vendredi 23 janvier 2026

L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna - Elodie Harper.



Le voyage d’Amara l’a conduite loin, d’une humble esclave dans un bordel de Pompéi à une courtisane de grande puissance à Rome. Elle est désormais une femme affranchie, riche et influente, mais elle est toujours attirée par son passé. 

Car tandis qu'Amara est prise dans les intrigues politiques du palais impérial, sa fille reste à Pompéi, élevée par le seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé. Même si elle aspire à sa famille, Amara sait qu'elle est plus en sécurité lorsqu'elle est loin. Peut-être qu’avec suffisamment d’astuce et de courage, elle parviendra à faire tourner la roue de Fortuna en leur faveur. 

Mais nous sommes en 79, et le Vésuve s'apprête à se faire connaître...



Après un second tome qui n’était pas loin du coup de cœur, il me tardait de reprendre les aventures d’Amara dans ce troisième et dernier tome.


Dans le tome deux, on quittait Amara qui, pour assurer un avenir meilleur à sa fille, a décidé d’accepter l’offre de Démétrius, un affranchi grec devenu un puissant homme de l’ombre, de le suivre dans sa vie à Rome et d’être sa bouche et ses oreilles auprès des nobles de Rome mais aussi de la famille impériale. Ce faisant, elle laisse derrière elle sa fille et Philos, l’homme qu’elle aime en secret, mais aussi ses amies de Pompéi. À Rome, Amara jouit d’un train de vie luxueux qui lui permet d’envoyer de l’argent à Philos pour le quotidien et la dot de leur fille, Rufina. Si elle apprécie ce statut social confortable, cet éloignement avec sa famille est pour elle un déchirement, mais elle est prête à sacrifier sa vie et son bonheur pour assurer un avenir à sa fille.


J’ai été un peu déconcertée par l’intrigue, nous passons finalement peu de temps à Rome. Seulement une infime partie de l’intrigue se situe dans la capitale impériale et est consacrée aux missions d’Amara qui doit tisser des amitiés avec des nobles et s’infiltrer dans des événements, afin de pouvoir ramener à Démétrius un rapport détaillé. Un prétexte oblige finalement assez rapidement Démétrius à envoyer Amara à Pompéi temporairement, pour sa protection, mais pas sans l’avoir demandé en mariage. Amara accepte, bien qu’elle ne cesse de penser à Philos. Remarquez, ce n’est pas pour me déplaire. Si la partie à Rome était intéressante (surtout pour voir la différence d’avec la vie à Pompéi, et aussi le chapitre consacré à des funérailles impériales, nous donnant un aperçu des rites funéraires de l’époque), j’ai été ravie de retourner à Pompéi.


À Pompéi, Amara retrouve ses amies, notamment Britannica qui est devenue gladiateur, mais aussi Philos et Rufina. Tandis qu’Amara retrouve les siens, les relations restent tendues entre elle, Philos et sa fille, et l’ombre de Félix, son ancien maître, plane toujours. Il sait tout de la véritable paternité de Rufina et n’hésite pas à utiliser le chantage pour lui soutirer de l’argent. Amara espère que son mariage la mettra définitivement à l’abri du besoin et qu’elle pourra vivre à Rome avec sa fille. Mais nous sommes en 79, et le Vésuve est sur le point de se réveiller. Les habitants de Pompéi ignorent qu’ils vivent à proximité non pas d’une montagne mais d’une machine à retardement.


Ce tome est indéniablement un ascenseur émotionnel, entre le futur d’Amara et des siens qui reste incertain, les menaces de Félix, mais aussi l’éruption du Vésuve qui reste ma partie préférée du roman. C’est un décor apocalyptique qui se met en place, entre le début de l’éruption, la panique des habitants avec ceux qui préfèrent rester et s’abriter chez eux, et ceux qui tentent de se réfugier dans les villes voisines ou fuir vers la mer. La cendre recouvre tout, la fumée est asphyxiante, des murs et des colonnes s’effondrent, des gens cherchent leur famille. C’est le chaos partout où Amara met les pieds. Philos, qui a su reconnaître la véritable nature de la montagne, persuade Amara de fuir avec leurs proches le plus loin possible de Pompéi. Mais la fuite n’est que le début. La route vers le salut est longue et semée d’embûche, c’est la fuite en ignorant la douleur dans ses pieds, la fumée qui se rapproche. Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.


L’intrigue est rythmée, on ne prend pas le temps de se reposer avec les personnages. L’éruption est décrite avec puissance et précision, et offre des pages particulièrement saisissantes. La panique est palpable. Je dois avouer m’être demandée si Amara ou ses proches allaient survivre, et nous perdons en effet quelques personnages. Toutefois, j’ai été soulagée de savoir que [spoiler] Amara, Philos et leur fille ont survécu et ont pu se construire une nouvelle vie sous un autre nom [/spoiler]


Passée la partie consacrée à l’éruption, notre héroïne n’est pas tranquille pour autant. L’auteure nous offre une dernière partie qui fait monter la tension, notamment avec l’apparition d’un personnage que même le Vésuve n’aura pas réussi à achever, mais ce n’était que justice que [spoiler] Amara soit celle qui le tue, et qu’elle puisse enfin récupérer sa vie et son nom d’avant Pompéi, avant son esclavage [/spoiler]. Si je déplore une fin brutale, j’ai été ravie de voir qu’un personnage que j’aime a survécu et qui, à en croire l’auteure, aura droit à son propre roman, voire sa propre série… Une façon de retrouver l’univers de l’Antre des Louves et ses personnages. L’épilogue apporte donc satisfaction, en offrant aux personnages — et aux lecteurs — une forme de clôture émotive attendue.


Amara en aura parcouru du chemin depuis les premières pages de L’Antre des Louves, et ce fut avec plaisir et soulagement de voir qu’elle a enfin une fin heureuse tant mérité, après tant d’épreuves. Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


Terrifiée, Amara se jette au sol tandis que Rufina hurle. La terre tremble sous son corps. Peu à peu, elle se redresse, à genoux, les oreilles bourdonnantes. D'où venait cette détonation ? Philos serre leur fille contre lui, blanc de peur. Puis la lumière décline comme si le soleil se couchait à toute vitesse. Amara lève les yeux. Une colonne noire s'élève au-dessus de la montagne, tel un javelot lancé par Vulcain, le dieu des flammes. Des doigts noirs s'étirent depuis son sommet, traversant le bleu du ciel, une main tendue vers la ville de Pompéi. Le monde perd ses couleurs lorsque le soleil s'efface. Il se met à pleuvoir - mais jamais Amara n'avait connu ce genre d'averse. Les gouttes sont brûlantes et laissent des traces sur sa peau. Elle les brosse de ses bras nus, d'abord sans comprendre. De la cendre. C'est de la cendre. Elle se rend compte, malgré ses acouphènes, qu'elle entend des hurlements.

- Le Vésuve ! crie Philos, sa voix portant par-delà le chaos. C'est un mont de feu !

Il agrippe Amara, en l'arrachant à sa transe.

- Il faut partir !

- Partir ? Mais où ? De quoi parles-tu ?

Rufina s'agrippe à son père, ses bras resserrés autour de son cou, son visage pressé contre son torse, si terrifiée qu'elle ne fait plus aucun bruit. Philos force Amara à se tourner vers le Vésuve. Malgré la pluie de cendre, elle voit l'ombre de la montagne, son cœur qui vient d'exploser, la colonne noire qui en émerge encore.

- Amara, le Vésuve brûle. C'est un mont de feu, comme l'Etna. Il faut partir le plus loin possible.

samedi 17 janvier 2026

Quand j'ai froid - Valentine Choquet.


C’est l’hiver. Louise mène un quotidien calme, un peu solitaire et rythmé essentiellement par ses études. Un jour, frissonnante, elle rencontre sa voisine d’immeuble, une petite mamie qui a la bougeotte, le sourire aux lèvres et une myriade d’histoires à raconter. Des histoires de patins à glace et d’écharpes réconfortantes, des histoires de fleurs symboliques et de grand amour, des histoires de vélo et d’enfant qui grandit… Mois après mois, saison après saison, les deux femmes partagent de doux moments présents et des souvenirs passés, des souvenirs néanmoins de moins en moins précis…


“Il fait froid dehors ! Vous ne trouvez pas. Et moi quand j'ai froid… je rétrécis !”


Je n’attendais pas grand-chose de cette bande-dessinée, à part de m’occuper pendant une heure et de passer un bon moment de divertissement. Au final, je referme ce livre, les yeux rougis par les larmes que cette histoire m’a fait verser. Quand j’ai froid est le coup de cœur auquel je ne m’attendais pas.


On pourrait s’attendre à une histoire banale. Louise est une étudiante solitaire dont les journées sont rythmées par ses études puis les moments de calme dans son appartement qu’elle partage avec son chat. Les jours se suivent et se ressemblent, en pleine saison hivernale, jusqu’au jour où Louise fait la rencontre d’Andrée, sa voisine d’immeuble, une petite mamie pleine de vie, malicieuse et avec plein d’histoires à raconter. Une amitié va se nouer entre ces deux femmes de générations différentes, et qui vont trouver en l’autre exactement ce dont elles avaient besoin.


Je me suis identifiée en Louise, jeune fille timide et renfermée qui n’ose pas aller vers les autres, et qui mène un quotidien solitaire. J’ai pris plaisir à la voir évoluer au fil de l’histoire. Son amitié avec Andrée va apporter de la couleur dans sa vie, de la compagnie mais aussi lui donner l’assurance d’aller voir ses camarades et de lier des liens d’amitié avec eux. Ainsi, son petit appartement solitaire va devenir plein de vie, et son mur s’orner de photos de plus en plus nombreuses de Louise et son chat, ses amies et bien entendu Andrée.


Andrée est une pétillante petite mamie, certes âgée mais pleine de vie, et son amitié avec Louise est touchante, et peut nous rappeler notre relation avec notre propre grand-mère, apportant ainsi douceur et nostalgie. J’ai aimé découvrir, en même temps que Louise, ses souvenirs de jeunesse, sa rencontre avec son mari, des anecdotes de son enfance, sa passion pour le cyclisme et le tour de France. J’ai aimé l’usage de la couleur sépia pour les flash-back du passé d’Andrée, il apporte un côté désuet, qui rappelle un peu des anciens films.


Cette bande-dessinée a réussi le pari de rendre touchante une histoire sans dialogue (juste une bulle au début et une à la fin), uniquement avec des gestes et des expressions qui transmettent très bien les idées et les sensations. Tout l’émotion du récit passe par les dessins. C’est une histoire poignante sur la solitude, l’importance des souvenirs mais aussi la mémoire (plus particulièrement la perte de mémoire et l’impact sur le quotidien). Il y a quelque chose de poétique et de déchirant chez cette petite dame qui se remémore son passé tout en s’apercevant qu’elle oublie petit à petit des pans de sa vie.


Quand j’ai froid est une histoire émouvante sur une amitié intergénérationnelle touchante, très douce-amère alors qu’elle aborde des thèmes tantôt doux et chaleureux (l’amitié, le partage de souvenirs, l’ouverture au monde), tantôt triste et déchirant (la perte de mémoire, la solitude, la vieillesse). Coup de cœur absolu et inattendu pour cette BD qui m’aura fait sourire autant qu’elle m’aura fait pleurer.

mercredi 31 décembre 2025

Le Chant des Ronces - Leigh Bardugo.




Embarquez dans un voyage vers des terres sombres et dangereuses, peuplées de villes hantées et de bois affamés, de monstres bavards et de golems en pain d'épices, où la voix d'une sirène peut invoquer une tempête mortelle, où les rivières font de terribles promesses d'amour...






Le chant des ronces est un recueil de six contes en rapport avec un autre univers fantasy de l’auteur, les Grishas, un peu comme ce que sont les Contes de Beetle le Barde dans l’univers d’Harry Potter. Fort heureusement, il n’est pas nécessaire d’avoir lu au préalable cette saga pour comprendre et apprécier ces contes, et quelle jolie lecture ce fut, surtout en cette période de fête !


Voici les six contes présents dans ce recueil :


Ayama et le bois aux épines : Tout commence lorsque, dans un royaume fort lointain, une reine donna naissance à un prince charmant, puis à un autre garçon… ou plutôt, une bête. En parallèle, une paysanne donne naissance à Kima, une fille charmante, belle, à la voix chantante, puis Ayama, moins gracieuse, plus maladroite et ronde. Un jour, le second prince s’échappe, semant la panique et tuant les troupeaux. Personne n’est assez valeureux pour l’arrêter ou négocier avec lui. On envoie donc Ayama, que personne ne regrettera, pour trouver la bête qui s’est terrée dans les bois. Celle-ci lui propose un marché : si elle lui raconte une histoire qui lui fera oublier sa colère, il lui laissera la vie sauve et n’attaquera plus les troupeaux.


Le renard trop rusé : Koja, un regard chétif et laid, se sert de sa ruse pour se sortir de situations dangereuses, mais il se pourrait qu’un jour son ennemi soit plus rusé que lui. Heureusement, il peut compter sur l’aide de Lula, l’oiseau chanteur.


La sorcière de Duva : Des petites filles disparaissent dans les bois et, au milieu d’un hiver terrible, Nadya perd sa maman d’une maladie et son père se remarie avec Karina qui ne cache pas son mépris pour Nadya. Alors qu’elle l’envoie dans ces bois inquiétants, Nadya tombe sur la maison d’une sorcière, faite de friandises, et se met à son service…


Petite Lame : C’est l’histoire de Yeva, fille d’un duc, si belle qu’elle fait bien malgré elle tourner la tête de tous ceux qu’elle rencontre. Aimant l’attention que l’on porte à Yeva, le duc décide de faire subir à tous ses prétendants une série d’épreuves dont la récompense sera la main de sa fille. Semyon, un paysan, remporte les épreuves avec l’aide de Petite Lame, une rivière, il espère bien gagner une épouse, mais la rivière a plus d’un tour dans son sac.


Le prince soldat : Droessen est un horloger et chacun est comblé de ravissement face à ses œuvres, mais il souhaite se marier. La jeune Clara, encore malléable, est la candidate parfaite. Il lui offre un casse-noisette dont Clara ne se sépare pas et à qui elle confie tous ses secrets. Le casse-noisette a aussi un secret : il vit, et il a la tête hanté de souvenirs d’une vie qu’il ne comprend pas…


Quand l’eau chantait le feu : Ulla est une sild (sorte de sirène) méprisée par ses pairs à cause de sa différence. Ce qu’elle désire plus que tout est de devenir chanteuse à la Cour. Un jour, alors qu’Ulla et sa partenaire de chant, Signy, chantent devant la Cour, elles attirent l’attention du plus jeune des princes, Roffe, rongé dambition et impressionné par la magie crée par leur chant. La vie d’Ulla bascule le jour où elle rejoint la terre ferme avec Roffe et Signy, et qu’elle découvre le secrets de ses origines, cachés par ses parents, et que le prince Roffe commence à montrer son vrai visage... 


J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ces différents contes. S’ils sont d’intérêt inégal, et que j’ai mes préférences, j’ai pris grand plaisir à découvrir et à dévorer chacun d’entre eux. Ils ne sont pas sans rappeler, pour certains, des contes célèbres que nous connaissons comme Casse-Noisette, La Belle et la Bête, Hansel et Gretel, le Roman de Renart ou encore La Petite Sirène, mais aussi avec quelques éléments qui nous font rappeler les contes russes avec les prénoms des personnages, le froid et l’hiver qui sont présents dans de nombreuses histoires, la nature belle et cruelle à la fois. J’ai beaucoup apprécié découvrir, lors de ma lecture, de quels contes l’auteur s’inspirait (certains sont moins évidents que d’autres), et comment il les a réinventé à sa propre sauce, et avec son propre univers.


L’auteur a très bien su reprendre la recette des contes de fée pour créer les siens, en nous offrant parfois même un dénouement surprenant puisque l’auteur renverse certaines valeurs codifiées et montre combien les apparences et les évidences peuvent paraître bien trompeuses. Il reprend donc le schéma des contes mais apporte sa petite touche. Ainsi, la chute n’est pas forcément celle que l’on croit, le méchant n’est pas toujours celui auquel on pense, on a une héroïne pas bien jolie mais pleine d’esprit, de belles amitiés, des gentils qui ne le sont qu’illusoirement, etc.


Ajoutons à cela que le livre est un bel objet et que nous trouvons, en fin de conte, une jolie illustration pour clore le récit. Ces contes sont ensorcelants, avec une consonance slave, et apportent bien entendu de très belles morales à la fin.


Elle se rappela que ce n’était pas parce que personne ne voulait l’écouter qu’elle n’avait rien à dire, bien au contraire. Si la bête aimait qu’on lui parle, Ayama apprécierait peut-être tout autant d’être entendue.

lundi 29 décembre 2025

Les guerres de Lucas (T.2) - Renaud Roche et Laurent Hopman.


Au lendemain de la sortie du premier Star Wars, le jeune George Lucas n’est plus le rêveur farfelu que personne ne prend au sérieux. Propulsé champion du box-office, riche à millions, il a les cartes en main pour décider de son avenir. Déterminé à s’affranchir pour de bon de la dictature des studios, il fait le pari audacieux de mettre en jeu tout ce qu’il possède pour financer seul son prochain film. Une décision qui va s’avérer lourde de conséquences…

Ce deuxième volet de la trilogie Les Guerres de Lucas relate l'histoire oubliée du véritable calvaire qu’a été la production de L’Empire Contre-Attaque. Drames, conflits et accidents improbables accablent le tournage, faisant presque oublier les déboires rencontrés sur le premier film… Une descente aux enfers qui manquera de détruire Lucas, mais finira par accoucher d’un film considéré aujourd’hui comme le chef-d’œuvre de la saga.



Je l’avais tellement espéré, puis je le découvre par un parfait hasard dans les rayons d’une librairie. Mais enfin, il est là ! Le tome deux des Guerres de Lucas, cette bande-dessinée biographique qui retrace à la fois la vie de George Lucas et l’histoire de sa trilogie Star Wars.


Ici, on s’attaque au deuxième volet, L’Empire Contre-Attaque ! On pourrait croire qu’avec l’immense succès du premier volet, on laisserait le champ libre à George Lucas pour la réalisation de sa suite. Que nenni ! Pourtant, Lucas, ayant appris de ses erreurs, a cherché à déléguer la réalisation du film à des personnes de confiance, et ne plus mettre sa santé en péril. Mais rien ne se passe comme prévu.


La réalisation de ce film fut en effet aussi infernale que celle du premier opus, avec les studios qui ont cherché à arracher le contrôle du film à Lucas, les bras de fer entre les studios et la banque, les problèmes et les tensions internes au sein même de l’équipe, des conditions de tournage parfois pénibles. Ajoutons à cela un scénario qui ne convainc pas, le retard qui s’accumule, faisant donc exploser le budget, une tempête de neige qui perturbe le tournage, Carrie Fisher et son problème d’addiction aux médicaments, Mark Hamill dont un accident de voiture a laissé des marques sur son visage, Harrison Ford qu’il faut convaincre de revenir et qui demande la mort de son personnage dans le deuxième volet. Sans oublier le développement en parallèle du premier volet d’Indiana Jones avec Steven Spielberg.


Bref, la production de ce film fut semée d’embûches, entre drames, accidents, coups du sort improbables. Tant de défis auxquels ont du faire face le couple Lucas et que les spectateurs ignorent. En tout cas, j’ignorais tout des difficultés, du travail acharné et défis derrière la production des films (pas que j’ai cherché à me tenir informée, cela dit) et qui ont contribué à forger. Ce fut intéressant de découvrir tous ces secrets de production et l’histoire derrière le film. J’ai vraiment eu de la peine et me suis révoltée avec Lucas dans sa lutte contre les studios pour ne pas se faire voler les droits de son film (ce qui ne l’empêchera pas de vendre ensuite Star Wars à Disney, mais bon passons).



Cette image n'a pas besoin de contexte pour les fans de Star Wars qui 
reconnaîtront très bien la scène, et dont le plot twist a du en choquer plus d'un à l'époque !

J’ai aimé en savoir plus sur la naissance de Yoda (comment mettre en place un tel personnage?), redécouvrir l’histoire derrière la plus célèbre scène du film (« Je suis ton père » de Dark Vador) et comment garder cette scène secrète jusqu’au tout dernier jour, le casting pour le personnage de Lando Calrissian, mais aussi tout le chemin parcouru depuis les premières ébauches du scénario qui proposait quelque chose de bien différent du résultat final !


En parallèle, nous continuons à suivre la vie privée du couple Lucas, leur volonté de fonder une famille qui se heurte à bien des difficultés, Marcia qui demeure un roc pour son mari et dont l’aide a été précieuse dans la réalisation du film. On suit un homme débordé, toujours aussi angoissé (avec raison) visionnaire mais épuisé, happé par le tourbillon d’une réussite et d’un film qui menacent de lui échapper. Tout semble contre lui, mais sa ténacité, sa foi en son univers, l’aide et les idées ingénieuses de son équipe, finissent pas l’emporter. L’Empire Contre-Attaque voit enfin le jour, confirmant le succès de Star Wars et gravant son nom dans l’histoire du cinéma.


On découvre également la naissance de la compagnie Lucasfilm, à la franchisation du nom de Star Wars, à la construction du célèbre Skywalker Ranch, à la fois domaine de plusieurs hectares mais aussi une sorte de manoir-ranch-domaine cinématographique en pleine nature californienne, loin de l’industrie hollywoodienne.


Ce second tome est une lecture aussi captivante que le premier, enrichissant mes connaissances sur cette saga culte, son impact sur l’industrie cinématographique et aussi sur la vie de George Lucas. Comme pour le premier tome, je recommande chaudement celui-ci aux fans de Star Wars mais aussi aux fans de cinéma. C’est réellement une perle, et je pense l’une des meilleures sagas de bande-dessinée que je connaisse (mon amour pour Star Wars y est certes pour beaucoup, mais c’est réellement une œuvre bien réalisée, on ne peut que saluer tout le travail de recherche). Vivement 2027 pour le tome 3 !


dimanche 28 décembre 2025

Snowdonia - Jeremy Angelo.

1899. Laurine, jeune fille originaire d’un petit village au creux des montagnes du Jura, vient tout juste d’avoir 17 ans. Si tous s’attendent à la voir se marier rapidement, elle n’est pourtant pas certaine d’y être prête. Elle aime sa vie telle qu’elle est. Mais tout s’écroule lorsque son père lui annonce qu’il l’envoie vivre au pays de Galles, chez un grand-oncle dont elle ignore absolument tout. Laurine doit donc quitter sa famille, son prétendant, sa terre natale et se résoudre à célébrer Noël loin de chez elle. 

Seule et déboussolée, la jeune fille débarque donc à Conwy, porte d’entrée d’un immense parc naturel nommé Snowdonia, connu pour être un pays quasiment dénué de vie. Laurine y fait la connaissance de Henri Harlington, son grand-oncle, qui l’accueille à bras ouverts, ainsi que celle de Dryston, le jeune majordome du manoir, qui bien que charmant est désagréable à souhait ! Henri devant s’absenter pour affaires, Laurine se retrouve donc en seule compagnie de Dryston, dont la mission est de faire découvrir la région et les coutumes galloises à la jeune fille ! 

Parviendra-t-elle à apprivoiser le majordome afin que son séjour en terre étrangère ne se transforme pas en véritable cauchemar ? Les traditions de ce nouveau pays lui feront-elles quelque peu oublier la tristesse d’être loin de chez elle et de ses proches pour Noël ?


Snowdonia nous emmène en plein cœur du pays de Galles, à la fin du XIXe siècle, pour un petit conte de Noël bien sympathique.


Ce que je retiens essentiellement de ce roman est son cadre qui m’a dépaysé et m’a fait voyager. Ce roman est une lettre d’amour au pays de Galles. L’auteur ne cesse de nous faire découvrir la vie au pays de Galles, ses traditions (celles de la vie de tous les jours, mais aussi les traditions de Noël), sa gastronomie, ses paysages, son sens de l’hospitalité, tant et si bien que Perceval de Kaamelott en serait fier ! J’ai pu apprendre beaucoup de choses sur les coutumes du pays de Galles, des plus belles aux plus étranges, notamment la Mari Lwyd, le lovespoon, les légendes celtiques aussi, le christmas pudding. Il y a aussi des références à Dickens ou à Lewis Carroll. On apprend aussi des expressions locales telles que « affûter les meules », « consoler son café » ou « faire des petits pains ».


Snowdonia est également un lieu que l’on prend plaisir à découvrir. Sa grande étendue sauvage, souvent enneigée, ses paysages entre mer, montagnes et forêts, ses habitants parfois taquins, parfois désagréables mais le plus souvent sympathiques, à commencer par l’oncle Henri, écrivain à ses heures perdues. La plume de l’auteur est d’autant plus jolie que l’on savoure chaque description qu’il nous offre. J’ai beaucoup aimé découvrir le pays de Galles, d’autant plus pendant la période de Noël qui nous rend le voyage encore plus magique, et j’ai beaucoup apprécié découvrir le pays et ses coutumes en même temps que notre héroïne.


Concernant la romance, je n’ai malheureusement pas été entièrement convaincue. Alors, oui, ils sont adorables nos tourtereaux quand ils sont amoureux, quand ils s’échangent des baisers et que l’harmonie bat son plein entre eux. Mais j’ai bien souvent été déconcertée. Je n’ai d’une part pas compris le mépris, sinon l’agacement initial de Dryston envers Laurine (Monsieur avait-il des préjugés sur l’héroïne bien avant son arrivée ?), ou fâché de devoir veiller sur cette parfaite inconnue ? D’autre part, leur attirance mutuelle arrive un peu soudainement, sans que l’on comprenne d’où elle sort et ça se développe un peu trop rapidement à mon goût. Parfois, ils s’aiment, puis parfois Laurine s’emporte ou Dryston devient froid et distant envers elle, se mettant à la rouspéter comme une enfant. C’est une vraie girouette. Il alterne entre le jeune homme doux et prévenant et le type froid et rustre dont la mauvaise humeur tombe quand on ne s’y attend pas. Un petit problème d’hormones, peut-être ? Le fait d'être restreint au point de vue de Laurine n’aide pas. Les émotions et les sentiments sont survolés, et j’aurais apprécié avoir aussi le point de vue de Dryston, au moins pour comprendre son comportement parfois énigmatique.


Au moins on s’éloigne des clichés des romances de Noël, mais malheureusement, je n’ai pas été entièrement convaincue par le développement de celle-ci. Dommage, ils sont pourtant mignons, nos deux petits amoureux, mais la façon dont s’est mise en place leur romance ne m’a pas toujours paru bien crédible.


Snowdonia reste une lecture sympathique à découvrir pendant la période des fêtes. Si la romance ne m’a pas convaincu, par son manque de crédibilité, j’ai été charmée par ce voyage au pays de Galles et en apprendre davantage sur les coutumes du pays mais aussi ses traditions festives. Un vrai dépaysement !



Une chèvre avec des cornes immenses et recourbées me faisait face. Elle me fixait. Son regard ne ressemblait guère à celui de quelqu’un voulant m’inviter à dîner. Il voulait plutôt dire : Dégage de chez moi ! Apparemment, elle ne devait pas être au courant des règles de l’hospitalité et du savoir-vivre en vigueur dans son pays. Je décidai de les lui rappeler :

— Écoute-moi bien, toi, la bestiole ! Sache que je vais raconter à tout le pays de Galles que tu réserves un très mauvais accueil aux étrangers venus réclamer le droit d’asile, ici-même, dans tes montagnes ! Tu en seras si honteuse que plusieurs générations de chevreaux issus de ta descendance seront encore rongées par l’humiliation pendant des dizaines et des dizaines d’années !

— Bêeeeeeeh ! fit-elle en guise d’unique réponse.

Elle frotta son sabot droit sur le sol, faisant voler des paquets de neige à droite et à gauche, comme pour m’impressionner.

— Très bien, comme tu veux ! Si tu prends ce ton-là, je vais en parler à la reine Victoria ! Elle va te bannir de Snowdonia !

La créature s’en moqua éperdument. Elle n’hésita pas à me charger. J’esquivai son attaque en me déplaçant sur le côté gauche, mais mes pieds dérapèrent sur une plaque de verglas. Je m’écroulai sur le sol gelé et sombrai dans l’inconscience. Les dernières choses que j’aperçus furent des ombres dansantes au-dessus de moi. Je priai intérieurement qu’il n’existe pas une race de chèvres carnivores dans cette région maudite.