samedi 17 janvier 2026

Quand j'ai froid - Valentine Choquet.


C’est l’hiver. Louise mène un quotidien calme, un peu solitaire et rythmé essentiellement par ses études. Un jour, frissonnante, elle rencontre sa voisine d’immeuble, une petite mamie qui a la bougeotte, le sourire aux lèvres et une myriade d’histoires à raconter. Des histoires de patins à glace et d’écharpes réconfortantes, des histoires de fleurs symboliques et de grand amour, des histoires de vélo et d’enfant qui grandit… Mois après mois, saison après saison, les deux femmes partagent de doux moments présents et des souvenirs passés, des souvenirs néanmoins de moins en moins précis…


“Il fait froid dehors ! Vous ne trouvez pas. Et moi quand j'ai froid… je rétrécis !”


Je n’attendais pas grand-chose de cette bande-dessinée, à part de m’occuper pendant une heure et de passer un bon moment de divertissement. Au final, je referme ce livre, les yeux rougis par les larmes que cette histoire m’a fait verser. Quand j’ai froid est le coup de cœur auquel je ne m’attendais pas.


On pourrait s’attendre à une histoire banale. Louise est une étudiante solitaire dont les journées sont rythmées par ses études puis les moments de calme dans son appartement qu’elle partage avec son chat. Les jours se suivent et se ressemblent, en pleine saison hivernale, jusqu’au jour où Louise fait la rencontre d’Andrée, sa voisine d’immeuble, une petite mamie pleine de vie, malicieuse et avec plein d’histoires à raconter. Une amitié va se nouer entre ces deux femmes de générations différentes, et qui vont trouver en l’autre exactement ce dont elles avaient besoin.


Je me suis identifiée en Louise, jeune fille timide et renfermée qui n’ose pas aller vers les autres, et qui mène un quotidien solitaire. J’ai pris plaisir à la voir évoluer au fil de l’histoire. Son amitié avec Andrée va apporter de la couleur dans sa vie, de la compagnie mais aussi lui donner l’assurance d’aller voir ses camarades et de lier des liens d’amitié avec eux. Ainsi, son petit appartement solitaire va devenir plein de vie, et son mur s’orner de photos de plus en plus nombreuses de Louise et son chat, ses amies et bien entendu Andrée.


Andrée est une pétillante petite mamie, certes âgée mais pleine de vie, et son amitié avec Louise est touchante, et peut nous rappeler notre relation avec notre propre grand-mère, apportant ainsi douceur et nostalgie. J’ai aimé découvrir, en même temps que Louise, ses souvenirs de jeunesse, sa rencontre avec son mari, des anecdotes de son enfance, sa passion pour le cyclisme et le tour de France. J’ai aimé l’usage de la couleur sépia pour les flash-back du passé d’Andrée, il apporte un côté désuet, qui rappelle un peu des anciens films.


Cette bande-dessinée a réussi le pari de rendre touchante une histoire sans dialogue (juste une bulle au début et une à la fin), uniquement avec des gestes et des expressions qui transmettent très bien les idées et les sensations. Tout l’émotion du récit passe par les dessins. C’est une histoire poignante sur la solitude, l’importance des souvenirs mais aussi la mémoire (plus particulièrement la perte de mémoire et l’impact sur le quotidien). Il y a quelque chose de poétique et de déchirant chez cette petite dame qui se remémore son passé tout en s’apercevant qu’elle oublie petit à petit des pans de sa vie.


Quand j’ai froid est une histoire émouvante sur une amitié intergénérationnelle touchante, très douce-amère alors qu’elle aborde des thèmes tantôt doux et chaleureux (l’amitié, le partage de souvenirs, l’ouverture au monde), tantôt triste et déchirant (la perte de mémoire, la solitude, la vieillesse). Coup de cœur absolu et inattendu pour cette BD qui m’aura fait sourire autant qu’elle m’aura fait pleurer.

mercredi 31 décembre 2025

Le Chant des Ronces - Leigh Bardugo.




Embarquez dans un voyage vers des terres sombres et dangereuses, peuplées de villes hantées et de bois affamés, de monstres bavards et de golems en pain d'épices, où la voix d'une sirène peut invoquer une tempête mortelle, où les rivières font de terribles promesses d'amour...






Le chant des ronces est un recueil de six contes en rapport avec un autre univers fantasy de l’auteur, les Grishas, un peu comme ce que sont les Contes de Beetle le Barde dans l’univers d’Harry Potter. Fort heureusement, il n’est pas nécessaire d’avoir lu au préalable cette saga pour comprendre et apprécier ces contes, et quelle jolie lecture ce fut, surtout en cette période de fête !


Voici les six contes présents dans ce recueil :


Ayama et le bois aux épines : Tout commence lorsque, dans un royaume fort lointain, une reine donna naissance à un prince charmant, puis à un autre garçon… ou plutôt, une bête. En parallèle, une paysanne donne naissance à Kima, une fille charmante, belle, à la voix chantante, puis Ayama, moins gracieuse, plus maladroite et ronde. Un jour, le second prince s’échappe, semant la panique et tuant les troupeaux. Personne n’est assez valeureux pour l’arrêter ou négocier avec lui. On envoie donc Ayama, que personne ne regrettera, pour trouver la bête qui s’est terrée dans les bois. Celle-ci lui propose un marché : si elle lui raconte une histoire qui lui fera oublier sa colère, il lui laissera la vie sauve et n’attaquera plus les troupeaux.


Le renard trop rusé : Koja, un regard chétif et laid, se sert de sa ruse pour se sortir de situations dangereuses, mais il se pourrait qu’un jour son ennemi soit plus rusé que lui. Heureusement, il peut compter sur l’aide de Lula, l’oiseau chanteur.


La sorcière de Duva : Des petites filles disparaissent dans les bois et, au milieu d’un hiver terrible, Nadya perd sa maman d’une maladie et son père se remarie avec Karina qui ne cache pas son mépris pour Nadya. Alors qu’elle l’envoie dans ces bois inquiétants, Nadya tombe sur la maison d’une sorcière, faite de friandises, et se met à son service…


Petite Lame : C’est l’histoire de Yeva, fille d’un duc, si belle qu’elle fait bien malgré elle tourner la tête de tous ceux qu’elle rencontre. Aimant l’attention que l’on porte à Yeva, le duc décide de faire subir à tous ses prétendants une série d’épreuves dont la récompense sera la main de sa fille. Semyon, un paysan, remporte les épreuves avec l’aide de Petite Lame, une rivière, il espère bien gagner une épouse, mais la rivière a plus d’un tour dans son sac.


Le prince soldat : Droessen est un horloger et chacun est comblé de ravissement face à ses œuvres, mais il souhaite se marier. La jeune Clara, encore malléable, est la candidate parfaite. Il lui offre un casse-noisette dont Clara ne se sépare pas et à qui elle confie tous ses secrets. Le casse-noisette a aussi un secret : il vit, et il a la tête hanté de souvenirs d’une vie qu’il ne comprend pas…


Quand l’eau chantait le feu : Ulla est une sild (sorte de sirène) méprisée par ses pairs à cause de sa différence. Ce qu’elle désire plus que tout est de devenir chanteuse à la Cour. Un jour, alors qu’Ulla et sa partenaire de chant, Signy, chantent devant la Cour, elles attirent l’attention du plus jeune des princes, Roffe, rongé dambition et impressionné par la magie crée par leur chant. La vie d’Ulla bascule le jour où elle rejoint la terre ferme avec Roffe et Signy, et qu’elle découvre le secrets de ses origines, cachés par ses parents, et que le prince Roffe commence à montrer son vrai visage... 


J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ces différents contes. S’ils sont d’intérêt inégal, et que j’ai mes préférences, j’ai pris grand plaisir à découvrir et à dévorer chacun d’entre eux. Ils ne sont pas sans rappeler, pour certains, des contes célèbres que nous connaissons comme Casse-Noisette, La Belle et la Bête, Hansel et Gretel, le Roman de Renart ou encore La Petite Sirène, mais aussi avec quelques éléments qui nous font rappeler les contes russes avec les prénoms des personnages, le froid et l’hiver qui sont présents dans de nombreuses histoires, la nature belle et cruelle à la fois. J’ai beaucoup apprécié découvrir, lors de ma lecture, de quels contes l’auteur s’inspirait (certains sont moins évidents que d’autres), et comment il les a réinventé à sa propre sauce, et avec son propre univers.


L’auteur a très bien su reprendre la recette des contes de fée pour créer les siens, en nous offrant parfois même un dénouement surprenant puisque l’auteur renverse certaines valeurs codifiées et montre combien les apparences et les évidences peuvent paraître bien trompeuses. Il reprend donc le schéma des contes mais apporte sa petite touche. Ainsi, la chute n’est pas forcément celle que l’on croit, le méchant n’est pas toujours celui auquel on pense, on a une héroïne pas bien jolie mais pleine d’esprit, de belles amitiés, des gentils qui ne le sont qu’illusoirement, etc.


Ajoutons à cela que le livre est un bel objet et que nous trouvons, en fin de conte, une jolie illustration pour clore le récit. Ces contes sont ensorcelants, avec une consonance slave, et apportent bien entendu de très belles morales à la fin.


Elle se rappela que ce n’était pas parce que personne ne voulait l’écouter qu’elle n’avait rien à dire, bien au contraire. Si la bête aimait qu’on lui parle, Ayama apprécierait peut-être tout autant d’être entendue.

lundi 29 décembre 2025

Les guerres de Lucas (T.2) - Renaud Roche et Laurent Hopman.


Au lendemain de la sortie du premier Star Wars, le jeune George Lucas n’est plus le rêveur farfelu que personne ne prend au sérieux. Propulsé champion du box-office, riche à millions, il a les cartes en main pour décider de son avenir. Déterminé à s’affranchir pour de bon de la dictature des studios, il fait le pari audacieux de mettre en jeu tout ce qu’il possède pour financer seul son prochain film. Une décision qui va s’avérer lourde de conséquences…

Ce deuxième volet de la trilogie Les Guerres de Lucas relate l'histoire oubliée du véritable calvaire qu’a été la production de L’Empire Contre-Attaque. Drames, conflits et accidents improbables accablent le tournage, faisant presque oublier les déboires rencontrés sur le premier film… Une descente aux enfers qui manquera de détruire Lucas, mais finira par accoucher d’un film considéré aujourd’hui comme le chef-d’œuvre de la saga.



Je l’avais tellement espéré, puis je le découvre par un parfait hasard dans les rayons d’une librairie. Mais enfin, il est là ! Le tome deux des Guerres de Lucas, cette bande-dessinée biographique qui retrace à la fois la vie de George Lucas et l’histoire de sa trilogie Star Wars.


Ici, on s’attaque au deuxième volet, L’Empire Contre-Attaque ! On pourrait croire qu’avec l’immense succès du premier volet, on laisserait le champ libre à George Lucas pour la réalisation de sa suite. Que nenni ! Pourtant, Lucas, ayant appris de ses erreurs, a cherché à déléguer la réalisation du film à des personnes de confiance, et ne plus mettre sa santé en péril. Mais rien ne se passe comme prévu.


La réalisation de ce film fut en effet aussi infernale que celle du premier opus, avec les studios qui ont cherché à arracher le contrôle du film à Lucas, les bras de fer entre les studios et la banque, les problèmes et les tensions internes au sein même de l’équipe, des conditions de tournage parfois pénibles. Ajoutons à cela un scénario qui ne convainc pas, le retard qui s’accumule, faisant donc exploser le budget, une tempête de neige qui perturbe le tournage, Carrie Fisher et son problème d’addiction aux médicaments, Mark Hamill dont un accident de voiture a laissé des marques sur son visage, Harrison Ford qu’il faut convaincre de revenir et qui demande la mort de son personnage dans le deuxième volet. Sans oublier le développement en parallèle du premier volet d’Indiana Jones avec Steven Spielberg.


Bref, la production de ce film fut semée d’embûches, entre drames, accidents, coups du sort improbables. Tant de défis auxquels ont du faire face le couple Lucas et que les spectateurs ignorent. En tout cas, j’ignorais tout des difficultés, du travail acharné et défis derrière la production des films (pas que j’ai cherché à me tenir informée, cela dit) et qui ont contribué à forger. Ce fut intéressant de découvrir tous ces secrets de production et l’histoire derrière le film. J’ai vraiment eu de la peine et me suis révoltée avec Lucas dans sa lutte contre les studios pour ne pas se faire voler les droits de son film (ce qui ne l’empêchera pas de vendre ensuite Star Wars à Disney, mais bon passons).



Cette image n'a pas besoin de contexte pour les fans de Star Wars qui 
reconnaîtront très bien la scène, et dont le plot twist a du en choquer plus d'un à l'époque !

J’ai aimé en savoir plus sur la naissance de Yoda (comment mettre en place un tel personnage?), redécouvrir l’histoire derrière la plus célèbre scène du film (« Je suis ton père » de Dark Vador) et comment garder cette scène secrète jusqu’au tout dernier jour, le casting pour le personnage de Lando Calrissian, mais aussi tout le chemin parcouru depuis les premières ébauches du scénario qui proposait quelque chose de bien différent du résultat final !


En parallèle, nous continuons à suivre la vie privée du couple Lucas, leur volonté de fonder une famille qui se heurte à bien des difficultés, Marcia qui demeure un roc pour son mari et dont l’aide a été précieuse dans la réalisation du film. On suit un homme débordé, toujours aussi angoissé (avec raison) visionnaire mais épuisé, happé par le tourbillon d’une réussite et d’un film qui menacent de lui échapper. Tout semble contre lui, mais sa ténacité, sa foi en son univers, l’aide et les idées ingénieuses de son équipe, finissent pas l’emporter. L’Empire Contre-Attaque voit enfin le jour, confirmant le succès de Star Wars et gravant son nom dans l’histoire du cinéma.


On découvre également la naissance de la compagnie Lucasfilm, à la franchisation du nom de Star Wars, à la construction du célèbre Skywalker Ranch, à la fois domaine de plusieurs hectares mais aussi une sorte de manoir-ranch-domaine cinématographique en pleine nature californienne, loin de l’industrie hollywoodienne.


Ce second tome est une lecture aussi captivante que le premier, enrichissant mes connaissances sur cette saga culte, son impact sur l’industrie cinématographique et aussi sur la vie de George Lucas. Comme pour le premier tome, je recommande chaudement celui-ci aux fans de Star Wars mais aussi aux fans de cinéma. C’est réellement une perle, et je pense l’une des meilleures sagas de bande-dessinée que je connaisse (mon amour pour Star Wars y est certes pour beaucoup, mais c’est réellement une œuvre bien réalisée, on ne peut que saluer tout le travail de recherche). Vivement 2027 pour le tome 3 !


dimanche 28 décembre 2025

Snowdonia - Jeremy Angelo.

1899. Laurine, jeune fille originaire d’un petit village au creux des montagnes du Jura, vient tout juste d’avoir 17 ans. Si tous s’attendent à la voir se marier rapidement, elle n’est pourtant pas certaine d’y être prête. Elle aime sa vie telle qu’elle est. Mais tout s’écroule lorsque son père lui annonce qu’il l’envoie vivre au pays de Galles, chez un grand-oncle dont elle ignore absolument tout. Laurine doit donc quitter sa famille, son prétendant, sa terre natale et se résoudre à célébrer Noël loin de chez elle. 

Seule et déboussolée, la jeune fille débarque donc à Conwy, porte d’entrée d’un immense parc naturel nommé Snowdonia, connu pour être un pays quasiment dénué de vie. Laurine y fait la connaissance de Henri Harlington, son grand-oncle, qui l’accueille à bras ouverts, ainsi que celle de Dryston, le jeune majordome du manoir, qui bien que charmant est désagréable à souhait ! Henri devant s’absenter pour affaires, Laurine se retrouve donc en seule compagnie de Dryston, dont la mission est de faire découvrir la région et les coutumes galloises à la jeune fille ! 

Parviendra-t-elle à apprivoiser le majordome afin que son séjour en terre étrangère ne se transforme pas en véritable cauchemar ? Les traditions de ce nouveau pays lui feront-elles quelque peu oublier la tristesse d’être loin de chez elle et de ses proches pour Noël ?


Snowdonia nous emmène en plein cœur du pays de Galles, à la fin du XIXe siècle, pour un petit conte de Noël bien sympathique.


Ce que je retiens essentiellement de ce roman est son cadre qui m’a dépaysé et m’a fait voyager. Ce roman est une lettre d’amour au pays de Galles. L’auteur ne cesse de nous faire découvrir la vie au pays de Galles, ses traditions (celles de la vie de tous les jours, mais aussi les traditions de Noël), sa gastronomie, ses paysages, son sens de l’hospitalité, tant et si bien que Perceval de Kaamelott en serait fier ! J’ai pu apprendre beaucoup de choses sur les coutumes du pays de Galles, des plus belles aux plus étranges, notamment la Mari Lwyd, le lovespoon, les légendes celtiques aussi, le christmas pudding. Il y a aussi des références à Dickens ou à Lewis Carroll. On apprend aussi des expressions locales telles que « affûter les meules », « consoler son café » ou « faire des petits pains ».


Snowdonia est également un lieu que l’on prend plaisir à découvrir. Sa grande étendue sauvage, souvent enneigée, ses paysages entre mer, montagnes et forêts, ses habitants parfois taquins, parfois désagréables mais le plus souvent sympathiques, à commencer par l’oncle Henri, écrivain à ses heures perdues. La plume de l’auteur est d’autant plus jolie que l’on savoure chaque description qu’il nous offre. J’ai beaucoup aimé découvrir le pays de Galles, d’autant plus pendant la période de Noël qui nous rend le voyage encore plus magique, et j’ai beaucoup apprécié découvrir le pays et ses coutumes en même temps que notre héroïne.


Concernant la romance, je n’ai malheureusement pas été entièrement convaincue. Alors, oui, ils sont adorables nos tourtereaux quand ils sont amoureux, quand ils s’échangent des baisers et que l’harmonie bat son plein entre eux. Mais j’ai bien souvent été déconcertée. Je n’ai d’une part pas compris le mépris, sinon l’agacement initial de Dryston envers Laurine (Monsieur avait-il des préjugés sur l’héroïne bien avant son arrivée ?), ou fâché de devoir veiller sur cette parfaite inconnue ? D’autre part, leur attirance mutuelle arrive un peu soudainement, sans que l’on comprenne d’où elle sort et ça se développe un peu trop rapidement à mon goût. Parfois, ils s’aiment, puis parfois Laurine s’emporte ou Dryston devient froid et distant envers elle, se mettant à la rouspéter comme une enfant. C’est une vraie girouette. Il alterne entre le jeune homme doux et prévenant et le type froid et rustre dont la mauvaise humeur tombe quand on ne s’y attend pas. Un petit problème d’hormones, peut-être ? Le fait d'être restreint au point de vue de Laurine n’aide pas. Les émotions et les sentiments sont survolés, et j’aurais apprécié avoir aussi le point de vue de Dryston, au moins pour comprendre son comportement parfois énigmatique.


Au moins on s’éloigne des clichés des romances de Noël, mais malheureusement, je n’ai pas été entièrement convaincue par le développement de celle-ci. Dommage, ils sont pourtant mignons, nos deux petits amoureux, mais la façon dont s’est mise en place leur romance ne m’a pas toujours paru bien crédible.


Snowdonia reste une lecture sympathique à découvrir pendant la période des fêtes. Si la romance ne m’a pas convaincu, par son manque de crédibilité, j’ai été charmée par ce voyage au pays de Galles et en apprendre davantage sur les coutumes du pays mais aussi ses traditions festives. Un vrai dépaysement !



Une chèvre avec des cornes immenses et recourbées me faisait face. Elle me fixait. Son regard ne ressemblait guère à celui de quelqu’un voulant m’inviter à dîner. Il voulait plutôt dire : Dégage de chez moi ! Apparemment, elle ne devait pas être au courant des règles de l’hospitalité et du savoir-vivre en vigueur dans son pays. Je décidai de les lui rappeler :

— Écoute-moi bien, toi, la bestiole ! Sache que je vais raconter à tout le pays de Galles que tu réserves un très mauvais accueil aux étrangers venus réclamer le droit d’asile, ici-même, dans tes montagnes ! Tu en seras si honteuse que plusieurs générations de chevreaux issus de ta descendance seront encore rongées par l’humiliation pendant des dizaines et des dizaines d’années !

— Bêeeeeeeh ! fit-elle en guise d’unique réponse.

Elle frotta son sabot droit sur le sol, faisant voler des paquets de neige à droite et à gauche, comme pour m’impressionner.

— Très bien, comme tu veux ! Si tu prends ce ton-là, je vais en parler à la reine Victoria ! Elle va te bannir de Snowdonia !

La créature s’en moqua éperdument. Elle n’hésita pas à me charger. J’esquivai son attaque en me déplaçant sur le côté gauche, mais mes pieds dérapèrent sur une plaque de verglas. Je m’écroulai sur le sol gelé et sombrai dans l’inconscience. Les dernières choses que j’aperçus furent des ombres dansantes au-dessus de moi. Je priai intérieurement qu’il n’existe pas une race de chèvres carnivores dans cette région maudite.

vendredi 19 décembre 2025

Christmas Therapy - Caro M. Leene.


Collectionner les calendriers de l’Avent ? Se lever à l’aube pour être aux premières loges de la parade ? Ne jamais sortir sans son serre-tête à bois de renne ? 

Rien de plus normal pour Maureen qui, chaque année, n’est que joie et excitation à l’approche de Noël. Seulement, cette fois, elle risque de perdre son job de coach de vie si elle ne suit pas cette fichue thérapie censée la guérir de son « obsession ». 

Comme si elle souffrait d’une maladie grave ! Si quelqu’un doit se faire soigner, c’est plutôt Logan… Cet homme cynique et désagréable suit le même programme, mais pour se réconcilier avec la période des fêtes qu’il a en horreur. Maureen veut bien prendre sur elle, mais de là à travailler en équipe avec ce mec grognon… On peut dire qu’elle a été gâtée avant l’heure ! À moins que Noël ne lui réserve encore son lot de surprises



Christmas Therapy propose une romance plutôt classique entre une amoureuse de Noël et un Grinch, mais à travers une thérapie autour de Noël, ce qui apporte une certaine touche d’originalité à cette romance de Noël.


Ce n’est pas tant la romance en elle-même que je retiendrai de ce roman, mais plutôt le concept de la thérapie de Noël qui vise à aider les Grinch en puissance à se réconcilier avec Noël, et les addicts de Noël à tempérer un peu leur amour des festivités. J’ai beaucoup apprécié qu’il n’y ait pas de parti pris entre les « deux camps », qu’il n’y ait pas de « team Logan » ou de « team Maureen » … ou alors qu’on peut très bien prendre parti pour les deux à la fois.


On peut en effet juger compréhensible l’envie de Logan de ne pas être envahi par Noël, tout comme son aversion pour la version de Noël devenu trop commercial, tout comme on peut comprendre qu’il n’aime pas Noël car c’est une période difficile pour lui que ça le ramène à des souvenirs amers. On peut juger aussi légitime l’envie de Maureen de revendiquer son amour de Noël, après tout elle a bien le droit d’aimer Noël comme elle l’entend, pourquoi devrait-elle être jugée ? Même s’il y a des excès, qu’elle achète un peu trop de calendriers de l’avent, qu’elle se lève aux aurores pour avoir les meilleures places pour assister à une parade de Noël, tant qu’elle ne fait de mal à personne, qu’on la laisse vivre comme elle le veut !


J’ai également aimé cette notion d’équilibre que la thérapie de Noël veut appliquer. On ne demande pas à Logan d’adorer Noël, mais de ne plus ressentir cette « haine » irascible qui le ronge, mais d’associer à cette fête des traditions et des souvenirs plus positifs, pour compenser au fait que Noël a longtemps été pour lui synonyme de souvenirs douloureux, quitte à ce qu’il fête Noël à sa façon, et à son rythme, sans le brusquer. On ne demande pas non plus à Maureen de ne plus aimer ou de moins aimer Noël, mais de tempérer un peu, de lever le pied, et de prendre conscience que tout le monde n’aime pas Noël autant qu’elle, ou que tout le monde ne le fête pas de la façon dont elle l’entend, la façon qu’elle voit comme traditionnel. Le message qui découle aussi du roman est aussi le fait qu’il n’y a pas une seule bonne façon de fêter Noël mais qu’il y a un Noël différent pour chaque personne, même si pour certains, il s’agit d’aller au pub pour boire une bière devant un match de foot à la télévision, au lieu d’un repas avec une dinde.


« Je vais reformuler vos propos, Maureen, si vous me le permettez : ce n’est pas vraiment l’activité qui vous vient en tête lorsque vous pensez à Noël. J’aimerais vous rappeler une chose à tous. Noël est avant tout un état d’esprit. Noël n’est pas une journée, c’est une période, une saison, et chacun y associe des souvenirs qui lui sont propres. Partant de ce constat, nous pouvons donc affirmer qu’il existe autant de versions de Noël que de personnes. Vous ne pouvez pas vous permettre de juger ce que vos amis, vos voisins, vos collègues, ou encore des inconnus, associent à Noël. »


Concernant nos tourtereaux, même si je n’étais pas convaincue au départ, ils sont plutôt attachants et il y a de l’alchimie entre eux. Cela dit, ce n’est pas de la romance de Noël à me faire soupirer de bonheur et à me faire rêver. Je désespère de trouver un jour la romance de Noël qui saura me conquérir… Peut-être l’an prochain, qui sait !


Toutefois, les personnages principaux sont plutôt plaisants. J’ai bien aimé Maureen, une femme bien dégourdie, qui ne se démonte pas (merci aux grands-frères), qui n’est pas gênée par qui elle est, c’est une jeune femme pleine de vie. Si je l’ai trouvé un peu excessive par moment, dans son amour de Noël, elle évolue et apprend qu’elle ne doit pas imposer sa version de Noël à Logan, mais apprendre à s’adapter, célébrer Noël à la façon de Logan, sans se débarrasser de ses propres traditions. Logan est plutôt aux antipodes, il est ronchon et moqueur, mais il a un bon fond et se prête au jeu, en accompagnant Maureen dans ses sorties de Noël. Je regrette toutefois que sa relation conflictuelle avec sa mère soit si peu exploitée, alors que c’est l’un des aspects centraux du roman, c’est ce qui a poussé Logan à faire cette thérapie. J’ai l’impression que cet aspect, plutôt central, a vite été balayé sur la fin alors qu’il avait enfin commencé à être honnête avec sa mère et expliquer son mal-être.


Concernant les autres personnages, les amis de Logan sont tout simplement infects, Glen étant le pire de tous, à se conduire de manière mesquine (encore heureux que certains se rattrapent sur la fin). Heureusement, les amis de Maureen se rattrapent un peu, avec Aly qui est aussi fan de Noël qu’elle, et prête à la soutenir, mais aussi Evan qui aurait très bien pu être psy pour couple tellement il a été de bons conseils, ne prenant parti ni pour Logan, ni pour Maureen, et en voulant aider l’un et l’autre à mieux se comprendre, pour éviter ou réparer les malentendus, leur permettre d’ouvrir les yeux. Ce qu’il dit est toujours vrai, et la vérité peut faire mal parfois, mais il vise toujours juste, sans jugement. On gagnerait tous à avoir un ami comme Evan !


Bon, avec tout ça, qu’est-ce que je pense globalement de Christmas Therapy ? C’est un roman rythmé, la romance de Noël est classique mais l’idée d’une thérapie de Noël est un concept original et intéressant qui peut offrir une véritable réflexion autour de Noël. Cela dit, ça ne me laissera pas un souvenir impérissable et je n’ai pas trouvé le roman bien transcendant. Cela reste une petite lecture légère et divertissante qui permet de se plonger dans une ambiance festive.


— Est-ce que l’ambiance de Noël vous a pesé ?

— Non, pas spécialement.

— Aucune envie de partir en courant ?

Je me contente de secouer la tête de façon négative.

— Parce que vous étiez dans une représentation de Noël qui vous convenait. Noël était présent par touches et non en abondance. Noël est ce que l’on en fait, les valeurs qu’on y associe. Ce n’est d’ailleurs pas Noël en soi qui vous rebute, mais peut-être l’image ultra-médiatisée et commercialisée qui en est faite. Ce « trop » vous a poussé peu à peu à rejeter cette période.