temple, puis tombe sur la confiserie sur le chemin du retour où elle achète des caramels. Est-ce une coïncidence ou non, car elle découvre qu’après en avoir dégusté un, sa malchance tombe sur quelqu’un d’autre.


Enfin, dans la cinquième histoire, on suit une mère au foyer dépassée et fatiguée, avec un bébé aux besoins constants, et un mari devenu distant. À la confiserie, elle achète deux pommes d’amour, une pour elle, une pour son mari. En croquant la sienne, elle découvre avec stupeur des auras éblouissantes entourant ceux qu’elle aime. Au début, elle ne comprend pas ce qui lui arrive, mais elle s’aperçoit que cette lueur, qui change d’intensité, correspond au degré d’amour que ses proches lui portent. Celle de son mari variant, elle décide de redoubler d’efforts pour prendre soin de lui et rendre sa lueur la plus éblouissante possible. Mais elle se rend compte que ce n’est pas suffisant. Elle aimerait que son époux la remarque, elle-aussi.


C’est un roman qui mélange le fantastique et le contemporain. Il y a un peu de magie dans le car le patron de la Petite Confiserie Kohaku est un esprit mi-kitsune, mi-humain qui insuffle un peu de sa magie dans ses confiseries, mais cet aspect de l’histoire ne prend pas le dessus puisque la résolution des problèmes de nos différents personnages ne doit presque rien à la magie. Ce sont simplement eux qui ouvrent enfin les yeux et découvrent qu’avec de la communication, un meilleur jugement ou plus de clairvoyance, leurs problèmes sont peu à peu résolus. Cet aspect ne m’a pas déplu, c’est même réconfortant de savoir qu’il n’y a pas que la magie qui peut résoudre nos problèmes mais que nous en avons aussi le pouvoir, sans avoir forcément besoin de confiserie magique. Chacun peut trouver écho à l’une de ses histoires, ou se reconnaître chez un personnage.


Bien-sûr, les histoires sont romancées et finissent toutes bien, c’est le genre qui veut ça, et c’est bel et bien une lecture feel good. Il n’en reste pas moins que ces différentes histoires donnent à réfléchir, et qu’un peu de douceur fait du bien dans ce monde de brutes. Ça me donne même envie de lire d’autres romans japonais de ce genre.


J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de Kogetsu, le patron de la confiserie. Il est en retrait pendant les 3/4 du roman, ce qui renforce l’aspect mystérieux qu’il dégage, et lui donne un côté mystique qui ne m’a pas déplu, mais j’ai tout de même été contente de voir que l’auteur lui a consacré un épilogue, ce qui m’a permis de découvrir comment il en est venu à ouvrir la confiserie.


En résumé, c’est un roman doux, une lecture bonbon et feel good que j’ai pris plaisir à découvrir, et qui m’a permis de voyager un peu au Japon et découvrir l’allée nocturne avec ses commerces, ses lampions lumineux, Kogetsu et ses confiseries japonaises. Chaque histoire est bienveillante, avec une petite morale, et permet de passer un agréable moment de lecture.


I felt a kind of catch in my chest release. I hadn’t even been aware of it before, but now that it was gone, it was as if a pleasant breeze had run through me.

It was good that I’d spoken frankly. It was good that I’d complimented Saya instead of hesitating, even though I wasn’t sure my opinion was worth anything to her. After all, no one minds a compliment.

Still marvelling at Saya’s unexpected reaction, I resolved to put my feelings into words in future.

samedi 28 mars 2026

Perveen Mistry (T.1) Les veuves de Malabar Hill - Sujata Massey.

Bombay, 1921.

Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.

Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?

Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.


Bombay, 1921. Perveen Mistry est une jeune avocate érudite et indépendante qui a rejoint le cabinet d’avocat de son père en tant qu’associée. Mais, en temps que femme, elle n’a pas le droit de plaider et elle doit donc se contenter d’étudier des dossiers. Une occasion en or se présente à elle. Un homme est mort en laissant ses trois épouses qui ont peut-être signé un papier concernant leur héritage, sans savoir de quoi il en retourne. Ces veuves étant de confession musulmane et pratiquant la séparation entre hommes et femmes, seule Perveen peut pénétrer dans le domaine et entrer en contact avec elles, et il lui devient vite évident que des détails très importants concernant la succession n’ont pas été communiquées aux veuves. Peu à peu, la tension monte… jusqu’au sang.


Un roman policier assez long à démarrer mais, une fois lancée, l’intrigue se déroule d’elle-même au fur et à mesure des pages. Il ne faut toutefois pas s’attendre à de l’action et à de nombreux rebondissements. Le rythme de l’intrigue reste assez long, parce que l’auteure prend le temps de la mettre en scène mais aussi de nous baigner pleinement dans les différentes cultures que composent l’Inde (culture parsie, culture musulmane, etc).


Le récit alterne entre deux temporalités : 1921, soit le moment présent, avec Perveen qui mène l’enquête concernant l’affaire de succession des veuves de Malabar Hill puis le meurtre qui en découle, et 1916 pendant les jeunes années de Perveen mais je n’ose pas en dire davantage, de peur de spoiler. De façon assez paradoxale, c’est cette dernière partie qui m’a davantage intéressé, par rapport à l’enquête en elle-même (même si j’ai eu envie de savoir qui est le tueur et ses raisons), de découvrir ce pan de l’histoire de Perveen, qui explique ce qu’elle est devenue et ce qu’elle a vécu. Ces retours en arrière sont loin d’être inutiles puisqu’ils vont servir au récit et se retrouver liée à l’intrigue, bien que légèrement.


Les personnages ne sont ni marquants, ni attachants, mais ils jouent bien leur rôle. Perveen est la plus réussie d’entre eux. À défaut de m’attacher à elle, j’ai été touchée par son vécu, et j’ai admiré sa ténacité, son intelligence et son indépendance.


Plus que l’enquête, ce que j’ai vraiment apprécié était cette immersion dans l’Inde du début du XXe siècle, notamment l’Inde à travers les yeux de la femme. J’ai pu en apprendre plus sur les mœurs, la cuisine, les coutumes, les différentes cultures et religions, la cohabitation entre Indiens et Anglais, mais aussi et surtout les droits (ou le peu de droits) des femmes en Inde, les traditions ultra-patriarcales, les difficiles luttes des femmes pour avoir des droits équitables, les injustices (un mari battant sa femme n’est, par exemple, pas un motif de divorce mais si elle fuit un foyer toxique, c’est elle qui est en tord ; ou encore cette horrible séparation imposée aux femmes qui ont leurs règles, devant être enfermées dans une pièce, sans le moindre contact, car elles sont considérées comme impures). Je sais qu’il est encore, malheureusement, dangereux d’être une femme en Inde de nos jours, mais j’ose espérer que les lois ont changé en leur faveur depuis plus de cent ans.


Une plongée plaisante dans l’Inde du XXe siècle, je regrette de ne pas y sentir les parfums des fleurs et la délicieuse odeur des plats qui sont présents. Un voyage instructif en Inde mais qui ne manque pas d’indigner concernant la condition de la femme. L’intrigue policière en elle-même était plutôt intéressante, mais je retiendrai surtout le voyage en Inde, ainsi que les flash-back sur la vie de Perveen. Une découverte sympathique, cela dit je ne pense pas lire la suite…


- Il semble que vous soyez enchainée à certaines personnes et une grande et vieille maison que vous n'appréciez pas pleinement.

- N'est-ce pas la définition de la famille ?