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vendredi 13 mars 2026

La Fille aux cheveux turquoise - Elena Triolo.



Toscane, 1871, Giovannina, petite fille de 7 ans vit sur le magnifique domaine Il Bel Riposo propriété des Lorenzini, où son père est jardinier. Un jour, alors qu'elle se se cache après avoir commis une bêtise, elle est découverte par Carlo. Le fantasque frère du propriétaire est traumatisé par la mort de sa petite sœur, Marianna.

Carlo est aussi journaliste et écrivain, sous le pseudonyme de Collodi. Entre ces deux êtres que tout sépare (âge, sexe, statut social…) va naître une improbable amitié qui durera toute leur vie, et même au-delà de la mort, pour donner naissance à l’un des chefs-d'œuvre de la littérature italienne et mondiale : Pinocchio.



Si je devais penser à Pinocchio, mes pensées se tourneraient automatiquement vers le célèbre film animé de Disney. Tout en sachant que Pinocchio est un roman de l’italien Carlo Collodi, je ne sais presque rien de l’histoire d’origine… juste qu’elle est bien loin de la version édulcorée de Disney (sachant que le film a quelques scènes bien traumatisantes, je n’ose imaginer à quel point le roman peut être plus sombre !).


Avec La Fille aux cheveux turquoise, c’est un pan de la vie de l’auteur, mais aussi de l’histoire de l’Italie, que je découvre à travers la vie de Giovanna Ragionieri. Cette petite fille, avec qui Collodi va tisser des liens d’amitié profonds et qui a inspiré le personnage de la fée bleue, de par sa jolie chevelure blonde si claire que l’on pouvait y voir le soleil se refléter. C’est une jolie histoire d’amitié entre un monsieur fantasque et poétique et une petite fille espiègle qui se noue, malgré la différence d’âge et le statut social. Peut-être cette amitié a-t-elle été romancée, elle n’en demeure pas moins touchante, traversant les frontières de la mort, avec Giovanna qui vivra toute sa vie avec le souvenir de son cher ami mais aussi de sa marionnette de fiction. C’est un duo improbable et émouvant qui va mutuellement apporter quelque chose à l’autre.


Plus que la vie de Collodi, c’est celle de Giovanna qui se tisse sous nos yeux. Depuis son enfance, en tant que fille du jardinier du frère de Collodi, jusqu’à son adolescence, puis ses années d’adulte et la fin de sa vie. En parallèle, nous sommes indirectement témoin des changements qui bouleversent l’Italie des années 1870 à la grande guerre, puis la montée du fascisme, la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1990. C’est doux et amer à la fois. Il est question de deuil, d’un monde qui se transforme jusqu’à devenir parfois méconnaissable, mais le récit véhicule aussi des thèmes comme l’amitié, la loyauté, le désir de transmettre une foi en la vie et en l’imaginaire.


Cette bande-dessinée a aussi été l’occasion pour moi de découvrir à quel point Pinocchio est un monument national en Italie, un peu comme notre Petit Prince. C’est une histoire qui a marqué plusieurs générations et qui poussera Giovanna, vers la fin de sa vie, à raconter son histoire avec Collodi, pour perdurer la magie et l’émerveillement auprès des enfants comme des adultes.


J’ai eu un petit coup de cœur pour cette bande-dessinée qui nous offre un récit doux-amer, alternant le rire et les larmes, mélangeant nostalgie et émerveillement. Une histoire sensible et émouvante que je conseille chaleureusement la lecture !


lundi 29 décembre 2025

Les guerres de Lucas (T.2) - Renaud Roche et Laurent Hopman.


Au lendemain de la sortie du premier Star Wars, le jeune George Lucas n’est plus le rêveur farfelu que personne ne prend au sérieux. Propulsé champion du box-office, riche à millions, il a les cartes en main pour décider de son avenir. Déterminé à s’affranchir pour de bon de la dictature des studios, il fait le pari audacieux de mettre en jeu tout ce qu’il possède pour financer seul son prochain film. Une décision qui va s’avérer lourde de conséquences…

Ce deuxième volet de la trilogie Les Guerres de Lucas relate l'histoire oubliée du véritable calvaire qu’a été la production de L’Empire Contre-Attaque. Drames, conflits et accidents improbables accablent le tournage, faisant presque oublier les déboires rencontrés sur le premier film… Une descente aux enfers qui manquera de détruire Lucas, mais finira par accoucher d’un film considéré aujourd’hui comme le chef-d’œuvre de la saga.



Je l’avais tellement espéré, puis je le découvre par un parfait hasard dans les rayons d’une librairie. Mais enfin, il est là ! Le tome deux des Guerres de Lucas, cette bande-dessinée biographique qui retrace à la fois la vie de George Lucas et l’histoire de sa trilogie Star Wars.


Ici, on s’attaque au deuxième volet, L’Empire Contre-Attaque ! On pourrait croire qu’avec l’immense succès du premier volet, on laisserait le champ libre à George Lucas pour la réalisation de sa suite. Que nenni ! Pourtant, Lucas, ayant appris de ses erreurs, a cherché à déléguer la réalisation du film à des personnes de confiance, et ne plus mettre sa santé en péril. Mais rien ne se passe comme prévu.


La réalisation de ce film fut en effet aussi infernale que celle du premier opus, avec les studios qui ont cherché à arracher le contrôle du film à Lucas, les bras de fer entre les studios et la banque, les problèmes et les tensions internes au sein même de l’équipe, des conditions de tournage parfois pénibles. Ajoutons à cela un scénario qui ne convainc pas, le retard qui s’accumule, faisant donc exploser le budget, une tempête de neige qui perturbe le tournage, Carrie Fisher et son problème d’addiction aux médicaments, Mark Hamill dont un accident de voiture a laissé des marques sur son visage, Harrison Ford qu’il faut convaincre de revenir et qui demande la mort de son personnage dans le deuxième volet. Sans oublier le développement en parallèle du premier volet d’Indiana Jones avec Steven Spielberg.


Bref, la production de ce film fut semée d’embûches, entre drames, accidents, coups du sort improbables. Tant de défis auxquels ont du faire face le couple Lucas et que les spectateurs ignorent. En tout cas, j’ignorais tout des difficultés, du travail acharné et défis derrière la production des films (pas que j’ai cherché à me tenir informée, cela dit) et qui ont contribué à forger. Ce fut intéressant de découvrir tous ces secrets de production et l’histoire derrière le film. J’ai vraiment eu de la peine et me suis révoltée avec Lucas dans sa lutte contre les studios pour ne pas se faire voler les droits de son film (ce qui ne l’empêchera pas de vendre ensuite Star Wars à Disney, mais bon passons).



Cette image n'a pas besoin de contexte pour les fans de Star Wars qui 
reconnaîtront très bien la scène, et dont le plot twist a du en choquer plus d'un à l'époque !

J’ai aimé en savoir plus sur la naissance de Yoda (comment mettre en place un tel personnage?), redécouvrir l’histoire derrière la plus célèbre scène du film (« Je suis ton père » de Dark Vador) et comment garder cette scène secrète jusqu’au tout dernier jour, le casting pour le personnage de Lando Calrissian, mais aussi tout le chemin parcouru depuis les premières ébauches du scénario qui proposait quelque chose de bien différent du résultat final !


En parallèle, nous continuons à suivre la vie privée du couple Lucas, leur volonté de fonder une famille qui se heurte à bien des difficultés, Marcia qui demeure un roc pour son mari et dont l’aide a été précieuse dans la réalisation du film. On suit un homme débordé, toujours aussi angoissé (avec raison) visionnaire mais épuisé, happé par le tourbillon d’une réussite et d’un film qui menacent de lui échapper. Tout semble contre lui, mais sa ténacité, sa foi en son univers, l’aide et les idées ingénieuses de son équipe, finissent pas l’emporter. L’Empire Contre-Attaque voit enfin le jour, confirmant le succès de Star Wars et gravant son nom dans l’histoire du cinéma.


On découvre également la naissance de la compagnie Lucasfilm, à la franchisation du nom de Star Wars, à la construction du célèbre Skywalker Ranch, à la fois domaine de plusieurs hectares mais aussi une sorte de manoir-ranch-domaine cinématographique en pleine nature californienne, loin de l’industrie hollywoodienne.


Ce second tome est une lecture aussi captivante que le premier, enrichissant mes connaissances sur cette saga culte, son impact sur l’industrie cinématographique et aussi sur la vie de George Lucas. Comme pour le premier tome, je recommande chaudement celui-ci aux fans de Star Wars mais aussi aux fans de cinéma. C’est réellement une perle, et je pense l’une des meilleures sagas de bande-dessinée que je connaisse (mon amour pour Star Wars y est certes pour beaucoup, mais c’est réellement une œuvre bien réalisée, on ne peut que saluer tout le travail de recherche). Vivement 2027 pour le tome 3 !


samedi 2 mars 2024

Les guerres de Lucas - Renaud Roche et Laurent Hopman.


Scrupuleusement fidèle à la réalité historique, méticuleusement documenté, Les Guerres de Lucas met en scène l’invraisemblable épopée de George Lucas, enfant rebelle passé à côté de la mort, prodige du nouvel Hollywood et visionnaire indomptable.

Une exploration inédite des coulisses de Star Wars, de l’enfer du casting au tournage cauchemardesque, où querelles entre acteurs, histoire d’amour secrète et désastres en pagaille jalonnent le quotidien. Un bourbier gigantesque dont sortira pourtant une œuvre majeure qui changera à jamais le cinéma.

Les Guerres de Lucas est une plongée en apnée dans les affres de la création, intense et poignante, mais drôle malgré tout. Making of ultime, success-story jouissive et leçon de cinéma, une ode à la magie de l’enfance et à la persévérance.


Je m’étais jurée d’en finir avec les achats impulsifs, après en avoir tant fait il y a des années pour finir avec des livres dont, pour la plupart, je n’ai jamais lu. Mais, quand j’ai vu cet ouvrage, comment aurais-je pu résister, quand Star Wars m’accompagne depuis mon adolescence, depuis ma découverte de la première trilogie en K7 puis de la prélogie au cinéma.


Je ne regrette pas du tout cet achat. Cet ouvrage est un petit bijou pour quiconque aime, a grandi (ou pas) avec Star Wars et veut découvrir ou redécouvrir l’histoire de son créateur, George Lucas, et comment Star Wars, l’œuvre de sa vie, est venu au monde.



L’ouvrage se présente donc comme une biographie de George Lucas. Natif de Californie, il a dévoré de nombreux comics et pulp magazines dans sa jeunesse. Fan des courses automobiles, il s’est d’abord rêvé pilote professionnel avant d’intégrer l’école de cinéma, malgré l’opposition de son père qui souhaitait le voir reprendre le commerce familial, où il produira de nombreux courts métrages et fera la rencontre de Marcia, monteuse, qui deviendra son épouse, et Francis Ford Coppola avec qui il se liera d’amitié. On découvre un homme passionné, travailleur, introverti et qui parle peu. On apprend aussi ses faiblesses, ses soucis de santé notamment dû à son anxiété (il n’hésitait pas à se couper des mèches de cheveux quand il était en stress), mais c’est aussi un homme avec un rêve, une vision, une créativité et un sens du détail. J’ai également beaucoup aimé découvrir l’importance de Marcia, son épouse, véritable pilier dans la vie de son époux, aussi bien sur le plan personnel que professionnel car elle a aussi apporté sa pierre à l’édifice « Star Wars » et l’a aidé à sauver son film.



Car, bien-sûr, on ne peut pas parler de George Lucas sans évoquer Star Wars, l’œuvre de sa vie et ce roman graphique est vraiment une lettre d’amour à cette saga. Les auteurs sont des fans et cela se ressent aussi bien dans l’écriture que dans le graphisme.


Les guerres des Lucas… titre à la fois évoquant Star Wars, aussi connu sous le titre de La Guerre des Étoiles, mais aussi parce que c’est une véritable guerre que George Lucas et son entourage ont du mener pour s’imposer face aux studios qui le produisait, et pour que Star Wars puisse enfin voir le jour. Ce qui nous est dépeint dans ce livre n’est pas un joli conte de fées comme Hollywood aime les montrer. La réalisation de Star Wars fut un combat mené sur plusieurs fronts qui mit plusieurs fois en péril la santé de son créateur, et la route fut bien longue et semée d’embûches pour faire accepter son film aux studios hollywoodiens réfractaires aux idées novatrices, sans oublier les multiples réécritures de son scénario jugé (à raison) comme trop complexe ou fouillis, et le tournage chaotique entre les mauvaises conditions météorologiques, les problèmes techniques ou les conflits entre acteurs.

Annoncé dès le départ par les studios et des personnes extérieures comme une catastrophe cinématographique, Star Wars a su s’imposer comme l’un des plus gros succès de tous les temps et trouver rapidement son public, notamment grâce à des effets spéciaux révolutionnaires, des effets sonores créatifs et mémorables ainsi qu'une musique inoubliable signée John Williams, et des personnages pour la plupart mémorables (notamment Dark Vador qui s’est imposé comme l’un des méchants les plus cultes du cinéma).



Si j’ai aimé découvrir la vie de Lucas, j’ai également beaucoup aimé découvrir l’histoire derrière Star Wars, comment ce projet impossible s’est concrétisé, contre vent et marée. J’ai beaucoup aimé les différentes anecdotes de tournages dont certaines qui font vraiment sourire ou qui émeuvent. C’est un bijou truffé d’anecdotes et d’information et de références. On apprend vraiment plein de choses, dans les moindres détails (d’où vient le design de Chewbacca ? Le bruit des sabre-lasers ou des droïdes ? Les vaisseaux spatiaux ?). C’est aussi très enrichissant de découvrir le fonctionnement de l'industrie du cinéma en général à travers le livre.



Quel plaisir aussi de voir sur papier les acteurs (Mark Hamill, Carrie Fisher, Harrison Ford, Alec Guinness, Peter Cushing, etc), comment ils ont obtenus leur rôle, les liens qui se sont tissés entre eux ou même les conflits, les histoires d’amour, mais quel plaisir aussi de croiser d’autres personnages connus, que ce soit brièvement ou pendant quelques scènes, comme SpielbergCoppola, et certains jeunes acteurs et actrices encore illustres inconnus tels que Jodie Foster, John Travolta ou Christopher Walker qui ont auditionné pour des rôles dans Star Wars (chose que j’ignorais). Après, sans doute est-ce un peu romancé (je pense qu’Alec Guinness n’était pas aussi convaincu par le film au départ, par exemple), mais je laisse passer car j’ai vraiment apprécié ma lecture !



Je ne m’étendrai pas davantage sur cet ouvrage, car il y a tant à dire. Pour résumer, c’est une biographie rythmée, drôle, touchante et passionnante de bout en bout, une vraie mine d'or pour tous les amoureux de cette saga ! Je remercie les auteurs de m’avoir immergé dans cet univers qui me suit depuis des années !


Pour terminer, la musique iconique !

samedi 15 avril 2023

Ma vie de geisha - Mineko Iwasaki et Rande Brown.


« Mon nom est Mineko. Ce n’est pas le nom que mon père m’ a donné à ma naissance. C’est celui qu’ont choisi les femmes chargées de faire de moi une geisha, dans le respect de la tradition millénaire. Je veux raconter ici le monde des fleurs et des saules, celui du quartier de Gion. Chaque geisha est telle une fleur par sa beauté particulière et tel un saule, arbre gracieux, souple et résistant. On a dit de moi que j’étais la plus grande geisha de ma génération ; en tout cas j’ai frayé avec les puissants et les nobles. Et pourtant, ce destin était trop contraignant à mes yeux. Je veux vous raconter ce qu’est la vraie vie d’une geisha, soumise aux exigences les plus folles et récompensée par la gloire. Je veux briser un silence vieux de trois cents ans. »

Un témoignage exclusif, des révélations à couper le souffle, Mineko Iwasaki nous livre ici un témoignage surprenant sur un art de vivre aussi fascinant que cruel.



Figures iconiques de la culture nippone, les Geishas, figures incontestées de l’élégance, n’en demeurent pas moins un mystère. Aujourd’hui encore, leur existence et leur culture suscitent la curiosité et fascinent.



J’avais lu, il y a plusieurs années, Geisha d’Arthur Golden, que j’avais beaucoup apprécié ainsi que le film qui en fut tiré, mais qui n’en demeure pas moins une version romancée de la vie des Geisha. Avec ce titre, j’ai voulu m’immerger dans un témoignage plus réaliste et intimiste du monde des Geishas, qui est joliment appelé le monde des fleurs et des saules, à travers les mots de l’une des Geishas les plus célèbres de son temps, Mineko Iwasaki.



Il faut savoir que Mineko Iwasaki n’est pas le vrai nom de la narratrice. Mineko est son nom de Geisha et Iwasaki le nom de l’okiya qui est la maison où logent les maikos (les apprenties geisha) et les geikos (qui est l’autre nom des geishas). Autrefois, elle s’appelait Masako Tanaka et elle était la benjamine d’une grande famille qui vivait dans une banlieue de Kyoto. Elle vivait alors une vie tranquille et insouciante auprès de ses frères et sœurs, prenant l’habitude de se cacher dans les placards pour se retrouver seule. Un jour alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite enfant, la propriétaire de l’okiya rend visite à la famille afin de s’enquérir du souhait de Tomiko, l’une des sœurs de Masako, de devenir geiko, étant à la recherche d’une fille adoptive pour sa succession. Elle est immédiatement séduite par la jeune Masako et n’aura eu de cesse de faire pression auprès de la famille pour adopter Masako. Cette dernière est alors déchirée entre son amour pour ses parents et sa fascination pour ce nouveau monde, et en particulier la danse pour laquelle elle se passionne. Son choix finit par se porter sur l’okiya et Masako est ainsi choisie pour devenir la future atotori, celle qui régit l’okiya.



Masako est ainsi rebaptisée Mineko Iwasaki. Si elle est choyée par l’okayi tout entière, elle n’en demeure pas moins sous leur autorité ainsi que sous celle d’une onesan (sorte de figure de grande sœur, de modèle et d’éducatrice pour la maiko). Mineko suit un long apprentissage en tant que maiko. Elle doit apprendre la danse, le chant, la calligraphie, la cérémonie du thé qui suit un protocole stricte, suivre des cours de koto et de shamisen tout en s’occupant de quelques tâches ménagères au sein de l’okiya.



La narratrice nous fait découvrir une société exclusivement féminine (les hommes, s’ils sont admis, doivent attendre une certaine heure pour entrer dans l’okiya, même s’il s’agit d’un parent ou d’un vendeur) à travers l’okayi Iwasaski dans les rues de Gion-Kobu à Kyoto, le monde des geisha.



C’est un univers très strict qui ne laisse pas ou peu de place aux erreurs et au mauvais comportement. Rigueur et discipline sont demandées dès l’enfance. Il est en effet mal vu pour une future geiko d’être dissipée et turbulente, car elle risque de se blesser et gâcher ainsi sa beauté et ses capacités d’être danseuse. Les kimonos pèsent environ 20 kg et il faut savoir se tenir sur des socques en bois de 15 cm de haut et se déplacer ainsi. Ajoutons à cela que maiko et geiko ne sont pas autorisées à manger lors d’un banquet car elles sont là pour divertir les clients. Elles ne sont pas uniquement là pour « faire joli », la maiko comme la geiko a ses propres devoirs, par exemple étudier les sujets à propos desquels le futur client serait susceptible de les entretenir (s’il s’agit d’un politicien, il est alors conseillé de lire des articles sur son secteur ; s’il s’agit d’un chanteur, écouter ses disques ; un romancier, lire ses romans, et ainsi de suite). Ainsi, Mineko Iwasaki nous fait mention des innombrables journées passées dans les bibliothèques, musées, etc, afin d’en apprendre le plus possible sur son futur client afin de mieux pouvoir discuter avec lui et montrer son intérêt et ses connaissances, la mission principale de la geiko étant de divertir son client, sinon l’hôte d’une fête et ses invités. Elle doit mettre à l’aise, engager la conversation, occasionnellement verser le saké, et surtout taire ses sentiments.


La geiko est engagée pour divertir l’hôte et ses invités. Elle est là pour mettre tout le monde à l’aise. Les naikai assurant le service, elle se contente de verser un peu de saké. Dès qu’elle entre dans l’ozashiki, elle doit aller droit à la personne qui préside et engager avec elle la conversation. Faisant taire ses sentiments, elle doit par son attitude lui dire : « Je n’avais qu’une hâte, c’était de venir bavarder avec vous. » Si jamais dans son visage quelque chose communique au client : « Je ne peux pas vous sentir », elle est indigne de porter le nom de geiko.

Le pire pour moi, c’était quand le client me dégoûtait physiquement. Il est infiniment pénible de dissimuler un sentiment de répulsion. Les clients ayant payé pour que je leur tienne compagnie, la moindre des politesses était de me montrer aimable avec eux. Mais la nécessité de cacher ses sympathies et antipathies sous un vernis de courtoisie m’a semblé une des épreuves les plus ingrates du métier.


A la lecture de cet ouvrage, il apparaît évident que la narratrice a aimé exercer son métier, qu'elle a pris plaisir à travailler sans relâche la danse mais aussi ses connaissances dans divers domaines, afin de remplir au mieux son rôle,. Cet investissement allait parfois bien loin car elle allait jusqu’à négliger plusieurs fois sa propre santé et à s’entêter à aller au-delà de ses propres limites. Néanmoins, on sent chez elle une véritable volonté de faire découvrir et de transmettre la culture japonaise traditionnelle. Certes, son propos manque souvent d'humilité, elle a été une célébrité et c’est évident dans ses propos, elle se conduisait parfois comme une enfant gâtée, mais il est manifeste qu'elle a fondé d'immenses espoirs dans sa profession et que celle-ci n’a pas toujours été facile, tant au niveau de l’apprentissage que du regard des autres à travers la jalousie des autres maikos.



Ma vie de Geisha est un récit autobiographique qui offre une lecture instructive, fluide et agréable. C’est une véritable plongée sur les us et coutumes dans « le monde des fleurs et des saules » et surtout autre un regard sur cette communauté traditionnelle ou encore mal comprise par les occidentaux, qui envoie balader de nombreuses idées reçues (notamment sur le fait que les Geishas sont assimilées aux courtisanes) et nous présente les Geishas davantage comme des gardiennes des traditions ancestrales et que, derrière le faste des kimonos de soie, se cache une réalité beaucoup plus complexe que celle que l’on imagine. Un voyage en Asie instructif que je vous invite à faire.


On sait à quel point le kimono, cette incarnation de la beauté, est essentiel à la geiko. Il est l’emblème de notre profession. Confectionné dans les plus somptueuses soieries, peint à la main, il est en soi une œuvre d’art.

Dans la vie quotidienne ordinaire, la qualité de ce costume est révélatrice de la personnalité de celle qui le porte. On y devine ses goûts, ses moyens financiers, ses origines sociales même. Ce vêtement n’épousant pas les formes du corps, sa coupe ne varie guère, mais on en trouve tissés dans des étoffes et des motifs d’une grande diversité.

Il faut beaucoup de savoir-faire pour choisir avec discernement son kimono selon les circonstances. D’abord, l’on doit tenir compte de la saison. Au Japon, la tradition veut que l’année se divise en vingt-huit saisons, chacune accompagnée de ses symboles : des rossignols pour la fin mars, des chrysanthèmes pour début novembre.

mercredi 1 avril 2020

Mémoires du duc de Saint-Simon : « Cette pute me fera mourir… » - Louis de Saint-Simon.

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« Cette pute me fera mourir… » soupirait Marie-Thérèse, reine de France, épouse de Louis XIV, en regardant le Roi s’afficher avec la belle Montespan. 

Le duc de Saint-Simon, qui a tout vu et tout entendu, raconte Versailles et ses brillants acteurs. Témoin de la grandeur du règne, il en explore aussi les coulisses : intrigues, scandales et anecdotes se mêlent aux récits des morts illustres.  À la fois véridiques et visionnaires, ses Mémoires nous font entrer au Château et partager la vie de la cour et du Grand Roi avec un esprit, une verve, un génie inégalés.


Sous ce titre ma foi très éloquent se cache une partie (j’insiste sur le mot car les mémoires font plus de mille pages !) des mémoires du duc de Saint-Simon, contemporain de Louis XIV, ayant vécu plusieurs années à la Cour.

Forcément, on peut aisément s'imaginer qu'il a énormément de choses à nous dévoiler ! Entre fêtes majestueuses, disputes, raccommodages, rencontres diplomatiques, mariages, naissances et décès, autant d’événements mémorables que conte Saint-Simon, car il s'en passe des choses à la Cour de Versailles et ses courtisans n'ont pas le temps de s'ennuyer ! Le duc, lui-même courtisan, a participé aux intrigues qui ont animé la vie de la Cour, et a logé au château.

Ces mémoires nous proposent une plongée dans l’univers de la Cour. Un monde poudré, perruqué, scintillant de bijoux, dont les gestes et apparitions obéissent à un rigoureux rituel, car la Cour est un langage que chaque habitant se doit se parler à la perfection, sous peine de faire un faux pas et de contrarier le roi. L’occupation principale, c’est bien-sûr l’intrigue. Sans elle, le courtisan mourrait d’ennui dans ce huis clos doré qu’est le palais de Versailles. Chaque naissance, chaque mariage, chaque mort, chaque fête, bref chaque chose, est un événement mondain qui fait vivre la Cour et qui se présente parfois comme des spectacles à ne pas manquer ! Et si vous ne trouvez rien de compliqué qu’une famille, ça l’est davantage dans une famille royale ! 

En plus de faire régner l'ordre dans le pays, le roi doit aussi faire régner l’ordre dans sa nombreuse famille, ce qui n'est pas toujours chose aisée lorsque la famille en question traverse régulièrement des zones de turbulence, ce qui donne l'occasion à l'auteur de nous raconter de nombreuses anecdotes sur la famille royale mais aussi sur les nombreux courtisans de la Cour, et certaines d'entre elles valent la peine d'être connues ! Je citerai, par exemple, la plaisanterie que la duchesse de Bourgogne et quelques-uns de ses compagnons ont joué à la princesse d'Harcourt, que Saint-Simon décrit comme "une furie blonde, et de plus une harpie", en la surprenant au lit à coups de boules de neige, ou encore une autre plaisanterie qui a mis le comte de Tessé bien dans l'embarras lorsque le duc de Lauzen lui proposa de porter un chapeau gris lors de sa rencontre avec le roi, ce que le comte de Tessé fit sans savoir que le roi avait tout bonnement horreur de cette couleur !


Louis de Rouvroy de Saint-Simon — Wikipédia
Portrait du duc de Saint-Simon
(1675 - 1755)
Cependant à la Cour, tout n'est pas que bal et fêtes somptueuses car, à partir de la fin du XVIIIe siècle et jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, s'invite un personnage invisible qui fait des ravages à Versailles, la Faucheuse, qui va enlever un à un des membres de l'entourage ou de la famille du roi : Monsieur son frère, Monseigneur le Dauphin l'héritier du trône, Bontemps le valet et confident du roi, le duc et la duchesse de Bourgogne le petit-fils du roi et son épouse, puis un de leur fils, etc. Le temps s'assombrit alors à Versailles et l'on danse entre deux décès et ce roi, dont la descendance était pourtant assurée, voit sa famille partir avant lui...

J'avoue que ma lecture s'est souvent révélée laborieuse car j'ai ressenti de nombreuses longueurs, d'autant plus que l'auteur a écrit sur de nombreux personnages secondaires voire tertiaires pour lesquels je n'ai pas toujours réussi à m'intéresser. Il n'évoque pas uniquement la famille royale mais de nombreux membres de la Cour, des courtisans,  des marquis, des ducs et duchesses, etc. J'ai beaucoup aimé les portraits du duc et de la duchesse de Bourgogne, parents du futur Louis XV, partis trop jeunes (à 26 et 29 ans), notamment la duchesse de Bourgogne dont la gaieté animait Versailles et qui était l'âme des fêtes et spectacles au château, et dont la mort subite avec celle de son conjoint (la Cour a d'ailleurs longtemps cru à un empoisonnement) ont été comme l'effet de la foudre qui s'abat en France.

Ajoutons à cela un vocabulaire d'époque qui n'est pas toujours clair pour des lecteurs contemporains, cependant l'édition présente de nombreuses notes pour nous éclaircir sur un mot d'époque ou pour apporter un contexte aux écrits de Saint-Simon, pour mieux aider les lecteurs et lectrices à comprendre et mieux situer les événements qui sont décrits.

Un point important à souligner : le duc de Saint-Simon n'a pas rejoint la Cour depuis son arrivée à Versailles, et il commence à raconter la vie à la Cour, du moins dans cette édition, à partir de 1691 jusque 1715, avant de nous raconter des événements antérieurs à son arrivée à la Cour mais que la mémoire de cour lui a transmis, comme la sulfureuse histoire d'amour entre Louis XIV et sa célèbre maîtresse, Madame de Montespan au grand désespoir de la reine, l'arrivée de Françoise Scarron à la Cour pour s'occuper des bâtards royaux, le rapprochement de Louis XIV vers la veuve Scarron qui devient Madame de Maintenon, etc.


Louis XIV et sa famille, peinture attribuée à Nicolas de Largillière.
De gauche à droite : la duchesse de Ventadour (gouvernante des enfants royaux), le duc d'Anjou (futur Louis XV) ou son frère aîné, le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, Louis XIV, et le duc de Bourgogne, petit-fils du roi.

L'écriture de Saint-Simon est très imagée et détaillée. On sent chez Saint-Simon une véritable volonté de laisser une trace, une certaine avidité et un empressement de raconter tout ce qu'il a vu, ainsi que son amour pour la plume. L'époque de Louis XIV, le Grand Siècle, a marqué l'Histoire et c'est quelque chose que Saint-Simon a du prévoir, par sa volonté de laisser une trace. Bien-sûr, il ne faut pas toujours forcément prendre au premier degré ces mémoires qui ne sont pas toujours objectives. Comme tout le monde, le duc a ses propres opinions personnelles et, en lisant certains portraits, il s'est laissé aller à des éloges sinon des critiques de tel ou tel personnage, s'est pris de sympathie pour certains personnages et moins pour d'autres, déplore la construction du château de Versailles qu'il juge ruineux et de mauvais goût, et reproche au roi d'avoir avantagé son château et n'avoir fait que peu d'efforts pour Paris qu'il a délaissé.

Cela n'enlève pas la richesse de ce témoignage car Saint-Simon nous présente une excellente restitution du règne du Roi Soleil, du château de Versailles, de la Cour et ses courtisans, qui prend vie sous nos yeux, nous offrant une extraordinaire remontée du temps.
Une autre fois, et ces scènes étaient toujours à Marly, on attendit fort tard qu'elle [la princesse d'Harcourt] fût couchée et endormie [...] Il avait fort neigé, et il gelait : Mme la duchesse de Bourgogne et sa suite prirent de la neige sur la terrasse qui est autour du haut du salon et de plain-pied à ces logements hauts, et pour s'en mieux fournir éveillèrent les gens du Maréchal, qui ne les laissèrent pas manquer de pelotes ; puis, avec un passe-partout et des bougies, se glissèrent doucement dans la chambre de la princesse d'Harcourt, et, tirant tout d'un coup les rideaux, l'accablent de pelotes de neige. 
Cette sale créature au lit, éveillée en sursaut, froissée et noyée de neige sur les oreilles et partout échevelée, criant à pleine tête et remuant comme une anguille sans savoir où se fourrer, fut un spectacle qui les divertit plus d'une demi-heure, en sorte que la nymphe nageait dans son lit, d'où l'eau découlant de partout noyant toute la chambre. Il y avait de quoi la faire crever. Le lendemain elle bouda.

jeudi 26 mars 2020

Culottées, tomes 1 et 2 - Pénélope Bagieu.

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Plusieurs mettant en scène le combat de femmes d'origines et d'époques diverses, qui bravèrent les normes sociales de leur temps : Margaret, une actrice hollywoodienne, Agnodice, une gynécologue de l'Antiquité grecque qui se fit passer pour un homme afin d'exercer sa profession, Lozen, une guerrière et chamane apache, etc.



L'Histoire a beaucoup mis en avant des hommes illustres, qu'ils soient souverains, militaires, écrivains ou encore peintres. C'est bien beau tout ça, mais l'Histoire compte aussi des femmes illustres, parfois inaperçues, souvent oubliées. Heureusement, de plus en plus de personnes s'attachent à faire reconnaître ces femmes exceptionnelles dont, parmi elles, Pénélope Bagieu à travers deux tomes d'une bande-dessinée à la fois passionnante et instructive !

Ces deux tomes nous présentent plusieurs portraits de femmes remarquables, telle que : la gynécologue antique déguisée en homme, la catholique qui a franchi des murs d'un cimetière pour l'amour d'un protestant, la guerrière Apache, l'actrice la plus effrayante d'Hollywood, une rappeuse afghane, une "reine des bandits", une célèbre volcanologue, la médecin légiste qui devint « la mère de la science forensique », une astronaute afro-américaine, etc. Il y en a pour tous les goûts et tous les domaines : politique, art, cinéma, sport, etc. Plusieurs portraits de femmes "culottées" qui, par leur tempérament et leurs choix, ont décidé de leur existence et de leur chemin et ce, dans un contexte et/ou une époque défavorables aux femmes, en passant aux très connues aux moins célèbres, aux flamboyantes et aux discrètes. Une vaste galerie de femmes aussi intéressantes les unes que les autres !


Pénélope Bagieu : “Je n'ai jamais eu autant envie de foutre le feu ...
Pénélope Bagieu.
J'avoue avoir été plus intéressée par certains portraits que par d'autres, bien évidemment. Je retiendrai, par exemple : Agnodice, l'une des premières gynécologues dans l'Antiquité grecque qui s'est déguisée en homme pour suivre ses études en médecine et qui, lorsqu'elle fut découverte, fut sauvée par la reconnaissance de nombreuses patientes. Je ne peux pas non plus oublier Clémentice Delait, célèbre femme à barbe, une véritable vedette devenue mascotte des Poilus et qui fut même invitée chez les têtes couronnées d'Europe ; ainsi qu'Annette Kellerman, une célèbre nageuse qui a contribué au développement du maillot de bain moderne ; Nzinga, reine qui repoussa les Portugais ; Las Mariposas, trois sœurs, héroïnes et martyres de la lutte contre le dictateur Rafael Trujillo en République dominicaine ; Josephina van Gorkum, catholique, que même la mort ne sépara pas de son mari protestant ; Lozen, guerrière et résistante amérindienne ; Delia Akeley, femme d'explorateur qui est devenu exploratrice sur le continent africain ; Tove Jansson, créatrice des Moumines ; Christine Jorgensenla première femme transgenre à avoir été mondialement connue et à avoir évoqué publiquement son opération de réassignation sexuelle ; Wu Zetian, la seule impératrice régnante de toute l'histoire de Chine, etc.

J'ai beaucoup aimé la diversité des personnalités choisies ! On trouve des femmes de toutes les époques et de pays différents, qui se sont illustrées dans des domaines variés, parfois légers ou parfois plus politiques. Je ne vais pas vous dire que tout se termine bien pour ces femmes célèbres, certaines vécurent longtemps, heureuses, libres et épanouies, d'autres ont connu une fin plus tragique et prématurée, et d'autres encore sont toujours en vie et continuent de mener leur combat.

J'ai aussi eu le plaisir de la découverte, car je ne connaissais que quelques-unes des femmes citées, et c'est raconté avec humour et émotion, peut-être aussi sous fond d'une morale, d'un message : celui de prendre de l'inspiration pour mener sa propre vie comme on l'entend, indépendamment des injonctions de la société ou de l'opinion des autres, comme l'ont fait ces femmes exceptionnelles.

Ces biographies rapidement contées donnent envie d'aller nous documenter un peu plus sur ces femmes remarquables. Les récits courts ne permettent pas d'approfondir les personnages, l'autrice va directement à l'essentiel, ce que je peux comprendre car raconter toute une vie en quelques pages est une performance (dont je salue d'ailleurs l'autrice pour la prouesse), il y a tant à dire et il y a des choix à faire.

Pour résumer : une bande-dessinée intéressante et instructive, racontée avec humour et émotion, dont je conseille la lecture !

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Culottées a sa série animée, à découvrir sur France 5 avec des épisodes courts permettant de découvrir sinon
de redécouvrir ces femmes exceptionnelles mais surtout culottées !

mercredi 25 mars 2020

Duel pour un roi : Madame de Montespan contre Madame de Maintenon - Agnès Walch.


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La blonde Montespan contre la brune Maintenon. L’une porte un grand nom quand l’autre est née dans une cellule de la prison de Niort. L’une, étincelante, spirituelle, ambitieuse, splendide, s’attache l’amour du Roi-Soleil et lui donne sept enfants. L’autre devient gouvernante des bâtards royaux et entre dans la vie du roi.

Louis XIV, contre toute attente, délaisse la sublime Montespan pour la discrète et redoutable Maintenon, de six ans plus âgée que sa rivale, moins tempétueuse, moins belle selon les canons de l’époque, moins éclatante, moins, moins… Et alors que la première mourra oubliée de tous, l’autre épouse dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683 le roi, autrefois volage, désormais fidèle, et dont elle partagera la vie pendant trente-deux ans.

Avec une plume alerte, l’historienne Agnès Walch nous plonge dans les coulisses de la Cour de Versailles et nous restitue pour la première fois l’affrontement de deux femmes, d’abord amies intimes puis ennemies mortelles, étonnamment modernes, éprises de liberté, déterminées et courageuses.

Le Grand siècle raconté du côté des femmes…


L’une est blonde, l’autre est brune. L’une est née dans une ancienne et prestigieuse famille, l’autre est née en prison où son père était enfermé. Tout sépare ces deux femmes, deux Françoise, qui, pourtant, se sont rencontrées et se sont liées. C’est l’histoire de Madame de Montespan et de Madame de Maintenon, que l’Histoire a retenu comme étant deux célèbres maîtresses de Louis XIV, le Roi Soleil…

D’un côté, nous avons Madame de Montespan, née Françoise de Mortemart, qui changera son nom « Françoise » pour « Athénaïs ». Une femme bien née, dans une ancienne et noble famille, mariée au marquis de Montespan, fou amoureux de sa femme. De l’autre, Madame de Maintenon qui n’était alors que Françoise d’Aubigné, née en prison d’un père belliqueux et d’une mère qui se souciera peu d’elle ; elle se marie à Paul Scarron, poète handicapé tenant un salon intellectuel où Françoise fera la connaissance du beau monde… et en particulier, une certaine Madame de Montespan

C’est ainsi que ces deux femmes si différentes vont se rencontrer, se plaire et tisser une amitié intellectuelle. C’est cette amitié qui conduira Madame de Montespan à faire appel à Françoise, alors devenue la « veuve Scarron ». En effet, Madame de Montespan devient la favorite de Louis XIV, au grand dam de son époux qui ne s’en remettra jamais, comme l’illustre cet extrait :

Au début de l’année 1669, il [le marquis de Montespan] arrive au château de Saint-Germain dans un carrosse tendu de noir, orné de bois de cerf et de grands voiles noirs. Le roi, sortant du conseil, lui demande sèchement pourquoi ce noir. Il répond qu’il est en deuil de son épouse. C’en est trop. Le roi a suffisamment enduré des excentricités qui frisent à la fois le ridicule, l’impertinence et le crime de lèse-majesté. Arrêté, le marquis fait un court séjour dans les geôles de Lévesque […] avant d’être relégué dans sa province natale où ses extravagances se poursuivent.

Cet amour interdit, ce double adultère, donnera naissance à plusieurs « bâtards royaux ». Ces naissances devant rester secrètes, il faut au couple quelqu’un de confiance pour prendre soin des enfants et prendre en charge leur éducation. C’est ainsi que Madame de Montespan fait appel à son amie, Françoise, dont elle connaît la discrétion ainsi que l’amour des enfants.

Portrait de Mme de Montespan,
peint par Jean-Pierre Franque.
Pendant plusieurs années, Françoise Scarron s’occupe ainsi des bâtards de Louis XIV et d’Athénaïs dans le plus grand secret (du moins jusqu’à ce que le roi légitime ses enfants adultérins). Bien que n’ayant eu jamais d’enfants, Françoise est une gouvernante discrète et dévouée auprès de ces enfants, au point où, le fils aîné le duc du Maine préférera sa gouvernante à sa mère trop peu présente, et au point où Françoise portera davantage le deuil d’une des filles illégitimes que la propre mère, ce qui vaudra à Louis XIV de dire, face au chagrin de Françoise, « Comme elle sait bien aimer ! Il y aurait du plaisir à être aimé par elle. ». Athénaïs est, en effet, une mère souvent absente et semblant peu s’intéresser à ses bâtards dans un premier temps. Louis XIV, qui n’accordait alors que peu d’importance à la gouvernante, est touché par la dévotion de Françoise à l’égard de ses bâtards qu’il adore, au point de se rapprocher d’elle… ce qui n’est évidemment pas du goût de Madame de Montespan qui commence à nourrir une jalousie envers son amie qu’elle considère progressivement comme sa rivale. C’est ainsi que cette amitié intellectuelle se change progressivement en rivalité pour l’amour d’un roi…

Duel pour un Roi est un livre intéressant qui retrace la relation entre deux femmes exceptionnelles que tout sépare et qui, pourtant, vont se rencontrer et se plaire ! Car nos deux Françoise sont deux femmes intelligentes qui excellent dans l’art de la conversation et qui trouvent chez l’autre une compagnie intelligente et pleine d’esprit. Ce sont deux femmes qui s’estiment et se respectent beaucoup et qui se font manifestement confiance. C’est cette confiance qui conduira Athénaïs à faire appel à Françoise pour s’occuper des enfants qu’elle a eus avec le roi. Autant dire que ce n’est pas rien ! Pour cette mission, Françoise doit bouleverser son quotidien et faire preuve de ruse et de discrétion pour que l’existence de ces enfants ne soit pas découverte.


Portrait de Madame de Maintenon,
peint par Thomas Garnier.
Pourtant, la confiance et l’amitié que se vouaient les deux femmes vont peu à peu se transformer en jalousie et rivalité alors que Louis XIV – dont la réputation de séducteur n’est plus à refaire, malgré plusieurs années de relation avec Athénaïs et sept enfants – se rapproche de Françoise et délaisse peu à peu sa favorite, dont la chute a été précipitée par la célèbre affaire des poisons. L’auteur nous explique comment la faveur est passée de Madame de Montespan à Madame de Maintenon en replaçant l’histoire dans son contexte et en nous peignant le portrait de ces deux femmes. Tandis que la Montespan joue « les divas » et a davantage cherché à se faire aimer du roi qu’à l’aimer réellement, Madame de Maintenon se fait discrète, douce et patiente. C’est le caractère de l’une qui la fait chuter tandis que le caractère de l’autre attire le souverain. Pourtant, l’auteur ne cherche pas à prendre le parti de l’une ou de l’autre, ou à nous faire aimer une favorite plutôt que l’autre. Elles sont décrites comme deux femmes intelligentes et ambitieuses, avec leurs qualités comme leurs défauts et c’est ce que j’ai apprécié dans ce livre. Même si ma préférence va à Madame de Maintenon, Athénaïs n’est pas diabolisée et l’auteur nous dresse le portrait psychologique de la marquise afin de mieux la comprendre, sans la juger.

Madame de Maintenon n’est pas non plus décrite sous un mauvais jour, bien qu’elle soit celle qui a supplanté Athénaïs dans le cœur du roi et qu'elle se soit parfois montrée ingrate envers son ancienne amie à qui elle doit tout pourtant. L’histoire entre Athénaïs et Louis XIV est différente de celle entre Françoise et le roi. Ce n’est pas la même relation et ce n’est pas le même stade de la vie de Louis XIV qui change au fil des ans et a d’autres « envies ». Là où il était dans le spectacle, la richesse, la passion avec Madame de Montespan, Louis XIV a formé un couple bourgeois avec Madame de Maintenon. Ils s’installent dans des habitudes de vieux couple : Louis passe beaucoup de temps dans les appartements de sa maîtresse, lorsqu’il ne la voit pas il lui écrit tous les jours, lorsqu’elle s’éloigne pour se rendre ailleurs il lui fait parvenir un billet pour lui demander de le rejoindre plus tard à la grille du jardin pour venir la chercher pour revenir au château ensemble en carrosse. Alors qu’il vieillit, le roi ressent le besoin de plus d’intimité et de discrétion, ce qu’il retrouve chez sa maîtresse. Jadis séducteur qui butinait volontiers un peu partout, Louis ressent le besoin de se poser, et forme un couple complice avec sa maîtresse :

L’union de Louis et de Françoise prend, en effet, une forme assez originale. Françoise soutient son mari, le console de ses chagrins, le soigne lorsqu’il est malade, s’inquiète de ses soucis, partage ses joies, le conseille à l’occasion. […] Leur complicité paraît incroyable : à plus de cinquante ans, Louis ne peut se passer de Françoise. Ce besoin d’intimité et de confiance qu’exprime le couple est très moderne. […] Le matin, il vient la saluer dans sa chambre, puis se met au travail, assiste à la messe et au Conseil. Elle reste dans ses appartements ou traverse le parc pour se rendre à Saint-Cyr. Discrète, elle n’est pourtant jamais très loin. De 5 heures à 10 heures du soir, le roi lit ses dossiers dans la chambre de son épouse. Il reçoit les ministres, tandis qu'elle s'occupe à des travaux d'aiguille ou des lectures.  Puis, sans déranger son mari, elle se prépare pour la nuit. Elle prie, prend son repas et se couche vers 9 heures. A 10 h, il la quitte pour aller souper au Grand Couvert. Mais avant cela, les époux ont commencé par rester seuls un long moment. On ferme la porte et personne n'entre plus. Ils sont dans leur intimité.

On pourrait penser qu'il n'est pas étonnant d'apprendre que Louis XIV a épousé sa maîtresse en secret en 1683, quelques mois après la mort de la reine...

Pourtant, l’auteur n’oublie pas de nous souligner qu’être la maîtresse d’un roi, c’était aussi se sacrifier. Au-delà du prestige et des avantages que cette position de favorite procure, ce n’est pas tout rose d’être aimée d’un roi, surtout d’un roi aussi tyrannique que Louis pouvait l’être parfois. Monarque absolu, Louis est un homme qui impose ses volontés et qui n’entend pas se faire gouverner par ses maîtresses ni que celles-ci interviennent dans sa politique. Être maîtresse de Louis XIV, c’est abandonner son indépendance, ce qui peut rendre le joug conjugal lourd à porter. Rien d’étonnant à ce que Madame de Maintenon ait eu des mots durs envers la vie matrimoniale qu’elle compare, selon l’auteur, à un esclavage pour la femme. Cependant, malgré l’inconfort et l’obéissance imposée, le couple entre Louis et Françoise a duré jusqu’à la mort du monarque, et la tendresse et la confiance qu’ils se sont portés étaient réciproques.


Madame de Maintenon avec Vexin et Maine, les
deux premiers enfants de Louis XIV et Mme de Montespan
Attribué à  Pierre Mignard.

Duel pour un Roi est un document historique passionnant si l’on s’intéresse à ces deux femmes au destin exceptionnel (je me sens un peu l’âme d’un Stéphane Bern en écrivant cette phrase xD) et à leur relation avec Louis XIV, d’autant plus que l’auteur ne prend pas le parti d’une favorite contre une autre mais les présente comme deux femmes exceptionnelles, puissantes, intelligentes et ambitieuses avec leurs qualités et leurs défauts, leurs bonheurs comme leurs malheurs.

Si je devais formuler une critique à l’égard de ce livre, c’est que la généalogie est très présente et peut sembler inutile, sinon souvent confuse et il m’est arrivé de me perdre plusieurs fois. Je ne peux pourtant pas nier l’incroyable travail de recherche de l’auteur pour nous présenter une étude intéressante et passionnante. Une fois nos deux protagonistes présentées, on suit leur histoire avec intérêt, le tout sous une plume agréable à lire !

Françoise s’est bien organisée. Avec l’accord de la marquise de Montespan et de Bonne d’Heudicourt, elle prend souvent avec elle Louise, la fille de Bonne […] Louise lui sert d’alibi lorsqu’elle doit expliquer à ses amis la fatigue qui se lit sur son visage, ses traits tirés et ses absences répétées. Elle donne le prétexte d’une maladie de la petite, alors qu’elle veille un nourrisson à une extrémité de la capitale. Et s’il vient des étrangers, Louise est soit la sœur des petits, soit leur cousine. Ce jeu l’amuse follement si bien que la fillette n’oublie pas de demander à sa gouvernante tous les matins quel sera son rôle dans la journée : « Madame, qui suis-je aujourd’hui ? ».