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mercredi 18 octobre 2023

Les contes interdits : La légende de Sleepy Hollow - Simon Rousseau.




Un homme au bord du gouffre à la recherche d’un vieil ami disparu.

La dangereuse manie d’un maître chanteur à se faire trop d’ennemis pour son propre bien.

L’obsession d’un peintre misanthrope reproduisant la même toile, encore et encore.

Un neurochirurgien retraité fasciné par la cryptozoologie qui préfère vivre en marge de la société.

La légende d’un cavalier fantôme hantant depuis des siècles le pittoresque village de Val-Dormant.





La légende de Sleepy Hollow est une histoire que j'aime beaucoup, ainsi c'est toujours intéressant de la voir remaniée de différentes façons. L'adaptation libre de Tim Burton fait partie de mes films préférés et le roman Horseman de Christina Henry a été un de mes coups de cœur lors du Pumpkin Autumn Challenge de l'an dernier. Lorsque j'ai découvert que la saga des Contes Interdits proposait une réécriture de cette histoire, je n'ai pas hésité, d'autant que la couverture est très attrayante et juste parfaite pour la saison automnale/Halloween.


L'histoire se situe de nos jours, dans la bourgade du Val Dormant au Québec, un petit village d'apparence tranquille où chacun se connaît. Nous suivons en alternance Ichabod Crane et son ami, Eliott, informaticien de génie et pro dans le piratage informatique, à quelques semaines d'intervalle. Ichabod Crane souhaite changer de vie et emménage au Val Dormant où il officie en tant que facteur. Il ne tarde pas à se lier aux autres habitants et plus particulièrement Katrina van Tassel, institutrice adorée de tous, et dont il n'est pas insensible aux charmes. Quelques semaines plus tard, Elliott reçoit un message d'Ichabod sur son répondeur qui ne laisse rien présager de bon. Elliott décide de se rendre au Val Dormant et y apprend la disparition de son ami. Elliott mène donc l'enquête pour découvrir la raison et les coupables derrière la disparition d'Ichabod.


J'ai aimé l'ambiance qui se dégage du roman à travers le village du Val Dormant. Cela m'a rappelé les romans de Stephen King car on y retrouve des ingrédients chers au maître de l'horreur : une petite bourgade semblant sans histoire, où chacun se connaît. Nous faisons la connaissance de ses habitants, entrons dans leur vie privée et découvrons peu à peu leurs secrets [SPOIL] une épouse qui séquestre son mari devenu handicapé et se venge des violences conjugales qu'elle a subies, une belle serveuse qui trompe son mari, une petite-fille victime de maltraitance, un prêtre qui s'adonne à des activités pas très catholiques, etc [/SPOIL]. Qui de mieux qu'un facteur pour découvrir les petits secrets de chacun ? Car Ichabod Crane n'est pas aussi innocent qu'il en a l'air. Ichabod Crane est un véritable maître chanteur et il entend bien semer le trouble afin d'obtenir ce qu'il veut. Pour Elliott, il n'y a pas de doute. Ichabod a été découvert par un habitant qu'il faisait chanter et qui a veillé à le faire taire. Elliott garde pourtant espoir de retrouver son ami vivant et se met en quête du moindre indice pouvant le mener jusqu'à Ichabod, accompagné bien malgré lui de Loranger, un habitant qui a ses comptes à régler avec Ichabod.


J'ai trouvé intéressant que le roman alterne entre l'enquête d'Elliott et le quotidien d'Ichabod, quelques semaines avant sa disparition, son installation au Val Dormant, comment il s'est lié avec les habitants, comment il en est venu à découvrir leurs secrets et à les faire chanter, certains pour son propre profit, d'autres dans un certain sens de justice. J'ai pris un plaisir malsain, je l'avoue, à découvrir ces secrets et voir certains habitants récolter ce qu'ils méritaient. J'ai également apprécié l'étrange duo formé par Elliott et Loranger et les suivre dans leur enquête, à remonter la piste les menant à Ichabod et découvrir le fin mot de l'histoire, et c'est là où le côté horrifique propre aux Contes Interdits atteint son paroxysme.


La résolution est tout simplement horrible et nous retourne les tripes. Découvrir le secret de la disparition d'Ichabod ainsi que le véritable antagoniste de l'histoire et son mode opératoire, sans oublier ce qu'il advient d'Elliott et son compagnon. Je ne m'en remets toujours pas. Je ne pense pas avoir été déçue, même si ce n'est clairement pas ce à quoi je m'attendais. J'avais même espéré une autre résolution pour Elliott et Loranger, mais c'était oublier que ce livre fait partie des Contes InterditsSimon Rousseau a frappé fort pour marquer son public et il l'a fait avec efficacité. Je ne suis pas prête d'oublier ce roman et surtout la fin. J'avoue ressentir tout de même une certaine frustration concernant [SPOIL] l'histoire, les pouvoirs et la véritable nature de Katrina [/SPOIL], j'aurais voulu en apprendre plus, pour mieux cerner ce personnage, mais je comprends que l'auteur ait choisi de ne pas tout dévoiler pour garder une part de mystère.


En résumé, une réécriture moderne et intéressante de Sleepy Hollow qui ne laisse pas indifférent !


En dépit de son aversion pour les magouilles du maître chanteur, Elliot ne pouvait s’empêcher d’être impressionné par sa capacité à déterrer autant de sombres secrets sur tant de gens en si peu de temps. Chaque dossier mettait en lumière des actes abominables et difficilement pardonnables. Celui de Chantale Talbot, la mère de Marguerite, parut frapper particulièrement l’esprit de Loranger. C’était le dernier qu’ils avaient analysé, et le trafiquant ne semblait pas vouloir lâcher l’écran des yeux, tellement ce qu’il y voyait le choquait.

— Qu’est-ce que t’en penses ? osa demander Elliot par-dessus son épaule. Ils auraient tous un solide mobile pour en vouloir à Ichabod… Mais est-ce qu’il y en aurait un ou une là-dedans qui serait vraiment passé à l’action ?

Chapitre 20

dimanche 22 mars 2015

Le Juste Milieu - Annabel Lyon


Aristote était un être de chair et de sang, et Alexandre le Grand, un adolescent plein de doutes et d'arrogance. Lorsqu'en 342 avant Jésus-Christ, le philosophe devient précepteur du futur roi de Macédoine, la relation qui s'établit est aussi singulière et enrichissante pour l'un que pour l'autre. 

Par ses démonstrations très concrètes sur une table de dissection, comme par ses réflexions éthiques et métaphysiques, Aristote transmet à son jeune élève la notion de «juste milieu», point d'équilibre entre deux extrêmes, si difficile à atteindre. 

De son côté, le fougeux Alexandre, qui désire déjà ardemment «ouvrir la gueule pour avaler le monde entier», offre des perspectives au maître peu aventureux que son père lui a choisi.



Livre repéré chez Parthenia, et choisi parce que 1) mordue d'histoire depuis des années et de 2) parce qu'Alexandre le Grand est un personnage historique qui m'intéresse de plus en plus; ainsi pour ces raisons, j'avais décidé d'y jeter un œil.

Cette histoire se centre et est cependant narrée par Aristote que sur le grand conquérant, et nous raconte principalement les sept années qu'il a passé à la cour de Macédoine pour transmettre son savoir à Alexandre, l'héritier du roi Philippe II de Macédoine, et ses camarades, mais il nous raconte aussi l'enseignement et les soins prodigués à Philippe Arrhidée, le demi-frère d'Alexandre, qu'une maladie rend mentalement retardé et exclu de la succession (étant l'aîné d'Alexandre) et laissé à la surveillance de son garde-malade, qui ne sait pas toujours comment s'y prendre avec lui. Nous avons donc affaire ici à une biographie romancée d'Aristote !

Étant attachée au personnage historique d'Alexandre le Grand, j'avais crains de ne pas trop m'attacher à Aristote et à Philippe Arrhidée. Heureusement, mes craintes n'étaient pas fondées car j'ai beaucoup apprécié suivre l'histoire du point de vue d'Aristote et de découvrir un peu plus ce grand philosophe = son enfance, son apprentissage de la médecine par son père médecin, puis ses "études" sous l'égide d'un philosophe un peu étrange, son mariage, sa vie vécue à la cour de Macédoine où il est davantage perçu comme un Athénien que comme un Macédonien (ce qui fait qu'il est vu comme un étranger et qu'on ne porte pas toujours sur lui un regard bienveillant), son approche pour apprivoiser Philippe Arrhidée, le faire progresser et lui enseigner des choses et ce, malgré son handicap, malgré les préjugés des autres sur lui. Nous assistons aussi à sa rencontre avec le futur Alexandre le Grand, les leçons qu'il lui donne, aussi bien sur la biologie que sur la littérature car Aristote est plus qu'un philosophe, c'est un véritable toutche-à-tout qui s'intéresse à de nombreux domaines et observe et analyse ce qui l'entoure. Donc si ce livre vous intéresse mais que vous craignez de voir quelques débordements sur la philosophie, ne craignez rien : Aristote philosophe n'est qu'un aspect de son personnage. On découvre plus chez lui que le philosophe, et d'ailleurs l'auteur met en avant le pluralisme de ses travaux, preuve qu'il s'intéresse à tout ! Et elle s'intéresse davantage sur le point humain du personnage.


Enseignement d'Alexandre par Aristote, d'après Charles Laplante.

Cependant, Aristote a aussi ses difficultés avec Alexandre. Élève brillant, il est pourtant difficile à discipliner car arrogant, plein de fougue, parfois colérique et pourri gâté, avec un goût pour le sang et le morbide un tantinet inquiétant [spoiler] comme cette fameuse scène où Alexandre remplace une fausse tête par une vraie fraîchement décapitée lors d'une représentation au théâtre... et manque de donner des arrêts cardiaques aux acteurs ! [/spoilers] (qui inquiète même Héphaïstion, alors le plus proche compagnon d'Alexandre. Ah Héphaïstion, j'ai une tendresse toute particulière pour lui. Dieu sait que, dans le roman comme dans l'Histoire avec un grand H, ça n'a pas du être évident d'être le conseiller et plus proche compagnon d'Alexandre. Pourtant, je n'ai pu m'empêcher de trouver Alexandre assez caricaturé dans son rôle de prince héritier, même si je sais qu'il avait son caractère. D'ailleurs, si on ne le voit que peu dans ce roman, on peut tout de même noter son attachement à Alexandre, et le fait que le tempérament et les goûts de celui-ci le dépassent parfois). Aristote se donne alors comme mission d'éduquer le jeune chenapan et d'essayer de calmer ses ardeurs, ses envie de gloire, tout en l'incitant à trouver le juste milieu, le point d'équilibre.

Le juste milieu est d'ailleurs un point sur lequel l'auteur revient souvent et d'une certaine manière : tout au long du roman, nous avons affaire à des extrêmes (notamment les extrêmes que sont Philippe II, roi guerrier qui ne conçoit pas la philosophie, et Aristote, philosophe et médecin qui ne veut pas de guerre. Et pourtant ces deux personnages sont amis; ou encore entre Alexandre qui est beau, charismatique et intelligent tandis qu'on dit son frère laid, mentalement retardé, idiot), l'équilibre entre deux extrêmes (que ce soit deux comportements, deux personnages, deux choses). Ce livre a un côté sociologue dans ce sens, et aussi dans le fait où Aristote analyse et s'interroge sur l'âme, les rapports humains, l'évolution de la pensée, le comportement humain, le fonctionnement de la société, etc.

Buste d'Aristote
J'ai beaucoup aimé suivre Aristote qui se révèle être un personnage attachant, que l'auteur nous fait découvrir de son enfance jusqu'au moment où il enseigne aux deux princes. J'aurais cependant aimé que l'auteur s'étende un peu plus sur la relation entre Platon et Aristote, qui se sont très bien entendus jusqu'à ce que leurs points de vues divergent. J'aurais aimé découvrir plus que leur première rencontre – moment que j'attendais le plus et que j'ai beaucoup pris plaisir à lire – comme le développement de leur relation, on sentait déjà tout l'intérêt que Platon commençait à porter à Aristote lorsqu'ils se sont rencontrés ! Dans les flash-back, on pouvait deviner que ses camarades à l'Académie jalousaient presque Aristote à cause de l'attirance (intellectuelle mais peut-être presque amoureuse) que Platon éprouvait à son égard. Ainsi, cela aurait été intéressant que l'auteur développe un peu plus... Il y a une certaine complexité dans leur relation, on ne sait pas jusqu'à quel degré elle a été. 

De même que certains personnages du roman pensent qu'Aristote est attiré par Alexandre, sans qu'elle l'ait été. Le roman nous peint diverses relations complexes et c'est un aspect que j'ai aimé découvrir : relation entre le maître et l'élève, relation entre mari et femme (Aristote et son épouse donc, oscillant entre tendresse et devoir), entre maître et esclaves (il éprouve de l'attachement pour eux, ils font quasiment partie de la famille) mais ces relations ne se centrent pas que sur Aristote car le roman évoque les rapports princes/serviteurs, mère/fils (la tendresse infinie qu'Olympias voue à son fils, Alexandre). L'auteur évoque aussi, à travers Aristote, les différences culturelles, politiques et autres entre la Grèce (Athènes) et la Macédoine. Deux lieux qu'a connu Aristote mais où il ne trouve sa place. En Macédoine, il est vu comme un grec, un étranger et, lorsque les relations deviennent tendues et conflictuelles entre Philippe  II et les cités de Grèce, les Macédoniens se méfient bien vite d'Aristote, vu alors comme un ennemi. Aristote compare d'ailleurs souvent la Grèce à la Macédoine qu'il trouve plus... barbare.

Ce livre est aussi une occasion de découvrir un peu plus l'Antiquité : la médecine antique, le théâtre grec, la célèbre Académie de Platon, la philosophie grecque, jusqu'à la politique guerrière de Philippe II. Sans être assommante, l'auteur nous apprend des choses sur la vie d'Aristote, l'histoire de la Macédoine, de la Grèce, la cour de Macédoine, les stratégies politiques et militaires. Néanmoins, ce n'est pas un roman purement historique, l'auteur a crée des personnages et altéré la réalité historique pour les besoins de son récit (elle invente un voyage, supprime un personnage), pour certains éléments, je pense qu'elle s'est plus basée sur des spéculations que sur des réalités historiques.

Le style d'écriture est plutôt agréable, assez contemporain par rapport à l'époque qu'il décrit, on pourra également être gêné par la présence de mots vulgaires, notamment venant de la bouche d'Aristote lui-même (d'un côté, les Macédoniens sont présentés comme vulgaires, rustres, grossiers, par contraste aux Grecs, plus raffinés, plus sophistiqués) mais c'est le rare reproche que j'ai pour ce livre car le style est sensible, intelligent et que, dans l'ensemble, cette lecture fut agréable et intéressante. L'auteur a su recréer avec intelligence l'époque, les personnages historiques ainsi que leurs rapports.


Ce billet est une participation aux :




jeudi 20 mai 2010

Dracula l'Immortel - Dacre Stoker et Ian Holt.


En 1888, un groupe de six intrépides a réussi à détruire Dracula aux portes de son château de Transylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, ils se sont dispersés mais le souvenir de cette périlleuse aventure où l’un d’eux a laissé sa vie les poursuit. Combat quasi mystique contre les forces du mal, vengeance d’amoureux endeuillés ou inextinguible jalousie : les raisons mêlées de leur acte continuent de perturber leur existence et la disparition du prince des ténèbres n’a pas apaisé leurs tourments.

Une mort inexpliquée devant un théâtre parisien et un deuxième assassinat d’une effroyable cruauté au cœur de Londres vont réveiller la peur. Du Quartier latin à Piccadilly Circus, l’ombre de Dracula semble à nouveau planer… Les héros d’autrefois devront faire face à un ennemi insaisissable aux attaques sournoises ou d’une violence inouïe, mais aussi à leurs propres démons. De quoi brouiller les pistes et troubler les esprits, dans une intrigue menée avec maestria qui ressuscite le fantasme et la malédiction de l’immortalité.

Dracula étant l’un de mes romans préférés, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre qui s’annonçait comme sa suite, d’autant plus qu’elle a été écrite par l’un des descendants de Bram Stoker et par un spécialiste des vampires et de Dracula. Alors, verdict ?



Affligeant. Consternant. Décevant.



Pauvre Bram Stoker qui doit se retourner dans sa tombe. Qu'a-t-on fait à son célèbre Dracula ? J’ai bien envie d’aller retrouver les héritiers de Bram Stoker et de les secouer et de leur demander pourquoi ils ont donné leur approbation quant à la publication de ce livre qui dénature clairement l’œuvre de leur aïeul, alors qu’ils l’annoncent comme étant une œuvre fidèle. Avec un tel slogan sur la couverture, j’aurais du me douter que le livre allait être médiocre. Je ne m’attendais pas à une telle horreur !



Je n’ai rien à reprocher au style d’écriture, bien que l’on s’éloigne du style épistolaire du roman d’origine. La lecture est relativement facile avec un style pas trop désagréable, ça se lit sans trop de peine… à condition de pouvoir y parvenir, car plus on avance dans l’intrigue et plus on a envie (moi en tout cas) de jeter le livre par la fenêtre.



Peut-être aurait-ce été une meilleure histoire si les auteurs avaient raconté une histoire de vampire avec des personnages à eux. L'intrigue était intéressante pourtant : nos héros, 25 ans après, vieux et fatigués, mais obligés de se confronter de nouveau au mal qu'ils ont combattus auparavant, alors que le fils de Jonathan et Mina : Quincey Harker, est dans l'ignorance la plus totale concernant le passé de ses parents.



À ceux qui ne veulent rien savoir, ne continuez pas. Sinon, cliquez et faites passer votre souris pour lire les spoilers :



Ça commence ici >> D'abord, j'ai du mal à comprendre la présence de l'auteur, Bram Stoker, dans ce livre. Surtout qu’il est représenté ici comme un homme malheureux, colérique et jaloux du succès de son rival, Oscar Wilde, car il est persuadé que son Dracula sera vite oublié de la littérature tandis que l'on se souviendra pendant des années du Portrait de Dorian Gray. Son Dracula est d’ailleurs une histoire vraie que le Professeur Van Helsing aurait raconté à l’auteur, trahissant ainsi le groupe qui avait fait serment de ne jamais divulguer quoique ce soit de leur passé. Ça ne rend vraiment pas hommage à Bram Stoker !



Les personnages n’ont plus aucune saveur… et pour cause, ils ont été dénaturés par les auteurs ! Encore que je suis trop gentille dans cette expression… ils ne dénaturent pas les personnages… je veux dire qu’ils les piétinent, les roulent dans la boue, les massacrent à coup de hache en passant la voiture dessus en marche avant-arrière-avant-arrière avant de brûler le reste puis de le jeter aux ordures.



Van Helsing qui trahi le groupe en dévoilant leur histoire… Van Helsing transformé en vampire par Dracula… Encore que le concept aurait pu être intéressant : le chasseur de vampire devenu lui-même vampire, quelle ironie du sort… mais voilà, au lieu de s’en épouvanter, il y prend goût, et il n'hésiterait pas à tuer Quincey Harker si le jeune homme n'adhérerait pas à ses idées ! Mais la cerise sur le gâteau est que ce serait Van Helsing et non pas Dracula, qui aurait tué Lucy à la suite d'une mauvaise transfusion sanguine. Le bon Dracula, dans son immense bonté, l'aurait transformée en vampire pour la sauver !



Dracula n’est pas mieux loti ! Le si cruel Dracula, ici, est transformé en pauvre innocent incompris, pris pour le grand méchant de l'histoire, alors qu'il n'a rien fait de mal. Il a emprisonné Jonathan dans son château ? C’était pour sa sécurité ! Les marins du Démeter ? Il ne les a pas tué, c’est la peste ! Lucy ? Il a voulu lui sauver la vie !



Le moment où j'ai vraiment failli balancer le bouquin est lorsque les auteurs nous ont servi un scénario à la Star Wars : "Non Quincey, je n'ai pas tué Jonathan Harker, celui que tu crois être ton père... non... JE SUIS TON PERE !!!". Ok, où sont mes pilules de cyanure ?



………………… Quincey ? Fruit d'une relation Mina/Dracula ? Dracula et Mina qui s'aiment ? Mina en vampire ? Mina qui trompe son mari, Mina qui a toujours aimé Dracula ? Et le reste des héros : Jonathan, Arthur, Seward... tous transformés en abrutis incapables qui ont mal vieillis, sans aucune profondeur.



La présence d’Élisabeth Bathory, la très tristement célèbre comtesse sanglante, l'évocation de l'ère victorienne, du Titanic et de Jack l’Éventreur paraissaient tellement prometteurs pourtant... et vlan, qu'on nous sort : Bathory est Jack l’Éventreur, c'est elle le grand méchant de l'histoire, elle qui veut se venger des héros, elle qui veut tuer Dracula qui veut la tuer pour stopper le carnage en la suppliant de laisser nos héros tranquilles. Quelle plaisanterie ! Mais pincez-moi, je rêve ! >> FIN !



De plus, les auteurs dénaturent le mythe du vampire tel que raconté dans le roman d’origine : ils peuvent regarder sans crainte des crucifix, on voit leur reflet dans la glace, Dracula peut encore procréer alors que lui et tout son organisme sont sensés être morts, et ainsi de suite !



Si on considère le livre en lui-même, c'est une bonne histoire de vampire avec ses défauts et ses qualités. Le problème est que ce n'est pas une simple histoire de vampire : les auteurs ont misé haut en s'attaquant à une suite de Dracula. A côté du chef-d’œuvre, cette suite ne tient pas la route et même si les auteurs ont beaucoup repris l’œuvre originale, il trahissent beaucoup d'éléments de Dracula, contredisent Bram Stoker, et on ne retrouve pas les personnages originaux. Ils vont à l'encontre des idées reçues, on a de la violence gratuite, des personnages méconnaissables... Bien-sûr, on peut prendre des libertés sur une œuvre, ça n’empêche pas sa qualité, mais ici c’est plus que prendre des libertés, c’est complètement retourner une œuvre ! J’ai l’impression d’avoir lu une très mauvaise fanfiction. Et c’est dommage, car une suite de Dracula était tellement prometteuse !



Maintenant, je vais tenter de me remettre de cette lecture en relisant l’œuvre d’origine. Si vous voulez du Dracula, découvrir le vrai Dracula, lisez le roman d'origine !



Un bruit de pas à l'extérieur lui fit dresser l'oreille.
- Beth ?
N'obtenant pas de réponse, il se reprit : - Wentworth ?
Toujours rien. Derrière la porte, une ombre passa sur le sol de marbre. On marchait dans le couloir. Des bruits de pas, à nouveau... Holmwood se précipita dans le corridor.
- Qui est là, nom d'un chien ?
Silence. Manifestement, Arthur était seul. Il sentit un courant d'air froid, puis perçut comme une respiration. Il regarda autour de lui, rien. Il remarqua alors la fenêtre ouverte. Le mystère est résolu. Il alla pour la fermer, souriant de sa paranoïa, et pensa à ses anciens camarades légionnaires qui se seraient volontiers moqués de lui. Une fois le loquet baissé, Arthur revint au bureau, quand il huma une odeur familière. Du lilas ? Sûrement pas en cette saison. le parfum préféré de Lucy... Cette seule pensée lui donna la chair de poule. A l'époque, il le faisait venir de Paris spécialement pour elle.


Chapitre XXXII.