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lundi 24 août 2026

Les femmes du France - Zoe Brisby.


Sur ce paquebot, personne n'est ce qu'il prétend être.

Septembre 1974, le France effectue sa dernière traversée. Les marins, qui refusent son démantèlement, organisent une mutinerie, prenant en otages équipage et passagers.

À bord, trois femmes avancent dans la tourmente. Jane, passagère de Première classe. Charlie, coiffeuse sur le navire. Rose, femme de chambre. Elles ont embarqué en secret pour retrouver Alice, mystérieusement disparue à bord.

Dans cette poudrière qu'est devenu le France, la quête de vérité a un prix, et fait ressurgir les ombres du passé.

Sur fond d'histoire vraie, Zoe Brisby livre un roman haletant sur la mémoire, la justice et la reconstruction.



Je ne connaissais pas grand-chose du France, à part la célèbre chanson de Michel Sardou. Zoé Brisby m’aura fait découvrir et voyager à bord de ce célèbre paquebot et, même si je connaissais déjà l’issue de celui qui fut un monument national, je n’ai pas pu m’empêcher d’espérer une issue plus heureuse.


Ce roman aborde deux histoires à la fois : celle de la dernière traversée du France, jusqu’aux mutineries de l’équipage et aux grèves pour tenter de le sauver, puis celle de trois amies d’enfance. Elles se nomment Jane, Rose et Charlie. L’une est l’épouse malheureuse et battue d’un riche homme d’affaire américain, l’autre est coiffeuse au bord du paquebot, et l’autre est femme de chambre du France. Toutes les trois viennent du même orphelinat où elles se sont connues, et sont réunies à bord du France pour tenter de percer un mystère : qu’est-il arrivé à Alice, leur quatrième amie, elle-aussi employée à bord du France, qui a disparu sans laisser de trace ?


Nous vivons en compagnie de nos protagonistes les derniers jours du France, son dernier voyage, puis la mutinerie du personnel à l’annonce du démantèlement du navire par le gouvernement, car le France n’est pas qu’un paquebot. C’est un symbole, une fierté nationale qui fait rayonner à l’international le luxe et le savoir-faire français, dans lequel se coutoient Français et Américains. C’est aussi le gagne-pain de tout l’équipage mais aussi de la ville du Havre, port d’attache du paquebot. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt et d’émotion l’histoire de ce géant des mers, et l’attachement des personnages envers ce navire. Le France est ici son propre personnage et le roman une lettre d’amour à ce paquebot disparu.



SS France moored in Le Havre, 1978 (Source : Wikipédia)


Concernant la seconde intrigue, je l’ai également suivie avec intérêt, désireuse de savoir, à l’instar de nos héroïnes, ce qu’il était advenu d’Alice. Si le fin mot de l’histoire ne m’a finalement pas surprise, un élément du roman ayant fini par me mettre la puce à l’oreille au milieu de l’intrigue, j’ai suivi l’enquête des amies avec intérêt, d’autant plus qu’une personne mystérieuse sait qu’elles enquêtent et n’hésitera pas à envoyer des lettres de menaces… jusqu’à exécution de ces dernières.


On apprend au fil de l’enquête davantage sur le passé de ces jeunes femmes à l’orphelinat, et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est tout simplement révoltant [spoiler] avis aux âmes sensibles, il est question ici de pédophilie et viol sur mineures [/spoiler]. Les thématiques abordées sont parfois sombres et nous permettent d’apprécier davantage la force de ces femmes et d’être émue face au lien qui uni les trois amies, comme des sœurs, soudées à la vie, à la mort, et qui se re-familiarisent avec ce lien au fur et à mesure qu’elles se côtoient et se redécouvrent. Petite mention à Jane alias Jeanne alias Doudou qui fut ma préférée.


Le récit est fluide et nous happe vite, et nous offre donc une belle lecture pleine de rebondissements et de faits historiques, mis en valeur par une plume vive et directe. Une sympathique découverte !


– Pendant que vous êtes avec nous, qui pilote le bateau ?


Le commandant Deslice plaque sur son visage un sourire poli. Combien de fois a-t-il dû répondre à cette question stupide ? Dix, cent, mille peut-être ! À chaque traversée, c’est la même chose. (...) Cette fois-ci, son Sherlock Holmes du dimanche est une femme. Une dame au visage rond encadré de frisettes blondes. Elle lui fait penser à Nellie Oleson, ce personnage odieux dans la nouvelle série télévisée qui vient de diffuser ses premiers épisodes aux États-Unis : La Petite Maison dans la prairie.


Le commandant pourrait partir dans une explication didactique sur la composition de l’état-major pont. Lui rétorquer qu’heureusement, il n’est pas le seul à tenir la barre. Il pourrait énumérer le personnel de la passerelle : le commandant adjoint, le second capitaine, l’officier de navigation, les six lieutenants et les quatre élèves officiers… Mais il n’a pas envie de faire dans la dentelle. Il n’en a pas l’énergie, pas aujourd’hui. L’annonce du démantèlement prochain du paquebot lui donne mal au ventre. La nouvelle ne sera dévoilée officiellement que ce soir, mais la rumeur est déjà en train de contaminer le bateau.


(...)  – Personne. Nous fonçons droit sur un iceberg.


Le silence glace la table. Les convives sont tétanisés. Il faut dire qu’une référence au Titanic sur un paquebot qui emprunte le même tracé est pour le moins osée. Les passagers restent muets jusqu’à l’éclat de rire de la jeune femme à côté du commandant. Son rire, aussi transparent que du cristal, fait immédiatement baisser la pression et tous les dîneurs l’imitent.

vendredi 31 juillet 2026

Outlaws - Lena Shartiaud.


Colorado, 1860

James Lloyd est un trappeur, autant dire une espèce en voie de disparition dans un Nouveau Monde où s’achève la conquête de l’Ouest. Criblé de dettes et directement menacé par les nouvelles lois fédérales destinées à réguler son activité, il n’a d’autre choix que d’accepter la surprenante proposition du shérif Philips. Pour sauver sa peau, James endosse le rôle du chasseur de primes et se lance sur les traces du tristement fameux gang Morrison. On raconte que ces hors-la-loi de la pire espèce ne reculent devant aucune bassesse lorsqu’ils attaquent diligences et convois.

Les approcher sans éveiller leurs soupçons n’est pas une mince affaire et James se voit contraint de se faire passer pour un fuyard. Proposant de guider le gang à travers les Rocheuses pour leur éviter les ennuis, il découvre très vite que Philips est loin de lui avoir dit toute la vérité. Si Morrison et ses hommes sont bel et bien des voleurs, ils ne sont pas pour autant les monstres que l’on se plait à décrire dans les saloons. Petit à petit, James se retrouve happé par cette drôle de famille où il se sent plus à sa place que nulle part ailleurs. Du moins jusqu’à ce que la vérité sur son double jeu éclate au grand jour. Rattrapé par le passé et confronté à un futur plus qu’incertain, l’heure des choix sonne pour James. Même s’il n’a plus la moindre envie de livrer le troublant Nathaniel Morrison à son ennemi de toujours, le shérif Philips les attend au tournant.


Un bon western bien rythmé, avec une petite romance M/M, des péripéties, des attaques d’Indiens, un shérif sans scrupules, des hors-la-loi en cavale, la nature sauvage, bagarre dans un saloons, course à cheval… bref, les clichés du Far West mais quand c’est bon, on aurait tord de se priver.


J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le Far West, à un tournant de son histoire avec l’Ouest qui se modernise peu à peu avec l’arrivée du chemin de fer, à l’aube d’une guerre civile qui menace de tout bouleverser, un monde que notre protagoniste James Lloyd a du mal à suivre alors que sa profession de trappeur est à son crépuscule avec l’arrivée de tous ces changements. Il peine à vivre de son métier, est d’un naturel solitaire, sombre, nostalgique d’une époque quasiment révolue, avec des abords rudes mais qui est plus complexe qu’on ne le pense. J’ai beaucoup aimé suivre ce personnage qui essaye de survivre dans ce monde en mutation, qui est plus proche de la nature, avec un héritage indien de par sa mère qui le rend encore plus intéressant.


J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman que j’ai dévoré en moins de trois jours. J’ai suivi l’intrigue, aux côtés de James Lloyd et de la bande de hors-la-loi avec leur chef Morrison. On s’éloigne un peu des clichés des hors-la-loi qui sont en réalité innocents. Certains sont quand même sacrément misogynes ! Cela dit, ils restent attachants pour la plupart et ils ont une personnalité qui leur est propre, ils forment à eux tous une famille de parias rejetés par la société puritaine en raison de leurs différences.


J’ai notamment beaucoup aimé Sanchez ou Sol le musicien, Mabel et ses deux amants, sans oublier le chef Nathanaël Morrison dont j’ai aimé voir le rapprochement avec notre trappeur taciturne. La romance reste efficace, Lloyd et Morrison sont deux personnages qu’on imagine difficilement ensemble, mais la romance est crédible, elle se fait sans précipitation et se tisse au fil de l’intrigue, au fur et à mesure qu’on en apprend davantage sur Morrison. J’ai d’ailleurs aimé que [spoiler] la fin heureuse ne soit pas acquise, bien qu’on devine à la fin que Lloyd va retrouver son ancien amant, les retrouvailles sont juste supposées, ce n’est pas la fin heureuse que je m’attendais à voir, ce qui a été une surprise mais pas désagréable ceci dit [/spoiler]. Même si le dénouement de l’intrigue autour du shérif ne m’aura pas surprise, le suspense est tout de même resté jusqu’au bout pour d’autres aspects de l’histoire.


Un roman d’aventure qui se dévore, offrant donc mal d'action, entrecoupé de moments d’amitié sympathique, sans oublier la relation amoureuse qui se tisse peu à peu entre Lloyd et Morrison. Une plongée dans le Far West avec les clichés du genre mais qui fonctionnent toujours autant chez moi. Une sympathique découverte !


Le gang de Morrison est définitivement loin de l'image que Lloyd s'en faisait jusqu'à présent. Même s'il a eu des doutes depuis leur rencontre, il se dit que la mise à prix est peut-être exagérée. Ils ont commis des crimes, mais il a de plus en plus de mal à les considérer comme les bandits sanguinaires dépeints par Philips. Il se force à se remémorer l’attaque de la diligence et la façon dont le garde armé a été froidement abattu… Pourtant seule victime de cette rixe… Il revoit Doc Armand soigner le cocher, Sanchez et McKennie relâcher les voyageurs infortunés… Ils les ont dépouillés avant, mais ils ne les ont pas tués.

Des hors-la-loi avec des principes moraux. James aura tout vu.

mardi 19 mai 2026

Troubadours, princes et chevaliers - Isabelle Lesteplume.

Il était une fois…

Un voleur obligé de travailler pour un prince au cœur de pierre.

Un apprenti sorcier visite dans ses rêves par un étrange fantôme.

Un impitoyable chasseur de montres se liant malgré lui à un troubadour.

Une clairière où se reposent trente-et-une roses, veillées par un chevalier maudit.

Qui sait où la magie d’un conte pourrait vous entraîner ?



Je retrouve avec énormément de plaisir la plume et l’imagination d’Isabelle Lesteplume, qui confirme bel et bien sa place parmi mes auteurs préférés, à travers un recueil de quatre contes de fantasy, avec une romance LGBT+.

On commence le recueil avec L’Eau de Vie et de Mort :

Lyoth est un voleur extrêmement doué et insaisissable… Du moins, jusqu’au jour où Tarrek, le prince cadet lui tend un piège. Il lui propose un marché : il lui rendra sa liberté s’il parvient à lui obtenir l’eau provenant de la fontaine de vie et de mort, située dans une forêt gardée par une chimère, un dragon et un lion géant. Le prince cadet ayant une sinistre réputation de sorcier jaloux de son frère, le prince héritier, Hélios, Lyoth craint que le prince Tarrek n’en veuille à la vie de son frère, ainsi il brave les dangers pour le prévenir. À sa grande surprise, il découvre le prince Tarrek veillant Hélios malade et dont les jours sont comptés. L’eau de la fontaine étant le dernier espoir de Tarrek de sauver son frère du mal qui le ronge, Lyoth et les deux princes partent en quête de la fontaine.

Le sorcier, le fantôme et l’apprenti

Liam est un jeune garçon timide, introverti, qui a bien du mal à communiquer. Mais il aime une chose plus que tout : la magie. Il se met en quête d’apprendre tout ce qu’il peut, et cherche à rencontrer ses semblables. Il attire l’attention de Moldros, un sorcier qui fait de lui son apprenti. Il découvre bien vite que Moldros n’est pas celui qu’il pense être alors que, dans le monde des rêves, il rencontre un jeune homme énigmatique. Sen, l’ancien apprenti de Moldros, disparu dans des circonstances mystérieuses.

L’oiseau et le chevalier noir

C’est l’histoire d’un royaume plongé dans un cauchemar sans fin suite à la malédiction lancée par une sorcière. À la nuit tombée, des monstres se relèvent pour semer la panique et massacrer la population. Des survivants se sont retranchés dans une forteresse. Parmi eux, Hesmé, surnommé l’Oiseau pour la douceur de son chant qui est tant chéri par les habitants du château qu’ils font tout pour retenir Hesmé entre ces murs. Hesmé, pourtant, rêve de liberté, malgré le danger qui rode dehors. Ainsi, lorsqu’il rencontre Kéros, un chevalier et tueur de monstre grincheux, il n’hésite pas et décide de partir avec lui découvrir le monde. Qu’il le veuille ou non.

La clairière aux trente-et-une roses

Gem est un jeune prince arrogant, futile et frivole que sa mère peine à lui faire prendre ses responsabilités, et que les courtisans ridiculisent. Lorsque la guerre éclate, il est enchanté. Voilà enfin le début de ses aventures ! L’occasion tant attendue de briller et de revenir auréolé de gloire. Son arrogance et son manque d’expérience lui font subir une cruelle désillusion lorsque Gem et son armée tombent dans une embuscade. Prenant peur face à la dure réalité de la guerre, ayant perdu chacun de ses hommes, Gem fuit le combat, blessé. Il est recueilli par Arkos, un chevalier, dans une forêt où jonchent plusieurs roses protégées par un dôme de verre, qui prend soin de lui et lui conseille de changer son attitude. Cette rencontre laissera Gem bouleversé et transformé. Honteux et coupable, il retourne dans son royaume avec la ferme résolution de changer et de devenir meilleur. Seulement, il ne parvient pas à oublier sa rencontre avec ce chevalier énigmatique et, quand le brouillard tombe sur la forêt, il ne peut s’empêcher de le rejoindre pour en apprendre plus.

***

Coup de cœur pour ce recueil ! Chaque conte a été un régal à lire, et ont même été dévorés en peu de temps. C’est prenant, rythmé, toujours ponctué d’humour, avec des moments de tendresse. J’avais pensé que le format « nouvelles» fasse que les histoires soient expédiées, avec un goût de trop peu, et un manque de développement. Je n’ai pas vraiment eu cette sensation. Certes, certaines histoires auraient pu bénéficier d’un peu plus de développement (surtout la seconde), mais globalement les événements s’enchaînent de façon fluide et à son propre rythme.

J’aime toujours autant les histoires proposées par Isabelle Lesteplume qui, même à travers des histoires courtes, nous propose des histoires fantasy intrigantes qui tiennent en haleine, avec des plots twist intéressant. On retrouve des thématiques chers à l’auteure : des personnages devant mener une quête ensemble et qui est l’occasion pour eux d’apprendre à se connaître et à se rapprocher, un personnage que l’on dit sombre et qui est plus complexe qu’on ne le pense et qui illustre bien l’adage « les apparences sont trompeuses », la sorcière ou enchanteresse responsable d’une malédiction qui n’est pas forcément celle que l’on imagine, une intrigue plus complexe qu’on ne le pense, et des personnages qui sont attachants.

Les romances ne sont pas en reste. Tous nos couples sont attachants et se développent de façon naturelle (à part peut-être dans la seconde histoire où j’ai trouvé le dénouement et la romance un peu trop rapides), et qui prennent le temps de se développer et qui permettent aussi aux personnages d’évoluer en tant qu’individu. Je pense notamment à Gem du quatrième conte qui commence comme étant un prince capricieux et vaniteux et qui évolue pour devenir un bon souverain et une bonne personne.

En résumé, gros coup de cœur pour ce recueil de contes qui nous propose des histoires rythmées et intéressantes, avec des personnages attachants et des romances que l’on prend grand plaisir à voir se former progressivement. Merci à Mme Lesteplume pour cet agréable moment de lecture !


Il inspira profondément pour calmer la panique qui grandissait en lui. Il pouvait le faire. Ça n'était pas si terrible, après tout, les gens posaient des questions tous les jours, et y survivaient généralement. Une interaction sociale n'allait pas le tuer.

Quoique...

samedi 21 février 2026

Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune homme nommé Éric qui rêvait de quêtes impossibles, de bêtes à terrasser et de grand amour à trouver. Une fois chevalier, il résolut de partir à l'aventure, sur la foi d'un vieux conte, à peine une légende. Il serait question d'un prince maudit et d'un royaume prisonnier d'une muraille d'épines... 

Mais derrière cette muraille se cache une réalité bien plus sombre et bien plus cruelle. Qui sont ces fantômes qui errent la nuit ? Quel crime a réellement commis Maléfique ? Et ce prince que l'on dit si parfait, veut-il seulement être réveillé ? 

Pour mener à bien sa quête, Éric devra apprendre que le monde ne se limite pas aux beaux et aux laids de ses contes de fées. Peut-être que Nyl, le magicien cynique avec lequel il s'est vu forcé de conclure un marché, saura le lui enseigner... Et vous, quel prix accordez-vous à la beauté ?


Ce qui est bien avec les romans d’Isabelle Lesteplume, c’est que j’ai la certitude de passer un bon moment. J’aime beaucoup sa plume, son imagination et ses personnages hauts en couleur. Il était bien temps que je découvre Le prince au bois dormant.


Comme son titre l’indique, il s’agit d’une réécriture de La Belle au Bois Dormant, avec une romance M/M, et le tout premier tome de sa saga des Contes des royaumes oubliés. Cela se ressent dans son écriture qui m’a paru plus simple, un peu moins riche et travaillée, un peu moins « mature ». L’auteure en était à ses débuts, ce qui ne veut pas dire que l’écriture n’était pas plaisante pour autant. On entre dans son univers avec beaucoup de plaisir et de facilité, et la lecture est fluide et la lecture suffisamment addictive pour que les pages se tournent avec plaisir. Je trouve juste intéressant la comparaison entre ce premier tome et ses dernières parutions. Madame Lesteplume en a fait du chemin, pour notre plus grand plaisir.


J’ai beaucoup aimé sa réinterprétation de La Belle au Bois Dormant, nous montrant que l’histoire officielle n’est pas celle que l’on croit être et qu’elle est plus complexe qu’on ne le pense, que certains protagonistes ne sont pas ceux que l’on pense être, et qu’il y a plusieurs zones d’ombre que notre preux chevalier, Eric, découvrira peu à peu. On découvre, par exemple, à quel point la beauté peut être une malédiction, et que le sommeil éternel dans lequel sont plongés le prince et les habitats du royaume a une certaine particularité : ceux endormis le jour se dévoilent la nuit dans une forme fantômatique. J’ai aussi aimé l’atmosphère qui se dégage de cet univers. La forêt de ronce et d’épines n’est pas qu’une simple forêt, elle vit, elle est presque un personnage à part entière, qui se nourrit du sang des âmes courageuses qui ont tenté de délivrer le prince. Concernant celui-ci, je dois avouer que l’auteure aura réussi à me surprendre avec le plot-twist, je ne l’avais vraiment pas vu venir !


Concernant nos personnages, trois se démarquent véritablement (bon, quatre si on compte Maléfique, mais je n’en dirai pas plus sur elle, de peur de spoiler). Nous avons tout d’abord Eric, le preux chevalier, qui nous paraît un peu simplet et boy-scout, un vrai labrador humain, dont l’optimiste contraste avec le pessimisme de son infortuné compagnon de voyage, Nyl, le magicien, qui est plus cynique sur lui-même, Eric et le monde qui l’entoure. Bien malgré eux, ils deviennent compagnons de voyage et leur tempérament différent fait que ça clashe très souvent entre eux. Nyl nargue la naïveté et l’optimisme d’Eric, et le chevalier déplore le pessimisme et le cynisme de Nyl.


Pour autant, ils vont apprendre à se connaître et se surprendre sans cesse, si bien que leurs convictions en seront chamboulées. Toutefois, j’ai trouvé certaines de leurs disputes un peu exagérées [spoiler] surtout une qui tombait comme un cheveu sur la soupe et que l’auteure s’est forcée d’écrire parce qu’elle avait besoin à un moment que Nyl s’éloigne d’Eric et se mette en danger [/spoiler]. Malgré tout, c’est un duo plaisant à suivre et que l’on prend plaisir à voir évoluer et se rapprocher, et de voir le mépris et l’agacement laisser peu à peu place au respect et à de l’affection sincère. J’ai aussi aimé Zig, le troubadour, qui finit par se joindre à notre duo et apporter un certain peps. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteure lui consacre une nouvelle en fin d’histoire.


En résumé, une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


— Je ne peux pas croire, souffla le chevalier, fasciné, qu’une chose si belle puisse être totalement mauvaise…

Pour une raison qu’il ne comprit pas, le magicien lui lâcha le poignet comme s’il s’était brûlé et s’écarta ostensiblement, le regard ombré de colère.

— Mais pourquoi tout le monde est-il si obsédé par la beauté ? cracha-t-il. Je ne fais jamais confiance à ce qui est beau. Tout ce qui présente bien, tout ce qui est lisse, parfait, a quelque chose à cacher, une épine, un poison, une âme stupide ou un cœur de glace. Je n’aime que le laid. On peut faire confiance au laid, il t’a déjà montré le pire de ce qu’il possédait.

— Moi, ce que j’aime, rétorqua Éric, piqué au vif, c’est trouver de la beauté dans toute chose. Ne vois-tu pas comme le monde recèle de trésors et d’émerveillements ? Ne sais-tu vraiment pas apprécier le mystère de ce qui est beau, tout simplement ?

dimanche 28 décembre 2025

Snowdonia - Jeremy Angelo.

1899. Laurine, jeune fille originaire d’un petit village au creux des montagnes du Jura, vient tout juste d’avoir 17 ans. Si tous s’attendent à la voir se marier rapidement, elle n’est pourtant pas certaine d’y être prête. Elle aime sa vie telle qu’elle est. Mais tout s’écroule lorsque son père lui annonce qu’il l’envoie vivre au pays de Galles, chez un grand-oncle dont elle ignore absolument tout. Laurine doit donc quitter sa famille, son prétendant, sa terre natale et se résoudre à célébrer Noël loin de chez elle. 

Seule et déboussolée, la jeune fille débarque donc à Conwy, porte d’entrée d’un immense parc naturel nommé Snowdonia, connu pour être un pays quasiment dénué de vie. Laurine y fait la connaissance de Henri Harlington, son grand-oncle, qui l’accueille à bras ouverts, ainsi que celle de Dryston, le jeune majordome du manoir, qui bien que charmant est désagréable à souhait ! Henri devant s’absenter pour affaires, Laurine se retrouve donc en seule compagnie de Dryston, dont la mission est de faire découvrir la région et les coutumes galloises à la jeune fille ! 

Parviendra-t-elle à apprivoiser le majordome afin que son séjour en terre étrangère ne se transforme pas en véritable cauchemar ? Les traditions de ce nouveau pays lui feront-elles quelque peu oublier la tristesse d’être loin de chez elle et de ses proches pour Noël ?


Snowdonia nous emmène en plein cœur du pays de Galles, à la fin du XIXe siècle, pour un petit conte de Noël bien sympathique.


Ce que je retiens essentiellement de ce roman est son cadre qui m’a dépaysé et m’a fait voyager. Ce roman est une lettre d’amour au pays de Galles. L’auteur ne cesse de nous faire découvrir la vie au pays de Galles, ses traditions (celles de la vie de tous les jours, mais aussi les traditions de Noël), sa gastronomie, ses paysages, son sens de l’hospitalité, tant et si bien que Perceval de Kaamelott en serait fier ! J’ai pu apprendre beaucoup de choses sur les coutumes du pays de Galles, des plus belles aux plus étranges, notamment la Mari Lwyd, le lovespoon, les légendes celtiques aussi, le christmas pudding. Il y a aussi des références à Dickens ou à Lewis Carroll. On apprend aussi des expressions locales telles que « affûter les meules », « consoler son café » ou « faire des petits pains ».


Snowdonia est également un lieu que l’on prend plaisir à découvrir. Sa grande étendue sauvage, souvent enneigée, ses paysages entre mer, montagnes et forêts, ses habitants parfois taquins, parfois désagréables mais le plus souvent sympathiques, à commencer par l’oncle Henri, écrivain à ses heures perdues. La plume de l’auteur est d’autant plus jolie que l’on savoure chaque description qu’il nous offre. J’ai beaucoup aimé découvrir le pays de Galles, d’autant plus pendant la période de Noël qui nous rend le voyage encore plus magique, et j’ai beaucoup apprécié découvrir le pays et ses coutumes en même temps que notre héroïne.


Concernant la romance, je n’ai malheureusement pas été entièrement convaincue. Alors, oui, ils sont adorables nos tourtereaux quand ils sont amoureux, quand ils s’échangent des baisers et que l’harmonie bat son plein entre eux. Mais j’ai bien souvent été déconcertée. Je n’ai d’une part pas compris le mépris, sinon l’agacement initial de Dryston envers Laurine (Monsieur avait-il des préjugés sur l’héroïne bien avant son arrivée ?), ou fâché de devoir veiller sur cette parfaite inconnue ? D’autre part, leur attirance mutuelle arrive un peu soudainement, sans que l’on comprenne d’où elle sort et ça se développe un peu trop rapidement à mon goût. Parfois, ils s’aiment, puis parfois Laurine s’emporte ou Dryston devient froid et distant envers elle, se mettant à la rouspéter comme une enfant. C’est une vraie girouette. Il alterne entre le jeune homme doux et prévenant et le type froid et rustre dont la mauvaise humeur tombe quand on ne s’y attend pas. Un petit problème d’hormones, peut-être ? Le fait d'être restreint au point de vue de Laurine n’aide pas. Les émotions et les sentiments sont survolés, et j’aurais apprécié avoir aussi le point de vue de Dryston, au moins pour comprendre son comportement parfois énigmatique.


Au moins on s’éloigne des clichés des romances de Noël, mais malheureusement, je n’ai pas été entièrement convaincue par le développement de celle-ci. Dommage, ils sont pourtant mignons, nos deux petits amoureux, mais la façon dont s’est mise en place leur romance ne m’a pas toujours paru bien crédible.


Snowdonia reste une lecture sympathique à découvrir pendant la période des fêtes. Si la romance ne m’a pas convaincu, par son manque de crédibilité, j’ai été charmée par ce voyage au pays de Galles et en apprendre davantage sur les coutumes du pays mais aussi ses traditions festives. Un vrai dépaysement !



Une chèvre avec des cornes immenses et recourbées me faisait face. Elle me fixait. Son regard ne ressemblait guère à celui de quelqu’un voulant m’inviter à dîner. Il voulait plutôt dire : Dégage de chez moi ! Apparemment, elle ne devait pas être au courant des règles de l’hospitalité et du savoir-vivre en vigueur dans son pays. Je décidai de les lui rappeler :

— Écoute-moi bien, toi, la bestiole ! Sache que je vais raconter à tout le pays de Galles que tu réserves un très mauvais accueil aux étrangers venus réclamer le droit d’asile, ici-même, dans tes montagnes ! Tu en seras si honteuse que plusieurs générations de chevreaux issus de ta descendance seront encore rongées par l’humiliation pendant des dizaines et des dizaines d’années !

— Bêeeeeeeh ! fit-elle en guise d’unique réponse.

Elle frotta son sabot droit sur le sol, faisant voler des paquets de neige à droite et à gauche, comme pour m’impressionner.

— Très bien, comme tu veux ! Si tu prends ce ton-là, je vais en parler à la reine Victoria ! Elle va te bannir de Snowdonia !

La créature s’en moqua éperdument. Elle n’hésita pas à me charger. J’esquivai son attaque en me déplaçant sur le côté gauche, mais mes pieds dérapèrent sur une plaque de verglas. Je m’écroulai sur le sol gelé et sombrai dans l’inconscience. Les dernières choses que j’aperçus furent des ombres dansantes au-dessus de moi. Je priai intérieurement qu’il n’existe pas une race de chèvres carnivores dans cette région maudite.

vendredi 19 décembre 2025

Christmas Therapy - Caro M. Leene.


Collectionner les calendriers de l’Avent ? Se lever à l’aube pour être aux premières loges de la parade ? Ne jamais sortir sans son serre-tête à bois de renne ? 

Rien de plus normal pour Maureen qui, chaque année, n’est que joie et excitation à l’approche de Noël. Seulement, cette fois, elle risque de perdre son job de coach de vie si elle ne suit pas cette fichue thérapie censée la guérir de son « obsession ». 

Comme si elle souffrait d’une maladie grave ! Si quelqu’un doit se faire soigner, c’est plutôt Logan… Cet homme cynique et désagréable suit le même programme, mais pour se réconcilier avec la période des fêtes qu’il a en horreur. Maureen veut bien prendre sur elle, mais de là à travailler en équipe avec ce mec grognon… On peut dire qu’elle a été gâtée avant l’heure ! À moins que Noël ne lui réserve encore son lot de surprises



Christmas Therapy propose une romance plutôt classique entre une amoureuse de Noël et un Grinch, mais à travers une thérapie autour de Noël, ce qui apporte une certaine touche d’originalité à cette romance de Noël.


Ce n’est pas tant la romance en elle-même que je retiendrai de ce roman, mais plutôt le concept de la thérapie de Noël qui vise à aider les Grinch en puissance à se réconcilier avec Noël, et les addicts de Noël à tempérer un peu leur amour des festivités. J’ai beaucoup apprécié qu’il n’y ait pas de parti pris entre les « deux camps », qu’il n’y ait pas de « team Logan » ou de « team Maureen » … ou alors qu’on peut très bien prendre parti pour les deux à la fois.


On peut en effet juger compréhensible l’envie de Logan de ne pas être envahi par Noël, tout comme son aversion pour la version de Noël devenu trop commercial, tout comme on peut comprendre qu’il n’aime pas Noël car c’est une période difficile pour lui que ça le ramène à des souvenirs amers. On peut juger aussi légitime l’envie de Maureen de revendiquer son amour de Noël, après tout elle a bien le droit d’aimer Noël comme elle l’entend, pourquoi devrait-elle être jugée ? Même s’il y a des excès, qu’elle achète un peu trop de calendriers de l’avent, qu’elle se lève aux aurores pour avoir les meilleures places pour assister à une parade de Noël, tant qu’elle ne fait de mal à personne, qu’on la laisse vivre comme elle le veut !


J’ai également aimé cette notion d’équilibre que la thérapie de Noël veut appliquer. On ne demande pas à Logan d’adorer Noël, mais de ne plus ressentir cette « haine » irascible qui le ronge, mais d’associer à cette fête des traditions et des souvenirs plus positifs, pour compenser au fait que Noël a longtemps été pour lui synonyme de souvenirs douloureux, quitte à ce qu’il fête Noël à sa façon, et à son rythme, sans le brusquer. On ne demande pas non plus à Maureen de ne plus aimer ou de moins aimer Noël, mais de tempérer un peu, de lever le pied, et de prendre conscience que tout le monde n’aime pas Noël autant qu’elle, ou que tout le monde ne le fête pas de la façon dont elle l’entend, la façon qu’elle voit comme traditionnel. Le message qui découle aussi du roman est aussi le fait qu’il n’y a pas une seule bonne façon de fêter Noël mais qu’il y a un Noël différent pour chaque personne, même si pour certains, il s’agit d’aller au pub pour boire une bière devant un match de foot à la télévision, au lieu d’un repas avec une dinde.


« Je vais reformuler vos propos, Maureen, si vous me le permettez : ce n’est pas vraiment l’activité qui vous vient en tête lorsque vous pensez à Noël. J’aimerais vous rappeler une chose à tous. Noël est avant tout un état d’esprit. Noël n’est pas une journée, c’est une période, une saison, et chacun y associe des souvenirs qui lui sont propres. Partant de ce constat, nous pouvons donc affirmer qu’il existe autant de versions de Noël que de personnes. Vous ne pouvez pas vous permettre de juger ce que vos amis, vos voisins, vos collègues, ou encore des inconnus, associent à Noël. »


Concernant nos tourtereaux, même si je n’étais pas convaincue au départ, ils sont plutôt attachants et il y a de l’alchimie entre eux. Cela dit, ce n’est pas de la romance de Noël à me faire soupirer de bonheur et à me faire rêver. Je désespère de trouver un jour la romance de Noël qui saura me conquérir… Peut-être l’an prochain, qui sait !


Toutefois, les personnages principaux sont plutôt plaisants. J’ai bien aimé Maureen, une femme bien dégourdie, qui ne se démonte pas (merci aux grands-frères), qui n’est pas gênée par qui elle est, c’est une jeune femme pleine de vie. Si je l’ai trouvé un peu excessive par moment, dans son amour de Noël, elle évolue et apprend qu’elle ne doit pas imposer sa version de Noël à Logan, mais apprendre à s’adapter, célébrer Noël à la façon de Logan, sans se débarrasser de ses propres traditions. Logan est plutôt aux antipodes, il est ronchon et moqueur, mais il a un bon fond et se prête au jeu, en accompagnant Maureen dans ses sorties de Noël. Je regrette toutefois que sa relation conflictuelle avec sa mère soit si peu exploitée, alors que c’est l’un des aspects centraux du roman, c’est ce qui a poussé Logan à faire cette thérapie. J’ai l’impression que cet aspect, plutôt central, a vite été balayé sur la fin alors qu’il avait enfin commencé à être honnête avec sa mère et expliquer son mal-être.


Concernant les autres personnages, les amis de Logan sont tout simplement infects, Glen étant le pire de tous, à se conduire de manière mesquine (encore heureux que certains se rattrapent sur la fin). Heureusement, les amis de Maureen se rattrapent un peu, avec Aly qui est aussi fan de Noël qu’elle, et prête à la soutenir, mais aussi Evan qui aurait très bien pu être psy pour couple tellement il a été de bons conseils, ne prenant parti ni pour Logan, ni pour Maureen, et en voulant aider l’un et l’autre à mieux se comprendre, pour éviter ou réparer les malentendus, leur permettre d’ouvrir les yeux. Ce qu’il dit est toujours vrai, et la vérité peut faire mal parfois, mais il vise toujours juste, sans jugement. On gagnerait tous à avoir un ami comme Evan !


Bon, avec tout ça, qu’est-ce que je pense globalement de Christmas Therapy ? C’est un roman rythmé, la romance de Noël est classique mais l’idée d’une thérapie de Noël est un concept original et intéressant qui peut offrir une véritable réflexion autour de Noël. Cela dit, ça ne me laissera pas un souvenir impérissable et je n’ai pas trouvé le roman bien transcendant. Cela reste une petite lecture légère et divertissante qui permet de se plonger dans une ambiance festive.


— Est-ce que l’ambiance de Noël vous a pesé ?

— Non, pas spécialement.

— Aucune envie de partir en courant ?

Je me contente de secouer la tête de façon négative.

— Parce que vous étiez dans une représentation de Noël qui vous convenait. Noël était présent par touches et non en abondance. Noël est ce que l’on en fait, les valeurs qu’on y associe. Ce n’est d’ailleurs pas Noël en soi qui vous rebute, mais peut-être l’image ultra-médiatisée et commercialisée qui en est faite. Ce « trop » vous a poussé peu à peu à rejeter cette période.

mardi 9 décembre 2025

Qui meurt à Noël ? - Angélina Delcroix.


Alice, 30 ans, n'a jamais passé Noël en dehors du cocon familial. Sans elle à ses côtés, sa sœur aînée Romy, qui souffre d'un trouble de la personnalité, serait malheureuse et risquerait de se faire du mal.

Pourtant, cette année, Alice ne peut pas fermer la librairie-salon de thé qu'elle tient depuis quelques mois. Alors elle embauche Romy pour l'aider à préparer les pâtisseries de Noël, à servir les clients et à organiser les nombreux événements qui animent cette période magique de Noël. Des ateliers d'écriture, des rencontres avec des auteurs... L'un d'eux, d'ailleurs, ne laisse pas Alice indifférente. Mais, comment imaginer une relation avec un homme quand il est impossible de se séparer de sa sœur ?

Un matin, Alice retrouve un livre sur le comptoir: Qui doit mourir ? Lorsqu'elle le remet en place, elle trouve un post-it collé sur l'étagère : " Qui ? "

Commence alors un enchaînement de phénomènes étranges au sein de la librairie. La tension de plus en plus palpable amplifie les symptômes de l'état limite de Romy et la relation entre les deux sœurs devient électrique. Alice ne se sent plus en sécurité. Alors qu'elle tente de se raisonner, un client succombe après l'ingestion d'un cupcake...


Avec cette couverture rose bonbon représentant un cupcake, le cadre d’une librairie-salon de thé en pleine période de fêtes, je m’attendais à plonger dans un cozy mystery. Au final, c’est un vrai thriller psychologique qui s’est dessiné au fil des pages !


Le roman est indéniablement un page turner, la lecture a été très addictive. Alors que je pensais durer la semaine avec, je l’ai terminé en deux jours, et il me tardait sans cesse d’y replonger pour découvrir la suite ainsi que le fin mot de l’histoire.


L’histoire est beaucoup moins cozy que ce à quoi je m’attendais, ce que j’ai trouvé surprenant mais intéressant. Alice est une trentenaire qui vient de déménager et d’ouvrir sa librairie qui fait aussi salon de thé, avec sa coéquipière Imaé. Sa sœur aînée, Romy, est atteinte de nombreux troubles psychologiques et, sa sœur étant la seule à canaliser ses crises, elle réclame constamment sa présence et son attention, si bien qu’Alice a fini par ne plus vivre pour elle et par étouffer dans le foyer familial, si bien qu’elle a fini par partir définitivement vivre sa vie, sans toutefois couper les ponts avec sa famille. Ajoutons à cela sa mère qui reproche sans cesse à Alice d’avoir abandonné sa sœur et lui reprocher les crises et rechutes de Romy.


Refusant le chantage maternel d’abandonner sa maison et sa librairie pour passer Noël au domicile familial, Alice propose d’héberger Romy chez elle pour passer les fêtes entre sœurs. Romy arrive donc, accompagnée des parents qui (entendons surtout la mère) n’ont pas confiance à l’idée de laisser Alice gérer seule Romy. Alice alterne donc son quotidien avec son travail, ses relations familiales chaotiques entre les reproches de sa mère et le besoin constant d’attention de Romy, son ex qui la harcèle, mais aussi son histoire d’amour récente avec un charmant auteur. Puis, peu de temps après l’arrivée de sa famille, des événements étranges surviennent, perturbant le quotidien des deux sœurs. Alice retrouve des notes étranges, Romy pense être surveillée par un père Noël lui voulant du mal, et puis le sang commence à couler… La relation entres les deux sœurs se complique et il devient de plus en plus difficile de savoir qui est responsable de tous ces évènements. Qui en veut à Alice ? Quel message le responsable cherche-t-il à lui faire passer ?


Le tout donne un thriller domestique vraiment pas comme les autres ! J’ai aimé suivre cette intrigue qui m’a tenu en haleine jusqu’au bout, ne pouvant plus lâcher le livre avant de connaître le fin mot de l’histoire. Les chapitres sont courts et l’intrigue très bien rythmée. Il n’y a pas ou peu de temps morts, on enchaîne rapidement avec une nouvelle note, un rebondissement, une révélation. On a pas le temps de se reposer, les questions se multiplient dans la tête au fur et à mesure que l’intrigue avance à un rythme de plus en plus effréné, nous emmenant là où on ne s’y attend pas.


Sans être particulièrement attachants ou antipathiques, les personnages ne laissent pas indifférent et nous font ressentir de la colère, de l’indignation, de la compassion. Il faut dire qu’il s’en passe des choses ! Nous nous retrouvons témoins de ces journées mouvementées d’Alice et sa famille, de leurs angoisses, leurs interrogations, alors que des secrets de famille jamais soupçonnés remontent peu à peu à la surface… avec l’ambiance qui se fait de plus en plus oppressante et anxiogène, jusqu’à l’implosion le jour de Noël, avec des révélations qui déclenchent la surprise, l’indignation, le dégoût, la colère.


Un thriller réussi, alors ? Eh bien, pas tout à fait. J’ai vraiment trouvé le dénouement m’a laissé perplexe. Si j’avais fini par me douter de l’identité du coupable, j’ai vraiment trouvé leur moyen de fonctionnement franchement tiré par les cheveux et manque de crédibilité. Bien que je comprenne la raison de leur geste, j’ai été dubitative mais aussi scandalisée, si bien que je ne saurais dire si ma colère vient du fait que je partage la révolte d’Alice ou parce que le dénouement de l’intrigue est vraiment tirée par les cheveux. Peut-être un peu des deux.


J’ai aussi été surprise et mécontente de la fin qui n’en est pas vraiment une pour moi, tant le roman s’achève de façon brutale, sans véritable conclusion, et sur un nouveau élément venant perturber la vie d’Alice. Qu’est-ce qu’il se passe ensuite ? Pourquoi cette mention sur ce personnage pour terminer le roman ? Comment Alice et sa famille vont gérer cette nouvelle crise ? Comment vivre après tout ça ? Que va-t-il se passer pour Romy ? Ça se termine vraiment en cliffhanger alors que, sauf preuve du contraire, ce livre n’aura pas de suite. La fin m’aura vraiment frustrée, je ne comprends vraiment pas l’intérêt de finir ainsi ce roman.


J’aurais aussi apprécié la présence d’une page d’avertissement en début de roman, concernant certains trigger warnings…


Un thriller domestique et psychologique vraiment haletant en somme, avec une intrigue bien menée, sans temps mort. Un véritable page turner qui ne laisse pas indifférent. Malheureusement, je déplore un dénouement tiré par les cheveux et une fin brutale qui m’a laissé frustrée et perplexe. 


C'est drôle, ça me paraissait si simple dans mes livres de tuer des personnes, de mettre en scène des psychopathes ou des tueurs occasionnels. Je n'écrirai plus jamais de la même façon. La mort ne reste jamais sans conséquences.

samedi 6 décembre 2025

Transylvania - Nicolas Beuglet.

Il était une fois…

Encore aujourd’hui, on prétend que le château de Bran, en Transylvanie, était la propriété du comte Dracula. Rares sont ceux qui s’arrêtent dans cet hôtel reculé, cerné par la neige et la glace. L’endroit paraît habité par des fantômes depuis la nuit des temps.

C’est là que la jeune inspectrice Mina Dragan est envoyée pour enquêter sur un meurtre étrange. Un cadavre gît dans une chambre. Celui de l’unique client de l’établissement. À ses côtés traîne une vieille malle verrouillée. Avant de disparaître, l’assassin a inscrit un tatouage énigmatique sur la main de sa victime.

Mina Dragan ne le sait pas mais c’est pour elle le début d’un jeu de piste terrifiant qui lui fera découvrir la face cachée et peut-être pas si imaginaire des contes de fées de notre enfance.

Et si la clé de tous ces mystères se trouvait dans un seul livre ?

Un livre fondateur.

Il était une fois Transylvania…


J’ai commencé ce roman avec beaucoup d’enthousiasme, mais voilà que je clos le livre avec beaucoup de frustration. Ce roman n’a pas été ce à quoi je m’attendais.


En voyant la couverture puis en lisant la quatrième de couverture et les premiers chapitres, je m’étais vraiment attendue à un polar dont l’action se situerait au château de Bran et dont l’intrigue se ferait essentiellement autour du roman Dracula, d’autant que nous avons un meurtre qui s’est produit au château de Dracula, une inspectrice qui s’appelle Mina Dragan (Mina d’après le personnage du roman, et le nom de famille qui évoque le mot ‘dragon’ que l’on associe aussi à Dracula). Ainsi, j’ai été quelque peu décontenancée quand j’ai vu que notre protagoniste ne restait finalement que peu de temps en Transylvanie et dans le château de Bran et que l’intrigue prenait une direction que je n’avais pas envisagée : celle des contes de fées.


En effet, notre assassin impose à notre jeune inspectrice une sorte de jeu de piste où elle doit traquer chaque indice qu’il lui laisse, chacun en rapport avec les contes des frères Grimm et plus particulièrement l’histoire de Blanche-Neige. En soi, ça n’a pas été une direction qui m’a déplu, loin de là, même si j’aurais bien aimé une intrigue où le mode opératoire de l’assassin se serait inspiré de Dracula. J’ai néanmoins trouvé intéressant un polar où l’assassin s’inspirait de l’univers des contes de Grimm, j’ai aimé la traque de l’inspectrice, son séjour en Allemagne, la découverte des indices liés aux contes. C’était intéressant, haletant même. Mais on est tout de même en droit de se demander pourquoi intituler le roman « Transylvania » quand cette région mythique n’est que la très courte étape d’une intrigue rocambolesque dans laquelle notre assassin va faire balader notre héroïne de pays en pays.


D’ailleurs, c’est Wonder Woman, notre héroïne. Elle n’a pas besoin de beaucoup manger ou dormir pour rester toujours aussi opérationnelle qu’avant. Elle est malmenée, brutalisée, se fait attaquer, mais elle ne s’en sort pas trop mal… Elle se jette sur les suspects sans perdre haleine, oubliant les coups et blessures reçus… Et elle se fait balader de pays en pays, de la Roumanie à l’Allemagne en passant par la Chine… le tout sans rouspéter, sans ressentir la moindre fatigue morale ou physique, wow ! Plutôt irréaliste…


Que l’intrigue n’ait finalement pas grand-chose à voir avec Dracula et qu’elle s’inspire des contes de Grimm, pourquoi pas ? L’ennui, c’est que même les contes sont laissés de côté et l’intrigue devient une véritable réflexion sur l’IA et sur la baisse de la lecture, et sur les jeunes qui privilégient les écrans à la lecture, avec notre assassin et kidnappeur qui nous sort tout un speech, avec trois pages de statistiques sur la baisse de la lecture chez les individus depuis une certaine période, et ensuite sur les dangers de l’IA. Alors, le propos est très pertinent, et ces sujets sont dignes d’intérêt et malheureusement plus que d’actualité.


On peut y voir une manière pour lui de tirer la sonnette d’alarme, ce que j’entends et je suis d’accord, mais c’est vraiment amené de façon maladroite et abracadabrantesque et j’ai vraiment l’impression que c’est manichéen avec cette opposition stricte entre lecture et numérique, les jeunes qui scrollent sur les réseaux pour combler en vain un vide intérieur. Si je suis d’accord avec l’idée que l’on doit continuer à encourager la lecture et ne pas tout laisser entre les mains de l’IA, sous peine de perdre sa capacité de rêver, analyser et réfléchir, et de mettre en garde sur l’addiction aux écrans, la manière de l’assassin de s’y prendre était vraiment trop farfelue pour que je prenne son propos au sérieux, et donc celui de l’auteur. Un message intéressant et pertinent mais la façon de le formuler était… étrange.


Ce n’est pas un mauvais thriller, ce n’est juste pas ce à quoi je m’attendais, j’ai été déconcertée plusieurs fois par le changement de sujet. Le propos de fond est pertinent et intéressant mais amené de façon trop étrange pour que je le prenne entièrement au sérieux (à l’image de notre assassin). Ce n’est pas une mauvaise lecture en soi, il y a des aspects que j’ai beaucoup aimé, mais j’en ressors avec un avis globalement mitigé…


Cette affaire avait été si dense et l'avait emmenée dans des lieux et des histoires à ce point hors du temps qu'elle se sentait déconnectée du présent. Comme si les plaines désertes et enneigées de Transylvanie, les arches gothiques du château de Bran, l'étrange forêt de Blanche-Neige, l’hypnotique présentation de Grimm l'avaient transportée dans un monde imaginaire d'où elle avait du mal à revenir.

vendredi 10 octobre 2025

La Lignée des maudits - Bleuenn Guillou.



Édimbourg, 1877.

Dans une Écosse victorienne indépendante, la famille d’Ava a gravi les échelons de l’aristocratie en vendant ses services de médium à la noblesse. Plusieurs générations de services ou… d’arnaques ? Car Ava est en réalité la seule à posséder un don, alors que son entourage est, lui, frappé d’une malédiction. Lorsque l’héritier du trône est assassiné, les Hazegast sont désignés pour trouver le coupable. Ils ont dix jours pour résoudre ce meurtre, sans quoi la reine s’occupera d’éliminer ces parvenus.

Le décompte a commencé pour Ava alors qu’un importun fait son apparition : le fantôme du prince, qui a bien l’intention de déterrer les secrets familiaux…



Je n’attendais pas grand-chose de ce roman, juste passer un bon moment, mais cette lecture s’est révélée être un coup de cœur !

 

Nous sommes dans l’Écosse du XIXe siècle, mais une Écosse pas tout à fait comme nous la connaissons car elle est isolée du reste du monde par une brume mystérieuse et dangereuse qui confère parfois, à ceux qui s’y aventurent, des pouvoirs de médium. Le pays est gouverné par la reine Marie Stuart qui a perdu son fils, l’héritier du trône, dans la fleur de l’âge. Elle somme les Hazegast (et pas Häagen-Dazs, comme j’ai souvent eu le réflexe de le penser), de retrouver le coupable sinon ils en paieront le prix par la mort ou par l’exil, car les Hazegast sont une puissante famille de médiums, capable de communiquer avec l’au-delà… du moins, c’est ce qu’ils font croire pour maintenir leur influence au sein de la famille royale et de l’aristocratie. Chez les Hazegast, seule une infime poignée possède des pouvoirs, dont la jeune Ava qui cache son pouvoir pour ne pas être exploitée sans relâche par sa famille, ce qu’elle parvient sans peine jusqu’au jour où le fantôme du prince héritier ne vienne la hanter avec insistance et ne lui révèle que c’est un Hazegast qui est responsable de sa mort…

 

J’ai beaucoup aimé l’ambiance inquiétante, spooky, légèrement gothique qui se dégage de ce roman. Nous sommes dans l’Écosse brumeuse du XIXe siècle, entre manoirs victoriens et cimetières hantés, ruelles sombres et château avec passages secrets et laboratoire clandestin, sauf que la brume est dangereuse pour la populace. Ceux qui parviennent à y échapper n’en ressortent pas sans conséquence. Les plus chanceux obtiennent un pouvoir de médium, les autres perdent la raison. La plupart des malheureux finissent tout simplement par ne plus jamais revenir. J’ai aimé cet aspect du roman avec cette brume mystérieuse qui intrigue le lecteur comme nos personnages, et qui nous dévoile peu à peu ses secrets. Elle se présente comme un personnage à part entière.

 

L’intrigue est multiple, sans qu’elle n’en soit fouillis et nous perde dans tous les sens car elle est finement menée et tout fini par se rejoindre. Nous sommes autant dans la recherche du meurtrier du prince Duncan que dans la découverte des secrets de la famille Hazegast, on navigue entre intrigues politiques et les secrets de la brume. On fait la connaissance de plusieurs personnages, aussi bien des vivants que des morts.


L’intrigue est rythmée et prenante, elle se fait sans temps mort et gagne en intensité au fil des pages au fur et à mesure que l’enquête autour de la mort du prince évolue, et qu’Ava en découvre plus sur sa famille et ses vilains petits secrets. C’est un autre aspect que j’ai beaucoup aimé dans ce roman. Nous avons affaire à une famille qui, à défaut de pouvoir communiquer avec les morts, cache des cadavres dans ses placards. Pour maintenir l’illusion qu’ils sont de grands médiums, ils sont prêts à tout, qu’il s’agisse de tromper les clients par différents mécanismes et une enquête approfondie sur leur proche disparu, ou bien de se salir les mains. Pour autant, ils ne sont pas tous diabolisés mais sont présentés comme complexes, tout simplement humains. Ils ont chacun des traumatismes, des secrets, un vécu qui les rendent intéressants.


Il se dégage des thèmes comme le deuil, l’enfance et comment les secrets de famille rejaillissent tôt ou tard sur les membres de la famille, sinon des descendants. Si j’avoue avoir été perdue au début entre tous ces membres, j’ai appris à les différencier au fil de ma lecture. J’ai aimé cette idée d’une famille qui s’est bâtie un empire sur un mensonge et par des manipulations, et qui ont tous des secrets qu’on se délecte de découvrir.

 

J’ai aimé les liens entre Ava et ses cousines qui sont très soudées et, bien que le prince Duncan peut être énervant à souhait, il a finalement une bonne alchimie avec Ava, leurs échanges sont souvent savoureux, et Duncan gagne un peu plus d’humanité au fur et à mesure qu’il passe du temps avec Ava. Dieu merci, l’auteure a évité la romance entre ces deux-là…


Entre fantômes, secrets de famille, ambiance spooky, ce roman s’est révélé être un vrai coup de cœur ! L’histoire est prenante et l’intrigue rythmée, si bien qu’il est difficile de lâcher ce roman qui gagne en intensité au fil des chapitres. Petite mention à la couverture que je trouve très jolie, j’ai également apprécié la présence d’un arbre généalogique en début de roman.


Savoir que quelqu'un les observait et connaissait leur plus grand secret lui fit tourner la tête. C'était une peur profondément ancrée. Dans les autres familles, on évoquait le croquemitaine ou le monstre sous le lit, chez les Hazegast, on apprenait aux enfants que si quiconque découvrait leur imposture, ils seraient tous pendus. Les mystères faisaient partie de l'essence de leur existence. Ils se croyaient toutefois à l'abri, derrière les grilles de leur grand manoir, derrière leur richesse et leur popularité.

vendredi 26 septembre 2025

Le Loup des Cordeliers (T.1) - Henri Loevenbruck.

Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.

Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée.

Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris...

Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l'ambition, le caractère, les plans secrets.

Alors que, le 14 juillet, un homme s'échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l'identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l'un des plus grands complots de la Révolution française ?


Un cavaliiiieeer qui surgit hors de la nuiiiit !


Comment, ce n’est pas le bon justifier masqué ?


Il y a pourtant bel et bien un justifier masqué et capé qui sévit dans les rues de Paris, accompagné d’un loup en laisse, qui tue tous ceux portant atteinte aux jeunes filles ou aux femmes, marquant le front de ses victimes avec un triangle inversé.


Pour Gabriel Joly, jeune provincial venu travailler à la capitale, enquêter sur ce mystérieux criminel se révèle bien plus stimulant que son travail au journal où il doit parler des derniers spectacles de Paris sans avoir le droit de les critiquer. Et on le comprend !


Le loup des cordeliers et un polar historique que j’ai tout simplement dévoré. L’intrigue est rythmée, la plume est vivante et dégage un tel peps, un tel dynamisme, et les personnages ne sont pas en reste, à commencer par Gabriel Joly, notre jeune détective en herbe qui n’a rien à envier à Sherlock Holmes dont il partage le goût du mystère, le sens de la justice, mais aussi le sens de l’observation et le talent de la déduction. Véritable enfant du siècle des Lumières, il est épris de vérité, de justice et de modernité. Il est plein d’esprit et, s’il ne se débrouille pas toujours très bien à l’épée, sa langue se révèle être une arme redoutable. Ce fut un plaisir de suivre un tel personnage au cours de l’intrigue.


Il fera de nombreuses rencontres, notamment avec un pirate nommé Récif qui se révélera être un allié plein de ressources, le commissaire Guyot, mais aussi un certain Danton, accompagné de Desmoulin, Lafayette, Robespierre, etc.


Ce roman nous plonge dans les premières heures de la Révolution Française, de mai à juillet 1789. Nous sommes témoin des tensions, le peuple qui gronde de colère et de faim, jusqu’aux premières étincelles qui ont mis le feu aux poudres. Puis, c’est l’ouverture des Etats généraux, les débats houleux entre les trois ordres (la noblesse, le tiers-état et le clergé) qui ne mènent nulle part, le Serment du Jeu de paume, la prise de la Bastille, etc. Un véritable tourbillon rythmé qui nous entraîne des bas-fonds de Paris jusqu’au palais de Versailles. C’est l’occasion de rencontrer tous les protagonistes de la Révolution Française : Louis XVI, Marie-Antoinette, les frères du roi, Robespierre, Danton, Desmoulin, Lafayette, etc.


Le récit est parfaitement construit. On sent que l’auteur s’est bien documenté, et il nous rend l’Histoire aussi vivante que possible. Il nous offre une belle description de la société française de l’époque, avec ses idées nouvelles : droits de l'homme, idées féministes, qui font leur chemin et circulent dans divers milieux. On y retrouve aussi la franc-maçonnerie, on découvre la famille royale et ses malheurs (deuil, complots, etc).


Si j’ai parfois déploré que l’Histoire ait pris le pas sur l’histoire, avec l’enquête sur notre loup des cordeliers passé au second plan, je ne nie pas avoir passé un excellent moment de lecture et que je me suis autant régalée de l’aspect historique du roman que de son enquête policière, d’autant que celle-ci ne s’achève pas avec le premier tome et que Gabriel continuera son enquête dans la suite. Là, sur le coup, j’avais une brochette de suspects concernant notre justifier et l’auteur aura réussi à me surprendre. J’avoue être assez déconcertée, mais peut-être la suite me permettra de mieux comprendre.


Le loup des cordeliers est un roman prenant qui manie aussi bien le récit d’enquête que le roman historique, et qui rappelle un peu les romans d’aventure de Dumas. C’est un premier tome que j’ai dévoré, et je retrouverai avec plaisir Gabriel Joly dans la suite de ses aventures.


Votre arme à vous, c'est la plume ! Bien aiguisée, elle est mille fois plus dangereuse que l'épée. Une lame ne peut toucher qu'un seul homme à la fois, quand une plume peut en toucher des milliers !