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dimanche 28 décembre 2025

Snowdonia - Jeremy Angelo.

1899. Laurine, jeune fille originaire d’un petit village au creux des montagnes du Jura, vient tout juste d’avoir 17 ans. Si tous s’attendent à la voir se marier rapidement, elle n’est pourtant pas certaine d’y être prête. Elle aime sa vie telle qu’elle est. Mais tout s’écroule lorsque son père lui annonce qu’il l’envoie vivre au pays de Galles, chez un grand-oncle dont elle ignore absolument tout. Laurine doit donc quitter sa famille, son prétendant, sa terre natale et se résoudre à célébrer Noël loin de chez elle. 

Seule et déboussolée, la jeune fille débarque donc à Conwy, porte d’entrée d’un immense parc naturel nommé Snowdonia, connu pour être un pays quasiment dénué de vie. Laurine y fait la connaissance de Henri Harlington, son grand-oncle, qui l’accueille à bras ouverts, ainsi que celle de Dryston, le jeune majordome du manoir, qui bien que charmant est désagréable à souhait ! Henri devant s’absenter pour affaires, Laurine se retrouve donc en seule compagnie de Dryston, dont la mission est de faire découvrir la région et les coutumes galloises à la jeune fille ! 

Parviendra-t-elle à apprivoiser le majordome afin que son séjour en terre étrangère ne se transforme pas en véritable cauchemar ? Les traditions de ce nouveau pays lui feront-elles quelque peu oublier la tristesse d’être loin de chez elle et de ses proches pour Noël ?


Snowdonia nous emmène en plein cœur du pays de Galles, à la fin du XIXe siècle, pour un petit conte de Noël bien sympathique.


Ce que je retiens essentiellement de ce roman est son cadre qui m’a dépaysé et m’a fait voyager. Ce roman est une lettre d’amour au pays de Galles. L’auteur ne cesse de nous faire découvrir la vie au pays de Galles, ses traditions (celles de la vie de tous les jours, mais aussi les traditions de Noël), sa gastronomie, ses paysages, son sens de l’hospitalité, tant et si bien que Perceval de Kaamelott en serait fier ! J’ai pu apprendre beaucoup de choses sur les coutumes du pays de Galles, des plus belles aux plus étranges, notamment la Mari Lwyd, le lovespoon, les légendes celtiques aussi, le christmas pudding. Il y a aussi des références à Dickens ou à Lewis Carroll. On apprend aussi des expressions locales telles que « affûter les meules », « consoler son café » ou « faire des petits pains ».


Snowdonia est également un lieu que l’on prend plaisir à découvrir. Sa grande étendue sauvage, souvent enneigée, ses paysages entre mer, montagnes et forêts, ses habitants parfois taquins, parfois désagréables mais le plus souvent sympathiques, à commencer par l’oncle Henri, écrivain à ses heures perdues. La plume de l’auteur est d’autant plus jolie que l’on savoure chaque description qu’il nous offre. J’ai beaucoup aimé découvrir le pays de Galles, d’autant plus pendant la période de Noël qui nous rend le voyage encore plus magique, et j’ai beaucoup apprécié découvrir le pays et ses coutumes en même temps que notre héroïne.


Concernant la romance, je n’ai malheureusement pas été entièrement convaincue. Alors, oui, ils sont adorables nos tourtereaux quand ils sont amoureux, quand ils s’échangent des baisers et que l’harmonie bat son plein entre eux. Mais j’ai bien souvent été déconcertée. Je n’ai d’une part pas compris le mépris, sinon l’agacement initial de Dryston envers Laurine (Monsieur avait-il des préjugés sur l’héroïne bien avant son arrivée ?), ou fâché de devoir veiller sur cette parfaite inconnue ? D’autre part, leur attirance mutuelle arrive un peu soudainement, sans que l’on comprenne d’où elle sort et ça se développe un peu trop rapidement à mon goût. Parfois, ils s’aiment, puis parfois Laurine s’emporte ou Dryston devient froid et distant envers elle, se mettant à la rouspéter comme une enfant. C’est une vraie girouette. Il alterne entre le jeune homme doux et prévenant et le type froid et rustre dont la mauvaise humeur tombe quand on ne s’y attend pas. Un petit problème d’hormones, peut-être ? Le fait d'être restreint au point de vue de Laurine n’aide pas. Les émotions et les sentiments sont survolés, et j’aurais apprécié avoir aussi le point de vue de Dryston, au moins pour comprendre son comportement parfois énigmatique.


Au moins on s’éloigne des clichés des romances de Noël, mais malheureusement, je n’ai pas été entièrement convaincue par le développement de celle-ci. Dommage, ils sont pourtant mignons, nos deux petits amoureux, mais la façon dont s’est mise en place leur romance ne m’a pas toujours paru bien crédible.


Snowdonia reste une lecture sympathique à découvrir pendant la période des fêtes. Si la romance ne m’a pas convaincu, par son manque de crédibilité, j’ai été charmée par ce voyage au pays de Galles et en apprendre davantage sur les coutumes du pays mais aussi ses traditions festives. Un vrai dépaysement !



Une chèvre avec des cornes immenses et recourbées me faisait face. Elle me fixait. Son regard ne ressemblait guère à celui de quelqu’un voulant m’inviter à dîner. Il voulait plutôt dire : Dégage de chez moi ! Apparemment, elle ne devait pas être au courant des règles de l’hospitalité et du savoir-vivre en vigueur dans son pays. Je décidai de les lui rappeler :

— Écoute-moi bien, toi, la bestiole ! Sache que je vais raconter à tout le pays de Galles que tu réserves un très mauvais accueil aux étrangers venus réclamer le droit d’asile, ici-même, dans tes montagnes ! Tu en seras si honteuse que plusieurs générations de chevreaux issus de ta descendance seront encore rongées par l’humiliation pendant des dizaines et des dizaines d’années !

— Bêeeeeeeh ! fit-elle en guise d’unique réponse.

Elle frotta son sabot droit sur le sol, faisant voler des paquets de neige à droite et à gauche, comme pour m’impressionner.

— Très bien, comme tu veux ! Si tu prends ce ton-là, je vais en parler à la reine Victoria ! Elle va te bannir de Snowdonia !

La créature s’en moqua éperdument. Elle n’hésita pas à me charger. J’esquivai son attaque en me déplaçant sur le côté gauche, mais mes pieds dérapèrent sur une plaque de verglas. Je m’écroulai sur le sol gelé et sombrai dans l’inconscience. Les dernières choses que j’aperçus furent des ombres dansantes au-dessus de moi. Je priai intérieurement qu’il n’existe pas une race de chèvres carnivores dans cette région maudite.

lundi 14 juillet 2025

Reine de l'Ouest - H. Lenoir.



Boston, 1892. Vous incarnez Miss Jones, une jeune fille de bonne famille, curieuse et large d'esprit. Le mariage ? Non merci ! D'ailleurs, le Grand Ouest - et l'indépendance - et l'aventure - vous attendent... 

Entre les faussaires charmeurs, les hors-la-loi rugueux, les mesdames de lupanar, les majors poivre-et-sel, les héritières en fleur et autres rencontres fascinantes, vous aurez joyeusement l'occasion de vous fourrer dans le pétrin. Finirez-vous institutrice ? Chercheuse d'or ? Infirmière ? Trappeuse ? Épouse respectable ? Ou même... Reine de l'Ouest ? 

Dans tous les cas, vous resterez vous-même : brillante, drôle et libre, l'inimitable Miss Jones !




Avec ce livre, je découvre le genre « aventure dont vous êtes le héro/l’héroïne », j’ai trouvé l’expérience très divertissante et intéressante, bien que la lecture fut bien chaotique. Il faut savoir que chaque fin de chapitre nous propose plusieurs chemins différents et, si on veut tenter toutes les options et aventures, il faut s’armer d’un bloc-notes ou bien de marque-pages pour mieux s’y retrouver, tant les options sont nombreuses et la lecture sportive ! Ça n’a donc pas été évident pour moi de repartir en arrière pour tester une autre option, pour découvrir que ce chemin propose aussi différents chemins en fin de chapitre ! Cela dit, écrire ce genre d’histoire force l’admiration car ça ne doit pas être facile à construire.


Nous incarnons donc Miss Jones qui, pour échapper au mariage, est envoyée par son oncle et sa tante dans l’Ouest américain pour gagner sa vie, soit en tant qu’institutrice, soit en tant qu’infirmière, à moins qu’elle ne décide d’être exploratrice ou de faire carrière dans le crime. Les possibilités sont multiples pour Miss Jones qui, peu importe les histoires que nous choisissons de vivre à travers elle, aura une vie bien aventureuse dans l’Ouest mais aussi et surtout muy caliente.


Car oui, les aventures de Miss Jones sont aussi et surtout d’ordre sentimental et sexuel ! Pour une jeune fille de bonne famille, Miss Jones est plutôt libérée sur ce plan, pour son époque, et goûte à tous les plaisirs [spoiler] plan à trois avec des desperados, relation amoureuse avec la tenancière d’un bordel, matinée plaisir avec un sextoy, etc [/spoiler], ce qui m’a plutôt surprise car rien ne l’indiquait dans la quatrième de couverture. Alors que je m’attendais à tomber dans un roman qui me ferait voyager dans l’Ouest, où je choisirais plusieurs destins, entre deux métiers, deux villes… ce qui se dessine surtout, c’est des scénarios épicés pour la plupart d’entre eux, où la protagoniste doit choisir entre plusieurs prétendants et où ça finit toujours par une partie de jambes en l’air.


Autant dire que ce n’est donc pas le genre de récit qui m’attire habituellement. Pourtant, je me suis beaucoup amusée dans la lecture de ce roman. J’ignore si c’est une histoire à prendre au sérieux, je ne l’ai pas pris en tant que tel, cherchant plutôt le divertissement qu’une histoire sérieuse. J’ai également beaucoup aimé le format du roman qui nous propose plusieurs scénarios différents, le décor de l’Ouest américain que j’aime beaucoup, ainsi que l’écriture de l’auteure qui est très drôle, taquine et savoureuse. On sent que l’auteure s’est amusée à écrire toutes ces histoires, et elle le communique. On ne s’ennuie pas, peu importe l’aventure que l’on choisit. Prise d’otage, vie avec deux desperados, attaque dans un train, soigner des patients, enseigner à des enfants comme à des prostituées. Après, j’ai lu l’histoire avec un certain détachement, sans me considérer être l’héroïne mais la voir comme son propre personnage (jamais je ne me sentirais aussi aventureuse qu’elle sur le plan personnel comme sexuel haha).


En résumé, c’est drôle, original et divertissant ! Une agréable surprise car ce n’est habituellement pas le genre de récit (les romances érotiques comme les romans dont nous sommes le héro) qui m’attire, pourtant je me suis beaucoup amusée et je repense encore à Miss Jones et ses aventures. Une découverte plutôt sympathique donc, qui ne se prend pas au sérieux et qui offre plusieurs aventures certes épicées mais jamais ennuyeuses, le tout sous fond de western !


Vous devez prendre une décision : allez-vous accepter leurs avances, bien qu'ils soient deux bandits sans scrupules et - on plaisante, bien sûr que vous allez accepter ! Vous n'êtes pas arrivée jusqu'ici pour baisser les bras à la dernière seconde ! Ça fait plus de deux cents pages que vous leur courez après, en explorant toutes les pistes possibles et en recommençant dix fois l'histoire ! Non mais oh quoi !

vendredi 21 mars 2025

Sherlock Holmes et le complot de Mayerling - Nicole Boeglin.



En cet hiver 1889, une jeune femme se présente au 221B Baker Street. La dame de compagnie de l'impératrice Sissi vient, dans la plus grande discrétion, requérir l'aide de Sherlock Holmes. En effet, le fils de l'impératrice a été retrouvé mort dans le pavillon de chasse de la propriété de Mayerling. L'enquête officielle a conclu au suicide. Un peu vite. Holmes et Watson découvrent rapidement des indices pour le moins suspects.

Qui est cette jeune femme retrouvée morte aux côtés du prince et que l'on a enterrée en secret ? Et pourquoi un tableau a-t-il été volé au moment du meurtre ? La mort du prince n'est que la partie émergée d'une vaste affaire. Sherlock va devoir faire appel à toutes ses capacités de déduction pour en démêler les fils...




Ce roman me laisse une impression plus que mitigée…


Pourtant, il avait tout pour me plaire ! Sherlock HolmesSissi, la tragique histoire de Rodolphe de Habsbourg, un polar historique sur l’une des affaires les plus passionnantes et les plus mystérieuses de la fin du XIXe siècle. Tous les ingrédients étaient là, et j’ai commencé ma lecture avec beaucoup d’enthousiasme.


Il faut dire que c’est une affaire encore non élucidée à ce jour, qui a fait couler beaucoup d’encre depuis 1889. Que s’est-il passé ? Le prince héritier Rodolphe s’est-il réellement suicidé après avoir tué sa jeune maîtresse ? Pour quelle raison ? Sa dépression ou la maladie incurable dont il était atteint ? Ou bien s’agit-il d’un assassinat politique déguisé en suicide ? Plusieurs théories vont se succéder au fil des ans, sans qu’aucune ne soit totalement avérée, d'autant plus que l'enquête a été bâclée et que de nombreuses preuves ont disparu, voire ont été volontairement détruites comme la scène du crime. Avec un tel mystère, pas étonnant que la fiction s’en soit emparée, et pour mon plus grand plaisir !


J’ai retrouvé avec plaisir Holmes et Watson qui sont plutôt fidèles à ceux écrits par Doyle. Je n’aurais pas été contre un Watson plus dans l’action et un petit moins long à la détente, surtout sur des choses qui ont semblé évidentes même à la modeste lectrice que je suis, même si tel est le rôle de Watson. À l’instar du canon, il est perdu, pose de nombreuses questions à Holmes pour nous permettre de mieux comprendre les aboutissants de l’intrigue. Je dois aussi avouer avoir été déconcertée de voir Watson appeler et désigner Holmes par son prénom, chose qu’il n’a jamais faite dans le canon. Vous me direz, je chipote pour un petit détail mais c’est un détail qui a son importance pour moi.


Toutefois, j’ai pris plaisir à suivre Holmes et Watson qui, depuis ma toute première lecture de SH, sont comme des compagnons qui m’accompagnent depuis longtemps et que je prends plaisir à retrouver. J’ai ainsi aimé les suivre dans une nouvelle enquête. Étant fan de l’histoire de Sissi, des Habsbourg et la tragédie de Mayerling, l’enquête ne pouvait que me plaire. Si le récit peut s’alourdir en nous présentant tout l’arbre généalogique des Habsbourg et de voir apparaître plusieurs noms de cette illustre famille et les liens entre eux, ça n’a pas gâché mon plaisir puisque j’étais déjà, de base, très intéressée par tout ça. Sans être une spécialiste, je peux toutefois affirmer que l’auteure s’est basée sur de solides sources et a su reconstituer fidèlement le cadre familial mais aussi socio-politique de l’époque et se réapproprier ces éléments, notamment dans le cadre de l’enquête (l’affaire demeurant irrésolue à ce jour).


J’ai aimé le cadre socio-politique qui se dévoile au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue. Un jeune prince libéral qui critique la politique conservatrice de son père, des relations fragiles entre l’empire autrichien et le jeune empire germanique qui gagne en puissance, une alliance fragile entre l’Autriche et la Hongrie, sans compter les tensions et secrets au sein de la grande famille des Habsbourg. L’auteure a su nous repeindre fidèlement le portrait du prince Rodolphe, et on en apprend davantage sur lui, ses engagements, son passé difficiles, etc. En bref, je n’ai pas boudé mon plaisir, bien au contraire ! La plume de l’auteure est fluide et on ne peut que féliciter son travail de documentation parfaitement élaboré.


Puis, en plein milieu de roman, nous sommes propulsés dans les années 1990 à suivre la correspondance entre deux jeunes femmes, Tania et Lily, qui enquêtent elles-aussi sur l’affaire Mayerling [spoiler] on apprendra d’ailleurs que l’une est une descendante des Habsbourg et l’autre une descendante d’Irène Adler ; je n’ai pas compris l’intérêt que Tania soit une Adler, comme ça ne sert strictement pas à l’intrigue [/spoiler]. J’ai eu du mal à m’habituer à ce changement de ton soudain puisque le récit se fait plus contemporain et surtout épistolaire. Non pas que les romans épistolaires me déplaisent mais le changement de style m’a dérouté. Surtout, je ne comprends pas ce choix. Pourquoi, dans les années 90, nos deux protagonistes n’auraient pas utilisé le téléphone pour échanger des informations censées être importantes et urgentes concernant leur enquête ? D’autant que certaines lettres faisaient juste du remplissage (par exemple, nous avons une lettre de deux lignes où Machine dit à Trucmuche qu’elle va se promener. C’est tout).


Au cours de leur enquête, l’une sera accompagnée par un journaliste dont nous ignorons l’identité réelle mais qui a des capacités de déduction et une intelligence semblables à celles de Holmes ainsi que des yeux gris… Nous n’avons pas de nom mais on peut imaginer qui était son ancêtre.


Je dois avouer avoir un peu décroché pendant cette seconde partie dont le rythme de lecture a été plus lent. Cette partie n’est pas dénué de qualités et elle se laissait lire bien volontiers mais avec moins d’enthousiasme de mon côté.


Je n’ai réussi à avoir un regain d’intérêt que lorsque nous repartons sur le récit de Watson. J’ai trouvé la résolution de l’enquête (la véritable nature de la mort du prince héritier) et les raisons du silence de Holmes et Watson sur cette affaire plutôt crédibles, le méchant un peu moins [spoiler] le fait de faire de Moriarty un prince de la famille des Habsbourg m’est plus risible qu’autre chose, et que son descendant veuille poursuivre sa vengeance, alors que l’empire austro-hongrois n’est plus et les Habsbourg ayant perdu leur puissance et influence d’antan, pas franchement crédible [/spoiler]. Je dois cependant avouer avoir été frustrée par la fin qui n’en est pas vraiment une pour moi puisqu’elle nous laisse sur un cliffhanger, et je suis laissée frustrée et sur ma faim. Peut-être aura-t-on droit à une suite… Mais si elle se penchera surtout sur Tania et Lily, sans Holmes et Watson, je pense que je passerai ma route…


En conclusion, malgré des ingrédients prometteurs (une enquête historique, plusieurs personnages historiques et notamment présence de Sissi et Franz, la présence de Mycroft, etc), l’ensemble du roman peine à convaincre et me laisse donc un avis mitigé.


L'année 1889 fut chargée. Elle le fut tout particulièrement en cette fin du mois de janvier. J'avais promis à mon ami Sherlock Holmes que tout ce que j'allais écrire sur cette affaire le serait dans le plus grand secret, et que mon récit ne serait jamais publié de notre vivant. Car cette histoire pourrait semer le chaos et la consternation dans les plus hautes sphères de la société, et surtout, mettre l'Europe à feu et à sang. Je n'ai nul besoin de préciser qu'une semblable indiscrétion est impensable et que ces archives seront soigneusement dissimulées. Le monde n'est pas encore prêt.

dimanche 9 juin 2024

Sissi (T.4) La fiancée de Bad Ischl - Christine Féret-Fleury.

Sissi est inconsolable depuis la mort de son bien-aimé le jeune comte Richard. Malgré les attentions de sa famille, la jeune fille a perdu sa joie de vivre. 

Sa sœur Hélène, quant à elle, ne pourrait être plus heureuse : enfin, elle va épouser Franz, l’empereur d’Autriche ! Et tant pis si leur mère, la duchesse Ludovika, permet à Sissi de les accompagner à Bad Ischl pour le bal des fiançailles. 

Très vite, pourtant, Hélène remarque que Franz n’a d’yeux que pour Sissi et prend peur. Se pourrait-il que Sissi devienne la véritable fiancée de Bad Ischl ?


À peine ma lecture du troisième tome s’était-elle achevée que je me suis jetée sur le quatrième tome.



L’anniversaire de l’empereur François-Joseph approche, et c’est à la charmante station thermale de Bad Ischl que les célébrations se dérouleront, en compagnie de la famille de l’empereur comme le fleuron de l’aristocratie autrichienne. Pour sa mère, l’archiduchesse Sophie, c’est une parfaite opportunité pour annoncer ses fiançailles avec sa cousine, la princesse Hélène en Bavière. Hélène est partagée entre la joie et l’anxiété tandis que Sissi se morfond toujours suite à la disparition de son premier amour. Dans l’espoir de la distraire, Ludovika décide de l’emmener pour ce voyage à Bad Ischl. Sissi accepte cette parenthèse bienvenue. Elle ne s’attendait certainement pas à ce que les yeux de l’empereur se posent sur elle et non sa promise…



À l’instar des autres tomes, nous continuons à suivre nos deux journalistes, Elmer et Robertine, qui cherchent à réunir Anna et sa sœur, tandis que l’époux d’Anna, le hors la loi désavantagé par le droit d’aînesse, continue d’être menacé et surveillé par sa famille tyrannique. Cette partie de l’intrigue se laisse lire, mais ça reste du remplissage à mes yeux, même si j’ai prise Robertine en sympathie. Elle est le personnage le plus touchant et fascinant de ce groupe.



Mais le cœur de ce roman, c’est bien évidemment Sissi et son histoire d’amour naissante avec Franz. Nous avons enfin la rencontre tant espérée depuis le premier tome. Tout est retranscrit le plus fidèlement possible de la réalité historique, on sent que l’auteure s’est bien documentée. Elle nous dépeint le voyage pénible en calèche avec Ludovika et ses deux filles, le fait que la calèche transportant tous leurs habits et effets personnels soit arrivé en retard, tout le monde qui s’affaire autour d’Hélène pour la rendre présentable avant sa rencontre avec l’empereur, les vêtements et la coiffure de Sissi au moment de la rencontre, l’attention de François-Joseph davantage portée sur Sissi que sur Hélène, malgré tous les efforts de Sophie pour que Franz s’intéresse à sa future fiancée, Sissi flattée mais intimidée de l’attention de l’empereur, etc. L’auteure a ainsi repris de nombreux épisodes de la réalité historiques tout en en incorporant des nouvelles venant de son imagination (notamment l’intérêt amoureux de Charles-Louis pour Sissi).



La romance est donc au cœur de ce roman, et ils sont bien mignons nos deux tourtereaux. On sent déjà Franz conquis et amoureux de sa cousine, de ses charmes naturels, de sa candeur, son tempérament, sa grâce, elle est telle une nymphe des bois pour l’empereur. Si ce n’est pas encore l’amour fou du côté de Sissi, on voit bien que Franz ne la laisse pas indifférente, bien qu’avoir l’attention d’un personnage influent comme l’empereur a de quoi l’intimider, d’autant plus qu’elle ne supporte pas la vie et les usages de la cour. Cela dit, j’aurais bien voulu davantage de scènes entre Franz et Sissi, voir le développement de leurs sentiments et de leur relation, j’ai vraiment eu une sensation de trop peu, des scènes pas assez développées ou qui se terminent de façon brusque, comme la scène où Franz annonce ses fiançailles avec Sissi. J’aurais bien voulu davantage de moments et de développement entre eux, histoire de continuer à rêver un peu plus…



L’accent est également mis sur la famille, notamment la relation mère-fils entre François-Joseph et Sophie, entre François-Joseph et son frère Charles-Louis, mais aussi la relation entre Ludovika et ses deux filles. Nous avons des scènes très touchantes entre Ludovika et Sissi, elle s’aperçoit que sa fille grandit et change, et qu’elle passe de vilain petit canard à cygne, Sissi qui rétorque à sa « Mammi » qu’elle préfère rester son petit canard. J’ai aimé aussi que l’auteure consacre une scène à Hélène après les fiançailles, pour découvrir ses pensées, comment elle a perçu ce retournement de situation et ce qu’il en est concernant sa relation avec sa sœur. Ce focus sur ces différents personnages historiques et la famille de Sissi mais aussi celle de l’empereur est vraiment l’un des points qui m’a le plus attiré dans cette série. J’aurais voulu passer plus de temps avec cette famille, continuer à lire la vie de Sissi après ses fiançailles et que la relation Franz/Sissi soit plus développée. Toutefois, j’ai aimé passé du temps avec ces personnages, et je referme ce dernier tome avec un sourire aux lèvres, malgré ma frustration.

Dans les cuisines de l'Histoire - Collectif.


La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleur. 

Des diktats de l'Église qui régissaient les mœurs alimentaires à l'utilisation des épices venues d'Asie, découvrez la cuisine médiévale, et invitez-vous à la table des Chevaliers !




Nous commençons ce voyage dans le temps culinaire avec le Moyen-Âge où l’Église a dicté très tôt ses règles quant à la consommation alimentaire. L’année était partagée entre les jours maigres et les jours gras et le souhait de manger en bon chrétien. On ne mangeait pas avant d’avoir fait ses prières ou avant d’être allé à l’église (sauf exception). La gourmandise était en effet vue comme un péché, et la croyance voulait que la consommation de viande rouge échauffait le corps et provoquait donc des excès dans le tempérament de celui qui en mangeait. On était alors persuadé que l’alimentation pouvait influer sur le caractère d’une personne ou alors sa santé. Les mères nourricières, par exemple, n’avaient pas le droit à certains aliments (comme l’ail ou les champignons) pour ne pas gâter le goût du lait ou ne pas risquer un empoisonnement


Pendant longtemps, la transmission culinaire s’est faite oralement, les recettes étant partagées de bouche de cuisinier à oreille de cuisinier. Il a fallu attendre le XIIIe siècle pour que les premiers écrits culinaires arrivent, mais ceux-ci restent très évasifs et difficilement fiables et contiennent des erreurs. La plupart des recettes ne donnent aucune indication sur la quantité des ingrédients et les proportions sont laissées au bon vouloir du cuisinier qui adapte selon le nombre de convives.


Parmi les ouvrages les plus connus, il y a Le Viandier, écrit à la fin du XIVe siècle, associé à Guillaume Tirel, dit Taillevent, maître cuisinier des rois de France Charles V et Charles VI ; ou encore Le Mesnagier, rédigé au XIVe siècle et attribué à un bourgeois parisien qui l’aurait écrit à l’intention de sa jeune épouse afin de lui faire connaître la façon de tenir sa maison et de faire la cuisine.


Ce tome nous parle également de l’importance des bonnes manières et des civilités à table. Il était mal vu de se lécher les doigts ou de se précipiter sur son assiette. L’hygiène des mains devait être irréprochable car c’est avec les doigts qu’on mangeait, et il était de mesure de prendre son temps pour manger. On est loin du cliché des gens du Moyen-Âge crasseux et sans aucune manière ! Une autre façon de voir le Moyen-Âge s'offre donc à nous à travers ce premier tome qui ouvre l'appétit !


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La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une
galerie de personnages hauts en couleur. 

Des premiers best-sellers culinaires aux illustres cuisines de Versailles, découvrez la révolution gastronomique qu'a été le Grand Siècle, et invitez-vous à la table du Roi-Soleil !


Dans ce tome, nous entrons à l’époque moderne, celle de Louis XIV. C’est l’époque où de nouveaux aliments et des épices apparaissent en Europe, venus d’Asie ou des Amériques. Nous apprenons ainsi l’histoire des origines du chocolat importé d’Amérique, du café que nous devons aux Turcs, ou encore la création du croissant (nous vient-il vraiment d’Autriche qui aurait crée cette pâtisserie pour commémorer une victoire contre les Turcs ?), mais aussi l’histoire du sorbet.


C’est aussi l’époque où la fourchette se popularise. L’imprimerie, qui se développe, permet également une large diffusion des recettes culinaires. De plus en plus de livres de recettes paraissent et ceux-ci sont nombreux à aborder de plus en plus le lien étroit entre la cuisine et la santé en mettant l’accent sur les bienfaits et inconvénients de certains aliments.


Parmi toutes ces nouveautés, le pain demeure bien-sûr la base de l’alimentation. Ce tome aborde notamment le commerce du pain sous Louis XIV. On marquait les pains de la marque de la boulangerie, pour pouvoir mieux retracer la trace d’éventuels fraudeurs (ceux qui trichent sur la farine, le poids du pain, etc). On découvre aussi le quotidien d’un apprenti boulanger et on apprend notamment qu’un apprenti l’était pendant cinq ans avant de passer un examen pour devenir compagnon, puis devait présenter trois ans après un chef d’œuvre devant un jury chargé de décider d’accorder ou non la licence de boulangerie.


C’est à cette époque que quelques grands noms de la cuisine apparaissent : Cyprien Ragueneau, poète et comédien mais aussi pâtissier, il aurait servi de modèle à Edmond Rostand pour son Cyrano de Bergerac ; François Varel, passé à la postérité en tant qu’organisateur de fêtes et de festins d’exception au château de Vaux-le-Vicomte, puis au château de Chantilly durant le règne de Louis XIV ; François Pierre de La Varenne, cuisinier et auteur du Cuisinier françois, un ouvrage capital qui marque le passage de la cuisine médiévale à la cuisine moderne, et qui contient les premières mentions au mille-feuilles par exemple ; ou encore Jean-Baptiste de La Quintinie, créateur du Potager du roi à Versailles, ce qui n’était pas une mince affaire si on se souvient qu’il a du rendre cultivable un terrain marécageux. Forcément, on ne parle pas alimentation sans évoquer les cultures de ce que nous mangeons, et Louis XIV était notamment particulièrement friand des petits pois.


On en apprend également un peu plus sur Louis XIV mais surtout sa table où le placement des invités est hiérarchisé ; plus on s’éloigne du roi, moins les plats sont élaborés et on peut ainsi savoir si les membres de la famille royale sont en faveur ou non… de quoi alimenter les potins des courtisans en plus de leur appétit !


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La coupe de champagne a-t-elle réellement été moulée sur le sein de la Pompadour, ou était-ce une rumeur visant à moquer sa frivolité ? D'où viennent les épices que nous mangeons, et quand sont-elles apparues ? La pomme de terre, de la nourriture pour les cochons ? 

La grande Histoire de la gastronomie française à savourer à travers la petite, servie par une galerie de personnages hauts en couleurs.



Après Louis XIV, place aux règnes de Louis XV et de Louis XVI ! Ce tome évoque la popularité du champagne à Versailles, grâce à Madame de Pompadour, la plus célèbre des maîtresses de Louis XV, et revient sur l’idée reçue qui dit que la coupe de champagne aurait été modelée sur le sein de La Pompadour.


C’est la période où la pomme de terre fait son apparition dans les assiettes mais elle a bien du mal à conquérir les cœurs, notamment à la cour. C’est Antoine Parmentier, ancien militaire, nutritionniste et hygiéniste français, qui s’est donné pour mission de promouvoir la pomme de terre et de faire reconnaître ses avantages alors qu’elle n’était alors considérée que comme un met pour les pauvres, les prisonniers et les cochons. On a du mal à imaginer, de nos jours, que la pomme de terre ait eu du mal à gagner en popularité !


Le XVIIIe siècle est aussi l’époque où les premiers restaurants commencent à voir le jour à travers des enseignes qui sont à la fois des cafés, restaurants, traiteurs et restaurateurs. C’est aussi durant le siècle des Lumières que les bases de la cuisine française vont s’installer, celle encore pratiquée de nos jours. On assiste à une évolution de la cuisine, on ne retient plus que sept saveurs principales (doux, amer, âcre, âpre, aigre, gras, salé). Si le pain reste la base alimentaire, les légumes et fruits sont désormais définitivement intégrés aux repas


C’est aussi le siècle de la nouvelle cuisine, de la sophistication et du raffinement, avec l’arrivée d’une cuisine plus élégante, plus technique, avec une grande part aux légumes, les sauces sont allégées et devenues plus onctueuses. On assiste aussi à des banquets républicains pour commémorer le 14 juillet.


Marie-Antoinette est également mise à l’honneur, en reprenant une phrase qu’on lui prête à tord (« Qu’ils mangent de la brioche »), mais aussi d’autres personnalités de la cuisine, notamment Alexandre Grimod de la Reynière, considéré comme le père fondateur de la gastronomie et qui a publié l’Almanach des Gourmands, considéré comme l’ancêtre du guide gastronomique.


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Des prémices de la grande distribution à la légendaire gourmandise de Louis XVIII et
d'Alexandre Dumas, découvrez les bouleversements culinaires du XIXe siècle et invitez-vous aux tables de Talleyrand et d'Auguste Escoffier !


On termine avec ce tome qui porte assez mal son nom car il n’y a d’empereur évoqué que Napoléon Ier, et que ce tome couvre une période assez vaste entre le Premier Empire et la Première Guerre Mondiale.


C’est une période de bouleversements en matière de gastronomie et d’alimentation. Elle marque l’apparition des premiers guides et critiques gastronomiques, le développement d’une nourriture gourmande (de nombreux auteurs, comme Émile Zola ou Alexandre Dumas, font régulièrement référence aux restaurants dans leurs ouvrages). C’est la prolifération des restaurants, qui deviennent accessibles au plus grand nombre, et des commerces alimentaires, l’apparition des menus ainsi qu’une évolution de l’art de la table.


L’agro-industrie permet une modernisation de notre mode de consommation (développement des transports des aliments, la mise en conserve, etc), les considérations d’hygiène et de sécurité alimentaire, l’heure des repas qui colle davantage au style de vie de ce siècle (les Français mangeaient alors peu le matin, mais le souper retrouve grâce), c’est aussi l’apparition des soupes populaires, les restes des repas des plus riches sont revendus aux classes plus modestes ou pauvres, etc.


C’est une longue période qui connaît des temps de gastronomie festive, joyeuse et prospère tout comme des temps de misère avec les pénuries de la révolution française, les différentes guerres, le siège de Paris qui a contraint les Parisiens à chasser chats et chiens errants ou manger les animaux des zoos (certains passages ont d’ailleurs été durs pour moi qui suis très sensible dès lors qu’il s’agit de morts d’animaux), ou les récoltes déplorables.


Parmi les célébrités, nous avons Antonin Carême, pâtissier, surnommé « le roi des chefs et le chef des rois », le premier à porter l’appellation de chef, il est considéré comme le fondateur de la haute gastronomie, il était notamment recherché par les cours royales ; Nicolas Appert, non pas un cuisinier mais un inventeur à qui nous devons les boîtes de conserves et la conservations des aliments dans des containers en verre puis en boîtes métalliques ; Auguste Escoffier qui a codifié et modernisé la cuisine raffinée des grands hôtels et autres établissements de prestige, c’est aussi lui qui a développé le concept de brigade de cuisine (répartition des tâches dans l’équipe) et en veillant à l’image de marque du cuisinier (propre, méticuleux, non buveur, non fumeur, ne criant pas) et il a également imposé le service à la russe avec un dressage et service directement à l’assiette.


Le mot de la fin


C’est une bande-dessinée que j’ai découvert par hasard, alors que je cherchais des idées pour ma PAL de l’Ice Cream Summer Challenge, et qui s’est révélée être une bien belle découverte !


Quelle idée originale que de nous apprendre l’Histoire à travers la gastronomie en France et son évolution à travers une large période qui va du Moyen-âge jusqu’à la Grande Guerre. Un véritable voyage dans le temps qui parle boustifaille mais pas que ! Dans les cuisines de l’Histoire parle aussi bien des différents plats et aliments consommés à chaque époque que d’autres sujets comme les différentes façons de cuisiner, la culture des légumes et herbes aromatiques, les différentes techniques de conservation des aliments à travers les siècles, mais aussi les liens étroits entre l’alimentation et la santé, l’hygiène, ou le lien entre l’alimentation et le social (la façon de se tenir à table, la convivialité, la hiérarchisation à table, etc). On y parle ainsi plus que d’aliments mais de tout un ensemble qui a attrait à cet univers.


On en apprend un peu plus sur les œuvres culinaires qui ont traversé les siècles, ces ouvrages et ces personnes qui ont contribué à la révolution culinaire et qui se sont fait un nom dans le milieu gastronomique.


Chaque tome se compose de plusieurs épisodes qui illustrent un propos, c’est tantôt drôle, tantôt touchant, mais toujours instructif, avec des personnages hauts en couleur, et ça met même l’eau à la bouche ! À noter que chaque tome nous propose des recettes d’époque que nous pouvons essayer de reproduire, ce que je trouve très intéressant !


Une bande-dessinée que je conseille et que je classe parmi mes coups de cœur. Un vrai régal !

samedi 8 juin 2024

Sissi (T.3) L'écuyère masquée - Christine Féret-Fleury.



Aujourd’hui, Sissi a 15 ans. Et sa vie va changer. Car aujourd’hui elle va faire sa première apparition officielle en tant qu’Elisabeth en Bavière. 

« Notre petite Elisabeth, comme elle a grandi vite, s’attendrit le reporter Elmer. Je n’ai pas vu le temps passer. » 

Hélène, elle, est moins tendre à l’égard de sa sœur cadette. Car elle s’accroche à l’espoir d’épouser bientôt son cousin Franz, l’empereur d’Autriche, et craint que Sissi ne gâche tout…




Je poursuis ma lancée des aventures de Sissi dans ce troisième tome que je trouve plutôt en-dessous des précédents. Toutefois, la lecture reste plaisante et fluide.


Dans ce troisième tome, Sissi connaît ses premiers émois amoureux en la présence de Richard, jeune écuyer au service de son père, le duc Max en Bavière. Son premier amour, mais aussi son premier chagrin car le jeune comte Richard appartient à une petite noblesse et ne peut espérer courtiser ouvertement Sissi. Pour autant, la romance reste plutôt mignonnette et on appréciera la petite référence historique, le comte Richard et l’idylle entre lui et Sissi ayant effectivement existé [spoiler] avant la mort prématurée de Richard [/spoiler].


À l’instar des tomes précédents, nous suivons Elmer et Robertine, nos deux journalistes, qui rencontrent la sœur disparue d’Anna, rencontrée dans le second tome. Nous suivons également en parallèle Alexander, qu’Anna avait rencontré et épousé dans le second tome, en bien mauvaise posture. Ces sous-intrigues restent divertissantes, mais, comme pour les tomes précédents, je les ai trouvé moins intéressants que les chapitres autour de Sissi et sa famille.


Du côté de Sissi, elle vit donc ses premiers émois amoureux et cherche à s’introduire clandestinement – avec la complicité de Richard - dans le spectacle organisé par son père, accueillant artistes, acrobates et cavaliers, dans ce cirque où elle n’a jamais eu le droit d’entrer, pour faire un numéro d’équitation comme écuyère masquée. Ici aussi, j’ai apprécié les références historiques car ce cirque a réellement existé, ce qui met un peu en avant la personnalité unique et quelque peu excentrique de Max en Bavière. Nous retrouvons également Hélène, qui joue malheureusement un peu les garces dans ce roman à l’égard de Sissi qui se montre pourtant compatissante et à l’écoute face au chagrin d’Hélène, qui pleure du manque d’attention de son fiancé à en devenir.


Le contexte politique et historique est moins présent ici, à part la question du futur mariage de l’empereur François-Joseph. L’empereur connaît une idylle avec une jeune veuve dont il est très attaché, ce qui n’est pas au goût de sa mère, l’archiduchesse Sophie, qui le presse au sujet de ses fiançailles avec celle qu’elle lui a choisie, la princesse Hélène en Bavière. J’ai apprécié ce parallèle entre Franz et Sissi, tous deux épris d’une personne qu’ils ne peuvent prétendre épouser car leur rang l’en empêche et que cette idylle est fortement désapprouvé par les parents.


Ce tome nous laisse avec une Sissi déchirée par le chagrin et un Franz impuissant et mais acceptant de suivre la volonté de sa mère, se destinant à un mariage sans amour, pour le devoir. Autant dire que j’attends avec beaucoup d’impatience le quatrième et dernier tome dans lequel se déroulera la rencontre de Franz et Sissi à Bad Ischl.

vendredi 7 octobre 2022

L'île aux mensonges - Frances Hardinge.



Faith Sunderly, 14 ans, est la fille d'un révérend et éminent naturaliste. 

Accusé d'avoir trompé la communauté scientifique, il part s'exiler avec sa famille sur une île au large des côtes anglaises. Mais les rumeurs l'accablent et bientôt il est retrouvé mort. Suicide déshonorant comme le fait croire la respectable société victorienne ? Ou assassinat, comme en est persuadée sa fille ? 

Avec son insatiable curiosité, Faith mène seule son enquête, qui l'entraine de révélations en secrets précieusement dissimulés. Elle est prête à défier toutes les convenances sociales pour faire surgir la vérité. Mais cette vérité pourrait se révéler dangereuse...



L’histoire nous transporte sur l’île de Vane, dans l’Angleterre victorienne, où la jeune Faith et sa famille sont contraints de s’exiler pour une raison que Faith ignore. L’île lui semble bien inhospitalière et leur nouvelle maison manque cruellement de confort, entre le climat froid et l’humidité des lieux. Très vite, Erasmus Sunderly, son père et naturaliste de renom, est appelé à rejoindre l’équipe de fouilles archéologiques. La famille espère trouver ses marques sur l’île, malheureusement Faith s’aperçoit que les habitants qui les avaient accueilli se montrent vite froids et son père pointé du doigt. Puis un jour, son père disparaît avant d’être retrouvé mort. Pour l’île, il s’agit d’un suicide. Pour Faith, qui a passé la nuit avec son père en lui promettant de garder le secret, c’est un meurtre et elle entend bien rétablir la vérité pour sauver l’honneur de son père et la réputation de sa famille.



Mes débuts furent laborieux, n’ayant pas réussi à entrer véritablement dans le récit avant la dernière nuit de Faith avec son père. J’ai trouvé que le récit était long à se mettre en place mais une fois que c’est le cas, impossible de le lâcher ! L’enquête que nous offre l’auteure est bien menée avec une intrigue complexe qui mélange des thèmes aussi nombreux que variés : mystères, mensonges, naturalisme, science, religion, condition de la femme, enfance, trahisons, etc. C’est une intrigue qui mélange également différents genres, entre le thriller avec une ambiance sombre, pesante et gothique et une pointe de fantastique et une touche de féminisme.



Faith est une héroïne plaisante. C’est une jeune fille mature qui sait se débrouiller. Elle glane des éléments par-ci, par-là et comprend que sa famille aussi bien que l’île cachent bien des secrets. Elle est profondément attachée à son père – alors que celui-ci n’est pas toujours tendre avec elle, considérant qu’elle ne doit pas et ne peut pas réfléchir comme un homme, et le suivre dans ses traces car c’est une jeune femme – alors qu’elle méprise tout d’abord sa mère, avant de comprendre qu’elle n’a d’autre choix que de se servir des armes propres à son sexe pour se défendre et protéger sa famille. Faith est un personnage travaillé avec ses qualités comme ses défauts. Elle est curieuse et a soif de connaissance, tout en essayant de prime abord de contrôler sa curiosité qui n’est pas convenable pour les femmes à cette époque. Elle est intelligente et ne veut pas s’en cacher, même si les mœurs de l’époque tendaient à penser qu’une femme ne pouvait être douée de raison. Faith est un personnage tiraillé entre le poids de son éducation et ce qu’elle souhaiterait être.



Malgré tout, elle va défier les conventions sociales dans une société où l’intelligence et la curiosité sont l’apanage des hommes. Faith va mentir, tendre des pièges, manipuler, faire peur, dans le but d’obtenir la vérité et de se venger de la mort de son père. C’est un personnage que j’ai pris plaisir à suivre et qui va mener une enquête passionnante tout en évoluant au gré de l’histoire. La voir grandir en tant que personne mais aussi voir son regard se changer : reconnaître les erreurs de ce père qu’elle idolâtre, comprendre un peu mieux sa mère et protéger son frère. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la relation entre Faith et Howard, son jeune frère que la société n’accepte pas, tout comme sa sœur. Alors que la société veut modeler Faith dans sa vision de la femme, elle cherche à modeler Howard également qui est gaucher et à qui on force à écrire de la main droite.



Deux autres couvertures que j'aime beaucoup. La première reprend les couleurs associées
à Halloween et donne un effet très spooky. La seconde illustre parfaitement les thèmes
que l'on retrouve dans le roman, associant le fruit de l'arbre des mensonges à celui de l'arbre de la connaissance du jardin d'Eden.

J’ai beaucoup aimé la pointe de fantastique, qui ne jurait pas avec les thématiques autour des découvertes scientifiques de l’époque, à travers l’arbre que Faith découvre dans une grotte sombre et humide (et son père avant elle). Un arbre d’un genre unique, qui ne peut vivre que dans l’obscurité et dont les feuilles s’enflamment si elles sont au contact de la lumière du jour, un arbre portant des fruits semblables au citron mais au goût unique. Un arbre fait pour vivre en symbiote avec un être humain si celui-ci le nourrit… de mensonges. Lorsque cet arbre est nourrit, il porte un fruit qui – semblable au fruit du jardin d’Eden qui détient la connaissance – permet de faire découvrir une vérité à celui qui le mange… même si ce n’est pas sans conséquence. Ce fut intéressant de découvrir l’arbre en même temps que Faith et découvrir en même temps qu’elle les caractéristiques de l’arbre au fur et à mesure qu’elle va expérimenter ce spécimen unique et ses effets avec un esprit scientifique et analytique… et l’utiliser à ses fins pour découvrir l’identité du meurtrier de son père.



À travers son intrigue, l’auteure met en avant le pouvoir des mensonges et de la rumeur, comment les rumeurs se répandent au sein d’une société, comment elles poussent à la peur, à la dénonciation, à la destruction même d’une réputation. Comment une simple rumeur s’enfle et se transforme au point de devenir incontrôlable et avoir des conséquences imprévues et désastreuses. Le mensonge se nourrit de l’imagination de chacun et se répand dans les esprits. J’ai trouvé ce sujet encore d’actualité, surtout avec l’importance et l’omniprésence des réseaux sociaux et des fake news.



Enfin, on ne peut qu’apprécier l’élégante plume de l’auteure qui nous offre de belles et parfois saisissantes descriptions et qui nous plonge avec efficacité dans une Angleterre victorienne où les théories de Darwin sur l’évolution des espèces commencent tout juste à se faire connaître dans les milieux scientifiques, et n’en sont pas moins controversées puisqu’elles vont à l’encontre des écrits bibliques. C’est le temps des grandes découvertes, des grands explorateurs ; la science avance dans toutes les directions. Un monde en plein essor qui fascine Faith.



En résumé, un thriller victorien élégant aux limites du fantastiques, une ambiance sombre, gothique et parfois oppressante qui laisse toutefois la part belle à la science, sur fond de mensonges et un cadre féministe. Je ne partais pas convaincue, pourtant l’histoire est bien plus prenante que ne le laissait supposer les premiers chapitres !


Faith découvrait qu'un mensonge était comme u feu. Au début, il avait besoin d'être entretenu et alimenté, mais en douceur, avec circonspection. Un souffle léger attiserait les flammes naissantes, mais trop d'air les éteindrait. Certains mensonges prenaient si bien qu'ils se répandaient avec un crépitement allègre, sans qu'il fût besoin de les alimenter davantage. Mais, du coup, ils ne vous appartenaient plus. Ils vivaient leur propre vie et échappaient à votre contrôle.

25. Affronter le monstre.

mercredi 18 mai 2022

The Corpse Queen - Heather M. Herrman

Alors que sa meilleure amie Kitty vient de mourir dans des circonstances mystérieuses, Molly Green, orpheline de dix-sept ans, découvre l'existence d'une tante dont elle ne savait rien.

Richissime, Ava est disposée à prendre la jeune fille sous son aile... à condition que celle-ci soit prête à en payer le prix. Car Ava a bâti sa fortune en pillant des tombes pour revendre les dépouilles à des étudiants en médecine avides d'apprendre la chirurgie. Et elle veut que Molly l'aide à se procurer les corps.

Or à Philadelphie dans les années 1850, une jeune fille non mariée n'a que peu de perspectives. De plus, Molly est bien décidée à remonter la trace de l'étudiant qu'elle pense être l'assassin de Kitty. Elle accepte donc et découvre son nouveau métier... mais surtout, les leçons d'anatomie du docteur LaSalle, qui vont la fasciner. Mais à cette époque, aucune femme n'est censée étudier pour devenir chirurgienne. Et alors qu'un meurtrier sévit en ville et que la mort de Kitty reste impunie, la poursuite du savoir devient pour Molly une danse... mortelle.


Molly Green a 16 ans lorsqu'elle est confrontée au décès brutal de Kitty, sa meilleure amie, retrouvée mutilée, et lorsqu'Ava, une mystérieuse tante dont elle ne connaît rien la tire de son orphelinat pour lui proposer une vie confortable dans sa demeure à Philadelphie ainsi qu'un travail hors du commun qui demande la plus grande discrétion ainsi qu'un sang froid à toute épreuve ! Car sa mystérieuse tante se cache derrière le plus grand trafic de cadavres de Philadelphie avec pour objectif de fournir son ami médecin pour ses cours clandestins d'anatomie et de médecine. D'abord choquée, Molly décide de mettre à profit cette occasion inespérée d'avoir un toit sous sa tête, une vie confortable ainsi que l'opportunité d'enquêter sur la mort de Kitty... car dans les rues de Philadelphie rôde un assassin qui se plaît à mutiler ses victimes.


L'auteure nous transporte dans la Philadelphie du XIX e siècle dans une ambiance aussi sombre et glauque que les rues de Whitechapel durant le règne de Jack l’Éventreur... Le cadre de l'histoire ainsi que son assassin ne sont d'ailleurs pas sans rappeler ce célèbre tueur en série.


L'intrigue est assez intéressante pour qu'on ait envie de découvrir la suite, et flirte avec deux mystères : celui de la mort de Kitty, et celui de l'assassin de Philadelphie, le Boucher, en installant le cadre original de trafic de cadavres pour des cours d'anatomie et de médecine où le médecin enseignant privilégie les corps avec une certaine particularité, les curiosités.


Sans mauvais jeu de mot, les personnages m'ont laissé de glace. Je reconnais leur valeur en tant que personnages, leur intérêt ainsi que leurs qualités, notamment notre héroïne Molly. Elle est intelligente, courageuse, ambitieuse, pleine de compassion, avec un côté froid et calculateur et ce fut intéressant de la voir évoluer dans ce monde macabre et original. L'une de ses plus grandes qualités, c'est le soin et le respect qu'elle porte aux défunts, elle se soucie d'eux, leur dépouille, leur vie passée, sans même les connaître, et malgré le brin de romance qui apparaît dans le roman, j'ai apprécié que l'auteure n'en fasse pas un thème central. Tom et Ginny, les amis de Molly, sont sympathiques mais sans plus. Je ne me suis pas attachée aux personnages de manière générale bien que Molly soit une héroïne assez plaisante et Ava, sa tante m'a beaucoup intrigué, j'aurais aimé en savoir plus sur elle et sur sa vie.


La force du roman, c'est son ambiance. C'est sombre, c'est poisseux, c'est dangereux. On est à l'aube de la médecine moderne et tout un trafic de cadavres s'organise pour fournir les médecins et étudiants en médecine. C'est un roman qui explore les progrès de la médecine dans les années 1850, la difficulté de recevoir un enseignement de qualité et de devenir médecin à l’époque, la principale difficulté étant de se procurer des cadavres frais pour les travaux pratiques, ainsi que les questions d'éthique face aux progrès de la médecine, le respect des corps. Il est aussi question de la condition de la femme au XIXe siècle, ce qui en fait un roman féministe avec une héroïne prête à tout pour travailler dans ce domaine très masculin qu'est la médecine et ne pas se laisser submergée par ses collègues masculins qui cherchent à la décourager.


C'est un roman très visuel dans ses descriptions, on assiste en effet à plusieurs scènes d'autopsie ainsi qu'un accouchement, certains passages sont assez détaillés et gore. Âmes sensibles s'abstenir.


L'intrigue reste plaisante et intéressante, bien que je lisais sans être tenue en haleine, en attendant qu'il se passe quelque chose d'un peu plus palpitant, sans pour autant m'ennuyer. J'ai été déstabilisée par certaines scènes, et je ne parle pas des scènes macabres mais plutôt quand [spoiler] Molly va au club/bar/cabaret/trucmuche avec Tom et Ginny et que celle-ci la pousse un peu sur la scène avec les autres danseuses et qu'elle s'illustre dans le maniement du fouet, jusqu'à se faire appeler la reine du fouet, mais quoiiii ?? dans QUOI je suis tombée ? [/spoiler], je n'ai pas bien compris l'intérêt ou le divertissement de ces scènes. Cela dit, tout s'enchaîne vite vers la fin qui devient une vraie course contre la montre, les révélations sur l'assassin qui s'accompagne d'un autre plot twist que je n'ai pas vu arriver (mais cela explique les flash-backs que l'on trouve à chaque début de partie de roman, on comprend à qui correspondent ces flash-backs et nous permettent de voir un personnage sous un jour nouveau)


En résumé, un thriller « jeunesse » glauque et mystérieux qui me donne déjà envie d'être à Halloween. J’ai aimé l’ambiance qui se dégage du roman et l’intrigue tient suffisamment en haleine pour que les pages se tournent facilement. J’ai toutefois ressenti quelques longueurs et je n’ai pas su m’attacher aux personnages.


Molly s'aspergea le visage d'eau froide pour chasser les cauchemars. Dans ses rêves, Kitty était  devenue la femme du journal et s'apprêtait à se marier. Le Boucher, vêtu d'habits en lambeaux sortis tout droit d'une tombe, avait mené sa fiancée sans tête jusqu'à l'autel de l'église d'Ava. Mais malgré ses efforts, Molly n'était pas parvenue à voir le visage du tueur. Elle les avait suivis, jetant non pas des pétales de fleurs, mais des cendres dans le sillage de Kitty.

Chapitre 25.