Monsieur Van Gogh n'a qu'un seul désir dans la vie, devenir un peintre de talent. Mais les avis des experts et (presque) confrères sont unanimes : il est totalement nul ! Un soir qu'il se trouve en Arles à la recherche de l'inspiration, il sauve la vie d'un chat orange...
Et découvre que ce chat, qui s'appelle Vincent, est un peintre extraordinaire, mais aussi un coureur de jupons invétéré, un cambrioleur de haut vol, un fieffé menteur, bref, une véritable fripouille.
Van Gogh le convainc très vite de lui apprendre à peindre, et un terrible destin se met alors en marche...
Ceci est sans doute la
bande-dessinée la plus bizarre que j’aie jamais lue !
Le
moins qu’on puisse dire, c’est que c’est une œuvre très
déjantée, mais je n’ai malheureusement pas adhéré, ni goûté à
l’humour particulier de cette bande-dessinée.
C’est
spécial. Trop spécial (au point où je me demande si l’auteur n’a
pas bu que de l’eau en pondant cette BD).
J’aurais pu, à la limite,
adhérer à l’étrange idée proposée par l’auteur, et qui est
de faire de Van Gogh un peintre médiocre, qui cherche le talent sans
jamais le trouver, et d’avoir un chat nommé Vincent comme étant
le véritable auteur de ses peintures (voire que les œuvres des plus
grands peintres, toute époque confondue, viennent d’animaux à qui
les « peintres » ont volé la vedette), avec Van Gogh qui
s’approprie le travail du chat, tout en développant une étrange
relation avec le félin.
Je
m’étais même attendue à une histoire d’amitié improbable
entre Van Gogh et le chat, mais peut-on vraiment parler d’amitié ?
Ils ont une relation de dépendance toxique, basée sur les
mensonges, la supercherie et la violence… C’est qu’il a mauvais
caractère, ce chat ! D’ailleurs, je dois adresser mes
félicitations à l’auteur… Ce doit bien être la toute première
fois que je trouve un chat, réel ou de fiction, que je trouve tout
bonnement insupportable. Aucune qualité ne le sauve. C’est un Dom
Juan, pyromane, mythomane, voleur, tricheur, violent, désagréable.
Certes un très bon peintre, mais une saleté de chat !
L’autre
souci de cette bande-dessinée, c’est sa trame. Il faut vraiment
s’accrocher pour suivre l’histoire, tant l’enchaînement des
scènes est chaotique et ne présente aucune logique. C’est
vraiment une histoire sans queue ni tête !
Cette
bande-dessinée n’a que deux tomes, mais jamais une histoire ne m’a
parue aussi LONGUE. Pourtant, j’ai tout fait pour suivre cette BD
et lui trouver un intérêt, mais faute est de constater que je ne
suis pas le bon public pour cette histoire. Certains apprécieront
l’humour déjanté, et l’étrange relation qui lie Van Gogh et le
félin, à semer la zizanie. D’autres pourront même y voir un
hommage à Van Gogh. Pour ma part, cet hommage, je le cherche encore,
et cette histoire est beaucoup trop farfelue et chaotique pour moi.
Dommage, parce qu’il y avait de la matière et du potentiel !
Je n’ai tout simplement pas accroché.
Un
petit point positif tout de même : le dessin est très joli,
j’ai aimé ce style de graphisme qui s’inspire des peintures de
Van Gogh, et qui nous présente de nombreuses références à la vie
et l’art de Van Gogh, ainsi que ceux de ses peintres contemporains.
C’est une belle petite plongée historique dans la France de
l’époque puis des artistes des décennies suivantes. C’est la
seule qualité de cette BD très haut perchée.
Apprenant la découverte sur une brocante d’un mystérieux album de trois cent soixante-dix-sept photos prises clandestinement à Paris et en banlieue entre 1940 et 1942, Philippe Broussard, journaliste au Monde, se lance dans une enquête vertigineuse pour tenter d’en identifier l’auteur.
Pendant quatre ans, il scrute le moindre indice, tire le fil de pistes plus ou moins fiables, approchant peu à peu la vérité de cette histoire tragique dont les spécialistes de l’Occupation et de la Résistance ignorent tout.
Le succès des articles qu’il fait paraître, à l’été 2024, relance ses investigations. Philippe Broussard veut aller plus loin : reconstituer la vie de ce héros anonyme, mort en déportation, et de ses proches est devenu pour lui une obsession.
Dans une prose palpitante, il fait ici le récit complet de sa quête en même temps qu’il dévoile une centaine de photos de cet album miraculeusement retrouvé, mémoire matérielle d’un courage bouleversant.
Imaginez une époque où
prendre des photos était interdit, et pouvait vous valoir un aller
simple dans un camp de travail. Cette époque n’est pas si
lointaine. Nous sommes en France, pendant l’Occupation allemande.
Une partie du pays (dont Paris) est occupée par les Allemands,
tandis que la zone libre est dirigée par le régime de Vichy de
Pétain. Les seules photographies autorisées, et qui constituent la
majorité des sources visuelles que nous avons de cette époque,
viennent de la propagande et montrent une image fausse d’une
occupation qui se passe bien, avec des occupants qui respectent le
pays et ses habitants, un Paris paisible, loin de toute image de
pénurie ou de souffrance.
Prendre
des photos, sans autorisation, pouvait coûter très cher.
Pourtant,
un jour de brocante, deux passionnés de photographies anciennes
tombent sur un album contenant pas moins de trois 177 photos prises
clandestinement à Paris et en banlieue au début de l'Occupation,
entre 1940 et 1942, la plupart datées et annotées. Un véritable
trésor pour ces passionnés, d’autant que ces photographies sont
nombreuses, datées et accompagnées de commentaires percutantes et
pleines d’ironie, et surtout elles ne proviennent pas de la
propagande et montrent ainsi une image beaucoup plus réaliste de
cette période.
Qui
est ce mystérieux et courageux photographe ? Qu’est-il
devenu ? C’est ce à quoi a tenté de répondre Philippe
Broussard qui a mené une véritable enquête de quatre ans, scrutant
le moindre indice, se lançant sur des pistes incertaines, au gré de
lueurs d’espoir et de désillusions.
C’est
un véritable travail d’enquête qui se dessine. C’est un travail
d’archive, de recherche et de logique long et minutieux. Rien n’est
laissé de côté. On recherche des photographies similaires dans des
musées ou des archives, au cas-où il y aurait d’autres
photographies de ce mystérieux auteur. S’il y a bien des photos,
qui était le donateur ? A quelle famille appartenait l’album
photo trouvé en brocante ? On analyse les photos et l’écriture.
Est-ce une écriture d’homme ou de femme ? Parisien, il l’est
assurément, les photos démontrent une excellente connaissance de
Paris et ses quartiers. Quel était son métier ? Il devait
peut-être se déplacer à moto ou à bicyclette, pour être capable
de passer d’un quartier à un autre en si peu de temps. S’il
était en moto, il devait faire partie de ces rares privilégiés
ayant accès à l’essence. Était-ce un seul photographe ou
travaillaient-ils en groupe ?
Que
de questions auxquelles Philippe Broussard a tenté de répondre,
publiant d’abord l’évolution de son enquête dans une série
d’articles dans Le Monde avant de nous présenter ce livre.
C’est
une véritable enquête historique qui prend forme devant nos yeux,
que j’ai suivi avec beaucoup de plaisir et d’intérêt. On suit
les progressions de Broussard, on espère avec lui, on goûte à ses
déceptions et ses désillusions comme si nous avions mené l’enquête
avec lui. On espère, à chaque piste, trouver enfin l’identité du
photographe. On espère jusqu’au bout découvrir qu’il a survécu
à la guerre, pourquoi pas rencontrer ses descendants, car l’enquête
ne se termine pas lorsque nous est enfin dévoilée l’identité du
photographe. Broussard s’est en effet attelé à nous raconter la
vie de cette personne, de ce héro méconnu, tirant de l’oubli ce
citoyen comme les autres, entré à sa manière dans la Résistance,
à travers des clichés interdits documentant la dure réalité de
l’Occupation, celle que l’occupant a cherché par tous les moyens
à cacher sous le vernis lisse du mensonge et d’une image idéalisée
de Paris.
Ce
livre est une véritable enquête historique passionnante, agrémentée
des photographies et ses annotations ironiques, qui permet de nous
faire sortir de l’oubli ce héro méconnu de la Résistance qui a
définitivement laissé sa trace dans l’Histoire à travers ses
clichés, témoins d’une époque pas si éloignée de la nôtre
qu’il est important de garder en mémoire.
Pour l’immense majorité de la population, la priorité n’est pas de faire acte de présence, encore moins de s’insurger, mais de survivre, d’apprendre « à faire avec ». Les pénuries sont si sévères (lait, beurre, farine, sucre, viande…) que le rationnement est instauré dès le mois de septembre 1940. L’heure est au chômage, au système D, à l’activité économique au service des Allemands. Glaner de quoi manger devient l’urgence quotidienne. Sans parler de l’hiver à venir, annoncé glacial, sans bois ni charbon.
Cette réalité, le photographe ne nous la montre pas vraiment, du moins pas de manière frontale. Disons qu’il la suggère à sa façon. De l’aube au couvre-feu, il est notre œil dans la grisaille, un jour devant l’entrée des Galeries Lafayette, le lendemain aux Tuileries. Dans son objectif, les Allemands occupent l’espace : ils ont leurs restaurants, leurs cinémas, Paris est à eux.
Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur.
Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage.
La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.
Les
Hauts de Hurlevent faisait
partie de mes objectifs de lecture pour cette année. Pour autant,
j’avais quelques appréhensions. À l’instar d’Orgueil
et Préjugés,
ce roman faisait aussi partie des grands classiques de la littérature
acclamés par la critique. Cependant, Orgueil
et Préjugés
ne fut pas le coup de cœur qu’on m’avait promis, je suis même
ressortie mitigée de cette lecture. Heureusement, il en fut
autrement pour le présent roman.
Je
ne vais pas le cacher, Les
Hauts de Hurlevent
est un roman long et lent, et les premiers chapitres furent très
laborieux, jusqu’à ce qu’on entre véritablement dans
l’histoire. Et là, ce fut une véritable plongée dans la lande
anglaise, sa nature sauvage, ses collines, ses parcs verdoyants, un
village rustique, un manoir isolé, le ciel gris et pluvieux, le vent
sauvage, les longues nuits froides. C’est clairement un roman
d’ambiance. Les hauts de Hurlevent comme s’y on était !
En
commençant le roman, je m’étais attendue à une histoire d’amour
tragique. C’en est certainement une, mais pas celle dont je m’étais
imaginée. Avec le peu d’informations que je connaissais sur
l’histoire, j’avais en tête une histoire d’amour passionnée
et tragique dans laquelle Catherine
Earnshaw
était la malheureuse victime de Heathcliff,
un homme jaloux et possessif. Que nenni ! De la passion, il y en a
(davantage dans l’intensité et la violence des sentiments que des
baisers torrides, n’en attendez pas d’ailleurs), de la tragédie,
à la pelle ! Catherine,
victime ? Certes non ! Catherine
est
une jeune fille (puis une femme) sauvage, libre, têtue, égoïste,
gâtée, avec un caractère bien trempé et brutalement honnête.
Oserais-je le dire ? Elle est aussi dérangée qu’Heathcliff.
Ce sont deux êtres qui se sont rencontrés enfants et qui vont très
vite tisser des liens forts… trop forts pour que ce soit sain. Ils
sont profondément attachés l’un à l’autre, ils ne sont
complets que lorsqu’ils sont ensemble. Je citerai Catherine
qui
dit, dans une scène célèbre, « De
quoi que sont faites nos âmes, la mienne et la sienne sont pareilles
».
Heathcliff
et
Catherine,
ce sont deux âmes libres et sauvage qui s’aiment avec intensité,
un amour qui vire à l’obsession et englobe tout leur être, qui
les consume entièrement, avec possessivité et jalousie.
Ils ne font pas dans la demi-mesure, ça c’est sûr ! Leur amour
est loin d’être sain et raisonnable, et c’est ce qui rend la
chose tellement intéressante ! Ce sont deux individus qui se
complètent et ne sont heureux qu’en la présence de l’autre,
mais on ne peut aussi s’empêcher de les prendre par pitié.
Le
poids et les attentes de la société font que
Catherine
ne se permet pas d’être pleinement avec Heathcliff,
vu comme un gitan sans noblesse, et qu’elle essaye de devenir la
grande dame respectable qu’on attend d’elle. Elle essaye de se
plier à la société, elle qui est un électron libre, quelqu’un
d’incontrôlable. Elle choisit d’épouser le respectable fils de
bonne famille Edgar
Linton,
qui l’aime mais qui est voué à ne jamais la comprendre.
«
Votre
sang toujours calme ne connaît pas les ardeurs de la fièvre, vos
veines sont remplies d’eau glacée. Les miennes sont en ébullition
et la vue d’une telle froideur les fait bondir. »
Catherine
Earnshaw
C’est
une histoire d’amour, oui, mais pas dans le sens où l’on
l’entend. Il n’y a rien de beau, pur, tendre et sain là-dedans.
On est à un autre degré de la romance tragique entre Roméo et
Juliette. C’est un amour qui englobe tout, qui est aussi violent et
sauvage que la nature dépeinte dans le roman, et, forcément, ça va
impacter tout le beau monde qui constitue ce roman. Hindley
Earnshaw,
le frère de Catherine,
Nelly
Dean,
la gouvernante, Edgar
Linton,
le prétendant puis mari de Catherine,
Isabelle
Linton,
la sœur d’Edgar…
jusqu’à leurs descendants. C’est une histoire d’amour autant
qu’une histoire de vengeance. Ce n’est pas beau à voir (ici,
c’est un compliment). Loin des machinations intelligentes et la
finesse d’Edmond
Dantès
dans Le
comte de Monte-Cristo,
Heathcliff
fait davantage dans la rudesse et le registre bestial. Il se montre
vraiment prêt à tout pour se venger du mal et de l’humiliation
que la société lui a causé, et à s’en prendre à ceux qu’il
tient pour responsable de l’issue tragique de sa relation avec
Catherine.
Tel un vampire, il va lentement aspirer la joie chez ses ennemis à
petites gorgées, ne leur permettant pas d’être heureux, cultivé
ou libre.
Je
dois avouer que, même si je n’avais pas été convaincue par la
partie de l’histoire consacrée à la troisième génération (donc
les enfants de Catherine, Heathcliff et Hindley),
j’ai fini par m’intéresser et m’attacher à eux, surtout la
fille de Catherine qui montre qu’elle a un caractère aussi solide
que celui de sa mère et se lie peu à peu avec son cousin, Hareton,
fils de Hindley.
Chaque personnage est globalement réussi, dans le sens où ils nous
font tous ressentir de l’émotion. Joie, colère, tristesse,
empathie. On peine parfois à comprendre leurs décisions, mais ils
sont tout simplement humains et on finit même par ressentir un peu
de peine pour les personnages les plus sombres, les plus pourris.
Mais, qu’on se le dise, aucun d’entre eux n’est un ange de
pureté. Tout le monde a besoin de thérapie, dans ce roman. Ils sont
tous complexes, et jamais ils ne nous laissent indifférents.
C’est
un roman oppressant, parfois violent (attention, il contient une
scène de maltraitance animale, mais aussi la maltraitance conjugale
est évoquée), avec des personnages imparfaits, dérangés, des
relations discutables (outre
la violence des sentiments entre Heathcliff et Catherine, on a quand
même des mariages entre cousins germains).
C’est un roman noir, mais c’est justement ce que j’ai tant
aimé. Il prend aux tripes, il ne laisse pas indifférent. C’est
beau, poétique et sauvage, violent. Une sacrée découverte ! Pas un
coup de cœur, mais indéniablement un roman qui laissera à jamais
sa trace sur mon expérience de lectrice ! Je ne regrette pas du tout
le voyage dans ces landes sauvages.
Le célèbre roman qui a inspiré cette célèbre chanson de Kate Busch. Je ne pouvais pas ne pas en parler !
« Puisse-t-elle se réveiller dans les tourments ! cria-t-il avec une véhémence terrible, frappant du pied et gémissant, en proie à une crise soudaine d’insurmontable passion (…) Où est-elle ? Pas là… pas au ciel… pas anéantie… Où ? Oh ! Tu disais que tu n’avais pas souci de mes souffrances. Et moi, je fais une prière… Je la répète jusqu’à ce que ma langue s’engourdisse : Catherine Earnshaw, puisses-tu ne pas trouver le repos tant que je vivrai ! Tu dis que je t’ai tuée, hante-moi alors ! Les victimes hantent leurs meurtriers, je crois. Je sais que des fantômes ont erré sur la Terre. Sois toujours avec moi… Prends n’importe quelle forme… Rends-moi fou ! Mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver Oh ! Dieu ! C’est indicible ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme ! »
Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.
Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?
Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.
Bombay, 1921. Perveen Mistry
est une jeune avocate érudite et indépendante qui a rejoint le
cabinet d’avocat de son père en tant qu’associée. Mais, en
temps que femme, elle n’a pas le droit de plaider et elle doit donc
se contenter d’étudier des dossiers. Une occasion en or se
présente à elle. Un homme est mort en laissant ses trois épouses
qui ont peut-être signé un papier concernant leur héritage, sans
savoir de quoi il en retourne. Ces veuves étant de confession
musulmane et pratiquant la séparation entre hommes et femmes, seule
Perveen peut pénétrer dans le domaine et entrer en contact
avec elles, et il lui devient vite évident que des détails très
importants concernant la succession n’ont pas été communiquées
aux veuves. Peu à peu, la tension monte… jusqu’au sang.
Un
roman policier assez long à démarrer mais, une fois lancée,
l’intrigue se déroule d’elle-même au fur et à mesure des
pages. Il ne faut toutefois pas s’attendre à de l’action et à
de nombreux rebondissements. Le rythme de l’intrigue reste assez
long, parce que l’auteure prend le temps de la mettre en scène
mais aussi de nous baigner pleinement dans les différentes cultures
que composent l’Inde (culture parsie, culture musulmane, etc).
Le
récit alterne entre deux temporalités : 1921, soit le moment
présent, avec Perveen qui mène l’enquête concernant
l’affaire de succession des veuves de Malabar Hill puis le
meurtre qui en découle, et 1916 pendant les jeunes années de
Perveen mais je n’ose pas en dire davantage, de peur de
spoiler. De façon assez paradoxale, c’est cette dernière partie
qui m’a davantage intéressé, par rapport à l’enquête en
elle-même (même si j’ai eu envie de savoir qui est le tueur et
ses raisons), de découvrir ce pan de l’histoire de Perveen,
qui explique ce qu’elle est devenue et ce qu’elle a vécu. Ces
retours en arrière sont loin d’être inutiles puisqu’ils vont
servir au récit et se retrouver liée à l’intrigue, bien que
légèrement.
Les
personnages ne sont ni marquants, ni attachants, mais ils jouent bien
leur rôle. Perveen est la plus réussie d’entre eux. À
défaut de m’attacher à elle, j’ai été touchée par son vécu,
et j’ai admiré sa ténacité, son intelligence et son
indépendance.
Plus
que l’enquête, ce que j’ai vraiment apprécié était cette
immersion dans l’Inde du début du XXe siècle, notamment l’Inde
à travers les yeux de la femme. J’ai pu en apprendre plus sur les
mœurs, la cuisine, les coutumes, les différentes cultures et
religions, la cohabitation entre Indiens et Anglais, mais aussi et
surtout les droits (ou le peu de droits) des femmes en Inde, les
traditions ultra-patriarcales, les difficiles luttes des femmes pour
avoir des droits équitables, les injustices (un mari battant sa
femme n’est, par exemple, pas un motif de divorce mais si elle fuit
un foyer toxique, c’est elle qui est en tord ; ou encore cette
horrible séparation imposée aux femmes qui ont leurs règles,
devant être enfermées dans une pièce, sans le moindre contact, car
elles sont considérées comme impures). Je sais qu’il est encore,
malheureusement, dangereux d’être une femme en Inde de nos jours,
mais j’ose espérer que les lois ont changé en leur faveur depuis
plus de cent ans.
Une
plongée plaisante dans l’Inde du XXe siècle, je regrette de ne
pas y sentir les parfums des fleurs et la délicieuse odeur des plats
qui sont présents. Un voyage instructif en Inde mais qui ne manque
pas d’indigner concernant la condition de la femme. L’intrigue
policière en elle-même était plutôt intéressante, mais je
retiendrai surtout le voyage en Inde, ainsi que les flash-back sur la
vie de Perveen. Une découverte sympathique, cela dit je ne
pense pas lire la suite…
- Il semble que vous soyez enchainée à certaines personnes et une grande et vieille maison que vous n'appréciez pas pleinement.
Lorsque des enfants disparaissent dans la petite ville d'Astoria, tous les regards se portent sur Wendy...
Il y a cinq ans, Wendy a été portée disparue avec ses deux petits frères. Elle sera retrouvée au bout de six mois, seule, dans les bois !
Quelques années plus tard, deux enfants disparaissent à nouveau, rappelant à Wendy de sombres souvenirs. Alors qu'elle rentre chez elle par une route sombre à travers bois, au volant de son pick-up, une forme gisant sur la chaussée l'oblige à s'arrêter. Il s'agit d'un jeune garçon qui prétend connaître Wendy et pourrait bien être la clé du mystère entourant toutes ces disparitions d'enfants.
Il s'appelle Peter !
Les Disparus du Pays
Imaginaire est une réécriture de Peter Pan qui m’a un
peu déconcerté, puisque cela se passe à notre époque, mais aussi
parce que, pendant une bonne partie du roman, il ne se passe pas
grand-chose. Une fois qu’on s’habitue au fait que Wendy a
un téléphone portable et conduit une voiture, et au rythme lent du
récit, l’histoire qui nous est présentée est intéressante !
Wendy
a ici 18 ans, elle est étudiante pour devenir infirmière, mais elle
vit avec un poids sur la conscience. Cinq ans plus tôt, elle et ses
frères ont disparu dans la forêt. Seule Wendy est revenue, sans
aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. À présent jeune
adulte, elle remarque de plus en plus de disparitions d’enfants,
faisant remonter en elle ses souvenirs et sa culpabilité… mais
aussi des rêves concernant Peter Pan et le Pays Imaginaire.
Impossible, pourtant, puisque ce ne sont que des histoires que sa
mère lui racontait. Et pourtant, ce jeune garçon qui a débarqué
dans sa vie en prétendant la connaître, et qui se nomme Peter,
pourrait bien être la chance de Wendy pour retrouver la trace
de ses frères, ainsi que des autres enfants disparus.
L’histoire
présente du potentiel, entre la mystérieuse disparition des
enfants, les retrouvailles entre Peter et Wendy, et
Wendy qui retrouve ses souvenirs au compte-goutte concernant
le soir où ses frères et elles ont disparu, mais aussi l’ombre de
Peter qui s’est rebellée et œuvre contre lui, comme une
sorte de jumeau maléfique. J’ai aussi aimé la relation entre
Peter et Wendy qui est vraiment touchante, avec
l’attachement qui les lient l’un à l’autre, et ce que Peter
fait pour Wendy. La romance est touchante, sans prendre
trop de place.
Le
problème reste le rythme. On tourne en rond, il y a des longueurs et
des répétitions, l’intrigue traîne plus que nécessaire. Je me
suis souvent demandée où l’auteur voulait en venir, et l’intérêt
de faire autant traîner les choses. L’auteur s'évertue à décrire
des paragraphes entiers sur des actions triviales, et les moindres
faits et gestes de Wendy, alourdissant le récit. Le récit
aurait vraiment gagné en qualité et en rythme si tous ces passages
inutiles avaient été retirés pour mieux développer la fin qui a
été vraiment trop expéditive compte tenu du potentiel qu'elle
avait. Quelle frustration !
J’avoue
aussi avoir été un peu déçue de ne pas avoir retrouvé des
éléments qui constituent l’histoire, voire même l’essence de
Peter Pan, comme le capitaine Crochet, la fée
Clochette, les pirates, etc. Alors, certes, peut-être
n’auraient-ils pas servi à l’intrigue, mais j’aurais apprécié
de les voir mentionnés au moins une fois. Cela aurait apporté un
peu plus de fantastique à ce récit.
Cela
dit, j’ai aimé l’ambiance sombre et pesante qui enveloppe le
récit, ainsi que les thèmes qui sont abordés. On nous parle du
deuil que Wendy et ses parents ne peuvent pas faire puisque le
mystère plane autour de John et Michael. Sont-ils
encore en vie ? Retenus au Pays Imaginaire ? L’incertitude plane
jusqu’à la fin concernant leur sort. On ressent plus que jamais la
douleur et le déchirement de leur absence, et cette incertitude qui
nous fait craindre le pire comme espérer le meilleur.
Personnellement, je m’attendais à une telle fin, elle apporte un
sentiment à la fois doux et amer, ce qui est assez rare dans la
fiction jeunesse je trouve. L’amour de Wendy pour ses frères
est très touchant, au point d’en avoir versé ma petite larme à
un moment.
Le
traumatisme est aussi un élément central du roman, puisque Wendy
ne se souvient de rien concernant sa disparition et celle de ses
frères. Pendant les 3/4 du roman, nous ignorons ce qu'elle a vécu,
mais nous comprenons petit à petit que le choc a été si important
pour elle que son cerveau a tout effacé, enfoui profondément dans
sa mémoire. Elle éprouve également la culpabilité du survivant,
et parvient difficilement à avancer à cause de cela. Ses frères
sont sa motivation, et malgré leur absence, elle songe si souvent à
eux que leur souvenir est omniprésent dans le récit.
Si
l'enquête met du temps à démarrer, le suspens est là tout au long
de la lecture, autour de cette étrange forêt et de la disparition
des enfants. C'est une réécriture de Peter Pan assez sombre
et mélancolique qui traite du traumatisme et du deuil. Même si je
lui ai trouvé des longueurs, j'ai aimé la fin qui était très
touchante.
En
résumé, une lecture en demi-teinte. Il y a du très bon, comme les
thèmes du deuil et du traumatisme décrits avec brio, la revisite du
conte de Peter Pan réécrit de manière plus sombre et
originale, l’ombre de Peter Pan comme double maléfique, et
la relation Peter/Wendy est très touchante. Malheureusement,
les aspects négatifs (les longueurs interminables, le manque de
magie, le côté moderne) ont entaché mon appréciation. Ce roman ne
laissera pas de trace impérissable, et
j'en suis la première déçue.
Ce n'est pas pour rien que les ombres sont attachées aux gens. Ce sont des créatures maléfiques. Pas comme les fées, qui mettent le bazar parce que ca les amuse. Les ombres sont faites de toutes les parties négatives de nous-même. Elles se nourrissent des mauvaises pensées, de la peur, de l'inquiétude, de la tristesse et de la culpabilité.