«
— Lève-toi, m’ordonna-t-elle d’une voix dure. L’heure est
venue, le danger est proche. Nos ennemies ne vont pas tarder.
— Nos
ennemies ? soufflai-je. Il y en a plusieurs ?
— Bien
sûr, petit ! La fille du Malin ne sera pas seule. Les sorcières
d’eau convergent de tous les côtés vers cette colline. Le combat
est imminent. »
Plus
que jamais, l’obscur menace le Comté. John Gregory envoie Tom dans
le nord, pour qu’il poursuive sa formation auprès d'un autre
épouvanteur, Bill Arkwright. Ce dernier habite un moulin hanté, non
loin de dangereux marécages, et il se montre un maître implacable.
Tom a du mal à supporter ses méthodes ! Or, le Malin charge sa
propre fille, une puissante sorcière d’eau, d’anéantir Tom.
C’est alors que Bill Arkwright commet une erreur, et le garçon se
retrouve seul pour affronter sa redoutable adversaire.
Il
y a un peu plus de dix ans (déjà ! Que le temps passe), j’avais
découvert la série L’épouvanteur et dévoré
les quatre premiers tomes en deux mois. La bibliothèque ne possédant
pas les tomes suivants, j’avais mis en pause la saga. Puis, j’ai
lu d’autres livres et j’ai laissé L’épouvanteur de
côté… Les années ont passé et la série a commencé à refaire
surface dans mon esprit. L’univers me manquait et j’étais
désireuse de connaître la suite, par chance, depuis le réseau de
bibliothèque avait fait l’acquisition des tomes suivants ainsi
ai-je repris ces derniers mois la lecture en relisant tout d’abord
les quatre premiers tomes pour me remettre dans le bain et me
remémorer ce que j’avais oublié. J’ai redécouvert avec
beaucoup de plaisir l’univers et les personnages, constatant que la
magie opérait toujours et que je dévorais chaque page, chaque
chapitre, comme il y a quelques années. Entre deux, j’ai appris
avec tristesse la mort de Joseph Delaney qui, même
si je n’avais pas grandi avec ses livres, avait toujours su me
charmer par ses mots, son univers et ses personnages.
Me
voici donc, mes relectures achevées, à reprendre officiellement la
série, en partant en terrain inconnu avec L’erreur de
l’Epouvanteur.
Dans
le tome précédent, les sorcières de différents clans s’étaient
réunies pour invoquer le Malin et le relâcher sur Terre afin qu’il
accomplisse leur dessein, celui de tuer le jeune Tom Ward.
Bien qu’il ait échoué à cette tâche, le Diable est à présent
libéré de toute contrainte et libre d’arpenter où bon lui
semble. Depuis, la situation s’obscurcit dans le Comté. Craignant
que le Malin ne cherche à s’en prendre à Tom et
incapable de lui enseigner une forme d’entraînement, qu’avec son
âge il ne peut lui prodiguer, John Gregory envoie
son apprenti passer six mois chez un autre Epouvanteur, Bill
Arkwright, pour qu’il poursuive son
apprentissage. Arkwright est un ancien apprenti
de Gregory et vit dans un moulin hanté par les
fantômes de ses parents, en compagnie de Croc et Griffe, deux chiens
féroces. Tom a bien du mal à s’acclimater,
d’autant plus qu’Arkwright est très exigeant, sévère
et porté sur la boisson, et que les ennuis parviennent malgré tout
à le trouver sous la forme d’une monstrueuse
sorcière. Arkwright lui révèle qu’il s’agit
de Morwène, une redoutable sorcière des eaux, qu’il
pourchasse depuis des années et qui sème la terreur depuis des
siècles…
À
l’instar des tomes précédents, j’ai dévoré ce livre et, alors
que je prévoyais une lecture progressive, je n’ai pas su résister
et je l’ai terminé en quelques heures. L’écriture de Joseph
Delaney est toujours aussi efficace, il parvient à nous
entraîner aisément dans son histoire et à nous faire tourner les
pages avec avidité. Il sait manier le suspense, nous surprendre,
nous attendrir comme nous faire ressentir de l’appréhension.
Avec
ce tome, Joseph Delaney nous entraîne ici à la
découverte des sorcières d'eau, selkies, skelts et autres créatures
des marais. Son folklore continue ainsi à s’étoffer à mesure que
la saga progresse. J’ai beaucoup aimé le changement
d’environnement, on se retrouve dans un cadre marécageux, brumeux
mais toujours sombre et inquiétant, où vivent des créatures
inquiétantes.
J’ai
retrouvé avec plaisir les personnages et même si j’aime
toujours Tom, je déplore le fait qu’il ait moins
brillé dans ce tome par rapport aux précédents, qu’il reste
encore celui qui se fourre malgré lui dans les ennuis et qui doit
être sauvé par Alice, Gregory ou un
autre personnage. Je suis bien consciente que Tom est
encore en stade d’apprentissage et qu’il fait face à des
créatures bien plus puissantes que lui, mais même lorsqu’il est
en déroute face à des humains, j’aurais aimé qu’il soit un peu
plus débrouillard, comme ce fut le cas dans les tomes précédents.
Même à son moment le plus intense, celui où il a du
combattre Morwène, il ne l’a pas fait seul et s’est
battu avec un autre personnage qui a fini par achever le travail et
sauver Tom. J’espère vraiment que Tom brillera
davantage dans les tomes suivants car il en a les capacités, il l’a
déjà prouvé, et que nous lecteurs aimerions voir la certitude que,
oui, Tom est bien le meilleur apprenti
que Gregory ait jamais eu, comme l’affirment
certains personnages.
Gregory est
moins présent dans ce tome, mais c’est toujours un plaisir de le
revoir, d’autant qu’on devine bien dans ce tome son inquiétude
pour Tom, prouvant qu’il est attaché à son apprenti
et ne veut que son bien, et le protéger tout en le préparant au
pire, pour qu’il ait une chance de survivre. Il a été difficile
de s’attacher à Bill Arkwright, comme ce fut le cas
avec Tom qui du mal à se faire à cet Epouvanteur
si différent de John Gregory, avec des méthodes
brutales, qui se montre antipathique, violent et porté sur la
boisson. Au fil des chapitres, Tom et le lecteur
sont amenés à comprendre le passé de cet homme et réaliser ce
qu’il peut apporter à Tom. Malgré tout, Arkwright a
un vécu qui le rend touchant et il nous montre petit à petit
d’autres facettes de sa personnalité. Je serais curieuse de voir
s’il va apparaître de nouveau dans la série. Bien que je n’ai
eu aucune sympathie pour Arkwright au début, sans
pour autant le détester, j’ai apprécié de découvrir les
méthodes d’un autre Epouvanteur, et qui différent de celles
de John Gregory, de voir comment Arkwright voit
le rôle d’Epouvanteur et l’exerce, ce qui permet à Tom d’ouvrir
ses horizons et de voir que la vision de son maître n’est pas la
seule. Cela fait un parallèle intéressant avec la vision que nos
personnages se font concernant l’obscur ainsi que d’autres
choses, notamment les différences d’opinion concernant Alice.
Alice est
très énigmatique dans ce tome. L’attachement qu’elle et Tom se
portent est toujours aussi attachant, on ne peut pas être insensible
à la loyauté et l’affection qu’ils ont l’un envers l’autre,
et combien ils sont prêts à tout pour l’autre. Néanmoins, on
sent qu’elle change, que son destin n’est pas tout à fait
défini… Si on ne doute pas de son attachement pour Tom,
elle n’est pas définie entre « bonne sorcière » ou
« mauvaise sorcière ». On ignore quel chemin elle va
prendre, ce qu’il va lui arriver, comment elle va évoluer…
d’autant plus que ce tome nous révèle des secrets bien
surprenants sur Alice et sa famille et qui
pourraient faire pencher la balance. Je suis très curieuse de voir
ce que l’auteur a en réserve pour nous concernant ce personnage et
voir si sa relation avec Tom sera plus forte que son
ascendance ou pas…
J’ai
été ravie de retrouver Grimalkin, la sorcière
assassine. Elle n’est que peu apparue dans le tome quatre mais elle
m’avait laissé une forte impression. Son importance se confirme
dans ce tome, et laisse deviner que ce sera le cas dans les suivants.
C’est vraiment une sorcière pas comme les autres et j’aime
beaucoup ses interactions avec Tom. [spoiler] si elle se
confirme bel et bien comme alliée, elle sera une alliée de poids
pour Tom et elle semble lui être attachée, du moins je l’espère,
et j’espère retrouver cette dynamique dans les prochains tomes
[/spoiler]
Je
ne peux pas parler de ce tome sans parler de l’Adversaire avec un
grand A. Le Malin. Celui-ci en impose par sa présence, chacune de
ses apparitions ne laisse pas indifférent tant elles semblent figer
le temps pour ne laisser que de l’effroi et de l’appréhension.
Il est vil, corrupteur, malin et manipulateur. J’ai aimé chacune
de ses apparitions ainsi que ses interactions avec Tom pour
qui il voue un intérêt glaçant mais fascinant. Je ne demande qu’à
découvrir au cours des prochains tomes ses autres apparitions ainsi
que découvrir la véritable nature de son intérêt pour Tom.
Même
lorsque l’affrontement s’achève, nous ne sommes pas au bout de
nos surprises et d’autres éléments s’ajoutent, nous tenant en
haleine et nous donnant envie de lire le tome suivant, qui promet
notamment le retour de la mère de Tom. Ce tome continue
de confirmer mon amour pour la série qui se révèle de plus en plus
passionnante. Ce qui ne ressemblait au début qu'à un enchaînement
d'aventures fantastiques et effrayantes prend plus d’épaisseur
pour devenir une lutte plus globale contre un ennemi de choix.
L’horreur
reste vibrante et Joseph Delaney n’hésite pas à
amener des événements assez violents dans le récit [spoiler]
notamment choquée d’une scène où Tom découvre l’un des chiens
de Arkwright mort d’une horrible façon par une sorcière d’eau
[/spoiler], bien que ce ne soit pas trop explicite. Les
rebondissements ne manquent pas, le rythme est toujours soutenu,
l’intrigue ponctuée par de nombreux événements. Bref, encore une
belle réussite ! Il me tarde de découvrir le tome suivant…
Je ne le voyais pas, mais ses pas l'amenaient vers moi. Chaque fois que l'un de ses pieds invisibles se posait sur le plancher, il laissait la marque d'un sabot fendu, qui rougeoyait un instant en grésillant avant de noircir. Grimalkin m'avait dit que, pour leur inspirer la crainte et les forcer à l'obéissance, il étai apparu aux clans de sorcières sous sa véritable apparence, le jour de Halloween. Cette vision était si épouvantable, prétendaient certains, que quiconque y était confronté mourait de saisissement. N'était-ce vraiment qu'un conte de bonnes femmes pour faire frémir à la veillée ? Allait-il me montrer son visage ?
(...) Il était devant moi, en bottes et veste de cuir, tel qu'à notre première rencontre, avec le même sourire amical et confiant.
- Eh bien Tom, me dit-il, comme je te l'ai fait remarquer récemment, au lieu de me nommer le Malin, on pourrait m'appeler l'Ami. Qui veux-tu que je sois pour toi ? Voilà ce que tu devras décider dans les minutes qui suivent. De cette décision dépend le reste de ta vie, ainsi que le sort de tes trois compagnons.
26. L'impensable.