samedi 15 août 2026

Mother of Rome - Lauren J. A. Bear.

The names Romulus and Remus may be immortalized in map and stone and chronicle, but their mother exists only as a preface to her sons’ journey, the princess turned oath-breaking priestess, condemned to death alongside her children.

But she did not die; she survived. And so does her story.

Beautiful, royal, rich: Rhea has it all—until her father loses his kingdom in a treacherous coup, and she is sent to the order of the Vestal Virgins to ensure she will never produce an heir.

Except when mortals scheme, gods laugh.

Rhea becomes pregnant, and human society turns against her. Abandoned, ostracized, and facing the gravest punishment, Rhea forges a dangerous deal with the divine, one that will forever change the trajectory of her life…and her beloved land.

To save her sons and reclaim their birthright, Rhea must summon nature’s mightiest force – a mother’s love – and fight.


Mother of Rome est un roman, malheureusement non traduit en français, qui reprend le mythe de Rhéa Silvia, figure méconnue pour ceux et celles qui sont moins familiers avec la mythologie romaine. Pourtant, Rhéa Silvia n’est pas n’importe qui !


Princesse, prêtresse vestale, amante du dieu Mars, mère de Remus et Romulus qui devinrent les mythiques fondateurs de Rome, et épouse du dieu de la rivière Tibre. Il y a de quoi raconter sur cette dame !


Princesse déchue lorsque son oncle Amulius trompa son frère, le roi Numitor, pour prendre le trône, il fit de Rhéa une vestale, prêtresse vouée au culte de la déesse Vesta et devant faire vœu de renonciation au mariage et à la maternité, pour s’assurer de l’absence de descendance venant de sa nièce. Rhéa reçut pourtant la visite du dieu Mars dont elle tomba enceinte, une grossesse dangereuse puisqu’un châtiment terrible attend les vestales qui fautent. Découverte, elle est pourtant sauvée et finit par épouser le dieu Tibérinus.



Mars et Rhéa Silvia par Rubens (1617)

Figure emblématique de l’histoire des origines de Rome, nous savons finalement peu de choses sur Rhéa Silvia, ainsi j’ai trouvé intéressant que l’auteure se consacre à elle et à son histoire. Il s’agit ici d’une réécriture et d’une interprétation libre. L’auteure a pris ici le parti de faire de la relation entre Mars et Rhéa une relation consentie, avec de l’attachement, de la passion, la rencontre entre deux êtres libres et passionnés. S’il ne s’agit pas d’une grande histoire d’amour, le dieu Mars a une place de choix dans ce roman, ainsi qu’à d’autres divinités qui font leur apparition dans le roman, notamment Cybèle, Aphrodite, Tibérinus ou encore Vesta. Le roman fait la part belle à la mythologie romaine, et nous sentons les prémisses de ce que sera Rome, ce que j’ai beaucoup apprécié.


J’ai aimé les changements que l’auteur a apporté dans sa version de l’histoire de Rhéa [spoiler] notamment le fait qu’elle fut la louve qui s’occupa de Remus et Romulus bébés, ce qui lui permis de rester dans la vie de ses fils [/spoiler], sa relation proche avec sa cousine Antho qui est elle-aussi un personnage inoubliable. Là où Rhéa est plus indomptable, têtue, libre, effrontée et passionnée, Antho est d’abord la princesse douce, docile, soumise, effacée qui va peu à peu gagner en assurance, prendre des risques, et se lier avec ses serviteurs pour s’affirmer et jouer un rôle clé dans l’histoire.


Ce roman nous offre une panoplie de personnages qui ne laissent pas indifférents. Rhéa a ses défauts, elle fait des erreurs, elle est têtue, désespérée, effrontée, libre, passionnée, elle est complexe et j’ai beaucoup aimé suivre son histoire ainsi que celle de sa cousine. Je déplore juste que cela ne se termine avec Remus et Romulus fondant Rome et le point de vue de Rhéa sur le futur de ses fils, même si je comprends que le roman se consacre à Rhéa et non à ses fils, et surtout au statut de la femme à l’époque. C’est un roman féministe qui donne la part belle aux femmes, à la sororité, la beauté et les sacrifices de la maternité, la force et la détermination des femmes, celles qui refusent de se soumettre, celles qui veulent être libres d’aimer, celles qui essayent de se donner les moyens d’être ce qu’elles sont.


Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un coup de cœur, mais ce roman ne m’a pas laissé indifférente. Les premières pages ont été éprouvantes mais je suis contente d’avoir persévéré, sans quoi je serais passée à côté d’une excellente lecture. Ce roman m’a fait ressentir plusieurs émotions à la fois, je ne pouvais plus lâcher le livre que j’ai littéralement dévoré en trois jours. Vraiment une très belle découverte !



La célèbre sculpture représentant la louve avec les jumeaux Remus et Romulu
s


LAVINIA. This is the first lesson, Rhea. Men think they create the empires, but both are born of women. You will be a mother of kings.

RHEA (aside, more to herself). I said as much to my uncle once.

XANTHE. Which leads us to the second lesson, my lesson. Ilia, my sons put you here, not Mars. Be careful how you raise your boys. We worry too much about our daughters, ensuring they are pretty and polite, virtuous and hard-working. I should have expected more of my sons.

dimanche 9 août 2026

Sur la route de San Diego - Lynda Rutledge.


Âgé de cent cinq ans, Woodrow Wilson Nickel sait qu’il sera le prochain à s’éteindre dans l’hôpital pour vétérans où il vit. Mais il est bouleversé quand il apprend que les dernières girafes risquent de disparaître avant lui.

Car près de quatre-vingt-dix ans plus tôt, en 1938, le jeune Woody s’est lié d’amitié avec deux girafes rescapées, comme lui, du grand ouragan de Nouvelle-Angleterre. Ingénieux et sans attaches, il s’est vu confier le rôle de chauffeur du convoi qui allait conduire ces surprenantes passagères du port de New York au zoo de San Diego, où elles étaient attendues. Une aventure de douze jours et un inoubliable voyage initiatique à travers l’Amérique de la Grande Dépression, qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu.

Woody ne peut laisser son histoire se perdre avec lui. Avant de disparaître à son tour, il doit raconter...

Inspiré d’une histoire vraie, un roman d’apprentissage universel et plein d’humanité porté par les souvenirs empreints de nostalgie du vieux Woodrow Nickel et par la profonde et touchante amitié qu’il a nouée avec les girafes.


Aussi connu sous le titre « L'étonnant voyage du garçon qui parlait aux girafes », Sur la route de San Diego est un roman d’aventure qui nous fait voyager à travers les longues routes des États-Unis en compagnie de compagnons de voyage bien singuliers, deux jeunes girafes !


Nous suivons Woody Nickel, orphelin suite à la Grande Dépression, un jeune homme ingénieux et débrouillard qui survit dans les rues de Nouvelle-Angleterre qui a été dévastée après un terrible ouragan. Il y fera une rencontre qui bouleversera sa vie à tout jamais : deux jeunes girafes rescapées du désastre que l’on doit conduire depuis New York jusqu’au zoo de San Diego où elles sont attendues en grande pompe. Rêvant de rejoindre la Californie, Woody saute sur l’occasion, quitte à mentir et prétendre être ce qu’il n’est pas, et se propose comme chauffeur pour conduire celles qui sont affectueusement nommées « les chéries » par Riley Jones, nommé « le Vieux », le gardien des girafes.


Nous suivons donc Woody, le Vieux et les deux girafes dans un road-trip de douze jours à travers les États-Unis. Ils y croiseront également Red, une journaliste et photographe souhaitant suivre le parcours des girafes, ainsi que des figures variées qui aideront nos personnages ou, au contraire, seront guidées par des intérêts et des intentions plus obscures concernant les girafes, notamment un cirque, des chasseurs, etc.


Le récit nous plonge dans un road-trip divertissant qui nous fait voyager à travers les États-Unis, tout en nous présentant le contexte historique d’époque, notamment les conséquences de la crise de 1929, la Grande Dépression, les prémices de la Seconde Guerre Mondiale, la ségrégation…


C’est aussi et surtout une belle histoire d’amitié qui se noue entre l’homme et l’animal, entre Woody et les girafes. Woody ayant grandi avec un père considérant les animaux comme du bétail ou des créatures sans âmes, Woody est pourtant subjugué par les girafes, des créatures élégantes mais aussi imprévisibles, attachantes et dangereuses à la fois. Ces animaux ont beau être herbivores, ils n’en demeurent pas moins des animaux sauvages qu’il faut traiter avec précaution, et protéger à tout prix. La présence des girafes marque un tournant dans la vie de Woody qui comprend que les girafes ne sont pas que des animaux mais des êtres à part entière, qui vont l’aider indirectement à prendre la bonne direction dans sa vie, qu’un autre chemin est possible pour lui, malgré les tragédies de sa vie. Avec les girafes, Woody découvre le monde autant qu’il se découvre lui-même, et qui fait également de ce roman un récit d’apprentissage.


J’ai aussi aimé la relation qui se tisse entre Woody et Riley Jones qui constituera un père de substitution pour notre héro. C’est un personnage d’expérience qui, après une méfiance bien compréhensive, finit par lui donner sa chance et faire partie de son parcours de vie et qui contribue à faire de Woody l’homme qu’il deviendra.



Ce roman est à la fois un roman d’aventure, un road-trip, un récit d’apprentissage et un vibrant hommage aux animaux qui font partie de notre vie et qu’il faut protéger. Un roman divertissant, qui ne laisse pas insensible, surtout lorsquil traite de la cause animale et de l’importance des animaux dans notre vie, et la beauté de la relation qui lie l’Homme et les animaux. Toutefois, je déplore certaines longueurs, j’ai eu un peu de mal à accrocher au roman jusqu’au moment où Woody fait vraiment partie du convoi. Je n’ai pas été plus attachée que ça aux personnages. C’était une découverte bien sympathique mais qui ne laissera pas un souvenir mémorable.


— Les gens nous considèrent bizarrement quand on parle de ce qu’on peut ressentir pour les animaux. On nous dit qu’ils n’ont pas d’âme, pas le sens du bien et du mal, qu’ils ne valent rien à côté des humains. Je n’en sais rien. Parfois je pense que les animaux devraient parler de nous ainsi.

Il a secoué la tête.

— Les animaux peuvent te briser le cœur. Ils peuvent te blesser. Ils peuvent te tuer par instinct et reprendre leur balade la minute suivante comme si rien ne s’était passé. Mais au moins, on connaît les règles de base avec les animaux. On sait ce que cela coûte quand on ne respecte pas ces règles. On ne sait jamais avec les gens. Même les personnes bonnes peuvent te faire très mal, et les mauvaises, eh bien, elles te font vraiment mal.

Il a laissé tomber son bras de la fenêtre pour frotter sa main noueuse.

— C’est pour ça que je choisirai toujours les animaux. Même si cela me tue un jour. C’est ce qui arrivera probablement.

vendredi 31 juillet 2026

Outlaws - Lena Shartiaud.


Colorado, 1860

James Lloyd est un trappeur, autant dire une espèce en voie de disparition dans un Nouveau Monde où s’achève la conquête de l’Ouest. Criblé de dettes et directement menacé par les nouvelles lois fédérales destinées à réguler son activité, il n’a d’autre choix que d’accepter la surprenante proposition du shérif Philips. Pour sauver sa peau, James endosse le rôle du chasseur de primes et se lance sur les traces du tristement fameux gang Morrison. On raconte que ces hors-la-loi de la pire espèce ne reculent devant aucune bassesse lorsqu’ils attaquent diligences et convois.

Les approcher sans éveiller leurs soupçons n’est pas une mince affaire et James se voit contraint de se faire passer pour un fuyard. Proposant de guider le gang à travers les Rocheuses pour leur éviter les ennuis, il découvre très vite que Philips est loin de lui avoir dit toute la vérité. Si Morrison et ses hommes sont bel et bien des voleurs, ils ne sont pas pour autant les monstres que l’on se plait à décrire dans les saloons. Petit à petit, James se retrouve happé par cette drôle de famille où il se sent plus à sa place que nulle part ailleurs. Du moins jusqu’à ce que la vérité sur son double jeu éclate au grand jour. Rattrapé par le passé et confronté à un futur plus qu’incertain, l’heure des choix sonne pour James. Même s’il n’a plus la moindre envie de livrer le troublant Nathaniel Morrison à son ennemi de toujours, le shérif Philips les attend au tournant.


Un bon western bien rythmé, avec une petite romance M/M, des péripéties, des attaques d’Indiens, un shérif sans scrupules, des hors-la-loi en cavale, la nature sauvage, bagarre dans un saloons, course à cheval… bref, les clichés du Far West mais quand c’est bon, on aurait tord de se priver.


J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le Far West, à un tournant de son histoire avec l’Ouest qui se modernise peu à peu avec l’arrivée du chemin de fer, à l’aube d’une guerre civile qui menace de tout bouleverser, un monde que notre protagoniste James Lloyd a du mal à suivre alors que sa profession de trappeur est à son crépuscule avec l’arrivée de tous ces changements. Il peine à vivre de son métier, est d’un naturel solitaire, sombre, nostalgique d’une époque quasiment révolue, avec des abords rudes mais qui est plus complexe qu’on ne le pense. J’ai beaucoup aimé suivre ce personnage qui essaye de survivre dans ce monde en mutation, qui est plus proche de la nature, avec un héritage indien de par sa mère qui le rend encore plus intéressant.


J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman que j’ai dévoré en moins de trois jours. J’ai suivi l’intrigue, aux côtés de James Lloyd et de la bande de hors-la-loi avec leur chef Morrison. On s’éloigne un peu des clichés des hors-la-loi qui sont en réalité innocents. Certains sont quand même sacrément misogynes ! Cela dit, ils restent attachants pour la plupart et ils ont une personnalité qui leur est propre, ils forment à eux tous une famille de parias rejetés par la société puritaine en raison de leurs différences.


J’ai notamment beaucoup aimé Sanchez ou Sol le musicien, Mabel et ses deux amants, sans oublier le chef Nathanaël Morrison dont j’ai aimé voir le rapprochement avec notre trappeur taciturne. La romance reste efficace, Lloyd et Morrison sont deux personnages qu’on imagine difficilement ensemble, mais la romance est crédible, elle se fait sans précipitation et se tisse au fil de l’intrigue, au fur et à mesure qu’on en apprend davantage sur Morrison. J’ai d’ailleurs aimé que [spoiler] la fin heureuse ne soit pas acquise, bien qu’on devine à la fin que Lloyd va retrouver son ancien amant, les retrouvailles sont juste supposées, ce n’est pas la fin heureuse que je m’attendais à voir, ce qui a été une surprise mais pas désagréable ceci dit [/spoiler]. Même si le dénouement de l’intrigue autour du shérif ne m’aura pas surprise, le suspense est tout de même resté jusqu’au bout pour d’autres aspects de l’histoire.


Un roman d’aventure qui se dévore, offrant donc mal d'action, entrecoupé de moments d’amitié sympathique, sans oublier la relation amoureuse qui se tisse peu à peu entre Lloyd et Morrison. Une plongée dans le Far West avec les clichés du genre mais qui fonctionnent toujours autant chez moi. Une sympathique découverte !


Le gang de Morrison est définitivement loin de l'image que Lloyd s'en faisait jusqu'à présent. Même s'il a eu des doutes depuis leur rencontre, il se dit que la mise à prix est peut-être exagérée. Ils ont commis des crimes, mais il a de plus en plus de mal à les considérer comme les bandits sanguinaires dépeints par Philips. Il se force à se remémorer l’attaque de la diligence et la façon dont le garde armé a été froidement abattu… Pourtant seule victime de cette rixe… Il revoit Doc Armand soigner le cocher, Sanchez et McKennie relâcher les voyageurs infortunés… Ils les ont dépouillés avant, mais ils ne les ont pas tués.

Des hors-la-loi avec des principes moraux. James aura tout vu.

dimanche 19 juillet 2026

Le Port des marins perdus - Teresa Radice et Stefano Turconi.


Automne 1807. Un navire de Sa Majesté récupère au large du Siam un jeune naufragé qui ne se rappelle que de son prénom : Abel. Le garçon se lie rapidement d'amitié avec le premier officier, capitaine du navire depuis que le commandant s'est enfui avec le trésor du bord. Abel retourne ensuite en Angleterre où il loge dans l'auberge tenue par les trois filles déchues du fuyard. 

Alors que la mémoire lui revient peu à peu, il découvre quelque chose de profondément troublant sur lui-même, et la véritable nature des personnes qui l'ont aidé...




Une histoire qui sent bon le sel marin et qui nous emporte au grès des vagues.


Tout commence avec un jeune homme repêché des eaux par William Roberts, premier officier de la frégate L’Explorer. Un naufragé ? Sans doute. L’ennui, c’est que ce jeune homme ne se souvient de rien, à part son nom, Abel, qui se propose d’accompagner l’équipage en attendant de regagner les côtes anglaises. Si le jeune Abel ne se souvient de rien, il démontre en revanche des connaissances solides sur la navigation, se révélant très vite être un excellent marin, comme s’il avait déjà navigué auparavant… Lorsque l’Explorer rejoint enfin l’Angleterre, William décide de confier Abel à Helen, Heather et Harriet, les trois filles du capitaine de l’Explorer, disparu dans des circonstances mystérieuses, qui tiennent une auberge mais les affaires ne sont pas bonnes, surtout depuis que leur père est accusé de trahison. En effet, il aurait disparu avec un trésor, tuant au passage les gardes du bateau… Tandis qu’Abel tente de se souvenir qui il est et ce qu’il lui est arrivé, il découvre une île au loin qu’il est le seul à voir, avec Rebecca, maquerelle, qui est tétanisée lorsqu’elle voit Abel. Pourquoi ? Et qu’est-il arrivé exactement au capitaine Stevenson ?


Le Port des marins perdus est une histoire en quatre actes, illustrée par des dessins crayonnés qui surprennent un peu au début mais qui font finalement le charme de cette BD. J’avais déjà eu l’occasion de la lire en 2019 puis j’ai tout oublié, ce qui fait un peu de cette relecture une redécouverte. Néanmoins, j’ai vite fini par comprendre le mystère autour de la disparition du capitaine, ainsi que le mystère qui entoure le jeune Abel. Néanmoins, cela n’a pas gâché ma lecture. Au contraire, c’est une lecture emprunt de fantastique qui m’aura fait voyager. C’est le genre d’aventure maritime épique qui est touchant et prenant du début à la fin, avec des moments tantôt tristes, tantôt émouvants. Rebecca est un personnage qui m’a beaucoup touchée, forte et vulnérable à la fois, avec ses secrets et ses blessures.


C’est une belle histoire douce-amère qui traite de deuil, de famille, de perte, de voyage en mer, de courage. Une belle aventure maritime emprunt de surnaturel, avec des personnages attachants pour la plupart, ou en tout cas qui ne laissent pas indifférents. J’aimerais en dire plus pour rendre justice à cette histoire, mais ce serait la spoiler


Si je devais trouver une critique, c’est au niveau du dessin. Je trouve dommage que les hommes ont droit à des character designs plus diversifiés que les femmes qui sont, elles, toutes très belles et se ressemblent presque toutes, ce qui donne un effet très « Disney ». Dommage, j’aurais aimé un peu plus de diversité…

vendredi 3 juillet 2026

Pompéi - Robert Harris.



Le temps est lourd en cette dernière semaine d'août de l'an 79, l'atmosphère étouffante dans la somptueuse baie de Naples où de nombreux Romains sont venus savourer les derniers jours de l'été. Une étrange odeur de soufre flotte dans l'air. 

Attilius, jeune ingénieur chargé de l'entretien du gigantesque aqueduc qui alimente la baie en eau potable, est inquiet. Son prédécesseur a disparu sans laisser de traces... et le Vésuve se réveille. Les signes du désastre se multiplient. Attilius pressent que la ville de Pompéi se prépare à vivre ses dernières heures et tente l'impossible pour sauver la vie de Corelia, la fille de son pire ennemi, dont il est tombé amoureux. 

L'auteur, en dramaturge raffiné, fait du lecteur le témoin d'un implacable compte à rebours.



Il y a un an, entre le 29 juin et le 03 juillet, je lisais Conclave, de Robert Harris. Une coïncidence a fait que je me suis attaquée à la lecture d’un autre de ses romans à ces mêmes dates. Pompéi n’a pas été le coup de cœur que fut Conclave, mais il n’en reste pas moins une bonne lecture.


Attilius est un jeune aquarius (ou ingénieur des eaux) envoyé par Rome à Naples, prenant la relève de son prédécesseur disparu soudainement, pour résoudre le problème des sources d’eaux qui se sont taries. Il n’est pas très bien vu de ses collaborateurs qui se méfient de lui. C’est bien le cadet de ses soucis, il a un aqueduc à réparer ! Mais, au fur et à mesure, des choses étranges se produisent. Le sol tremble, les poissons meurent, la mer se trouble alors qu’il n’y a pas de vent, les fontaines de Pompéi débordent alors que celles des villes voisines sont à sec, il règne une odeur de souffre dans l’air. Il y a quelque chose qui se trame et qui va au-delà du manque d’eau.


Je me suis plongée avec plaisir dans ce roman historique qui se situe deux jours avant puis les deux jours de l’éruption du Vésuve en 79 après JC. Alors que je ne m’y attendais pas, j’ai suivi avec intérêt la vie hydraulique dans la Rome antique avec l’importance de l’eau et des aqueducs, merveilles d’architecture dont il nous reste encore des vestiges en Europe, le génie romain pour acheminer l’eau, mais aussi comment l’eau pouvait être source de pouvoir économique et politique dans la Rome antique. Car oui, qui dit Rome antique, dit manipulations, magouilles politiques, pots de vins, conflits d’intérêt, etc.



Vestiges de l'aqueduc d'Auguste (Aqua Augusta) à Naples
dont l'auteur a fait le décor de son roman


Il st donc question de politiques, mais aussi de la place des femmes, de l’organisation de la vie publique, d’architecture, etc. On y parle bien évidemment de Pompéi, ville prospère, qui souhaite égaler Rome. J’ai également aimé la façon dont l’auteur pose les indices sur l’éruption qui se prépare, nous montrant bien que l’éruption n’est pas arrivée brutalement et qu’il y a eu des signes avant-coureurs que les Romains n’ont pas su déchiffrer, puisqu’ils ignoraient alors que le Vésuve était un volcan.


La multiplication de ces indices ne fait que renforcer l’impression de compte à rebours et de tension qui monte, d’autant plus que nos personnages évoluent en plein été, dans une chaleur suffocante avec des nuits ne laissant que peu de répit, ce qui accentue le sentiment de violence chez certains personnages. Nous avons la sensation de catastrophe imminente qui se prépare, que notre protagoniste devine, mais dont personne n’est capable de deviner toute l’ampleur de cette catastrophe.


D’ailleurs, à noter que l’éruption du Vésuve s’est en réalité produite en octobre, et non pas en août comme nous l’avons souvent pensé, le roman a donc été écrit avant que les preuves archéologiques ne réfutent cette idée. Voilà pour la minute historique !


Ce n’est pas le roman policier que je pensais lire, et c’est encore moins un roman à suspense. Je m’attendais à ce que l’affaire autour de de la mystérieuse disparition de l’ancien aquarius prenne une place plus importante, mais on est davantage ici sur du roman historique qui cherche davantage à mêler Histoire et fiction qu’à présenter une véritable enquête policière. Cela dit, j’ai aimé cette plongée dans l’Antiquité romaine, être témoin de la catastrophe du Vésuve en me demandant qui allait survivre ou qui allait périr, et comment l’auteur a décrit ces deux terribles journées où le monde s’est arrêté à Pompéi. L’immersion est totale, et Attilius est un protagoniste plutôt agréable à suivre. Il est honnête, intelligent et courageux. Toutefois, j’ai trouvé la fin plutôt rapide, même si ça n’a pas entaché mon appréciation du roman qui reste une sympathique lecture !


— Tu as consulté la sybille ? Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Ampliatus se composa une expression solennelle adéquate.

— Elle a sacrifié des serpents à Sabazius et les a écorchés pour en tirer ses prédictions. J’ai assisté à toute la cérémonie.

Il se rappela les flammes, sur l’autel, la fumée, les mains luisantes, l’encens ; la voix chevrotante de la sybille, haut perchée, à peine humaine, rappelant la malédiction lancée par cette vieille femme dont il avait jeté le fils aux murènes. Il avait été malgré lui impressionné par toute l’opération.

— Elle a vu une ville, notre ville, dans un avenir lointain. Un millier d’années, peut-être plus. Elle a vu une cité célèbre dans le monde entier, poursuivit-il dans un murmure. Nos temples, notre amphithéâtre, nos rues, arpentés par des gens de toutes les langues. Voilà ce qu’elle a vu dans les entrailles des serpents. Longtemps après que les César seront tombés en poussière et que l’empire ne sera plus, ce que nous avons bâti ici perdurera.