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samedi 15 août 2026

Mother of Rome - Lauren J. A. Bear.

The names Romulus and Remus may be immortalized in map and stone and chronicle, but their mother exists only as a preface to her sons’ journey, the princess turned oath-breaking priestess, condemned to death alongside her children.

But she did not die; she survived. And so does her story.

Beautiful, royal, rich: Rhea has it all—until her father loses his kingdom in a treacherous coup, and she is sent to the order of the Vestal Virgins to ensure she will never produce an heir.

Except when mortals scheme, gods laugh.

Rhea becomes pregnant, and human society turns against her. Abandoned, ostracized, and facing the gravest punishment, Rhea forges a dangerous deal with the divine, one that will forever change the trajectory of her life…and her beloved land.

To save her sons and reclaim their birthright, Rhea must summon nature’s mightiest force – a mother’s love – and fight.


Mother of Rome est un roman, malheureusement non traduit en français, qui reprend le mythe de Rhéa Silvia, figure méconnue pour ceux et celles qui sont moins familiers avec la mythologie romaine. Pourtant, Rhéa Silvia n’est pas n’importe qui !


Princesse, prêtresse vestale, amante du dieu Mars, mère de Remus et Romulus qui devinrent les mythiques fondateurs de Rome, et épouse du dieu de la rivière Tibre. Il y a de quoi raconter sur cette dame !


Princesse déchue lorsque son oncle Amulius trompa son frère, le roi Numitor, pour prendre le trône, il fit de Rhéa une vestale, prêtresse vouée au culte de la déesse Vesta et devant faire vœu de renonciation au mariage et à la maternité, pour s’assurer de l’absence de descendance venant de sa nièce. Rhéa reçut pourtant la visite du dieu Mars dont elle tomba enceinte, une grossesse dangereuse puisqu’un châtiment terrible attend les vestales qui fautent. Découverte, elle est pourtant sauvée et finit par épouser le dieu Tibérinus.



Mars et Rhéa Silvia par Rubens (1617)

Figure emblématique de l’histoire des origines de Rome, nous savons finalement peu de choses sur Rhéa Silvia, ainsi j’ai trouvé intéressant que l’auteure se consacre à elle et à son histoire. Il s’agit ici d’une réécriture et d’une interprétation libre. L’auteure a pris ici le parti de faire de la relation entre Mars et Rhéa une relation consentie, avec de l’attachement, de la passion, la rencontre entre deux êtres libres et passionnés. S’il ne s’agit pas d’une grande histoire d’amour, le dieu Mars a une place de choix dans ce roman, ainsi qu’à d’autres divinités qui font leur apparition dans le roman, notamment Cybèle, Aphrodite, Tibérinus ou encore Vesta. Le roman fait la part belle à la mythologie romaine, et nous sentons les prémisses de ce que sera Rome, ce que j’ai beaucoup apprécié.


J’ai aimé les changements que l’auteur a apporté dans sa version de l’histoire de Rhéa [spoiler] notamment le fait qu’elle fut la louve qui s’occupa de Remus et Romulus bébés, ce qui lui permis de rester dans la vie de ses fils [/spoiler], sa relation proche avec sa cousine Antho qui est elle-aussi un personnage inoubliable. Là où Rhéa est plus indomptable, têtue, libre, effrontée et passionnée, Antho est d’abord la princesse douce, docile, soumise, effacée qui va peu à peu gagner en assurance, prendre des risques, et se lier avec ses serviteurs pour s’affirmer et jouer un rôle clé dans l’histoire.


Ce roman nous offre une panoplie de personnages qui ne laissent pas indifférents. Rhéa a ses défauts, elle fait des erreurs, elle est têtue, désespérée, effrontée, libre, passionnée, elle est complexe et j’ai beaucoup aimé suivre son histoire ainsi que celle de sa cousine. Je déplore juste que cela ne se termine avec Remus et Romulus fondant Rome et le point de vue de Rhéa sur le futur de ses fils, même si je comprends que le roman se consacre à Rhéa et non à ses fils, et surtout au statut de la femme à l’époque. C’est un roman féministe qui donne la part belle aux femmes, à la sororité, la beauté et les sacrifices de la maternité, la force et la détermination des femmes, celles qui refusent de se soumettre, celles qui veulent être libres d’aimer, celles qui essayent de se donner les moyens d’être ce qu’elles sont.


Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un coup de cœur, mais ce roman ne m’a pas laissé indifférente. Les premières pages ont été éprouvantes mais je suis contente d’avoir persévéré, sans quoi je serais passée à côté d’une excellente lecture. Ce roman m’a fait ressentir plusieurs émotions à la fois, je ne pouvais plus lâcher le livre que j’ai littéralement dévoré en trois jours. Vraiment une très belle découverte !



La célèbre sculpture représentant la louve avec les jumeaux Remus et Romulu
s


LAVINIA. This is the first lesson, Rhea. Men think they create the empires, but both are born of women. You will be a mother of kings.

RHEA (aside, more to herself). I said as much to my uncle once.

XANTHE. Which leads us to the second lesson, my lesson. Ilia, my sons put you here, not Mars. Be careful how you raise your boys. We worry too much about our daughters, ensuring they are pretty and polite, virtuous and hard-working. I should have expected more of my sons.

vendredi 3 juillet 2026

Pompéi - Robert Harris.



Le temps est lourd en cette dernière semaine d'août de l'an 79, l'atmosphère étouffante dans la somptueuse baie de Naples où de nombreux Romains sont venus savourer les derniers jours de l'été. Une étrange odeur de soufre flotte dans l'air. 

Attilius, jeune ingénieur chargé de l'entretien du gigantesque aqueduc qui alimente la baie en eau potable, est inquiet. Son prédécesseur a disparu sans laisser de traces... et le Vésuve se réveille. Les signes du désastre se multiplient. Attilius pressent que la ville de Pompéi se prépare à vivre ses dernières heures et tente l'impossible pour sauver la vie de Corelia, la fille de son pire ennemi, dont il est tombé amoureux. 

L'auteur, en dramaturge raffiné, fait du lecteur le témoin d'un implacable compte à rebours.



Il y a un an, entre le 29 juin et le 03 juillet, je lisais Conclave, de Robert Harris. Une coïncidence a fait que je me suis attaquée à la lecture d’un autre de ses romans à ces mêmes dates. Pompéi n’a pas été le coup de cœur que fut Conclave, mais il n’en reste pas moins une bonne lecture.


Attilius est un jeune aquarius (ou ingénieur des eaux) envoyé par Rome à Naples, prenant la relève de son prédécesseur disparu soudainement, pour résoudre le problème des sources d’eaux qui se sont taries. Il n’est pas très bien vu de ses collaborateurs qui se méfient de lui. C’est bien le cadet de ses soucis, il a un aqueduc à réparer ! Mais, au fur et à mesure, des choses étranges se produisent. Le sol tremble, les poissons meurent, la mer se trouble alors qu’il n’y a pas de vent, les fontaines de Pompéi débordent alors que celles des villes voisines sont à sec, il règne une odeur de souffre dans l’air. Il y a quelque chose qui se trame et qui va au-delà du manque d’eau.


Je me suis plongée avec plaisir dans ce roman historique qui se situe deux jours avant puis les deux jours de l’éruption du Vésuve en 79 après JC. Alors que je ne m’y attendais pas, j’ai suivi avec intérêt la vie hydraulique dans la Rome antique avec l’importance de l’eau et des aqueducs, merveilles d’architecture dont il nous reste encore des vestiges en Europe, le génie romain pour acheminer l’eau, mais aussi comment l’eau pouvait être source de pouvoir économique et politique dans la Rome antique. Car oui, qui dit Rome antique, dit manipulations, magouilles politiques, pots de vins, conflits d’intérêt, etc.



Vestiges de l'aqueduc d'Auguste (Aqua Augusta) à Naples
dont l'auteur a fait le décor de son roman


Il st donc question de politiques, mais aussi de la place des femmes, de l’organisation de la vie publique, d’architecture, etc. On y parle bien évidemment de Pompéi, ville prospère, qui souhaite égaler Rome. J’ai également aimé la façon dont l’auteur pose les indices sur l’éruption qui se prépare, nous montrant bien que l’éruption n’est pas arrivée brutalement et qu’il y a eu des signes avant-coureurs que les Romains n’ont pas su déchiffrer, puisqu’ils ignoraient alors que le Vésuve était un volcan.


La multiplication de ces indices ne fait que renforcer l’impression de compte à rebours et de tension qui monte, d’autant plus que nos personnages évoluent en plein été, dans une chaleur suffocante avec des nuits ne laissant que peu de répit, ce qui accentue le sentiment de violence chez certains personnages. Nous avons la sensation de catastrophe imminente qui se prépare, que notre protagoniste devine, mais dont personne n’est capable de deviner toute l’ampleur de cette catastrophe.


D’ailleurs, à noter que l’éruption du Vésuve s’est en réalité produite en octobre, et non pas en août comme nous l’avons souvent pensé, le roman a donc été écrit avant que les preuves archéologiques ne réfutent cette idée. Voilà pour la minute historique !


Ce n’est pas le roman policier que je pensais lire, et c’est encore moins un roman à suspense. Je m’attendais à ce que l’affaire autour de de la mystérieuse disparition de l’ancien aquarius prenne une place plus importante, mais on est davantage ici sur du roman historique qui cherche davantage à mêler Histoire et fiction qu’à présenter une véritable enquête policière. Cela dit, j’ai aimé cette plongée dans l’Antiquité romaine, être témoin de la catastrophe du Vésuve en me demandant qui allait survivre ou qui allait périr, et comment l’auteur a décrit ces deux terribles journées où le monde s’est arrêté à Pompéi. L’immersion est totale, et Attilius est un protagoniste plutôt agréable à suivre. Il est honnête, intelligent et courageux. Toutefois, j’ai trouvé la fin plutôt rapide, même si ça n’a pas entaché mon appréciation du roman qui reste une sympathique lecture !


— Tu as consulté la sybille ? Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Ampliatus se composa une expression solennelle adéquate.

— Elle a sacrifié des serpents à Sabazius et les a écorchés pour en tirer ses prédictions. J’ai assisté à toute la cérémonie.

Il se rappela les flammes, sur l’autel, la fumée, les mains luisantes, l’encens ; la voix chevrotante de la sybille, haut perchée, à peine humaine, rappelant la malédiction lancée par cette vieille femme dont il avait jeté le fils aux murènes. Il avait été malgré lui impressionné par toute l’opération.

— Elle a vu une ville, notre ville, dans un avenir lointain. Un millier d’années, peut-être plus. Elle a vu une cité célèbre dans le monde entier, poursuivit-il dans un murmure. Nos temples, notre amphithéâtre, nos rues, arpentés par des gens de toutes les langues. Voilà ce qu’elle a vu dans les entrailles des serpents. Longtemps après que les César seront tombés en poussière et que l’empire ne sera plus, ce que nous avons bâti ici perdurera.

vendredi 23 janvier 2026

L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna - Elodie Harper.



Le voyage d’Amara l’a conduite loin, d’une humble esclave dans un bordel de Pompéi à une courtisane de grande puissance à Rome. Elle est désormais une femme affranchie, riche et influente, mais elle est toujours attirée par son passé. 

Car tandis qu'Amara est prise dans les intrigues politiques du palais impérial, sa fille reste à Pompéi, élevée par le seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé. Même si elle aspire à sa famille, Amara sait qu'elle est plus en sécurité lorsqu'elle est loin. Peut-être qu’avec suffisamment d’astuce et de courage, elle parviendra à faire tourner la roue de Fortuna en leur faveur. 

Mais nous sommes en 79, et le Vésuve s'apprête à se faire connaître...



Après un second tome qui n’était pas loin du coup de cœur, il me tardait de reprendre les aventures d’Amara dans ce troisième et dernier tome.


Dans le tome deux, on quittait Amara qui, pour assurer un avenir meilleur à sa fille, a décidé d’accepter l’offre de Démétrius, un affranchi grec devenu un puissant homme de l’ombre, de le suivre dans sa vie à Rome et d’être sa bouche et ses oreilles auprès des nobles de Rome mais aussi de la famille impériale. Ce faisant, elle laisse derrière elle sa fille et Philos, l’homme qu’elle aime en secret, mais aussi ses amies de Pompéi. À Rome, Amara jouit d’un train de vie luxueux qui lui permet d’envoyer de l’argent à Philos pour le quotidien et la dot de leur fille, Rufina. Si elle apprécie ce statut social confortable, cet éloignement avec sa famille est pour elle un déchirement, mais elle est prête à sacrifier sa vie et son bonheur pour assurer un avenir à sa fille.


J’ai été un peu déconcertée par l’intrigue, nous passons finalement peu de temps à Rome. Seulement une infime partie de l’intrigue se situe dans la capitale impériale et est consacrée aux missions d’Amara qui doit tisser des amitiés avec des nobles et s’infiltrer dans des événements, afin de pouvoir ramener à Démétrius un rapport détaillé. Un prétexte oblige finalement assez rapidement Démétrius à envoyer Amara à Pompéi temporairement, pour sa protection, mais pas sans l’avoir demandé en mariage. Amara accepte, bien qu’elle ne cesse de penser à Philos. Remarquez, ce n’est pas pour me déplaire. Si la partie à Rome était intéressante (surtout pour voir la différence d’avec la vie à Pompéi, et aussi le chapitre consacré à des funérailles impériales, nous donnant un aperçu des rites funéraires de l’époque), j’ai été ravie de retourner à Pompéi.


À Pompéi, Amara retrouve ses amies, notamment Britannica qui est devenue gladiateur, mais aussi Philos et Rufina. Tandis qu’Amara retrouve les siens, les relations restent tendues entre elle, Philos et sa fille, et l’ombre de Félix, son ancien maître, plane toujours. Il sait tout de la véritable paternité de Rufina et n’hésite pas à utiliser le chantage pour lui soutirer de l’argent. Amara espère que son mariage la mettra définitivement à l’abri du besoin et qu’elle pourra vivre à Rome avec sa fille. Mais nous sommes en 79, et le Vésuve est sur le point de se réveiller. Les habitants de Pompéi ignorent qu’ils vivent à proximité non pas d’une montagne mais d’une machine à retardement.


Ce tome est indéniablement un ascenseur émotionnel, entre le futur d’Amara et des siens qui reste incertain, les menaces de Félix, mais aussi l’éruption du Vésuve qui reste ma partie préférée du roman. C’est un décor apocalyptique qui se met en place, entre le début de l’éruption, la panique des habitants avec ceux qui préfèrent rester et s’abriter chez eux, et ceux qui tentent de se réfugier dans les villes voisines ou fuir vers la mer. La cendre recouvre tout, la fumée est asphyxiante, des murs et des colonnes s’effondrent, des gens cherchent leur famille. C’est le chaos partout où Amara met les pieds. Philos, qui a su reconnaître la véritable nature de la montagne, persuade Amara de fuir avec leurs proches le plus loin possible de Pompéi. Mais la fuite n’est que le début. La route vers le salut est longue et semée d’embûche, c’est la fuite en ignorant la douleur dans ses pieds, la fumée qui se rapproche. Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.


L’intrigue est rythmée, on ne prend pas le temps de se reposer avec les personnages. L’éruption est décrite avec puissance et précision, et offre des pages particulièrement saisissantes. La panique est palpable. Je dois avouer m’être demandée si Amara ou ses proches allaient survivre, et nous perdons en effet quelques personnages. Toutefois, j’ai été soulagée de savoir que [spoiler] Amara, Philos et leur fille ont survécu et ont pu se construire une nouvelle vie sous un autre nom [/spoiler]


Passée la partie consacrée à l’éruption, notre héroïne n’est pas tranquille pour autant. L’auteure nous offre une dernière partie qui fait monter la tension, notamment avec l’apparition d’un personnage que même le Vésuve n’aura pas réussi à achever, mais ce n’était que justice que [spoiler] Amara soit celle qui le tue, et qu’elle puisse enfin récupérer sa vie et son nom d’avant Pompéi, avant son esclavage [/spoiler]. Si je déplore une fin brutale, j’ai été ravie de voir qu’un personnage que j’aime a survécu et qui, à en croire l’auteure, aura droit à son propre roman, voire sa propre série… Une façon de retrouver l’univers de l’Antre des Louves et ses personnages. L’épilogue apporte donc satisfaction, en offrant aux personnages — et aux lecteurs — une forme de clôture émotive attendue.


Amara en aura parcouru du chemin depuis les premières pages de L’Antre des Louves, et ce fut avec plaisir et soulagement de voir qu’elle a enfin une fin heureuse tant mérité, après tant d’épreuves. Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


Terrifiée, Amara se jette au sol tandis que Rufina hurle. La terre tremble sous son corps. Peu à peu, elle se redresse, à genoux, les oreilles bourdonnantes. D'où venait cette détonation ? Philos serre leur fille contre lui, blanc de peur. Puis la lumière décline comme si le soleil se couchait à toute vitesse. Amara lève les yeux. Une colonne noire s'élève au-dessus de la montagne, tel un javelot lancé par Vulcain, le dieu des flammes. Des doigts noirs s'étirent depuis son sommet, traversant le bleu du ciel, une main tendue vers la ville de Pompéi. Le monde perd ses couleurs lorsque le soleil s'efface. Il se met à pleuvoir - mais jamais Amara n'avait connu ce genre d'averse. Les gouttes sont brûlantes et laissent des traces sur sa peau. Elle les brosse de ses bras nus, d'abord sans comprendre. De la cendre. C'est de la cendre. Elle se rend compte, malgré ses acouphènes, qu'elle entend des hurlements.

- Le Vésuve ! crie Philos, sa voix portant par-delà le chaos. C'est un mont de feu !

Il agrippe Amara, en l'arrachant à sa transe.

- Il faut partir !

- Partir ? Mais où ? De quoi parles-tu ?

Rufina s'agrippe à son père, ses bras resserrés autour de son cou, son visage pressé contre son torse, si terrifiée qu'elle ne fait plus aucun bruit. Philos force Amara à se tourner vers le Vésuve. Malgré la pluie de cendre, elle voit l'ombre de la montagne, son cœur qui vient d'exploser, la colonne noire qui en émerge encore.

- Amara, le Vésuve brûle. C'est un mont de feu, comme l'Etna. Il faut partir le plus loin possible.

jeudi 18 septembre 2025

La Maison à la porte dorée (T.2) - Elodie Harper.


Entre manigances et amours interdites, la liberté torturée d'une femme à Pompéi. 

Amara, esclave affranchie, mène désormais la vie luxueuse de concubine d'un puissant politicien : elle habite une magnifique demeure, se rend aux plus extravagantes fêtes et se pare des plus beaux tissus. Mais son passé la hante. Si elle a réussi à se libérer de l'Antre des Louves - le lupanar le plus célèbre de Pompéi - l'idée que ses sœurs de cœur y soient restées lui est insupportable.

Décidée à les délivrer, elle devient alors une femme impitoyable et vengeresse, qui usera de stratagèmes terribles pour parvenir à ses fins. Néanmoins, ce nouveau rôle n'est pas sans risques : un faux pas, et elle pourrait tout perdre. Mensonges, trahisons, tromperies et escroqueries... dans l'Empire romain, quand on est une femme, la survie a un prix.


Avant d’ouvrir le second tome de L’Antre des Louves, je me demandais bien ce que l’auteure pourrait trouver à raconter d’intéressant en 400 pages concernant la vie d’Amara, sa protagoniste, après que celle-ci ait été déclarée comme femme libre, libérée à tout jamais de la vie de prostitution, en ayant trouvé un protecteur chez Rufus, fils d’une riche famille, s’étant entiché d’elle. Lectrice de peu de foi que je suis ! Si je ne m’attendais pas à grand-chose, ce second tome a su capter mon intérêt assez rapidement et j’ai replongé avec intérêt dans les aventures d’Amara.


Nous avions quitté Amara, libre, mais le cœur brisé après la perte d’une de ses amies du lupanar. À présent affranchie par Pline et mise sous la protection de Rufus, Amara a été installée dans une belle maison avec serviteurs où elle se retrouve seule la plupart du temps, attendant que son protecteur vienne lui rendre visite.


On découvre que, bien qu’elle soit libre, Amara ne coule pas des jours heureux pour autant. Elle doit faire tout pour garder l’intérêt et l’amour de son protecteur, sans quoi elle risquerait de se retrouver dans la rue, et Amara ne parvient pas entièrement à se satisfaire de sa nouvelle vie en sachant ses amies au lupanar. Elle se met donc en tête de les sortir de leur condition et de les libérer, quitte à devoir faire affaire avec Félix, son ancien et tyrannique maître. Mais il est dangereux de s’associer à pareil homme, surtout quand on lui doit de l’argent.


En parallèle, écrasée de solitude, Amara cherche de l’affection qu’elle trouvera dans les bras de Philos, esclave et intendant de Rufus, une liaison qu’elle doit garder secrète à tout prix…


Dans ce deuxième tome, l’auteure nous raconte la nouvelle vie d’Amara avec ses joies mais surtout ses difficultés. Ne plus être esclave est un grand pas, mais pas suffisant pour assurer ses arrières et la fin de ses soucis. Elle doit garder l’intérêt d’un protecteur qu’elle n’aime pas et qui peut s’avérer tantôt jaloux et violent, tantôt doux et généreux, mais aussi gagner de l’argent pour rembourser Félix à qui elle a racheté la liberté de certaines de ses amies. J’ai d’ailleurs retrouvé avec plaisir certaines d’entre elles, notamment Victoria et Britannica, dont l’évolution m’a bien surprise. L’une en mal, l’autre en bien. J’ai beaucoup aimé les liens qui se sont tissés entre Amara et Britannica, notre farouche celte qui partage le désir de vengeance d’Amara et qui souhaite devenir gladiateur.


J’ai retrouvé avec plaisir Amara, j’ai parfois déploré certains de ses choix mais je comprends aussi que ce qu’elle est et ses actions sont le fruit d’une vie d’esclavage. Elle est calculatrice car elle souhaite survivre, elle considère l’amour davantage comme une faiblesse qu’une force, bien que son amour pour Philos soit touchant et fort. C’était d’ailleurs la relation un peu inattendue mais ils ont fini par me toucher et me laisser le cœur en miette aussi. Je suis curieuse de voir comment leur relation va évoluer dans le dernier tome. J’ai aimé suivre Amara, j’ai crains pour elle, me suis révoltée avec elle. Elle n’est pas une héroïne parfaite. Elle ment, elle trompe, elle ne fait pas toujours les choix les plus justes ou les plus prudents, mais elle ne fait jamais rien dans un pur esprit de cruauté ou d’avidité. Tout ce qu’elle fait, elle le fait pour assurer une vie meilleure à elle et ceux qu’elle aime. On sent que c’est une femme avec ses traumatismes, profondément blessée et révoltée, tout simplement humaine.


J’ai également retrouvé avec plaisir Pompéi et le voyage dans le temps, au plein cœur de la Rome antique, avec son mode de vie, ses codes sociaux, ses fêtes religieuses, et je suis d’autant plus curieuse de poursuivre ce voyage temporel car, dans le dernier tome, le Vésuve grondera… On sent d’ailleurs les prémisses de la catastrophe dans ce second opus. J’ai hâte de voir ce que ça va donner et quel sort l’auteure réserve à ses différents personnages. Honnêtement, je suis incapable de dire si cette trilogie va s’achever sur un happy ending ou pas.


Ce tome a su avoir les ingrédients pour garder mon intérêt : stratagèmes, amour interdit, voyage dans la Rome antique, trahisons, révélations, un récit plus rythmé que dans le tome précédent et chargé d’émotions entre la joie, la peur, la colère. Un second tome que j’ai trouvé aussi, si ce n’est plus, captivant que le premier. Je lirai le dernier tome avec plaisir !


On ne peut pas compter sur la beauté pour s'attarder, et sur les amants, encore moins. Mais je ne pense pas qu'un tas d'argent ait jamais fait pleurer une femme !

samedi 23 août 2025

L'Antre des louves (T.1) - Elodie Harper.


Bienvenue à Pompéi, en l'an 74 avant notre ère. 

Amara, jeune grecque instruite mais réduite en esclavage après la mort de son père, est vendue à bas prix à un lupanar sordide, l'Antre des Louves, dirigé par Félix, un homme violent et imprévisible. L'impétueuse Amara comprend vite que la cité a beaucoup d'opportunités à offrir à celles qui savent les saisir.

Avec les autres prostituées, qui deviennent sa famille de cœur, elle gravit les échelons d'une société où les hommes détiennent le pouvoir, forçant les femmes à constamment s'adapter pour survivre. Des ruelles animées de Pompéi aux recoins les plus sombres de l'Antre des Louves, nul n'imagine une seconde que les prostituées connaissent les règles du jeu mieux que quiconque. Amara va apprendre à utiliser et à contourner les codes de ce monde impitoyable afin de regagner sa liberté.



Cela faisait un moment que cette trilogie me faisait de l’œil. Maintenant que j’ai terminé le premier tome, celui-ci me laisse une impression mitigée mais tout de même avec l’envie de découvrir la suite !


J’ai beaucoup apprécié cette plongée dans Pompéi, en pleine antiquité romaine, et notamment le lupanar de Pompéi, que l’on peut aujourd’hui visiter pour y découvrir son architecture, ses fresques érotiques et ses graffitis. C’est là qu’Élodie Harper a imaginé son histoire, cinq ans avant l’éruption fatidique du Vésuve qui marqua la fin de Pompéi, et donné une voix aux oubliées de l’Histoire, les prostituées dans la Rome antique.


Elles se nomment Cressa, Didon, Britannica, Victoria, ou encore Béronice, mais celle qui sort du lot est Amara, notre protagoniste. Fille de médecin, jeune femme cultivée d’origine grecque, elle a été vendue, par sa mère après la mort de leur père et la perte de toutes leurs ressources, à un maître autoritaire nommé Félix. Alors que ses compagnes d’infortune tentent de faire face avec plus ou moins de résignation à leur condition, Amara ne perd pas espoir de retrouver un jour sa liberté, guettant farouchement la moindre opportunité pour sortir de sa condition et des griffes de son maître, quitte à jouer plusieurs rôles ou à être prise comme une putain sans âme en cachant ses émotions. La vie n’est pas tendre à Pompéi, surtout pour les prostituées, et Amara doit faire preuve d’une volonté de fer et cacher sa vulnérabilité pour espérer s’en sortir.


Chaque femme dans ce roman a son propre vécu qui nous les rendent touchantes. L’une est amoureuse de son maître, l’autre est une farouche celte qui n’accepte pas sa position et qui se bat avec ses clients, une autre a vu son maître vendre l’enfant qu’elle a porté, etc. J’ai aimé découvrir chacune de ces femmes, leur histoire, mais aussi le lien qui les unissent toutes. Il y a parfois des conflits, elles ne se comprennent pas toujours. Certaines ont accepté leur sort avec plus ou moins de résignation, d’autres sont un peu plus rongées par le désespoir et ne parviennent pas à s’en accommoder. Mais, face à l’adversité et les aléas de leur « profession », elles sont unies et soudées. J’ai beaucoup aimé ces amitiés féminines. On s’attache à ces femmes, on a de la peine pour elles, on craint pour elles, car la vie d’une prostituée n’est pas simple et certaines ne seront pas épargnées par les drames de la vie. On le constatera au fil des pages.



Fresque érotique que l'on peut trouver dans le lupanar de Pompéi


On en apprend un peu plus sur ce que pouvait être la vie d’une prostituée à cette époque. Les plus populaires pouvaient espérer mieux s’en sortir, avec des clients fidèles, des cadeaux qu’elles pouvaient garder, un revenu pour leur permettre de vivre. Certaines se trouvent même un client amoureux qui promet de les libérer. D’autres sont plus malchanceuses. Il s’agit d’éviter la déchéance, conserver sa beauté car le déclin attend les prostituées vieillissantes. Il y a aussi les rivalités avec les autres bordels romains, la cruauté de certains clients ou de leur maître. C’est un roman assez dur parfois car il retranscrit l’horreur de la prostitution à une époque où l’esclave était normalisé. Il y a des scènes de violence, le viol et l’avortement sont évoqués, nos personnages sont souvent abusées verbalement ou physiquement par des hommes.


Malgré les thèmes parfois durs, l’histoire ne sombre pas dans le pathos. Il y a des moments un peu plus légers, et l’auteure réussi tout de même à glisser de l’espoir entre ses pages. On ne peut qu’admirer le courage et la solidarité de ces femmes. Quant aux hommes, certains sont bons, d’autres sont horribles. J’ai beaucoup aimé les passages avec l’auteur Pline, d’avantage intéressé par les sciences que par les femmes. Méandre m’a touché, mais après la fin du roman, j’ignore si Amara le reverra ou s’ils auront un avenir ensemble. Je ne sais encore quoi penser de Rufus, tout comme Félix qui se conduit souvent comme un véritable tyran aux paroles cruelles, mais en qui Amara se retrouve parfois à travers certains points communs, et qui se montre tantôt amical, tantôt cruel avec elle, et qui semble se montrer sentimental avec Victoria. Je me demande ce que l’auteure nous réserve à son sujet. Je n’oublie pas non plus Paris, seul prostitué homme de l’Antre des louves, que l’on prend en pitié.


J’ai été happée dès le début par l’ambiance, l’atmosphère et l’époque peintes dans ce roman. Les personnages sont intéressants et nuancés, le fil conducteur est prometteur. Toutefois, les redondances et longueurs du récit ont parfois failli avoir raison de moi. Je ne savais pas où l’auteure voulait nous mener. Un coup, Amara ramène des clients endettés à Félix pour l’aider dans ses affaires. Puis, Amara met à profit son don pour le chant pour se faire inviter dans des soirées chez de riches clients. Puis enfin, elle cherche un client à qui s’attacher pour essayer de le convaincre de lui acheter sa liberté. Le récit est assez inégal, alternant entre des passages ennuyeux et des passages plus palpitants. J’ai trouvé certains passages, voire chapitres longs, sans savoir où l’auteure voulait en venir, mais je me suis accrochée, surtout lorsqu’Amara rencontre Pline et qu’elle passe plusieurs jours à ses côtés, pour lui faire la lecture.


C’est une histoire indéniablement romanesque, mais je ne peux pas nier que l’auteure a construit son roman avec un souci de réalisme. C’est une véritable plongée dans l’Antiquité romaine qu’elle nous propose : le lupanar mais pas que, les célébrations religieuses, les thermes, les luxuriantes villas avec leurs somptueuses fêtes, ses fresques et mosaïques, les jardins à la romaine, les commerces, le théâtre, les combats de gladiateurs… Pompéi comme si on y était ! La ville reprend vie sous nos yeux, et j’ai beaucoup apprécié le voyage. Ainsi, malgré le sentiment mitigé que ce premier tome m’a laissé, je pourrais facilement me laisser convaincre de lire la suite. Je suis curieuse de voir où la vie mènera Amara… 


Amara lève les yeux vers Vénus. [...] Ce n'est pas que la déesse de l'amour, songe Amara. C'est une déesse qui pousse les hommes à la folie, qui détruit les guerriers. C'est par elle qu'est tombée Troie.

- Qu'elle nous donne du pouvoir sur les hommes.

dimanche 30 mars 2025

Jules César - William Shakespeare.



Préférez-vous César vivant, et mourir esclaves, ou César mort, et tous vivre libres? César m'aimait, je le pleure. Il connut le succès, je m'en réjouis. Il fut vaillant, je l'honore. Mais il fut ambitieux et je l'ai tué. Pour son amitié, des larmes. Pour sa fortune, un souvenir joyeux. Pour sa valeur, du respect. Et pour son ambition, la mort. Qui parmi vous est assez vil pour accepter d'être esclave ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est assez grossier pour ne pas désirer d'être un Romain ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé. Qui est abject au point de n'aimer pas son pays ? Si un tel homme existe, qu'il parle. Car lui, je l'ai offensé.

(Acte III, scène 2)




« Prends garde aux Ides de Mars. »


A l’approche du mois de mars, internet prépare blagues et memes à l’occasion des Ides de Mars, une façon se de moquer gentiment de la mort de Jules César, journée devenue mémorable sur les réseaux sociaux. A cette occasion, j’ai décidé de me coller enfin à la pièce de Shakespeare. Au final, je termine cette pièce le 30 mars (à 15 jours près, ça va, ça passe xD)


Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu de pièce de théâtre. L’avantage, c’est que ça se lit vite. Ce qui m’a aussi rendu la lecture agréable est que cela touchait une période historique qui me passionne, à savoir la Rome antique, et plus particulièrement la fin de la République romaine. Les événements de la pièce n’ont donc pas été une surprise pour moi, mais c’était intéressant de voir ce tableau historique peint par Shakespeare et comment il a choisi de représenter les personnages.


Parmi les personnages, nous avons Brutus, qui m’a bien surprise car il est souvent représenté comme le pire des traîtres. Ici, il est décrit comme un personnage noble et moral, peut-être même le seul dans cette œuvre, tiraillé entre son affection pour César et sa crainte que celui-ci n’abuse de ses pouvoirs et ne devienne un tyran, mettant à mal la démocratie à Rome. Au final, s’il décide de se joindre aux conspirateurs, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais pour le bien public, car il craint que César ne devienne un tyran, mais jamais il n’aura un mot visant à salir César. Néanmoins, je pensais tomber sur une histoire père-fils tourmentée et tragique, ce qui n’est pas tant le cas. Brutus est davantage une figure tragique car il est influencé et entraîné dans l’histoire bien malgré lui, ce qui lui vaudra sa perte, alors qu’il ne voulait que le bien commun.

 

Nous avons également Cassius, un des conspirateurs, qui est un paradoxe. Homme envieux et sans scrupule, il est prêt à tout pour convaincre Brutus de se joindre à la conspiration mais il voue d’ailleurs à Brutus une amitié et une loyauté qui vont jusqu’à la dévotion presque amoureuse. Ensuite, Marc-Antoine, proche de César, j’ai beaucoup apprécié sa loyauté envers César, mais aussi son intelligence, on peut même dire son côté calculateur et fourbe que l’on voit parfaitement illustré dans son discours funèbre au peuple, auprès de la dépouille de César, qui fut tout simplement un délice à lire lorsqu’il fait mine de ne pas avoir de griefs pour les conspirateurs tout en les accusant indirectement et en attisant la colère du peuple sur eux. Le peuple est ici vu comme une girouette, elle a un côté versatile qui est assez comique mais aussi réaliste. Il faut se l’avouer, le peuple a toujours été ainsi, se faire amadouer par nos politiciens.

 

Finalement, le seul qui soit plus discret dans cette œuvre, c’est bien celui qui donne à la pièce son titre, alias Jules César lui-même. Après la première moitié du 3e acte, exit le grand César, terrassé par les conspirateurs. Mais, au final, que ce soit avant et après les Ides de Mars, César est au cœur même de l’intrigue. Tout d’abord, à travers les conspirations visant à l’assassiner, puis après sa mort, lorsque Octave, petit-neveu de César, et Marc-Antoine vont s’atteler à venger César et à traquer les conspirateurs.

 

Je n’ai pas grand-chose à dire concernant César. Shakespeare a su en faire un personnage humain. Il est au sommet de sa gloire mais on sent la fragilité de l’âge et, peut-être, de nombreuses années de guerres. Shakespeare reste énigmatique finalement sur la question : César voulait-il abuser de son autorité pour devenir roi et régner sans partage, ou les conjurés ont-ils anticipé un péril qui n’avait pas lieu d’être ?

 

J’ai aimé me plonger dans cette fresque historique, entre complots, assassinat, tensions politiques et guerre civile. La tragédie monte en intensité au fur et à mesure qu’arrive le meurtre de Jules César puis la dernière partie est tout aussi intense dans la guerre que se livrent Brutus et Cassius d’un côté et Octave et Marc-Antoine de l’autre, jusqu’à la victoire d’un camp. Un classique que je ne regrette donc pas d’avoir découvert, de par l’histoire qu’elle met en scène, où l’Histoire se mêle à l’histoire de nos personnages qui sont complexes et finalement humains.


Ô jugement tu t’es réfugié chez les bêtes brutes, et les hommes ont perdu leur raison ! Veuillez me supporter avec patience ; mon cœur est ici dans ce cercueil avec César, et il faut que je m’arrête jusqu’à ce qu’il me revienne.

dimanche 14 juillet 2024

Les Mémoires de Cléopâtre (T.1) La Fille d'Isis - Margaret George.


Plus qu'un personnage historique, Cléopâtre est une légende. Héritière de la dynastie des Ptolémées, séductrice fatale, aimée de César puis d'Antoine, qui rêva avec elle de régner sur l'Orient, elle fit briller l'Egypte d'une ultime splendeur avant de s'offrir volontairement à la morsure d'un aspic. 

Sans dissiper cette aura de fascination et de mystère, la romancière américaine Margaret George a minutieusement reconstitué cette exceptionnelle destinée, et nous fait revivre son parcours de reine et de femme dans sa plus profonde intimité. L'enfance, les débuts d'une jeune reine de dix-sept ans, l'Egypte affaiblie et divisée, le long exil à Ashkelon, l'aventure rocambolesque à l'issue de laquelle elle devient la maîtresse de César, à qui elle donnera un fils, Césarion... tels sont les moments forts de cette grande saga du pouvoir, de l'ambition et de la passion. 

A la mort de César, Cléopâtre regagne Alexandrie : un long règne s'ouvre devant elle...


Ce livre est le premier tome d’une trilogie consacrée à la reine Cléopâtre VII et qui a connu une adaptation en téléfilm en 1999. Ce premier tome nous narre la vie de Cléopâtre de sa jeunesse jusqu’à la mort de César en 44 av JC.


Il s’agit bien-sûr d’une biographie romancée de Cléopâtre qui nous est narrée par cette dernière. Nous n’avons que très peu d’informations concernant la naissance et la jeunesse de Cléopâtre, ainsi l’auteure a laissé ici libre cours à son imagination en nous présentant une Cléopâtre orpheline de mère, qui a vécu avec son père le pharaon, et ses frères et sœurs. Elle nous parle de son enfance, de sa famille, de ses amis, de son éducation.


L’auteure nous pose le contexte historique d’une Égypte affaiblie et qui, si elle demeure libre, se doit d’obéir à Rome dont la puissance grimpe, elle nous parle du règne du pharaon Ptolémée XII mal aimé du peuple, de la sœur de Cléopâtre qui a tenté de régner, puis la montée sur le trône de Cléopâtre et de son frère cadet Ptolémée XIII, et des premières années chaotiques de son règne alors qu’elle n’a que 18 ans et que les relations entre frère et sœur se dégradent jusqu’au déclenchement d’une guerre civile, bien à l’insu de Cléopâtre qui doit se battre pour regagner son trône et faire reconnaître sa légitimité.


L’auteure nous parle aussi bien évidemment de la rencontre entre Jules César et Cléopâtre, une rencontre des plus originales puisque Cléopâtre était en fuite et a du user d’un étonnant stratagème pour s’approcher de César.


L’auteure a pris le parti de faire de la relation entre César et Cléopâtre une relation amoureuse. Si, dans la réalité historique, rien ne permet d’affirmer que ces deux personnages aient pu être amoureux, il y a indéniablement eu une relation physique entre eux, car ils avaient beaucoup à gagner sur le plan diplomatique dans cette relation. Mais puisqu’il s’agit d’une fiction historique, l’auteure continue de romancer la vie de Cléopâtre en nous dessinant une romance avec Jules César, et on la comprend ! La tentation était trop forte, et qui n’aime pas l’idée de ces deux puissants et charismatiques personnages ayant vécu une histoire d’amour réelle et passionnée ? D’autant plus que ça a été un réel plaisir pour moi de les voir interagir ensemble, apprendre à se connaître et à s’apprivoiser, les voir tisser des liens politiques comme amoureux, relation qui s’est cimentée à travers la naissance de leur fils, Ptolémée César ou Césarion.


J’ai trouvé la partie du roman, consacrée à la jeunesse de Cléopâtre, un peu longue et elle m’a moins intéressée même si elle n’est pas entièrement dénuée d’intérêt. Il faut dire que j’attendais avec impatience la rencontre César/Cléopâtre. Ceux qui me connaissent pourront le dire, Jules César est un de mes personnages historiques préférés donc j’attendais avec impatience son introduction dans le roman et j’ai pris plaisir à le suivre, en même temps que Cléopâtre, tout comme j’ai aimé rencontrer les autres Romains que Cléopâtre a été amenée à rencontrer, comme Cicéron, Marc-Antoine, Octave le petit-neveu de César, Brutus, etc.


J’ai aimé que l’auteure nous présente une reine inexpérimentée, ce qui est normal puisqu’elle est montée sur le trône très jeune et sans véritable expérience sur la façon de gouverner un pays. C’est une jeune reine qui a le souci de bien faire, qui souhaite consacrer sa vie à son pays et à son peuple. Elle ne reste jamais dans l’inaction, elle n’est pas dans l’oisiveté, elle souhaite vraiment œuvrer pour son pays et essaye de tisser des liens diplomatiques avec d’autres puissances, comme Rome. Mais dans le domaine politique, tout comme le domaine amoureux, elle reste inexpérimentée, elle peut être maladroite et faire des erreurs. On sent vraiment qu’on est au début de son règne, elle gagne petit à petit en expérience. C’est un personnage qui ne demande qu’à mûrir et on sent déjà les prémisses de la grande reine qu’elle sera.


J’ai également aimé l’Égypte telle que l’auteure nous la décrit, et comment elle nous fait voyager du Caire à Alexandrie, les grandes villes comme les endroits un peu plus reculés, les pyramides, etc. J’ai également beaucoup aimé le voyage diplomatique de Cléopâtre à Rome, ce qui nous permet de découvrir Rome à travers son regard d’orientale et découvrir toutes les différences entre Rome et l’Égypte, et cela donne souvent des chocs de culture parfois brutaux, que ce soit chez les Romains ou les Égyptiens ! Nous découvrons le faste de Rome, ses dîners parfois gargantuesques, les triomphes militaires qui donnent lieu à des jours de spectacles, de jeux au cirque avec des fauves ou des gladiateurs, les différentes célébrations religieuses à Rome qui donnent aussi lieu à des jours de fêtes. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce voyage, que ce soit en Orient comme en Occident.


C’était vraiment un premier tome très plaisant, malgré quelques longueurs rencontrées occasionnellement au cours de ma lecture, et très intéressant. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Cléopâtre, le développement de sa relation avec César, ses premières années de règne, et toute la partie du roman se déroulant à Rome.


En observant cet atroce rituel, je sus que ma sœur m'avait, bien qu'involontairement, légué un héritage. Son exemple m'avait montré qu'une femme était capable de régner seule, à condition d'avoir assez de force de caractère, bien entendu. Les premières reines ptolémaïques avaient accédé au pouvoir par le mariage, mais Bérénice venait de prouver qu'il était possible de s'en emparer d'abord et de choisir son mari ensuite. Ou de vivre sans mari, si telle était sa préférence.

jeudi 12 mai 2022

Les femmes et le sexe dans la Rome antique - Virginie Girod.


Dans une épigramme adressée à sa femme, Martial écrivait : « Je veux bien que tu sois une Lucrèce pendant le jour tout entier, mais c'est une Lais qu'il me faut la nuit. » Ce vers décrit tout le paradoxe de l'érotisme féminin dans l'Antiquité romaine.

Comme une même femme ne pouvait pas être tout à la fois le parangon de la chasteté et une amante dépravée, Virginie Girod montre que les femmes furent classées en catégories et comment leur statut social encadrait leur vie sexuelle en fonction de règles morales établies par les mythes politiques romains et par la religion. La femme mariée, la matrone, se trouvait cantonnée dans un rôle reproducteur dénué de sensualité. C'était aux prostituées (esclaves, affranchies ou plus rarement libres) qu'il incombait de distraire sexuellement les hommes.

Alors, le corps féminin érotique et le corps féminin reproducteur étaient-ils deux choses résolument différentes ? Comment les femmes vivaient-elles la sexualité au quotidien ? Quelles pratiques étaient autorisées ou non et pour qui ? Les grandes figures féminines de l'Empire telles que Messaline ou Agrippine la Jeune étaient-elles représentatives de la vie quotidienne de toutes les Romaines ? Finalement, les Romains étaient-ils des débauchés prêts à toutes les transgressions pour leur plaisir ou ont-ils posé les jalons des normes qui ont régi, des siècles durant, la sexualité occidentale ?

À l'aide d'une documentation considérable, Virginie Girod répond à ces questions pour apporter une nouvelle réflexion sur la condition de la femme romaine.


Cela fait déjà un petit bout de temps que je suis Virginie Girod sur les réseaux sociaux, et que je la découvre dans des documentaires historiques (notamment Secrets d'Histoire). Il était temps que je mette la main sur ses écrits, en particulier ce titre qui me faisait envie depuis un moment.


Dans cet ouvrage, Virginie Girod questionne la représentation des femmes dans la Rome antique, sa place dans la société romaine et ce que le sexe nous révèle sur cette société, ses codes, ses enjeux, en choisissant pour cadre l'Empire romain qui a été une période charnière pendant laquelle les mœurs ont subi une révolution, un élan de liberté favorable aux femmes, des changement et enrichissement sociaux.


L'auteure nous offre une étude détaillée et complète sur le sujet, en s'appuyant sur différentes sources : littéraire, juridique, épigraphique, archéologiques, ainsi que les recherches historiques. Divisé en trois grandes parties et différentes sous-parties, l'ouvrage aborde tous les thèmes et aspects liés à la sexualité féminine : les pratiques sexuelles, les interdits, la contraception, l'avortement, les critères de beauté, etc.  Certains peuvent lui reprocher sa forme plutôt scolaire, et il est vrai que la construction de l'ouvrage ainsi que celle du texte (phrase d'accroche, sujet, conclusion) ne sont pas sans rappeler les mémoires et dissertations d'histoire, ce fut d'ailleurs le sujet de thèse de l'auteure avant d'être publié mais personnellement, je trouve le livre parfaitement structuré, on s'y retrouve aisément, et j'avoue que cela m'a déclenché une certaine nostalgie de mes années en fac d'histoire...



Virginie Girod, historienne et spécialiste de
l'histoire ancienne, l'histoire des femmes et de la sexualité

L'auteure maîtrise à merveille son sujet et nous permet d'en apprendre plus sur la femme romaine et son rôle dans la société. La Romaine idéale était vertueuse, pas querelleuse ni dépensière. Elle savait contrôler son langage et ses passions (il valait mieux, afin de préserver l'honneur de son mari). Elle était complaisante, se livrait sans retenue aux travaux domestiques. Elle devait être chaste, fidèle et féconde pour faire le bonheur de son mari. Sa fécondité était sa plus grande qualité. Si l'on reproche à la femme romaine quelques défauts (la curiosité, le goût des cancans, la jalousie, être dépensière), ceux-ci pouvaient être tolérés, à condition qu'ils ne mettaient pas en danger l'honneur de l'époux. 


Avant d'aborder la sexualité des Romaines et leur rôle dans la société romaine, Virginie Girod aborde en première partie les lois et la morale qui fixent le comportement sexuel de la femme et ancrent son rôle dans la société


Tout d'abord, à travers la place des femmes dans les mythes romains et ce que cela nous révèle sur la figure de la femme, des figures héroïques ou non, illustrant la bonne ou la mauvaise Romaine. Par exemple, Rhéa Sylvia dont le rôle a été procréateur car elle a donné naissance aux fondateurs de Rome ; les Sabines, femmes du peuple des Sabins qui ont été enlevées par les Romains, alors que Rome était une toute jeune cité, afin d'être des épouses et des mères ; Lucrèce, qui a préféré se suicider pour préserver l'honneur de son mari, après avoir été violée, plutôt que d'incomber à son mari une femme dont la pureté et l'honneur ont été souillés. Mais il existe aussi des figures moins honorables telles que Tarpéia et Tullia qui symbolisent le stupre et l'ambition.


Les femmes prenaient également part à des cultes autour de la fécondité, de la sexualité, des cultes qui encadrent la sexualité des femmes (exemple : les Lupercales) et comment les femmes prennent part à la religion romaine.  Du statut particulier des vestales, qui représentaient le plus haut degré de pureté, devant conserver leur virginité à tout prix, aux matrones devant donner descendance à son mari en priant les divinités pour avoir un enfant mâle, ou encore les non-matrones qui prennent part à des cultes favorisant leur attractivité sexuelle dans le but de stimuler la virilité des citoyens romains.



Fêtes des Lupercales d'Andrea Camassei (vers 1635). Des jeunes hommes armés de lanières
fouettaient les femmes qu'ils rencontraient afin de leur assurer une grossesse dans l'année


Qui dit morale, dit aussi interdits, les unions qui sont contraires à la morale romaine et qui sont prohibées, telles que l'inceste, l'union avec un esclave (union interdite car l'esclave est considéré comme un sous-homme), ou encore les mésalliances entre différentes classes sociales qui risquaient de souiller le sang noble des patriciens.


Virginie Girod nous raconte ensuite dans une seconde partie que le corps féminin est avant tout un corps reproducteur. Dès qu'elle est toute petite, la fille Romaine est préparée à cela. Sa fécondité est la qualité la plus importante. Ainsi, il y avait l'attente des règles et leur importance car leur arrivée signifiait que la fille était en âge de procréer et donc en âge de se marier. Les filles étaient ainsi mariées entre l'âge de 12 et 14 ans, contre 14 - 16 ans pour les garçons. Pour autant, il fallait éviter le traumatisme de la défloration à une jeune fille à peine mariée, ce qui pouvait amener l'époux à pratiquer d'abord la sodomie.


Ce qui comptait donc dans le choix d'une épouse était sa fécondité. Il fallait qu'elle donne à son mari une descendance et à Rome des citoyens. La stérilité était ainsi perçue comme une malédiction, un handicap, ce qui pouvait être un motif de répudiation du mari envers sa femme. Sitôt adulte, la vie sexuelle de la femme devait être tournée vers la procréation (Ovide étant le seul à parler des relations sexuelles pour le plaisir des deux amants).



Mariage romain, toile d'Emilio Vasarri (1914)


L'auteure évoque la grossesse (les Romains pensaient qu'elle durait entre 7 et 13 mois ! bien que la période de gestation reste la même qu'aujourd'hui), mais aussi l'accouchement, l'allaitement, mais aussi les méthodes contraceptives, les méthodes abortives, et la place de la femme âgée et la sexualité après la ménopause qui était d'ailleurs mal vue car la femme ne devait avoir de rapports que pour la procréation, pour la société romaine. Qu'elle continue à en avoir malgré la ménopause était considéré comme une sorte de perversion. À noter que chez les Romains, une Romaine de 35 ans était déjà considérée comme.... âgée !


Il est également question des critères de beauté (chevelure, corps, visage), les moyens de se mettre en valeur (maquillage, parure) mais aussi des pratiques sexuelles habituelles, celles qui sont approuvées par la société et celles qui sont mal vues. On apprend ainsi que le cunnilingus était mal vu car la langue du citoyen romain devait être utilisée pour l'exercice de la loi, pour la cité et non pour être souillée de cette façon. La fellation était également interdite, bien que cela n'empêchait pas sa pratique, ainsi que l'homosexualité féminine (l'homosexualité masculine était tolérée mais seulement bien vue pour l'homme qui dominait, pas le dominé)


À Rome, la femme occupait grosso modo deux rôles : soit elle était matrone, soit l'épouse d'un citoyen romain, soit elle était prostituéeL'une avait pour fonction de donner une descendance à son mari, l'autre à apporter du plaisir au citoyen romain. Bien-sûr, il y avait quelques exceptions, comme le cas particulier des vestales.


Virginie Girod nous présente des exemples de matrones à travers les femmes de l'entourage des empereurs de la dynastie julio-claudienne : mères, amantes, épouses... notamment Agrippine, mère de Néron ; Livie, épouse d'Auguste ; Julie, fille d'Auguste (alias ma nouvelle héro... la dernière figure historique en date à m'intéresser) ; Poppée, épouse de Néron ; Messaline, etc. J'ai beaucoup aimé cette partie que j'ai trouvé très intéressante, et alors que je m'intéresse davantage à la République Romaine et ses personnages, j'en viens à vouloir en apprendre plus sur l'empire romain et surtout les personnages de la première dynastie.



Scène d’accouchement ornant le monument funéraire de la sage-femme Scribonia Attica.
Celle-ci constate de la main droite l’état d’avancement du travail tout en détournant la tête
pour ne pas froisser la pudeur de sa patiente assise sur un siège obstétrical.


Après les matrones, ce sont les prostituées qui ont droit à leur portrait. On en apprend plus sur leur métier, leur rôle, comment elles étaient perçues dans la société romaine. D'autres sujets sont également évoqués, tels que le traitement de la femme adultère, le traitement des affaires de viol, etc.


Pour résumer, ce livre constitue une véritable mine d'informations concernant le statut de la femme romaine dans l'antiquité. Dans un style clair, très bien documenté, l'auteure nous invite à parcourir cet univers et nous apprend beaucoup de choses, et déconstruit également certains clichés sur la société et les mœurs à l'époque romaine. Les différentes parties et sous parties permettent une progression rapide et facile de la lecture. J'ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture qui m'encourage à découvrir les autres ouvrages de l'auteure, j'ai appris bien des choses ! Seul bémol, j'aurais apprécié la présence de photographies de pièces de monnaies, fresques, peintures, statues, etc, pour mieux illustrer ses propos, mais ce n'est qu'un détail... 


Réunir les meilleures conditions n'était pas suffisant pour des parents (...). Certes, on voulait un enfant en bonne santé, mais s'il était beau, cela ne gâchait rien. Dans l'Antiquité, on craignait beaucoup que les pensées de la mère au moment de la conception ne puissent s'imprimer sur la physionomie de l'enfant à venir. Soranos illustre ce concept par deux exemples. Les femmes qui auraient vu des singes - et cela ne devait pas être banal - pendant la conception auraient donné le jour à des enfants aux traits simiesques. Le tyran de Chypre, réputé pour sa laideur, forçait sa femme à regarder de belles statues pendant l'amour pour avoir de beaux enfants.