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mercredi 6 mai 2026

Les Hauts de Hurlevent - Emily Brontë.



Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. 

Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. 

La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.





Les Hauts de Hurlevent faisait partie de mes objectifs de lecture pour cette année. Pour autant, j’avais quelques appréhensions. À l’instar d’Orgueil et Préjugés, ce roman faisait aussi partie des grands classiques de la littérature acclamés par la critique. Cependant, Orgueil et Préjugés ne fut pas le coup de cœur qu’on m’avait promis, je suis même ressortie mitigée de cette lecture. Heureusement, il en fut autrement pour le présent roman.


Je ne vais pas le cacher, Les Hauts de Hurlevent est un roman long et lent, et les premiers chapitres furent très laborieux, jusqu’à ce qu’on entre véritablement dans l’histoire. Et là, ce fut une véritable plongée dans la lande anglaise, sa nature sauvage, ses collines, ses parcs verdoyants, un village rustique, un manoir isolé, le ciel gris et pluvieux, le vent sauvage, les longues nuits froides. C’est clairement un roman d’ambiance. Les hauts de Hurlevent comme s’y on était !


En commençant le roman, je m’étais attendue à une histoire d’amour tragique. C’en est certainement une, mais pas celle dont je m’étais imaginée. Avec le peu d’informations que je connaissais sur l’histoire, j’avais en tête une histoire d’amour passionnée et tragique dans laquelle Catherine Earnshaw était la malheureuse victime de Heathcliff, un homme jaloux et possessif. Que nenni ! De la passion, il y en a (davantage dans l’intensité et la violence des sentiments que des baisers torrides, n’en attendez pas d’ailleurs), de la tragédie, à la pelle ! Catherine, victime ? Certes non ! Catherine est une jeune fille (puis une femme) sauvage, libre, têtue, égoïste, gâtée, avec un caractère bien trempé et brutalement honnête. Oserais-je le dire ? Elle est aussi dérangée qu’Heathcliff. Ce sont deux êtres qui se sont rencontrés enfants et qui vont très vite tisser des liens forts… trop forts pour que ce soit sain. Ils sont profondément attachés l’un à l’autre, ils ne sont complets que lorsqu’ils sont ensemble. Je citerai Catherine qui dit, dans une scène célèbre, « De quoi que sont faites nos âmes, la mienne et la sienne sont pareilles ».


Heathcliff et Catherine, ce sont deux âmes libres et sauvage qui s’aiment avec intensité, un amour qui vire à l’obsession et englobe tout leur être, qui les consume entièrement, avec possessivité et jalousie. Ils ne font pas dans la demi-mesure, ça c’est sûr ! Leur amour est loin d’être sain et raisonnable, et c’est ce qui rend la chose tellement intéressante ! Ce sont deux individus qui se complètent et ne sont heureux qu’en la présence de l’autre, mais on ne peut aussi s’empêcher de les prendre par pitié.



Tout le beau monde qui peuple ce roman, alias : ça c'est de l'arbre généalogique !
Source : divorcedwife sur Tumblr (cliquez pour voir en grand)


Le poids et les attentes de la société font que Catherine ne se permet pas d’être pleinement avec Heathcliff, vu comme un gitan sans noblesse, et qu’elle essaye de devenir la grande dame respectable qu’on attend d’elle. Elle essaye de se plier à la société, elle qui est un électron libre, quelqu’un d’incontrôlable. Elle choisit d’épouser le respectable fils de bonne famille Edgar Linton, qui l’aime mais qui est voué à ne jamais la comprendre.


« Votre sang toujours calme ne connaît pas les ardeurs de la fièvre, vos veines sont remplies d’eau glacée. Les miennes sont en ébullition et la vue d’une telle froideur les fait bondir. »

Catherine Earnshaw


C’est une histoire d’amour, oui, mais pas dans le sens où l’on l’entend. Il n’y a rien de beau, pur, tendre et sain là-dedans. On est à un autre degré de la romance tragique entre Roméo et Juliette. C’est un amour qui englobe tout, qui est aussi violent et sauvage que la nature dépeinte dans le roman, et, forcément, ça va impacter tout le beau monde qui constitue ce roman. Hindley Earnshaw, le frère de Catherine, Nelly Dean, la gouvernante, Edgar Linton, le prétendant puis mari de Catherine, Isabelle Linton, la sœur d’Edgar… jusqu’à leurs descendants. C’est une histoire d’amour autant qu’une histoire de vengeance. Ce n’est pas beau à voir (ici, c’est un compliment). Loin des machinations intelligentes et la finesse d’Edmond Dantès dans Le comte de Monte-Cristo, Heathcliff fait davantage dans la rudesse et le registre bestial. Il se montre vraiment prêt à tout pour se venger du mal et de l’humiliation que la société lui a causé, et à s’en prendre à ceux qu’il tient pour responsable de l’issue tragique de sa relation avec Catherine. Tel un vampire, il va lentement aspirer la joie chez ses ennemis à petites gorgées, ne leur permettant pas d’être heureux, cultivé ou libre.


Je dois avouer que, même si je n’avais pas été convaincue par la partie de l’histoire consacrée à la troisième génération (donc les enfants de Catherine, Heathcliff et Hindley), j’ai fini par m’intéresser et m’attacher à eux, surtout la fille de Catherine qui montre qu’elle a un caractère aussi solide que celui de sa mère et se lie peu à peu avec son cousin, Hareton, fils de Hindley. Chaque personnage est globalement réussi, dans le sens où ils nous font tous ressentir de l’émotion. Joie, colère, tristesse, empathie. On peine parfois à comprendre leurs décisions, mais ils sont tout simplement humains et on finit même par ressentir un peu de peine pour les personnages les plus sombres, les plus pourris. Mais, qu’on se le dise, aucun d’entre eux n’est un ange de pureté. Tout le monde a besoin de thérapie, dans ce roman. Ils sont tous complexes, et jamais ils ne nous laissent indifférents.


C’est un roman oppressant, parfois violent (attention, il contient une scène de maltraitance animale, mais aussi la maltraitance conjugale est évoquée), avec des personnages imparfaits, dérangés, des relations discutables (outre la violence des sentiments entre Heathcliff et Catherine, on a quand même des mariages entre cousins germains). C’est un roman noir, mais c’est justement ce que j’ai tant aimé. Il prend aux tripes, il ne laisse pas indifférent. C’est beau, poétique et sauvage, violent. Une sacrée découverte ! Pas un coup de cœur, mais indéniablement un roman qui laissera à jamais sa trace sur mon expérience de lectrice ! Je ne regrette pas du tout le voyage dans ces landes sauvages.



Le célèbre roman qui a inspiré cette célèbre chanson de Kate Busch. 
Je ne pouvais pas ne pas en parler !


« Puisse-t-elle se réveiller dans les tourments ! cria-t-il avec une véhémence terrible, frappant du pied et gémissant, en proie à une crise soudaine d’insurmontable passion (…) Où est-elle ? Pas là… pas au ciel… pas anéantie… Où ? Oh ! Tu disais que tu n’avais pas souci de mes souffrances. Et moi, je fais une prière… Je la répète jusqu’à ce que ma langue s’engourdisse : Catherine Earnshaw, puisses-tu ne pas trouver le repos tant que je vivrai ! Tu dis que je t’ai tuée, hante-moi alors ! Les victimes hantent leurs meurtriers, je crois. Je sais que des fantômes ont erré sur la Terre. Sois toujours avec moi… Prends n’importe quelle forme… Rends-moi fou ! Mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver Oh ! Dieu ! C’est indicible ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme ! »

samedi 28 mars 2026

Perveen Mistry (T.1) Les veuves de Malabar Hill - Sujata Massey.

Bombay, 1921.

Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.

Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?

Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.


Bombay, 1921. Perveen Mistry est une jeune avocate érudite et indépendante qui a rejoint le cabinet d’avocat de son père en tant qu’associée. Mais, en temps que femme, elle n’a pas le droit de plaider et elle doit donc se contenter d’étudier des dossiers. Une occasion en or se présente à elle. Un homme est mort en laissant ses trois épouses qui ont peut-être signé un papier concernant leur héritage, sans savoir de quoi il en retourne. Ces veuves étant de confession musulmane et pratiquant la séparation entre hommes et femmes, seule Perveen peut pénétrer dans le domaine et entrer en contact avec elles, et il lui devient vite évident que des détails très importants concernant la succession n’ont pas été communiquées aux veuves. Peu à peu, la tension monte… jusqu’au sang.


Un roman policier assez long à démarrer mais, une fois lancée, l’intrigue se déroule d’elle-même au fur et à mesure des pages. Il ne faut toutefois pas s’attendre à de l’action et à de nombreux rebondissements. Le rythme de l’intrigue reste assez long, parce que l’auteure prend le temps de la mettre en scène mais aussi de nous baigner pleinement dans les différentes cultures que composent l’Inde (culture parsie, culture musulmane, etc).


Le récit alterne entre deux temporalités : 1921, soit le moment présent, avec Perveen qui mène l’enquête concernant l’affaire de succession des veuves de Malabar Hill puis le meurtre qui en découle, et 1916 pendant les jeunes années de Perveen mais je n’ose pas en dire davantage, de peur de spoiler. De façon assez paradoxale, c’est cette dernière partie qui m’a davantage intéressé, par rapport à l’enquête en elle-même (même si j’ai eu envie de savoir qui est le tueur et ses raisons), de découvrir ce pan de l’histoire de Perveen, qui explique ce qu’elle est devenue et ce qu’elle a vécu. Ces retours en arrière sont loin d’être inutiles puisqu’ils vont servir au récit et se retrouver liée à l’intrigue, bien que légèrement.


Les personnages ne sont ni marquants, ni attachants, mais ils jouent bien leur rôle. Perveen est la plus réussie d’entre eux. À défaut de m’attacher à elle, j’ai été touchée par son vécu, et j’ai admiré sa ténacité, son intelligence et son indépendance.


Plus que l’enquête, ce que j’ai vraiment apprécié était cette immersion dans l’Inde du début du XXe siècle, notamment l’Inde à travers les yeux de la femme. J’ai pu en apprendre plus sur les mœurs, la cuisine, les coutumes, les différentes cultures et religions, la cohabitation entre Indiens et Anglais, mais aussi et surtout les droits (ou le peu de droits) des femmes en Inde, les traditions ultra-patriarcales, les difficiles luttes des femmes pour avoir des droits équitables, les injustices (un mari battant sa femme n’est, par exemple, pas un motif de divorce mais si elle fuit un foyer toxique, c’est elle qui est en tord ; ou encore cette horrible séparation imposée aux femmes qui ont leurs règles, devant être enfermées dans une pièce, sans le moindre contact, car elles sont considérées comme impures). Je sais qu’il est encore, malheureusement, dangereux d’être une femme en Inde de nos jours, mais j’ose espérer que les lois ont changé en leur faveur depuis plus de cent ans.


Une plongée plaisante dans l’Inde du XXe siècle, je regrette de ne pas y sentir les parfums des fleurs et la délicieuse odeur des plats qui sont présents. Un voyage instructif en Inde mais qui ne manque pas d’indigner concernant la condition de la femme. L’intrigue policière en elle-même était plutôt intéressante, mais je retiendrai surtout le voyage en Inde, ainsi que les flash-back sur la vie de Perveen. Une découverte sympathique, cela dit je ne pense pas lire la suite…


- Il semble que vous soyez enchainée à certaines personnes et une grande et vieille maison que vous n'appréciez pas pleinement.

- N'est-ce pas la définition de la famille ?

samedi 13 décembre 2025

Cat café (T.1) Noël au Cat café - Rachel Rowlands.


D’adorables petites boules de poils qui se baladent entre les chocolats chauds couronnés de guimauves et de délicieuses pâtisseries, c’est le quotidien d’Emmie depuis qu’elle travaille chez Chatpuccino, le bar à chats tenu par sa tante Sylvie. Et à l’approche de Noël, alors que guirlandes lumineuses et autocollants de flocons de neige ont rejoint les percolateurs et les arbres à chat, l’ambiance est encore plus magique que d’habitude.


Ce que personne n’avait prévu, c’est que la pire tempête de neige des dix dernières années attendait les fêtes pour frapper ! Coincée dans le café la nuit du réveillon avec un livreur un peu trop charmant et les facétieux chats qui règnent en maîtres sur les lieux, Emmie espère que la situation ne s’éternisera pas. Mais l’électricité est coupée, les entrées bloquées par la neige... et les chats vont peut-être devoir tenir la chandelle plus longtemps que prévu.


Il fallait bien au moins un roman cozy de Noël pour débuter la saison ! Un combo chats, pâtisseries et Noël ne pouvait que me tenter.


Emmie travaille au Chatpuccino, le salon de thé à chats tenu par sa tante Sylvie. Parmi ses passe-temps, elle aime dessiner, surtout des illustrations de chats, mais elle peine à se faire connaître à travers son art, tandis qu’elle entretient des relations houleuses avec son frère victime d’addictologies. De son côté, Jared vit un moment difficile entre sa rupture amoureuse avec une petite-amie qui l’a trompé, et la mort de Poppy, sa chatte et meilleure amie. Alors, lorsqu’il découvre que son nouveau lieu de travail est le Chatpuccino, il prétend être allergique aux chats pour éviter de croiser ces chats qui lui rappellent douloureusement sa Poppy. Mais, à l’approche de Noël, lui et Emmie se retrouvent enfermés dans le Chatpuccino à cause d’une tempête de neige.


J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman cozy. Il s’agit ici d’une romance de Noël mais celle-ci prend le temps de se poser et parvient à éviter la plupart des clichés du genre. Nos deux protagonistes sont plutôt adorables ensemble, ils se plaisent très rapidement mais la relation se met doucement en place, leur permettant d’apprendre à se connaître, les bons côtés comme les douleurs dissimulées, les points communs comme l’amour de l’art ou des chats. Ils sont plutôt touchants en tant que couple mais aussi en tant que personnage, surtout Jared. Il faut dire qu’il a une situation qui m’a beaucoup touchée. J’ai d’ailleurs versé plusieurs fois des larmes, chose à laquelle je ne m’attendais pas en lisant un roman de Noël. Il faut dire que l’un des sujets du roman, à savoir le deuil d’un animal, me touche énormément.


Le roman met vraiment un point d’honneur à nous présenter les chats pas seulement comme des animaux de compagnie, mais un compagnon pour la vie, qui reste dans nos souvenirs et notre cœur même lorsqu’ils ne sont plus là. Ce ne sont pas que des animaux, c’est un ami, un membre de la famille, qui nous réconforte quand ça ne va pas, dont la compagnie est précieuse. J’ai pleuré avec Jared pour Poppy, j’ai eu peur pour Salem, le chat malade du Chatpuccino, et aussi pour le chat errant qu’Emmie tente d’approcher.


J’ai aimé aussi toute la partie sur la tempête de neige qui oblige nos personnages, avec une tierce personne dont je ne dirai rien pour ne pas spoiler, à rester coincés pour les fêtes dans le Chatpuccino et essayer de passer le temps, de célébrer Noël malgré tout, avec les réserves de nourriture et le chauffage qui commence à manquer. Une occasion pour eux d’apprendre à mieux se connaître, à éclaircir les malentendus, un moment de rapprochement et propice aux confidences. La romance est donc plutôt mignonne et réussie, même si ce n’est pas le point du roman à m’avoir attiré. Elle fonctionne, et c’est l’essentiel. Cela dit, peut-être notre couple a-t-il vécu un peu trop de périphéties à mon goût dans ce roman [spoiler] l’accident de voiture qui emmène Emmie à l’hôpital au 3/4 du roman, alors qu’elle a déjà eu son lot de mésaventures, était-il vraiment nécessaire ? [/spoiler]


J’ai aimé que, bien qu’il s’agisse d’une comédie romantique de Noël, elle aborde des thèmes plus sérieux qui font qu’il ne s’agit pas que d’une comédie romantique. Le roman parle de deuil d’un animal, la difficulté de vivre avec un proche sujet aux addictions, l’émancipation, la dépression, réapprendre à vivre et faire confiance. Il en ressort une ambiance douce-amère, qui penche heureusement davantage sur le doux avec une ambiance qui reste chaleureuse grâce au Chatpuccino et aux chats.


C’est un roman qui m’a fait passer un agréable moment de lecture, ponctué de douceur et d’humour, mais aussi un peu d’amertume qui ne gâche en rien le côté cozy du roman. J’ai aimé qu’il aborde des sujets plus sérieux qui m’ont beaucoup touché et qui font que le roman ne se limite pas à son aspect ‘comédie romantique’. Ce n’était pas un coup de cœur mais ça reste une jolie petite lecture, parfaite pour la saison.


Pour n'importe quel amateur de félins, les chats faisaient partie de la famille.

Il avait eu Poppy lorsqu'elle n’était encore qu'un chaton, dès qu'il était parti de la maison pour emménager dans son tout premier appartement, elle ne l'avait jamais quitté depuis enfin jusqu'à quelques semaines plus tôt.

Elle avait été à ses côtés pour tous les événements marquants. Pendant sa dépression, les fluctuations de sa santé mentale, et lorsqu'il s'était mis à travailler à la maison. D'un bout à l'autre d'une pandémie où tout le monde s'était enfermé chez soi. Elle avait été là sur son lit chaque soir, chaque matin, à ronronner, elle semblait savoir quand il était triste, malade, ou qu'il avait besoin d'elle. Elle était sa petite complice. Avec elle, les mauvaises passes avaient paru plus facile.

samedi 22 novembre 2025

L'Épouvanteur (T.9) Grimalkin et l'épouvanteur - Joseph Delaney.


Tandis que Tom, Alice et l’Epouvanteur retournent à Chipenden, John Gregory compte rebâtir sa maison, brûlée par les envahisseurs qui ont ravagé le Comté, Grimalkin s'efforce de rejoindre la tour Malkin, pour y cacher la tête du Malin (que Tom a tranchée en Irlande). C’est dans cette tour que les sœurs de la mère de Tom, deux sorcières lamias, gardent de précieuses malles. Car ces dernières renferment des secrets qui permettraient à Tom de vaincre le Malin. 

Seulement, un groupe de sorcières, alliées du diable, pourchassent Grimalkin : elles veulent à tout prix récupérer la tête. Elles sont accompagnées d’un mage redoutable et d’une terrible créature mi-humain mi-loup, conçue par magie noire. Au cours d’un affrontement, le monstre hybride blesse Grimalkin. Si la sorcière en réchappe, elle reste néanmoins affaiblie par le poison distillé dans son sang… Tom Ward, son maître John Gregory, et Alice peuvent-ils encore compter sur elle ?


Je poursuis mon avancée de la saga L’épouvanteur avec le tome 9, un tome bien différent des précédents puisqu’il n’est pas narré par notre apprenti épouvanteur, Tom, mais par Grimalkin, la redoutable sorcière et tueuse du clan Malkin. Si Tom et l’épouvanteur sont mentionnés de temps à autre, ils n’apparaissent pas dans ce tome, ce qui nous laisse une part de mystère sur leurs agissements.


Cela dit, on peut comprendre la raison de ce choix. D’abord ennemie de Tom, puis devenue son alliée au fil des épisodes, Grimalkin s’est démarquée au fil de la saga comme étant un personnage énigmatique et intéressant. On en apprend un peu plus sur sa vie, sur sa haine du Malin et son désir de vengeance, mais aussi sur sa relation avec d’autres personnages de la saga, notamment Thorne sa jeune apprentie.


Nous suivons donc Grimalkin et Thorne au fil des pages, vivons avec elles les périls qu’elles rencontrent alors que Grimalkin, en possession de la tête du Malin, est sans cesse pourchassée par sorcières et monstres qui souhaitent à tout prix récupérer la tête du Malin et le ressusciter.


C’est un tome sombre, violent et horrifique, comme on s’y attend avec Joseph Delaney. Nos personnages évoluent dans un monde sombre, souvent cruel, même si non dénué entièrement d’humanité. Il y a de jolis moments entre Grimalkin et Thorne, et toute assassin qu’elle est, Grimalkin n’en demeure pas moins humaine.


L’intrigue reste soutenue et bien rythmée entre temps morts et scènes d’action. Fidèle à lui-même, l’auteur nous fait sans cesse craindre pour ses personnages qui ne sont jamais à l’abri d’un malheur, voire de la faucheuse, ce qui me fait vraiment me demander quelle fin il réserve pour sa saga. Peut-on espérer une fin heureuse, ou aura-t-on une fin douce-amère ou une fin plus sombre ?


Je n’ai pas grand-chose à dire concernant ce tome. Comme chaque tome de la saga, il se laisse lire avec plaisir, on évolue dans cet univers sombre avec intérêt. J’ai beaucoup aimé revoir les lamias, les sœurs de Mme Ward, ce qui nous a permis d’en apprendre un peu plus sur la mère de Tom, et l’avenir d’Alice qui demeure plus que jamais incertain. Je continuerai à lire la suite avec plaisir, au prochain Pumpkin Autumn Challenge !


Redis-toi chaque matin que tu es la meilleure,

la plus forte, la plus redoutable.

Tu finiras par en être persuadée.

Un jour, cela sera vrai. Ça s'est révélé vrai pour moi.

Je suis Grimalkin.

vendredi 5 septembre 2025

La main noire (T.1) Les maudits - Tarn Richardson.



Arras, 1914. Sur la ligne de front, le lieutenant Henry Frost donne l'assaut. À sa grande surprise, sa troupe ne rencontre aucune résistance.

Dans la tranchée adverse, les soldats allemands ont été tués, leurs corps atrocement déchiquetés. Au même moment, le père Andreas est retrouvé sauvagement assassiné dans la cathédrale.

Le Vatican décide d'envoyer l'inquisiteur Poldek Tacit. Sa mission : protéger l'Église de ceux qui cherchent à lui nuire. À n'importe quel prix.



Si on m’avait dit qu’il existerait un roman historique avec des loups-garous, dont l’intrigue se déroulerait essentiellement à Arras et le nord de la France, je n’y aurais pas cru.


Pourtant, c’est le défi que s’est lancé Tarn Richardson qui nous offre un thriller historique et fantastique dans lequel l’Inquisition n’a pas complètement disparu (mais l’Église fait croire le contraire), et où des loups-garous sèment la terreur aussi bien au sein de l’Église que dans les tranchées ! Comme si les soldats de la Grande Guerre n’avaient pas assez de soucis comme ça, les voilà qu’ils se font massacrer et pas que par leurs ennemis ! Lorsqu’un prêtre est retrouvé sauvagement assassiné à son tour, le Vatican envoie son meilleur inquisiteur, Poldek Tacit enquêter à Arras, accompagné de sœur Isabella qui est secrètement chargée de le surveiller. 


Car c’est qu’il n’est pas commode, notre Tacit ! Homme perturbé, violent, dépressif, avec un passé tragique (il ne manque plus que l’alcool pour cocher toutes les cases du cliché du détective déprimé, alcoolique et violent… oh wait !). Pour autant, on se retrouve à suivre ce personnage avec un certain intérêt. Est-ce qu’on s’attache à lui ? À vous de me le dire. Je ne l’ai trouvé ni attachant, ni détestable, juste efficace. Nous avons quand même de nombreux retours dans le passé, pour nous permettre de mieux comprendre le parcours et la vie de ce personnage peu commode. Comment est-il devenu ce qu’il est, quelle a été sa vie, quelle est sa famille. Nous apprendrons tout cela tout au long de l’intrigue. Il m’a un peu rappelé le héro du film Van Helsing avec qui il partage quelques similitudes. En plus de Tacit, nous suivons également le lieutenant britannique Henry Frost, bien décontenancé face aux événements étranges dans les tranchées, l’un des rares personnages que j’ai aimé suivre et que je voulais voir survivre !


Je dois dire que c’était sympathique de lire un roman dont une partie de l’action se situe à Arras. Malheureusement pour moi, l’auteur aurait pu décrire n’importe quelle ville, ça n’aurait fait aucune différence. Si seulement il avait mentionné le beffroi ou la Grand Place, ou s’il avait employé le terme « Bove » pour parler des carrières souterraines ! Que nenni ! Tant pis pour le chauvinisme… Toutefois, pour ne pas faire la mauvaise langue, je dois bien saluer l’effort pour recréer l’ambiance de l’époque, et le contexte que l’intrigue va développer.


Ce que j’ai le plus aimé, c’est le mélange des genres. Ce roman se présente à la fois comme un thriller, un roman historique et un récit fantastique avec des loups-garous et l’auteur s’en sort sur les trois plans. Il prend le temps de poser le décor et les bases de l’enquête. Il a bien su recréer le contexte et l’ambiance historique, et nous offrir un thriller prenant et, ma fois, sanglant. Attendez-vous à trouver de l’hémoglobine assez régulièrement, mais aussi des corps démembrés. Ces loups ne font pas dans la dentelle ! Rassurez-vous, le roman évite de trop sombrer dans le gore et à plutôt bien doser l’hémoglobine. La tension est également bien menée, et il prend soin de ne pas trop dévoiler avant la fin.


J’ai aimé cette réinterprétation du mythe des loups-garous, notamment leurs origines, le lien avec l’Église, leur histoire, mais aussi le cas de l’Hombre Lobo. Ce n’est pas qu’une histoire de lycanthropes, cette affaire d’attaques de loups-garous n’est qu’une goutte dans un vaste engrenage, l’intrigue est plus complexe qu’il n’y paraît. La personne que l’on croyait être le coupable cache en réalité autre chose, et les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on pense… Et que dire de l’Église qui, à force de chasser les hérétiques, est devenue experte dans les tortures et magouilles ? Le Vatican, on le découvrira, est essentiellement un nid de secrets et d’entourloupes et ses hommes de Dieu ne sont pas tous des enfants de chœur…


Ce roman présente donc le mélange étonnant de roman historique, thriller et récit fantastique, un mélange risqué mais réussi pour ma part. L’auteur a su développer son scénario et ses personnages avec justesse, et à nous offrir un polar prenant. Est-ce que cela me donne envie de lire la suite ? Je l’ignore encore, mais ce premier tome reste une découverte sympathique !


Il se retourna pour scruter ses hommes dans l'obscurité. "Si une fusée s'élève, tout le monde à terre.

- Si une fusée s'élève et qu'elle est accompagnée d'une mitrailleuse, on n'aura sans doute pas besoin de se souvenir de cet ordre pour tomber à terre.

- Ouais bah fermez-la."

jeudi 3 juillet 2025

Conclave - Robert Harris.



Le pape est mort.

Derrière les portes closes de la Chapelle Sixtine, cent dix-huit cardinaux venus des quatre continents vont participer à l'élection la plus secrète qui soit.

Ce sont tous des hommes de foi. Mais ils ont des ambitions. Et ils ont des rivaux.

En secret, les alliances se préparent.

Ce n'est plus qu'une question d'heures... L'un de ces cardinaux va devenir la figure spirituelle la plus puissante au monde. Sur la place Saint-Pierre, deux cent cinquante mille chrétiens attendent de voir la fumée blanche apparaître.




En avril, l’annonce de la disparition du Pape et le conclave à venir m’ont plongé dans le visionnage de nombreux films et documentaires, parmi eux le film Conclave qui aura bien fait parler de lui. Le visionnage de ce dernier m’a poussé par la suite à découvrir le roman dont il s’inspire.


Le Pape est mort, vive le Pape !


Le cardinal Lomeli (Lawrence dans le film), le doyen du collège des cardinaux, est chargé d’organiser le conclave qui élira le prochain à siéger sur le trône de Saint Pierre. Les cardinaux du monde entier se retrouvent pour voter et cohabiter ensemble. Lomeli entend bien que ce conclave se déroule dans les meilleures conditions possibles, mais il découvre bien vite que des mystères entourent la mort du Pape et que les cardinaux ont tous des secrets et des scandales qu’ils tentent de cacher. Entre les jeux de pouvoirs et les manigances, qui sera le nouveau pape ? Jusqu’où l’ambition des cardinaux peut-elle aller ?


J’ai beaucoup aimé ce huis-clos, dans lequel nos cardinaux sont enfermés et coupés du reste du monde. Ici, point de cadavre mais des magouilles, des scandales et secrets bien gardés, des révélations inattendues et des complots déjoués. Ce huis-clos devient plus plus oppressant au fur et à mesure que l’élection se poursuit, qui ravive peu à peu les tensions au fur et à mesure que les scandales et les secrets sont dévoilés. Les favoris des premiers scrutins tombent en disgrâces et de nouvelles figures de proues se dévoilent, certaines étant même assez inattendues.


Il s’agit ni plus ni moins qu’un thriller politique où les ambitions de chaque cardinal sont dévoilées petit à petit. Chacun clame vouloir servir l’Église et les hommes, mais l’Église n’en reste pas moins une puissance politique mondiale que chaque cardinal entend obtenir pour sa propre ambition. Comme dans chaque élection, il y a des jeux d’alliances, des intérêts qui guident dans l’ombre certains électeurs, des coups bas également pour affaiblir la crédibilité d’autres candidats.


Les cardinaux ne sont certes pas présentés comme des Saints mais ils ne sont pas des démons non plus, ce sont tout simplement des hommes avec leurs secrets, des ambitions, des qualités comme des défauts, quel que soit leur niveau de spiritualité ou leur rang ecclésiastique. J’ai même apprécié certains d’entre eux, notamment notre personnage principal, Lomeli, qui devient enquêteur malgré lui, et que chaque secret, chaque scandale découvert, a mis sa foi en l’homme et en l’Église à rude épreuve, ainsi que le cardinal Bellini et le cardinal Benitez, crée in pectore par le Saint Père. Et, bien qu’elle ne soit pas cardinal, Sœur Agnès en impose !


J’ai beaucoup aimé cette intrigue, pourtant rien ne le prédisait au départ. Je trouvais même l’histoire un peu longue, elle se laissait lire mais sans plus. Sans doute le roman aurait gagné en intensité avec quelques coupes et un rythme plus soutenu car l’intrigue a souvent été alourdie par de nombreuses descriptions. J’ai souvent eu l’envie de survoler certains passages. Cependant, j’ai persévéré et c’est progressivement que l’intrigue a capté mon intérêt et qu’elle est devenue un véritable coup de cœur. Ayant déjà vu le film, les rebondissements et la révélation finale sur l’identité du nouveau Pape ne m’auront pas surprise, cependant j’ai redécouvert l’histoire avec un réel plaisir, même si ce fut long au démarrage, mais mieux vaut tard que jamais !


C’était comme un roman policier où notre protagoniste principal enquête pour découvrir, bien malgré lui, les secrets de ses collègues cardinaux, le tout dans le contexte d’un conclave où les cardinaux électeurs sont tous enfermés pendant plusieurs jours en vue d’élire le prochain pape. À première vue, ça ne semble pas très palpitant, mais le conclave est un événement en lui-même que je trouvais déjà fascinant de prime abord. Je me rappelle avoir longuement scruté la cheminée, dans l’attente d’une fumée, en me demandant à quoi toute cette élection pouvait bien ressembler et l’auteur a fait un sacré travail de recherche, s’étant même rendu jusqu’au Vatican et interrogeant des cardinaux pour avoir le plus de détails possible et nous offrir un roman réaliste.


Ce scénario se déroule dans un contexte, encore d’actualité, d’attentats terroristes et de persécutions religieuses dans le monde. Il est aussi question de modernité dans l’Église avec, notamment, le sujet du divorce, de l’homosexualité, ou de la place de la femme, là où certains cardinaux souhaiteraient un retour aux traditions, au conservatisme d’antan avec les messes en latin ou un schéma plus traditionnel de la famille, ce qui nous pousse à réfléchir aux contractions d’une Église, une institution ancienne, confrontée au monde moderne.


Conclave est donc un thriller bien construit, qui sait maintenir en haleine, qui est brillamment construit, avec un travail de recherche remarquable pour nous rendre l’histoire la plus réaliste possible. Le conclave comme si on y était ! J’aurais tant aimé découvrir ce livre pendant le vrai conclave de mai 2025, mais ce livre était déjà emprunté à ce moment-là, victime de son succès… et de l’actualité ! Robert Harris a donc su faire mouche avec son Conclave, je serais tentée de découvrir ses autres romans dans le futur, notamment son Pompéi qui me fait de l’œil… histoire de rester encore un peu en Italie !


Ô Seigneur, Tu m’as chargé de l’organisation de ce très saint conclave… mon devoir est-il simplement de m’assurer du bon déroulement des délibérations de mes confrères, ou ma responsabilité m’oblige-t-elle à intervenir et à influencer l’issue du scrutin ? Je suis Ton serviteur et tout entier soumis à Ta volonté… Quelles que soient les mesures que je prendrai, l’Esprit-Saint ne manquera pas de nous orienter vers un pontife digne… Guide-moi, Seigneur, je T’en supplie, dans l’accomplissement de Tes désirs… Serviteur, tu dois trouver seul ton chemin…

Par deux fois, il [Lomeli] se leva de son lit et s’approcha de la porte, et par deux fois, il retourna s’allonger. Évidemment, il savait bien qu’il ne recevrait aucune révélation fulgurante, qu’il ne serait envahi par aucune certitude soudaine. Il n’attendait rien de tel. Dieu ne s’exprimait pas de cette façon. Il lui avait envoyé tous les signes dont il avait besoin. C’était à présent à lui d’agir. Et peut-être s’était-il toujours douté qu’il devrait en arriver là, ce qui expliquait pourquoi il n’avait pas rendu le passe et l’avait gardé dans le tiroir de sa table de chevet.


mercredi 11 juin 2025

Les enquêtes d'Hercule Poirot - Agatha Christie.



On ne le répètera jamais assez : Hercule Poirot est le plus grand détective de tous les temps.

Quel mystère pourrait le dérouter ? Disparition de bijoux inestimables, suicide suspect, espions retors, meurtre crapuleux, escroquerie du haut vol ou sombre affaire d'héritage, rien ne lui résiste. Mais surtout, pas d'acrobaties à quatre pattes dans l'herbe, une loupe à la main. Pas de dissertation sur un mégot taché de rouge à lèvres. Non, Hercule Poirot laisse ces divertissements aux besogneux de Scotland Yard.

Il se contente de s'installer dans un fauteuil et de laisser fonctionner ses illustres petites cellules grises.




Je débute le Ice Cream Summer Challenge avec un recueil de nouvelles d’Hercule Poirot, parce que je ne peux pas envisager un challenge littéraire sans policier mais aussi parce que j’ai pris l’habitude de lire un livre d’Agatha Christie en été.



Les Enquêtes d’Hercule Poirot est donc un recueil de 14 nouvelles :





L’énigme de « l’Etoile de l’Occident » : Poirot reçoit la visite d’une célèbre actrice qui lui explique avoir reçu trois lettres de menace au sujet d’un diamant dont elle est propriétaire : l’étoile de l’Ouest. Hastings, l’ami de Poirot, reçoit quant à lui la visite d’une autre dame possédant un diamant, l’étoile de l’Est, qui aurait elle-aussi reçu des lettres de menace concernant son diamant. Si les deux pierres ne sont pas restituées, elles seront volées.



Tragédie à Marsdon Manor : Poirot est amené à enquêter sur une affaire de meurtre. Pourtant, tout porte à croire que le riche Maltravers est mort dune simple hémorragie interne. Sûrement le fait qu’il ait contracté une police d’assurance maladie d’un montant de 50 000 livres n’a rien à voir…



Un appartement trop bon marché : où l’on apprend que même un détective peut s’intéresser à une affaire concernant un appartement dont le loyer est curieusement bien bas. En se penchant sur l’affaire, Poirot découvre une vérité bien plus sombre… Il se pourrait bien que des histoires d’espion et de mafia se cachent derrière tout ça !



Le mystère de Hunter’s Lodge : Poirot est grippé et cloué au lit… mais n’allez pas croire que cela l’empêchera de mettre de la lumière sur une sombre affaire de meurtre. Envoyant son ami Hastings et l’inspecteur Japp sur place, Poirot prouvera que même la maladie ne saurait avoir raison de ses cellules grises et qu’il est tout à fait capable de résoudre un meurtre depuis sa chambre.



Un million de dollars en bons volatilisés : Des bons de valeur ont disparu de la banque Bentley et Son. Les soupçons se portent vite sur des employés et des clients influents. À Hercule Poirot de les innocenter sur cette affaire bien énigmatique.



La malédiction du tombeau égyptien : Plusieurs membres d’une expédition archéologique en Égypte sont retrouvés morts de façon bien mystérieuse après avoir découvert la sépulture d’un pharaon. Nouveau mystère à la Toutankhamon ou meurtrier se servant des superstitions pour commettre ses méfaits ? Poirot et Hastings se rendent en Égypte pour découvrir la vérité.



Vol de bijoux à l’Hôtel Métropole : Ciel, mes bijoux ! Mme Opalsen est dans tous ses états, on lui a volé ses bijoux ! La bonne et la femme de chambre de Madame s’accusent. Lorsque les bijoux sont retrouvés dans le lit de la bonne, Japp croit l’affaire classée, mais Poirot n’est pas de cet avis.



L’enlèvement du Premier Ministre : Poirot doit enquêter sur la mystérieuse disparition du premier ministre britannique, enlevé juste avant une conférence internationale de grande importance, en France. Qui a kidnappé le premier ministre et dans quel but ?



Une étrange disparition : Un banquier et célèbre homme d’affaire a disparu, et son coffre-fort forcé et son contenu (de l’argent et des bijoux) envolés. Son collègue est vite soupçonné, d’autant plus qu’ils n’étaient pas en termes très chaleureux. Poirot, en revanche, porte ses soupçons ailleurs…



Un dîner peu ordinaire : Hercule Poirot et Hastings reçoivent la visite d'un de leurs amis et voisin proche, le docteur Hawker. Alors qu’ils discutent de cas d'empoisonnements criminels, la femme de chambre de Hawker surgit, affolée, affirmant avoir reçu par téléphone l'appel à l'aide d'un homme disant avoir été « tué ». Lorsqu’ils se rendent sur place, il est déjà trop tard. Seuls indices, les restes d’un dîner et une statuette ensanglantée…



L’affaire du testament disparu : Violet Marsh a hérité un petit manoir de son vieil oncle. Celui-ci, doutant des capacités intellectuelles de sa nièce et regrettant qu’elle ait choisi les études à une vie de femme au foyer, a rédigé un testament selon lequel elle avait un an pour trouver le second testament soigneusement caché dans la maison, faute de quoi l'ensemble de l'héritage sera attribué à des œuvres caritatives. En dépit de ses efforts, Violet ne trouve rien et vient solliciter l’aide de Poirot…



La boîte de chocolats : à la demande de son ami Hastings, Poirot révèle une enquête dans laquelle il a échoué, tout ceci à cause d’une boîte de chocolats et une mort suspecte d’un adversaire farouche du catholicisme, alors que Poirot était enquêteur dans la police…



La mine perdue : Le directeur de la banque de Londres doit acheter une carte d'une mine d'argent en Birmanie mais le porteur, un homme d'affaires chinois, a disparu. Il engage donc Poirot pour retrouver le Chinois et la carte…



La femme voilée : Poirot reçoit la visite d’une femme voilée, fiancée du duc de Southshire, dont une lettre écrite pendant la guerre est tombée dans de mauvaises mains… celles d’un maître chanteur qui lui réclame une somme importante en échange de la lettre, somme que la dame ne peut se permettre de payer. Le temps jouant contre elle, elle se tourne vers le détective en désespoir de cause.




Un petit recueil bien sympathique ! Il y a pas mal de références et clins d’œil à Sherlock Holmes (Poirot qui se plaint, comme Holmes, du manque de cas criminels, le mot qui fait référence à un échec du détective, un personnage du nom de Violet, une affaire en rapport avec le premier ministre, etc), ce que l’amatrice holmesienne en moi a beaucoup apprécié.



C’est un recueil dans lequel le personnage d’Hercule Poirot s’affirme, où l’on découvre plus de détails sur ce personnage, notamment son aversion des voyages, lui qui aime tellement son petit confort, sa maniaquerie (qu’on pourrait aussi appeler « toc » car Poirot aime quand tout est symétrique et rangera des objets selon sa taille ou sa forme), le fait aussi qu’il se nomme parfois « Papa Poirot ». On découvre davantage de facettes de ce personnage, autant l’homme que le détective, ce que j’ai beaucoup apprécié.



Poirot et Hastings (source)

Je ne peux malheureusement pas en dire autant de son ami, le capitaine Hastings, qui n’a guère l’occasion de briller dans ces nouvelles. Ce garçon n’est pas bien brillant, et il peut être parfois franchement désagréable avec Poirot, à manquer de patience avec lui et à prendre la mouche pour rien. À se demander pourquoi Poirot continue d’apprécier sa compagnie et de l’amener dans ses enquêtes. Pourtant, je voudrais bien aimer ce brave Hastings, il a souvent un bon fond, quand son sale caractère ne prend pas le dessus. Il peut être un ami sympathique et il ne se laisse pas faire, mais ce n’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir… Bien-sûr, il faut un Watson à qui le détective doit expliquer les tenants et aboutissants de l’enquête et sa résolution, mais enfin, même Watson avait ses moments d’éclat et d’utilité. J’aurais voulu qu’Hastings brille un peu, pas une lumière en lui-même mais un conducteur de lumière, voire qu’il se rende utile au moins une fois.



Pour parler des nouvelles, celles-ci sont d’intérêt inégal. J’en connaissais déjà quelques-unes pour les avoir déjà lu dans de précédents recueils mais je les ai redécouvertes avec plaisir. Certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir mémorable, mais d’autres ont été un pur régal de lecture. Je pense notamment à La malédiction du tombeau égyptien qui nous emmène en Égypte et qui n’est pas sans rappeler la malédiction de Toutankhamon, mais aussi l’affaire du premier ministre disparu, celui du testament caché, La boîte de chocolats ou encore Un dîner peu ordinaire. J’ai beaucoup aimé certains retournements de situation (l’accusé idéal qui est en fait innocent, parfois c’est même le client de Poirot le vrai coupable, on a même la présence de la mafia et du premier ministre, rien que ça !). Les enquêtes sont diversifiées, certaines sont résolues grâce à des déguisements, des tours de passe-passe, mais d’autres sont plus complexes et auraient mérité d’être un roman plutôt qu’une nouvelle !



Encore une réussite donc pour Lady Agatha Christie, je retrouve toujours son petit détective belge avec grand plaisir. Si certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir bien marquant et seront vite oubliées, je relirai d’autres avec plaisir !


— Pardonnez ma franchise, mais étant donné le gâchis que vous avez fait, ne croyez-vous pas qu'il serait plus délicat de notre part de quitter les lieux ? 

— Et que devient le dîner ? Cet excellent dîner préparé par le chef de lord Yardly ?

— Bah ! quelle importance ! m'exclamai-je, impatient.

Poirot eut un geste horrifié. On eût dit un Français, alors qu'il n'est après tout que Belge.

— Seigneur ! Dans ce pays vous traitez vraiment la gastronomie avec une indifférence criminelle.

mardi 8 avril 2025

Sa Majesté Mène l'Enquête (T.1) Bal tragique à Windsor - S.J. Bennett.


Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s'apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d'une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu.

Shocking ! Quel scandale si la presse l'apprenait ! Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d'être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu'ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C'est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d'origine nigériane, qui va l'aider à démêler ce sac de nœuds en toute discrétion...

God save the Queen du cosy crime !



Ce qui m’a attiré dans ce roman policier, c’est que, comme son titre l’indique, sa majesté la reine Elisabeth II mène l’enquête ! J’ai apprécié cette originalité et, même si elle envoie sa secrétaire interroger quelques personnes et faire quelques tâches, il n’empêche que sa majesté fait marcher ses cellules grises, à l’instar d’un célèbre détective belge. J’ai aimé suivre l’histoire du point de vue d’Elisabeth, de suivre la reine, la femme mais aussi l’enquêtrice, et de découvrir que son altesse n’en est pas à sa première enquête, loin de là, mais qu’elle souhaite rester discrète et laisser d’autres personnes récolter les fruits de son labeur.

 

Ce que j’ai trouvé plaisant et intéressant dans ce roman, c’est qu’on accède à l’intimité de la reine. On voit l’envers du décor, grâce à une auteure qui connaît manifestement son sujet, et qui s’attache à mettre en relief l’humanité de la reine. J’ai aimé cette plongée dans le quotidien de la monarchie britannique, les rôles de chacun, le poids des mondanités et du protocole, les nombreuses réceptions. Heureusement, les échanges avec le prince Philip sont savoureux, avec son humour particulier et le fait qu’il ne soit pas toujours très conventionnel.

 

La reine est présentée avec respect, on y voit bien les limites et les contraintes de son rôle. Elle doit diriger l’enquête sans en avoir l’air. Que dirait l’opinion et ses sujets ? Mais elle ne peut laisser passer l’affaire, surtout quand les soupçons se posent sur ses proches collaborateurs. C’est pourquoi elle a recours à sa secrétaire, Rosie, qu’elle envoie interroger les témoins ou faire quelques emplettes.

 

Le paradoxe de ce roman est que j’ai davantage préféré les scènes sur Elisabeth, ses échanges avec son mari, sa vie de famille, ses tâches de reine, et les petits détails sur la vie de la monarchie, que l’enquête criminelle en elle-même qui ne m’aura pas bien palpité. Pourtant, ça partait très bien au début ! On est dans un cozy mystery, mais avec des tenants et aboutissants politique entre la Russie, la Chine et l’Angleterre. Ça parle d’attentat, d’espionnage, de Poutine et ses magouilles. Nous avons même la visite du couple Obama ! Autant dire que j’ai été agréablement surprise.

 

Malgré cela, l’intrigue policière est loin d’être à la hauteur. J’ai trouvé l’enquête molle, avançant à un rythme bien trop long. Je me suis ennuyée à plusieurs reprises, j’ai été tentée de survoler plusieurs passages, et j’avais hâte d’en finir avec ce roman. Les rebondissements ne sont pas très nombreux et le suspense est moyennement prenant. Je ne suis d’ailleurs même pas sûre d’avoir tout compris à l’intrigue et à la résolution de l’enquête. Outre les scènes sur Elisabeth, ce roman ne me laissera malheureusement pas un souvenir bien mémorable, et je ne pense pas lire les prochains tomes. U voyage en Angleterre sympathique mais non mémorable, malheureusement.


La reine était assise sur son lit, occupée à écrire son journal. Elle n’y notait jamais beaucoup de choses et surtout pas de cette nature. De nombreux historiens devaient déjà rêver d’avoir accès aux pages qu’elle remplissait rigoureusement chaque soir à la main, et qui seraient un jour déposées aux archives royales, dans la tour Ronde, avec celles de la reine Victoria. Il y avait cependant de fortes chances qu’ils soient déçus. Ceux qui liraient ces documents au XXIIe siècle y trouveraient des informations détaillées sur les courses hippiques, des observations sur le manque de vivacité d’esprit de certains premiers ministres et des anecdotes familiales mineures. Ses réflexions les plus profondes restaient entre elle et Dieu.

dimanche 30 mars 2025

Jules César - William Shakespeare.



Préférez-vous César vivant, et mourir esclaves, ou César mort, et tous vivre libres? César m'aimait, je le pleure. Il connut le succès, je m'en réjouis. Il fut vaillant, je l'honore. Mais il fut ambitieux et je l'ai tué. Pour son amitié, des larmes. Pour sa fortune, un souvenir joyeux. Pour sa valeur, du respect. Et pour son ambition, la mort. Qui parmi vous est assez vil pour accepter d'être esclave ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est assez grossier pour ne pas désirer d'être un Romain ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est abject au point de n'aimer pas son pays ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé.

(Acte III, scène 2)




« Prends garde aux Ides de Mars. »


A l’approche du mois de mars, internet prépare blagues et memes à l’occasion des Ides de Mars, une façon se de moquer gentiment de la mort de Jules César, journée devenue mémorable sur les réseaux sociaux. A cette occasion, j’ai décidé de me coller enfin à la pièce de Shakespeare. Au final, je termine cette pièce le 30 mars (à 15 jours près, ça va, ça passe xD)


Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu de pièce de théâtre. L’avantage, c’est que ça se lit vite. Ce qui m’a aussi rendu la lecture agréable est que cela touchait une période historique qui me passionne, à savoir la Rome antique, et plus particulièrement la fin de la République romaine. Les événements de la pièce n’ont donc pas été une surprise pour moi, mais c’était intéressant de voir ce tableau historique peint par Shakespeare et comment il a choisi de représenter les personnages.


Parmi les personnages, nous avons Brutus, qui m’a bien surprise car il est souvent représenté comme le pire des traîtres. Ici, il est décrit comme un personnage noble et moral, peut-être même le seul dans cette œuvre, tiraillé entre son affection pour César et sa crainte que celui-ci n’abuse de ses pouvoirs et ne devienne un tyran, mettant à mal la démocratie à Rome. Au final, s’il décide de se joindre aux conspirateurs, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais pour le bien public, car il craint que César ne devienne un tyran, mais jamais il n’aura un mot visant à salir César. Néanmoins, je pensais tomber sur une histoire père-fils tourmentée et tragique, ce qui n’est pas tant le cas. Brutus est davantage une figure tragique car il est influencé et entraîné dans l’histoire bien malgré lui, ce qui lui vaudra sa perte, alors qu’il ne voulait que le bien commun.

 

Nous avons également Cassius, un des conspirateurs, qui est un paradoxe. Homme envieux et sans scrupule, il est prêt à tout pour convaincre Brutus de se joindre à la conspiration mais il voue d’ailleurs à Brutus une amitié et une loyauté qui vont jusqu’à la dévotion presque amoureuse. Ensuite, Marc-Antoine, proche de César, j’ai beaucoup apprécié sa loyauté envers César, mais aussi son intelligence, on peut même dire son côté calculateur et fourbe que l’on voit parfaitement illustré dans son discours funèbre au peuple, auprès de la dépouille de César, qui fut tout simplement un délice à lire lorsqu’il fait mine de ne pas avoir de griefs pour les conspirateurs tout en les accusant indirectement et en attisant la colère du peuple sur eux. Le peuple est ici vu comme une girouette, elle a un côté versatile qui est assez comique mais aussi réaliste. Il faut se l’avouer, le peuple a toujours été ainsi, se faire amadouer par nos politiciens.

 

Finalement, le seul qui soit plus discret dans cette œuvre, c’est bien celui qui donne à la pièce son titre, alias Jules César lui-même. Après la première moitié du 3e acte, exit le grand César, terrassé par les conspirateurs. Mais, au final, que ce soit avant et après les Ides de Mars, César est au cœur même de l’intrigue. Tout d’abord, à travers les conspirations visant à l’assassiner, puis après sa mort, lorsque Octave, petit-neveu de César, et Marc-Antoine vont s’atteler à venger César et à traquer les conspirateurs.

 

Je n’ai pas grand-chose à dire concernant César. Shakespeare a su en faire un personnage humain. Il est au sommet de sa gloire mais on sent la fragilité de l’âge et, peut-être, de nombreuses années de guerres. Shakespeare reste énigmatique finalement sur la question : César voulait-il abuser de son autorité pour devenir roi et régner sans partage, ou les conjurés ont-ils anticipé un péril qui n’avait pas lieu d’être ?

 

J’ai aimé me plonger dans cette fresque historique, entre complots, assassinat, tensions politiques et guerre civile. La tragédie monte en intensité au fur et à mesure qu’arrive le meurtre de Jules César puis la dernière partie est tout aussi intense dans la guerre que se livrent Brutus et Cassius d’un côté et Octave et Marc-Antoine de l’autre, jusqu’à la victoire d’un camp. Un classique que je ne regrette donc pas d’avoir découvert, de par l’histoire qu’elle met en scène, où l’Histoire se mêle à l’histoire de nos personnages qui sont complexes et finalement humains.


Ô jugement tu t’es réfugié chez les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison ! Veuillez me supporter avec patience ; mon cœur est ici dans ce cercueil avec César, et il faut que je m’arrête jusqu’à ce qu’il me revienne.