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dimanche 20 juillet 2025

Reine d'Égypte - Chie Inudoh.


C'est le début d'une nouvelle ère dans l'Égypte des Pharaons : le mariage de la jeune Hatchepsout et de son demi-frère Séthi fait de ce dernier l'héritier légitime du trône, sous le nom de Thoutmôsis II. Représentants des dieux sur terre, ils resplendissent sous leurs parures, et forment à première vue un couple parfait. Mais sous ses airs d'épouse idéale, Hatchepsout cache une colère profonde... Elle ne veut pas être simple reine, mais plutôt devenir pharaon elle-même, comme son guerrier de père ! Enfant, elle n'a cessé d'humilier Séthi au combat à l'épée, et elle est imbattable au tir à l'arc. Pourquoi ne serait-elle pas digne d'accéder au rang suprême, juste parce qu'elle est née femme ?

Pour Hatchepsout, c'est le début d'un combat pour s'affranchir des conventions ancestrales d'une des plus grandes civilisations du monde !



Reine d’Égypte est un manga en neuf tomes qui raconte la vie de la reine-pharaon Hatchepsout et comment l’Égypte a prospéré sous son règne. Je ne connais que très peu la vie de cette célèbre souveraine, ainsi je ne peux pas m’avancer sur la fidélité du manga concernant son histoire et la véracité des faits racontés mais sans doute que la mangaka a tissé une version romancée de la vie de cette pharaonne, comme le fait la plupart des fictions historiques.



Cependant, j’ai trouvé intéressant cette fenêtre sur l’Égypte antique. La mangaka touche à tout concernant cette époque : l’importance de l’art et notamment de l’architecture, la religion et ses rituels, les rites funéraires, le commerce, la guerre et l’armée, la vie du peuple comme des nobles ou des prêtres, la musique, etc. Le tout sans que cela donne l’impression d’un condensé d’informations, tout est montré et expliqué de façon fluide. Par ailleurs, les décors représentant l’Égypte, ses paysages, ses palais, les vêtements et tout le reste, sont très joliment représentés. On sent que la mangaka s’est bien documentée !



J’ai trouvé intéressant que l’histoire ne soit pas édulcorée et que la mangaka n’ait pas peur d’évoquer, voire de montrer, des thèmes un peu plus sombres avec des scènes assez violentes. Il est parfois question de viol, de meurtre, de fausse-couche. On a aussi quelques scènes de nudité, ou des scènes assez sanglantes. Toutefois, la mangaka ne montre pas cela pour attirer du public, ou juste pour montrer de la violence comme ont tendance à le faire la plupart des fictions historiques.



Hatchepsout est dépeinte comme une femme forte, têtue et ambitieuse ayant une volonté d’acier, décidée à rester seule maîtresse de sa destinée et à prouver qu’elle est capable de régner malgré son sexe. C’est une figure féministe, bien que ce soit à prendre avec des pincettes puisqu’elle entretient une relation conflictuelle avec son sexe tout au long de la série. Elle veut prouver être capable de régner malgré son sexe et que celui-ci n’est pas un frein, pourtant elle se travesti, souhaite se faire représenter comme homme dans ses statues, elle n’aime pas être considérée ou représentée comme femme (j’ai par ailleurs trouvé très intéressant ses scènes avec Meryet, sa (future) belle-fille, dans les derniers tomes, lui permettant ainsi de mieux accepter son identité de femme et qu’elle ne doit pas dénigrer cette identité pour prouver qu’elle est une bonne souveraine).

Hatchepsout est un personnage que j’ai pris plaisir à la suivre sans toutefois m’attacher spécialement à elle ou aux personnages en général. J’ai souvent déploré ses choix, ne sachant pas toujours sur quel pied danser avec elle, et déplorant des choix que je trouvais durs voire illogiques. Paradoxalement, c’est un aspect que j’ai trouvé intéressant chez ce personnage, le fait qu’elle ne soit pas édulcorée, ni parfaite mais tout simplement humaine.



Son ambition de devenir pharaon et son rôle une fois qu’elle l’est devenue la pousse à prendre des décisions qu’on peut juger contestables. Ses décisions sont politiques et souvent en décalage avec le bien-être de son entourage, voire même son propre bien-être. Elle ne pense jamais à elle en tant que femme ou personne, elle n’hésite pas à faire des choix difficiles, même pour elle-même, pour assurer la bonne continuité de son règne et pour l’Égypte, comme éloigner des personnes qui lui sont chères (mon cœur saigne encore quand je repense à sa relation avec Senmout), ce qui fait d’elle une reine froide, rationnelle, ambitieuse par le lecteur comme par ses proches. Toutefois, j’ai aimé qu’elle soit montrée ainsi, pas le cliché de la reine parfaite, douce, contre la violence, mais une diplomate qui n’hésite pas à sacrifier son bonheur et à se salir les mains, à être une guerrière impitoyable comme une reine généreuse et accueillante. J’ai aimé la voir grandir, évoluer tout au long de son règne jusqu’à ses dernières années.




On a aussi toute une panoplie de personnages, outre Hatchepsout, tous les plus colorés les uns que les autres. Ils sont soit bons, mauvais, calculateurs, loyaux, sournois, certains évoluent, d’autres restent ne changent pas. Ceux qui nous semblent être des menaces vont changer et mûrir, d’autres qui semblent loyaux se révèlent plus sombres que prévu. Parmi les personnages récurrents, nous avons Hapouseneb, prêtre d’Amon et proche conseiller de la reine, Senmout architecte et amant de la reine, Djehouty (alias Thoutmosis III) le beau-fils de la reine et l’héritier au trône, Néférouré, la fille d’Hatchepsout, Panéhésy le chancelier, Thoutmotis II le frère et époux d’Hatchepsout. Le récit est rythmé entre Hatchepsout et ses relations avec ces différents personnages, entre épreuves, machinations, trahisons, scènes tendres ou drôles.



Après, ça reste de la fiction historique, une version très romancée de la vie d’Hatchepsout et donc à prendre avec des pincettes. Sans bien connaître son histoire, je pense que la mangaka a pris beaucoup de libertés et s’est aussi basée sur des suppositions. Cela reste toutefois un manga historique que j’ai pris plaisir à suivre. Il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour que ce soit un coup de cœur, mais c’est une découverte sympathique que je recommande pour ceux et celles qui s’intéressent à l’Égypte ancienne.



mercredi 21 août 2024

Les tribulations de Lady Eleanor Grant (T.1) La première reine - Julie James.

1910. Après des années d'un mariage désastreux, Lady Eleanor Grant est enfin libre de mener sa vie comme elle l'entend. Grande amatrice d'égyptologie, elle décide de se rendre dans ce pays qu'elle a si souvent fantasmé, l'Egypte. Là-bas, elle va faire la connaissance de Karl Schaffenberg, un éminent professeur allemand. 

A eux deux, ils décryptent de vieux parchemins, trouvés dans la tombe d'un Grand Prêtre, qui leur révèlent une fantastique découverte : une nouvelle reine égyptienne, Nitetis, inconnue jusqu'alors, vient complètement bouleverser l'ordre dynastique. Lors de cette enquête, Eleanor est amenée à recroiser la route du brillant gallois, Warren Crowley.

Intrigué, ce dernier se laisse entraîner par cette étrange aventure, et se révèle être un précieux allié, pour suivre les traces de cette reine oubliée. Mais pourquoi n'a-t-on jamais entendu parler de cette Nitetis ? Qu'a-t-elle donc fait pour subir la Damnatio Memoriae ? Parfois, certains secrets bien gardés devraient le rester.


Ce roman se présente comme un petit (façon de parler) concentré d’action, d’égyptologie, de romance et de mystère, ce qui en fait une lecture plutôt sympathique pour l’été.


Avec son intrigue et son rythme, le roman n’est pas sans rappeler les films La Momie et Indiana Jones dont il se présente comme un mélange intéressant entre ces deux œuvres intemporelles. Le roman est dynamique. Il y a beaucoup d’actions, de dangers, et de péripéties, si bien qu’on ne s’ennuie pas et que le rythme n’est jamais lent. Malgré tout, j’ai fini par trouver ce roman long, surtout vers la fin où les actions et péripéties s’enchaînaient encore, malgré le fait que le plus gros de l’intrigue soit passée. Après l’affaire autour de la momie résolue, je m’attendais à un temps de pause, une retombée plus calme pour que l’intrigue se termine en douceur, mais les ennuis ont continué à poursuivre nos protagonistes… peut-être un peu trop à mon goût car je n’en voyais pas la fin. J’ai fini par avoir cette impression qu’il se passait beaucoup trop de choses, alors que le roman aurait peut-être bénéficié d’un peu plus de temps morts.


Pour continuer un peu sur les éléments à m’avoir chagriné, j’ai trouvé quelques fautes dans le texte et notamment une phrase qui semblait manquer dans un chapitre (je ne sais plus lequel) car il y avait une phrase qui n’avait aucun sens. J’ai également trouvé l’héroïne un peu Mary Sue-ish dans le sens où elle ne semble avoir aucun défaut, ou alors ses défauts ne sont pas présentés comme tel. Toutefois, elle reste une héroïne plaisante à suivre, et très débrouillarde, qui a été élevée en dehors des règles de bienséance de l'époque : elle sait aussi bien tirer qu'un homme (sa mère faisant partie d'une famille d'armuriers) et elle a été formée aux affaires. Puis sa passion et son enthousiasme pour l'Egypte antique sont amusants et compréhensifs.



J’ai aussi trouvé quelques passages assez discutables ou que j’ai moyennement apprécié, comme le méchant qui est méchant parce qu’il est misogyne, ou encore…


[SPOILER] Le roman a une vision très coloniale de l'égyptologie. Un personnage accuse l'héroïne de vouloir s'approprier les trésors de son pays mais l'héroïne se dit que c’est plutôt heureux que les Européens étaient là pour mettre au jour les trésors antiques, parce que les Égyptiens ne s'y intéressent pas et de toute façon il n'y a pas beaucoup d'égyptologues égyptiens. Et puis, si les Européens ne s’y étaient pas intéressés, une bonne partie de l’histoire antique égyptienne serait encore sous le sable à ce jour et les Européens, même s'il y a de méchants pilleurs, ont fait les fouilles par passion et montrer aux Égyptiens combien leur passé est fascinant à leurs yeux.


Je ne pense pas que ce soit l’opinion personnelle de l’auteure, et je veux bien placer ça dans son contexte historique car de nombreux Européens pensaient ainsi à l’époque, et pour le coup c’est réaliste. Je pense que, dans un roman se situant à notre époque moderne, ce discours aurait beaucoup moins passé. Je peux donc excuser cela en replaçant dans son contexte, mais il n’empêche que j’avais tiqué à ce passage. [/SPOILER]


Pour continuer sur des points plus positifs, j’ai énormément apprécié les illustrations qui accompagnent le récit, c’était une petite touche très agréable, d’autant que les illustrations sont superbes ! J’ai également beaucoup aimé notre trio de personnage, entre notre passionnée Eleanor, l’érudit Karl Schaffenberg qui est tout aussi passionné qu’Eleanor et l’un des rares hommes à la considérer comme son égale (ils ont d’ailleurs une relation très douce, basée sur le respect et l’affection mutuelle qu’ils se portent), et ce séducteur invétéré de Warren Crowley, qui aurait pu facilement tomber dans le cliché du dom Juan beau parleur et sans scrupule mais l’auteure a su lui insuffler assez d’âme et de mystère pour qu’il ne soit pas entièrement stéréotypé et qu’il soit un brin attachant, et ses échanges avec Eleanor sont savoureux, mine de rien.


J’ai beaucoup aimé que le roman ne saute pas directement dans le vif du sujet mais prenne le temps de s’installer, sans que ce soit long ou monotone. L’auteure prend le temps de nous présenter son héroïne, le début de son mariage désastreux et comment elle a réussi à s’émanciper et à s’intéresser à l’égyptologie, puis ses premiers contacts avec Crowley. J’ai beaucoup aimé cette initiative, même si je dois avouer que j’attendais avec impatience toute la partie qui se déroule en Égypte : le voyage en Égypte, le long du Nil, puis le début des fouilles, la découverte du tombeau puis de la momie. J’ai aussi aimé découvrir en parallèle l’histoire de Nitetis, princesse puis reine d’Égypte, et ce qu’il s'est passé pour qu'elle soit condamnée à être oubliée et effacée de l'Histoire, et comment elle se présente comme une figure tragique dont le vécu ne peut que nous émouvoir et nous révolter. J’ai aimé ce mélange entre histoire et fantastique, ce qui n’était pas sans rappeler La Momie, un film que j’aime énormément.


Bon, avouons-le, c’est bourré de clichés sur l’Égypte antique [spoiler] les pièges dans le tombeau, la momie vengeresse, des tierces personnes voulant empêcher nos héros de mener leur fouille à bien et cela pour leur propre profit [/spoiler], mais comme je suis friande de ces clichés, je laisse passer, d’autant que je me suis vraiment laissée bercer par les descriptions précises et imagées qui m’ont fait voyager en Égypte et qui m’ont donné l’impression de fouler le sable du désert et remonter le Nil en bateau.


Malgré les aspects négatifs que j’ai pu relever, c’est un bon roman dans son ensemble. C’est très féministe, rythmé, avec une écriture fluide et agréable et une intrigue qui tient la route. Le récit est plutôt bien dosé : si la romance est bien présente, elle ne met pas l'intrigue au second plan et fait la part belle à l'aventure. 


En bref une lecture qui ne sera pas un coup de cœur mais dont je lirai peut être la suite, d’autant que l’intrigue se déroule en grande partie sur le Titanic (je suis si faible…) 


Eleanor eut le souffle coupé devant la magnificence de ce qu'elle avait devant les yeux. D'immenses colonnes, certaines entières, d'autres fauchées par le temps, se dressaient devant eux, formant une allée qui les invitait à venir explorer plus avant les lieux. Au pied des colonnes, l'on pouvait voir des statues de béliers qui paraissaient presque ridiculement petites. De hauts murs, un peu plus loin, laissaient voir que Karnak recelait encore d'autres trésors antiques. Ça et là, des palmiers amenaient un peu de verdure et de couleur. Sur la droite se trouvait ce qui restait du temple de Séthi II.

(...) Oublieuse de tout, Eleanor s'approcha du socle d'une statue de bélier, et le toucha avec révérence. En fermant les yeux, elle pouvait presque ressentir la foi que portait cet endroit il y a si longtemps, voir les couleurs qui ornaient les colonnes, les murs, entendre les chants et la musique s'élever dans le ciel d'un bleu pur.

(...) Eleanor avait presque les larmes aux yeux. Les descriptions qu'elle en avait lues, les gravures et photographies qu'elle avait vues, tout cela ne valaient rien face à la réalité, et l'ambiance qu'elle pouvait presque palper ici.

dimanche 14 juillet 2024

Les Mémoires de Cléopâtre (T.1) La Fille d'Isis - Margaret George.


Plus qu'un personnage historique, Cléopâtre est une légende. Héritière de la dynastie des Ptolémées, séductrice fatale, aimée de César puis d'Antoine, qui rêva avec elle de régner sur l'Orient, elle fit briller l'Egypte d'une ultime splendeur avant de s'offrir volontairement à la morsure d'un aspic. 

Sans dissiper cette aura de fascination et de mystère, la romancière américaine Margaret George a minutieusement reconstitué cette exceptionnelle destinée, et nous fait revivre son parcours de reine et de femme dans sa plus profonde intimité. L'enfance, les débuts d'une jeune reine de dix-sept ans, l'Egypte affaiblie et divisée, le long exil à Ashkelon, l'aventure rocambolesque à l'issue de laquelle elle devient la maîtresse de César, à qui elle donnera un fils, Césarion... tels sont les moments forts de cette grande saga du pouvoir, de l'ambition et de la passion. 

A la mort de César, Cléopâtre regagne Alexandrie : un long règne s'ouvre devant elle...


Ce livre est le premier tome d’une trilogie consacrée à la reine Cléopâtre VII et qui a connu une adaptation en téléfilm en 1999. Ce premier tome nous narre la vie de Cléopâtre de sa jeunesse jusqu’à la mort de César en 44 av JC.


Il s’agit bien-sûr d’une biographie romancée de Cléopâtre qui nous est narrée par cette dernière. Nous n’avons que très peu d’informations concernant la naissance et la jeunesse de Cléopâtre, ainsi l’auteure a laissé ici libre cours à son imagination en nous présentant une Cléopâtre orpheline de mère, qui a vécu avec son père le pharaon, et ses frères et sœurs. Elle nous parle de son enfance, de sa famille, de ses amis, de son éducation.


L’auteure nous pose le contexte historique d’une Égypte affaiblie et qui, si elle demeure libre, se doit d’obéir à Rome dont la puissance grimpe, elle nous parle du règne du pharaon Ptolémée XII mal aimé du peuple, de la sœur de Cléopâtre qui a tenté de régner, puis la montée sur le trône de Cléopâtre et de son frère cadet Ptolémée XIII, et des premières années chaotiques de son règne alors qu’elle n’a que 18 ans et que les relations entre frère et sœur se dégradent jusqu’au déclenchement d’une guerre civile, bien à l’insu de Cléopâtre qui doit se battre pour regagner son trône et faire reconnaître sa légitimité.


L’auteure nous parle aussi bien évidemment de la rencontre entre Jules César et Cléopâtre, une rencontre des plus originales puisque Cléopâtre était en fuite et a du user d’un étonnant stratagème pour s’approcher de César.


L’auteure a pris le parti de faire de la relation entre César et Cléopâtre une relation amoureuse. Si, dans la réalité historique, rien ne permet d’affirmer que ces deux personnages aient pu être amoureux, il y a indéniablement eu une relation physique entre eux, car ils avaient beaucoup à gagner sur le plan diplomatique dans cette relation. Mais puisqu’il s’agit d’une fiction historique, l’auteure continue de romancer la vie de Cléopâtre en nous dessinant une romance avec Jules César, et on la comprend ! La tentation était trop forte, et qui n’aime pas l’idée de ces deux puissants et charismatiques personnages ayant vécu une histoire d’amour réelle et passionnée ? D’autant plus que ça a été un réel plaisir pour moi de les voir interagir ensemble, apprendre à se connaître et à s’apprivoiser, les voir tisser des liens politiques comme amoureux, relation qui s’est cimentée à travers la naissance de leur fils, Ptolémée César ou Césarion.


J’ai trouvé la partie du roman, consacrée à la jeunesse de Cléopâtre, un peu longue et elle m’a moins intéressée même si elle n’est pas entièrement dénuée d’intérêt. Il faut dire que j’attendais avec impatience la rencontre César/Cléopâtre. Ceux qui me connaissent pourront le dire, Jules César est un de mes personnages historiques préférés donc j’attendais avec impatience son introduction dans le roman et j’ai pris plaisir à le suivre, en même temps que Cléopâtre, tout comme j’ai aimé rencontrer les autres Romains que Cléopâtre a été amenée à rencontrer, comme Cicéron, Marc-Antoine, Octave le petit-neveu de César, Brutus, etc.


J’ai aimé que l’auteure nous présente une reine inexpérimentée, ce qui est normal puisqu’elle est montée sur le trône très jeune et sans véritable expérience sur la façon de gouverner un pays. C’est une jeune reine qui a le souci de bien faire, qui souhaite consacrer sa vie à son pays et à son peuple. Elle ne reste jamais dans l’inaction, elle n’est pas dans l’oisiveté, elle souhaite vraiment œuvrer pour son pays et essaye de tisser des liens diplomatiques avec d’autres puissances, comme Rome. Mais dans le domaine politique, tout comme le domaine amoureux, elle reste inexpérimentée, elle peut être maladroite et faire des erreurs. On sent vraiment qu’on est au début de son règne, elle gagne petit à petit en expérience. C’est un personnage qui ne demande qu’à mûrir et on sent déjà les prémisses de la grande reine qu’elle sera.


J’ai également aimé l’Égypte telle que l’auteure nous la décrit, et comment elle nous fait voyager du Caire à Alexandrie, les grandes villes comme les endroits un peu plus reculés, les pyramides, etc. J’ai également beaucoup aimé le voyage diplomatique de Cléopâtre à Rome, ce qui nous permet de découvrir Rome à travers son regard d’orientale et découvrir toutes les différences entre Rome et l’Égypte, et cela donne souvent des chocs de culture parfois brutaux, que ce soit chez les Romains ou les Égyptiens ! Nous découvrons le faste de Rome, ses dîners parfois gargantuesques, les triomphes militaires qui donnent lieu à des jours de spectacles, de jeux au cirque avec des fauves ou des gladiateurs, les différentes célébrations religieuses à Rome qui donnent aussi lieu à des jours de fêtes. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce voyage, que ce soit en Orient comme en Occident.


C’était vraiment un premier tome très plaisant, malgré quelques longueurs rencontrées occasionnellement au cours de ma lecture, et très intéressant. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Cléopâtre, le développement de sa relation avec César, ses premières années de règne, et toute la partie du roman se déroulant à Rome.


En observant cet atroce rituel, je sus que ma sœur m'avait, bien qu'involontairement, légué un héritage. Son exemple m'avait montré qu'une femme était capable de régner seule, à condition d'avoir assez de force de caractère, bien entendu. Les premières reines ptolémaïques avaient accédé au pouvoir par le mariage, mais Bérénice venait de prouver qu'il était possible de s'en emparer d'abord et de choisir son mari ensuite. Ou de vivre sans mari, si telle était sa préférence.

lundi 10 juillet 2023

Le Roman de la Momie - Théophile Gautier.


Pharaon aime Tahoser qui aime Poëri. C'est à son retour d'Éthiopie que Pharaon porte un regard chargé de volupté sur la fille du grand prêtre. Lui qui rentre couvert de gloire, lui qui n'a plus rien à désirer du monde, roi, presque Dieu, se sent soudain esclave de la jeune Égyptienne. 

Mais Tahoser, merveille de beauté et de grâce, se languit d'un jeune homme aux prunelles sombres qu'elle a entrevu sur la terrasse luxuriante d'une maison. Aussi n'hésite-t-elle pas à se dépouiller de toute sa splendeur pour conquérir le cœur de Poëri l'exilé, l'Hébreu... 

Fastueuse histoire d'amour qu'un jeune lord anglais découvre dans le papyrus d'une tombe inviolée de la vallée des Rois. Ci-gît, avec encore toute l'apparence de la vie, une jeune femme morte depuis plus de trente siècle.



Décidément, entre la momie d’Anne Rice et celle de Théophile Gautier, les momies ne sont pas l’unanimité chez moi !


Le roman avait pourtant tous les ingrédients à sa disposition pour me plaire. Le cadre de l’Égypte antique, le mystère autour de la vie d’une momie qui se dévoile peu à peu, des références bibliques.


Au final, ce fut une victoire que de parvenir à achever ce roman. J’ai eu beaucoup de mal à avancer, ce n’est qu’à partir de la page 160 de mon édition que je suis parvenue à véritablement entrer dans l’histoire et me laisser entraîner par elle. J’attendais désespérément que quelque chose se produise, histoire de ne pas finir assommée par tant de descriptions, un point qui m’a d’ailleurs surpris car je n’avais pas eu cette impression avec La Morte Amoureuse. À croire que l’auteur a amassé tout ce qu’il pouvait en connaissances sur l’Égypte antique (ses monuments, les vêtements, chaussures, bijoux, etc) pour en tartiner son roman et faire ainsi rêver ses contemporains.


Les premières pages nous plongent en plein milieu du XIXe siècle. Un jeune aristocrate anglais, Lord Evandale, et un égyptologue allemand, le docteur Rumphius, explorent une tombe inviolée grâce à l'aide d'un escroc grec dénommé Argyropoulos. Ils y découvrent le sarcophage d’un pharaon mais, lorsqu’ils l’ouvrent, ils découvrent non pas le pharaon reposant pour l’éternité mais la momie parfaitement bien conservée d’une jeune femme de grande beauté. Près de la momie, un papyrus que le Dr Rumphius va déchiffrer, révélant les secrets de l’histoire de cette mystérieuse jeune femme, Tahoser.


L’écriture est indéniablement belle, riche, esthétique mais le récit est vraiment noyé par de trop nombreuses descriptions et de phrases longues. L’auteur est vraiment très perfectionniste et minutieux dans son écriture, rien n’échappe à sa plume. Tout est décrit dans les moindres détails. Le pharaon entre dans une pièce ? Description de A à Z de la pièce, son décor, description du physique, des bijoux et des vêtements des danseuses ou des serviteurs et, ce, sur plusieurs pages. L’héroïne va d’un point A à un point B ? Longues descriptions des lieux qu’elle traverse. Bref, le récit est trop descriptif à mon goût et si je reconnais toute la beauté et la richesse de l’écriture, l’avancée dans le récit fut vraiment très laborieuse, surtout pendant la première moitié du roman.



Le démaillotage de la momie de Tahoser, par Alex Lunois (1901)
35 siècles après et pas une seule ride !

Ce n’est que lorsque Tahoser décide de fuir son palais pour aller à la rencontre de Poëri que le récit prend une autre dimension. Si l’auteur reste toujours dans la description, l’action commence à s’installer de plus en plus avec la tension amoureuse entre Tahoser, Pharaon et Poëri, et que les références bibliques n’apparaissent à travers l’histoire de Moïse.


Pourtant, le paradoxe est que j’ai été à la fois assommée par les nombreuses descriptions mais qu’elle a su me charmer à certains moments. On ne peut nier la volonté de l’auteur de nous transporter ailleurs le temps de son récit, de nous faire rêver et voyager, de nous présenter une Égypte antique aussi fidèle possible et aussi vraie que nature. Si l’omniprésence et la longueur des descriptions a eu raison du charme qui avait opéré chez moi, je ne peux nier que l’auteur a réussi malgré tout. Si j’ai achevé le roman, l’Égypte antique demeure présente dans mes pensées et je ne demande qu’à replonger dans un autre ouvrage sur cette fascinante époque. Vous comprenez pourquoi je parle de paradoxe ?


Le roman de la momie n’est pas qu’un condensé de descriptions sur l’Égypte antique. Il y a de la romance et de la tragédie à la clé ! Courant romantique oblige, on découvre la thématique du triangle amoureux. Tahoser, fille d’un grand prêtre d’Égypte, n’a que seize ans lorsqu’elle tombe amoureuse d’un homme plus âgé qu’elle : Poëri. Or, ce dernier n’appartient pas à la même classe sociale et au même peuple qu’elle car Tahoser est Égyptienne et Poëri est Juif. Autre obstacle, il aime Ra’hel d’un amour partagé. Alors que Tahoser se languit de son aimé, désespérant qu’il la remarque un jour, elle est remarquée elle-même, sans le savoir, par le pharaon qui n’aura de cesse de la faire chercher dans toute l’Égypte.


Les personnages sont efficaces sans pour autant être mémorables. Pharaon est un poil obsédé et colérique, mais beau parleur tout de même, avouons-le. Tahoser est plutôt moderne pour son époque. Elle ne reste pas dans l’inaction et cherche à prendre en main son destin et de la faire avancer, elle essaye de changer sa vie. Même lorsqu’elle se soumet au désir de pharaon, elle n’est forcée en rien et il attend patiemment son amour. Ce n’est lorsque pharaon se dévoile davantage comme humain que comme divinité vivante qu’elle commence à l’aimer. Le récit n’en demeure pas moins tragique pour autant. Ra’hel a une personnalité assez attachante et Poëri remplit bien son rôle.


Le récit biblique s’incorpore bien à l’histoire égyptienne et nous (re)découvrons à travers Tahoser l’histoire de Moïse, les plaies d’Égypte et l’exode des Juifs hors d’Égypte et peu à peu les morceaux se recollent concernant l’histoire de Tahoser par rapport à ce que nous avons découvert au début du roman.


Le roman de la momie est un classique dont la lecture fut laborieuse, toutefois je suis finalement contente de l’avoir découvert. Si l’auteur est très pointilleux dans son récit, nous offrant des descriptions à n’en plus finir, il est malgré tout parvenu à me faire voyager et à m’entraîner dans l’histoire, bien que ce fut long à démarrer !


« – Et si j’en aimais un autre ?”

Pharaon mordit violemment sa lèvre inférieure ; puis il se calma et dit d’une voix lente et profonde :

“Quand tu auras vécu dans ce palais, au milieu de ce splendeurs, entourée de l’atmosphère de mon amour, tu oublieras tout. Ta vie passée semblera un rêve ; la femme aimée d’un roi ne se souvient plus des hommes. Va, viens, accoutume-toi, commande, fais, défais ; je te donne l’Égypte. Si le monde ne te suffit pas, je conquerrai des planètes, je détrônerai les dieux. Tu es celle que j’aime. Tahoser, la fille de Pétamounoph, n’existe plus.” »

lundi 4 avril 2022

La Momie - Anne Rice.


Le pharaon Ramsès ressuscité dans l'Angleterre de 1914, voilà la folle histoire que nous propose Anne Rice ! 

L'absorption d'un élixir l'ayant rendu immortel, Ramsès - rebaptisé Docteur Ramsey pour plus de discrétion - découvre le monde moderne. 

Mais le souvenir de la belle Cléopâtre le hante. Revenue à la vie à son tour, celle-ci va se révéler bien plus dangereuse que ne le dit la légende...



C’est étrange, la première fois que j’ai emporté ce livre à la bibliothèque. Je n’avais plus lu d’Anne Rice depuis des années, et c’était ma première lecture depuis l’annonce de sa mort en décembre 2021, qui nous a causé choc et tristesse. Me replonger dans son écriture a finalement été plus facile que je ne le pensais, et je me suis laissée bercer par ses mots.


Je regrette que ce roman m’ait finalement laissé un avis plus que mitigé.


Nous sommes en 1914, et Lawrence Startford, éminent archéologue anglais, fait la découverte du siècle. Un étrange tombeau dans une pièce au style gréco-romain et dont l’occupant momifié n’est d’autre que Ramsès II. Impossible, puisque la momie de ce célèbre pharaon a déjà été découverte il y a près de deux siècles. Pourtant, les écrits qui s’y trouvent semblent prouver le contraire et révèlent une bien étrange histoire. Ramsès le Grand est un immortel, qui a planifié sa mort et voyagé à travers les siècles et les contrées, avant de plonger dans un éternel sommeil… du moins, jusqu’à ce qu’il ne soit réveillé bien plus tard par une jeune reine d’Égypte demandant son aide et ses conseils, Cléopâtre.


Si j'étais sceptique quant à l'idée de départ, il faut avouer qu'elle présente une sacrée originalité ! Faire de Ramsès un immortel qui a non seulement joué un rôle auprès d'une autre figure historique toute aussi célèbre que lui et qui se retrouve dans le monde moderne, non pas en tant que momie meurtrière laissant des cadavres sur son chemin, mais en tant qu'homme de raison déstabilisé mais fasciné par ce nouveau monde, ce qui nous présente un choc des cultures déstabilisant pour Ramsès, mais ô combien intéressant pour les lecteurs, entre Antiquité égyptienne et modernité occidentale.


J'ai beaucoup aimé voir la première partie du roman avec le réveil de Ramsès et le voir découvrir l'Angleterre de 1914, ainsi que toutes les avancées sociales, culturelles, scientifiques et technologiques, être submergé par la surprise et l'émerveillement... j'en viens à regretter qu'il soit semblable à un surhomme, capable d'assimiler toutes ces nouvelles connaissances à une vitesse folle et être capable de maîtriser l'Anglais et son environnement assez facilement. Toutefois, c'est un personnage charismatique et plein d'assurance que l'on découvre pendant une bonne partie du roman. Tout doué qu'il est, il n'échappe pas aux suspicions de l'entourage de Julie Startford, la fille de l'archéologue qui a découvert Ramsès, qui vont essayer de percer les secrets de son identité mais aussi de son élixir d'immortalité. J'ai trouvé intéressant les réflexions de Ramsès quant à l'époque dans laquelle il se trouve, et le semblant de mystère autour de la mort de l'un des personnages de l'expédition archéologique, notamment l'identité du coupable et ses prochains agissements. 



Couvertures proposées par Pocket à travers les années



La seconde partie du roman, celle où Ramsès et Julie voyagent en Egypte pour permettre à l'ancien pharaon de faire ses adieux à son passé, est un peu plus longue... du moins, jusqu'à ce que Ramsès ne découvre inopinément la momie de Cléopâtre et ne décide, sur un coup de tête inconséquent, de la ramener à la vie. Cependant, sa momie n'est pas complète et cette résurrection ne se passe pas comme prévu, et c'est là où ça coince.


Je peux accepter l'idée de Cléopâtre réveillée contre son grès, dont le réveil se passe mal car elle est une momie incomplète. De ce fait, son apparence présente de nombreux défaut et elle a perdu de très nombreux souvenirs de sa vie passée. Déboussolée, rejetée par Ramsès dans un premier temps, elle ne s'y retrouve pas dans ce monde qui n'est pas le sien et se présente plus comme créature meurtrière, pourtant vulnérable dont on ne peut prédire les réactions. Je n'ai toutefois pas du tout adhéré au fait de voir Cléopâtre sauter sur tout ce qui bouge (ou sauter tout ce qui bouge, mais que des hommes hein, forcément…) et la voir comme une femme fatale qu'aucun homme ne peut résister et qui [spoiler] tombe sous le charme de l'insipide Alex, (le fiancé de Julie, comme c'est pratique tiens !) [/spoiler]


J'ai également été déçue par le personnage de Julie qui était prometteur. Fille unique, elle se retrouve comme seule héritière de l'empire de son père, et s'est donnée pour tâche de faire découvrir son monde à Ramsès et de l'aider, tout en évitant ce mariage dans lequel on la presse et les manigances de son entourage pour avoir la main mise sur l'entreprise familiale. C'est au départ une femme forte cherchant à s'émanciper, ne pas se laisser dicter sa conduite et vivre comme elle l'entend. Elle perd de sa saveur en tombant amoureuse de Ramsès et en devant une amante malheureuse sans son Ramsès, prête à se donner la mort s'il la quitte car elle ne peut vivre sans lui, et qu'elle passe son temps à pleurer et se languir.


La plupart des personnages n'est pas inintéressante mais ne m'a pas laissé forte impression, en particulier l'entourage masculin de Julie, outre Samir (Samir parfait, Samir pas besoin de changer) qui cherche à avoir main prise sur l'entreprise des Startford et à marier Julie au poulain de leur choix pour les avantages que cela leur apporterait.


Cependant, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écriture d'Anne Rice qui maîtrise sa plume à la perfection (à part ses scènes hot risibles tant au niveau du dialogue que des descriptions), et qui parvient à nous faire voyager en Angleterre aussi bien qu'au Caire, mais au final je suis ressortie très mitigée de cette lecture, presque déçue. Peut-être en attendais-je un peu trop, ou que je m'attendais tout simplement à autre chose. Je reste davantage charmée par ses vampires que par sa momie. Peut-être que j'aime tout simplement mes momies comme assoiffées de sang que comme des âmes torturées... Dommage ! Peut-être me laisserais-je convaincre un jour par ses loups-garous... 


- Ce que vous voulez nous faire comprendre, dit Elliott, c'est que nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les anciens Egyptiens.

(...) - Non, ce n'est pas ce que je veux dire, dit Ramsès d'un air pensif. Vous êtes meilleurs. D'un millier de façons. Mais vous êtes toujours humains. Vous n'avez pas encore trouvé toutes les réponses. L'électricité, le téléphone, ce sont là des objets magiques. Mais les pauvres meurent de faim. Les hommes tuent pour avoir ce que leur refuse leur propre travail. Comment partager la magie, les richesses, les secrets, voilà bien le problème.

vendredi 18 juin 2021

Kheti, fils du Nil - Dazan et Isabelle Dethan


En essayant de rattraper leur chat, Kheti et Mayt se retrouvent dans le monde des dieux.

Dans cet endroit, où les hommes et leurs créations n'existent pas, les deux enfants sont chargés d'une importante mission : prévenir la déesse Sekhmet d'un complot qui se trame contre elle.

De leur succès dépend l'avenir des Égyptiens, car la déesse retient les eaux du Nil en otage... 





Kheti, Fils du Nil est une bande-dessinée qui se situe dans l’Egypte Ancienne et qui met en scène deux jeunes enfants : Kheti, apprenti scribe (il faut croire que, finalement, c’est une bonne situation, scribe... ) et Mayt, fille de paysans, dont la particularité est, comme elle et Kheti le découvriront, d’avoir un chat, et pas n’importe quel chat mais un passeur. C’est-à-dire qu’il a la capacité de passer d’un monde, celui des humains, à l’autre, celui des dieux, auprès de qui il se fait le messager. C’est en voulant récupérer son chat que Mayt et Kheti sont entraînés dans le monde des dieux et vont vivre de nombreuses péripéties là où aucun mortel n’était encore jamais allé...  


Une jolie découverte que cette bande-dessinée ! Elle nous offre une sympathique plongée dans l’Egypte ancienne, avec ses coutumes et ses nombreuses divinités tantôt pacifiques, tantôt querelleuses. J’ai beaucoup apprécié suivre les aventures de Kheti et de Mayt et de faire connaissance avec les divinités présentes. Il y a des scènes fort sympathiques, comme le combat de Sekhmet, la déesse lionne, avec le serpent géant Apophis, la scène d’introduction de Seth, dieu rouge du chaos ou encore le périple des morts jusqu’à leur jugement avec la balance et la plume.


Bien qu’il s’agisse d’une bande-dessinée avant tout destinée à la jeunesse, elle sait se faire apprécier par les plus grands également, notamment les personnes qui s’intéressent de près ou de loin à l’Egypte ancienne. L’auteur nous plonge avec efficacité dans cette époque et sait rendre son récit captivant, sans niaiserie ni explications historiques trop lourdes pour un public jeune, avec de jolis traits tout en couleur. On remarque bien toutefois que cela s’adresse avant tout à la jeunesse, notamment à travers les nombreuses disputes, parfois puériles, des divinités, même si ces dernières sont naturellement querelleuses, comme peuvent l’attester certains mythes, mais cette bande-dessinée nous offre un beau voyage en Egypte, qui ne sert pas uniquement comme simple décor de fond puisque l’on découvre une bonne partie du panthéon égyptien ainsi que certaines coutumes des Égyptiens.


C’est notamment pour cette raison que j’ai le plus aimé les tomes 3 et 4 car il nous plonge dans un autre monde, celui des morts, et qu’ils nous permettent d’en apprendre davantage sur la façon dont les anciens Égyptiens imaginaient la mort et l’au-delà et comment se déroulaient les rites funéraires en fonction de la classe sociale du défunt. Une fois décédé, le défunt doit traverser un long parcours semé d’embûches et le défunt doit se défaire de ses obstacles en s’aidant de parchemins contenant des formules, et qui auront été laissés dans son sarcophage, à condition d’avoir appartenu à une classe privilégiée, les plus modestes ayant droit à des funérailles moins grandioses et le strict minimum dans son sarcophage, mais ceux sans formule sont condamnés à être des âmes errantes. N’oublions pas non plus la scène du jugement où le cœur du défunt est mis sur une balance, et où il est jugé en fonction de ses actions de son vivant, avec les dieux pour témoins.


Une bande-dessinée sympathique, je déplore toutefois que l’auteure se soit arrêtée au tome 4. Fin définitive ou long hiatus, ce n’est pas clair, mais je suis restée sur ma faim et j’aurais aimé retrouver Kheti et Mayt dans plus d’aventures et de rencontrer d’autres divinités...


samedi 15 mai 2021

La Mort n'est pas une fin - Agatha Christie.

Quand Renisenb revient au foyer après la mort de son époux, elle retrouve sa famille telle qu'elle l'avait quittée. Mais depuis que son père, Imhotep, a ramené une nouvelle concubine de son voyage dans le Nord, tout semble différent. La jeune femme à la beauté sans pareille a ensorcelé le maître. Habitée par un génie maléfique, elle sème le désordre dans le domaine comme dans la fratrie.

Si elle venait à disparaître, le coeur d'Imhotep retournerait à ses fils. Il suffirait d'écraser le serpent, et tout redeviendrait comme avant. Mais le Mal vient-il seulement de cette inconnue ? On dirait qu'un autre poison ronge la maison du maître... 


Loin des détectives belges et de l’Angleterre auxquels elle nous a habitué avec ses romans, Agatha Christie a changé ici d’horizon pour nous offrir un polar en pleine Égypte Antique.


Après la mort de son mari, Renisenb et sa petite fille réintègrent le domicile familial, où vit son père Imhotep, veuf et prêtre de la maison des morts, ses deux frères, leurs épouses et enfants, leur grand-mère et le vieille domestique. Endeuillée, la jeune femme se languit de son enfance et aspire à la paix dans la maison familiale où elle est heureuse de constater que rien ni personne n’a changé… du moins, le croit-elle. Car Imhotep est revenu de son voyage avec une nouvelle concubine, la jeune et belle Nofret. L’arrivée de cette étrangère ne plaît pas à la famille et Nofret leur rend bien et, sournoisement, commence à semer la zizanie au sein de la famille en attisant les jalousies et les rivalités. La tension monte… jusqu’au premier meurtre. Renisenb va devoir mener l’enquête, avec l’aide d’Hori le scribe de la famille, et de sa grand-mère Esa.


On retrouve bien la patte d’Agatha Christie dans ce roman : elle nous décrit une famille d’apparence normale et semblant nager dans le bonheur, mais on finit par découvrir les jalousies et manigances de certaines femmes, il y a l’épouse qui martyrise son mari ou vice-versa, une dame âgée maligne et observatrice, des frères en pleine rivalité, le patriarche qui contrôle tout, etc. Le scénario n’a rien d’inédit, si l’on connaît bien Agatha Christie, toutefois c’est une formule qui marche car ce roman fut plaisant à lire malgré des lenteurs au début, et les difficultés, au début, à retenir qui est qui.


L’aspect le plus intéressant, c’est l’accent mis sur la psychologie de ses personnages. Imhotep a tendance à répéter que c’est lui et lui seul qui subvient aux besoins de ses enfants et leur famille et rechigne à leur laisser prendre des décisions. L’aîné, Yahmose, est le fils modèle qui obéit à son père mais qui n’ose pas s’affirmer et prendre des décisions par lui-même, ce qui exaspère sa femme, et son père. Sobek, le fils cadet, est plus indépendant mais trop fougueux. Le petit dernier, Ipi, ne rêve que de prendre les rênes de la famille mais il est trop jeune, et souffre d’être dans l’ombre de ses cousins plus âgés. La vieille domestique ne jure que par Imhotep, et elle est méprisée par les enfants et leur rend bien.


Lorsque Nofret débarque, nous assistons aux différentes réactions de la famille et comment ils s’adaptent à cette nouvelle. Les personnages deviennent cachottiers, sournois, manipulateurs, l’un s’affirme tandis que l’autre se fait plus discret, s’allient contre la nouvelle ou se déchirent alors que leurs insécurités et jalousies se dévoilent. Les frères et leurs épouses prennent peur car la place de Nofret en tant que nouvelle concubine peut tout changer, y compris leurs intérêts et ceux des petits-enfants. Car Imhotep pourrait très bien changer son testament en faveur Nofret… On assiste au changement qui se produit au sein de la famille alors que Nofret, comme du poison, installe le doute, les tensions et les jalousies… et très vite, on est amené à se demander qui va mourir.


J’ai aimé l’ambiance du roman. Il doit bien s’agir de l’un des rares romans où l’auteure fait mourir plus d’un personnage, et tout ne s’arrête pas après ce premier meurtre. La tension continue de monter alors que se succèdent les accidents et que des personnages changent d’attitude. Si Nofret n’a rien d’une Sainte et met bel et bien le feu à la poudre, sa présence ne fait que mettre au jour les insécurités, rivalités et jalousie des membres de la famille. Elle n’a fait qu’accélérer le processus. On finit par découvrir que c’est un personnage avec ses malheurs et une certaine vulnérabilité, ce qui ne nous empêche pas d’être irritée par elle alors qu’elle s’amuse à martyriser la famille et se faire bien voir par Imhotep uniquement. Au final, ce qui rend intéressant l’aspect psychologique est le fait que c’est une chose qu’on connaît bien, l’être humain est ce qu’il est, avec des familles dysfonctionnelles, c’est ce qui donne au récit un côté intemporel.


Si j’ai beaucoup apprécié le changement de décor et qu’Agatha Christie nous propose son histoire dans l’Égypte antique, je n’ai pas pu m’empêcher d’être légèrement déconfite face au manque de précisions autour des mœurs, de la vie quotidienne et de la société des Égyptiens de l’époque. Outre les mentions que l’auteure fait parfois sur les rites funéraires des Égyptiens, ce roman aurait très bien pu se passer en Angleterre au XXe siècle sans que cela nécessite de gros changements dans le scénario. Pourtant, l’ancienne Égypte n’a pas son pareil pour éveiller la curiosité et les fantasmes des lecteurs. Si Agatha Christie a été l’épouse d’un archéologue, elle ne fut ni historienne ni une aïeule de Christian Jacq, et l’auteure a d’ailleurs confessé que ce n’était pas son intention de faire un roman historique. Le cadre historique sert plutôt à l’auteur pour constituer un huis clos familial à l'équilibre précaire. Si l’on veut se représenter les paysages, l’habitation, les vêtements, les coiffures, etc, il faut user de son imagination.


Outre ce point, j'ai beaucoup apprécié ma lecture, l'aspect psychologique des personnages était intéressant et j'ai pris plaisir à suivre cette enquête, ainsi que de découvrir le happy ending pour Renisenb qui le mérite bien !


Ce n'était pas peu dire que l'entourage en question s'était assurément transformé, et pour le pire. Dans les jours qui avaient suivi le départ d'Imhotep, Nofret avait tout fait - c'est du moins ce que pensait Renisenb - pour semer la zizanie au sein de la famille.

Mais à présent, la famille avait resserré ses liens et faisait bloc contre l'intruse. Plus la moindre dispute entre Satipi et Kait. Plus le moindre sarcasme de Satipi à l'encontre de l'infortuné Yahmose. Sobek semblait plus calme et fanfaronnait moins. Ipi ne se montrait plus guère insolent et acceptait de meilleure grâce la tutelle de ses aînés. Une harmonie nouvelle semblait s'être développée entre les membres de la famille, mais cette harmonie ne rassurait pas Renisenb dans la mesure où elle possédait son contrepoint : l'inimaginable courant de malveillance de tout le clan à l'égard de Nofret.