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mardi 19 mai 2026

Troubadours, princes et chevaliers - Isabelle Lesteplume.

Il était une fois…

Un voleur obligé de travailler pour un prince au cœur de pierre.

Un apprenti sorcier visite dans ses rêves par un étrange fantôme.

Un impitoyable chasseur de montres se liant malgré lui à un troubadour.

Une clairière où se reposent trente-et-une roses, veillées par un chevalier maudit.

Qui sait où la magie d’un conte pourrait vous entraîner ?



Je retrouve avec énormément de plaisir la plume et l’imagination d’Isabelle Lesteplume, qui confirme bel et bien sa place parmi mes auteurs préférés, à travers un recueil de quatre contes de fantasy, avec une romance LGBT+.

On commence le recueil avec L’Eau de Vie et de Mort :

Lyoth est un voleur extrêmement doué et insaisissable… Du moins, jusqu’au jour où Tarrek, le prince cadet lui tend un piège. Il lui propose un marché : il lui rendra sa liberté s’il parvient à lui obtenir l’eau provenant de la fontaine de vie et de mort, située dans une forêt gardée par une chimère, un dragon et un lion géant. Le prince cadet ayant une sinistre réputation de sorcier jaloux de son frère, le prince héritier, Hélios, Lyoth craint que le prince Tarrek n’en veuille à la vie de son frère, ainsi il brave les dangers pour le prévenir. À sa grande surprise, il découvre le prince Tarrek veillant Hélios malade et dont les jours sont comptés. L’eau de la fontaine étant le dernier espoir de Tarrek de sauver son frère du mal qui le ronge, Lyoth et les deux princes partent en quête de la fontaine.

Le sorcier, le fantôme et l’apprenti

Liam est un jeune garçon timide, introverti, qui a bien du mal à communiquer. Mais il aime une chose plus que tout : la magie. Il se met en quête d’apprendre tout ce qu’il peut, et cherche à rencontrer ses semblables. Il attire l’attention de Moldros, un sorcier qui fait de lui son apprenti. Il découvre bien vite que Moldros n’est pas celui qu’il pense être alors que, dans le monde des rêves, il rencontre un jeune homme énigmatique. Sen, l’ancien apprenti de Moldros, disparu dans des circonstances mystérieuses.

L’oiseau et le chevalier noir

C’est l’histoire d’un royaume plongé dans un cauchemar sans fin suite à la malédiction lancée par une sorcière. À la nuit tombée, des monstres se relèvent pour semer la panique et massacrer la population. Des survivants se sont retranchés dans une forteresse. Parmi eux, Hesmé, surnommé l’Oiseau pour la douceur de son chant qui est tant chéri par les habitants du château qu’ils font tout pour retenir Hesmé entre ces murs. Hesmé, pourtant, rêve de liberté, malgré le danger qui rode dehors. Ainsi, lorsqu’il rencontre Kéros, un chevalier et tueur de monstre grincheux, il n’hésite pas et décide de partir avec lui découvrir le monde. Qu’il le veuille ou non.

La clairière aux trente-et-une roses

Gem est un jeune prince arrogant, futile et frivole que sa mère peine à lui faire prendre ses responsabilités, et que les courtisans ridiculisent. Lorsque la guerre éclate, il est enchanté. Voilà enfin le début de ses aventures ! L’occasion tant attendue de briller et de revenir auréolé de gloire. Son arrogance et son manque d’expérience lui font subir une cruelle désillusion lorsque Gem et son armée tombent dans une embuscade. Prenant peur face à la dure réalité de la guerre, ayant perdu chacun de ses hommes, Gem fuit le combat, blessé. Il est recueilli par Arkos, un chevalier, dans une forêt où jonchent plusieurs roses protégées par un dôme de verre, qui prend soin de lui et lui conseille de changer son attitude. Cette rencontre laissera Gem bouleversé et transformé. Honteux et coupable, il retourne dans son royaume avec la ferme résolution de changer et de devenir meilleur. Seulement, il ne parvient pas à oublier sa rencontre avec ce chevalier énigmatique et, quand le brouillard tombe sur la forêt, il ne peut s’empêcher de le rejoindre pour en apprendre plus.

***

Coup de cœur pour ce recueil ! Chaque conte a été un régal à lire, et ont même été dévorés en peu de temps. C’est prenant, rythmé, toujours ponctué d’humour, avec des moments de tendresse. J’avais pensé que le format « nouvelles» fasse que les histoires soient expédiées, avec un goût de trop peu, et un manque de développement. Je n’ai pas vraiment eu cette sensation. Certes, certaines histoires auraient pu bénéficier d’un peu plus de développement (surtout la seconde), mais globalement les événements s’enchaînent de façon fluide et à son propre rythme.

J’aime toujours autant les histoires proposées par Isabelle Lesteplume qui, même à travers des histoires courtes, nous propose des histoires fantasy intrigantes qui tiennent en haleine, avec des plots twist intéressant. On retrouve des thématiques chers à l’auteure : des personnages devant mener une quête ensemble et qui est l’occasion pour eux d’apprendre à se connaître et à se rapprocher, un personnage que l’on dit sombre et qui est plus complexe qu’on ne le pense et qui illustre bien l’adage « les apparences sont trompeuses », la sorcière ou enchanteresse responsable d’une malédiction qui n’est pas forcément celle que l’on imagine, une intrigue plus complexe qu’on ne le pense, et des personnages qui sont attachants.

Les romances ne sont pas en reste. Tous nos couples sont attachants et se développent de façon naturelle (à part peut-être dans la seconde histoire où j’ai trouvé le dénouement et la romance un peu trop rapides), et qui prennent le temps de se développer et qui permettent aussi aux personnages d’évoluer en tant qu’individu. Je pense notamment à Gem du quatrième conte qui commence comme étant un prince capricieux et vaniteux et qui évolue pour devenir un bon souverain et une bonne personne.

En résumé, gros coup de cœur pour ce recueil de contes qui nous propose des histoires rythmées et intéressantes, avec des personnages attachants et des romances que l’on prend grand plaisir à voir se former progressivement. Merci à Mme Lesteplume pour cet agréable moment de lecture !


Il inspira profondément pour calmer la panique qui grandissait en lui. Il pouvait le faire. Ça n'était pas si terrible, après tout, les gens posaient des questions tous les jours, et y survivaient généralement. Une interaction sociale n'allait pas le tuer.

Quoique...

samedi 21 février 2026

Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune homme nommé Éric qui rêvait de quêtes impossibles, de bêtes à terrasser et de grand amour à trouver. Une fois chevalier, il résolut de partir à l'aventure, sur la foi d'un vieux conte, à peine une légende. Il serait question d'un prince maudit et d'un royaume prisonnier d'une muraille d'épines... 

Mais derrière cette muraille se cache une réalité bien plus sombre et bien plus cruelle. Qui sont ces fantômes qui errent la nuit ? Quel crime a réellement commis Maléfique ? Et ce prince que l'on dit si parfait, veut-il seulement être réveillé ? 

Pour mener à bien sa quête, Éric devra apprendre que le monde ne se limite pas aux beaux et aux laids de ses contes de fées. Peut-être que Nyl, le magicien cynique avec lequel il s'est vu forcé de conclure un marché, saura le lui enseigner... Et vous, quel prix accordez-vous à la beauté ?


Ce qui est bien avec les romans d’Isabelle Lesteplume, c’est que j’ai la certitude de passer un bon moment. J’aime beaucoup sa plume, son imagination et ses personnages hauts en couleur. Il était bien temps que je découvre Le prince au bois dormant.


Comme son titre l’indique, il s’agit d’une réécriture de La Belle au Bois Dormant, avec une romance M/M, et le tout premier tome de sa saga des Contes des royaumes oubliés. Cela se ressent dans son écriture qui m’a paru plus simple, un peu moins riche et travaillée, un peu moins « mature ». L’auteure en était à ses débuts, ce qui ne veut pas dire que l’écriture n’était pas plaisante pour autant. On entre dans son univers avec beaucoup de plaisir et de facilité, et la lecture est fluide et la lecture suffisamment addictive pour que les pages se tournent avec plaisir. Je trouve juste intéressant la comparaison entre ce premier tome et ses dernières parutions. Madame Lesteplume en a fait du chemin, pour notre plus grand plaisir.


J’ai beaucoup aimé sa réinterprétation de La Belle au Bois Dormant, nous montrant que l’histoire officielle n’est pas celle que l’on croit être et qu’elle est plus complexe qu’on ne le pense, que certains protagonistes ne sont pas ceux que l’on pense être, et qu’il y a plusieurs zones d’ombre que notre preux chevalier, Eric, découvrira peu à peu. On découvre, par exemple, à quel point la beauté peut être une malédiction, et que le sommeil éternel dans lequel sont plongés le prince et les habitats du royaume a une certaine particularité : ceux endormis le jour se dévoilent la nuit dans une forme fantômatique. J’ai aussi aimé l’atmosphère qui se dégage de cet univers. La forêt de ronce et d’épines n’est pas qu’une simple forêt, elle vit, elle est presque un personnage à part entière, qui se nourrit du sang des âmes courageuses qui ont tenté de délivrer le prince. Concernant celui-ci, je dois avouer que l’auteure aura réussi à me surprendre avec le plot-twist, je ne l’avais vraiment pas vu venir !


Concernant nos personnages, trois se démarquent véritablement (bon, quatre si on compte Maléfique, mais je n’en dirai pas plus sur elle, de peur de spoiler). Nous avons tout d’abord Eric, le preux chevalier, qui nous paraît un peu simplet et boy-scout, un vrai labrador humain, dont l’optimiste contraste avec le pessimisme de son infortuné compagnon de voyage, Nyl, le magicien, qui est plus cynique sur lui-même, Eric et le monde qui l’entoure. Bien malgré eux, ils deviennent compagnons de voyage et leur tempérament différent fait que ça clashe très souvent entre eux. Nyl nargue la naïveté et l’optimisme d’Eric, et le chevalier déplore le pessimisme et le cynisme de Nyl.


Pour autant, ils vont apprendre à se connaître et se surprendre sans cesse, si bien que leurs convictions en seront chamboulées. Toutefois, j’ai trouvé certaines de leurs disputes un peu exagérées [spoiler] surtout une qui tombait comme un cheveu sur la soupe et que l’auteure s’est forcée d’écrire parce qu’elle avait besoin à un moment que Nyl s’éloigne d’Eric et se mette en danger [/spoiler]. Malgré tout, c’est un duo plaisant à suivre et que l’on prend plaisir à voir évoluer et se rapprocher, et de voir le mépris et l’agacement laisser peu à peu place au respect et à de l’affection sincère. J’ai aussi aimé Zig, le troubadour, qui finit par se joindre à notre duo et apporter un certain peps. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteure lui consacre une nouvelle en fin d’histoire.


En résumé, une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


— Je ne peux pas croire, souffla le chevalier, fasciné, qu’une chose si belle puisse être totalement mauvaise…

Pour une raison qu’il ne comprit pas, le magicien lui lâcha le poignet comme s’il s’était brûlé et s’écarta ostensiblement, le regard ombré de colère.

— Mais pourquoi tout le monde est-il si obsédé par la beauté ? cracha-t-il. Je ne fais jamais confiance à ce qui est beau. Tout ce qui présente bien, tout ce qui est lisse, parfait, a quelque chose à cacher, une épine, un poison, une âme stupide ou un cœur de glace. Je n’aime que le laid. On peut faire confiance au laid, il t’a déjà montré le pire de ce qu’il possédait.

— Moi, ce que j’aime, rétorqua Éric, piqué au vif, c’est trouver de la beauté dans toute chose. Ne vois-tu pas comme le monde recèle de trésors et d’émerveillements ? Ne sais-tu vraiment pas apprécier le mystère de ce qui est beau, tout simplement ?

dimanche 16 novembre 2025

The Pale Queen - Ethan M. Aldridge.


Agatha a toujours rêvé des étoiles. Elle désire les étudier, mais comme sa famille n'a pas les moyens de payer les frais de scolarité élevés d'une académie, elle se résigne à la vie dans son village avec ses parents.

Lorsqu’elle fait la rencontre de la Lady des Collines, Agatha n’est pas au bout de ses surprises, elle apprend qu'un monde magique et secret se cache dans les terres enveloppées de brume à côté de son village. La jeune femme se retrouve rapidement captivée par la Lady, aux côtés de qui elle se sent spéciale et fait la connaissance du monde magique qui l’entoure.

Alors qu'Agatha se lie d’amitié avec une nouvelle arrivée au village, elle apprend que la Lady est bien plus âgée et puissante qu'elle ne l'aurait imaginé, et que ses plans ne sont pas aussi innocents qu'ils en ont l'air. Agatha sera-t-elle capable de protéger les gens qu'elle aime de l'attention croissante de la Lady et de ses sinistres desseins ?


The Pale Queen est un récit fantastique dans lequel Agathe se sent coincée dans le village où elle vit. Elle rêve de faire des études mais sa famille n’a pas les moyens de lui payer les frais de scolarité. Agathe se résigne donc à cette vie tranquille au village, à rêver des étoiles, et à donner des cours au fils de son voisin. Deux événements vont venir chambouler son quotidien morne et déprimant. Il y a l’arrivée de la nièce de son voisin, la charmante et cultivée Heather qui ne laisse pas Agathe indifférente. Puis, il y a sa rencontre avec la mystérieuse Lady des Collines qui vient aborder Agathe et lui propose un pacte : en échange d’un petit service, elle lui exhaussera un vœu. Puis les services se multiplient et, avec eux, leur dangerosité mais aussi la fascination d’Agathe pour la Lady qui lui ouvre les portes d’un monde magique qu’elle n’avait jamais soupçonné.


Je n’attendais pas grand-chose de ce récit, y étant allée à l’aveugle, mais ce fut au final une bonne découverte ! Les traits de dessin et les couleurs sont très doux, très agréables au regard. On se laisse petit à petit porter par l’histoire qui, si elle ne révolutionne pas le genre, sait se montrer intéressante et divertissante. Elle a un petit côté conte de fée sur la présence du monde magique, le folklore des faes, et autour des vœux qu’il faut formuler avec précaution, mais aussi Disney (Agathe rappelant un peu Belle qui a soif de lecture et de savoir et qui s’ennuie dans son petit village), mais qui me rappelle aussi le film Labyrinth avec David Bowie, surtout la fin du film… Je n’en dirais pas plus, pour ne pas spoiler, mais la fin et certaines paroles de la Lady m’ont vraiment fait penser à ce film. Je ne serais pas surprise que l’auteur s’en soit inspiré.


La Lady est une antagoniste efficace. Elle est mystérieuse, envoûtante et inquiétante, avec un petit côté dandy, mais elle est aussi ambiguë. Est-elle vraiment attachée à l’héroïne, comme elle veut lui faire croire, ou le prétend-t-elle pour mieux se servir d’elle. Dans tous les cas, il dégage d’elle une aura fascinante et on comprend pourquoi Agathe est fascinée par elle et que, malgré les dangers des vœux, elle ressent le besoin de faire appel à elle et de la revoir. J’ai beaucoup aimé la dynamique entre notre héroïne et la Lady, ce jeu de séduction, et la fascination.


L’autre relation importante pour Agathe est celle avec Heather. Agathe tombe vite sous son charme, ce d’autant qu’Heather est étudiante et qu’elle partage la même soif de savoir qu’Agathe. Comme la Lady, Heather semble porter un certain intérêt pour Agathe, à l’inverse qu’elle lui permet de garder les pieds sur terre, et qu’elle la fait rêver non pas avec de la magie mais en partageant ses connaissances, et en lui offrant des conversations cultivées. En revanche, 90 % des paroles d’Heather ne sont constituées que de citations d’auteurs célèbres de la littérature, ce qui m’a rapidement agacé. Qui parle comme ça ? J’aurais bien aimé qu’elle ait un peu plus de personnalité, et plus de répartie au lieu d’emprunter celle des grands auteurs.


Les autres personnages sont moins mémorables mais ils servent bien leur rôle. Le seul qui se démarque vraiment, outre notre trio de femmes, est bien entendu le Grand Vicomte Hyacinthe que j’ai beaucoup aimé, et j’ai beaucoup aimé son évolution !


Cette bande-dessinée reste malgré tout une belle découverte. C’est un hommage aux contes et légendes, sur le folklore des faes, des thèmes sur l’émancipation, les premiers émois amoureux, la soif de connaissance, avec une histoire féministe et inclusive, et de très jolis graphismes très doux.


vendredi 3 octobre 2025

What Manner of Man - St John Starling.

What would tempt you to sin?

A sweet and naïve priest at war with his desires, tormented by nightly dreams of a wicked demon.

A vampire lord forced to do the unthinkable, battling needs he can scarcely control.

Father Ardelian has been summoned to a distant, secluded island to perform an exorcism. What will happen when he begins to suspect his host — the mysterious, nocturnal lord of the manor — of wanting him for another reason entirely? Will the piously celibate priest be able to resist his monstrous host’s diabolically seductive charms?

What Manner of Man is a blasphemous queer horror romance about a priest and a vampire, inspired by Bram Stoker’s Dracula. A tale of forbidden love with themes of devil worship, demonic possession, and human sacrifice — this is the long-awaited completed version of the widely beloved story which rose to fame and fortune in the form of a newsletter!


What Manner of Man est un de ces romans dans lesquels il me tardait de me plonger, et pour lesquels je ne pouvais pas attendre d’éventuelle traduction française un jour. Et puis, je ne pouvais pas envisager de Pumpkin Autumn Challenge sans vampires !


Dans les années 1950, le jeune prêtre Victor Ardelian débarque sur une île reculée au large de l’Angleterre, à la demande de Lord Vane en quête d’un prêtre exorciste pour exorciser sa demeure ancestrale qu’il pense rongée par le mal. Mais, plus le Père Ardelian passe de temps auprès de son étrange hôte, plus il lui semble évident que c’est le Lord en personne qui est possédé par le démon, et non sa demeure. Ardelian se met ainsi en quête d’informations afin d’en apprendre plus sur Lord Vane et les circonstances de cette possession, et décide donc d’explorer le château et ses environs, et découvrira bien plus qu’il ne l’espérait : passages secrets, ancien autel païen, ruines de cathédrale, mais aussi une attirance de plus en plus profonde pour son mystérieux hôte.


J’ai beaucoup aimé me plonger dans l’ambiance purement gothique du roman. On y retrouve les principaux ingrédients du genre : l’omniprésence d’une nature sauvage, des ruines, des décors lugubres, la présence du surnaturel et une intrigue qui mêle à la fois l’horreur, le romantisme et le mystère. Étant friande de ce genre de littérature, j’ai été servie avec ce roman, et je dois dire avoir été vraiment bien nourrie. Et comme j’avais été visiter l’exposition gothique au Louvre-Lens, cette lecture tombait bien pour me permettre de rester un peu dans le thème.


Notre protagoniste, le Père Victor Ardelian, n’est pas un prêtre comme les autres. Peut-être est-ce sa jeunesse qui le rend ainsi, toujours est-il que notre prêtre est naïf (peut-être un peu trop naïf), idéaliste, peut-être trop enclin à faire rapidement confiance et… oserais-je dire innocent quand notre père ne cache pas aux lecteurs que nous sommes sa fascination pour les monstres et les démons, et qu’il prend vite goût aux étranges rêves érotiques dont il est victime ? Oui, le père Ardelian est indéniablement un personnage intéressant. Quel prêtre peut se vanter d’une telle fascination envers l’ennemi qu’il est supposé combattre ? D’autant plus qu’il était assez délicieux de le voir peu à peu succomber à la tentation, et qu’il y a quelque chose d’attrayant dans ce mélange de religion et d’érotisme, ce goût d’interdit qui revient sans cesse.


Quand à notre vampire, Lord Vane a tout d’un gentleman, même si on devine bien vite sa nature. Il est toutefois intéressant de constater que le nom de sa nature n’est évoqué que tardivement dans le roman. Lord Vane est un vampire qui souffre de sa condition, sans pour autant se la jouer Edward Cullen. Il souffre de sa nature de vampire, mais il n’en demeure pas moins monstrueux pour autant, mais peut-être davantage à l’image d’un dieu, capable d’actes monstrueux comme de clémence.


Il est indéniablement charmant et charismatique, et on sent chez lui une certaine humanité qui nous fait nous dire qu’il n’est peut-être pas complètement perdu, mais il n’en demeure pas moins un monstre avec des appétits. Il a soif de sang, et il aime séduire et corrompre ses victimes (ici, en l’occurrence, notre prêtre), il sait séduire, mais on devine aussi qu’il ne demeure pas insensible aux charmes d’Ardelian et qu’il est attiré par sa bonté et son humanité.


J’ai beaucoup aimé aussi le développement de leur relation, et jusqu’au bout je me suis demandée quelle fin attendait nos deux amants tragiques. Cela dit, je trouve que [spoiler] Ardelian se retrouve peut-être un peu trop à l’aise par rapport à sa sexualité et le fait qu’il est séduit et attiré par un vampire, je pensais qu’il aurait été un peu plus en conflit avec lui-même sur ce plan, et il finit par rejeter sa foi sans beaucoup de regrets alors que je pensais sa foi solide, même si je m’attendais à ce qu’il ait une crise de foi [/spoiler]. J’ai aussi trouvé la fin un peu trop précipitée, et je m’attendais à quelque chose de plus gros concernant l’origine du vampirisme de Lord Vane.


Cela dit, cela reste un roman que j’ai tout simplement dévoré. J’ai aimé son ambiance gothique, cette romance interdite, son île maudite, et la religion catholique qui se heurte aux anciennes religions païennes, et une belle plume qui nous transporte. Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus, j’ai bien aimé le marin Silas ainsi que le couple formée par les charmantes Danny et Sylvia. En somme, ce roman est une belle découverte !


”This silence from Heaven is more than I can bear. I know Christ is with me, but I cannot hear him. I yearn for Him to take me again, bend me beneath His force, break me, make me anew. It is only in servitude to Him that I can be free. And yet for all that I have laboured to admit Him, I find I am betrothed to his enemy.”

samedi 6 septembre 2025

Squad - Lisa Sterle et Maggie Tokuda-Hall.



Quand Becca est transférée dans un lycée des beaux quartiers de la banlieue de San Francisco, elle n'a qu'une peur : ne pas s'intégrer. C'est avec surprise que les trois filles les plus populaires de l'école vont l'accueillir à bras ouverts au sein de leur groupe. 

En apparence parfaite, les nouvelles amies de Becca cachent pourtant un lourd secret qui ne se révèlera qu'à la pleine lune.




Des loups-garous au lycée ? Rassurez-vous, nous ne sommes pas dans Twilight.


Arianna est l’alpha d’une meute de louves garous. Cette nature leur donne certains avantages physiques, ainsi qu’une forme du tonnerre, mais, à la pleine lune, elles doivent se nourrir… Et les garçons misogynes et agresseurs sexuels de leur lycée offrent pour elles un repas de choix. Becca, qui vient d’être transférée au lycée de Piedmont à San Francisco, est invitée à les rejoindre. Désireuse de se faire des amies, elle accepte… Ainsi débute la vie de ce quatuor, entre vie étudiante et soirées de chasse à la pleine lune, jusqu’au jour où la mauvaise victime menace de perturber la vie tranquille de Piedmont et le fragile équilibre de notre groupe d’amies.


J’ai beaucoup aimé cette revisite du mythe du loup-garou, avec un aspect féministe puisque l’intrigue met en avant les thèmes de la sororité, de la tolérance, du consentement et autres réflexions féministes. Nos quatre louves garous ciblent en particulier les garçons misogynes et ceux qui veulent forcer leurs avances sexuelles sur les filles, tout en prenant garde à ne pas attaquer les garçons de leur lycée pour ne pas attirer l’attention sur elles. D’autres thèmes se dégagent aussi, comme l’intégration, l’acceptation de soi, la complexité des relations dans un groupe, etc.


Le récit est parfaitement dosé entre les scènes frissonnantes et sanglantes et celles plus ordinaires de la vie d’étudiante. C’est dynamique, parfois sombre, avec une touche de romance entre Becca et une de ses amies, ce que j’ai trouvé touchant.


J’aime que les auteures aient pris des risques. On croit nos protagonistes à l’abri mais les événements s’enchaînent lorsque l’une d’entre elles commet une erreur, la relation entre les filles changent, la tension monte et le récit nous offre un dénouement final prenant et inattendu. Pour autant, j’ai eu parfois l’impression que l’histoire était survolée, avec des actions précipitées par instant. Je n’aurais pas été contre un peu plus d’informations et d’approfondissement, notamment sur les trois amies de Becca, leur passé, le pourquoi de leur transformation, pourquoi certaines semblent parfois hostiles envers Becca tandis qu’à la scène d’après, elles agissent comme les meilleures amies du monde. Je n’ai pas toujours su sur quel pied danser, notamment concernant Mandy.


Cela dit, cette bande-dessinée est une belle découverte et une bonne surprise ! J’ai beaucoup aimé cette revisite féministe du mythe du loup-garou, entre tranche de vie étudiante et moments plus sombres, avec une belle petite romance F/F. Malgré le sous-titre « N’importe qui tuerait pour être populaire », ce n’est pas une histoire de filles populaires mais superficielles, les enjeux sont plus sombres et complexes. Ce fut une lecture prenante et qui se dévore !

dimanche 9 mars 2025

La Princesse et le croque-monsieur - Deya Muniz.



La jeune Lady Camembert veut vivre sa vie comme elle l'entend et refuse de se marier. Ou plutôt, d’épouser un homme. Or la loi du royaume de Fromage stipule que les femmes ne peuvent pas hériter. 

À la mort de son père, elle n’a d’autre choix que se déguiser en homme et s'installer dans la capitale où personne ne la connaît, pour prendre un nouveau départ en tant que Comte Camembert. Mais il est difficile de faire profil bas quand l’audacieuse princesse Brie, militante passionnée à la pointe de la mode, attire son attention. Camembert ne peut pas résister à l'envie d’apprendre à connaître Brie. 

Mais alors que les deux se rapprochent, son secret pourra-t-il être préservé ?



Sous son titre original se cache un album qui fait fondre comme il donne faim, avec une histoire qui manie habilement l’humour, la tendresse et la romance, et des personnages qui pétillent de vie.



Le comte Camembert peine à marier sa fille qui rejette chacun de ses prétendants, et pour cause, elle aime les femmes. Mais le comte de Camembert se fait vieux et sa santé fragile et, sans mariage, sa fille ne pourra prétendre à son héritage. C’est alors qu’il élabore un plan en suggérant à sa fille de devenir un homme et déménager à la capitale, Fondue, avec Feta une domestique de confiance, pour mener la vie qu’elle entend, tout en lui recommandant la discrétion absolue pour que jamais son secret ne soit percé. Mais, enfermée toute la journée, la jeune femme s’ennuie et décide de prendre l’air. C’est là qu’elle tombera sur une affiche annonçant le bal anti-fourrure organisé par la princesse Brie. Malgré les recommandations de Feta, le nouveau comte Camembert décide de se rendre aux festivités… où elle se fera malgré elle remarquer par tout le monde, y compris la princesse.



C’est une histoire très drôle et touchante, avec des situations rocambolesques et des personnages très expressifs qui m’ont souvent fait sourire. J’ai apprécié l’originalité de l’histoire avec des personnages qui portent tous un nom de fromage, un univers qui mêle l’ancien temps (les costumes, les bals d’antan, etc) et notre monde moderne (présence de la technologie), ce qui offre un contraste assez déjanté. J’ai aussi beaucoup apprécié voir une histoire d’amour entre deux femmes, chose rare dans la fiction par rapport aux romances M/M.



Je suis également en admiration devant les graphismes qui sont très colorés, un brin girly, avec des couleurs chatoyantes, mais très gourmands aussi ! L’œuvre dégage un tel peps, un tel dynamisme et de la jovialité à travers son récit et ses graphismes. On sent que l'auteure s’est amusée en passant d'un trait délicat à un trait plus cartoonesque, et je suis admirative devant les robes, surtout celles de la princesse Brie.



Nous avons aussi des personnages très expressifs mais aussi attachants. J’ai aimé le caractère enjoué de Camembert, son intrépidité, sa passion communicative pour la mode, son insouciance, sa petite folie, mais également la princesse Brie si adorable et attachante, douce et joviale. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, avec Feta la domestique, presque figure maternelle, et les amies de la princesse, à savoir Lady Ricotta et Lady Gorgonzola qui ne sont pas uniquement là pour faire jolies mais qui vont apporter un rôle de soutien moral, voire vont contribuer à faire avancer l’histoire.



J’ai aimé faire la connaissance de Brie et Camembert et voir l’évolution de leur relation, les voir tomber amoureuses, avec bien entendu le secret de Camembert et les normes patriarcales qui vont compliquer un peu les choses, sans toutefois douter du happy ending. C’est une romance d’autant plus touchante car on apprend, en fin d’ouvrage qu’elle est inspirée de la propre histoire d’amour de l’auteure et que celle-ci donne ses traits et ceux de sa femme aux personnages de Brie et Camembert, transformant l’ouvrage en hommage personnel à sa femme.



C’est aussi un ouvrage qui véhicule des messages de tolérance, d’acceptation de soi, de bienveillance, qui traite de la liberté d’aimer, quelque soit le sexe de son partenaire.



En résumé, c’est drôle, adorable, mignon, ça nous embarque dans un voyage d’émotion et de douceur, ça donne le sourire aux lèvres dès les premières pages, et ça donne surtout sacrément envie d’un bon croque-monsieur !! Bref, coup de cœur pour cette comédie romantique aussi déjantée que mignonne.


vendredi 28 février 2025

Le Loup et le Sorcier (T.1) Le Garçon au Chaperon Rouge - Isabelle Lesteplume.


Tous ceux qui se perdent dans la forêt ne craignent pas le loup.

Dans un univers couvert d'une immense forêt, un enfant erre, les mains serrées sur un panier d'osier. Sa mère l'a vêtu de rouge en espérant qu'il se fasse dévorer par des animaux sauvage.

Par chance, le destin le place sur le chemin d'Astre, un garçon-loup qui le prend sous sa protection.

Les années passant, leurs âmes se lient irrémédiablement.

Mais des monstres rôdent dans la forêt, des créatures aussi anciennes que destructrices. Pour les vaincre, le loup devra devenir guerrier et le jeune homme sorcier.

Sauront-ils surmonter les épreuves sans se perdre l'un l'autre ?



Isabelle Lesteplume poursuit ici sa revisite des contes de fée façon queer, en s’attaquant ici au Petit Chaperon Rouge sauf qu’il ne s’agit pas ici d’un tome faisant partie de ses « Contes des royaumes oubliés » mais d’une saga à part entière avec ce premier tome, et un second prévu pour cette année.

 

Je peux comprendre pourquoi cette histoire ne fait pas partie de sa série sur les contes, cela s’explique à la fois par le fait que ce sera une série (j’ignore encore le nombre de tomes) mais aussi de par son contenu plus mature que celui des Contes des royaumes oubliés. Les scènes de sexe sont très présentes, peut-être même un peu trop à mon goût, mais heureusement pas au détriment de l’intrigue.

 

Le Garçon au Chaperon Rouge est l’un de ces rares cas où je préfère l’intrigue à la romance, alors qu’habituellement, je n’ai aucun de mal à apprécier l’une comme l’autre. Pourtant, je dois avouer ne pas avoir été plus attachée que ça à notre couple principal, sans que les scènes de sexe en soient la cause. J’ai été moins sensible à leur romance, par rapport aux couples des autres fictions de l’auteure, ce que j’ai trouvé dommage car j’aurais tant voulu m’attacher davantage à leur couple. Il y a beaucoup de différences entre nos deux personnages et ce n’est pas facile pour eux de se comprendre, car ils viennent de deux mondes et deux espèces différentes (même si Astre est humain, il a vécu toute sa vie avec les loups et donc il agit et vit comme eux). Astre ne comprend pas certains sentiments si typiquement humain, comme lorsque Neige parle de construire un futur ensemble ou lorsqu’il ressent le besoin d’entendre des « je t’aime ».

 

Il y a de nombreux désaccords et de petits problèmes de communication mais, on peut le reconnaître, ils restent malgré tout soudés et n’ont pas peur de se remettre en question pour l’autre. Si le couple est assez rapidement établi, il est sans cesse entretenu par nos deux personnages et chaque épreuve ne fera que le renforcer. Pour autant, il m’a manqué un « je ne sais quoi » pour me les rendre vraiment attachants. Je ne saurais dire pourquoi je me suis moins attachée à eux en tant que couple, alors que je les aime en tant que personnage, surtout Neige qui a un vécu qui nous le rend attachant et qui nous touche, et qui reste énigmatique de par sa véritable nature, ses étranges pouvoirs et ses origines obscures, et il me tarde d’en apprendre plus sur lui.

 

Les autres personnages ne sont pas en reste. J’ai aimé Solana, la sorcière qui s’est occupée d’eux et qui a aidé Neige dans l’apprentissage de sa magie, j’ai aimé Antoine le bibliothécaire et j’ai aussi aimé Calendre, le chat parlant, ainsi que la communauté de chats qui agissent comme des familiers auprès des habitants.

 

J’ai beaucoup aimé le côté fantasy du roman. L’auteure nous pose les bases d’un univers sur lequel les humains ont jadis régné avant de vivre dans une période de peur causée par les Chasseurs, des géants avec des cheveux blancs et une peau pâle, capables de magie, qui sèment la terreur par où ils passent, attaquant les hommes et leurs villages. On ignore encore d’où ces Chasseurs viennent ou encore leur but, ou d’où neige tient ses pouvoirs, pourquoi il était considéré comme un paria dans son village (du moins au départ). C'est aussi un monde où se mêlent des sorciers et magiciens, et des Croisés (fruit d'une union entre un Chasseur et un humain), et de créatures douées de parole. Je suis aussi curieuse de voir comment l’auteure va continuer à s’inspirer du conte d’origine car ici on retrouve seulement le chaperon rouge et le loup… sauf qu’ici, Neige se fait volontiers dévorer par celui-ci.

 

A noter également que, fidèle à elle-même, l’auteure fait la part belle à la diversité en nous proposant une belle diversité d'origines et de genres, ce qui est toujours plaisant.

 

En résumé, un premier tome bien sympathique. Je ne sais cependant pas encore si je lirai la suite. Si je le fais, elle ne sera pas dans mes priorités de lecture.


— C’est-à-dire ? Qu’on m’explique une bonne fois pour toutes ! Qu’est-ce que ça veut dire ? 

— Aimer… répéta lentement Antoine. 

Il se tourna vers Carol et son visage s’adoucit jusqu’à s’illuminer de l’intérieur. 

— Aimer, ça ne signifie pas la même chose pour tout le monde, déclara-t-il enfin, sans détourner les yeux. Pour moi, cela veut dire que sa simple existence suffit à me combler de joie. Tout m’est précieux chez lui, de son rire à sa voix, de ses expressions à ses habitudes… Tous les sourires qu’il n’adresse qu’à moi, et ce lien unique, spécial, qui nous unis. Je chéris son bonheur plus que je chéris le mien, et j’aimerais simplement qu’il soit là pour toujours, à mes côtés. Je veux partager ses joies et ses peines, être son compagnon, son partenaire, celui sur qui il s’appuie. La personne que je suis avec lui est celle qui me plaît le plus, celle qui me porte et me pousse à devenir quelqu’un de mieux. Quelqu’un de bien. Qu’est-ce que je ne sacrifierais pas pour le rendre heureux ? Et qu’est-ce que je ne donnerai pas pour savoir qu’il voit en moi quelqu’un qui lui est aussi cher que ça ? Oui, le désir y joue une part, et je brûle de le toucher au point de me consumer parfois, mais ce n’est pas vraiment le cœur de ce qui est important, dans tout ce que je ressens.

dimanche 15 décembre 2024

Le Voleur de Noël - Isabelle Lesteplume.

Et si vous passiez les fêtes avec les personnes les plus fortunées de la planète?

Shadow, gentleman cambrioleur hors pair, réussit à se faire inviter chez le Duc de Canterville pour les vacances de Noël. Une occasion rêvée de dérober l’Escarboucle Bleue, un bijou légendaire qu’il convoite depuis longtemps. Il en viendrait presque à aimer les fêtes de fin d’année !

Mais est-ce réellement une bonne idée de se rapprocher de l’héritier du duc, le bel Angelo, pour accomplir sa mission ?

Il ne manquerait plus que le voleur se fasse dérober son cœur…


Le Voleur de Noël était l’un des écrits d’Isabelle Lesteplume que j’attendais avec le plus d’impatience. Une romance de Noël M/M sous fond d’enquête et un protagoniste qui s’inspire d’Arsène Lupin. Ça ne pouvait que m’intéresser !



Notre protagoniste, c’est Léo. Ce jeune homme a de multiples talents mais surtout de multiples identités. À l’image d’Arsène Lupin dont il a dévoré les aventures, Léo s’est fait un nom en tant que Shadow, gentleman cambrioleur et insaisissable qui dérobe bijoux et autres biens précieux. Son objectif actuel : voler l’Escarboucle Bleue, chez un Duc mystérieux qui a invité famille, amis et connaissances pour une semaine de jeux et festivités à l’approche de Noël ! Léo s’y rend sous une fausse identité et se mêle aux invités qu’il sait charmer avec brio, tout en préparant le vol de l’Escarboucle Bleue, et pourquoi pas séduire Angelo, le charmant petit-fils de son hôte. Après tout, il n’y a aucun mal à mélanger plaisir et travail…. Cependant, tout ne se passera pas comme prévu et il devra s’allier à Angelo pour percer le mystère de l’Escarboucle Bleue !



J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir l’écriture fluide et addictive de l’auteure. Bien que nous sommes ici dans une romance de Noël, elle ne prend pas pour autant le pas sur l’enquête et les deux sont au final plutôt bien dosées. On appréciera les petits clins d’œil à Sherlock Holmes et à Arsène Lupin. Si l’issue de l’affaire du vol de l’Escarboucle ne m’aura pas surprise, cela ne m’a pas empêché d’apprécier le plot twist pour autant, et je ne cherchais pas spécifiquement de la complexité dans une romance de Noël, même si celle-ci contient une enquête.



Concernant la romance, elle démarre un peu trop rapidement à mon goût, encore que je ne peux pas vraiment parler de romance. La relation entre Shadow (ou Léo) et Angelo ne s’est pas définie comme romance au départ. S’ils ont ressenti très rapidement une attirance mutuelle, c’est plutôt une relation sur le plan physique qui s’est mise en place au départ. En effet, l’auteure nous l’avait averti avant parution, mais Le Voleur de Noël est une histoire plus mature que ses précédents romans. On y retrouvera beaucoup de scènes explicites, et celles-ci ne sont pas mal décrites. On pourrait cependant reprocher le fait qu’il y en ait trop, mais heureusement, leur relation n’est pas restée que sur le plan physique car des sentiments ont commencé à se mettre en place entre nos deux personnages. Bien que Shadow/Angelo ne fasse pas partie des couples de l’auteure à m’avoir le plus marqué dans ses écrits, ils restent très appréciables et sympathiques à suivre. J’ai beaucoup aimé suivre cette aventure à leurs côtés et être témoin de l’évolution de leurs sentiments.



Les autres personnages ne sont pas si mal et suivent bien leur rôle, sans être mémorable. Je retiendrais surtout Pétunia qui a plus d’un tour dans son sac, mais aussi Angelo et sa passion pour les pulls de Noël et qui est plus qu’une jolie bouille d’ange. Sinon, je n’ai pas grand-chose à dire concernant cette histoire qui se révèle être une lecture de Noël très appréciable, et que j’aime toujours autant la plume et l’imagination de l’auteure.


- Moi, je n'ai pas arrêté de penser à ce vol ! Tu imagines, juste sous nos yeux ?! Mon grand-père doit friser l'apoplexie ! Qui a bien pu faire une chose pareille ?! J'ai établi une liste de suspects, et si nous vérifions leurs alibis, nous pourrions...

Je l'interrompis en levant la main, amusé.

- Attends, attends... Tu te prends pour Sherlock Holmes ?

- Je te laisserai être Watson, si tu veux ! répondit-il avec entrain.

- Je ne suis pas certain que notre relation soit aussi professionnelle que la leur.

- Des décennies de fanfictions sont là pour te contredire, répliqua-t-il, amusé.

samedi 26 octobre 2024

Contes des royaumes oubliés (T.6) Le Prince et le Chasseur - Isabelle Lesteplume.

Il était une fois une reine voulant un enfant. Désespérée, elle brave les interdits pour s'aventurer dans la forêt ensorcelée. Une malédiction s'abat alors sur le royaume, plongé dans un hiver éternel, et un conflit sanglant éclate entre les créatures magiques et les humains.

La reine revient de la forêt enceinte, sans vouloir dire à personne ce qui s'y est passé. Elle met au monde un fils à la peau pâle comme la neige, aux cheveux noirs comme l'ébène et aux lèvres rouges comme le sang. Un enfant étrange, inquiétant, terriblement beau... Et pas tout à fait humain.

La reine meurt, puis le roi se remarie et décède à son tour, laissant le trône à une sorcière cruelle. Prête à tout pour se débarrasser de son beau-fils, elle fait appel à Guerre, un impitoyable chasseur décidé à éradiquer les créatures magiques. Mais l'espoir de briser la malédiction pousse le prince et le chasseur à s'allier, malgré leur haine mutuelle, pour s'enfoncer au cœur de la forêt... Dans ce royaume de secrets, qui sait si les monstres se cachent dans les ombres ou les reflets ?



Ce qu’il y a de bien, avec les romans d’Isabelle Lesteplume, c’est que j’ai toujours la garantie de passer un bon moment. Ça n’a pas loupé avec le petit dernier qui se présente comme une réécriture M/M du conte de Blanche-Neige.



Bien que ce qui m’a attiré avant tout était la promesse d’une romance entre nos deux protagonistes, l’auteure a su démontré une nouvelle fois qu’elle sait construire un univers riche et complexe ainsi qu’une intrigue intéressante, tout comme elle sait mener ses personnages à travers moult périples, leur fait vivre bien des péripéties et des dangers qui sauront les faire évoluer et créer des liens.



Parmi eux, nous avons le Prince Siloë, un homme aussi magnifique que méprisé au sein de la cour de sa belle-mère qui cherche à se débarrasser de lui. C’est un jeune homme qui a peu d’estime de lui-même et de son importance, car il n’est pas habitué à ce qu’on s’attache à lui, mais qui a une langue bien acérée et qui n’hésite pas à balancer des piques à Guerre, d’abord pour l’attaquer puis ensuite pour le taquiner. Malgré son vécu tragique, il a un côté joueur et une part de mystère qui entoure ce personnage, de par ses origines mystérieuses et la magie de sang qu’il pratique. Je me suis beaucoup attachée à ce personnage.



Ensuite, nous avons Guerre (nous apprendrons plus tard qu’il ne s’agit pas de son vrai nom), un chasseur endurci qui a passé de nombreuses années à traquer et tuer les créatures magiques pour qui il n’éprouve que haine et méfiance. Penser que ce personnage n’est que le stéréotype du chasseur ou guerrier dur, sans sentiments, serait mal connaître l’auteure et nous apprenons au fil des pages que Guerre a lui-aussi ses blessures et qu’il a fallu qu’il s’endurcisse. C’est le personnage qui va le plus évoluer au cours du roman, en apprenant à aller au-delà de ses préjugés et à briser peu à peu les barrières qu’il s’est forgé autour de lui (bon, avouons-le, Siloë a aussi pris un malin plaisir à le faire) pour se laisser être vulnérable et s’attacher à nouveau à quelqu’un. Ce ne sera pourtant pas chose facile, notre chasseur est quelqu’un de têtu et son vécu tragique fait qu’il a peur de s’attacher à nouveau à quelqu’un. J’ai vraiment beaucoup aimé son développement de personnage et la relation qui se noue entre lui et Siloë.



Il s’agit ici d’un slow burn enemies to lovers, donc une romance qui évolue lentement entre deux personnages qui se détestent, mais l’attente en vaut largement la peine et c’est un bonheur de les voir se rapprocher petit à petit, d’autant que la plupart de leurs échanges provoquent de vraies étincelles. C’est un délice de les voir se taquiner tout comme les voir se rapprocher à travers des confidences ou des périples partagés.



Nos personnages secondaires ne sont pas en reste. Il y a également les deux fées gardiennes, Magda, capable de se transformer en louve, et Akim, capable de se transformer en corbeau, qui vont former, avec Siloë et Guerre, un groupe haut en couleur qui collaborent bien malgré eux pour venir à bout de la malédiction. La collaboration n’est pas toujours aisée. Magda et Akim ne font pas entièrement confiance à Siloë, dont elles considèrent la mère comme responsable de leurs malheurs. Guerre a pour devoir de ramener le cœur du prince à sa belle-mère, et il déteste les créatures comme les fées ou les trolls. Le voyage n’est pas toujours de tout repos entre les nombreux périples et les tensions entre les personnages, surtout du côté de Guerre qui est buté et qui est fermé comme une coquille. Le voyage est donc une bonne occasion pour eux d’apprendre à se connaître, voir au-delà des apparences, voir se briser peu à peu leurs préjugés, et enfin se lier petit à petit jusqu’à devenir inséparables. Que des choses que j’aime !



J’ai aussi bien aimé le troll et l’elfe Toky et Fidelin qui vont accompagner notre groupe pour une partie du voyage, ainsi que le mystérieux Roi Cerf que je ne décrirai pas pour ne rien dévoiler, mais c’est un personnage important du roman, malgré le peu de fois qu’il apparaît, et il dégage une présence vraiment imposante et charismatique !



J’ai aimé cet univers où humains et créatures magiques se côtoyaient, vivant en parfaite harmonie, jusqu’à la guerre qu’ils se sont menés, avec cette histoire de malédiction qui aurait été déclenchée par la reine Gwendolyne, mère de notre héro, et qui aurait plongé le royaume dans un hiver éternel où les fleurs et les arbres verdoyants appartiennent au passé, où les créatures sont soit traquées et tuées par les chasseurs, soit contraintes de se cacher. Je me suis interrogée sur les tenants et aboutissants de cette malédiction, sur la nature réelle du prince Siloë ainsi que ses origines. L’auteure nous offre les informations au compte goutte, parfois elle nous ajoute des interrogations au lieu de réponses. Qui est ce mystérieux Roi Cerf qui régnait sur la forêt, pourquoi a-t-il disparu, qu’a fait réellement la reine Gwendolyne et quels secrets a-t-elle emporté dans sa tombe, pourquoi les créatures se sont retournées contre les humains après des années de vie en parfaite harmonie, etc. Que de mystères dont les réponses sont, pour moi, satisfaisantes.



J’ai aussi aimé la présence de la diversité dans ce roman, au-delà de la romance entre Siloë et Guerre, mais quand on connaît les romans de l’auteure, on ne sera pas surpris et même plutôt ravis ! J’ai aussi aimé la façon dont l’auteure a su réutiliser les éléments cultes du conte d’origine, à savoir la pomme, le cercueil de verre ou encore le miroir magique. En bref, ce roman a été une réussite de mon côté et Isabelle Lesteplume confirme de plus en plus sa place parmi mes auteurs.es préférés.es.


- Nous avons fait un peu de reconnaissance, déclara la fée-louve. Val'artar avait raison, les collines du nord sont contaminées, et un conflit a éclaté à l'est depuis notre dernier passage. Nous allons bel et bien être obligés de traverser le Marécage des Âmes.

- C'est ironique, s'amusa amèrement Akim. Tout le monde évitait cet endroit avant la malédiction, et voilà qu'il devient le moins dangereux...

- Je suppose qu'il ne s'agit pas d'un joyeux petit marécage verdoyant où nagent les canards ? s'enquit Siloë sans grand espoir.

Les deux fées lui jetèrent un regard amusé.

vendredi 17 mai 2024

Contes des royaumes oubliés (T.5) Le Cœur de Neverland - Isabelle Lesteplume.


Et si c’étaient les méchants qui sauvaient l’histoire ?

Il était une fois un soldat blessé, William, révoqué de l’armée. Sa dernière joie lui vient de son petit frère, Elliot. Quand ce dernier commence à lui raconter qu’un enfant volant nommé Peter Pan lui rend visite la nuit, il ne le prend pas au sérieux.

Jusqu’au jour où Elliot disparaît.

Décidé à le retrouver, William traque Peter Pan jusqu’à Neverland, la contrée des songes... et tombe entre les mains du capitaine Crochet et de sa bande de pirates.

Les deux hommes se haïssent immédiatement, incarnant chacun ce que l’autre déteste. Ils seront pourtant obligés de faire équipe, car Neverland est en péril...

Et il ne reste plus longtemps pour sauver le rêve du cauchemar.



Je retrouve avec grand plaisir la plume d’Isabelle Lesteplume avec ses Contes des Royaumes Oubliés. Dans ce tome, l’auteure s’est penchée sur l’histoire de Peter Pan, ce qui n’était pas pour me déplaire puisque c’est un univers auquel je suis attachée et que je trouve toujours intéressant de voir d’autres auteurs se le réapproprier à travers une réécriture.


J’ai beaucoup aimé comment Isabelle Lesteplume a su nous faire voyager dans Neverland et le réinventer, en nous présentant un monde qui est comme une entité qui ne peut vivre sans Peter Pan, et que Peter Pan alimente par le biais de son imagination. Neverland est l’univers de Peter Pan, crée pour lui et par lui. J’ai d’ailleurs trouvé intéressant et percutant le plot twist autour des pirates, du crocodile, mais aussi des enfants perdus [spoiler] qui sont les âmes d'enfants de notre monde que Peter Pan a emmené avec lui pour s'en faire des amis et leur offrir une autre vie  [/spoiler] ainsi que la révélation autour des origines de notre si charismatique et inoubliable capitaine Crochet.


Parlons justement de notre cher capitaine. On m’a dit un jour que l’enfance, c’était de rêver de Peter Pan, mais qu’être adulte, c’était être intrigué.e par le capitaine Crochet. Je dois avouer qu’il y a une part de vrai dedans. L’auteure nous offre ici un très bon capitaine Crochet. C’est un personnage énigmatique dont les pans du passé ne nous seront dévoilés que petit à petit. Il est sombre, sarcastique, imprévisible. Il cherche sans cesse à s’isoler, il s’empêche de se lier plus que nécessaire avec son équipage, non pas par mépris envers les siens, mais parce qu’il estime devoir garder ses distances. Il est leur capitaine, il a le devoir de veiller sur eux et les commander. Il souhaite rester cette figure d’autorité, crainte et respectée, il cherche à être dédié entièrement à son rôle, sans jamais se permettre d’être vraiment lui-même avec son équipage qui le respecte mais aimerait bien que Crochet se mêle à eux. Crochet s’est ainsi forgé un masque, a dressé une barrière autour de lui que notre autre protagoniste, William, se fait un plaisir de tester d’ébranler et d’essayer de briser.


William est un personnage attachant que j’ai pris plaisir à découvrir. Il revient de la guerre, brisé et ébranlé, auprès d’une famille qui n’a que mépris pour lui. Son seul rayon de soleil est son petit frère, sa motivation principale tout le long du roman. J’ai été touchée par son vécu, son amour pour son frère, et sa volonté de ne jamais abandonner et de donner le meilleur de lui-même pour s’en sortir et aider les autres. J’ai aussi apprécié son humour à toute épreuve, humour dont il se sert surtout pour se protéger. J’ai aimé le voir tisser des liens avec les membres de l’équipage, sitôt passé le cap de la méfiance et malgré des développements parfois houleux. C’est un jeune homme passionné, féru de photographie, et qui a un cœur en or.


J’ai bien sûr trouvé savoureux ses échanges avec le capitaine Crochet. Ils s’exaspèrent l’un l’autre, se taquinent, se chamaillent, s’envoient des piques verbales savoureuses, collaborent bien malgré eux jusqu’à ce qu’une attirance et des sentiments plus profonds naissent entre eux. Nous avons ici affaire à une romance « enemy to lovers », un genre que j’aime beaucoup (surtout dans les fanfictions), mais aussi un slow burn, soit une romance qui avance lentement… voire même très lentement. J’étais arrivée à 90 % du roman sur ma liseuse qu’on avait pas encore vu le moindre baiser. Imaginez ma frustration ! Néanmoins, si nos deux personnages ont pris tout leur temps, ça n’a pas freiné ma lecture, puisque Crochet et William ont une véritable alchimie et que chacune de leurs interactions a été un véritable plaisir à lire. William cherche à découvrir le véritable Crochet, celui que ce dernier cache derrière un masque, à le rendre plus humain et accessible et Crochet va aussi beaucoup apporter à William.



Concernant les autres personnages, ils sont intéressants pour la plupart. J’ai aimé découvrir les différents membres de l’équipage qui ont chacun leur vécu et leur personnalité, et j’ai aimé suivre l’aventure avec eux, leur capitaine et William. Si Peter Pan brille par son absence pendant une grande partie du roman, il est paradoxalement omniprésent, à la fois dans les esprits et dans les conversations, et l’auteure nous dépeint ici un Peter Pan complexe. Il reste ce petit garçon qui ne veut pas grandir, mais qui a ici une peur farouche du temps qui passe, l’idée du vieillissement et du changement lui est insupportable.



Concernant l’intrigue, nous suivons nos personnages qui sont à la recherche de Peter PanWilliam car il cherche à retrouver son frère disparu, et Crochet et son équipage pour découvrir ce qu’il se trame chez leur légendaire ennemi, car Neverland est au plus mal. Le monde perd peu à peu sa magie et ses couleurs. Les sirènes deviennent folles, les animaux deviennent agressifs, les Indiens disparaissent, le comportement de Peter se fait étrange. Pour que Neverland retourne à la normale et que ses habitants puissent espérer survivre, nos personnages doivent à tout prix retrouver Peter Pan et découvrir ce qu’il se trame chez lui. L’intrigue est plaisante et nous tient en haleine jusqu’au bout, et nous présente un équilibre parfait entre l'aventure, la romance, l'émotion, l'humour, les moments calmes et les combats… J’ai vraiment passé un très bon moment avec ce roman qui doit être mon préféré de la saga, avec Le Beau et la Bête. Je me replongerai avec plaisir dans un autre roman de l'auteure très prochainement !


Crochet libéra ses lèvres en s’écartant légèrement. Il arborait un air de désir affamé qui fit frissonner Will tout entier. Le pirate le regarda quelques instants, caressant du regard ses lèvres rougies par le baiser, ses cheveux ébouriffés, ses iris dilatés et son air complètement vulnérable. Il n’avait jamais eu plus envie de quelqu’un qu’à cet instant. Il désirait le prendre, le posséder et le protéger jusqu’à la fin des temps. 

— Il y a un moment que je veux te faire taire comme ça, avoua-t-il enfin. 

Will sourit, un sourire plus heureux que Crochet ne lui avait jamais vu, et qui libéra quelques étincelles de bonheur dans sa propre poitrine. 

— Il ne fallait pas te retenir, s’amusa le soldat. Honnêtement, tu aurais pu m’embrasser ainsi juste après avoir pointé une épée sous ma gorge pour la première fois. Je t’aurais laissé faire. 

Crochet haussa les sourcils, incrédule.