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dimanche 15 février 2026

La maison Ipatiev - John Boyne.


De Saint-Saint-Pétersbourg en 1917 à Londres de nos jours, la trajectoire tumultueuse de deux êtres unis par l'amour, les secrets, et la folie de l'Histoire.

Pour Gueorgui Yachmenev, petit paysan russe, tout débute comme un conte de fées : engagé afin de protéger le tsarévitch Alexeï Romanov, il se retrouve dans le fastueux palais impérial. Le rêve se poursuit lorsqu'il rencontre les quatre soeurs d'Alexeï, les princesses Romanov, parmi lesquelles la belle Anastasia. Mais la révolution va éclater, balayant tout sur son passage...

1981, Londres : Gueorgui veille Zoïa, sa femme, qui est mourante. Ensemble, grâce à un amour infaillible, ils ont supporté l'exil et le poids d'incroyables secrets.

Qu'est-il arrivé en Russie ? Pourquoi Zoïa vit-elle toujours dans la peur ? Quels fantômes du passé la poursuivent encore ?



Je ne me penche pas souvent sur le sujet, mais je suis fascinée par l’histoire de la Russie et des Romanov, en particulier Nicolas II et sa famille et la tragédie dont ils ont été victimes. J’avais déjà ce livre dans mes intentions de lecture depuis un moment, et ma question est : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour découvrir ce roman ?


L’histoire nous est narrée par Gueorgui Yachmenev, jeune paysan russe qui, suite à un concours de circonstance, se retrouve amené à quitter sa campagne et sa famille pour servir la famille impériale à Saint-Pétersbourg, en tant que garde et jeune compagnon du tsarévitch, Alexei, et à accompagner la famille du tsar jusqu’à leur chute pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de sa mission, il va s’attacher à ce tsarévitch à la santé fragile, mais aussi vivre une passion interdite et secrète avec la plus jeune des filles du tsar, la grande duchesse Anastasia.


Aux côtés de Gueorgui, nous découvrons la paysannerie en Russie, puis la vie à la cour impériale, nous entrons dans l’intimité de la famille Romanov, un aspect que j’ai beaucoup aimé. J’ai aimé ce voyage dans le temps dans la Russie du début du XXe siècle, le contraste entre la vie du peuple et des paysans qui ne s’en sortent plus, et le faste de la cour, avec un souverain soucieux de son peuple mais dépassé par les événements, qui voit le pouvoir lui échapper peu à peu des mains alors que la colère du peuple prend des airs de révolution, assister à la mort de Raspoutine, la chute de la dynastie Romanov. J’ai aimé entrer dans l’intimité du tsar et de sa famille, voir l’amour qu’ils se portent et qui ne sera jamais ébranlé face aux épreuves.


C’est un récit qui se divise en plusieurs temporalités. D’un côté, nous avons un Gueorgui âgé, qui vit avec sa femme Zoïa, atteinte d’un cancer en phase terminale, leur vie en Angleterre, puis de l’autre nous retrouvons Gueorgui du temps où il travaillait au service de la famille Romanov. Il y a un aspect intéressant dans le sens où : à l’époque du jeune Gueorgui, le temps avance de façon linéaire, jusqu’à cette nuit tragique où les Romanov ont été assassinés. Mais à l’époque du Gueorgui âgé, nous remontons peu à peu en arrière et découvrons comment il en est venu à vivre en Angleterre, la tragédie qui a secoué sa famille, son travail à la bibliothèque nationale de Londres, puis le temps où lui et sa femme ont vécu en France, avant la Seconde Guerre Mondiale, son mariage avec Zoïa, jusqu’à ce retour à notre époque où Gueorgui et Zoïa passent leurs derniers moments ensemble.


La famille Romanov en 1913

J’ai autant aimé ces passages dans la Russie du début du siècle avec Gueorgui au service des Romanov, à faire connaissance de cette famille, le début de sa relation avec Anastasia, son attachement à la famille Romanov qu’il suivra jusqu’au bout, mais aussi Gueorgui et sa famille à notre époque. J’ai aimé voir comment Gueorgui et Zoïa, ce couple soudé, a affronté tant bien que mal bien des souffrances : la douleur de l’exil, tromperie, deuil, tentative de suicide, perte d’amis… C’est une vie bien rude, agrémentée de quelques rares joies, qui nous est contée dans un contexte historique riche puisqu’ils ont connu la Guerre froide, l’URSS, la chute de Lénine, la Seconde Guerre Mondiale, l’ostracisme des Russes, la montée de l'extrême-droite en Europe, etc. Au gré de toutes ces épreuves, le couple n’en demeure que plus soudé. On vit avec eux, on pleure avec eux, on craint pour eux.


Bien-sûr, l’identité de Zoïa n’est un mystère pour personne, surtout quand on considère que l’un des titres du roman est « Ne m’appelle plus Anastasia », cela ne m’a pas dérangé car, pour moi, le mystère ne résidait pas dans la véritable identité de Zoïa, mais bien quel chemin Gueorgui et Zoïa ont parcouru depuis leur départ de Russie et comment Gueorgui a accompagné les Romanov jusqu’au bout, et comment Anastasia a survécu. Le seul bémol est que je trouve que la romance entre eux a été un peu mal amenée, je m’attendais vraiment à voir le début de leur relation, les voir faire connaissance et les voir tomber amoureux mais nous n’en sommes pas spectateur. Pendant un chapitre, ils font indirectement connaissance, puis quelques chapitres plus tard, le narrateur nous apprend qu’ils se voient en secret. Dommage, j’aurais bien voulu assister au début de leur relation. J’ai aussi trouvé que la partie sur [spoiler] leur fuite hors de Russie ne soit pas survolée mais que l’auteur ait passé un peu plus de temps dessus [/spoiler]


La maison Ipatiev en 1928 (détruite en 1977)

Cela dit, c’est vraiment le seul bémol que je peux trouver à ce roman, car ce fut vraiment pour moi un véritable coup de cœur ! La maison Ipatiev fut une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle.


Ma fille m’avait offert une boule à neige, la base n’en était pas plus grande que ma paume, un socle en plastique blanc surmonté d’un hémisphère de verre. Au centre se dressait une maquette maladroite du palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, sa façade bleu foncé alors qu’elle aurait dû être vert pâle, les statues du toit invisibles, la colonne d’Alexandre manquant sur la place ; malgré tous ses défauts, le bâtiment était reconnaissable au premier coup d’œil. Il aurait été reconnaissable pour quiconque avait vécu ou travaillé sous ses lambris dorés. Je le contemplai en retenant ma respiration, comme si je craignais que mon souffle ne le fasse s’écrouler, et j’étrécis les yeux pour examiner les petites fentes blanches qui représentaient les fenêtres des trois étages.

Et les souvenirs revinrent en foule.

Je voyais le tsarévitch, Alexeï, s’élancer à travers la cour, courir d’une colonnade à l’autre, pourchassé par un membre de la Leib-Garde, terrifié à l’idée que l’enfant pourrait tomber et se blesser.

Je me représentais son père dans son bureau du premier étage, en grande discussion avec ses généraux et son Premier ministre, sa barbe parsemée de poils gris, ses yeux injectés de sang qui trahissaient leur angoisse face aux nouvelles décourageantes du front.

Au-dessus d’eux, j’imaginais la tsarine agenouillée sur son prie-Dieu, le starets debout derrière elle, marmonnant tout bas d’obscures incantations tandis qu’elle restait prostrée devant lui, non comme une impératrice, mais comme la femme d’un simple moujik.

Puis, à la porte d’une des cours intérieures, un jeune homme, un paysan de Kachine, allumait une cigarette dans l’air froid, refusait la compagnie d’un autre garde car il voulait être seul avec ses pensées, afin de se demander comment étouffer l’amour immense qu’il éprouvait pour une femme tellement hors de sa portée, une liaison condamnée à l’échec.

Je secouai le globe et les flocons qui reposaient sur la base montèrent dans l’eau, flottèrent doucement vers le toit du palais avant de descendre lentement, et les personnages peuplant ma mémoire surgirent de leurs cachettes pour regarder le ciel, les mains tendues, se souriant les uns aux autres, à nouveau réunis en un moment qu’ils auraient voulu ne jamais voir finir.

samedi 17 septembre 2022

La dame au linceul - Bram Stoker.



"Là, sur la terrasse, dans la clarté lunaire maintenant plus intense, se tenait une femme vêtue d'un linceul trempé qui ruisselait sur le marbre, faisant une flaque qui s'écoulait lentement sur les marches mouillées. Son attitude et sa mise, les circonstances de notre rencontre, me donnèrent aussitôt à penser, même si elle se mouvait et parlait, qu'elle était morte. Elle était jeune et très belle, mais pâle, de la pâleur éteinte et grise des cadavres. " 

Extrait du journal de Rupert Sent Leger, cette scène - dans la pure tradition du genre - donne bien le ton de cet admirable roman gothique où s'entrelacent lettres, billets, fragments de journal intime et notes pour raconter les aventures étranges et inquiétantes d'un jeune homme sans le sou devenu du jour au lendemain châtelain dans les Balkans...




Rupert Sent Leger hérite de son oncle décédé son château de Vissarion, situé dans les Montagnes Bleues, en Europe de l’Est. Aventurier dans l’âme, il décide de quitter son Angleterre natale pour y vivre. Il est vite conquis par le charme désuet du château ainsi que par les paysages et ses habitants, et entend bien se faire aimer d’eux tout comme il les aime déjà. Après quelques semaines passées dans sa demeure et après avoir invité sa tante Janet en vue de compagnie, les nuits de Rupert se retrouvent hantée par une mystérieuse apparition. Celle d’une femme envolée d’un linceul humide. Rupert se hâte de la faire entrer et la réchauffer, s’interrogeant sur sa curieuse invitée. Qui est-elle, d’où vient-elle et que lui est-il arrivé ? La jolie dame ne se dévoile pas mais supplie son hôte de la laisser se reposer près de lui et de lui apporter chaleur et réconfort, avant de s’enfuir le matin venu. Rupert est dévoré de curiosité et ne cesse de guetter, chaque nuit, l’apparition de cette étrange dame…


Le début est un peu long et laborieux et peut dissuader le lecteur de continuer sa lecture. Pourtant, après être enfin venu à bout du testament de l’oncle du protagoniste et les histoires de famille, le roman devient plus intéressant. Les premières pages ne présentent d’intérêt autre que celui de poser le contexte et d’introduire l’arrivée de Rupert au château. Fort heureusement, le lecteur n’aura pas grand besoin de connaître l’histoire des ancêtres et parents du protagoniste pour suivre le récit.


La force du roman, c’est bien entendu sa charmante et envoûtante atmosphère gothique. Il n’y a rien d’étonnant à cela, car La Dame au Linceul compile de nombreuses caractéristiques propres au roman gothique : nous avons un château magnifiquement décrit, une crypte mystérieuse, des décors naturels sortis tout droit des légendes, des paysages nocturnes, des tempêtes, une femme désespérée, voire persécutée, diablement belle et entourée de bien des mystères, des mentions au vampirisme, l’omniprésence de la nature et des ténèbres. Dès le départ, Bram Stoker nous plonge dans une ambiance de mystère, d’inconnu, d’inexplicable, un personnage féru d’occultisme (la tante), un paysage envoûtant par son côté sauvage et son exotisme (nous sommes ici dans les Balkans), un jeune héros fringant et aventurier avec un esprit noble et aventureux. Une dame étrangement belle et entourée de mystères, elle semble sortie d’un songe, elle semble même venue d’un autre monde. On se demande qui elle est exactement, quelle est sa nature, quelles sont ses intentions. Comme le protagoniste, on guette chacune de ses apparitions. N’oublions pas non plus le romantisme qui n’est pas à négliger avec le jeune Rupert qui va vite vouer un amour aveugle à sa belle inconnue dont il ne sait pourtant absolument rien.


La romance, si elle est rapide, a un aspect plutôt intéressant dans le sens où Rupert a vite conscience de la probable nature surnaturelle de son aimée, ce qui change de la plupart des romans gothique où l’on découvre la véritable nature du vampire/monstre/etc vers la fin du récit, alors que Rupert a des doutes assez rapidement et qu’il est prêt à tout pour celle qu’il aime, peu importe ce qu’elle pourrait être et qu’il espère même la sauver (j’aurais trouvé plus intéressant qu’il choisisse d’avoir une relation avec elle, en dépit de sa nature monstrueuse). La scène de rituel dans l’église [spoiler] ou plutôt leur mariage [/spoiler] m’a beaucoup plu, l’ambiance était mystique à souhait !


La Dame au Linceul n’est pas sans rappeler La Morte Amoureuse, de Théophile Gautier, lui-aussi étant un récit gothique. Si je devais retenir une chose de ce texte, ce serait sa résolution… à travers les secrets de cette chère dame blanche. C’est inattendu, complètement sorti de nulle part, et j’ignore si je dois féliciter Bram Stoker pour nous avoir surpris à travers son plot twist inattendu ou si je dois être déçue et me plaindre d’avoir été ainsi trompée [spoiler] c’était bien joué, de nous faire croire que la dame était un vampire alors qu’il n’en est rien et que c’est un stratagème mis en place pour sa sécurité… c’est finement trouvé, mais je ne peux m’empêcher d’être déçue car je m’attendais vraiment à trouver une histoire de vampire [/spoiler]. Bien joué Bram Stoker, bien joué…


Cela n’enlève rien à la qualité du texte bien qu’il reste assez oubliable. Je ne peux pas nier la beauté du récit, notamment à travers ses descriptions et son ambiance purement gothique qui envoûte son lecteur et lui donne envie de visiter, lui-aussi, le château de Vissarion et ce pays mystérieux, un peu hostile, mais enchanteur.


Inter arma silent leges - la voix de la raison se tait dans les moments de passion. Morte, ou morte-vivante, elle peut bien l'être, mais je l'aime, et quoiqu'il arrive, dans ce monde-ci ou dans un autre, elle est mienne. Dussé-je la sauver des enfers, elle sera ma compagne.

Livre quatrième - Sous le mât du drapeau.

dimanche 25 octobre 2020

Le fantôme de Canterville (et autres contes) - Oscar Wilde.


Lorsque Mr Hiram B. Otis, le ministre américain, acheta le domaine de Canterville Chase, tout le monde lui dit qu'il faisait une folie car il n'y avait pas le moindre doute que le manoir fût hanté. Mais le ministre américain et sa famille n'ont pas vraiment peur des apparitions nocturnes du spectre des lieux. Les jumeaux Otis lui jouent des tours, et les parents ont l'outrecuidance de lui offrir de l'huile pour graisser ses chaînes. Pauvre de lui, jadis si redouté, et désormais dépourvu de toute crédibilité !



C'est l'histoire d'un fantôme bien malheureux depuis que le domaine de Canterville a été acheté par des créatures les plus étranges qui soient dans ce monde... des Américains ! Lui qui fut le fléau de tous les anciens propriétaires qu'il a effrayé au point de les faire chasser, le voilà mis en déroute par une famille américaine qui ne réagit pas comme il l'aurait espéré de ses tours de fantômes. Le ministre et sa femme lui proposent de l'huile pour graisser ses chaînes, la tâche de sang qu'il laisse est systématiquement lavé comme si de rien n'était, et ces affreux jumeaux ne cessent de lui jouer des tours ! Lui ! Le fantôme ! Mais où va le monde ? Déconcerté mais pas découragé, le fantôme va essayer de tout mettre en œuvre pour se montrer effrayant et chasser ces malotrus !

Des cinq nouvelles présentes dans ce recueil, Le fantôme de Canterville reste ma préférée, d'autant plus qu'elle est la plus longue. C'est léger, drôle, divertissant. On sent qu'Oscar Wilde a du s'en donner à cœur joie dans l'écriture de cette histoire. L'humour repose en grande partie sur les différences culturelles entre l'Angleterre et les Etats-Unis, entre les Américains terre-à-terre, consuméristes, égalitaires et les Anglais, aristocrates, influençables, et pince-sans-rire. L'auteur s'amuse de ces préjugés, et porte un jugement sarcastique sur les Anglais, leurs superstitions et traditions, ainsi que les Américains, leur incompréhension de la culture européenne, leur rationalisme dépourvu d'imagination... du moins pour cette famille. Ce fantôme n'aurait pas plus mal tombé, faisant les frais du modernisme et du rationalisme de ces Américains fraîchement débarqués en Europe !

C'est particulièrement amusant de voir Oscar Wilde reprendre des éléments des histoires fantastiques de son époque pour y mettre une touche plus humoristique face à une famille particulièrement terre-à-terre, où c'est le fantôme qui vit des mésaventures au lieu des personnes qu'il est supposé hanter. Ses petits tours n'ont pas l'effet escompté et c'est plutôt lui qui est victime de tours ! Ce ton drôle et léger continue jusqu'à la fin de l'histoire, avec cependant une partie plus classique lorsque le fantôme se dévoile à Virginia, la fille du ministre et la seule à ne pas se moquer du spectre. À l'inverse de sa famille, elle va chercher à le comprendre et à l'aider à passer dans l'au-delà. On glisse ainsi vers le merveilleux avec une touche de surnaturel, presque mélancolique.

Mon édition était complétée par quatre contes : "Le prince heureux", "Le géant égoïste", "L'ami dévoué" et "Le rossignol et la rose". Ces quatre contes se ressemblent en reprenant des éléments classiques des contes (des animaux parlants, êtres surnaturels et une morale) mais se révèlent divertissants et touchants, voire tristes, même si je les ai trouvé moins inoubliables par rapport au Fantôme de Canterville qui se présente comme l’histoire la plus divertissante, légère et drôle par rapport aux autres qui sont plus touchantes et tristes. J’ai toutefois bien aimé Le géant égoïste qui se présente comme un conte touchant dans lequel un géant s’adoucit en se liant d’amitié avec un jeune garçon.


"Cher monsieur, dit Mr. Otis, permettez-moi d'insister auprès de vous pour que vous huiliez ces chaînes: je vous ai apporté à cette fin un petit flacon de lubrifiant. On le dit totalement efficace dès la première application. (...) Sur ces mots, le ministre des Etats-Unis posa le flacon sur une table et, fermant sa porte, se retira dans sa chambre.

Un instant, le fantôme de Canterville demeura absolument immobile, dans un accès d'indignation bien naturelle; puis, ayant lancé violemment le flacon sur le parquet poli, il s'enfuit le long du couloir, en poussant des gémissements sourds et en émettant une lueur verdâtre et fantomatique. 

samedi 5 octobre 2019

Carmilla - Sheridan Le Fanu.

Dans un château de la lointaine Styrie, au début du XIXe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive. Lorsque surgit d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne.

Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare  de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla...

Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais "par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain".

Métaphore implacable de l'amour interdit, Carmilla envoûte jusqu'à la dernière ligne... jusqu'à la dernière goutte de sang !



Que serait un mois d'Octobre sans un peu de lecture sur les vampires ? Ecrit 25 ans avant Dracula de Bram Stoker qui a majoritairement et définitivement faire reconnaître le vampire, Carmilla est une lecture incontournable pour les amateurs de vampires et de littérature gothique.

L'histoire nous est narrée par l'héroïne, Laura, une jeune fille appartenant à une aristocratie modeste et qui vit dans un château isolé en compagnie de son père, sa gouvernante, Mme Perrodon, et de sa préceptrice, Mlle de Lafontaine. Orpheline de sa mère, Laura a vécu une vie plutôt solitaire. Ainsi, se réjouit-elle lorsque son père offre son hospitalité à une jeune fille charmante et ravissante, suite à un accident de voiture. Inexorablement attachée à sa nouvelle amie si belle et attirante qui se nomme Carmilla, Laura cherche à en apprendre plus sur elle mais Carmilla reste discrète et refuse de parler de ses origines ou de sa famille. Au fur et à mesure que le temps passe, Laura remarque les étranges habitudes de son amie : son humeur mélancolique et changeante, le fait qu'elle s'enferme dans sa chambre dès la nuit venue pour n'en ressortir que début d'après-midi... Mais, profondément attachée à son amie, Laura choisit de faire l'impasse sur ses manies. En parallèle, une étrange épidémie se répand dans la campagne avoisinante et de nombreuses jeunes filles font d'étranges rêves et finissent par mourir de langueur au bout de quelques jours. Laura, elle-aussi accablée de rêves étranges où elle finit par ressentir une étrange douleur au niveau de son cou, s'affaiblit mais tente de cacher son état de santé à son entourage... Jusqu'à l'arrivée d'un ami de son père, un général, qui racontera à Laura et son père sa triste histoire, levant le voile sur une vérité dérangeante...


Sheridan Le Fanu
(1814 - 1873)
Bien que la véritable nature de Carmilla et l'intrigue de ce récit nous semblent évidents et que l'héroïne peut nous sembler bien naïve, il faut se mettre dans la peau du lecteur du XIXe siècle en découvrant cette histoire. Dracula n'était pas encore publié, et le vampire n'était pas encore bien connu dans la littérature fantastique. Il faut donc savoir replacer ce récit dans son contexte. Certaines personnes pourront trouver ce récit intéressant mais pas inoubliable, ce que je peux comprendre. Sans égaler mon amour pour le roman de Bram Stoker, j'ai passé un agréable moment avec Carmilla. L'avantage étant que ce récit est court et se lit facilement et rapidement. On entre dans l'histoire facilement, avec l'envie de savoir ce qu'il va se passer au fil des pages. L'intrigue, si elle ne surprend pas, est bien menée, directe comme un conte ou une nouvelle. 



L'un de ses aspects, c'est son ambiance délicieusement gothique ! Château isolé, vieille chapelle, forêt sombre et mystérieuse, paysages brumeux, l'héroïne pure, innocente et naïve, un antagoniste fascinant, mystérieux et inquiétant... Tous les ingrédients du gothique sont là, pour mon plus grand plaisir, avec des descriptions parfois poétiques, illustrant une atmosphère angoissante pour l'époque, notamment à travers les indices que laisse l'auteur sur la nature surnaturelle de Carmilla. L'écriture est très fluide et j'ai été séduite par les descriptions des paysages qui entourent le château, elles sont presque poétiques et permettent de bien s'imaginer le décor et l'ambiance gothique avec ses brumes, ses lieux, ... 

La figure du vampire, telle qu'elle est perçue au XIXe siècle, est aussi illustrée dans ce récit : la beauté inhumaine, la séduction quasi-hypnotique des victimes qui deviennent alors impuissante à reconnaître le danger et qui se sentent inexorablement attirées par le vampire, la nature de prédateur, le besoin de se régénérer dans le cercueil (dans Dracula, le vampire doit se reposer avec sa terre natale, Carmilla dans une marre de sang), les moyens de tuer le vampire. A l'instar du vampire de Stoker, Carmilla n'est pas confinée qu'au monde de la nuit et peut se déplacer en journée, bien que de façon moins fréquente.

L'originalité du récit est la relation qui se noue entre Laura et Carmilla. Cette dernière ne s'en prend qu'aux femmes, plus particulièrement des jeunes filles, dont elle tombe parfois amoureuse. Elle peut se fasciner pour sa victime, se prendre d'affection pour elle (aux lecteurs de juger si cette affection est réelle ou pas, pour mieux se rapprocher de sa victime) jusqu'à en devenir possessif. Carmilla est affectueuse avec Laura à qui elle prend et serre longtemps la main, qu'elle fixe de façon insistante, devient parfois possessive avec elle et parle d'union entre l'amour et la mort. Cet extrait résume bien la relation :

"Parfois, après une heure d’apathie, mon étrange et belle compagne me prenait la main et la serrait longtemps avec tendresse ; une légère rougeur aux joues, elle fixait sur mon visage un regard plein de feu languide, en respirant si vite que corsage se soulevait et retombait au rythme de son souffle tumultueux. On eût cru voir se manifester l’ardeur d’un amant. J’en étais fort gênée car cela me semblait haïssable et pourtant irrésistible. Me dévorant des yeux, elle m’attirait vers elle, et ses lèvres brûlantes couvraient mes joues de baisers tandis qu’elle murmurait d’une voix entrecoupée : « Tu es mienne, tu seras mienne, et toi et moi nous ne ferons qu’une à jamais ! » Après quoi, elle se rejetait en arrière sur sa chaise-longue, couvrait ses yeux de ses petites mains, et me laissait toute tremblante."

Laura, elle-même, est également attirée par son amie sans partager le même amour
Art by ariannafaricella qui s'est inspirée
de l'oeuvre Le Cauchemar de Füssli (1781)
possessif, pratiquement malsain, que Carmilla a pour elle. C'est une attirance qui se fait dès le début car Laura, qui a toujours souffert de la solitude, désire plus que tout une compagnie féminine et voit en Carmilla la possibilité d'une belle et longue amitié, et a des moments d'affection avec elle, rêve de lui caresser les cheveux et de les coiffer, et la trouve belle et irrésistible. Toutefois, on s'aperçoit que Laura ressent parfois une certaine répulsion, laissant deviner un amour possessif et passionnel non réciproque. Je pense, en effet, qu'on peut se dire que Carmilla est la première vampire femme et la première à aimer que les femmes et si elle parvient à séduire et attirer Laura, celle-ci ne semble pas partager le même amour, bien qu'elle lui est très attachée et qu'elle reste à jamais hantée par Carmilla. Je trouve cette relation vraiment intéressante ! Il y a de la fascination, de la poésie, et une sensualité troublante, c'est une relation troublante, fusionnelle, passionnée et macabre que je ne peux m'empêcher de trouver fascinante ! Sheridan Le Fanu ne dit clairement pas les choses, mais laisse supposer assez !

Carmilla en elle-même étant un personnage fascinant, on comprend l'attirance de Laura, bien qu'on se doute que les pouvoirs de Carmilla y sont pour quelque chose. J'aurais aimé en savoir plus sur elle, et notamment avoir le récit complet de ce jour où elle a été transformée, et le stratagème mis en place autour de ses victimes pour s'intégrer chez une famille est bien mené et intéressant à découvrir ! Mon seul reproche est que j'aurais aimé que l'histoire soit un peu plus longue, pour continuer à développer la relation Laura/Carmilla et les origines de Carmilla, mais je pense que le récit tel qu'il est peut se suffire en lui-même.

Pour résumer : une lecture agréable bien que n'apportant rien de nouveau ou d'exceptionnel pour les lecteurs du XXIe siècle que nous sommes. Toutefois, l'ambiance gothique qui s'en dégage, la plume presque poétique de l'auteur, m'a beaucoup plu, ainsi que le personnage de la vampire, la présence d'un peu d'action (notamment en fin de récit), de mystère, et de sensualité. Un classique pour la littérature "vampirique" du XIXe siècle !

Illustration de l'édition originale par David Henry Friston (1872) qui reprend une scène du roman.


Tu ignores combien tu m’es chère ; sans quoi, tu n’imaginerais pas que je te mesure ma confiance le moins du monde. Mais je suis liée par des vœux bien plus terribles que ceux d’une nonne, et je n’ose pas encore raconter mon histoire à personne, même à toi. Pourtant le jour approche où tu sauras tout. Tu vas me juger cruelle et très égoïste, mais l’amour est toujours égoïste : d’autant plus égoïste qu’il est plus ardent. Tu ne saurais croire à quel point je suis jalouse. Tu viendras avec moi, en m’aimant jusqu’à la mort ; ou bien tu me haïras, et tu viendras avec moi quand même, en me haïssant pendant et après la mort. Dans mon apathique nature, il n’y a pas de place pour l’indifférence.

vendredi 21 février 2014

Le magicien des morts - F.E. Higgins.


Pin Carpue découvrira-t-il la vérité sur la disparition de son père, accusé de meurtre ? Percera-t-il le secret de Bénédict Pantagus, l'homme qui fait parler les morts Et reverra-t-il bientôt Juno, cette mystérieuse jeune fille dont les parfums ensorcellent. Pour Pin, le temps presse. Car, sur les bords du Foedus qui traverse cette ville de cauchemar, rôde le tueur à la pomme d'argent, en quête de nouvelles victimes. Et s'il croisait le chemin de Pin Et si ce tueur était son père ?





Je suis tombée par hasard sur ce livre, mis en avant sur un rayon de la médiathèque, et j'ai été immédiatement attirée par sa couverture avec ses couleurs sombres et ses motifs presque gothiques, avec les têtes de gargouilles et de lions qu'on a l'habitude de trouver sur les vieilles portes de grandes demeures. Après un rapide coup d’œil à la quatrième de couverture, je me suis décidée à l'emporter avec moi.

Au bout du compte, je me suis aperçue que ce livre était le second tome d'une série, Tales from the Sinister City, mais je m'étais quand même risquée à la lecture de ce roman. Heureusement, il n'a pas été nécessaire d'avoir lu le premier tome pour comprendre celui-ci. Je pense que cette série présente des histoires assez indépendantes les unes des autres et qu'elles ont un point commun : le lieu, à savoir la sinistre ville d'Urbs Umida, un endroit franchement repoussant et sinistre, avec un fleuve nommé le Foedus qui empeste tellement que son odeur suffirait à réveiller un comateux, et aux habitants miséreux, misérables et peu accueillants.

Le personnage de l'histoire, c'est Pin Carpue, un jeune garçon. Il se distingue d'une part par le petit travail qu'il pratique dans l'espoir de gagner un peu d'argent pour assurer sa survie : assistant de monsieur Gaufridus, croque mort, Pin est payé à surveiller les cadavres, veiller à ce que personne n'aille vandaliser les cadavres ou veiller à ce que le cadavre soit bien mort ; il s'agit de ne pas enterrer quelqu'un de vivant mais que l'on croit mort ! Pin se distingue aussi de par la sombre affaire de meurtre dans laquelle on mêle son père, accusé du meurtre de l'oncle Fabian. Le jeune Pin voit les regards malfaisants et méfiants des habitants de la ville se poser sur lui, persuadés de la culpabilité du père si rapidement accusé de par la disparition soudaine du père et à cause de la facilité : pourquoi chercher un coupable lorsqu'on en a un tout désigné ?

Les habitants d'Urbs Umida n'ont pas le beau rôle : dépourvu d'éducation, de compassion, ils se moquent ou dénigrent ceux qui sont différents d'eux, recherchent à tout prix les distractions... même les plus effrayantes ou horribles, comme les spectacles et créatures étranges exposées à l'auberge du Doigt Agile qui expose dans ce roman : enfermé dans sa cage, le Monstre Goulu, dont on ignore exactement à quoi il ressemble, si ce n'est qu'il est une créature effrayante, immonde, amatrice de chair... fraîche ou non, parfois presque humaine dans ses gestes ; ainsi que le magicien des morts, monsieur Bénédict Pantagus, qui se dit capable de réveiller temporairement les morts par des charmes et potions.

Pour rajouter à Urbs Umida, en plus de ses habitants peu accueillants et son aspect insalubre, des meurtres en série sévissent dans la ville, causés par celui qu'on nomme le tueur à la pomme d'argent (car il sévit avec une canne à pommeau d'argent), et dont on repêche le plus souvent les victimes dans le Foedus. Ce roman n'est pourtant ni un roman fantastique ni un roman policier. C'est un ouvrage qui se veut gothique dans son style, avec une écriture simple mais plaisante, destinée à un public adolescent, et qui joue un peu sur l'horreur sans que cela soit traumatisant (et, entre nous, si je voulais être vraiment traumatisée à vie en lisant un roman, j'irais lire du Stephen King). C'est un roman à tendance fantastique sans vraiment l'être. On peut penser au départ que c'est un roman fantastique à cause de quelques éléments (le Monstre Goulu, le Magicien des morts...) avant de se rendre compte, au fur et à mesure qu'on avance dans le roman, qu'en fait on est assez éloigné des traditionnels romans jeunesse fantastique avec des vampires et loup-garou. Au départ, j'étais déçue de savoir qu'il n'y a aucune part de fantastique dans le roman avant de me persuader que c'est pour le mieux.

Finalement, cette atmosphère qui tend au fantastique sans qu'il y en ait vraiment me plaît mieux, que l'on découvre que même ce qu'on croyait être du surnaturel ne l'est pas [spoiler] d'apprendre que Pantagus ne réveille pas les morts mais use d'illusion et des potions et parfums pour donner cette illusion aux spectateurs... et même le monstre Goulu qui a des aspects humains parfois (il sait tourner une clé dans une serrure et mettre un manteau et chapeau, comme un humain... alors, est-ce un humain à l'aspect particulièrement hideux et animal ?) [/spoiler] ça entre plus dans l'optique de la société du XIXe siècle dans laquelle prend place l'histoire. On a un côté occulte, mystique, qui prête au frisson et ça reste assez dans la norme de cette société du XIXe siècle. D'une certaine façon, ça me fait un peu penser à la sombre et glauque ville de Londres de l'ère victorienne que les romans se plaisent à peindre parfois, et j'ai beaucoup apprécié le côté très sombre et glauque de la ville d'Urbs Umida, malgré son aspect peu accueillante, et que l'auteur nous offre vraiment le portrait de la ville qu'on ne désire pas habiter. Outre la ville, l'auteur nous offre une panoplie de personnages plutôt attachants, sans qu'ils soit irrésistibles ou extraordinaires, elle nous offre tout de même des personnages sympathiques à suivre avec une histoire intéressante. Elle nous offre dans ce roman une narration en mosaïque nous présentant les différents personnages, nous permettant de comprendre comment ils en sont arrivés à devenir ce qu'ils sont.

On a le personnage principal bien-sûr, Pin Carpue, un jaune garçon payé à surveiller les morts et dont la route va croiser divers personnages, c'est un personnage plutôt intelligent par rapport aux habitants de la ville, il est plus poli, doté d'une éducation, qui sait lire, écrire et se tenir, il sait aussi bien parler. Il va rencontrer divers personnages dont Beag, le nain qui est petit de taille mais un véritable géant intellectuel, très érudit et amateur de chant et de poésie... qui est un lanceur de patates professionnel aussi (si, si), souvent accompagné de son ami, Aluph Buncombe qui exerce un travail assez inhabituel : il lit les bosses et la nuque des individus afin de déterminer quel genre de personne ils sont et dans quelle voie ils pourraient s'épanouir. Bénédict Pantagus, le magicien des morts, et son assistante, la jeune Juno ne sont pas en reste. L'un réveille les morts et l'autre manie les parfums et concocte des potions et je remercie l'auteur de ne pas avoir élaboré de romance entre Pin et Juno car ça aurait vraiment fait cliché et prévisible, heureusement, ces deux-là ne dépassent pas le stade de l'amitié ! N'oublions pas non plus le fameux Déodonatus Snoad, chroniqueur de la ville à l'aspect aussi hideux que sa personnalité et à la plume cruelle et acide.

L'auteur nous offre une histoire plutôt intéressante, les pages se tournent toutes seules, j'ai aimé les descriptions de la ville et rencontrer chacun des personnages et suivre l'évolution de l'affaire du tueur à la pomme d'argent, bien qu'on ne suive pas d'enquête policière, au moins on finit par savoir qui est le coupable car, outre le manque d'action dans cette histoire, on reste sur notre faim pour un certain nombre de choses telle que l'affaire du meurtre de l'oncle de Pin et de la disparition de son père ou le passé mystérieux de Juno. Il y a eu des choses volontairement laissées dans le flou, ce qui m'a laissé un peu frustrée, surtout que je doute que le troisième livre de la série poursuivre l'histoire telle qu'elle a été laissée à la fin de ce tome car j'ai cru comprendre que chaque histoire de la série est indépendante aux autres. J'irais me renseigner néanmoins. Malgré cette frustration, j'ai bien aimé l'histoire et faire la rencontre des personnages (bien que j'aurais cru que certains, comme monsieur Gaufridus, auraient un rôle plus majeur), l'auteur nous offre des descriptions belles et simples et elle a pris le parti de la noirceur, de l'horreur et joue sur les sensations. dépeint des tableaux assez noirs, joue sur les descriptions des odeurs...

Juste un petit mot en passant pour dire qu'aujourd'hui, j'ai 23 ans. Que le temps passe vite, youhou ~


Un cadavre au bord de la putréfaction n'est pas le compagnon idéal pour passer une longue soirée d'hiver, mais Pin Carpue n'était pas là pour faire la conversation. Il était là parce que c'était son travail. Pourtant, quelque chose ne tournait pas rond ce soir-là. Si le corps de celle qu'il veillait - elle s'appelait Sybil de son vivant - s'était redressé et avait tenté de dialoguer avec lui, il aurait été dans l'incapacité totale de répondre.

Chapitre un. Une étrange compagnie.

samedi 1 octobre 2011

Salomé - Oscar Wilde.

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Articles connexes :

- Le portrait de Dorian Gray.
- L'importance d'être Constant.
- Le fantôme de Canterville (et autres contes).




Emprunt médiathèque fac.
Lecture en ligne ici (en VF) et ici (en VO).







Quatrième de couverture :

A la fin du XIXe siècle, le mythe de Salomé suscite chez les artistes une fascination à nulle autre pareille : la princesse de Judée, qui incarne la femme "naturelle, c'est-à-dire abominable" selon le mot de Baudelaire, devient une figure majeure de l'imaginaire décadent, inspirant indifféremment peintres, poètes et romanciers. De cette danseuse fatale, Wilde donna dans Salomé l'une des interprétations les plus marquantes de l'histoire de la littérature. La tension croissante de ce drame en un acte traduit la montée du désir monstrueux de Salomé, la fille d'Hérodias, pour le prophète Iokanaan. Cruauté, sacrilège, étrangeté et érotisme se mêlent dans cette pièce dont Mallarmé salua les perpétuels traits éblouissants et dont Pierre Loti a pu dire : "C'est beau et sombre comme un chapitre de l'Apocalypse".


Mon avis :

Finalement, je n'aurais pas beaucoup attendu pour tenter un autre Oscar Wilde, ici j'ai décidé de découvrir une de ses pièces de théâtre : Salomé, et je dois avouer que je ne connaissais absolument le mythe de Salomé avant de lire la pièce de Oscar Wilde, qui m'a poussé à découvrir en détail cette histoire. Je me coucherai moins bête ce soir.

Salomé est en fait un personnage dans la Bible chrétienne, dans un épisode des Evangiles de Matthieu et Marc. Elle est la fille d'Hérodias (ou Hérodiade selon les versions), princesse juive qui a quitté son mari pour épouser le frère de celui-ci, Hérode, qui est tétrarque de Galilée. Iokanaan (ou Jean-Baptiste selon les versions) dénonce ce mariage quasi incestueux et se retrouve vite arrêté puis enfermé dans un puit, ses propos ne plaisant pas à Hérode, d'autant plus que la foule en est venue à considérer Iokanaan comme un prophète. Oscar Wilde reprend donc cette histoire. Salomé quitte le festin que donne son beau-père et se met soudain à entendre la voix de Iokanaan et se retrouve envoûtée par cet homme, ne désirant qu'une chose : l'embrasser. Je pense que c'est à partir de là que l'auteur se démarque du récit biblique : Salomé tombe amoureuse de Iokanaan. Je ne révèle pas plus de la pièce ou même du récit de la Bible, je ne veux pas gâcher la surprise.

C'est comme une sorte de tragédie antique tirée de la Bible. J'ai eu l'impression de lire une pièce de théâtre antique mais reprenant un mythe biblique. Cette pièce de théâtre est très courte et elle n'est certainement pas la pièce la plus intéressante que j'ai pû lire jusqu'à présent, mais ça se lit vite et bien et ça reste intéressant. Elle m'a fait découvrir un récit biblique jusqu'alors inconnu pour moi, en se centrant plus sur le personnage de Salomé, une jeune femme belle, douce mais à la fois perverse et haïssable sous certains aspects. Dès le début, l'auteur nous fait sentir une atmosphère pesante, malsaine, le climat est lourd, la lune paraît menaçante et étrange, des cris résonnent... et les personnages ne savent pas ce qu'il va se passer, ils ont peur mais ignorent de quoi, comme une espèce de pressentiment. Il y a Hérode qui regarde sans cesse sa belle-fille et Hérodias, sa femme, le prie de cesser de fixer sa fille, qu'il ne faut pas la regarder, les gardes qui fixent amoureusement Salomé et Salomé elle-même qui se prend d'amour et de passion pour le prophète enfermé qui espère voir cette femme fatale loin de lui. Ces thèmes reviennent très souvent, certaines phrases sont même assez répétitives, mais ce n'est pas dérangeant, ça ne fait que renforcer l'atmosphère pesante et lourde.

Meutre, sang, perversité, luxure, amour, haine et sans cesse la lune étrange qui ressemble à une femme... il y a tout ça dans cette pièce, elle a un petit quelque chose de malsain et dérangeant. Autant dire que je n'ai pas reconnu le style de Wilde, mais peut-être est-ce dû au fait qu'il reprend un récit des Evangiles et que vu comment s'est présenté le récit, il n'a pas pû ajouter la touche d'ironie que je lui connaissais dans les oeuvres d elui que j'ai pû lire avant ? Dans un tel récit, il ne pouvait ajouter sa touche. Pour moi (mais peut-être est-ce aussi dû au fait que je ne connais les oeuvres d'Oscar Wilde que depuis peu et que je ne suis pas si familière que ça à son style), cette pièce aurait pû être de la plume d'un autre auteur, ça n'aurait fait aucune différence. Ne voyez pas ça comme un reproche, mais comme une remarque innocente ! Salomé reste une pièce poétique, envoûtante, dérangeante et intéressante même si pas si inoubliable que ça. J'ai quand même aimé, l'ambiance est bien rendue, les illustrations offertes par l'édition GF Flammarion sont intéressantes, ainsi que la préface que je conseille de lire après lecture de la pièce, sous risque d'avoir la lecture gâchée, spoilée car elle révèle pas mal d'élèments et de scènes de l'oeuvre donc l'effet de surprise risque d'être gâchée (Dieu merci, je lis rarement les préfaces et si c'est le cas, le plus souvent en fin de lecture !).

Salomé est une pièce pas forçément inoubliable ou extraordinaire, du moins pour moi, mais elle n'en est pas moins inintéressante. C'est un classique où se mêlent la luxure, la cruauté, la séduction, la beauté, elle m'a fait découvrir un récit biblique que je ne connaissais pas. Bref, une pièce intéressante à découvrir ! Même si les scènes ne sont pas numérotés, il n'y a pas de Acte n°untel et Scène n°untel, ce qui nous oblige à lire la pièce d'un coup, heureusement qu'elle est courte. Mais, bon sang de bon soir, quel fin glauque et perverse !

Extrait :

(Une grande terrasse dans le palais d’Hérode donnant sur la salle de festin. Des soldats sont accoudés sur le balcon. À droite il y a un énorme escalier. À gauche, au fond, une ancienne citerne entourée d’un mur de bronze vert. Clair de lune.)


LE JEUNE SYRIEN
Comme la princesse Salomé est belle ce soir !

 

LE PAGE D’HÉRODIAS
Regardez la lune. La lune a l’air très étrange. On dirait une femme qui sort d’un tombeau. Elle ressemble à une femme morte. On dirait qu’elle cherche des morts.

 
LE JEUNE SYRIEN
Elle a l’air très étrange. Elle ressemble à une petite princesse qui porte un voile jaune, et a des pieds d’argent. Elle ressemble à une princesse qui a des pieds comme des petites colombes blanches… On dirait qu’elle danse.

mardi 20 septembre 2011

Le Portrait de Dorian Gray - Oscar Wilde.

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'Vows are spoken to be broken
Feelings are intense, words are trivial
Pleasure remain, so does the pain
Words are meaningless and forgettable.'

- Enjoy the silence, Depeche Mode -
 
 
Articles connexes :
- Le fantôme de Canterville (et autres contes).


Lecture en ligne
ici (en VF) ou ici (en VO).




Quatrième de couverture :

'Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d'un jeune fomme d'une extraordinaire beauté physique, devant lequel, à peu de distance, se tenait assis le peintre lui-même, Basil Hallward, celui dont, il y a quelques années, la disparition soudaine a, sur le moment, tant ému le public et donné lieu à d'étranges conjectures.' Or Dorian Gray, jeune dandy séducteur, a fait ce voeu insensé : garder toujours l'éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et, de fait, seul vieillit le portrait où se peint l'âme noire de Dorian.


Mon avis :

J'avais d'abord prévu de découvrir, il y a plusieurs mois, Oscar Wilde avec ce titre, mais finalement je me suis dit que ce serait commençer gros, alors j'ai décidé de commençer petit en attaquant quelques contes puis une pièce de théâtre avant de me décider à découvrir ce titre célèbre de l'auteur. Je ne vois pas pourquoi je me suis inquiètée, c'est un classique très abordable, simple et agréable à la lecture. Certes pas un coup de coeur, mais une lecture agréable et intéressante, je ne regrette pas la découverte de ce grand classique, ça me donne encore plus envie de découvrir l'auteur et ses oeuvres.

Le livre s'ouvre sur le peintre lui-même, Basil Hallward, qui termine de peindre ce qu'il dit être l'oeuvre de sa vie. Fasciné par le modèle lui-même, Basil parle de ce fameux Dorian Gray à son ami Lord Henry, ainsi de ce que représente pour lui cette muse si exceptionnelle qui a capté son regard dès le début. Devant tant d'enthousiasme, Lord Henry se retrouve frappé par la curiosité et se retrouve bien vite intéressé par ce jeune homme d'une beauté rare et extraordinaire, semblant être à l'apogée de la jeunesse de Dorian. Et alors que Basil continue de peindre Dorian, Lord Henry attire l'attention du jouvenceau naïf en lui parlant de sa beauté exceptionnelle et que de ce fait, tout lui appartient car il possède la jeunesse et la beauté, mais qu'il doit chérir ce temps tant qu'il en est encore temps car la jeunesse est chose éphémère. Il conseille donc à Dorian de profiter de sa jeunesse le temps qu'elle dure, avant qu'il ne vieillisse et que sa beauté ne se fane avec le temps et que, par conséquent, Dorian perdra tout. Frappé par ces paroles, Dorian prend en considérations les dires de Lord Henry, préoccupé, désespéré par cette nouvelle réalité qui le frappe soudain à la figure. Pris de panique, une partie de sa naïveté s'en est allé avec le discours d'Harry/Henry, il prend conscience de sa jeunesse et sa beauté, deux choses qui l'ont béni et soudain la peur de les perdre le désespére profondément. Lorsqu'il voit enfin le chef d'oeuvre de Basil terminé, il émet le souhait de rester jeune à jamais, comme l'est son portrait. Si seulement, se dit-il, il pouvait rester jeune et beau tandis que le Dorian du tableau vieillira à sa place, inversant ainsi les rôles : le modèle restera jeune et le portrait subira les dommages du temps et de la vieillesse.

L'écriture de Oscar Wilde est vraiment un délice, et la traduction était simple, je n'ai eu aucun problème de vocabulaire. On retrouve dans cette oeuvre nombre de citations devenues célèbres de l'auteur (comme le 'Le meilleur moyen de résister à la tentation est d'y succomber'), mais il y a aussi panoplie de réflexions qui prêtent à réfléchir, rien que sur les femmes via les paroles de Lord Henry qui reste quand même un personnage assez intéressant et inoubliable : les propos sur les femmes sont certes un peu misogyne mais parfois débordants d'une étonnante vérité. Il y a aussi cette description de la société anglaise du XIXe siècle assez moqueuse et ironique, l'auteur nous peint d'une façon plaisante et intéressante la société dans laquelle il a vécu, avec ses codes et ses règles... et ses gens qui passent leur temps à les enfreindre joyeusement et à suivre la mode, comme Lord Henry et son épouse : ils ont beau être mariés, ils vivent leur vie séparément.

Ce livre est aussi un vrai questionnement sur l'importance de la beauté et de la jeunesse, jusqu'à quel point une personne est prête pour retarder sa vieillesse, pour rester jeune et belle le plus longtemps possible, un problème qui reste encore d'actualité. Ici, Dorian fait le voeu de rester jeune et beau tandis que son portrait vieillira à sa place et son souhait se réalise. Et alors que même à 30 ou 40 ans, Dorian reste jeune, ses amis vieillissent, prennent des rides mais son âme devient vieille, laide et noire. C'est après une histoire d'amour ayant mal finie que Dorian se rend compte que les conséquences de ses actes se reflètent sur son portrait qui s'enlaidit à chaque fois que Dorian commet un acte irréparrable. La question est jusqu'où il serait capable d'aller sans devoir répondre de ses actes, il a ce refus de vieillir et il est prêt à n'importe quoi pour garder son enveloppe jeune et belle à jamais. Souhaiterons-nous aussi de rester jeune et beau, du moment qu'un portrait de nous vieillira à notre place ? Combien seraient prêts à vendre leur âme pour l'éternelle jeunesse ? Comme Faust, pourrions-nous nous condamner nous-même en échange de la satisfaction de nos désirs ? On a donc beaucoup de réflexions, sur l'éternelle jeunesse et beauté, sur la société anglaise et même sur l'art, beaucoup de paragraphes consacrés à l'art, ce qui a changé ma façon de percevoir l'art. Oscar Wilde consacre beaucoup de pagaraphes pour toutes ces réflexions à travers les découvertes de Dorian, donc oui, ça se perd en blabla et parfois je me dis 'c'est bien intéressant tout ça mais ça traîne en longueur' ça commençait à devenir un peu ennuyeux mais heureusement, ça n'a pas duré.

L'auteur nous offre des personnages haut en couleur et très intéressants. Prennez Dorian par exemple : il a, au début du roman, toute la naïveté de la jeunesse, il est timide, discret, il ne ferait pas de mal à une mouche mais au contact de Lord Henry, cette naïveté qui le rendait innocent s'en va vite. D'abord effrayé devant les paroles d'Harry, il finit par être d'accord avec lui et il change à cause de cette nouvelle fréquentation. Sa naïveté qui faisait pitié au lecteur s'en va alors que Dorian change et qu'il prend conscience de sa beauté et de sa jeunesse et à quel point ces deux atouts peuvent lui servir et lui apporter bien des avantages : le monde peut lui appartenir, les gens tomberont à ses pieds ! Dorian prend alors une fascination presque obsessionnelle pour sa beauté et sa jeunesse. Il commet parfois des actes odieux, méprise certaines personnes, devient excécrable, vaniteux et on le déteste pour ça (bien que 'détester' est un mot bien fort), mais en même temps, on le voit en proie à diverses émotions qui contredisent son être : il peut penser A puis penser B la minute suivante, tout en étant en proie à des doutes, il se prend à avoir peur, à regretter mais ignore comment se racheter. Tantôt bouleversé d'une action mauvaise qu'il aurait faite, il peut devenir indifférent après. Il n'y a pas un seul Dorian Gray, il y a plusieurs facettes de lui, c'est un personnage assez ambigü, ambivalent, confus. Il est intéressant à exploiter en fait, je n'éprouve pas de haine envers lui, je trouve qu'il est intéressant, j'ai pitié de lui parfois.

D'un côté, il a provoqué tant de drames, il en est l'auteur, il est fautif, tantôt blanc tantôt noir mais d'un autre côté, c'est aussi la faute de Lord Henry qui l'a involontairement poussé à faire ces actes. Les paroles de Lord Henry, toutes ces conversations ont influençé Dorian, l'ont changé profondément. Lord Henry considère Dorian comme une expérience, c'est un jouvenceau qu'il se plaît à voir se modifier, voir à quel point ses paroles ont eu un impact sur Dorian qui est jeune et influencable. Il modofie Dorian à sa manière, il est fasciné par ce jeune dandy, mais pas de le même manière que Basil car Basil prend les intérêts de Dorian à coeur, il l'admire et le respecte profondément. Il est un peu la bonne influence que Dorian aurait pû avoir si seulement il s'en était donné la peine mais malgrè toute l'amitié que Dorian avait envers le pauvre Basil, il préfère encore la compagnie de Lord Henry qui est diaboliquement ironique, moqueur et machiavélique. J'aurais aimé aussi que l'auteur s'attarde plus sur certains personnages ou moments : sur Alan Campbell par exemple qu'on voit peu mais que j'ai adoré tout de suite, j'aurais aimé savoir comment il en est venu à rencontrer Dorian, à tomber dans ses griffes, à éxécuter (bien qu'à contre coeur) ce que Dorian exigeait de lui ; ou les moments où James Vane et sa mère [ apprennent le suicide de Sybil Vane, le chagrin de la mère et le désir de James de venger sa soeur, les années de traque de James pour retrouver celui qui avait brisé sa soeur : Dorian ], je m'attendais aussi à ce qu'il y ait plus de méfaits de Dorian, à voir plus de sa déchéance, j'aurais presque souhaité que le livre dure plus longtemps... mais quelle fin, n'empêche !

Un classique bien intéressant, passionnant, offrant des personnages haut en couleur, j'aurais presque voulu que la lecture dure plus longtemps et voir certaines scènes, malgrè les longs monologues et les réflexions sur l'art qui traînent parfois en longueur, c'est un très bon roman qui a sû me captiver, et qui donne matière à réflexir, surtout que les maux et questionnements de ce livre sont encore d'actualité. Machiavélique et formidable, parfois malsain mais toujours aussi intéressant, c'est un classique qui vieillit bien, je comprends son succès même si je n'ai pas découvert ce livre avec le même enthousiasme que d'autres lecteurs. Ce n'était pas une lecture inoubliable, mais j'ai franchement adoré, je voudrais lire plus de l'auteur car il est sûr que l'auteur m'a captivé.

Extrait :

Il [Dorian] se jeta dans un fauteuil et médita. Soudain, ce qu'il avait dit dans l'atelier de Basil Hallward le jour où ce tableau avait été achevé lui revint à l'esprit. Oui, il s'en souvenait parfaitement. Il avait exprimé un souhait insensé : que lui-même restât jeune tandis que le portrait vieillirait ; que sa propre beauté demeurât sans tache, tandis que le visage sur la toile payerait le prix de ses passions et de ses péchés ; que l'image peinte fût marquée au fer de la souffrance et de la pensée, tandis que lui garderait la délicate efflorescence et la joliesse de la juvénilité dont il venait de prendre conscience. Ce n'était tout de même pas son souhait qui avait été réalisé ? De telles choses n'arrivent pas. Ne fût-ce qu'y penser semblait monstrueux. Et pourtant, le tableau était là, devant lui, avec cette touche cruelle dans la bouche.

7.

jeudi 27 janvier 2011

L'importance d'être Constant - Oscar Wilde.

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 Lecture en ligne ici.
Emprunt bibliothèque fac.



Articles connexes :

- Le portrait de Dorian Gray.
- Le fantôme de Canterville (et autres contes).








Quatrième de couverture :

Dernière pièce d'Oscar Wilde, L'Importance d'être constant brille des feux d'un langage habité par la grâce : s'y manifestent la puissance et la modernité de la réflexion de l'auteur sur la fiction, mais aussi son inventivité subversive et satirique, son esprit généreux et étincelant d'élégance et de drôlerie.


Mon avis :

C'est rare que je retienne et note autant d'extrait pour un livre, mais c'était si difficile de choisir un extrait préféré et beaucoup étaient si inoubliables que j'ai préféré en noté plusieurs pour m'en souvenir encore et encore et ne pas les oublier. Je crois que je commençe à beaucoup m'attacher à Monsieur Wilde. Après avoir lu quelques contes et nouvelles, j'ai décidé de m'attaquer à une de ses pièces de théâtre, d'abord en anglais puis en français car je me disais depuis un temps que c'était une honte que de ne pas découvrir et lire plus d'Oscar Wilde, et je m'étais dit que ce serait bien que cette année, je lise plus de pièce de théâtre et de classique que de littérature jeunesse (vais-je réussir ? C'est mal parti xD)

Comme la quatrième de couverture ne dit rien de l'histoire, je vais vous offrir un résumé (pas de moi) : Jack Worthing, aristocrate et dandy, s'est inventé un frère, prénommé Constant, sous l'identité duquel il accumule à Londres dettes et plaisirs. Courtisant Gwendoline Fairfax sous ce nom déguisé, il est bien loin de se douter de l'importance qu'elle attache à son prénom... Au même moment, son ami Algernon Moncrieff, bien décidé à séduire Cecily Cardew, la pupille de Jack, se rend à la campagne où celle-ci réside. Il se présente comme le frère de Jack, Constant. Un prénom que la jeune fille trouve aussi très à son goût...

Même si j'ai, en quelque sorte, peur des classiques (surtout ceux imposés par l'école), certains m'ont agréablement surprise et L'importance d'être Constant fut de ceux-là, je me suis follement amusée à lire et relire cette comédie. N'étant pas une habituée de Wilde, je n'ai pas pû comparé ses oeuvres à celle-ci qui était sa dernière, il n'empêche que j'ai beaucoup aimé cette lecture. Tout tourne autour du langage, Oscar Wilde s'amuse en jouant avec les mots et les phrases, il multiplie des fausses pistes pour nous égarer. Ca se lit facilement, c'est très abordable, c'est divertissant, drôle, l'auteur est un véritable virtuose des mots, l'ironie est présente à chaque page. C'est l'histoire de deux amis, deux fausses identités, une imposture tellement dérisoire et comique, je ne me lasse pas de relire tout ça. C'est une comédie tout simplement succulente avec un humour inégalable, une critique moqueuse des coutumes et institutions de la haute société anglaise de l'époque victorienne avec la superficialité, l'hypocrisie, la religion, la famille et les mariages ! C'est à la fois drôle et absurde, à prendre au second degrès, mais tout est excellent : la plume de l'auteur, la finesse des dialogues, les reflexions sur le mariage, l'humour... bref, tout. J'ai adoré et ça ne fait que m'encourager encore et encore à découvrir plus d'Oscar Wilde :D

 
Extrait :

Algernon : Ce départ est pour moi une vraie douleur.
Cecily : Une douleur insoutenable, quand il s'agit de quitter quelqu'un que l'on connaît à peine.
Algernon : Merci ! J'espère ne pas vous offenser, Cecily, en vous jurant que vous incarnez la perfection absolue.
Cecily : Je vous en remercie infiniment, Constant. Permettez-moi de le noter immédiatement dans mon journal.
Elle va vers la table et l'écrit dans son carnet.
Algernon : Vous tenez vraiment un journal ? Je donnerais tout pour être autorisé à le lire. Je peux ?
Cecily : Oh, non. Ce ne sont que des émotions de jeune fille, destinées un jour à la publication. Quand cela paraîtra, j'espère que vous l'achèterez.

Acte II.

mercredi 29 septembre 2010

L'assistant du vampire (T.4) La montagne des vampires - Darren Shan.

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'Les vampires carburent au danger, n'est-ce-pas ?'


Du même auteur :





Quatrième de couverture :

Je m'appelle Darren Shan. Je suis un semi-vampire et voilà plusieurs années que je suis l'assistant de Mr Crepsley, un ancien général vampire. Aujourd'hui, nous devons quitter le Cirque du Freak pour nous rendre au grand Conseil de la Montagne des Vampires, le coeur de notre monde. Je vais y être soumis à de terrifiantes épreuves, dans le but d'intégrer définitivement la communauté des vampires. Mais suis-je vraiment prêt à quitter la part d'humanité qui me reste ?


Mon avis :

Et voilà achevé le dernier tome de Darren Shan traduit en français. J'ai plus qu'à pleurer, voire prier, voire espérer que la traduction va continuer. Car sur douze tomes, ils ne vont pas s'arrêter en si bon chemin, si ? J'essayerais de voir si je peux contacter la maison d'édition, sinon je n'aurais qu'à commander la suite en anglais. Ah, monde cruel. Revenons-en au livre. Alléluia, je suis de nouveau capable de lire un livre sans m'être lassée ou énervée. D'une certaine façon, Darren Shan m'aura sauvé ces deux derniers mois.

Alors, le tome quatre nous rappelle qu'il est déconseillé de vampiriser des jeunes enfants, même s'ils ne sont que demi-vampire. Huit ans sont passés depuis que Darren est devenu demi-vampire pour sauver son meilleur ami, mais cela ne change rien au fait qu'il a toujours l'apparence d'un jeune garçon, il faut toujours le présenter aux princes des vampires car il est mauvais de leur garder ce genre d'information... C'est pourquoi Mr Crepsley profite de la prochaine réunion des vampires pour quitter momentanément le cirque du freak avec Darren dans le but de présenter son jeune assistant aux autorités des vampires. Mais la route pour accéder à la Montagne des Vampires exige endurance et dures épreuves... et qui dit que tout ça se sera calmé une fois arrivé à destination ? La vie vampirique n'est jamais simple et reposante...

Ce qui m'a d'abord surprise dans le livre était la taille. Il est petit ! Trop court, même pas 200 pages ! Et pour le prix, c'est un peu dommage... enfin, j'ai aimé cette lecture, mieux que le tome précédent, bien qu'il ne se passe pas grand chose à priori. Nous retrouvons Darren, six ans après le tome d'avant, qui semble avoir accepté sa nature et le monde auquel il appartient, même s'il a toujours autant de question à ce sujet et qu'il n'approuve ni n'adhère pas forcément à certaines choses, car nous en apprenons plus sur le monde et la société des vampires, leurs mœurs, leurs coutumes, leur style de vie, les hobbies... et donc, nous rencontrons d'autres vampires, comme l'ancien maître de Mr Crepsley : Seba Niles, puis les autres : Kurda, Arra Sails, Vanez, les princes, et on retrouve aussi Gavner que j'aime beaucoup. On quitte le cirque du freak pour la société vampirique, ce qui n'est pas plus mal, surtout que Evra, l'ami de Darren, a grandi contrairement à Darren, et même s'ils sont toujours proches, leur relation ne sera plus jamais la même d'une certaine façon.

Comme je disais, il ne se passe pas vraiment grand chose dans ce tome. Bien-sûr, la traversée jusqu'à la montagne est difficile, longue et pénible, il y a quelques embûches, des ennuis qui viennent compliquer le trajet, mais il y a moins d'action que dans les tomes précédents. Ce tome laisse davantage de place à la présentation du monde des vampires. Pourtant, j'ai aimé ce tome, bien qu'il y ait moins d'action. Bien-sûr, il est trop court, l'intrigue est toujours aussi simpliste, les descriptions ne sont pas toujours brillantes (parce que c'est un enfant qui raconte ? Et encore, si Darren a encore l'apparence d'un jeune ado, il doit bien avoir 18-19 ans en réalité), mais l'humour est toujours présent (j'ai adoré la scène où Gavner se retrouve en caleçon jaune avec des éléphants roses, ou encore quand Seba Niles racontait les bêtises que faisait Crepsley quand il était son assistant, et le-dit Crepsley expliquer, avec embarras, à Darren les techniques de punitions très spéciales de son ancien maître), l'écriture est toujours fluide ainsi on a aucun problème à suivre l'histoire. Darren est parfois cinglé, un garçon entêté et fonceur parfois, mais c'est pas grave, je l'aime quand même. Même si son caractère manque de complexité, on sent que les choses se mettent en place, que les choses sérieuses vont vraiment arriver et que ça ne se terminera pas toujours très bien, qu'il y aura de dures et lourdes épreuves à venir dans le futur, on le sent, surtout vers la fin de ce tome. Je pense d'ailleurs que ce tome servait surtout à faire une transition avec le cinquième tome.

Lecture toujours satisfaisante, malgré le manque d'action, mais la fin laisse envisager une suite plus riche, plus dense avec plus d'action et d'épreuves, on sent que l'histoire est à un tournant et que les choses sérieuses vont enfin arriver. J'espère que le tome cinq sera bientôt traduit !

Extrait :

Au bruit de l'air battant mes oreilles a succédé celui du bâton d'Arra qui heurtait net le côté gauche de mon visage, m'envoyant valser par terre.
L'instant d'après, je fixais le plafond et, accessoirement, la masse de visages des vampires penchés au-dessus de moi et marqués par l'inquiétude.
- Darren ? s'est élevée la voix d'un Kurda soucieux. Ça va ?
- Que... s'est-il passé ?
- Elle t'a mis K.O. Tu as perdu connaissance pendant cinq ou six minutes. On était sur le point d'aller chercher des secours.
Je me suis assis, grimaçant de douleur.
- Les murs tournent, c'est normal ?
17.