jeudi 26 mars 2020

Culottées, tomes 1 et 2 - Pénélope Bagieu.

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Plusieurs mettant en scène le combat de femmes d'origines et d'époques diverses, qui bravèrent les normes sociales de leur temps : Margaret, une actrice hollywoodienne, Agnodice, une gynécologue de l'Antiquité grecque qui se fit passer pour un homme afin d'exercer sa profession, Lozen, une guerrière et chamane apache, etc.



L'Histoire a beaucoup mis en avant des hommes illustres, qu'ils soient souverains, militaires, écrivains ou encore peintres. C'est bien beau tout ça, mais l'Histoire compte aussi des femmes illustres, parfois inaperçues, souvent oubliées. Heureusement, de plus en plus de personnes s'attachent à faire reconnaître ces femmes exceptionnelles dont, parmi elles, Pénélope Bagieu à travers deux tomes d'une bande-dessinée à la fois passionnante et instructive !

Ces deux tomes nous présentent plusieurs portraits de femmes remarquables, telle que : la gynécologue antique déguisée en homme, la catholique qui a franchi des murs d'un cimetière pour l'amour d'un protestant, la guerrière Apache, l'actrice la plus effrayante d'Hollywood, une rappeuse afghane, une "reine des bandits", une célèbre volcanologue, la médecin légiste qui devint « la mère de la science forensique », une astronaute afro-américaine, etc. Il y en a pour tous les goûts et tous les domaines : politique, art, cinéma, sport, etc. Plusieurs portraits de femmes "culottées" qui, par leur tempérament et leurs choix, ont décidé de leur existence et de leur chemin et ce, dans un contexte et/ou une époque défavorables aux femmes, en passant aux très connues aux moins célèbres, aux flamboyantes et aux discrètes. Une vaste galerie de femmes aussi intéressantes les unes que les autres !


Pénélope Bagieu : “Je n'ai jamais eu autant envie de foutre le feu ...
Pénélope Bagieu.
J'avoue avoir été plus intéressée par certains portraits que par d'autres, bien évidemment. Je retiendrai, par exemple : Agnodice, l'une des premières gynécologues dans l'Antiquité grecque qui s'est déguisée en homme pour suivre ses études en médecine et qui, lorsqu'elle fut découverte, fut sauvée par la reconnaissance de nombreuses patientes. Je ne peux pas non plus oublier Clémentice Delait, célèbre femme à barbe, une véritable vedette devenue mascotte des Poilus et qui fut même invitée chez les têtes couronnées d'Europe ; ainsi qu'Annette Kellerman, une célèbre nageuse qui a contribué au développement du maillot de bain moderne ; Nzinga, reine qui repoussa les Portugais ; Las Mariposas, trois sœurs, héroïnes et martyres de la lutte contre le dictateur Rafael Trujillo en République dominicaine ; Josephina van Gorkum, catholique, que même la mort ne sépara pas de son mari protestant ; Lozen, guerrière et résistante amérindienne ; Delia Akeley, femme d'explorateur qui est devenu exploratrice sur le continent africain ; Tove Jansson, créatrice des Moumines ; Christine Jorgensenla première femme transgenre à avoir été mondialement connue et à avoir évoqué publiquement son opération de réassignation sexuelle ; Wu Zetian, la seule impératrice régnante de toute l'histoire de Chine, etc.

J'ai beaucoup aimé la diversité des personnalités choisies ! On trouve des femmes de toutes les époques et de pays différents, qui se sont illustrées dans des domaines variés, parfois légers ou parfois plus politiques. Je ne vais pas vous dire que tout se termine bien pour ces femmes célèbres, certaines vécurent longtemps, heureuses, libres et épanouies, d'autres ont connu une fin plus tragique et prématurée, et d'autres encore sont toujours en vie et continuent de mener leur combat.

J'ai aussi eu le plaisir de la découverte, car je ne connaissais que quelques-unes des femmes citées, et c'est raconté avec humour et émotion, peut-être aussi sous fond d'une morale, d'un message : celui de prendre de l'inspiration pour mener sa propre vie comme on l'entend, indépendamment des injonctions de la société ou de l'opinion des autres, comme l'ont fait ces femmes exceptionnelles.

Ces biographies rapidement contées donnent envie d'aller nous documenter un peu plus sur ces femmes remarquables. Les récits courts ne permettent pas d'approfondir les personnages, l'autrice va directement à l'essentiel, ce que je peux comprendre car raconter toute une vie en quelques pages est une performance (dont je salue d'ailleurs l'autrice pour la prouesse), il y a tant à dire et il y a des choix à faire.

Pour résumer : une bande-dessinée intéressante et instructive, racontée avec humour et émotion, dont je conseille la lecture !

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Culottées a sa série animée, à découvrir sur France 5 avec des épisodes courts permettant de découvrir sinon
de redécouvrir ces femmes exceptionnelles mais surtout culottées !

mercredi 25 mars 2020

Duel pour un roi : Madame de Montespan contre Madame de Maintenon - Agnès Walch.


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La blonde Montespan contre la brune Maintenon. L’une porte un grand nom quand l’autre est née dans une cellule de la prison de Niort. L’une, étincelante, spirituelle, ambitieuse, splendide, s’attache l’amour du Roi-Soleil et lui donne sept enfants. L’autre devient gouvernante des bâtards royaux et entre dans la vie du roi.

Louis XIV, contre toute attente, délaisse la sublime Montespan pour la discrète et redoutable Maintenon, de six ans plus âgée que sa rivale, moins tempétueuse, moins belle selon les canons de l’époque, moins éclatante, moins, moins… Et alors que la première mourra oubliée de tous, l’autre épouse dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683 le roi, autrefois volage, désormais fidèle, et dont elle partagera la vie pendant trente-deux ans.

Avec une plume alerte, l’historienne Agnès Walch nous plonge dans les coulisses de la Cour de Versailles et nous restitue pour la première fois l’affrontement de deux femmes, d’abord amies intimes puis ennemies mortelles, étonnamment modernes, éprises de liberté, déterminées et courageuses.

Le Grand siècle raconté du côté des femmes…


L’une est blonde, l’autre est brune. L’une est née dans une ancienne et prestigieuse famille, l’autre est née en prison où son père était enfermé. Tout sépare ces deux femmes, deux Françoise, qui, pourtant, se sont rencontrées et se sont liées. C’est l’histoire de Madame de Montespan et de Madame de Maintenon, que l’Histoire a retenu comme étant deux célèbres maîtresses de Louis XIV, le Roi Soleil…

D’un côté, nous avons Madame de Montespan, née Françoise de Mortemart, qui changera son nom « Françoise » pour « Athénaïs ». Une femme bien née, dans une ancienne et noble famille, mariée au marquis de Montespan, fou amoureux de sa femme. De l’autre, Madame de Maintenon qui n’était alors que Françoise d’Aubigné, née en prison d’un père belliqueux et d’une mère qui se souciera peu d’elle ; elle se marie à Paul Scarron, poète handicapé tenant un salon intellectuel où Françoise fera la connaissance du beau monde… et en particulier, une certaine Madame de Montespan

C’est ainsi que ces deux femmes si différentes vont se rencontrer, se plaire et tisser une amitié intellectuelle. C’est cette amitié qui conduira Madame de Montespan à faire appel à Françoise, alors devenue la « veuve Scarron ». En effet, Madame de Montespan devient la favorite de Louis XIV, au grand dam de son époux qui ne s’en remettra jamais, comme l’illustre cet extrait :

Au début de l’année 1669, il [le marquis de Montespan] arrive au château de Saint-Germain dans un carrosse tendu de noir, orné de bois de cerf et de grands voiles noirs. Le roi, sortant du conseil, lui demande sèchement pourquoi ce noir. Il répond qu’il est en deuil de son épouse. C’en est trop. Le roi a suffisamment enduré des excentricités qui frisent à la fois le ridicule, l’impertinence et le crime de lèse-majesté. Arrêté, le marquis fait un court séjour dans les geôles de Lévesque […] avant d’être relégué dans sa province natale où ses extravagances se poursuivent.

Cet amour interdit, ce double adultère, donnera naissance à plusieurs « bâtards royaux ». Ces naissances devant rester secrètes, il faut au couple quelqu’un de confiance pour prendre soin des enfants et prendre en charge leur éducation. C’est ainsi que Madame de Montespan fait appel à son amie, Françoise, dont elle connaît la discrétion ainsi que l’amour des enfants.

Portrait de Mme de Montespan,
peint par Jean-Pierre Franque.
Pendant plusieurs années, Françoise Scarron s’occupe ainsi des bâtards de Louis XIV et d’Athénaïs dans le plus grand secret (du moins jusqu’à ce que le roi légitime ses enfants adultérins). Bien que n’ayant eu jamais d’enfants, Françoise est une gouvernante discrète et dévouée auprès de ces enfants, au point où, le fils aîné le duc du Maine préférera sa gouvernante à sa mère trop peu présente, et au point où Françoise portera davantage le deuil d’une des filles illégitimes que la propre mère, ce qui vaudra à Louis XIV de dire, face au chagrin de Françoise, « Comme elle sait bien aimer ! Il y aurait du plaisir à être aimé par elle. ». Athénaïs est, en effet, une mère souvent absente et semblant peu s’intéresser à ses bâtards dans un premier temps. Louis XIV, qui n’accordait alors que peu d’importance à la gouvernante, est touché par la dévotion de Françoise à l’égard de ses bâtards qu’il adore, au point de se rapprocher d’elle… ce qui n’est évidemment pas du goût de Madame de Montespan qui commence à nourrir une jalousie envers son amie qu’elle considère progressivement comme sa rivale. C’est ainsi que cette amitié intellectuelle se change progressivement en rivalité pour l’amour d’un roi…

Duel pour un Roi est un livre intéressant qui retrace la relation entre deux femmes exceptionnelles que tout sépare et qui, pourtant, vont se rencontrer et se plaire ! Car nos deux Françoise sont deux femmes intelligentes qui excellent dans l’art de la conversation et qui trouvent chez l’autre une compagnie intelligente et pleine d’esprit. Ce sont deux femmes qui s’estiment et se respectent beaucoup et qui se font manifestement confiance. C’est cette confiance qui conduira Athénaïs à faire appel à Françoise pour s’occuper des enfants qu’elle a eus avec le roi. Autant dire que ce n’est pas rien ! Pour cette mission, Françoise doit bouleverser son quotidien et faire preuve de ruse et de discrétion pour que l’existence de ces enfants ne soit pas découverte.


Portrait de Madame de Maintenon,
peint par Thomas Garnier.
Pourtant, la confiance et l’amitié que se vouaient les deux femmes vont peu à peu se transformer en jalousie et rivalité alors que Louis XIV – dont la réputation de séducteur n’est plus à refaire, malgré plusieurs années de relation avec Athénaïs et sept enfants – se rapproche de Françoise et délaisse peu à peu sa favorite, dont la chute a été précipitée par la célèbre affaire des poisons. L’auteur nous explique comment la faveur est passée de Madame de Montespan à Madame de Maintenon en replaçant l’histoire dans son contexte et en nous peignant le portrait de ces deux femmes. Tandis que la Montespan joue « les divas » et a davantage cherché à se faire aimer du roi qu’à l’aimer réellement, Madame de Maintenon se fait discrète, douce et patiente. C’est le caractère de l’une qui la fait chuter tandis que le caractère de l’autre attire le souverain. Pourtant, l’auteur ne cherche pas à prendre le parti de l’une ou de l’autre, ou à nous faire aimer une favorite plutôt que l’autre. Elles sont décrites comme deux femmes intelligentes et ambitieuses, avec leurs qualités comme leurs défauts et c’est ce que j’ai apprécié dans ce livre. Même si ma préférence va à Madame de Maintenon, Athénaïs n’est pas diabolisée et l’auteur nous dresse le portrait psychologique de la marquise afin de mieux la comprendre, sans la juger.

Madame de Maintenon n’est pas non plus décrite sous un mauvais jour, bien qu’elle soit celle qui a supplanté Athénaïs dans le cœur du roi et qu'elle se soit parfois montrée ingrate envers son ancienne amie à qui elle doit tout pourtant. L’histoire entre Athénaïs et Louis XIV est différente de celle entre Françoise et le roi. Ce n’est pas la même relation et ce n’est pas le même stade de la vie de Louis XIV qui change au fil des ans et a d’autres « envies ». Là où il était dans le spectacle, la richesse, la passion avec Madame de Montespan, Louis XIV a formé un couple bourgeois avec Madame de Maintenon. Ils s’installent dans des habitudes de vieux couple : Louis passe beaucoup de temps dans les appartements de sa maîtresse, lorsqu’il ne la voit pas il lui écrit tous les jours, lorsqu’elle s’éloigne pour se rendre ailleurs il lui fait parvenir un billet pour lui demander de le rejoindre plus tard à la grille du jardin pour venir la chercher pour revenir au château ensemble en carrosse. Alors qu’il vieillit, le roi ressent le besoin de plus d’intimité et de discrétion, ce qu’il retrouve chez sa maîtresse. Jadis séducteur qui butinait volontiers un peu partout, Louis ressent le besoin de se poser, et forme un couple complice avec sa maîtresse :

L’union de Louis et de Françoise prend, en effet, une forme assez originale. Françoise soutient son mari, le console de ses chagrins, le soigne lorsqu’il est malade, s’inquiète de ses soucis, partage ses joies, le conseille à l’occasion. […] Leur complicité paraît incroyable : à plus de cinquante ans, Louis ne peut se passer de Françoise. Ce besoin d’intimité et de confiance qu’exprime le couple est très moderne. […] Le matin, il vient la saluer dans sa chambre, puis se met au travail, assiste à la messe et au Conseil. Elle reste dans ses appartements ou traverse le parc pour se rendre à Saint-Cyr. Discrète, elle n’est pourtant jamais très loin. De 5 heures à 10 heures du soir, le roi lit ses dossiers dans la chambre de son épouse. Il reçoit les ministres, tandis qu'elle s'occupe à des travaux d'aiguille ou des lectures.  Puis, sans déranger son mari, elle se prépare pour la nuit. Elle prie, prend son repas et se couche vers 9 heures. A 10 h, il la quitte pour aller souper au Grand Couvert. Mais avant cela, les époux ont commencé par rester seuls un long moment. On ferme la porte et personne n'entre plus. Ils sont dans leur intimité.

On pourrait penser qu'il n'est pas étonnant d'apprendre que Louis XIV a épousé sa maîtresse en secret en 1683, quelques mois après la mort de la reine...

Pourtant, l’auteur n’oublie pas de nous souligner qu’être la maîtresse d’un roi, c’était aussi se sacrifier. Au-delà du prestige et des avantages que cette position de favorite procure, ce n’est pas tout rose d’être aimée d’un roi, surtout d’un roi aussi tyrannique que Louis pouvait l’être parfois. Monarque absolu, Louis est un homme qui impose ses volontés et qui n’entend pas se faire gouverner par ses maîtresses ni que celles-ci interviennent dans sa politique. Être maîtresse de Louis XIV, c’est abandonner son indépendance, ce qui peut rendre le joug conjugal lourd à porter. Rien d’étonnant à ce que Madame de Maintenon ait eu des mots durs envers la vie matrimoniale qu’elle compare, selon l’auteur, à un esclavage pour la femme. Cependant, malgré l’inconfort et l’obéissance imposée, le couple entre Louis et Françoise a duré jusqu’à la mort du monarque, et la tendresse et la confiance qu’ils se sont portés étaient réciproques.


Madame de Maintenon avec Vexin et Maine, les
deux premiers enfants de Louis XIV et Mme de Montespan
Attribué à  Pierre Mignard.

Duel pour un Roi est un document historique passionnant si l’on s’intéresse à ces deux femmes au destin exceptionnel (je me sens un peu l’âme d’un Stéphane Bern en écrivant cette phrase xD) et à leur relation avec Louis XIV, d’autant plus que l’auteur ne prend pas le parti d’une favorite contre une autre mais les présente comme deux femmes exceptionnelles, puissantes, intelligentes et ambitieuses avec leurs qualités et leurs défauts, leurs bonheurs comme leurs malheurs.

Si je devais formuler une critique à l’égard de ce livre, c’est que la généalogie est très présente et peut sembler inutile, sinon souvent confuse et il m’est arrivé de me perdre plusieurs fois. Je ne peux pourtant pas nier l’incroyable travail de recherche de l’auteur pour nous présenter une étude intéressante et passionnante. Une fois nos deux protagonistes présentées, on suit leur histoire avec intérêt, le tout sous une plume agréable à lire !

Françoise s’est bien organisée. Avec l’accord de la marquise de Montespan et de Bonne d’Heudicourt, elle prend souvent avec elle Louise, la fille de Bonne […] Louise lui sert d’alibi lorsqu’elle doit expliquer à ses amis la fatigue qui se lit sur son visage, ses traits tirés et ses absences répétées. Elle donne le prétexte d’une maladie de la petite, alors qu’elle veille un nourrisson à une extrémité de la capitale. Et s’il vient des étrangers, Louise est soit la sœur des petits, soit leur cousine. Ce jeu l’amuse follement si bien que la fillette n’oublie pas de demander à sa gouvernante tous les matins quel sera son rôle dans la journée : « Madame, qui suis-je aujourd’hui ? ».

samedi 29 février 2020

Éloquence de la sardine : Incroyables histoires du monde sous-marin - Bill François.

Et si l’on écoutait sous l’eau ? Drôle d’idée ?

Pourtant, dans leur « monde du silence », les poissons parlent… et ils ont bien des choses à nous dire !

À la fois scientifique, spécialiste des animaux marins et orateur, Bill François nous entraîne avec simplicité et humour à la rencontre des baleines musiciennes ou du cabillaud qui a découvert l’Amérique. Il donne la parole à la sardine comme au thon rouge, nous fait entendre la voix de l’hippocampe et le chant des coquilles Saint-Jacques.

À la lumière des méduses fluorescentes aux couleurs invisibles, ce livre est une plongée dans les profondeurs de la Science et de l’Histoire, où les légendes sont souvent plus crédibles que l’incroyable réalité.

Mythes, anecdotes et découvertes scientifiques nagent de concert dans ce récit, immersion onirique pour s’émerveiller et respecter cet univers insoupçonné.

Vous ne verrez plus jamais de la même façon une sortie à la plage, votre sandwich thon-crudités ou un plateau de fruits de mer…

Quelle jolie surprise que ce livre !

Sans être exactement un documentaire littéraire, bien que le bagage scientifique de l’auteur soit solide, il s’agit d’un recueil de plusieurs histoires différentes sur le monde marin et ses curieux habitants, car curieux ils le sont ! On découvre les singularités, que l’on n’imaginait alors pas, des créatures comme les crevettes, les sardines, le saumon jusqu’aux animaux et coquillages moins communs. L’auteur nous offre une plongée dans les profondeurs aquatiques et nous invite à faire la connaissance des poissons et des coquillages, et qui nous communique sa passion pour cet univers avec succès !

L’auteur nous présente un monde fascinant rempli d’odeurs, de sons, de vibrations et de musique dans lequel les baleines chantent pour communiquer entre elles et ont parfois leur propre accent, où les langoustes font de la musique avec leurs antennes mais « chantent » faux pour repousser leurs prédateurs, par exemple. Nous découvrons les subtilités des « robes » des sardines ou comment des harengs ont failli déclencher un incident diplomatique entre la Suède et l’URSS en 1982. Nous continuons sur un chapitre concernant les animaux marins et leur progéniture : du petit saumon qui n’a jamais oublié son ruisseau natal, la lutte fratricide intra-utérine des requins-taureaux, la femelle hippocampe qui pond ses œufs dans une poche du mâle, etc.

On y découvre aussi des histoires d’huîtres et de la plus grosse perle du monde ou encore du mucus, ce petit coquillage produisant la couleur pourpre, très utilisée chez les Romains puisque cette couleur était celle du pouvoir. Il y a encore tant d’autres histoires : le cabillaud qui a découvert l’Amérique avant Christophe Colomb, la relation entre l’homme et la mer, l’existence d’un Paris subaquatique, les créatures marines mythiques que l’on croyait réelles il y a de nombreux scènes, le poisson rémora qui aurait déclenché la victoire d’Octave sur Marc-Antoine selon les Romains... L'auteur connaît clairement son sujet et il nous offre de nombreuses histoires pour nous faire découvrir ou redécouvrir le monde de la mer et ses habitants. Il le fait dans un style souple avec poésie et d'humour, avec plusieurs petites références. Ce monde le fascine autant qu'il l'amuse et il nous communique cette passion. Je n'ai pas su résister à son érudition modeste, à la magie de ses mots et de sa formulation.

Ce livre est une sorte d'étude sur le monde sous-marin, à défaut de trouver comment définir exactement cet ouvrage, mais écrit avec beaucoup de légèreté et agrémenté de nombreuses anecdotes personnelles de l'auteur, comment il rêvassait à l'école tout en dessinant des poissons en essayant de se cacher du professeur, son indécision devant son menu au restaurant tout en pensant aux poissons sur la liste et ce que ces poissons lui inspirent, sa rencontre avec une sardine, sa première plongée, etc. C'est écrit avec tellement de justesse : les sensations lors de sa première plongée, entrer dans l'inconnu, les sons que l'on entend sous l'eau, etc. C'est un véritable amoureux de la mer, et ça se ressent dans son écriture.

Peu de poissons vivent en famille, mais c’est le cas de certaines espèces, comme les poissons-clowns. Dans leur anémone de mer, les poissons-clowns ont une étrange famille : elle se constitue du couple de parents et de tous leurs petits, qui naissent tous mâles. Si la femelle vient à partir, son conjoint se transforme alors en femelle, et c’est le plus mature des jeunes mâles qui prendra le rôle du mari ; se conformer à cette originalité aurait quelque peu modifié l’intrigue d’un célèbre film d’animation.

Petit poisson deviendra grand.

vendredi 7 février 2020

La Religieuse - Denis Diderot.


Parce qu'elle est une enfant illégitime, Suzanne Simonin est enfermée par ses parents chez les religieuses de Longchamp où on la force à prononcer ses vœux. Pieuse et innocente, elle tombe sous la coupe d'une nonne illuminée déjà perdue de mysticisme avant de devenir la proie d'une mère supérieure qui va faire de sa réclusion un enfer. Harcelée, martyrisée, elle subit les pires sévices. Femme cloîtrée soumise à toutes les perversions de la vie monastique, Suzanne peut-elle échapper à la folie ?






Célèbre co-auteur de la célèbre Encyclopédie écrite à l'époque des Lumières, Diderot est moins connu pour sa vie personnelle. Aîné d'une fratrie de six enfants, il eut une sœur qui mourut jeune et folle dans un couvent, ce qui inspira en partie Diderot à l'écriture de ce roman dans lequel il fait une sorte de procès des institutions religieuses.


Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Diderot,
peint par Louis-Michel van Loo
Sans être une enfant maltraitée, Suzanne a toujours remarqué la différence de traitement de ses parents entre elle et ses sœurs pour qui les parents ont tout fait pour leur assurer un beau mariage. L'année de ses seize ans, au lieu d'une dot en vu d'un futur mariage, sa mère lui révèle la vérité sur sa naissance : elle est le fruit d'une adultère entre sa mère et un autre homme. Coupable, la mère souhaite expier ses fautes à travers la fille "bâtarde" en l'envoyant au couvant. Suzanne est mortifiée et refuse de se soumettre au destin qu'on lui a choisit en refusant de prononcer ses vœux puis en tentant d'intenter un procès pour pouvoir rompre ses vœux, sous le choc de la communauté du couvent. Face à cela, la supérieure opère un véritable harcèlement moral et physique envers Suzanne qui finit par recevoir, de la part de la communauté, bon nombre de privations et d'humiliations. Au terme d'un long calvaire et de son procès, Suzanne obtient de son avocat son transfert dans un autre couvent où la mère supérieure ne tarde pas à lui témoigner sa tendresse... peut-être même un peu trop.


Quel surprise que ce roman ! Je ne m'attendais pas à être captivée à ce point. J'avais oublié à quel point je trouvais l'écriture de Diderot fluide et agréable à lire ! Ce livre se présente comme les mémoires de la jeune Suzanne qui raconte son histoire et les mésaventures qu'elle a vécues dans différents couvents. Ce n'est pas une héroïne qui méprise la religion et se présente comme une rebelle, c'est tout simplement une jeune fille qui est croyante, elle trouve consolation dans la prière, et manifeste plus de vertus chrétiennes que ses bourreaux. Elle n'a tout simplement pas l'envie ou la vocation à entrer dans un ordre religieux et elle souhaite vivre libre et comme elle le souhaite. C'est un personnage innocent et candide mais intelligente et forte, qui a su se remettre de son calvaire et se défendre contre ses bourreaux.


Son calvaire se révèle révoltant et glaçant, l’institution religieuse se montre ici comme antipathique. Le ton change lorsque Suzanne est transférée dans un autre couvent, dirigé par une supérieure qui vit entourée de ses jeunes favorites au mépris de tout règlement conventionnel. Suzanne, par sa beauté et sa touchante histoire, devient aussitôt la favorite de cette mère supérieure ainsi l'objet de ses convoitises que, par sa candeur, Suzanne ne comprend pas. Le confesseur de Suzanne voit d'un mauvais œil la tendresse de la mère supérieure et conseille à Suzanne de s'en défaire et de se tenir à distance de la supérieure dont le désir et la frustration vont s'accroître... J'avoue avoir pris un plaisir grandissant à partir de cette seconde moitié de roman avec l'entrée en scène de cette supérieure délurée et transie, absolument émerveillée par la jeune fille et qui n'y va pas de main morte dans son admiration : « Jamais vous n'avez pensé à promener vos mains sur cette gorge, sur ces cuisses, sur ce ventre, sur ces chairs si fermes, si douces, et si blanches ? » C'est drôle quand elle se pâme et que notre chère innocente n'y voit que du feu. Rien d'étonnant à ce que la mère supérieure soupire et s'exclame "Quelle innocente !"


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Illustration par Martin van Maele.
L'histoire de Suzanne est captivante et émouvante. On se révolte de la mère qui espère expier sa faute à travers sa fille innocente, envers la mère supérieure qui fait subir à Suzanne un véritable calvaire pare qu'elle refuse de prononcer ses vœux. On s'amuse de la candeur de l'héroïne, on compatit avec elle dans son malheur, on souhaite tout comme elle de gagner son procès face à son premier couvent et de retrouver sa liberté chérie, on suit avec une certaine curiosité ses rencontres avec la seconde mère supérieure qui s'attache énormément à elle...

A travers les mémoires de Suzanne, on lit évidemment les réflexions de Diderot sur la vie cloîtrée des religieuses. On découvre la contradiction qui peut exister entre les lois établies et les autorités religieuses censées les mettre à exécution car ces autorités peuvent se croire comme seul maître, se saisir des lois et les tordre à sa volonté, comme l'illustre ce roman à travers les mères supérieures que rencontre Suzanne. Chacune d'elle marche sur les lois à sa guise, de telle façon que c'est contraire aux enseignements de la Bible. 

Pourtant, il ne s'agit pas d'une critique de la religion en elle-même, l'auteur ayant fait de son héroïne une jeune fille pieuse, mais plutôt des institutions religieuses se révélant perverses, coercitives et sévères jusqu'à mener ses pensionnaires dans la dégradation humaine, dans la folie, voire parfois au suicide. La Religieuse se présente ainsi comme une ode à la liberté de choisir son destin à travers son héroïne, Suzanne, car cette vie cloîtrée, au sein des couvents, peut engendrer des conséquences néfastes pour certaines personnes qui ne sont pas faites pour ce genre de vie et entraîner certaines perturbations psychologiques. Diderot estime en effet que l'enfermement, la coupure avec le reste du monde sont non-naturels et pourraient rendre fou n'importe qui. Le propos reste d'ailleurs encore d'actualité et peut se généraliser à toute sorte d'institutions, notamment les sectes modernes...

vendredi 31 janvier 2020

L'Odyssée - Homère.


La guerre de Troie est terminée depuis dix ans, mais le roi Ulysse, dont la ruse a permis la victoire des Grecs, erre toujours sur les mers, loin de sa patrie, Ithaque. 

En son absence, le royaume est sens dessus dessous : les prétendants, qui convoitent la reine, jouent les maîtres et pillent le palais. 

Pour retrouver son épouse Pénélope et son fils Télémaque, le héros devra affronter des monstres terribles : un Cyclope mangeur d'hommes, des Sirènes au chant envoûtant, sans oublier la magicienne Circé qui sert de funestes potions à ses convives... 

Ulysse sortira-t-il indemne de ces épreuves ? Ne perdra-t-il pas, au contact de ces êtres cruels, une part d'humanité ? 



Après l'Iliade, il était logique de poursuivre avec L'Odyssée qui fait suite à la première oeuvre. Alors que cette dernière racontait la guerre de Troie, L'Odyssée se concentre sur l'un des héros de cette guerre : Ulysse aux mille ruses. Après dix ans de guerre, Ulysse n'aspire qu'au désir de rentrer chez lui, sur l'île d'Ithaque, et d'y retrouver sa femme Pénélope et leur fils Télémaque. Seulement, ayant provoqué la fureur de Poséidon, dieu des mers et des océans, Ulysse voit de nombreux obstacles se dresser sur sa route alors que son voyage en mer pour rejoindre sa patrie devient de plus en plus difficile et de plus en plus longue. A Ithaque, on croit Ulysse mort ou perdu en mer. De nombreux prétendants en profitent pour occuper la maison d'Ulysse dans l'espoir de voir fléchir Pénélope et la voir épouser l'un d'entre eux. Indigné par la comportement des prétendants, Télémaque décide, avec l'aide d'Athéna, de partir à la recherches de réponses pour en savoir plus sur le devenir de son père...

L'Odyssée. Célèbre poème épique d'Homère. Tout le monde a du entendre parler du voyage épique d'Ulysse en mer. Certains épisodes sont restés célèbres, comme Pénélope qui promet d'épouser quelqu'un dès qu'elle aura finit son tissage mais qui défait son travail le soir, la rencontre d'Ulysse avec Circé, ou sa ruse pour échapper aux cyclopes, ou encore sa rencontre avec les sirènes. Pourtant, ce n'est qu'une partie de cette histoire qui commence (du moins dans mon édition) non pas avec Ulysse mais avec son fils Télémaque. J'ai appris avec une certaine déception que l'épisode de la ruse de Pénélope et son tissage n'est présent qu'à travers la narration d'un personnage et que nous n'y assistons pas. Cela nous tisse pourtant bien d'emblée le tempérament de Pénélope qui demeure fidèle à son mari et refuse de s'offrir à un de ses prétendants. Ces derniers, désireux de l'épouser, occupent la demeure d'Ulysse et tuent ses bêtes pour festoyer et comptent bien rester jusqu'à ce que Pénélope ne consente à épouser l'un d'entre eux ! Indigné par leur comportement et devinant les projets néfastes qu'ils ont à son égard, Télémaque, le fils d'Ulysse que celui-ci a quitté à peine sorti du berceau, se met en quête de réponses afin d'en savoir plus sur le devenir de son père, avec l'aide de la déesse Athéna. Il sera amené à rencontrer de nombreux personnages, dont Ménélas et sa femme, la célèbre Hélène, ce qui sera l'occasion pour Télémaque mais aussi pour les lecteurs, de découvrir l'issue de la guerre de Troie (celle-ci ne s'étant pas achevée à la fin de L'Iliade) avec, notamment, le célèbre épisode du cheval de Troie, la mort d'Achille, et le départ des héros grecs.


Les retrouvailles d'Ulysse et de Télémaque
dans ce tableau de Doucet (1880)
Après avoir accompagné Télémaque pendant plusieurs chapitres, nous rencontrons enfin Ulysse, piégé depuis sept ans sur l'île de Calypso, qui s'est prise d'affection pour lui et souhaite l'épouser et en faire un dieu. Athéna, qui soutient Ulysse, fait les yeux doux à son père pour qu'il lui permette de quitter l'île et rejoindre sa famille. Zeus cède et envoie Hermès partager l'heureuse nouvelle au héro grec. Cependant, ce n'est que le début des aventures d'Ulysse en mer car Poséidon a la rancune tenace et il ne souhaite pas laisser Ulysse rejoindre sa patrie tant que son courroux ne sera pas calmé. S'ensuivent alors un long périple en mer où Ulysse et son équipage vivront de multiples péripéties : naufrage, rencontre avec les sirènes, rencontre avec la sorcière Circé, séjour sur l'île aux cyclopes ou aux Enfers où Ulysse rencontre des héros grecs tombés pendant la guerre de Troie (Achille notamment) ainsi que d'autres épisodes plus méconnus. Car Ulysse ne fait qu'accoster pour mieux reprendre la mer plus tard, comme si la terre ferme lui était interdite et dangereuse. "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage" ? Pas sûr...


Ce qui m'a surprise dans cette oeuvre, c'est l'écriture. L'écriture de cette épopée est très riche et belle mais aussi difficile, j'ai eu des difficultés pendant ma lecture, ce qui m'a étonné car je n'avais pas eu ce soucis lors de ma lecture de L'Iliade, peut-être est-ce du à la traduction car l'édition que je possède n'est pas récente. Il faudrait qu'un jour, je lise quelques extraits provenant d'éditions plus récentes pour comparer. Toujours est-il que ma lecture fut laborieuse, d'autant plus que les personnages sont très régulièrement adressés non seulement par leur nom mais aussi par leurs titres et ils sont nombreux ("Ulysse, fils de Laerte, aux mille ruses", "Athéna aux yeux pers", etc), il y a beaucoup de répétitions, notamment dans ces titres, ce qui alourdi le récit. C'est la raison principale qui a fait que j'ai moins accroché à cette histoire qu'à celle de L'Iliade. Toutefois, c'est un livre qui fait beaucoup voyager et qui nous fait plonger dans la Grèce Antique et sa mythologie, ce qui ne peut que plaire aux amoureux de la mythologie grecque car, à l'inverse de L'Iliade, nous rencontrons de nombreux êtres mythologiques : outre les dieux, nous avons des sirènes, des cyclopes, des nymphes, une sorcière, etc, ainsi que de célèbres épisodes comme la chute de Troie, le cheval de Troie, les adultères d'Arès et d'Aphrodite, la ruse de Pénélope, etc.

Plus qu'une épopée maritime, cette oeuvre est un miroir sur la société grecque antique car nous découvrons les îles grecques, les lois de l'hospitalité, la richesse et l'opulence des banquets. On apprend comment les marins faisaient pour s'orienter en mer, comment étaient organisés les banquets car de nombreux personnages profitent d'un rassemblement autour d'un banquet pour raconter leur histoire. A l'instar de L'Iliade, les personnages mortels sont soumis aux caprices des dieux, il suffit de voir Ulysse qui a mis 10 ans à retrouver sa patrie suite à la fureur de Poséidon ou encore Athéna qui, comme les autres dieux, a le pouvoir d'influencer les sentiments des mortels, de leur donner crainte ou courage. Heureusement pour Ulysse, Athéna est de son côté et oeuvre tout au long de l'histoire auprès du père et du fils pour qu'Ulysse retrouve les siens.


Ulysse et les sirènes d'Herbert Draper, l'une des nombreuses oeuvres à raconter ce célèbre épisode bien que
les sirènes de la mythologie grecque sont des femmes ailées.

Concernant Ulysse, si je dois avouer lui avoir surtout préféré son fils Télémaque, c'est un personnage plaisant à suivre, je n'ai pas pu lui être insensible et j'ai été touchée par son immense dévotion envers sa famille, son désir constant de retrouver les siens et sa patrie, et le courage dont il fait preuve pour surmonter les épreuves envoyées par les dieux, et d'apprécier sa ruse (même s'il aurait pu s'abstenir de révéler au nom au cyclope qu'il a aveuglé, surtout quand le dit cyclope est fils de Poséidon...) et lorsqu'enfin il retrouve sa patrie, il se cache de tous sous les traits d'un vieux mendiant pour vérifier l'état d'esprit de ceux qu'il a quitté 20 ans plus tôt, jusqu'à cacher son identité auprès de ses êtres chers. Toutefois, j'ai beaucoup aimé les retrouvailles entre Ulysse et Télémaque que j'ai trouvées touchantes, et j'ai été transportée par la joie de Pénélope de retrouver son époux, après que celui-ci ait donné aux prétendants ce qu'ils méritaient !

Une lecture laborieuse mais je suis contente d'avoir enfin lu ce classique et de découvrir Ulysse. Malgré l'écriture difficile, ce sont de très beaux vers et une véritable plongée dans la Grèce Antique et sa mythologie. Une oeuvre qui, à l'instar de son héro, fait voyager !



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