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mardi 9 janvier 2024

Le Noël d'Arsène Lupin - Frédéric Lenormand.


1910. En pleine crue de la Seine , la Joconde disparait du Louvre. 

Le commissaire Eugène Lenormand, chef de la sûreté, est chargé de mener l enquête discrètement afin d'éviter le scandale . 

Lenormand est d'autant plus intéressé à retrouver ce chef d'œuvre au plus vite que le préfet accuse du vol un certain Arsène Lupin, qui n'est autre que ..... le commissaire lui-même.




Je commence l’année 2024 avec l’ami Lupin. Depuis le temps que je n’avais plus lu une de ses aventures, mais surtout depuis le temps que ce livre traînait dans ma PAL !



Arsène Lupin est bien embêté. Non seulement son psychiatre le met au défi de se trouver un ami, chose compliquée pour quelqu’un de sa profession, mais voilà qu’on a volé la célèbre Joconde et qu’il est accusé du vol ! Pour une fois qu’il est innocent, tout ceci est vraiment d’une injustice ! Arsène Lupin se met donc en quête du célèbre tableau afin de s’innocenter… et de s’en emparer ! Après tout, quel cambrioleur digne de ce nom n’irait pas s’approprier un tel trésor national ?



J’ai beaucoup aimé le cadre du roman. Si Noël reste finalement assez anecdotique et très peu exploité, le cadre dans lequel l’intrigue prend place est intéressant. Nous sommes à Paris, en 1910 et une bonne partie de la capitale est sous l’eau suite à la crue de la Seine. À cause de cette menace naturelle, les réserves du Louvre sont en plein déménagement ! Il s’agit de déplacer toutes les collections pour les mettre en sûreté et les sauver des eaux. À la faveur de ce désordre, la Joconde disparaît mystérieusement. Afin de s’innocenter d’un crime qu’il n’a pas commis et pour s’emparer lui-même du chef-d’œuvre, Arsène Lupin enquête. C’est sous les traits du commissaire Eugène Lenormand qu’il s’attelle à la tâche, en compagnie du détective Béchoux.



L’intrigue policière n’a rien d’extraordinaire, disons-le tout de suite, elle reste assez classique mais finalement efficace. Le roman est court et se laisse lire avec fluidité, mais l’enquête en elle-même n’est pas bien mémorable, par moment elle traînait en longueur avec Lupin qui patauge et tourne en rond, ce qui est dommage car l’enquête avait bien commencé.



Le point fort du roman, à mon sens, est son humour. L’écriture est assez taquine envers le genre, nous avons déjà Lupin qui se cache sous le nez de la police et enquête, oui, mais pour mieux s’emparer du trésor, de quoi tourner en dérision la police ! Le concept de Lupin qui se cache sous le nez de la police en travaillant même pour eux était quelque chose que l’on retrouvait déjà chez Maurice Leblanc, donc l’auteur a su reprendre les ingrédients du célèbre papa de Lupin et il s’en sort bien.



On retrouve donc l’humour caractéristique des œuvres de l’auteur (ayant déjà lu deux tomes de sa série policière sur Voltaire), humour qui fonctionne toujours aussi bien et qui rend la lecture un peu plus savoureuse. D’ailleurs, la famille, que Lupin sera amené à rencontrer dans le cadre de son enquête, est elle-aussi très drôle dans sa loufoquerie. Une famille abonnée aux drames tous les plus étranges les uns que les autres et avec de nombreux secrets, mais complètement déjantée, le genre qu’on a pas trop envie de fréquenter. J’ai aussi trouvé très savoureux les échanges entre Lupin et son psychiatre, même si la quête de notre cambrioleur de se trouver un ami reste finalement très, très, très secondaire et trop peu exploité. Dommage... 



En résumé, j’ai plutôt passé un bon moment avec ce pastiche lupinien mais je ne pense pas m’en souvenir bien longtemps au final. L’intrigue était sympathique mais elle manquait de saveur à mon sens pour être mémorable et elle a souffert de longueurs. Cela dit, j’ai retrouvé Arsène Lupin avec plaisir et j’ai beaucoup apprécié l’humour ainsi que le contexte historique qui est la crue de 1910, apportant un cadre particulier à l’intrigue.


Il ne pouvait laisser les autorités l'accuser d'être l'auteur du vol, alors que, pour une fois, il n'y était pour rien. Il refusait d'être le bouc émissaire de fonctionnaires qui laissaient filer des trésors nationaux et blâmaient ensuite d'innocents cambrioleurs. Cette enquête était le seul moyen de laver son honneur et, cerise sur le gâteau, de mettre la main sur le chef-d'œuvre.  
Chapitre 1. Des vaches, des poulets et le petit Jésus.

mercredi 25 août 2021

La nouvelle vie d'Arsène Lupin - Adrien Goetz


Arsène Lupin revient. Un héros des années 10, lui ? Oui : des années 2010 ! Le gentleman-cambrioleur, plus sportif, gouailleur, élégant et désinvolte que jamais, détrousse les réseaux sociaux, enlève les scénaristes de sa série télévisée favorite, s’attaque au changement climatique, s’envole vers les émirats, et va jusqu’à faire invalider les comptes de campagnes du nouveau président de la République…


Dans ce trépidant divertissement, Adrien Goetz, le père de Pénélope et de ses fameuses intrigues (Intrigue à Versailles, Intrigue à Giverny…), rajeunit le plus mythique des personnages français, ainsi que ses partenaires et adversaires, du ridicule détective Herlock Sholmès à la redoutable Joséphine Balsamo, convertie au féminisme militant. La traque d’Arsène Lupin commence !



Arsène Lupin au XXIe siècle !

Après le succès de la série BBC Sherlock (bien que la saison quatre soit très discutable), l'idée de transposer l'univers d'Arsène Lupin dans notre monde moderne était quelque chose que je souhaitais voir, et c'est ce que nous propose ce pastiche lupinien... en quelque sorte.


Ce roman est une réécriture de quelques-unes des aventures d’Arsène Lupin. Les ingrédients emblématiques de l'univers de Lupin sont là : tours de passe-passe, cambriolages rocambolesques, aventures internationales, sans oublier tout le charme de Lupin, à la fois séducteur, criminel, enfantin... Les seules différences sont que ces aventures sont transposées à notre époque et qu'il ne s'agit pas spécifiquement d'un Lupin du XXIe siècle mais d'un Lupin immortel, qui a traversé les époques. Idée assez étrange, mais pourquoi pas ?


Malheureusement le résultat ne fut guère à la hauteur de mes attentes.

Et pourtant tout commençait si bien ! Cambriolage à Strasbourg, la statuaire de la cathédrale a été dérobée ! Paul Beautrelet, descendant d'Isidore Beautrelet (le jeune détective en herbe dans L'Aiguille Creuse) qui assiste à l'événement, précipitant sa rencontre historique avec Arsène Lupin qui revendique le vol et prétend avoir très bien connu son aïeul... impossible à croire, et pourtant le jeune Paul se trouve entraîné dans cette aventure avec cet homme incroyable...


J'étais ravie au début de ma lecture. Enfin un pastiche qui évoque Isidore Beautrelet, mon personnage préféré dans tout l'univers lupinesque (en dehors du célèbre cambrioleur) et présenter son descendant pour accompagner Lupin le temps d'une affaire ! Comme mon enthousiasme s'est essoufflé ensuite !


Je n'ai pas trouvé l'intrigue très prenante, même si on ne peut pas nier l'admiration de l'auteur à l’œuvre de Maurice Leblanc, il y a plein de références, et a repris certaines nouvelles pour en moderniser les intrigues. Cela ne parvient malheureusement pas à sauver le récit, victime d'incohérences, de ruptures chronologiques, des intrigues farfelues (la construction d’un énorme ballon pour rejoindre l’espace, Arsène Lupin s’entichant d’une jeune chef d’État, une romance qui tombe comme un cheveu sur la soupe...) et de chapitres se succédant sans enchaînement véritable.


Confronter Arsène Lupin à notre monde moderne reste une bonne idée en soi, cela donne de nombreuses opportunités au gentleman cambrioleur qui s’est modernisé, mondialisé et virtualisé. Publicité, réseaux sociaux, technologie… Lupin élargit son champ d’action à travers tous ces éléments et il est en pleine forme ! Dérober la façade de la cathédrale de Strasbourg, restituer des joyaux dérobés, voler Facebook, kidnapper des scénaristes, etc.


On retrouve d’autres personnages emblématiques de la sphère Lupin (voire leurs descendants), notamment Herlock Sholmès accompagné de son fidèle bloggeur, Wilson/Watson, bien que leur présence m’ait laissé dubitative, car ils n’interviennent que peu et n’ont pas de réelle influence sur l’intrigue. D’ailleurs, outre Paul et Lupin, je n’ai pas réussi à m’intéresser un tantinet à l’ensemble des personnages.


Ce qui m'a beaucoup plu, en revanche, c'est la relation entre Lupin et PaulLupin agit de façon paternelle (il l'aide à se relever quand il tombe sous le coup de l'émotion, il lui apporte une fois le petit déjeuner au lit, il lui met sa veste sur les épaules quand il a froid...), se nommant même "papa Lupin" ou "oncle Lupin". On voit clairement qu'il a une volonté de rester en contact avec la descendance d'Isidore on peut voir, dans sa relation avec Paul, une volonté de (re)créer ce qu'il a eu avec Isidore, ou du moins, ce qu'il aurait souhaité avoir avec IsidoreLupin révélant qu'il avait proposé à Isidore de rejoindre sa bande, ce que ce dernier a refusé... et c'est là où je n'ai pas adhéré : Lupin dit qu'Isidore avait été trop lâche et froussard pour accepter son offre et qu'il a préféré une vie confortable de notaire, car pour Isidore, les vols de Lupin c'était le mal, et son job de notaire, le bien... alors que dans le roman de Maurice LeblancIsidore n'a jamais fait preuve de lâcheté et n'a jamais eu cette vision en noir et blanc de Lupin, tombant, au contraire, sous le charme de ce cambrioleur à la fois sérieux et enfantin.


Ainsi, avec ses rapports quasiment père/fils avec le jeune Paul, son entêtement à l'appeler Isidore et non pas son prénom, j'ai eu cette impression que Lupin voulait revivre sa relation avec Isidore, avoir une sorte de seconde chance et essayer d'avoir un Beautrelet à ses côtés, et Paul est fasciné par ce voleur qu'il prend en sympathie, il se prête au jeu au début, d'être Isidore, mais à la fin il veut redevenir Paul car c'est ce qu'il est. Ce sont des éléments intéressants et prometteurs que j'ai beaucoup aimé mais qui présente malgré tout des points noirs.


Ce roman a de bonnes idées, de bonnes bases mais son intrigue fut incompréhensible pour moi et j’ai eu bien du mal à suivre l’histoire, que je n’ai pas trouvé prenante. Peut-être est-ce également du à un « défaut » de construction du texte, il s’agit d’un roman mais on dirait davantage un recueil de nouvelles tant certaines parties semblent indépendantes les unes des autres. Je n’ai pas détesté, mais je ne peux pas nier avoir été déçue de cette lecture, dont les quelques points positifs que j’ai relevés n’ont pas réussi à sauver le récit, dont je ne garderai pas un souvenir mémorable. Dommage…

lundi 14 septembre 2020

Les confidences d'Arsène Lupin - Maurice Leblanc.


" Allô, le service de la Sûreté ? Monsieur l'inspecteur principal Ganimard est-il ici ?...

Pas avant vingt minutes ? Dommage !... Enfin !... Quand il sera là, vous lui direz ceci de la part de Mme Dugrival... Oui, Mme Nicolas Dugrival... Vous lui direz qu'il vienne chez moi. Il ouvrira la porte de mon armoire à glace, et, cette porte ouverte, il constatera que l'armoire cache une issue qui fait communiquer ma chambre avec deux pièces. Dans l'une d'elles, il y a un homme solidement ligoté. C'est le voleur, l'assassin de Dugrival.

Vous ne me croyez pas ? Avertissez Monsieur Ganimard. Il me croira, lui. Ah ! J'oubliais le nom de l'individu... Arsène Lupin "





Après 813, je voulais continuer à lire sur Arsène Lupin, mais cette fois-ci lire quelque chose de plus léger. C'est donc naturellement que je me suis penchée sur un recueil de nouvelles. Au niveau de la chronologie, celui-ci se situe avant les événements de 813 et de L'Aiguille Creuse, bien que ce recueil ait été publié après 813Ce recueil se compose de neuf histoires courtes avec : 

Bibliothèque Arsène Lupin - Notes | Facebook
*a wild Lupin appears*

Les jeux du soleil : un baron est victime de sa femme qui s'est enfuie avec une somme de 3 millions, volée à son mari, ainsi qu'une collection de diamants, perles et bijoux. L'inspecteur Ganimard la pourchasse dans toute l'Europe sans que l'on parvienne à mettre la main sur elle. Lupin rend visite à l'intendant du baron... mais tombe plutôt sur un cadavre ! Lupin mène l'enquête et décide de rencontrer le baron, car il se pourrait que cette affaire de meurtre soit liée à la disparition de la baronne...

L'anneau nuptial : un comte enlève son fils sous les yeux de sa femme, et tente de la faire plier en menaçant de révéler son secret autour de son alliance, afin que la comtesse consente à un divorce qu'elle refuse, et pour qu'il puisse toucher la fortune de leur fils. Désespérée, la comtesse fait appel à un certain Horace Velmont (qui est, bien-sûr, Lupin déguisé) qui lui avait un jour recommandé de le contacter en cas de péril.

Le signe de l'ombre : Un certain Louis-Agrippa d'Ernemont a caché sa fortune juste avant d'être guillotiné, pendant la Révolution française. Depuis lors, ce trésor introuvable suscite les plus vives convoitises. mais, vous vous en doutez, Arsène Lupin relève le défi !

Le piège infernal : Nicolas Dugrival est victime d'Arsène Lupin qui lui a dérobé 50 000 francs mais peu de temps après ce vol, le voilà assassiné ! Lupin est désigné comme étant le coupable, et la veuve Dugrival jure vengeance contre le cambrioleur. Avec la complicité de son neveu, Gabriel, elle parvient à piéger Lupin et décide de le faire chanter...

L'écharpe de soie rouge : Débordé entre deux cambriolages, Lupin fait appel à l'inspecteur Ganimard pour résoudre une affaire, celle de la belle Jenny Saphir qui a été étranglée par un gentleman qui convoitait son saphir, sans avoir réussi à le retrouver. Le seul indice à ce crime : une écharpe de soie rouge...

La mort qui rôde : Au château de Maupertuis, Jeanne Darcieux a frôlé la mort de bien nombreuses fois. Elle songe à des accidents, jusqu'à ce qu'Arsène Lupin, sous un autre nom, lui révèle qu'il s'agit en réalité de tentatives de meurtre. Qui en veut donc à cette jeune fille et pourquoi ? C'est ce que Lupin, en compagnie du médecin de la famille, va tenter de découvrir...

Edith au cou de cygne :Lupin organise le vol de 12 tapisseries de grandes valeurs, représentant Edith, l'épouse du dernier roi des Saxons, dans un château imprenable.

Le fétu de paille : Lupin met tout en oeuvre pour tenter de retrouver un voleur qui est caché depuis un mois sur le lieu de son crime sans que nul ne parvienne à mettre la main dessus...

Le mariage d'Arsène Lupin : On annonce dans la presse de mariage d'une jeune princesse... avec Arsène Lupin. Le père est furieux, mais il ne doit s'agir que d'une plaisanterie... n'est-ce-pas ? Rassurez-vous ! L'honneur de la mariée restera sain et sauf !

Caricature. Leblanc tenant une
marionnette de Lupin (source)

J'ai passé un bon moment avec cette série de nouvelles rapides à lire, pétillantes, divertissantes... ce n'est pas du grand Lupin comme on peut le retrouver dans certains romans, mais ça se laisse lire agréablement et Lupin reste toujours un plaisir à lire ! Toutes ces aventures ne lui apportent pas toujours la fortune, mais la gloire et la publicité oui, et surtout l'estime des femmes qu'il sauve toujours du déshonneur ou d'une situation délicate. Lupin apporte la justice, tel un détective, mais souvent en se servant... une somme d'argent bien coquette ou une pierre précieuse qu'il vole en compensation de son travail. J'ai été vite emportée dans cette lecture et la plume de l'auteur y est pour beaucoup. C'est soigné, fluide, avec humour et légèreté, l'action est subtile et les répliques tout simplement savoureuses... pauvre inspecteur Ganimard ! Toutefois, si ce dernier est souvent roulé dans la farine par Lupin, j'ai de l'affection pour le personnages de Ganimard. S'il ne parvient jamais à arrêter Lupin, il sait faire preuve de volonté, d'acharnement et raisonnement, ce qui fait de lui un bon adversaire pour Arsène Lupin, qui d'ailleurs, s'il admet aimer se moquer de Ganimard, il le tient en haute estime et lui porte bien de l'affection...

Je n'ai pas aimé de façon égale toutes les nouvelles, d'autres m'ont moins intéressé je dois l'avouer... mais j'ai beaucoup aimé Le piège infernal où l'on trouve Lupin en bien mauvaise posture et qui trouvera le salut de manière surprenante, et L'écharpe de soie rouge, notamment lorsque Lupin, pour demander de l'aide à Ganimard, ne trouve rien de mieux à faire que d'embaucher des personnes pour attirer son attention et qu'il les suive jusqu'au repère, ainsi que La mort qui rôde. Certaines histoires auraient certes gagné à plus de développement, mais ce n'est pas un énorme grief car cela ne m'a pas empêché d'apprécier ma lecture, et que ça reste le principe des nouvelles. De toute façon, après la lecture d'un roman tel que 813, cela me convenait très bien de lire quelque chose de plus léger et divertissant.

Arsène Lupin reste un personnage attachant, charmeur, classe et habile, l'univers de Maurice Leblanc reste soigné, avec une plume travaillée, de l'action, des enquêtes, de l'humour, des répliques savoureuses, un jeu du chat et de la souris entre Lupin et Ganimard, le tout offrant des nouvelles divertissantes et sympathiques !



Il [Lupin] lui offrit la main, et comme l'inspecteur restait abasourdi, la figure ravagée de colère, il s'exclama : 
- Tu ne sembles pas comprendre... C'est pourtant clair... J'avais un besoin urgent de te voir... Alors, n'est-ce pas ? ... 
Et affectant de répondre à une objection : 
- Mais non, mon vieux, tu te trompes. Si je t'avais écrit ou téléphoné, tu ne serais pas venu... ou bien tu serais venu avec un régiment. Or je voulais te voir tout seul, et j'ai pensé qu'il n'y avait qu'à envoyer ces deux braves gens à ta rencontre, avec ordre de semer des peaux d'orange, de dessiner des croix et des cercles, bref, de te tracer un chemin jusqu'ici. Eh bien, quoi ? tu as l'air ahuri. Qu'y a-t-il ? Tu ne me reconnais pas, peut-être ? Lupin... Arsène Lupin... Fouille dans ta mémoire... Ce nom-là ne te rappelle pas quelque chose ? 
- Animal, grinça Ganimard entre ses dents. 
Lupin sembla désolé, et d'un ton affectueux : 
- Tu es fâché ? Si, je vois ça à tes yeux... L'affaire Dugrival, n'est-ce pas ? J'aurais dû attendre que tu vinsses m'arrêter ? ... Saperlipopette, l'idée ne m'en est pas venue ! Je te jure bien qu'une autre fois... 
- Canaille, mâchonna Ganimard. 
- Et moi qui croyais te faire plaisir ! Ma foi oui, je me suis dit : "Ce bon gros Ganimard, il y a longtemps qu'on ne s'est vus. Il va me sauter au cou." 
Ganimard, qui n'avait pas encore bougé, parut sortir de sa stupeur. Il regarda autour de lui, regarda Lupin, se demanda visiblement s'il n'allait pas, en effet, lui sauter au cou, puis, se dominant, il empoigna une chaise et s'installa, comme s'il eût pris subitement le parti d'écouter son adversaire. 
- Parle, dit-il... et pas de balivernes. Je suis pressé. 
L'écharpe de soie rouge.

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samedi 12 septembre 2020

813 - Maurice Leblanc.


Quelle mystérieuse entreprise amène à Paris Rudolf Kesselbach, le richissime et ambitieux roi du diamant sud-africain ? Que signifie ce nombre, 813, inscrit sur un coffret en sa possession ? De quel secret le nommé Pierre Leduc, qu'il recherche dans les bas-fonds de la capitale, est-il le détenteur ? 

Telles sont quelques-unes des questions autour desquelles s'affrontent la police - en l'occurrence un certain Lenormand, chef de la Sûreté -, l'impitoyable baron Altenheim et le gentleman-cambrioleur Arsène Lupin. Lequel devra également démasquer l'invisible assassin qui cherche à lui faire porter la responsabilité de ses crimes... 

Et nous voilà entraînés sur les pas de l'orpheline Geneviève, de l'élégant prince Sernine et de bien d'autres protagonistes, dans une avalanche de coups de théâtre et de révélations plus incroyables les unes que les autres.


Arsène Lupin me manquait, et je me sentais coupable de n'avoir plus rien proposé pour le challenge Arsène Lupin depuis un bon moment, je reviens donc avec ce roman, et quel roman ! C'est un roman en deux parties, comprenant La double vie d'Arsène Lupin et Les trois crimes d'Arsène Lupin, et il fait suite au roman de L'Aiguille Creuse. Depuis les tragiques événements de cette aventure, Arsène Lupin n'a plus fait entendre parler de lui depuis quatre ans, si bien que la police le considère comme étant mort. Pourtant, notre cambrioleur national va faire un grand retour, mais pas de la façon dont il espérait. Alors qu'il avait pour but de cambrioler le richissime Rudolf Kesselbach, le voilà accusé du meurtre de ce dernier et de trois autres personnes ! Pour l'inspecteur Lenormand, si Lupin est bel et bien coupable de cambriolage, ce n'est pas son genre de voler la vie et il met tout en oeuvre pour innocenter Lupin et de découvrir le mystère du coffre de Kesselbach où est inscrit le nombre 813 en même temps que Lupin qui mène un long et difficile combat contre le véritable assassin et son motif...

La seconde partie du roman voit Arsène Lupin en prison après avoir été mis en déroute par l'assassin, un certain L.M, mais comme Lupin a su le prouver dans une précédente aventure, ce n'est pas la prison qui peut l'arrêter et l'empêcher de continuer ses manigances, d'autant plus qu'un surprenant et imminent visiteur vient le voir en prison : le Kaiser d'Allemagne, qui a besoin de son aide pour retrouver des papiers secrets et compromettants vieux de 20 ans et se rapportant à un incroyable projet d'accord secret entre l'Angleterre, la France, et l'Allemagne, dissimulés dans un château... Ces deux histoires semblent, au premier abord, différentes, mais elles sont liées entre elles, notamment avec l'affaire Kesselbach, son véritable assassin, et le mystère qui entoure le chiffre 813...

Amazon.fr - 813 LES TROIS CRIMES D'ARSENE LUPIN - LEBLANC-M - Livres813 se révèle être un roman plus sombre que les précédentes aventures, notamment avec le principal antagoniste, L.M, et son complice, le baron Altenheim. Si, avec l'inspecteur Ganimard, le jeune Isidore Beautrelet et le détective Herlock Sholmès, nous avions des adversaires du voleur qui sont du côté de la justice, L.M est un adversaire qui travaille pour son propre compte, menaçant et rusé qui donnera bien du fil à retordre à Lupin. Arsène Lupin lui-même se retrouve affecté par la simple présence de L.M, il a des craintes et des appréhensions, on découvre bien là que ce n'est pas un antagoniste comme les autres, et son complice n'est pas en reste. Maurice Leblanc va loin et va jusqu'à mettre plusieurs fois son héro en danger, mis en déroute plus d'une fois, et ira jusqu'à faire mourir certains de ses personnages [spoiler] dont Gourel, avec qui Lupin travaillait lorsqu'il était en train d'officier à la Sûreté [/spoiler]. L.M est d'autant plus rusé que nous ne découvrons son identité qu'en fin de roman, et son identité n'est pas du tout celle à laquelle on pense ! J'ai été bluffée, autant que Lupin, par cette révélation.

Cette histoire est également l'occasion pour Maurice Leblanc de faire évoluer le personnage de Lupin et lui donner encore plus de profondeur, en accentuant son côté sombre, en montrant ses combats intérieurs, en multipliant ses incarnations, en évoquant aussi sa vie personnelle, notamment lorsqu'il revoit sa vieille nourrice Victoire et sa relation avec la jeune Geneviève, dont je n'ai pas vu venir la révélation à son sujet non plus. Néanmoins, Lupin est au top de sa forme et il le montre ! Sarcastique, ne manquant jamais d'humour, toujours aussi intelligent avec plus d'un tour dans son sac, parfois inquiétant, orgueilleux et manipulateur, désespéré, cabotin, mais toujours un plaisir à suivre, d'autant plus qu'il est le personnage central de cette histoire ! J'ai aussi beaucoup aimé l'inspecteur Lenormand, intelligent et le seul à savoir que Lupin est innocent [spoiler] voilà quelqu'un que j'aurais bien aimé comme étant son propre personnage, et non Lupin déguisé, j'ai été déçue que ce soit Lupin, parce que Lenormand était un personnage prometteur, mais du coup on ne va plus le revoir ! [/spoiler]

Il s'agit aussi d'un roman que l'on peut placer dans son contexte historique. Tout voleur qu'il est, Arsène Lupin reste avant tout Français et il est patriote, comme il le montrera. Ce roman n'est pourtant pas vraiment anti-allemand, bien que la guerre approche et que la crise du Maroc, évoquée dans le roman, éclate un an après la publication du roman. Il est également question de l’Alsace-Lorraine. Dans le même temps, l’action est plus étirée : on est plus dans la réflexion que dans les péripéties échevelées, ce qui donne au roman un rythme plus calme, mais toujours avec des rebondissements, et un air de danger qui plane à cause de L.M. Tout cela donne au roman de faux airs de roman d’espionnage que j'ai bien aimé !

Si 813 n'est pas mon roman préféré d'Arsène Lupin, je ne peux pas nier que c'est l'un des meilleurs, avec beaucoup de suspense et de rebondissements. L'action est au rendez-vous et les révélations sont fracassantes ! Si certains éléments peuvent se révéler prévisibles, si l'on connaît bien les aventures d'Arsène Lupin, c'est un roman dynamique avec peu de temps mort, des rebondissements et un dénouement fracassant où Lupin donne le meilleur de lui-même et où ses adversaires se montrent à sa hauteur, présentant un véritable défi pour le cambrioleur ! Ce n'est toutefois pas le roman avec lequel je conseillerais une première lecture des aventures d'Arsène Lupin, d'autant plus qu'il fait suite à une précédente aventure et que, si la lecture de L'Aiguille Creuse n'est pas indispensable pour comprendre le roman, elle est tout de même conseillée.

M. Formerie eut une phrase délicieuse, lorsque Lupin entra dans son cabinet en compagnie du sous-chef.
- Ah ! vous voilà ! Je ne doutais pas que, un jour ou l'autre, nous mettrions la main sur vous.
- Je n'en doutais pas non plus, monsieur le juge d'instruction, dit Lupin, et je me réjouis que ce soit vous que le destin ait désigné pour rendre justice à l'honnête homme que je suis.
"Il se fiche de moi", pensa M. Formerie.
Et, sur le même ton ironique et sérieux, il riposta :
- L'honnête homme que vous êtes, monsieur, doit s'expliquer pour l'instant sur trois cent quarante-quatre affaires de vol, cambriolage, escroquerie, faux, chantage, recel, etc. Trois cent quarante-quatre !
- Comment ! Pas plus ? s'écria Lupin. Je suis vraiment honteux.
- L'honnête homme que vous êtes doit s'expliquer aujourd'hui sur l'assassinat du sieur Altenheim.
- Tiens, c'est nouveau cela. L'idée est de vous, monsieur le juge d'instruction ?
- Précisément.
- Très fort ! En vérité, vous faites des progrès, monsieur Formerie.

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mardi 29 mai 2018

L'agence Barnett et cie - Maurice Leblanc.


Les enquêtes de l’inspecteur Béchoux piétinaient. Surgit un détective privé, de l’agence Barnett et Cie, qui, en un clin d’œil, démasque le coupable, sauve les innocents… et tout cela gratuitement ! 
Arsène Lupin, il n’y a que lui pour réussir ces exploits, oublierait de se payer, resterait insensible aux jolies choses ? Charité bien ordonnée commence par soi-même. Lupin sait mieux que personne où trouver l’argent et les objets de valeur, un fabuleux collier de perles, une lettre d’amour du roi George IV, une lettre de chantage, un titre de propriété



Je poursuis ma découverte des aventures d'Arsène Lupin, avec un recueil de nouvelles cette fois-ci, à l'instar qui s'inscrivent dans le même contexte : Arsène Lupin, s'étant pendant une période, reconverti en détective privé, résout des enquêtes là où la police échoue, en compagnie de l'inspecteur Béchoux.

Arsène Lupin, détective ! On peut penser que ça ne tient pas debout et que cela va à l'encontre du personnage, voir qu'Arsène Lupin en détective rendrait le personnage moins intéressant et lui ferait perdre ses couleurs. Il n'en est rien. On retrouve un Arsène Lupin futé, observateur, rugueux, toujours avec cette gaieté juvénile qu'on lui connaît bien... et toujours aussi coureur de jupons [spoiler] allant jusqu'à l'ex-femme de Béchoux, je peux comprendre que celui-ci ait refusé de le revoir pendant un long moment ! [/spoiler] Détective oui il l'est le temps de quelques nouvelles, mais non sans s'amuser aux dépens de l'inspecteur Béchoux. En effet, au fil de ces nouvelles, Lupin sous l'identité de Jim Barnett aide Béchoux à résoudre des enquêtes où la police piétine et l'aide à y voir plus clair. Seulement, il ne serait pas Lupin sans son sens de l'humour, et Lupin s'amuse ! Il aime le faire sortir de ses gongs, le laisser perplexe… Pire, non content de résoudre les enquêtes de Béchoux, il lui en laisse le crédit et se paie de ses efforts… en détroussant les coupables au passage, comme la nouvelle des Douze Africaines le résume si bien : "Barnett châtiait les coupables et sauvait les innocents, mais n’oubliait pas de se payer. Charité bien ordonnée commence par soi-même." ! Car oui, malgré tout, sous l'apparence du détective privé, le voleur sommeille toujours !

Ce recueil est aussi une occasion pour l'auteur d'introduire un nouveau personnage : l'inspecteur Théodore Béchoux qui, ma foi, m'a l'air assez sympathique (même si j'aurais souhaité le voir davantage efficace dans les nouvelles... il n'est pas dénué d'intelligence et de ressources, mais ici il m'a plus fait penser à un Watson ou inspecteur Lestrade ; j'aurais voulu qu'il puisse aussi parfois résoudre les enquêtes... au moins en même temps que son compagnon), mais ce qui m'a le plus intéressé, c'est la relation entre Lupin et Béchoux. On sent que ces deux-là ont une histoire, puisque Béchoux connaissait déjà Lupin (ou du moins, l'a déjà rencontré) avant que Lupin ne devienne Jim Barnett [spoiler] et que Béchoux ne découvre qui exactement est Barnett [/spoiler], et que Lupin soit familier avec lui ; ils se tutoient, il aime le taquiner, et il éprouve une affection sincère pour lui :


« Jim Barnett s’empressa autour de lui, le saisit affectueusement par les épaules, lui serra la main, et, avec une délicatesse charmante, lui épargna les humiliations de la défaite. Ce ne fut pas l’entrevue du vainqueur et du vaincu, mais la réconciliation de deux camarades."En vérité, mon vieux Béchoux, le petit malentendu qui nous séparait me peinait infiniment. Deux copains comme nous, adversaires ! Quelle tristesse ! Je n’en dormais plus." » Chapitre V - Les Douze Africaines de Béchoux.


Et Béchoux, même si sa conscience de policier se reproche ses relations cordiales avec Barnett et et s'indigne d'être le collaborateur et l’obligé de ce dernier, il reconnaît ses qualités et il sait qu'il est efficace et qu'avec lui, les choses seront vite réglées. Cette relation a du potentiel, et je serais curieuse d'en savoir plus sur eux et leur histoire. À l'inverse de mon chouchou, Isidore Beautrelet, Théodore Béchoux est présent dans d'autres aventures d'Arsène Lupin, ainsi j'aurais la certitude de le retrouver, et j'avoue que je serais curieuse de découvrir ses prochaines interactions avec Lupin, car ces deux-là ont une dynamique intéressante !

Je n'ai pas grand chose à dire sur les nouvelles... elles restent sympathiques dans l'ensemble, mais pas mémorables. Elles n'ont rien de transcendant, mais l'humour est bien présent, et nous avons pas mal de situations croustillantes ! C'est rythmé, et ça va au vif au sujet, sans se perdre dans des descriptions, et le style de Leblanc reste efficace et agréable ! En bref, un recueil plutôt sympathique, mais sans plus, mais qui présente un personnage de l'univers Lupin et introduit une bonne dynamique entre nos deux personnages centraux !


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samedi 26 mai 2018

Le Bouchon de Cristal - Maurice Leblanc.


Quel intérêt peut avoir ce bouchon de cristal que tant de gens veulent posséder par tous les moyens, y compris le meurtre ? 
Le plus difficile dans une affaire, nous dit Arsène Lupin, souvent, ce n'est pas d'aboutir, c'est de débuter. En l'occurrence, par où débuter? Quel chemin suivre ? Sans rien connaître, sans savoir quelle partie était jouée, quelles étaient les cartes et qui tenait l'enjeu, Arsène Lupin se jette au plus fort de la bataille. Mais l'adversaire se révèle très vite redoutable et Arsène Lupin est plusieurs fois renvoyé à la case départ. 
Le jeu sera impitoyable, le suspense poignant.
Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, l'éternel séducteur, l'insolent, réussira-t-il à déjouer les forces du mal et de la haine ?



J'avais envie de faire de nouveau connaissance avec l'ami Lupin, et on m'avait conseillé (coucou gentlemanlupin;)) ce titre. Ainsi, je me suis lancée dans l'aventure, sans trop savoir à quoi m'attendre.

Nous retrouvons Arsène Lupin alors qu'avec ses complices, il organise un vol dans une villa. Vol qui tourne mal car, contre toute-attente, ils ont été surpris par un domestique. Arsène Lupin n'a pas le choix : il doit fuir ! Fuir, mais voilà ses deux complices, le jeune Gilbert, et Vaucheray, ont été arrêtés puis emprisonnés, mais pas avant que Gilbert n'ait réussi à donner à Lupin un bouchon de cristal dérobé à la villa. Arsène Lupin est déconcerté par cet objet qu'il croit sans valeur… et l'est encore plus lorsqu'on lui vole à son tour le bouchon ! Qui a osé voler le gentleman cambrioleur, et quelle valeur a exactement ce bouchon ? Mais Lupin a aussi une autre préoccupation : libérer ses deux complices avant qu'ils ne soient exécutés pour leurs crimes, et ces deux missions s'avèrent être plus compliquées qu'au départ…

Face à lui, Arsène Lupin a un adversaire de taille. Daubrecq, député de son état, et sans doute l'un des méchants les plus détestables qui m'ait jamais été donné de lire ! Horrible et intelligent, Daubrecq parvient à mettre en déroute Lupin de nombreuses fois, prévoyant parfois tout jusque dans les moindres détails, et traitant ses adverses à la fois avec moquerie et nonchalance, mépris. Maître-chanteur, nourrissant des projets de vengeance et de complot, Daubrecq est un méchant qui remplit bien son rôle : brillant et détestable à souhait. Tout au long du roman, je l'ai maudit, détesté, souhaité sa défaite… et une mort dans d'atroces souffrances, et combien de fois ses apparitions surprises m'ont fait pousser des exclamations d'horreur, et me faire dire : « Mais quand est-ce qu'il crèèèèèèèève ? ». En bref, Daubrecq est un antagoniste efficace et horrible à souhait, mais qui n'est pas juste méchant. Il est rusé et prévoyant, et il est jusqu'à présent l'un des adversaires les plus terribles qu'Arsène Lupin ait eu à affronter.



Ça résume assez mon ressenti sur Daubrecq !


L'un des points forts du roman, c'est la relation entre Arsène Lupin et son complice, Gilbert. Il a une connexion qu'il n'a pas avec Vaucheray, et c'est en partie du à son jeune âge et bien qu'il n'apparaisse pas souvent au cours du roman, Gilbert se révèle être une figure pour qui on se prend en sympathie. Gilbert est un jeune homme insouciant, gai, naïf, franc, mystérieux par son passé qui se dévoile petit à petit au cours du roman. Mais par dessus-tout, c'est un jeune homme dévoué à Lupin pour qui il serait prêt à tout. Jamais il ne cesse d'avoir confiance en lui, au « patron » qu'il admire et c'est cette dévotion qui émeut énormément Lupin qui redouble d'efforts pour essayer de le sauver et lui éviter l'échafaud. On voit que très peu Gilbert au final, mais Maurice Leblanc nous le dépeint, ainsi que sa relation avec son patron, à travers Arsène Lupin qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver ses complices et surtout le jeune Gilbert pour qui il a beaucoup d'affection. Et c'est poignant, car Lupin connaît des hauts et des bas dans cette affaire, et surtout des bas, et il en souffre, il pleure, il s'agite car il pense ne pas arriver à temps pour sauver Gilbert et qu'il l'a failli. Arsène Lupin est vraiment très humain dans cette histoire, et on a mal avec lui.


L'édition de Bibliothèque Verte
qui illustre bien le roman
Pour tout dire, j'ai stressé pendant tout le roman et je n'ai pu le lâcher qu'une fois l'affaire terminée. C'est un roman avec beaucoup d'intrigues et de rebondissements, on a à peine le temps de se reposer qu'un nouveau rebondissement prend place et, pour moi, la victoire de Lupin n'était pas acquise… pour tout dire, j'ai beaucoup hésité sur l'issue de ce roman. Pour la première fois depuis que j'ai commencé la série, j'ai eu peur, j'ai angoissé, j'ignorais si le roman allait avoir une fin heureuse ou pas, si Gilbert allait s'en sortir, si Daubrecq allait faire un coup de lâche au moment où l'on croit la victoire acquise par Lupin [spoiler] au final, Gilbert s'en est sorti et mon petit cœur a pu se calmer… j'ai vraiment craint pour lui ! Je pensais qu'il allait finir guillotiné, ou que Lupin ait réussit à le gracier mais que Daubrecq aurait fait un coup vache, comme tirer sur lui au moment de sa libération ! Je n'ai pas du tout été tranquille pendant ma lecture xD [/spoiler]. Le suspense était bel et bien là, et c'était haletant ! Car l'affaire va au-delà de l'histoire autour d'un simple bouchon de cristal… c'est une histoire contre la montre, pour sauver les complices de Lupin, c'est une histoire de vengeance et de coups bas, un formidable jeu d'échec qui nous met en doute sur l'issue du jeu et à qui appartiendra la victoire [spoiler] même si je devais me douter que Leblanc n'allait pas faire échouer son héros… mais heureusement, la fin ici n'est pas aussi bittersweet que celle de l'Aiguille Creuse où Lupin s'en sort et déjoue tout le monde… mais sa compagne meurt en le protégeant [/spoiler], ce qui nous donne, même si Lupin semble plus perdant que gagnant, l'occasion de voir les ingrédients d'une bonne aventure Arsène Lupin : déguisements, espionnage, évasions rocambolesques, reparties insolentes ou moqueuses, prises de risques insensées, etc.

Le Bouchon de Cristal restera pour moi un roman qui tient en haleine du début à la fin, avec un rythme effréné, des fausses pistes, des doutes, un méchant détestable, un Lupin humain et formidable, avec une intrigue qui fonctionne (des intrigues de famille, des vieilles rancœurs, une course contre la montre), une enquête maîtrisée, une relation touchante entre Lupin et son complice, et des personnages attachants (notamment Victoire, la vieille nourrisse de Lupin, et Clarisse une femme courageuse, intelligente et prête à tout).


Il [Daubrecq] tapotait le rideau de velours dans les plis duquel Lupin s'était vivement enveloppé."En vérité, monsieur, vous devez étouffer là-dessous ? Sans compter que j'aurais pu me divertir à transpercer ce rideau à coup de dague... Rappelez-vous le délire d'Hamlet et la mort de Polonius... 'C'est un rat, vous dis-je, un gros rat...' Allons, monsieur Polonius, sortez de votre trou."C'était là une de ces postures dont Lupin n'avait pas l'habitude et qu'il exécrait. Prendre les autres au piège et se payer leur tête, il l'admettait, mais non point qu'on se gaussât de lui et qu'on s'esclaffât à ses dépens. Pourtant pouvait-il riposter ?

II. Huit ôtés de neuf, reste un.

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dimanche 23 juillet 2017

L'Aiguille Creuse - Maurice Leblanc.


Lors d'un cambriolage au château de Gesvres, la nièce du comte, Raymonde de Saint-Véran, tire sur un inconnu qui, bizarrement, ne laisse aucune trace. Peu après, la jeune fille est enlevée puis découverte inanimée auprès du corps d'Arsène Lupin. Il est donc mort ? 
C'est ce que croit la police, mais pas le jeune Isidore Beautrelet, détective amateur de génie, qui se met en tête d'enquêter.  
Comme par hasard, un document ancien d'une valeur inestimable - le secret de l'Aiguille creuse, connu des seuls rois de France - disparaît au même moment...




Je poursuis ma découverte d'Arsène Lupin avec ce roman, qui se révèle plus ambitieux que les deux précédentes aventures avec Herlock Sholmès. D'une part, nous avons affaire à un roman et non des nouvelles comme ce fut le cas auparavant ; de l'autre, c'est une véritable aventure qui s'offre à nous et qui nous fait voyager à Ambrumésy, Etretat et d'autres villes françaises, pour mon plus grand plaisir !

Dans cet épisode, Arsène Lupin organise un cambriolage pour récupérer des peintures mais il se fait tirer dessus alors que le méfait est découvert. Malgré sa blessure, personne ne parvient à retrouver sa trace et malgré le vol, personne ne parvient à dire ce qui a été dérobé ! C'est là qu'Isidore Beautrelet, un étudiant sans expérience mais intelligent, intervient. S'intéressant de près à l'affaire, il parvient à découvrir comment Lupin a réussi à s'enfuir et quels objets ont été volés ! Si les personnages ont d'abord du mal à croire ce jeune homme, ils placent en lui tous leurs espoirs alors que, dans un temps d'incertitude, Isidore parvient à répondre aux questions qui se posent et se révèle efficace dans cette affaire... Trop, même, aux yeux des complices de Lupin, dans la déroute alors que leur patron est ressorti blessé du cambriolage au château, qui menacent Isidore si celui-ci continue de parler ! Isidore refuse... et s'engage alors un combat entre ce jeune lycéen et le grand voleur qui va, progressivement et contre toute-attente, se transformer en chasse au trésor ! En effet, une étrange affaire autour d'une aiguille creuse surgit et laisse entendre qu'elle entrepose le trésor que les rois de France se sont transmis au cours de l'Histoire... Un trésor que l'on dit que Lupin cherche à s'approprier... de même que ses adversaires qui cherchent à le devancer, ainsi que l'Etat qui entend profiter de ce trésor.


Le petit (enfin, pas si petit) Isidore
Beautrelet dans la célèbre adaptation
télévisée. Regardez-moi cette bouille d'ange !
Avant de parler de l'intrigue, j'aimerais avant tout parler du personnage que nous introduit le roman : Isidore Beautrelet, et sans conteste mon personnage préféré du roman, et sans doute de la série Arsène Lupin. Jeune lycéen en rhétorique et féru de romans policiers, il se révèle être un détective amateur fort efficace. Extrêmement malin, c'est également un jeune homme sensible, enfantin (mais plus dans un sens naïf, à l'inverse de Lupin qui, s'il est parfois enfantin, l'est plus dans le sens où il est joueur et insouciant), un peu maladroit, qui se laisse parfois vite submergé mais il reste un personnage terriblement attachant, et humain. Isidore parvient assez rapidement à cerner des éléments de l'affaire là où la police piétine, et si c'est  Lupin qui a gagné la partie (comme il fallait s'en douter), Isidore a quand même eu le mérite d'avoir mis le cambrioleur en déroute plus d'une fois ! Outre son intelligence, il se révèle être un personnage attachant et amusant : il ne veut pas de publicité autour de lui car il ne veut pas faire de peine à son père, lorsqu'on lui demande pourquoi il ne s'acharne pas à capturer Lupin, il répond qu'il a tout de même des examens à passer, ou lorsqu'il reçoit une lettre de menace des complices de Lupin, tout ce qu'il trouve à dire est « Quel style ! on voit bien que ce n’est pas Lupin qui tient la plume. »  où, après s'être fait passer pour un journaliste pour avoir des détails sur l'enquête et s'être fait démasquer, il avoue son méfait sans se départir de son enthousiasme. Bless him ]. Oui, j'ai eu beaucoup d'affection pour ce personnage et malgré sa défaite, j'ai apprécié le fait qu'il ne devienne pas aigri (pas comme un certain détective anglais caricaturé à l'extrême...), et s'attache à Lupin, succombe à son charme, sa personnalité et que Lupin lui-même s'attache à lui et décide de lui révéler son but à la fin.

On m'a confié que le petit Isidore n'apparaissait que dans ce roman... Ce que je déplore, car il m'a beaucoup plu ce garçon. Cependant, on m'a révélé quelque chose d'intéressant : Gaston Leroux (auteur du "Fantôme de l'Opéra" ainsi que d'autres romans) se serait inspiré du personnage pour créer son personnage détective de Rouletabille, héros de nombreux romans policiers dont le Mystère de la Chambre Jaune ; du coup, je me sens tout à fait capable de lire ses aventures, tant j'ai adoré le personnage d'Isidore. J'ai tellement d'affection pour ce personnage, que j'avais envie qu'il l'emporte contre Lupin ! Mais Leblanc adorant son héros, il en était hors de question. Qu'importe, Isidore est l'un des points forts de ce roman, et s'il a perdu face à Lupin, il a fait un meilleur adversaire que ne le fut Herlock Sholmès, ou encore Ganimard. Mais là où Sholmès était ridiculisé, caricaturé, Isidore est pris au sérieux par l'auteur... et par Lupin, qui voit en lui une menace.

Un autre point que j'ai beaucoup apprécié au cours du roman, et qui me fait en partie regretter qu'Isidore n'apparaisse pas dans d'autres aventures, c'est la relation entre Isidore et Lupin. L'un est une menace pour l'autre qui est pris en chasse, cependant on comprend progressivement qu'Isidore éprouve du respect, de l'admiration et de l'attachement pour Lupin et que notre voleur lui-même avouera ressentir de l'affection et de l'admiration pour ce jeune homme brillant, et [spoiler] on le voit à la fin, il ne le traite plus comme un ennemi [/spoiler], nous n'avons pas affaire à une histoire en noir et blanc, il y a du respect et de l'attachement entre les deux personnages, et nous avons quelques passages qui le montrent bien :

A la manière dont Lupin lui étreignit le bras, Beautrelet sentit que toute résistance était inutile. Et puis, pourquoi résister ? N'avait-il pas le droit de s'abandonner à la sympathie irrésistible que, malgré tout, cet homme lui inspirait ?

Car malgré tout, comment ne pas résister à Lupin ? Il reste le cambrioleur futé et intelligent que nous avons rencontré dans les deux premiers livres de ses aventures. Sa gaieté, son insouciance, sa joie de vivre, sa gaminerie, son intelligence, comment il sait tirer les ficelles... Il est aussi futé que drôle. J'ai notamment adoré ce moment vers la fin où [spoiler] il se lance dans un grand discours grandiose devant Isidore mais qu'il est interrompu par l'inspecteur Ganimard, qui tambourine derrière la porte, et que Lupin s’agace en disant que, décidément, il ne comprenait pas l'importance historique du moment ! [/spoiler]. Malgré ceci, ce roman est plutôt sombre par rapport aux précédents (sans aller dans les détails, nous avons un Lupin bien malmené qui révèle une face sombre, et quelques scènes dramatiques qui surprendront plus d'un !), avec une trame complexe où Lupin se fait un plaisir de brouiller les pistes en changeant d'aspect, de nom, ou de stratégie, en menant ses ennemis sur de multiples fausses pistes. L'intrigue est bien orchestrée, et elle est riche en rebondissements, jusqu'aux dernières lignes ! La plume de l'auteur reste fluide et agréable, et le sujet travaillé. Maurice Leblanc nous fait voyager à travers la France, et c'est un véritable plaisir, d'autant plus qu'il a très bien su décrire les lieux, et surtout la campagne française.

On peut noter, dans cette aventure, l'importance des paysages de
Normandie, région bien connue de l'auteur, et notamment les falaises
d'Etretat, qui auront été rendues célèbres grâce au roman !

J'ai beaucoup apprécié la tournure de l'intrigue. D'enquête criminelle, on passe à véritable chasse au trésor avec l’énigme de l'Aiguille creuse dans laquelle continuent de s'affronter nos deux héros, ce qui lui donne une autre profondeur. Maurice Leblanc manie bien sa plume, et a su nous monter une énigme prenante, qui mélange histoire avec Histoire. Il utilise sa plume pour nous tromper et nous questionner sur ce qu'est cette aiguille et où elle se trouve, et Arsène Lupin s'en donne à cœur joie dans cette aventure ! Entre déguisements, tours de passe-passe, sans oublier de faire son charmeur, bien que le premier chapitre nous fait semer des doutes sur Lupin, et sur ce qu'il s'est réellement passé lors du cambriolage.

J'ai beaucoup apprécié ce roman ! L'enquête est complexe et intéressante, d'autant plus que Leblanc a donné un véritable adversaire à Lupin, et qu'il n'a pas, cette fois-ci, hésité à mettre son héros en difficulté, et à nous le montrer sous un jour plus complexe, plus violent, plus imprévisible que les tomes précédents.

"Mon cher Beautrelet, j'ai ordre de vous recommander, à propos de cette affaire, la discrétion la plus absolue.- Ordre de qui ? fit Beautrelet plaisantant. Du préfet de la police ?- Plus haut.- Le président du Conseil ?- Plus haut.- Bigre !"Ganimard baissa la voix."Beautrelet, j'arrive de l'Elysée. On considère cette affaire comme un secret d'Etat, d'une extrême gravité." 

Chapitre IX. Sésame, ouvre-toi !


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