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lundi 22 juin 2026

L'amour est au menu - Sakaomi Yuzaki.




Nomoto a une passion pour la cuisine ! Et bien qu’elle ne soit pas une professionnelle de ce métier, elle a créé son compte instagram. 

Pourtant, le soir, quand elle rentre chez elle, elle n’a personne avec qui partager ses petits plats… Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas pour ses collègues à tendance misogyne qu’elle prépare ses bentô ! 

Mais quand un jour, parce qu’elle a cuisiné en trop grande quantité, elle propose à sa voisine célibataire de venir dîner avec elle, elle pourrait bien trouver des réponses à ses questionnements…




Je n’attendais pas grand-chose de ce manga, excepté de passer un bon moment autour d’une lecture mignonne qui met aussi en appétit, mais L’amour est au menu s’est révélé être une très jolie découverte qui flirte avec le coup de cœur !


On assiste d’abord à une histoire d’amitié née entre deux voisines autour de la nourriture. En effet, Nomoto est passionnée de cuisine, elle aime partager sur les réseaux ses préparations culinaires. Seulement voilà, elle prépare beaucoup plus que ce qu’elle peut manger. Elle propose donc à sa voisine, Kasuga, de goûter ses plats et, face à son appétit insatiable, Nomoto est encouragée et continue de toquer à sa porte avec ses plats. Petit à petit, c’est une romance touchante qui se met en place entre nos deux protagonistes.


Mais L’amour est au menu n’est pas qu’une histoire d’amour. Ça touche des thèmes tels que le patriarcat, d’asexualité, de consentement, des relations conflictuelles que l’on peut avoir avec sa famille (Nomoto qui est proche de ses parents mais ceux-ci sont conservateurs et s’attendent à ce que leur fille trouve un homme, Kasuga qui a coupé les ponts avec sa famille). Ça parle de sexisme et comment les personnages tentent de le combattre. Ça parle de rapport avec la nourriture (nous avons un personnage qui a la phobie de manger en public et qui essaye d’améliorer ses rapports à la nourriture, ou encore Kasuga dont on essayé de quantifier la nourriture car c’est on considère qu’une femme ne mange que de petites portions, ou que les meilleurs morceaux ou les plus gros morceaux sont donnés aux hommes de la famille lors des repas, et comment Kasuga en a souffert).


C’est aussi une belle histoire d’amitié entre Nomoto, Kasuga mais aussi les deux autres personnages féminins qui viennent se greffer à elles au fil des tomes, apportant un peu de fraîcheur et un coup de boost à l’histoire. À quatre, elles forment un groupe d’amies qu’on aimerait avoir. Elles sont proches, bienveillantes, elles ne sont pas dans le jugement, et cherchent toujours le confort des autres. C’est un plaisir de les voir toutes les quatre !


C’est aussi une ode à la cuisine. Les plats présentés m’ont donné faim et me donnent envie de goûter la gastronomie japonaise, même si certains mélanges sont assez étranges pour moi j’avoue (tremper une chip dans du chocolat fondu ??). Je me suis vite laissée emportée par cette atmosphère chaleureuse et gourmande qui rappelle que la cuisine, ce n’est pas que déguster de bons petits plats, c’est aussi un moment convivial, c’est une manière aussi de dire ce que l’on ressent. Si je devais trouver un seul bémol, c’est le gros plan qui est parfois mis sur la bouche de certains personnages quand on les voit manger. C’est juste un détail, mais ça m’a un peu mise mal à l’aise…


Un manga tranche de vie doux et bienveillant qui fait du bien à son petit cœur tant la romance est mignonne et l’amitié entre ces femmes touchantes, mais qui ne laisse pas l’estomac indifférent, tant on crie famine en voyant les séquences autour de la nourriture. C’est une lecture doudou, qui se déguste comme un bonbon, et un manga que je suivrai indéniablement avec plaisir !


samedi 26 juillet 2025

Un dragon dans ma cuisine - Riri Shimada et Miyoshi Furumachi.


Europe de l'Est, dans les années 80…

Alors que Nono, une étudiante japonaise, trouve un œuf étrange, voilà que de celui-ci émerge un petit dragon. La jeune fille l'élève dans sa cuisine, à l’insu de tous. La créature grandit alors doucement, mais sûrement…

Découvrez le quotidien paisible et attendrissant de la jeune fille et du dragon, dans la petite cuisine d’une maisonnette nichée au cœur d’un pays à l’histoire foisonnante.



Ce manga me faisait de l’œil depuis un moment déjà, cependant je dois m’avouer, après lecture, que ce n’était pas exactement ce à quoi je m’attendais.


C’est un manga court (quatre tomes) tournée sur la relation entre Nono, jeune fille japonaise venue étudier en Europe de l’Est, et un dragon qu’elle a recueilli et élevé, sans savoir de prime abord qu’il s’agissait d’un dragon. C’est un manga tranche de vie plutôt mignon, cocooning et touchant, qui se présente aussi comme une sorte de fable philosophique avec notre héroïne qui doit choisir son chemin, sortir de sa bulle d’artiste coupée du monde, prendre des décisions par soi-même, tandis qu’elle étudie dans un pays en crise.


J’ai d’ailleurs apprécié la tentative des mangakas de nous offrir plus qu’un manga « tranche de vie » mignon, mais d’y insérer aussi un contexte géopolitique intéressant, à savoir les bouleversements sociaux et politiques des années 1980 en Europe de l’Est qui ont progressivement mené à des révolutions des peuples, sous domination soviétique, puis l’affaiblissement du régime soviétique. Les mangaka proposent de nous faire découvrir cet épisode méconnu de l’Histoire à travers les yeux d’une étudiante étrangère qui connaît finalement peu le pays dans lequel elle fait ses études et qui n’est pas affectée par ces crises de la même façon. Un choix assez étrange que d’incorporer cela dans un manga feel good mais j’ai trouvé la chose intéressante. Malheureusement, le sujet est rushé et surtout trop peu exploité, comme si les mangakas ne voulait pas aller jusqu’au bout ou ne voulait pas trop s’éloigner du sujet de départ, à savoir la relation entre Nono et son dragon. Au final, on assiste à cela de loin, à l’instar de la protagoniste.


De la même façon, j’ai trouvé intéressant d’en apprendre un peu plus sur la perception des dragons par les humains d’Europe de l’Est. La plupart a peur de ces créatures qui sont ainsi chassées ou détruites, d’autres cherchent à les protéger, mais le sentiment général qu’il y a eu dans le passé était principalement la peur et la méfiance. Or, le manga met un point d’honneur à montrer à quel point l’amour de Nono pour son dragon, et leur proximité, fait du dragon une créature unique, qui s’est épanouie en ce qu’elle est grâce à l’amour de son humain. C’était très intéressant, mais finalement peu exploité. J’aurais voulu en savoir plus sur l’histoire des dragons dans cet univers et leur relation avec les humains.


Il y a pourtant des tentatives pour pimenter l’intrigue, apporter un peu de tension ou d’approfondissement mais ça part aussi vite que c’est arrivé, comme un bon morceau de chocolat vite repris avant qu’on ait eu le temps de le savourer.


Au moins, la relation entre Nono et son dragon est mignonne et touchante. On appréciera la façon de notre héroïne d’élever un dragon, avec les défis que cela relève, les imprévus, les difficultés, les moments drôles ou touchants comme les moments un peu plus stressants. On voit l’influence positive que l’un a sur l’autre et inversement. Il y a un lien très fort entre eux, et on ne peut y rester insensible. Il y a des moments très touchants entre eux, surtout lorsque Nono se rend compte que son dragon grandit et qu’elle ne pourra pas toujours le garder auprès d’elle, et qu’en sera-t-il le jour où elle devra retourner auprès des siens, au Japon, une fois ses études achevées ?


C’est un charmant petit manga cozy, plein d’émotion et d’amour entre Nono et son dragon, mais l’univers en lui-même (qu’il s’agisse du contexte des révolutions des années 1980 ou de l’histoire des dragons dans cet univers) n’est malheureusement pas suffisamment exploité par les mangakas. Il y a du matériel, des aspects prometteurs mais le manga ne va pas jusqu’au bout des choses. Le manga reste trop léger et rapide dans son histoire pour avoir su me marquer. Ça restera une lecture mignonne et divertissante mais sans plus.

dimanche 20 juillet 2025

Reine d'Égypte - Chie Inudoh.


C'est le début d'une nouvelle ère dans l'Égypte des Pharaons : le mariage de la jeune Hatchepsout et de son demi-frère Séthi fait de ce dernier l'héritier légitime du trône, sous le nom de Thoutmôsis II. Représentants des dieux sur terre, ils resplendissent sous leurs parures, et forment à première vue un couple parfait. Mais sous ses airs d'épouse idéale, Hatchepsout cache une colère profonde... Elle ne veut pas être simple reine, mais plutôt devenir pharaon elle-même, comme son guerrier de père ! Enfant, elle n'a cessé d'humilier Séthi au combat à l'épée, et elle est imbattable au tir à l'arc. Pourquoi ne serait-elle pas digne d'accéder au rang suprême, juste parce qu'elle est née femme ?

Pour Hatchepsout, c'est le début d'un combat pour s'affranchir des conventions ancestrales d'une des plus grandes civilisations du monde !



Reine d’Égypte est un manga en neuf tomes qui raconte la vie de la reine-pharaon Hatchepsout et comment l’Égypte a prospéré sous son règne. Je ne connais que très peu la vie de cette célèbre souveraine, ainsi je ne peux pas m’avancer sur la fidélité du manga concernant son histoire et la véracité des faits racontés mais sans doute que la mangaka a tissé une version romancée de la vie de cette pharaonne, comme le fait la plupart des fictions historiques.



Cependant, j’ai trouvé intéressant cette fenêtre sur l’Égypte antique. La mangaka touche à tout concernant cette époque : l’importance de l’art et notamment de l’architecture, la religion et ses rituels, les rites funéraires, le commerce, la guerre et l’armée, la vie du peuple comme des nobles ou des prêtres, la musique, etc. Le tout sans que cela donne l’impression d’un condensé d’informations, tout est montré et expliqué de façon fluide. Par ailleurs, les décors représentant l’Égypte, ses paysages, ses palais, les vêtements et tout le reste, sont très joliment représentés. On sent que la mangaka s’est bien documentée !



J’ai trouvé intéressant que l’histoire ne soit pas édulcorée et que la mangaka n’ait pas peur d’évoquer, voire de montrer, des thèmes un peu plus sombres avec des scènes assez violentes. Il est parfois question de viol, de meurtre, de fausse-couche. On a aussi quelques scènes de nudité, ou des scènes assez sanglantes. Toutefois, la mangaka ne montre pas cela pour attirer du public, ou juste pour montrer de la violence comme ont tendance à le faire la plupart des fictions historiques.



Hatchepsout est dépeinte comme une femme forte, têtue et ambitieuse ayant une volonté d’acier, décidée à rester seule maîtresse de sa destinée et à prouver qu’elle est capable de régner malgré son sexe. C’est une figure féministe, bien que ce soit à prendre avec des pincettes puisqu’elle entretient une relation conflictuelle avec son sexe tout au long de la série. Elle veut prouver être capable de régner malgré son sexe et que celui-ci n’est pas un frein, pourtant elle se travesti, souhaite se faire représenter comme homme dans ses statues, elle n’aime pas être considérée ou représentée comme femme (j’ai par ailleurs trouvé très intéressant ses scènes avec Meryet, sa (future) belle-fille, dans les derniers tomes, lui permettant ainsi de mieux accepter son identité de femme et qu’elle ne doit pas dénigrer cette identité pour prouver qu’elle est une bonne souveraine).

Hatchepsout est un personnage que j’ai pris plaisir à la suivre sans toutefois m’attacher spécialement à elle ou aux personnages en général. J’ai souvent déploré ses choix, ne sachant pas toujours sur quel pied danser avec elle, et déplorant des choix que je trouvais durs voire illogiques. Paradoxalement, c’est un aspect que j’ai trouvé intéressant chez ce personnage, le fait qu’elle ne soit pas édulcorée, ni parfaite mais tout simplement humaine.



Son ambition de devenir pharaon et son rôle une fois qu’elle l’est devenue la pousse à prendre des décisions qu’on peut juger contestables. Ses décisions sont politiques et souvent en décalage avec le bien-être de son entourage, voire même son propre bien-être. Elle ne pense jamais à elle en tant que femme ou personne, elle n’hésite pas à faire des choix difficiles, même pour elle-même, pour assurer la bonne continuité de son règne et pour l’Égypte, comme éloigner des personnes qui lui sont chères (mon cœur saigne encore quand je repense à sa relation avec Senmout), ce qui fait d’elle une reine froide, rationnelle, ambitieuse par le lecteur comme par ses proches. Toutefois, j’ai aimé qu’elle soit montrée ainsi, pas le cliché de la reine parfaite, douce, contre la violence, mais une diplomate qui n’hésite pas à sacrifier son bonheur et à se salir les mains, à être une guerrière impitoyable comme une reine généreuse et accueillante. J’ai aimé la voir grandir, évoluer tout au long de son règne jusqu’à ses dernières années.




On a aussi toute une panoplie de personnages, outre Hatchepsout, tous les plus colorés les uns que les autres. Ils sont soit bons, mauvais, calculateurs, loyaux, sournois, certains évoluent, d’autres restent ne changent pas. Ceux qui nous semblent être des menaces vont changer et mûrir, d’autres qui semblent loyaux se révèlent plus sombres que prévu. Parmi les personnages récurrents, nous avons Hapouseneb, prêtre d’Amon et proche conseiller de la reine, Senmout architecte et amant de la reine, Djehouty (alias Thoutmosis III) le beau-fils de la reine et l’héritier au trône, Néférouré, la fille d’Hatchepsout, Panéhésy le chancelier, Thoutmotis II le frère et époux d’Hatchepsout. Le récit est rythmé entre Hatchepsout et ses relations avec ces différents personnages, entre épreuves, machinations, trahisons, scènes tendres ou drôles.



Après, ça reste de la fiction historique, une version très romancée de la vie d’Hatchepsout et donc à prendre avec des pincettes. Sans bien connaître son histoire, je pense que la mangaka a pris beaucoup de libertés et s’est aussi basée sur des suppositions. Cela reste toutefois un manga historique que j’ai pris plaisir à suivre. Il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour que ce soit un coup de cœur, mais c’est une découverte sympathique que je recommande pour ceux et celles qui s’intéressent à l’Égypte ancienne.



lundi 5 août 2024

Colocataires à leur manière - Tsunami Minatsuki et As Futatsuya.

Auteur d'histoires policières, Subaru Mikazuki se distingue par sa nature introvertie et misanthrope. En effet, considérant les gens comme une source de nuisance dans son processus d'imagination et de création, il fait tout pour éviter de sortir de chez lui et d'avoir des contacts humains.

Un jour, il tombe sur un chat errant qui déclenche un éclair d'inspiration pour le nouveau roman qu'il doit écrire. Il décide alors de l'adopter et de l'appeler Haru. C'est en observant son comportement énigmatique qu'il développe petit à petit l'intrigue de son histoire.


Ces deux personnages attachants nous partagent le bonheur de leur nouvelle vie à deux, chacun à travers leur point de vue !


Après Le chat qui rendait l’homme heureux et Félins pour l’autre, ce dont j’avais besoin était un autre manga sur les chats !



Colocataires à leur manière s’est rapidement révélé être une découverte très sympa qui donne lieu à une relation très attendrissante entre nos deux protagonistes. Subaru est un auteur à succès misanthrope et introverti. Moins, il sort de chez lui, mieux il se porte. La foule l’angoisse, il ne sait comment agir avec les gens, sortir pour faire les courses est une corvée, et il ne se sent à l’aise que dans ses livres chéris et la sécurité de sa maison. Haru est un chat errant, qui doit se battre chaque jour pour survivre dans la rue, et qui est méfiante envers les humains car elle ne sait qui sont les humains attentionnés avec les animaux des rues et ceux qui les chassent.



C’est presque spontanément que Subaru emmène Haru chez lui mais la cohabitation est loin d’être facile. Subaru n’a jamais eu d’animal de compagnie et il ne sait pas comment s’en occuper correctement et encore moins déchiffrer le comportement souvent énigmatique des chats, et surtout de Haru. Celle-ci est méfiante envers cet humain qu’elle a du mal à comprendre, et elle a bien du mal à lui faire comprendre ce qu’elle attend de lui. Toutefois, Haru se laisse adopter et décide de prendre soin à sa manière de cet étrange humain qui oublie souvent de se nourrir ou de dormir quand il est plongé dans l’écriture.



J’ai beaucoup aimé que le manga alterne entre le point de vue de Subaru et celui d’Haru, nous offrant les mêmes scènes de leur point de vue, ce qui nous offre des situations cocasses mais tout en émotion, et qui nous permet de mieux comprendre le comportement de l’un comme de l’autre. Je prends également plaisir à voir la lente évolution de leur relation. L’ouverture à l’autre n’est pas toujours facile, ils ont bien du mal à se comprendre. Subaru doit apprendre à s’occuper correctement d’un chat, à s’ouvrir peu à peu au monde qui l’entoure, à accepter le contact et l’aide des gens de son entourage, mais aussi apprendre à mieux s’occuper de lui-même (se rappeler de se nourrir, de faire les courses, de se reposer) et Haru apprend petit à petit à faire confiance à cet étrange humain qui l’a adopté, malgré sa peur de l’abandonnement, à découvrir ce que cela fait d’être aimée par un humain, et qui décide de prendre soin de lui tout comme il prend soin d’elle.



Si les mangas sur les chats n’a rien d’original et tendent même à se multiplier, ce manga aura fait mouche chez moi de par la relation touchante qui se noue petit à petit entre les deux personnages, le développement auprès de ceux-ci, mais aussi parce que, introvertie moi-même, je me suis reconnue plusieurs fois en Subaru. Si j’ai aimé le voir s’ouvrir peu à peu au monde qui l’entoure, je dois cependant avoué avoir été parfois agacée par ces gens qui squattaient chez lui en grand nombre, le poussant hors de sa zone de confort, alors que l’ouverture au monde a su se faire de façon plus douce et progressive à travers d’autres personnes. J’ai notamment beaucoup aimé la jeune employée de la boutique pour animaux, et j’avoue que l’éditeur de Subaru me fait souvent rire dans ses réactions souvent exagérées et son amour inconditionnel des chats.



Ce manga s’est révélé être une série très mignonne et douce qui nous fait passer un bon moment mais qui a aussi plus de profondeur qu'il y paraît et ne fait que s'étoffer au fil des tomes. Malgré quelques sujets difficiles évoqués (le deuil, la peur d’être abandonné, le quotidien des animaux errants, etc), c’est tout doux et ça réchauffe le cœur, et ça montre bien l’importance des animaux de compagnie dans notre vie et comment ils améliorent notre quotidien. Une jolie découverte !



samedi 20 juillet 2024

Deep sea aquarium Magmell - Kiyomi Sugishita.

Découvrez les mystères de la nature et ses créatures improbables avec le Deep See Aquarium Magmell !

Keitaro Amagi est un jeune homme passionné par les océans. Enfant, son père lui a transmis cette fascination pour ces mondes mal connus. 

Devenu adulte, il répond alors tout naturellement à une embauche pour devenir simple balayeur au tout nouveau Magmell Deep Sea Aquarium. Ce gigantesque complexe sous-marin vient d'ouvrir et offre à ses visiteurs une découverte inédite de la faune sous-marine, à 200 m de profondeur.

 La passion de Keitaro l'emmènera sur des chemins inattendus au service du Magmell. Auprès du professeur Minato, le balayeur devra apprendre les secrets des calamars géants, sauver une espèce en danger, se confronter aux pêcheurs, et apprendre à préserver autant que possible un monde marin toujours plus mis en danger par les activités humaines.


Ce manga m’avait été conseillé sur Discord par Nelja que je remercie chaleureusement pour la découverte car cette série s’est révélée être un coup de cœur !



MagMell est un aquarium vraiment pas comme les autres ! Il s’agit d’un aquarium sous-marin, basé en mer du Japon, pour que les visiteurs puissent observer au plus près les animaux marins dans leur milieu naturel. Certaines créatures vivent dans des bassins tandis que d’autres restent dans les abysses. Nous suivons Kotaro dont le rêve est de travailler dans cet univers, et qui commence tout en bas de l’échelle en tant que nettoyeur. Petit à petit, il se fait remarquer par le directeur qui va alors lui offrir des opportunités et des responsabilités qui vont au-delà de ce qu'il avait imaginé !



C’est un manga de type « tranche de vie » dans lequel Kotaro va évoluer et sera amené à se familiariser avec le personnel de l’aquarium : ses soigneurs Yui et Shizuka, le chef cuisinier Ran, le vétérinaire Haruno, le directeur Minato, mais aussi avec d’autres personnages comme la fille de Minato, les pêcheurs, etc. Tout au long du manga, nous suivons Kotaro qui va devenir soigneur dans cet aquarium et découvrir tous les enjeux de ce métier mais aussi les aléas.



Plusieurs sujets sont ainsi évoqués concernant le travail de soigneur, mais aussi la protection des océans, le rapport entre l’homme et la mer (je n’ai pas totalement adhéré au fait que manger du poisson des abysses était un moyen de leur rendre hommage ceci dit, mais peut-être que les Japonais ont des rapports différents avec la mer, ou c’est quelque chose que seuls les pêcheurs peuvent comprendre ?). Il est aussi question de famille, d’amitié, de deuil. Chaque chapitre ou tome nous présente plus ou moins une morale.



Ce manga nous parle également de l’importance de se lier avec les animaux sous sa responsabilité et comment en prendre soin (traiter les maladies, veiller à son alimentation et la bonne tenue et température du bassin, etc) mais aussi faire face aux pertes quand un des animaux marins meurt, malgré tous les soins qu’on leur apporte. C’est également savoir parler au public et adapter son discours face aux différents types de visiteurs (j’ai notamment beaucoup aimé le chapitre sur le père de famille devenu aveugle et comment Kotaro a adapté le parcours de visite pour qu’il puisse profiter de sa visite). J’ai beaucoup aimé cet aspect du manga qui nous montre tous les aspects et la complexité du métier de soigneur et que ça ne consiste pas uniquement à nourrir l’animal et vérifier à son épanouissement (même si c’est déjà beaucoup).



Les personnages


Kotaro est un protagoniste intéressant à suivre. Il est passionné, touchant et gentil. Sa passion est communicative, il a toujours le souci de bien faire, et j’aime voir son évolution, même si on sent qu’il a encore bien des choses à apprendre et qu’il a besoin de s’affirmer davantage, j’aime le voir s’affirmer dans son rôle de soigneur et mûrir en tant que personnage. Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus. Ce ne sont pas que des personnages qui gravitent dans l’entourage de Kotaro. On est amené, au fil des tomes, à en apprendre davantage sur eux, leur caractère, leur passé, ce qui nous donne des personnages attachants avec leur propre histoire et leur propre personnalité, et je ne demande qu’à en apprendre davantage sur eux, surtout sur Minato qui a noué des liens étroits avec le père de Kotaro. Même les personnages que l’on ne rencontre qu’au cours d’un chapitre, ou quelques-uns, arrivent à nous être attachants. J’ai notamment beaucoup aimé le personnage de Ryo, qui a travaillé à mi-temps dans l’aquarium [spoiler] et comment il s’est découvert transgenre [/spoiler]



Ce manga nous offre une plongée dans le monde marin, et plus précisément celui des abysses. Lorsque nous entendons parler des abysses, nous sommes susceptibles de penser à cette partie des océans où il fait très sombre et froid, et où l’on a cette idée reçue qu’il n’y a que peu de vie. On y trouverait que des micro-organismes ou des poissons terrifiants. Pourtant, c’est un monde qui regorge de vie et qui présente une faune et une flore diverse et nombreuse et qu’on n’imaginait pas vivre dans les profondeurs de l’océan !



Chaque chapitre du manga s’attache à nous présenter une créature des abysses. On y trouvera, par exemple, certaines espèces de requins (comme le requin lézard ou le requin dormeur du Pacifique), des éponges des mers, des cachalots, des isopodes, des vampires des abysses, des Japanese flapjack octopus, et des poissons comme les baudroies ou les poissons fantômes. Chaque chapitre est intéressant et nous permet d’en apprendre plus sur ces animaux, et j’ai beaucoup apprécié cette initiative du manga de nous familiariser avec ce monde méconnu et je pense que même si on n’est pas vraiment intéressé par les abysses, le manga réussit le pari de nous familiariser avec cet univers.



Si le manga se place dans la catégorie « tranche de vie », il évite de tomber dans le répétitif qui finit par ennuyer le lecteur, car le manga est d’une part assez intéressant pour que l’on ne s’ennuie pas, et d’autre part parce que nous suivons une sorte de fil rouge qui est celui du mystère autour du père de Kotaro, qui a disparu du jour au lendemain pour une mission dont on ignore la nature exacte, et que le directeur Minato ainsi que sa défunte femme ont bien connu.



Au niveau des graphismes, ils sont tout simplement sublimes, surtout les fonds marins et sa faune. Les illustrations sont féeriques et nous transportent dans un autre monde, nous donnant parfois l’impression d’être dans un autre espace temps. C’est tout simplement magnifique, et j’espère vraiment que ce manga aura son anime, ne serait-ce que pour sublimer les planches nous présentant les abysses.


En résumé : un manga à la thématique originale avec des dessins très beaux mettant en lumière le monde des abysses. On apprend beaucoup de choses sur les animaux des abysses à chaque chapitre et étant fan du monde aquatique, je suis conquise !

dimanche 30 juin 2024

Le mari de mon frère - Gengoroh Tagame.



Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l'arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. 

Ce Canadien n'est autre que le mari de son frère jumeau… Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l'homme qu'il aimait. Yaichi n'a pas alors d'autre choix que d'accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. 

Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses…



Le mari de mon frère se présente comme un manga « tranche de vie », composé de quatre tomes dans lesquels nous suivons Yaichi, homme au foyer, qui élève seul sa fille Kana suite à son divorce. Sa petite vie paisible est rapidement chamboulée par l’arrivée d’un grand Canadien aux allure de bûcheron, Mike Flanagan, qui fait un peu tâche dans ce petit quartier japonais. Époux de Ryôji, frère jumeau de Yaichi, il décide de séjourner au Japon afin de découvrir le pays de son mari disparu. Une occasion pour lui de marcher sur ses pas, découvrir les endroits qui ont marqué sa vie et faire connaissance avec sa famille. Bien que réticent, Yaichi réalise qu’il ne peut pas refuser une telle requête et accueille son beau-frère chez lui.


Yaichi est tout d’abord mal à l’aise vis-à-vis de ce beau-frère auprès de qui il ignore comment se comporter, d’autant qu’il ne sait rien concernant les homosexuels. Mike, quant à lui, débarque avec sa personnalité d’occidental peu au fait des mœurs et traditions des japonais et peut sembler par moment trop familier avec un hôte qui agit avec retenue et pudeur. Ce séjour est donc l’occasion pour Mike de découvrir la culture au Japon et le mangaka ne se fait pas prier en nous présentant plusieurs aspects de la culture japonaise, notamment à travers la gastronomie, les sources thermales, les temples, mais aussi le tempérament des Japonais, si différents de celui des Occidentaux.


Au fil des chapitres, nous assistons aux doutes et questionnements de Yaichi qui revoit peu à peu son jugement sur les homosexuels et se rend compte de son ignorance. Pour mieux comprendre cette histoire, il est bon de savoir ou de se rappeler qu’au Japon, le mariage entre personnes du même sexe n'est pas autorisé, contrairement au Canada. Aussi, Yaichi a-t-il du mal à trouver les mots et les gestes envers Mike, par méconnaissance du sujet et par crainte du qu’en dira-t-on et du jugement de son voisinage. À contrario sa fille, Kana, est dénuée de ces craintes et des préjugés qui peuvent encombrer l’esprit des adultes. Elle est naturelle dans son insouciante enfantine et son enthousiasme tellement charmant, et elle a tôt fait d’adopter cet étrange oncle venu du froid et qui ressemble à un nounours.


C’est ainsi que, progressivement, le fossé entre Yaichi et Mike se comble, grâce à la pétillante Kana, ravie d'accueillir un nouveau membre dans la famille, mais aussi grâce à Ryôji, dont ils partagent le souvenir. Chacun apprend des choses sur la culture de l’autre, entre Orient et Occident, mais aussi par rapport à Yaichi qui apprend à être plus ouvert et tolérant vis-à-vis de l’homosexualité, et cela lui permet aussi d’en apprendre plus sur son frère disparu, sa vie au Canada, et une facette de lui méconnue par Yaichi.


C’est un manga feel good qui présente la culture gay sans stéréotypes ni fantasmes. C’est une histoire pleine de fraîcheur et de douceur, qui nous présente des personnages attachants et sensibles. Yaichi se remet en question et évolue très rapidement vers plus de tolérance et de compréhension tandis que Mike émeut par sa tristesse après la mort de son mari, mêlée à la joie de rencontrer sa famille et de découvrir les lieux de son enfance. Kana est un petit rayon de soleil, rayonnante, curieuse, un peu brusque dans ses questions mais jamais sans mauvaises intentions. 


Ce manga aborde avec sensibilité le divorce et la monoparentalité mais aussi bien-sûr l’homosexualité, et il remet en cause certaines idées reçues (par exemple, il ne faut pas penser que, dans un couple homosexuel, un fait la femme et l’autre l’homme ; ou alors, c’est idiot de penser qu’un homosexuel sera forcément attiré par nous si on est un homme à se retrouver dans son périmètre ; ou encore que les homosexuels seraient une mauvaise influence pour les enfants). On peut d’ailleurs remarquer que, entre deux chapitres, le mangaka offre une ou deux pages pour mieux nous instruire sur le sujet. Il aborde notamment des points comme : le coming out, la gay pride, la marche des fiertés, le outing, ou encore l’histoire du drapeau LGBT. J’ai trouvé cette initiative intéressante et, si j’avais quelques notions, j’ai appris et redécouvert bien des choses.


En résumé : un manga familial, profondément humain et touchant, qui nous offre une belle leçon de vie et traite avec bienveillance, aussi bien de l'homosexualité, de la société, de la famille que des différences culturelles. C’est une jolie ode à la tolérance et à l’acceptation. C’est doux, mélancolique, attendrissant et joyeux à la fois. Ce n’est pas un coup de cœur mais ça n’en reste pas moins une jolie découverte.


dimanche 7 avril 2024

Les Carnets de l'Apothicaire - Natsu Hyuuga, Itsuki Nanao et Nekokurage.


À 17 ans, Mao Mao a une vie compliquée. Formée dès son jeune âge par un apothicaire du quartier des plaisirs, elle se retrouve enlevée et vendue comme servante dans le quartier des femmes du palais impérial ! Entouré de hauts murs, il est coupé du monde extérieur. Afin de survivre dans cette prison de luxe grouillant de complots et de basses manœuvres, la jeune fille tente de cacher ses connaissances pour se fondre dans la masse.

Mais, quand les morts suspectes de princes nouveau-nés mettent la cour en émoi, sa passion pour les poisons prend le dessus. Elle observe, enquête... et trouve la solution ! En voulant bien faire, la voilà repérée... Jinshi, haut fonctionnaire aussi beau que calculateur, devine son talent et la promeut goûteuse personnelle d'une des favorites de l'empereur. Au beau milieu de ce nid de serpents, le moindre faux pas peut lui être fatal !



Série de mangas adaptant des light novels, Les carnets de l’apothicaire nous plonge dans le quotidien de Maomao, élevée et formée par un apothicaire puis capturée alors qu’elle partait à la cueillette d’herbes pour être vendue comme servante dans le quartier des femmes du palais impérial. Afin de survivre dans cette cage dorée grouillant de complots, Maomao cache ses connaissances pour se fondre dans la masse. Cependant, sa curiosité se retrouve piquée lorsque les morts inexpliqués et suspectes de bébés des courtisanes mettent la cour en émoi. De par sa connaissance des poisons et son sens de l’observation, elle parvient à résoudre le mystère et se fait remarquer par Jinshi, l’intendant de la cour, et par la favorite de l’empereur, Gyokuyô qui décide de la prendre à son service comme dame de compagnie et goûteuse. Très vite, Maomao se retrouve entraînée dans les intrigues du palais qu’elle est appelée à résoudre de par ses connaissances en matière de remèdes et de poisons.



Ce manga est une excellente découverte pour ma part. J’empruntais les tomes à la médiathèque que je dévorais et j’avais bien du mal à attendre l’arrivée des tomes suivants tant il me tardait de lire la suite. Cela fait bien longtemps que je n’avais pas autant accroché à une série littéraire !



Les carnets de l’apothicaire nous présente un univers riche, intriguant et plus sombre qu’il n’y paraît. Les enquêtes sont bien menées et prenantes, et la plupart sont rythmées par des enjeux qui mettent en lumière les rôles de la femme et ce qu'elle devait faire pour survivre à cette époque. Il n’y a pas encore de grosse intrigue qui se présenterait comme le fil rouge de l’histoire mais pour le moment, le manga parvient encore à suffisamment me captiver pour que cela ne me gêne pas. On sent que la mangaka (ou plutôt l’auteure car, je le rappelle, le manga est une adaptation de romans) ne nous dit pas tout, il y a encore tant de questions, tant de mystères.



Jinshi et Maomao


Les dessins sont par ailleurs très jolis et nous plongent dans un bel univers de Chine ancienne à la fois historique et fictive qui s’intéresse aussi bien aux concubines impériales qu’aux servantes ou courtisanes des quartiers du plaisir. Les personnages sont bien campés et ont leur part de mystère.



Notre protagoniste, Maomao s’affirme de tome en tome. C’est une héroïne vraiment unique dans son genre. Elle possède une curiosité insatiable et des connaissances solides dans le domaine des poisons et tout ce qui touche au métier d’apothicaire qui la passionne. Elle n’hésite d’ailleurs pas à goûter du poison pour son propre plaisir et à se faire mordre ou piquer par un animal venimeux pour voir les effets sur son corps. Elle est en extase devant les réserves d’herbes médicinales, cherche à lire des ouvrages qui lui sont interdits, elle agit souvent comme un chat. Elle est complètement délurée, loufoque, passionnée, cynique, intelligente et capable. Je l’adore. C’est une héroïne terriblement attachante et c’est un plaisir de la voir évoluer. Il me tarde de voir ce que l’avenir lui réserve !



L’autre personnage à se démarquer est bien sûr Jinshi, eunuque à la beauté surnaturelle, qui officie à la cour du palais où résident les concubines en tant qu’intendant. Sa beauté est telle qu’il attire hommes comme femmes. L’ironie de la situation est que Maomao est la seule pour qui il ressent de l’attirance, mais la jeune fille est la seule à ne pas être intéressée par lui. Cela dit, ils forment un duo très intéressant. Jinshi aime beaucoup la taquiner, mais on sent que son attirance se transforme peu à peu en des sentiments plus profonds et qu’il tient de plus en plus à elle, et si Maomao n’est pas attirée par lui (pas encore ?), elle sera amenée à se rapprocher de lui et lui être loyale. J’ai hâte de voir comment leur relation va évoluer et en apprendre plus sur Jinshi qui n’est pas celui qui semble être et qui a un passé et des origines mystérieuses. En tout cas, nos deux personnages forment un duo intéressant, drôle et attachant.



Parmi les autres personnages que nous sommes amenés à rencontrer plusieurs fois, il y a les principales concubines de l’empereur dont Gyokuyô, le père de Maomao, les courtisanes du quartier des plaisirs où a grandit Maomao et qu’elle considère comme ses sœurs, les servantes de la cour, etc.



Ce manga regroupe plein d’ingrédients attrayants ! Humour, mystères, enquêtes, amour, drame, secrets, complots, condition de la femme, une riche galerie de personnages dont des personnages féminins complexes. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour ce manga et c’est avec grand plaisir que je lirai les prochains tomes (vivement le tome 14 !)



Droite : image tirée de l'anime
Gauche : couverture du premier tome du roman (ou light novel)