lundi 3 mai 2021

Le Lecteur de Cadavres - Antonio Garrido

Inspiré d’un personnage réel, Le lecteur de cadavres nous plonge dans la Chine Impériale du XIIIe siècle et nous relate l’extraordinaire histoire de Ci Song, un jeune garçon d’origine modeste sur lequel le destin semble s’acharner. 

Après la mort de ses parents, l’incendie de sa maison et l’arrestation de son frère, il est contraint de fuir son village avec sa petite sœur malade. Ci se retrouve dans les quartiers populaires de Lin’an, la capitale de l’Empire. où la vie ne vaut pas grand-chose. Il devient un des meilleurs fossoyeurs des « champs de la mort », puis, grâce à son formidable talent pour expliquer les causes d’un décès, il est accepté à la prestigieuse Académie Ming.

 L’écho de ses exploits parvient aux oreilles de l’Empereur. Celui-ci le convoque pour enquêter sur une série d’assassinats qui menacent la paix impériale. S’il réussit, il entrera au sein du Conseil du Châtiment, s’il échoue : c’est la mort.


J’ai trouvé cette petite pépite sur Twitter, évoquée par Juliette Cazes dont j’avais lu l’excellent Funèbre, sur les différents rites funéraires que l’on peut trouver à travers le monde. Rien ne laissait supposer le coup de cœur, pourtant voilà quelques jours que j’ai refermé ce livre et ce roman continue encore de hanter mes pensées, tant il m’a laissé forte impression.


Nous sommes en Chine, au XIIIe siècle, et Ci se prépare à une journée de dur labeur à travailler à la rizière pour son frère aîné, chez qui la famille vit, lui qui pourtant avait su se faire une place et un renom à l’académie de Lin’an et qui se préparait à un avenir brillant aux côtés du juge Feng, qui se préoccupe des affaires criminelles. Malheureusement, un décès dans la famille contraint cette dernière à rentrer au village familial et de suivre les rituels de deuil. Ci doit abandonner ses études et son père son prestigieux travail, pour vivre chez son frère aîné Lu, qui profite de son autorité sur sa famille. Ci se désespère de cette nouvelle vie jusqu’au jour où, alors qu’il travaillait à la rizière, il découvre un cadavre… 


Commence ensuite une longue descente aux enfers lorsque son frère est désigné comme étant le coupable, plongeant la famille dans le déshonneur, la disparition de celle-ci dans un terrible incendie qui ne laisse que Ci comme survivant, avec à sa charge sa jeune sœur à la santé fragile. Pour survivre et subvenir aux soins de sa sœur malade, Ci décide de voyager dans des eaux dangereuses et se mettre au service d’un fossoyeur, un charlatan qui se dit devin, pour travailler avec lui au cimetière en tant que “lecteur de cadavres” pour tenter de déterminer, à travers l’aspect et les blessures du défunt, la véritable cause de sa mort… Un talent qui ne manquera pas de le faire remarquer, d’abord par Ming, professeur à la prestigieuse académie de Lin’an, puis par l’empereur lui-même lorsque des meurtres inexplicables et barbares commencent à empoisonner sa cour… 


Le Lecteur de Cadavres pourrait tout aussi bien s’appeler Les Malheurs de Ci, tant notre personnage principal passe de mésaventure en mésaventure, car l’auteur colle beaucoup d’embûches à son héros qui traverse de nombreuses épreuves, qu’il se relève pour mieux voir une nouvelle complication se mettre en travers de son chemin. En toute honnêteté, j’aurais très bien pu détester cet aspect du roman, et craindre que cela devienne trop répétitif au point de devenir lassant. Il n’en fut rien car ce roman est véritablement passionnant. Malgré son nombre de pages, il se lit très facilement et on est rapidement happé par l’histoire, si bien que les pages se tournent facilement et qu’on est poussé par le désir de connaître la suite. De plus, l’aspect historique du roman est fascinant.


Quel exploit romanesque représentait pourtant ce roman qui s’inspire d’un personnage réel, mais dont nous ne connaissons rien, nous autres Occidentaux, et dont la biographie « ne se limitait qu'à une trentaine de paragraphes extraits d'une douzaine de livres » (p. 722), pourtant il a été réussi avec brio par l’auteur dont on ne peut que saluer l’énorme travail de documentation, tant pour le personnage de Ci Song que les domaines politique, culturel, social, judiciaire, économique, religieux, militaire, etc, de l’époque, et de rechercher toutes les références possibles sur la médecine, l’éducation, l’alimentation, les vêtements, etc. On ne peut que se sentir admiratif face à l’immense travail de recherche déployé par l’auteur qui a également mis à notre disposition, en toute fin de roman, différentes notes concernant la vie réelle de Cí Song, un glossaire des différents mots et significations spécifiques ainsi que les différents livres l'ayant aidé à l'élaboration de ce roman historique si dense.


L’autre force, ce sont ses personnages, notre héros en particulier. On ne peut qu’être admiratif face à Ci qui doit progresser dans un environnement pratiquement toujours hostile, devant se battre pour survivre, qui est prêt à tous les sacrifices pour sa sœur, et ce jusqu'à la dernière page et qui se sort de situations extrêmes grâce à une intelligence hors du commun, une détermination inébranlable et beaucoup de persévérance. Si sa naïveté lui vaut bien des déboires, sa résistance aux attaques physiques (pas ordinaire, puisqu'il est atteint d'une maladie neurologique rare, qui le rend insensible à la douleur au froid et au chaud, ce qui représente à la fois un avantage, lorsqu'il est attaqué par exemple, comme un inconvénient car il ne peut mesurer la gravité de ses blessures la plupart du temps, et les limites à ne pas franchir).

Nous avons également Xu, fossoyeur au cimetière, vivant sur un bateau avec ses nombreuses femmes, un charlatan avare, mais un personnage pas moins dénué d’intérêt malgré le manque d’humanité dont il peut faire preuve, car il est doué dans ce qu’il fait et, s’il n’a pas le talent de Ci, sait s’y prendre avec les cadavres. Je ne peux pas ne pas évoquer Ming, professeur de renom, admiré par ses élèves et surtout Ci, en qui il a vu énormément de potentiel et qui désire lui laisser sa chance, j’ai beaucoup aimé la dévotion qu’ils ont l’un envers l’autre, ce qui prend une signification toute particulière quand [spoiler] on apprend que la préférence de Ming va aux hommes et qu’il est tombé amoureux de Ci, dommage que l'auteur n'ait pas plus exploité cela, même si ce n'était pas le sujet du roman [/spoiler] ainsi que le juge Feng qui a joué de mentor au jeune Ci et dont le rebondissement le concernant m'a vraiment surprise et qui nous montre une facette du personnage qu'on aurait pas imaginé, et qui nous permet de le considérer, ainsi que la première partie du roman, sous un autre regard.


L'autre point positif, c'est quand une véritable enquête débute. L'histoire prend alors une toute autre tournure et devient un véritable roman policier. Enquête, interrogatoires, recherche d'indices, de mobiles et, bien sûr, étude des cadavres. Nous apprenons de nombreuses choses à travers Ci et ceux qui vont contribuer à le former, ce qui nous permet de comprendre ce qu’on peut “lire” sur un cadavre et comment : ce que disent les blessures et hématomes sur les causes de la mort, les indices dévoilés à travers la décomposition du corps, les traces dans les os, les entrailles et comment tout ceci nous donne des indices sur les causes de la mort, l’environnement où cela s’est produit, l’arme utilisée, différencier un suicide ou une mort accidentelle par un meurtre… Bien-sûr, il peut s’avérer nécessaire d’avoir le cœur bien accroché, tant pour certaines scènes d’autopsie mais aussi lors de la description de scènes de tortures dont on peine à imaginer qu’elles ont réellement existé. Ci Song a vraiment su comment analyser, faisant de lui, sans aucun doute, le précurseur de la médecine légiste.


Le suspens est intense, l’intrigue bien ficelée, avec beaucoup de surprises et de retournements de situation, mais en restant toujours logique. On a même des révélations qui m'ont fait apprécier, à rebours, pas mal de ce que je reprochais au début de l'histoire. Comme vous l'aurez compris, ce roman a été plus qu'une excellente découverte mais un coup de cœur pour son ensemble, aussi bien pour le style de l'auteur, l'histoire racontée, le personnage de Ci et le contexte historique qui nous permet d'en apprendre beaucoup sur une période et une civilisation qui nous restent méconnues...


Xu dominait l'observation des cadavres de la même façon qu'il exerçait avec habilité l'interprétation des expressions des vivants. Il savait retourner les corps, trouver des os brisés, deviner les coups de bâton, reconnaître les hématomes, prédire les causes et les origines, et même déterminer le métier des morts qui passaient entre ses mains, comme s'il avait interrogé un vivant. Cela faisait des années qu'il manipulait les cadavres au cimetière, qu'il aidait à l'incinération des défunts bouddhistes et, à ce qu'il disait, il avait même travaillé comme fossoyeur dans les prisons du Sichuan, où les tortures étaient quotidiennes. Une expérience qui faisait défaut à Ci.

dimanche 28 février 2021

L'Ours et le Rossignol - Katherine Arden


Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.


Je termine le Cold Winter Challenge avec cette dernière lecture, un roman aux allures de conte mêlant le fantastique à une pointe d'historique dans une histoire qui nous fait voyager en Russie septentrionale, ses contrées et ses légendes pour nous offrir une lecture envoûtante et enchanteresse.


Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est le dépaysement qu’il offre. La Russie des temps passés reste assez méconnue, notamment la Russie médiévale, son histoire et son folklore. C’est une histoire qui nous fait voyager dans les lointaines contrées de Russie, dans des terres où l’hiver semble éternel, avec une forêt mystérieuse, un village où chaque habitant se connaît et leurs croyances et histoire sur le monde invisible des esprits protecteurs ou malfaisants pour qui ils laissent des offrandes pour la protection de leur maison ou calmer leur fureur. On apprend un peu le russe à travers quelques mots de vocabulaire par-ci par-là (un lexique est proposé en fin d’ouvrage). C’est une histoire qui nous fait voyager à tous les niveaux, sur le plan culturel, le plan historique (sans que cela prenne une grosse place), le plan folklorique. C’était vraiment intéressant, d’autant plus que la mythologie slave et les légendes russes restent assez méconnues chez nous, ainsi j’ai vraiment beaucoup apprécié en savoir plus et découvrir ces êtres surnaturels de ces légendes comme le dormovoï, le dieu du gel, la roussalka et le liéchi, le vodianoï et le domovoï, Baba Yaga, Morozk, etc.


C’est dans cet univers qu’évolue la jeune Vassia, enfant un peu sauvageonne, dont l’enfance a été nourrie par les histoires et les croyances des siens et qui a hérité, du côté maternel, de la capacité de voir ces êtres et créatures, ce qui ne manque pas de décontenancer sa famille, ce qui ne les empêche pas de former de liens très forts entre eux qui m'ont beaucoup touché. J'ai pris plaisir à suivre cette famille dans ses bonheurs comme dans ses malheurs et notamment la nombreuse fratrie, en particulier Vassia, véritable enfant de la nature, qui est autant attachée à sa famille qu'aux êtres fantastiques qu'elle rencontre et qu'elle fréquente. Cependant, sa vie tranquille va se retrouver chamboulée lorsqu'on donne une nouvelle épouse à son père, sept ans après le décès de sa première épouse et mère de ses enfants, et le moins qu'on puisse dire, c'est que les dons de Vassia ne manquent pas de courroucer sa belle-mère, qui voit en elle une sorcière, une impie, et que les créatures que Vassia voit sont des démons. La situation ne s’arrange pas avec l’arrivée de Konstantin, un prêtre pour qui ces esprits sont des créatures infernales et de simples superstitions à bannir et qui détourne les villageois de leurs anciennes croyances en instaurant en eux la peur de Dieu ; les esprits protecteurs s'affaiblissent et deviennent incapables de s'opposer à l'irruption de créatures maléfiques, tandis que les sermons de Konstantin causent aux villageois de craindre et se méfier de Vassia... 


Je me suis laissée tranquillement porter par l'histoire qui se met doucement en place durant tout la première puis la seconde partie de l'histoire, bien que je me demandais où allait nous emmener l'auteure. Le début est en effet lent, sans pour autant causer l'ennui chez le lecteur car nous découvrons la vie de famille dans un village de Russie à l'orée d'une forêt, une vie rurale et parfois dure tant l'hiver semble durer toute l'année ; heureusement pour les villageois, les esprits auxquels ils croient leur fournissent leur aide profitant des offrandes laissées par les villageois. On découvre l'histoire de la famille que nous allons suivre au long du roman, la naissance de Vassia puis son enfance d'abord heureuse puis les jeunes années chamboulées par l'arrivée de Konstantin, ainsi que la sensation d'une menace qui se rapproche et risque de nuire au village. L'ambiance devient de plus en plus sombre au fil de la lecture alors que l'étau se resserre sur la famille et que le danger grandit, alors que les villageois rejettent leurs croyances, abandonnant les offrandes et rituels aux êtres du monde invisible. Vassia, qui se doute de la menace, fait de son mieux pour protéger les siens mais aussi continuer à croire et rendre visite aux êtres fantastiques. C'est un personnage qui tente de préserver l'équilibre fragile entre les croyances de l'ancien monde et ses richesses et celles du christianisme naissant, et qui va évoluer et s'affirmer.


J'ai trouvé les personnages très bien traités et intéressants à suivre pour la plupart, à commencer par Vassia qui est un personnage attachant, indépendante, loyale et une véritable enfant de la nature. Son père, dur mais plein d'amour pour sa fille, la grand-mère Dounia qui tente le plus longtemps possible de préserver sa petite fille de tout ce monde invisible des dieux et des esprits. Les personnages du prêtre Konstantin ou encore Anna la belle-mère de Vassia sont également intéressants et complexes. Si le personnage d’Anna est horrible envers Vassia tout au long de la lecture, j’ai apprécié que l’auteure nous montre une autre facette de ce personnage que celle de l’affreuse belle-mère, et de faire d’Anna un personnage fragile et complexe : comme Vassia, Anna a le don de voir les créatures surnaturelles qui demeurent invisibles au commun des mortels... sauf que, en tant que fervente chrétienne, elle rejette ces visions qu'elle assimile à des manifestations démoniaques, la faisant passer pour folle auprès des autres. J’ai aussi apprécié que Vassia ne tombe pas dans le cliché du personnage féminin qui se veut indépendante et féministe (ces deux qualités ne sont pas un reproche, mais ça peut tourner en cliché qui en fait trop).


C'est un beau récit d'apprentissage mais aussi une histoire dénonçant l’intolérance de ceux qui ont initié l’instauration du christianisme non sur l'amour du prochain et la charité, mais sur la peur d'un châtiment éternel. Après, c'est une jolie histoire, semblable à un conte, mais il m'a manqué un je-ne-sais-quoi pour avoir vraiment un coup de cœur. Dans l'ensemble, je dirais que le roman vaut plus pour son atmosphère que pour son intrigue. Pendant la majeure partie du récit, on suit l'évolution des différents personnages, sans trop savoir où l'auteure compte nous mener. Tout s'éclaircit dans les derniers chapitres, qui laissent plus de place à l'action... pour une menace rapidement réglée. Toutefois, il ne s'agit que du premier tome d'une trilogie, l'auteure développera sans doute le reste !


"Raconte-nous celle de Gel, Dounietchka. Parle-nous du démon des glaces, du roi de l'hiver, de Karatchoun. Il est de sortie ce soir, blanc de colère contre le dégel."
Dounia hésita. Les plus âgés des enfants se regardaient entre eux. En russe, Gel était appelé Morozko, le démon de l'hiver. Mais auparavant, il y a longtemps, les gens l'appelaient Karatchoun, le dieu de la mort. Sous ce nom, il était roi du plus noir de l'hiver et venait la nuit geler les enfants méchants. Son nom était de mauvais augure, et il portait malheur de le prononcer pendant que les terres étaient encore sous son emprise. Marina serra plus fort son fils. Aliocha se trémoussa et tortilla la natte de sa mère.
"Très bien, dit Dounia après un instant d'hésitation. Je conterai l'histoire de Morozko, de sa gentillesse et de sa cruauté."

lundi 22 février 2021

Snowblind - Christopher Golden.

Au cours d'une terrible nuit d'hiver, la petite ville de Coventry fut frappée de plein fouet par une tempête de neige. D'une rare violence, celle-ci emporta avec elle plus d'une dizaine de victimes, à jamais perdues dans l'immensité blanche. Des familles entières furent brisées en une seule nuit, et l'existence des habitants de la petite ville en fut changée à jamais.

Douze ans plus tard, la vie a repris son cours à Coventry, même si subsiste chez les survivants une angoisse aussi sombre qu'irrationnelle à l'approche de l'hiver. C'est alors qu'une nouvelle tempête s'annonce, plus terrifiante encore que la précédente... car cette fois, les disparus de cette fameuse nuit maudite sont de retour.


La récente période de froid que nous avons eu il y a maintenant deux semaines m’a donné envie de me plonger dans une lecture de circonstance, ici ce roman pour valider la catégorie « Rennes du Père Noël » du Cold Winter Challenge.


Stephen King a commenté que ce roman nous glacerait les os. Il est vrai qu’on retrouve la présence presque constante du froid. À défaut d’avoir peur, on tremblera plutôt de froid, ce roman se catégoriserait mieux dans la catégorie « thriller » que « horreur », ce qui n’empêche pas le plaisir de la lecture. 


Le froid est donc un élément quasi-constant du roman avec la première tempête avec laquelle nous attaquons dès le début du roman et qui fait des ravages, la peur de l’hiver qui s’est installée au sein de la ville et de ses habitants et la menace grandissante de la seconde tempête. Nous avons des personnages marqués par cette tragédie qui ne voient plus l’hiver de la même façon et le redoutent et l’auteur laisse deviner que la seconde tempête sera différente de la première, que nous serons davantage dans le cœur de la tempête et découvrirons ce qu’il s’est véritablement passé lors de la première tempête et ce qui est réellement arrivé aux défunts et disparus. Le point fort de ce livre est donc l’ambiance qui s’en dégage, avec cette sensation de froid qui s’empare du lecteur du début à la fin. L’auteur joue beaucoup sur l’atmosphère climatique de l’histoire dont le moindre mouvement dans les branchages ou souffle de vent peut donner cette impression que la personne n’est jamais seule, la pression monte petit à petit. L’angoisse fait son apparition pendant la tempête, jusqu’au premier drame. Tout est fait pour mener à cela, à ce premier drame qui marque le récit. 


L’idée de base m’a plu, avec des éléments tels qu’une tempête de neige d’une rare violence qui oblige les personnages à s’enfermer ou à fuir, et qui fait des ravages, emportant avec elle plusieurs victimes, la ville meurtrie qui tente de se reconstruire avec un bond quelques années plus tard en se focalisant sur les personnages ayant perdu un proche lors de la tempête, et enfin qu’une tempête plus meurtrière encore est en approche, menaçant à nouveau la communauté. La différence et l’originalité du roman est l’aspect fantastique que l’on retrouve dans l’histoire, à la fois par la présence d’êtres du froid surnaturels et malveillants qui sont à l’origine des disparitions de nos personnages, mais aussi par la réapparition de ces défunts pour avertir leur proche, alors qu’une nouvelle tempête approche, du danger qui les menacent.


On y retrouve quelques éléments du roman à la Stephen King avec la présence du surnaturel/fantastique mais surtout le style. Comme dans les romans de King, l’auteur prend plaisir à s’intéresser de près à une ville américaine et à la vie de ses habitants, leur quotidien, les cicatrices que la tragédie causée par la tempête a laissé dans le cœur et dans les esprits des survivants. J’ai aussi aimé l’angoisse aussi sombre qu’irrationnelle à l’approche de l’hiver puis la sensation d’une menace progressive et certains habitants qui changent, jusqu’à ne plus être eux-mêmes. Ainsi, Doug, qui a perdu sa femme dans la première tempête, découvre avec stupéfaction sa meilleure amie souhaitant se rapprocher de lui. La fille de TJ, dont la mère a disparu dans la tempête, voit sa fille de 11 ans parler et se comporter comme une adulte. Jake, qui a perdu son petit frère, a l’impression de le retrouver dans le corps d’un petit garçon disparu récemment… Ce roman parle aussi du deuil, de la manière de surmonter la mort d'un proche et de continuer à vivre avec cette blessure. Il y a Jake, qui a perdu son petit frère dans le blizzard et qui croit avoir vu une créature le saisir par la fenêtre de sa chambre. Joe Keenan, le flic qui s'en veut de n'avoir pu sauver les deux garçons morts durant la tempête. Doug, qui ne s'est jamais remis de la mort de sa femme. TJ, qui culpabilise d'avoir laissé sa mère seule cette nuit-là, ainsi que d'autres personnages, entre lesquels on ne cesse de basculer.


J’ai ressenti quelques lenteurs au début de la lecture, puisque nous suivons différents personnages, présentés plus ou moins brièvement, on peut avoir du mal à s’y retrouver pendant les premiers chapitres. Cependant ce passage est nécessaire puisqu'il nous permet de nous familiariser avec les différents protagonistes de l'histoire qui vous tous se retrouver mêlés de près ou de loin à la tempête. Toutefois, ce sont des personnages assez oubliables dans l’ensemble, certains plus sympathiques à suivre que d’autres, mais aucun ne m’a laissé de forte impression. Ajoutons à cela une première partie où l’auteur fait monter l’adrénaline, ne nous dévoilant pas ce que les personnages qui vont disparaître vont apercevoir, nous laissant sur notre faim, à une seconde partie qui démarre lentement, 12 ans après la tempête, sans gros enchaînement, jusqu’à la venue des revenants et l’arrivée de la nouvelle tempête. Néanmoins, l’intrigue est rythmée et l’ambiance réussie, et j’ai passé un moment de lecture agréable avec ce roman. 


J’ai trouvé original et intéressant la présence de ces êtres sans noms, des êtres du froid qui se déplacent à travers une tempête et se nourrissent de la source vitale et de la chaleur des êtres humains, emportant leurs âmes qui sont condamnées à devenir comme ces créatures si elles ne parviennent pas à s’échapper. Il y a un voile de mystère qui recouvre ces êtres puisque le lecteur ignore leur nature exacte. Sont-ils des esprits de l’hiver, d’anciennes divinités du froid, des créatures ou des êtres qui ont été autrefois humains et qui ont été corrompus par le froid ou des créatures antérieures. Ce sont des êtres hideux, recouverts de gel, qui réapparaissent à chaque tempête et qui sont liés à la tempête car, sitôt qu’elle se déplace ailleurs, ils doivent la suivre. Si j’ai trouvé compréhensible le choix de l’auteur d’entretenir le mystère autour de ces créatures, une partie de moi est restée sur ma faim et j’aurais souhaité en apprendre un peu plus et que la partie de l’histoire centrée sur les revenants soit plus approfondie.


Si le côté horrifique s'estompe assez vite malgré un début fichtrement réussi, Snowblind demeure avant tout un bon récit fantastique hivernal. La multiplicité des points de vue empêche de s'y ennuyer et ce, même quand il ne se passe pas grand-chose et même si la plupart des personnages ne sont pas inoubliables. Je n'ai pas lu à m'en glacer le sang, les antagonistes sont intéressants malgré le fait qu'on reste sur notre faim, et j'ai trouvé le combat final assez flou, mais une fin plutôt intéressante, une sorte de cliffhanger qui laisse peut-être présager une suite... 


Prenant son courage à deux mains, retenant son souffle, Isaac approcha de la vitre ; il scruta le ciel tempétueux à la recherche de la créature à laquelle appartenaient les yeux blancs qui l'avaient observé par la fenêtre. Il regarda l'arbre qui se dressait sur la droite, mais personne ne se dissimulait parmi les branches dénudées et squelettiques.

Puis, baissant les yeux vers la cour, il les vit - un trio de silhouettes qui virevoltaient dans tous les sens sous la neige, à plus d'un mètre du sol, comme si elle dansaient, portées par le vent. Elles semblaient disparaître et réapparaître avec chaque bourrasque, se cachant derrière un voile blanc pour mieux en surgir à nouveau.

Isaac retint son souffle en tremblant, appuyant son front sur la surface du verre froid. Le rythme de son cœur s'accéléra, il respira par petits halètements. Il eut l'impression que quelque chose lui obstruait la gorge et ses lèvres s'asséchèrent. Ça ne pouvait pas être réel, c'était forcément un rêve. Mais alors, comment expliquer la sensation humide et glacée de la fenêtre contre sa peau ?

dimanche 21 février 2021

Le Fabricant de Poupées de Cracovie - R. M. Romero


Pologne, 1939. Un soir, une poupée du nom de Karolina prend vie dans l'atelier de Cyril, le fabricant de jouets. La joie et le courage de la petite poupée enchantent le quotidien de l'homme solitaire. Karolina lui apprend que le monde des poupées d'où elle vient est en guerre, tout comme celui des hommes. En ces temps sombres et tourmentés, la magie de Karolina et de Cyril suffira-t-elle à protéger ceux qu'ils aiment ?




La couverture de ce roman n’a pas été innocente dans mon choix de lecture, les dessins et couleurs sublimes attirent immédiatement le regard. Le fait que ce roman se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale s’est présenté comme un petit plus de mon côté !


Karolina est une poupée vivant au pays des poupées, où elle est couturière et coud des vœux dans les vêtements qu’elle confectionne, jusqu’au jour où son monde est envahi par une armée de rats avides et avares, dévorant et détruisant tout sur leur passage. Karolina n’a d’autre choix que de fuir… puis se réveille dans une boutique de jouets, tenue par Cyryl, ancien soldat de la Grande Guerre, reconverti en fabricant de jouets à Cracovie, et celui-ci est bien surpris de voir cette poupée vivante et lui parlant. Une amitié se noue entre les deux, alors que Karolina prend conscience que le monde dans lequel elle a atterri est lui-aussi en guerre.


Ce roman alterne entre deux mondes : la Pologne des années 1940 et le monde des poupées à travers des flash-back, nous permettant de découvrir ce que Karolina a vécu avant de prendre vie dans la boutique de Cyryl, de sa vie de couturière à prisonnière des rats lorsque ceux-ci ont envahi le monde des poupées. On remarque d’ailleurs quelques similitudes avec l’histoire de Casse-Noisette, avec un monde peuplé de jouets et des habitations en sucreries, et une armée de rats qui s’attaque à ce royaume, mais les similitudes s’arrêtent là.


On découvre également la Pologne pendant la guerre, l’invasion allemande, la vie des Juifs polonais qui sont persécutés et chassés dans un ghetto à l’extérieur de la ville de Cracovie, contraints aux travaux forcés, sinon déportés dans des camps. Ce roman aborde ainsi, sans surprise, des sujets difficiles comme la mort, la guerre, l’extermination en masse de vies humaine, la perte d’êtres chers. L’auteure nous met face à la violence humaine de l’époque, sans pour autant que ce soit un roman vraiment noir dans le sens où, si ces sujets sombres sont évoqués, l’auteure le fait avec des mots délicats et finement choisis, et, s’il y a des moments sombres, on a des moments plus doux, avec un peu de magie et de fantastique pour adoucir le récit. On peut d’ailleurs remarquer que la Seconde Guerre ici se présente comme un parallèle avec la guerre qu’a vécue Karolina, et les SS comme les rats sont présentés comme des monstres avides qui mettent en place un régime de terreur au sein du pays qu’ils occupent. Il y a également une certaine originalité de voir la Seconde Guerre Mondiale à travers les yeux de Karolina, qui est dans un monde qui ne lui est pas familier, et elle découvre et désigne les choses avec ses propres termes, comme par exemple les SS présentés comme de mauvais sorciers.


Cela dit, si je suis ressortie satisfaite de ma lecture, je ne l’ai pas été complètement. Si je reconnais la qualité de l’histoire, aussi lumineuse que terrible, j’ai relevé quelques points qui m’ont moins enthousiasmé. D’une part, je pensais que le monde des poupées aurait eu une plus grande importance, voire même que Karolina et le fabricant auraient eu un rôle à jouer dans la résolution du conflit au pays des poupées. Si Karolina lui parle bien de son monde et de ce qui se joue chez elle, ce qu’il s’y passe ne constitue qu’une infime partie du roman. Même si j’ai davantage été focalisée sur l’aspect historique et donc la partie du roman se déroulant en Pologne pendant la guerre, je n’aurais pas été contre passer davantage de temps au pays des poupées et que Karolina ait un certain rôle à jouer dans la résolution du conflit chez elle. Au final, cette partie a pris beaucoup moins de place que je l’aurais cru, ce qui m’a laissé sur ma faim.


D’autre part, j’ai été saisie par la fin du roman qui m’a, elle-aussi, laissé sur ma faim, m’a donné une sensation d’inachevé, je ne peux pas l’expliquer sans spoiler mais je m’attendais à une autre fin, quelque chose de plus abouti. Enfin, si j’avoue avoir ressenti une sensation de lenteur au début du récit, cela n’a pas duré car plus on avance dans le récit, plus les événements vont crescendo et j’ai été touchée par ce qui se passait, j’étais avide de connaître la suite, de savoir comment les choses allaient évoluer pour le fabricant, pour Karolina, pour leurs amis juifs.


J’ai aimé voir le lien fort qui se tissait entre le fabricant, Cyryl, et Karolina. C’est un homme solitaire, doux mais discret, handicapé d’une jambe de bois, ce qui le rapproche des poupées qu’il fabrique. Avec Karolina puis son amitié pour un violoniste juif et sa fille, Rena, il va apprendre à s’ouvrir au monde qui l’entoure. Lui et Karolina vont beaucoup s’apporter l’un l’autre, d’autant plus que Karolina est un personnage optimiste, qui ne baisse jamais les bras, pousse les gens à être bons, et qui cherche toujours une solution face à un problème rencontré. Ensemble, ils vont faire de leur mieux pour aider les Juifs du ghetto, y compris Rena et son père. Brandt, un militaire allemand haut gradé, ne sera pas là pour leur faciliter la tâche. J’avoue avoir été intéressée par cet antagoniste, notamment par son intérêt pour Cyryl et les similitudes qu’ils partagent, ou du moins le don qu’ils ont en commun. L’un est un peu le miroir de l’autre car ils partagent le même don, mais ils diffèrent par leur façon de l’utiliser, l’un pour aider, l’autre pour détruire. Ils auraient pu former une dynamique intéressante, mais la cruauté de Brandt fait qu’au final, on souhaite que l’Allemand souffre et disparaisse, bien que le parallèle entre les deux personnages ait pu être intéressant. À la place de Brandt, on lui préférera Janosik, sorte de Robin des Bois des temps modernes qui vole aux Nazis.


C’est aussi une histoire qui nous fait voyager à Cracovie, ses rues, ses monuments, ses légendes aussi que j’ai apprécié découvrir, notamment la légende de Juraj Janosik, sorte de Robin des Bois polonais, ou celle de Krakus, un souverain qui aurait vaincu un dragon puis construit un château au-dessus de l’antre du dit-dragon.


En résumé, c'est un joli conte jeunesse, plutôt original, que j'ai aimé découvrir. Les thèmes tels que l'amour, la solidarité, la haine y sont abordés sur fond de magie et guerre mondiale à la fois, agrémenté de jolies illustrations.


Ce qui inquiétait le plus Karolina chez Brandt, c'était combien son désir de rester à proximité du Fabricant et de sa magie lui donnait l'air vorace? Elle redoutait qu'avec le temps le sorcier ne se comporte comme les ogres de contes de fées et ne dévore le magicien. Et la quantité de sucre que Brandt mettait dans la tasse du Fabricant confortait Karolina dans la conviction que l'Allemand voulait l'engraisser à seule fin de le manger.

- Alors, vous allez m'aider ?

- Oui. Je peux vous arranger ça. Après tout, il ne s'agit que d'une maison de poupée. Cela ne m'ennuie pas de vous faire une faveur. Vous et moi... j'ai l'impression que nous allons être bons amis. C'est un peu grâce au destin que nous nous sommes rencontrés.

dimanche 14 février 2021

Fées d'hiver - Collectif.


L’hiver et son blanc manteau de neige. Le givre qui s’accroche aux branches, les flocons qui recouvrent en silence le paysage d’un voile léger, et cette insaisissable magie qui flotte tout autour de vous. 

Choisissez votre fauteuil le plus confortable, celui entre la fenêtre et la cheminée où s’élève un bon feu. Conservez une tasse de chocolat chaud à portée de main et laissez nous vous emporter dans des mondes de magie, tout juste scintillants d’une couche de glace. 

Où préférez-vous aller ? Bien au chaud dans un café-livre pas comme les autres ? Galoper aux côtés de guerriers légendaires dans les steppes de l’Empire Blanc ? Parcourir les mers à bord du drakkar de fiers vikings ? Suivre le message des saisons jusqu’au plus profond d’une forêt enneigée ? Ou encore vous laisser séduire par la puissance d’un guerrier Berserker ? Ne choisissez pas, et laissez-vous simplement guider par la magie de ces hivers.


Fées d’hiver est un recueil qui regroupe cinq histoires courtes liées de près ou de loin à la thématique de l’hiver, et toutes centrées sur une histoire d’amour entre deux hommes :


La Baleine des Morts : Adil est un fils de Viking, destiné à succéder à son père à la tête du village et de sa famille. À ses côtés, Mauri, son esclave venu des contrées méditerranéennes, mais Mauri est plus qu’un esclave pour lui. C’est son ami et son confident. Un jour, les circonstances amènent Adil et Mauri à fuir le village et à naviguer ensemble, recueillant sur leur route les exclus. Ou il est aussi question d’une légende sur une baleine.


Histoires d’Hiver : Benjamin vit difficilement la mort de son mari. Le temps passe mais il continue à s’accrocher au souvenir de Riwan. Sa collègue et amie, Lucie, tente de l’encourager à refaire sa vie, mais il est difficile pour lui de s’ouvrir à quelqu’un…


Le temps d’un hiver : Un chevalier blessé du nom de Henrik est recueilli par un elfe qui décide de le guérir et de veiller sur lui le temps de sa convalescence, mais la cohabitation se révèle difficile. Qui est exactement cet elfe et que lui veut-il ?


Après l’hiver : Apprenant que son patron s’est servi de lui pour assouvir ses besoins physiques et a prévu de se débarrasser de lui en le mutant ailleurs, Matthew, désespéré, erre sous la neige jusqu’à ce qu’il se retrouve piégé par les intempéries. Miraculeusement sauvé, il se réveille au sein d’un autre monde, en compagnie de son sauveur, un humain, du moins le pense-t-il.


Un long automne : Yongten est un guerrier jeune et arrogant. Un jour, il est attiré par un chant, celle d’une lame qui l’appelle. Yongten connaît cette histoire, celle où les lames ont des âmes et choisissent de prendre forme humaine pour leur Tenant, celui qui tient la lame. Il s’empresse de l’emporter avec lui, la chérissant et attendant le jour où elle se dévoilera à lui… mais une surprise l’attend.


Ce recueil de nouvelles oscille entre le conte, les légendes, le fantastique et la romance, le tout sous la thématique de l’hiver. J’ai trouvé intéressant cette plongée dans ces différents univers et découvrir les différents couples de ces histoires. Certaines sont plutôt sympathiques. J’ai notamment aimé l’aspect fantastique de La Baleine des Morts ainsi que la légende de ladite baleine, ainsi qu’Histoires d’Hiver qui aborde avec délicatesse la reconstruction après la perte d’un être cher même si j’ai moins aimé [spoiler] le trope des morts qui observent et commentent la vie des vivants[/spoiler], et les prémices du Temps d’un hiver m’ont beaucoup plu, d’autant plus qu’Henrik et son elfe ont tous les deux un caractère bien trempé, à la hauteur de l’autre, ce qui donne une dynamique pétillante.


Toutefois, j’ai moins accroché aux dernières histoires et l’alchimie de la plupart des couples, la formation des dits couples ne me paraissant que peu crédible, sinon précipitée avec des clichés et un peu trop de guimauve dans les déclarations d’amour. Il y a de bonnes, voire de très bonnes idées, de l’originalité, mais au final je n’ai pas été entièrement convaincu par certains couples et personnages dont certaines réactions ne m’ont pas paru crédibles. En outre, j'ai davantage apprécié l'aspect fantastique et surnaturel de ces histoires que la romance, dommage...


Après, peut-être suis-je tout simplement difficile et que je ne suis tout simplement pas le bon public pour ces histoires qui ont plu à d’autres lectrices. Cela reste une lecture plutôt sympathique et divertissante, sans m’ennuyer un instant, mais ce recueil ne laissera pas en moi un souvenir marquant…