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mercredi 11 juin 2025

Les enquêtes d'Hercule Poirot - Agatha Christie.



On ne le répètera jamais assez : Hercule Poirot est le plus grand détective de tous les temps.

Quel mystère pourrait le dérouter ? Disparition de bijoux inestimables, suicide suspect, espions retors, meurtre crapuleux, escroquerie du haut vol ou sombre affaire d'héritage, rien ne lui résiste. Mais surtout, pas d'acrobaties à quatre pattes dans l'herbe, une loupe à la main. Pas de dissertation sur un mégot taché de rouge à lèvres. Non, Hercule Poirot laisse ces divertissements aux besogneux de Scotland Yard.

Il se contente de s'installer dans un fauteuil et de laisser fonctionner ses illustres petites cellules grises.




Je débute le Ice Cream Summer Challenge avec un recueil de nouvelles d’Hercule Poirot, parce que je ne peux pas envisager un challenge littéraire sans policier mais aussi parce que j’ai pris l’habitude de lire un livre d’Agatha Christie en été.



Les Enquêtes d’Hercule Poirot est donc un recueil de 14 nouvelles :





L’énigme de « l’Etoile de l’Occident » : Poirot reçoit la visite d’une célèbre actrice qui lui explique avoir reçu trois lettres de menace au sujet d’un diamant dont elle est propriétaire : l’étoile de l’Ouest. Hastings, l’ami de Poirot, reçoit quant à lui la visite d’une autre dame possédant un diamant, l’étoile de l’Est, qui aurait elle-aussi reçu des lettres de menace concernant son diamant. Si les deux pierres ne sont pas restituées, elles seront volées.



Tragédie à Marsdon Manor : Poirot est amené à enquêter sur une affaire de meurtre. Pourtant, tout porte à croire que le riche Maltravers est mort dune simple hémorragie interne. Sûrement le fait qu’il ait contracté une police d’assurance maladie d’un montant de 50 000 livres n’a rien à voir…



Un appartement trop bon marché : où l’on apprend que même un détective peut s’intéresser à une affaire concernant un appartement dont le loyer est curieusement bien bas. En se penchant sur l’affaire, Poirot découvre une vérité bien plus sombre… Il se pourrait bien que des histoires d’espion et de mafia se cachent derrière tout ça !



Le mystère de Hunter’s Lodge : Poirot est grippé et cloué au lit… mais n’allez pas croire que cela l’empêchera de mettre de la lumière sur une sombre affaire de meurtre. Envoyant son ami Hastings et l’inspecteur Japp sur place, Poirot prouvera que même la maladie ne saurait avoir raison de ses cellules grises et qu’il est tout à fait capable de résoudre un meurtre depuis sa chambre.



Un million de dollars en bons volatilisés : Des bons de valeur ont disparu de la banque Bentley et Son. Les soupçons se portent vite sur des employés et des clients influents. À Hercule Poirot de les innocenter sur cette affaire bien énigmatique.



La malédiction du tombeau égyptien : Plusieurs membres d’une expédition archéologique en Égypte sont retrouvés morts de façon bien mystérieuse après avoir découvert la sépulture d’un pharaon. Nouveau mystère à la Toutankhamon ou meurtrier se servant des superstitions pour commettre ses méfaits ? Poirot et Hastings se rendent en Égypte pour découvrir la vérité.



Vol de bijoux à l’Hôtel Métropole : Ciel, mes bijoux ! Mme Opalsen est dans tous ses états, on lui a volé ses bijoux ! La bonne et la femme de chambre de Madame s’accusent. Lorsque les bijoux sont retrouvés dans le lit de la bonne, Japp croit l’affaire classée, mais Poirot n’est pas de cet avis.



L’enlèvement du Premier Ministre : Poirot doit enquêter sur la mystérieuse disparition du premier ministre britannique, enlevé juste avant une conférence internationale de grande importance, en France. Qui a kidnappé le premier ministre et dans quel but ?



Une étrange disparition : Un banquier et célèbre homme d’affaire a disparu, et son coffre-fort forcé et son contenu (de l’argent et des bijoux) envolés. Son collègue est vite soupçonné, d’autant plus qu’ils n’étaient pas en termes très chaleureux. Poirot, en revanche, porte ses soupçons ailleurs…



Un dîner peu ordinaire : Hercule Poirot et Hastings reçoivent la visite d'un de leurs amis et voisin proche, le docteur Hawker. Alors qu’ils discutent de cas d'empoisonnements criminels, la femme de chambre de Hawker surgit, affolée, affirmant avoir reçu par téléphone l'appel à l'aide d'un homme disant avoir été « tué ». Lorsqu’ils se rendent sur place, il est déjà trop tard. Seuls indices, les restes d’un dîner et une statuette ensanglantée…



L’affaire du testament disparu : Violet Marsh a hérité un petit manoir de son vieil oncle. Celui-ci, doutant des capacités intellectuelles de sa nièce et regrettant qu’elle ait choisi les études à une vie de femme au foyer, a rédigé un testament selon lequel elle avait un an pour trouver le second testament soigneusement caché dans la maison, faute de quoi l'ensemble de l'héritage sera attribué à des œuvres caritatives. En dépit de ses efforts, Violet ne trouve rien et vient solliciter l’aide de Poirot…



La boîte de chocolats : à la demande de son ami Hastings, Poirot révèle une enquête dans laquelle il a échoué, tout ceci à cause d’une boîte de chocolats et une mort suspecte d’un adversaire farouche du catholicisme, alors que Poirot était enquêteur dans la police…



La mine perdue : Le directeur de la banque de Londres doit acheter une carte d'une mine d'argent en Birmanie mais le porteur, un homme d'affaires chinois, a disparu. Il engage donc Poirot pour retrouver le Chinois et la carte…



La femme voilée : Poirot reçoit la visite d’une femme voilée, fiancée du duc de Southshire, dont une lettre écrite pendant la guerre est tombée dans de mauvaises mains… celles d’un maître chanteur qui lui réclame une somme importante en échange de la lettre, somme que la dame ne peut se permettre de payer. Le temps jouant contre elle, elle se tourne vers le détective en désespoir de cause.




Un petit recueil bien sympathique ! Il y a pas mal de références et clins d’œil à Sherlock Holmes (Poirot qui se plaint, comme Holmes, du manque de cas criminels, le mot qui fait référence à un échec du détective, un personnage du nom de Violet, une affaire en rapport avec le premier ministre, etc), ce que l’amatrice holmesienne en moi a beaucoup apprécié.



C’est un recueil dans lequel le personnage d’Hercule Poirot s’affirme, où l’on découvre plus de détails sur ce personnage, notamment son aversion des voyages, lui qui aime tellement son petit confort, sa maniaquerie (qu’on pourrait aussi appeler « toc » car Poirot aime quand tout est symétrique et rangera des objets selon sa taille ou sa forme), le fait aussi qu’il se nomme parfois « Papa Poirot ». On découvre davantage de facettes de ce personnage, autant l’homme que le détective, ce que j’ai beaucoup apprécié.



Poirot et Hastings (source)

Je ne peux malheureusement pas en dire autant de son ami, le capitaine Hastings, qui n’a guère l’occasion de briller dans ces nouvelles. Ce garçon n’est pas bien brillant, et il peut être parfois franchement désagréable avec Poirot, à manquer de patience avec lui et à prendre la mouche pour rien. À se demander pourquoi Poirot continue d’apprécier sa compagnie et de l’amener dans ses enquêtes. Pourtant, je voudrais bien aimer ce brave Hastings, il a souvent un bon fond, quand son sale caractère ne prend pas le dessus. Il peut être un ami sympathique et il ne se laisse pas faire, mais ce n’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir… Bien-sûr, il faut un Watson à qui le détective doit expliquer les tenants et aboutissants de l’enquête et sa résolution, mais enfin, même Watson avait ses moments d’éclat et d’utilité. J’aurais voulu qu’Hastings brille un peu, pas une lumière en lui-même mais un conducteur de lumière, voire qu’il se rende utile au moins une fois.



Pour parler des nouvelles, celles-ci sont d’intérêt inégal. J’en connaissais déjà quelques-unes pour les avoir déjà lu dans de précédents recueils mais je les ai redécouvertes avec plaisir. Certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir mémorable, mais d’autres ont été un pur régal de lecture. Je pense notamment à La malédiction du tombeau égyptien qui nous emmène en Égypte et qui n’est pas sans rappeler la malédiction de Toutankhamon, mais aussi l’affaire du premier ministre disparu, celui du testament caché, La boîte de chocolats ou encore Un dîner peu ordinaire. J’ai beaucoup aimé certains retournements de situation (l’accusé idéal qui est en fait innocent, parfois c’est même le client de Poirot le vrai coupable, on a même la présence de la mafia et du premier ministre, rien que ça !). Les enquêtes sont diversifiées, certaines sont résolues grâce à des déguisements, des tours de passe-passe, mais d’autres sont plus complexes et auraient mérité d’être un roman plutôt qu’une nouvelle !



Encore une réussite donc pour Lady Agatha Christie, je retrouve toujours son petit détective belge avec grand plaisir. Si certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir bien marquant et seront vite oubliées, je relirai d’autres avec plaisir !


— Pardonnez ma franchise, mais étant donné le gâchis que vous avez fait, ne croyez-vous pas qu'il serait plus délicat de notre part de quitter les lieux ? 

— Et que devient le dîner ? Cet excellent dîner préparé par le chef de lord Yardly ?

— Bah ! quelle importance ! m'exclamai-je, impatient.

Poirot eut un geste horrifié. On eût dit un Français, alors qu'il n'est après tout que Belge.

— Seigneur ! Dans ce pays vous traitez vraiment la gastronomie avec une indifférence criminelle.

jeudi 9 mars 2023

Cinq petits cochons - Agatha Christie.


Cinq témoignages accablants ont fait condamner à la détention perpétuelle Caroline, la femme d'Amyas Crale, peintre renommé, mort empoisonné. 

Seize ans après, Hercule Poirot, le détective belge qu'Agatha Christie a rendu célèbre, prend l'affaire en main. Ne s'arrêtant pas aux évidences, tirant parti du moindre indice, il fait éclater une vérité à laquelle personne ne s'attendait.




Une jeune femme nommée Carla Lemarchant mandate Hercule Poirot pour une affaire délicate. En effet, elle souhaite innocenter sa mère, Caroline, du meurtre de son père, Amyas Crale, célèbre peintre, retrouvé mort empoisonné. Il ne s’agit pas d’une mince affaire, le crime ayant eu lieu seize ans auparavant, d’autant plus que les preuves discriminant son épouse étaient irréfutables et que Caroline Crale n’a pas cherché à se défendre lors de son procès. Pourtant, Caroline a laissé à sa fille une lettre dans laquelle elle assure son innocence. Carla est décidée à découvrir la vérité sur la mort de son père et à innocenter sa pauvre mère, morte en prison. Une enquête bien particulière mais Hercule Poirot accepte de relever le défi et s’en va à la recherche des principaux suspects : Philip et Meredith, les frères du défunt ; Angela Warren, sœur de l’accusée ; Cecilia Williams, l’ancienne nourrice de Carla ; et enfin Elsa Greer, l’ancienne jeune et jolie maîtresse d’Amyas



Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une mince affaire. Juges, enquêteurs et avocats s’étant chargés de l’affaire sont unanimes. C’est l’épouse la coupable. Du côté des témoins, c’est le même son de cloche. Seule Angela clame l’innocence de l’accusée. Pour les autres, il s’agit soit d’une femme désagréable et calculatrice qui a prémédité avec sang froid le meurtre de son mari, soit d’une épouse bafouée et trompée que l’on a poussé à bout jusqu’à commettre l’impensable. Car tout n’était pas tout rose au foyer des Crale. Amyas jouissait d’une certaine renommée et était un homme à femmes, il a même poussé le vice jusqu’à faire cohabiter sa maîtresse avec son épouse en vue de peindre son portrait, tandis que la jeune Elsa répétait à qui voulait l’entendre qu’elle ferait divorcer le couple pour épouser le peintre. Or, Caroline l’a affirmé, elle préfère savoir son mari mort que de le laisser à cette opportuniste.



La particularité de ce roman est qu’Agatha Christie confronte son détective belge à un meurtre qui a été commis… seize ans auparavant. Les preuves ont disparu, les lieux ont changé, les relations ont évolué, les souvenirs ne sont plus aussi vifs dans les esprits des témoins. Des éléments ont pu être oubliés ou embrouillés, ce qui rend l’enquête plus compliquée pour Hercule Poirot. Un concept donc très intéressant que j’ai pris plaisir à découvrir dans ce roman. Les preuves matérielles ayant disparu, Hercule Poirot se base donc sur les témoignages des différents témoins… et on ne s’en étonnera guère, puisque Dame Agatha excelle dans la psychologie des personnages et des relations et que, comme ne cesse de le répéter Poirot, son exercice ne consiste pas à chercher des traces de pas ou de la cendre de cigarette mais plutôt à faire fonctionner ses petites cellules grises en travaillant sur les témoignages des témoins qui, s’ils se ressemblent, apportent chacun des éléments différents (car ils ont été vécu différemment) mais aussi et surtout un différent portrait du couple, et en particulier Caroline. Ainsi, il peut leur arriver de laisser leurs sentiments envers elle interférer avec leurs interprétations de certains scènes.



J’ai trouvé l’enquête très bien menée, Hercule Poirot use et abuse de ses relations pour pouvoir approcher les personnages clés de l’enquête, personnages avec une personnalité bien à eux ! J’avoue avoir beaucoup apprécié Cecilia Williams, excellente pédagogue et spécialiste dans la psychologie des enfants mais qui porte un regard qui est loin d’être tendre envers le sexe masculin (en même temps, peut-on la blâmer, surtout avec les événements décrits dans le roman ?). Le mystère plane jusqu’à la fin, et même si l’on porte des doutes sur tel ou tel personnage, la résolution finit par surprendre son lecteur tant l’auteure sait comment jouer avec nous pour nous faire dévier sur de fausses pistes. Je trouve juste dommage que [spoiler] la coupable s’en sorte et que Poirot la laisse partir, sans être punie de la même façon que Caroline l’a injustement été [/spoiler]



Encore un bon roman policier de la reine du crime. Elle sait toujours nous offrir des enquêtes intéressantes tout en gardant le suspense jusqu’au bout, mais c’est également la modernité et même la légèreté qu’on retrouve dans sa plume de l’auteure qui me font revenir vers elle pour découvrir ses autres romans. Elle écrit avec beaucoup de fluidité, d’humour et d’ingéniosité.  


- Les hommes ! ... lâcha-t-elle sans aller plus loin.

Comme un riche propriétaire terrien prononcerait "les bolcheviks", un communiste fervent "les capitalistes", une bonne maîtresse de maison "les cafards" - voilà comment miss Williams avait dit "les hommes !".

Toutes ses fibres de vieille fille et de gouvernante vibraient d'un féminisme virulent. A l'entendre, nul n'aurait douté que pour miss Williams, la gent masculine était l'Ennemi avec un grand E.

- Vous ne portez pas les hommes dans votre cœur, observa Poirot.

- En ce bas monde, les hommes se taillent la part du lion, répondit-elle sèchement. J'espère que ça changera un jour ! 

mercredi 27 juillet 2022

Les vacances d'Hercule Poirot - Agatha Christie.



Hercule Poirot aimerait bien passer des vacances tranquilles. Une petite île, un hôtel agréable, une cuisine soignée, des pensionnaires charmants. 

Tout irait pour le mieux si, au milieu des estivants, ne tournait Arlena Marshall, une de ces femmes fatales qui font perdre la tête aux hommes. 

Mais était-ce une raison pour l'étrangler ?





Un détective, ça travaille toujours, même en vacances !



Je venais à peine de revenir de mes petites vacances qu’Hercule Poirot commençait les siennes… mais s’agit-il vraiment de vacances quand le crime veille toujours ? Alors qu’il se reposait au bord de mer dans une petite île tranquille et sans histoire, voilà que la ravissante Arlena Marshall débarque, faisant tourner la tête de bien des hommes et bouillir de jalousie les femmes. Patrick Redfern se transforme en toutou prêt à courir vers sa maîtresse sitôt Arlena l’appelle ou lui adresse un regard, un sourire… ce qui n’est pas au goût de Christine, sa femme. Linda ne peut souffrir sa nouvelle belle-mère et se demande pourquoi diable son père l’a épousé, lui qui semble bien être le seul homme à qui Arlena ne rend pas fou d’amour, une question que partage Rosamund, l’amie d’enfance de l’époux, Mr Marshall. Sans compter le couple Gardener et les autres vacanciers…



Le crime, s’il paraît simple de prime abord, se révèle progressivement être d’une ingéniosité diabolique, nous montrant que le meurtrier a pensé à tout [spoiler] le coup de la montre, le faux cadavre, le livre sur le vaudou, etc [/spoiler] ! L’identité de ce dernier se révèle à la fois comme une évidence mais également comme une surprise à laquelle on ne s’attendait pas !



La victime est désignée d’avance. Une aussi jolie femme, et riche de surcroît, ne peut qu’attirer les envies et les jalousies… surtout quand elle ne semble avoir aucun scrupule à attirer les hommes, fussent-ils mariés. Le crime est précédé par une délicieuse atmosphère qui signale le calme avant la tempête… un vrai orage d’été ! Une tension palpable, un malaise, des jalousies… un coupable bien difficile à cerner, car si Arlena avait de nombreux admirateurs, elle s’est faite beaucoup d’ennemis… Christine, dont le mari voyait en secret sa nouvelle maîtresse. Linda, qui ne supporte pas sa belle-mère. Rosamund, qui aime Mr Marshall et à qui ce dernier a révélé qu’il refusait le divorce et que seul la mort lui permettrait une séparation avec Arlena… et ce fameux maître chanteur dont Arlena serait victime, selon les dires de Christine.



C’est toujours un plaisir de retrouver Hercule Poirot, détective belge (et non Français, je vous prie ! comme il pourrait s’insurger), à la fois insupportable par son orgueil et attendrissant par son humanité, drôle dans ses remarques et toujours terriblement intelligent et efficace. Tout d’abord, il observe et suit l'enquête sans trop s'avancer à donner des réponses, laissant la police de Scotland Yard se charger de l’affaire. Progressivement, il devine l’identité du coupable et comment s’est déroulé le crime, sans pour autant révéler quoique ce soit, car Hercule Poirot aime la mise en scène et il ne révèle la vérité que devant un public, rassemblant avec eux les pièces du puzzle qu’il a réussi à achever grâce à ses cellules grises.



Comme dans la plupart des romans d’Agatha Christie, je déplore le fait qu’elle réunisse encore une fois de nombreux personnages introduits en si peu de temps, si bien qu’on s’y perd, surtout au début alors qu’on doit être accroché à l’histoire… Ce n’est qu’au fil des chapitres qu’on parvient un peu mieux à différencier qui est qui… même si certains personnages auront été chez moi moins mémorables que d’autres. Toutefois, j’ai trouvé intéressant cette sorte de réflexion sur le personnage de la femme fatale, ce qu’elle est, ce qu’elle fait, pourquoi, et si Arlena manipulait tous les hommes ou si elle n’était pas aussi un peu manipulée elle-aussi…



Ce roman ne me laissera pas un souvenir mémorable, mais la formule fonctionne toujours chez moi et j’ai passé un agréable moment avec Hercule Poirot. C’est une lecture légère et plaisante, idéale pour les vacances d’été, surtout avec le cadre du roman !


- Je le vois très bien, mon enfant, et je suis d'accord avec vous. Mrs Redfern n'est pas quelqu'un qui "voit rouge" comme on dit. Ce n'est pas elle qui se laisserait...
Et, la tête en arrière, les yeux mi-clos, il [Poirot] porsuivit en choisissant ses mots avec soin :
- Ce n'est pas elle qui se laisserait emporter par des sentiments violents... Pas elle qui regarderait avec des yeux de haine le visage haï de celle qui lui prend plus que la vie... Pas elle qui s'appesantirait sur ce cou détestable... Qui souhaiterait renfermer les mains dessus... Et puis les serrer, les serrer... Jusqu'à les sentir enfin s'enfoncer dans la chair...
Il s'interrompit net.
Linda se leva en chancelant.
- C'est fini ? Je peux m'en aller ? bredouilla-t-elle d'une voix tremblante.

lundi 7 mars 2022

La mort dans les nuages - Agatha Christie.



Dans un avion en plein vol, Mme Giselle est assassinée, apparemment à l'aide d'une fléchette empoisonnée lancée depuis une sarbacane sud-américaine. C'est un coup très difficile pour le tueur, car tous les passagers pouvaient le voir, y compris Hercule Poirot, qui était présent à quelques mètres de la victime. Et pourtant, l'assassin a réussi. Cependant, son aplomb et sa ruse ne feront pas le poids face aux qualités de déduction du détective belge…




Dans mon cœur, le roi des détectives est sans conteste Sherlock Holmes mais j’ai une tendresse toute particulière pour Agatha Christie et son petit détective belge que j’ai pris plaisir à retrouver dans cette aventure.


La mort dans les nuages nous présente un meurtre en huis-clos. Après les meurtres sur un bateau (Mort sur le Nil) ou dans un train (Le Train Bleu, Le crime de l’Orient-Express), le délit se déroule ici dans un avion avec les originalités qui suivent : l’arme du crime qui se présente comme une flèche empoisonnée avec sa sarbacane, et la présence d’Hercule Poirot au moment où le meurtre se déroule. Bien qu’ayant le mal de l’air et ayant passé le vol à dormir, Poirot devient suspect de l’affaire malgré lui. Un affront pour le détective belge. Le voilà suspect et on assassine sous son nez ! C’en est trop, et voici que ses fameuses petites cellules grises se mettent au travail pour dénicher le ou la coupable, aidé de Jane Grey, une jeune coiffeuse qui était également présente lors du vol.


Bien-sûr, les passagers interrogés disent ignorer tout de la victime et ne pas être impliqués dans l’affaire, et nous avons une belle brochette de suspects : une riche héritière et sa rivale, un dentiste, une coiffeuse, un docteur, un auteur de roman policier, deux archéologues français… ainsi qu’une guêpe ! Bien-sûr, au fil des chapitres, on finira par apprendre que la plupart de ces personnes étaient liées à la victime puisque cette dernière prêtait de l’argent en cas de difficultés… et n’oubliait jamais de réclamer son remboursement que certains peinaient parfois à faire, faute de moyen. Ainsi, ils trouvent bien leur intérêt à la mort soudaine de cette vieille dame. Fidèle à elle-même, la reine du crime ne manque jamais de faire dévoiler à ses personnages leurs petits problèmes familiaux ou conjugaux… et n’a pas su résister à l’envie de nous taquiner un peu, pauvres Français, ainsi que des auteurs de policier (l’occasion de faire un peu de satyre ?), et de parler de ces gens étranges mais fascinants que sont les archéologues (on sent que Madame Christie devait avoir épousé son archéologue de mari à cette époque).


Une fois de plus, Dame Agatha sait très bien jouer sur la psychologies de ses personnages et nous offrir une affaire intéressante dans laquelle on est bluffé par la véritable identité du meurtrier ainsi que son motif… Il y a bien des rebondissements dans cette affaire qui oscille entre la France et l’Angleterre, ainsi qu’une touche humoristique si propre à l’auteure, à travers ses petites taquineries, les répliques de l’inspecteur Japp côté anglais et l’inspecteur Fournier côté français, ou certains personnages drôles malgré eux (j’imagine encore l’un des inspecteurs s’entraîner avec la sarbacane devant les yeux surpris sinon effrayés des spectateurs)… mais tout de même, Hercule Poirot a un peu la fâcheuse manie de se faire entremetteur dans ses enquêtes !


Encore une fois, j’ai passé un très bon moment avec Hercule Poirot et Agatha Christie, il ne fait pas partie de mes préférés mais comme d’habitude, la formule fonctionne et l’histoire se lit avec beaucoup de plaisir, et on en redemande !


- Vous croyez vraiment que les Français sont les coupables ?

- Franchement, non. A mon avis, les archéologues sont de pauvres bougres. Tout le temps à creuser et à tenir des propos sans queue ni tête au sujet de ce qui est arrivé il y a mille ans... D'où le sauraient-ils, je vous le demande un peu ! Qui va les contredire ? S'ils affirment qu'un foutou collier de perles est vieux de cinq mille trois cent vingt-deux ans, qui va les contredire ? Ce sont peut-être des menteurs - bien qu'ils aient l'air de croire eux-mêmes à ce qu'ils disent - mais ils sont inoffensifs. J'ai eu un vieux ici, l'autre jour, à qui on avait fauché un scarabée. Il était dans un état ! Un brave type, mais aussi désarmé qu'un nourrisson. Non, entre nous, je ne crois pas un instant à la culpabilité de cette paire d'archéologues français.

- A celle de qui, alors ?

- Eh bien, il y a Clancy, évidemment. Il est bizarre. Il se balade en parlant tout seul. Quelque chose le travaille, ça c'est sûr.

- L'intrigue de son nouveau roman, peut-être ?


samedi 5 décembre 2020

Christmas Pudding - Agatha Christie.


Un soir de Noël, un rubis – gros comme un bouchon de carafe – est dérobé à un prince oriental…


Noël, la douceur des retrouvailles familiales et les délicieux souvenirs de l’enfance ! Cela peut aussi être le moment idéal pour régler ses comptes et commettre un crime… Seulement, même à Noël, rien ni personne ne peut mettre au repos les petites cellules grises d’Hercule Poirot.



Cqu’il y a de bien avec les livres d’Agatha Christie, c’est qu’on a la promesse de passer un agréable moment. C’est une auteure que je retrouve avec plaisir car, même si je vais davantage me passionner pour certaines enquêtes et moins d’autres, ce sera un agréable moment de lecture. Cela faisait un moment que je ne m’étais plus replongée dans un de ses livres et retrouver son célèbre détective belge.


À l'approche de Noël, Hercule Poirot reçoit de la visite, et pas n’importe laquelle ! Celle d’un jeune prince héritier d’un royaume oriental, accompagné d’un agent de Sa Majesté, et il est bien embêté : alors qu’il était en charmante compagnie un soir, il prête à la dame un précieux rubis pour magnifier sa tenue. Seulement, la dame a disparu avec ce rubis… Le prince devant se marier prochainement et la pierre précieuse étant promise à la future épouse, ce larcin est particulièrement embarrassant ! Si l’affaire intéresse Poirot, le cadre de son enquête l’attire moins car, pour retrouver la pierre et éviter un scandale international, le détective doit braver son aversion pour le froid et l’inconfort de la campagne anglaise pour s’intégrer au sein d’une famille aisée et prétendre souhaiter découvrir le Noël anglais traditionnel…


Christmas Pudding est davantage un prétexte pour nous faire découvrir le Noël anglais traditionnel, avec un semblant d’enquête dans le fond. Il s’agit d’une nouvelle de moins de cent pages, cela ne laisse que peu de temps pour voir une bonne enquête évoluer. Toutefois, j’ai beaucoup apprécié cette lecture ainsi que ses rebondissements ! À noter aussi que, Hercule Poirot étant Belge, l’auteure a pris en compte la vision d’un étranger et confronte les points de vue, ce que j’ai trouvé intéressant !


Cette nouvelle nous met parfaitement dans l’ambiance d’un Noël traditionnel anglais avec l’arbre de Noël, les bas pleins de friandises, la branche de gui, la soupe aux huîtres, les anciens desserts comme les pommes au sirop, les fruits sec ou conflits, sans oublier la « star » de cette nouvelle, à savoir le plum-pudding, ce célèbre dessert anglais dans lequel on y ajoute, selon la traditions, diverses babioles comme une bague (annonçant un mariage) ou un bouton (annonçant un célibat), et bien-sûr un Noël blanc dans un manoir anglais, de quoi nous mettre dans l’ambiance ! C’est dans ce cadre enchanteur qu’Hercule Poirot va démasquer le coupable du vol du rubis, tout en profitant d’un Noël à l’ancienne… sans se douter que de jeunes gens, aussi invités pour les fêtes, veulent mettre en déroute le célèbre détective en lui faisant une farce, à travers un faux meurtre.


Je me suis amusée des réactions de Poirot, qui aurait bien préféré passer cette période de fêtes tranquillement chez lui, dans son petit appartement bien chauffé, et non dans une de ces vieilles demeures anglaises dans la campagne dont il craint le froid. Je me suis également amusée à voir ces jeunes gens essayer de faire une farce à Poirot et la réponse de ce dernier ! On se perd facilement dans ce cadre d’un Noël anglais et des scènes entre les différents invités, en se demandant tout de même comment Poirot va mener l’enquête et découvrir le voleur de rubis. Bien-sûr, le détective reste fidèle à lui-même et démasque le voleur de manière théâtrale. Tout s’enchaîne assez rapidement, mais avec logique et déduction. 


À noter que ce livre est un recueil comprenant six nouvelles, je n'ai toutefois pas lu les suivantes et j'ai préféré me consacrer à la lecture de la toute première. Non pas parce que les autres histoires manquaient d'intérêt, mais plutôt parce que mon objectif était de lire les histoires d'Agatha Christie en rapport avec Noël uniquement, à savoir cette nouvelle et Le Noël d'Hercule Poirot à l'occasion du Cold Winter Challenge. Je n'exclue donc pas la possibilité de lire les autres nouvelles prochainement !


- Ah ! mais en Angleterre, Noël est une véritable institution, et je puis vous assurer qu'à Kings Lacey vous la verriez dans toute sa splendeur. C'est une vieille maison merveilleuse, vous savez. Pensez donc, l'une des ailes remonte au XIVe siècle !

Nouveau frisson de Poirot. L'idée même d'un manoir anglais du XIVe l'emplissait d'appréhension. Il avait trop souvent souffert dans les grandes demeures rurales historiques d'Angleterre. Il jeta avec satisfaction un regard circulaire sur son confortable appartement moderne, avec ses radiateurs et ses tout derniers équipements anti-courant d'air.

Le Noël d'Hercule Poirot - Agatha Christie.


Pour la première fois depuis vingt ans, le vieux Siméon Lee a décidé de réunir tous ses enfants pour les fêtes de fin d'année.

Le 24 décembre, on le trouve sauvagement assassiné dans sa chambre. Tout le monde, évidemment, détestait ce vieillard cynique : Alfred et sa femme pour la tyrannie qu'il exerçait sur leur couple, David pour les humiliations dont il a abreuvé sa mère, George pour la rente - trop parcimonieuse à son goût - qu'il lui sert, Harry, le fils prodigue, pour le mépris dans lequel il le tient. Et puis il y a ce mystérieux M. Farr qui vient d'Afrique du Sud. Et la jeune Pilar, la petite-fille espagnole, n'a-t-elle pas déclaré froidement que, si elle avait un ennemi, elle n'hésiterait pas à lui trancher la gorge ? 

Vraiment le vieux Siméon n'aurait pas dû faire part devant tout le monde de son intention de modifier son testament, il n'aurait pas dû faire cette scène détestable à ses enfants réunis, il n'aurait peut-être pas dû faire devant Pilar étalage de ses diamants...


Cela faisait un bon moment déjà, depuis ma dernière lecture d'un roman d'Agatha Christie. Le Cold Winter Challenge se présente justement comme un moyen de retrouver cette auteure avec grand plaisir avec deux titres qui nous mettent dans l'ambiance de Noël, à savoir Christmas Pudding et Le Noël d'Hercule Poirot !


Siméon Lee, un vieux notaire veuf, décide de réunir toute sa famille à l’occasion de Noël. Derrière ce geste désintéressé se cache toutefois quelque chose de plus pervers… En effet, sadique et rongé par l’ennui, le vieux Siméon décide de se jouer de ses enfants, en affichant sa préférence pour certains d’entre eux et s’amuser de leurs réactions alors que cette grande réunion familiale ravive des tensions au sein de la fratrie. Cerise sur le gâteau, il annonce son intention de changer son testament devant toute la famille avant d’insulter copieusement ses fils un à un ainsi que sa défunte épouse… La goutte d’eau qui aura fait déborder le vase puisque, le soir de cette annonce, Siméon est retrouvé assassiné. Comment désigner le coupable quand tout le monde détestait ce vieil homme ? Hercule Poirot, accompagné du colonel Johnson et son surintendant Sugden, vont tenter de résoudre cette énigme...


Le Noël d’Hercule Poirot est plus dramatique que Christmas Pudding. Là où Christmas Pudding était une nouvelle tout en légèreté, nous avons affaire ici à un roman et Agatha Christie a pu prendre le temps de mettre en place son enquête et le contexte. Le roman se déroule sous plusieurs jours : du 22 décembre au 28 décembre, avec le meurtre prenant place ni plus ni moins que la veille de noël !


L’auteure prend d’abord le temps de nous présenter les personnages un à un : les invités puis les fils du vieux Siméon Lee avec leurs femmes respectives, qui ont tous reçu une invitation à passer Noël chez lui dans la demeure familiale. Les personnages se font des confidences, ce qui nous permet de découvrir leur passé et leurs rapports avec le vieux Siméon. On découvre bien vite que chacun a ses propres griefs avec le chef de famille. Lydia déplore que son mari, Alfred Lee, le fils docile et obéissant, continue de subir sans broncher la tyrannie de son père sur lui et son couple. George Lee et sa femme doivent compter sans cesse leurs sous, à cause de la rente parcimonieuse que le vieux Lee leur donne. David Lee, ayant toujours été proche de sa mère décédée, confie à son épouse combien son père a rendu sa pauvre mère malheureuse, si bien qu’elle en serait morte de chagrin. Quant à Harry Lee, n’a-t-il pas fuit la maison avec une belle somme d’argent, après avoir imité la signature du père sur un chèque ? Sans oublier Pilar, le seul enfant de Jennifer, la fille décédée de Siméon, qui fait tout pour se faire aimer de son grand-père et s’attirer ses faveurs.


Mrs Christie nous plante ensuite le décor, un vieux manoir anglais austère ; l’atmosphère avec les tensions entre les personnages et l’animosité qu’ils ont envers Siméon, et ce dernier qui s’amuse à semer les graines de la discorde ; puis le meurtre, mystérieux et énigmatique, où chaque personnage fait, ou presque, le suspect idéal ; l’arrivée d’Hercule Poirot ; l’interrogation des suspects ; les réflexions d’Hercule Poirot, ses autres rencontres avec les Lee, puis le coup de théâtre final. On peut déplorer certaines lenteurs, notamment lorsque l'auteure prend le temps de nous présenter chaque personnage et lorsque les enquêteurs interrogent les habitants du manoir un à un. Toutefois, chacun relate sa propre version des faits, ce qui peut varier d’un personnage à un autre, leur possible alibi, les détails qu’ils choisissent ou oublient de formuler.


La reine du crime nous offre un huis-clos dans une vieille demeure gigantesque et luxueuse pendant la période de Noël, une recette qui fonctionne, d’autant plus qu’il s’agit d’une période propice aux réunions de famille… et souvent les tensions et conflits qui vont avec… notamment avec le retour du fils prodigue, que l’on croyait mort et dont la fuite il y a des années n’a pas plu à tout le monde, l’arrivée de deux invités inconnus des enfants Lee, et un père comme Siméon Lee, joueur, rancunier et cynique qui profite des retrouvailles familiales pour Noël pour humilier ses enfants une fois de plus, la poudre ne tarde pas à exploser !


Agatha Christie, comme à son habitude, sème des indices au fil des pages, que nous tentons de comprendre et de restituer, elle nous mène également vers une piste et puis une autre, en détruit une, nous mène vers une fausse piste pour nous surprendre. On s’interroge – qui a tué le vieux Siméon, comment, pour quel motif. Le mystère plane puisque la pièce est barrée de l'intérieur et que personne n’a pu en sortir, même pas par la fenêtre… On ne peut pas compter sur Poirot pour espérer comprendre, car le détective aime s’exprimer de façon mystérieuse, rester vague et ne laisser échapper aucun indice, gardant tout jalousement jusqu’à l’annonce de la vérité qu’il fait de façon théâtrale. Je dois avouer que, si j’avais deviné un rebondissement, l’identité du coupable fut une vraie surprise, je ne l’avais pas vu venir !


Ainsi, les rebondissements ne manquent pas, et certaines phrases prononcées innocemment annoncent ces rebondissements et révélations surprenantes, ce qui nous montre bel et bien qu’aucune famille n’est parfaite, surtout celle des Lee, et que chaque famille a ses secrets, certains plus gros que d’autres. C’est un élément que j’ai beaucoup apprécié dans le roman. Loin de l’ambiance chaleureuse et familiale de Christmas Pudding, ici les faux-semblants, tensions, rancœurs et secrets de famille sont au centre du récit. Sans m’être particulièrement attachée à la plupart des personnages, j’ai pris plaisir à suivre cette famille où chaque révélation, chaque détail de leur vie est un plaisir à découvrir.


La recette a de nouveau pris chez moi, je me suis régalée à lire ce roman policier, ainsi que les surprises et révélations à la pelle, et revoir ce cher détective belge ! Je serais à présent curieuse de découvrir l'adaptation avec le célèbre David Suchet !


- (...) Il paraît que toute la famille se trouvait réunie dans la chambre de votre grand-père cet après-midi, et que... des paroles vives furent échangées.
Pilar sourit :
- Oui. C'était bien amusant. Grand-père les a tous mis en colère.
- Oh ! cela vous a amusée ? Pas possible ?
- Si, j'aime voir les gens se disputer. Mais ici, en Angleterre, on ne se met pas en colère, comme en Espagne. Là-bas, on tire son couteau, on jure, on crie. Ici, les hommes deviennent rouges et serrent les lèvres.
- Vous souvenez-vous de la conversation qui eut lieu chez Mr. Lee ?
- Pas très bien. Grand-père leur a dit qu'ils n'étaient bons à rien... qu'ils n'avaient pas d'enfants, que je valais mieux que n'importe lequel d'entre eux. Il m'aimait beaucoup, mon grand-père.
- A-t-il parlé d'argent et de testament ?"

dimanche 17 août 2014

La Maison du Péril - Agatha Christie.



Du même auteur :


La mystérieuse affaire de Styles.






Quatrième de couverture :

Un tableau qui se décroche à la tête d'un lit, un rocher qui dévale une falaise et s'écrase sur le sentier, les freins d'une voiture qui lâchent, une balle perdue... Qui en veut à la vie de Miss Buckley ? Hercule Poirot n'aura de cesse de démasquer le coupable...


Mon avis :

Après Meurtre en Mésopotamie, je croyais en avoir fini avec Hercule Poirot pour plusieurs mois au moins, avant de lire une autre de ses aventures, mais finalement, j'ai décidé de lire une de ses aventures, comme Hercule Poirot refusait de quitter ma tête... comme l'a dit le vampire aigri, un détective belge, c'est fourbe ! (et pas modeste en plus, surtout dans ce roman !)

La Maison du Péril est la huitième aventure d'Hercule Poirot, narrée cette fois-ci par son ami le capitaine Hastings, et je ne me lasse pas des aventures du petit détective belge à l’ego démesuré et à la drôle de moustache. Dans cette aventure, Poirot et Hastings sont en vacances à St Loo et le détective profite pleinement de sa retraite... jusqu'à ce que, après une discussion avec la charmante miss Buckley, il ne découvre une balle de revolver à ses pieds, et le chapeau oubliée de la jeune femme troué. Pas de doute, la jeune femme a failli être assassinée. Cette découverte est encore plus alarmante quand miss Buckley leur raconte qu'elle a déjà été, par trois fois, victime d'accidents qui ont failli s'avérer fâcheux pour elle. Simples accidents ou tentatives de meurtres? Hercule Poirot décide de s'intéresser de près à cette affaire et à la jeune Nick Buckley. Qui veut l'assassiner et pourquoi? Elle est orpheline, n'a pas de famille proche, elle ne possède qu'une vieille maison hypothéquée que l'on surnomme « La maison du péril » qu'elle partage avec trois amis: un antiquaire nommé Lazarus, son amie Freddie Rice, et le professeur Challenger qui a un faible pour la jeune Buckley. À priori, il n'existe aucun motif qui justifierait qu'on assassine Nick Buckley, cependant Hercule Poirot est prêt à s'investir à fond dans l'affaire afin d'avoir le fin mot de tout cela... et afin d'éviter que la cinquième tentative d'assassinat ne soit fatale à miss Buckley...



Hercule Poirot (David Suchet) et Arthur
Hastings (Hugh Fraser) d'après la série
Agatha Christie's Poirot.
Ce roman est une excellente surprise, je ne m'attendais pas à grand chose en l'ouvrant, une enquête intéressante certes mais sans plus... mais j'ai été agréablement surprise, et bluffée par la tournure des événements et le fin mot de l'affaire. L'affaire paraît simple au premier abord: une jeune femme victime de tentatives d'assassinat, mais qui paraissent pour être des accidents (un tableau au dessus du lit qui tombe, les freins de la voiture déréglés, un rocher qui tombe d'une falaise), même si à priori, il n'y a aucun motif permettant de justifier qu'on attente à la vie de la victime puisqu'elle n'est pas riche, n'a plus de famille proche, est célibataire, que la maison qu'elle habite est hypothéquée... aucune raison de provoquer la jalousie, l'envie ou un esprit de vengeance. Mais l'affaire va s'approfondir au fil des pages, de façon subtile (un certain personnage, à priori sans aucun lien avec l'affaire, qui est souvent mentionné, l'arme à feu et le testament de miss Buckley qui disparaissent soudainement, les voisins trop gentils pour être vrais), on attend que le responsable cherche une nouvelle fois à atteindre son but tandis que Poirot (et Hastings, même s'il fait surtout ici office de bel accessoire à transporter) interroge les voisins, les amis qui habitent la maison, le jardinier et sa famille afin d'en savoir plus et de trouver d'éventuels succès et un éventuel motif.

Tout se construit au fur et à mesure. Bien entendu, on ne devine pas le fin mot de l'affaire avant que Poirot ne le révèle de façon théâtrale [ bien que la séance de spiritisme... juste après l'annonce du testament de Nick Buckley, j'ai trouvé que ça tombait un peu comme un cheveu dans la soupe ! ], mais sincèrement, j'ai été bluffée ! Je m'attendais à tout sauf à cette conclusion ! [ même si, la victime qui est en fait la responsable, c'est un schéma que l'auteur a déjà repris dans ses romans, mais amené de cette façon, c'était ingénieux et bien trouvé ! Je me suis laissée berner jusqu'à la fin ]. J'ai été aussi surprise de voir l'inspecteur Japp, je ne m'attendais pas à le voir dans cette aventure mais je ne vais pas m'en plaindre, parce que je commence à me prendre d'affection pour ce personnage. Il apporte la touche divertissante du roman, au même titre que l'ego démesuré de Poirot (et ses chevilles enflent dans ce roman, quand il parle de lui ! Au moins, il ne risque pas de souffrir de manque d'amour propre !)

Toujours au niveau des personnages, je déplore qu'Hastings ne soit pas vraiment utile et qu'il se limite à son rôle de narrateur, à se demander pourquoi Poirot se le trimbale avec lui dans ses affaires, si ce n'est à cause de son amitié et son esprit romantique qui le diverti. Au moins, il ne s'est pas vraiment ridiculisé dans ce roman, au contraire ! Hastings a montré ici qu'il ne se laissait pas toujours faire quand Poirot le taquinait ou se plaignait de ses manières ou son esprit imagé et romantique, ses piques avec Poirot ont pimenté ce roman pour mon plus grand plaisir. Hastings a aussi eu son bref moment d'utilité en lançant quelques réflexions, et paroles d'apparence anodines, qui feront réfléchir Poirot. Ça m'a fait momentanément plaisir de le voir utile, pour une fois, même si, franchement, s'il faut attendre que ce brave garçon ait la fièvre pour avoir quelques éclairs de génie, soit disant parce que la montée de la température stimule l'intellect, autant me mettre à souhaiter que ce brave capitaine soit malade quand il enquête avec Poirot. Ce n'est pas qu'il soit débile, ce garçon, c'est juste, comme le dirait Poirot, quelqu'un d'honnête et droit dont l'esprit et les morales sortent tout droit de l'ère victorienne. Donc, un moment de respect pour ce brave garçon, parce que quelqu'un d'aussi droit et honnête qu'Hastings, ça ne se fait plus de nos jours ! En revanche, j'ai eu un CHOC d'apprendre l'impensable : Hastings a une moustache ! Un choc pour moi, puisque je l'imaginais avec la bouille imberbe et bien britannique d'Hugh Fraser ! Mais ce n'est qu'un détail...

Miss Buckley m'a également, moyennement plu, c'est une jeune femme charmante mais jeune et écervelée. Elle ne prend pas ces tentatives d'assassinat au sérieux au départ, et agacera plus d'une fois Poirot en prenant l'affaire à la légère. Néanmoins, ce choc des mentalités – celle de Poirot, et celle plus inconsciente de Buckley – est intéressant à voir ! Voir Poirot agacé et déconcerté par le comportement inconscient de la jeunesse, et s'apercevoir qu'il n'est pas connu des jeunes, et que, décidément, la jeunesse, ce n'est plus ce que c'était ! C'était amusant à voir. Il était aussi intéressant de noter quelques petites références à Sherlock Holmes (quand un personnage compare Hastings au docteur Watson, ou qu'une anecdote révèle qu'en 1893, Hercule Poirot a subi un échec cuisant lors d'une affaire qui impliquait une boîte de chocolat, et que dès que Poirot commençait à trop se vanter, Hastings devait le calmer avec les fameux mots « boîte au chocolat » … ce qui rappelle une certaine enquête de Sherlock Holmes et du fameux mot « Norbury »).

En résumé : un bon roman policier, l'affaire - à priori simple - se révèle intéressante, on avance en douceur mais sans lenteur. Hercule Poirot demeure incroyable et impayable, avec sa drôle de petite moustache, ses manières occidentales confrontées aux mœurs anglaises, son amour propre, ses étonnantes cellules grises. La conclusion de l'affaire est bluffante, et l'humour anglais délicieux, comme toujours !


Extrait :

- Dites-moi, Poirot, demandais-je néanmoins, n'êtes-vous jamais tenté de reprendre vos activités ? Cette vie oisive...
- ... me convient à merveille, mon bon ami. Se prélasser au soleil, connaissez-vous rien de plus agréable ? Descendre de son piédestal au comble de la gloire, est-il geste plus sublime ? Les foules disent de moi : "Cet homme, là, c'est Hercule Poirot ! ... Le grand..., l'unique ! ... Il n'y en avait jamais eu un comme lui, et il n'y en aura jamais plus !" Voilà qui me suffit. Je ne demande rien de plus. Je suis modeste.

Modeste n'était pas le mot que j'aurais employé. J'eus l'impression que la vanité de mon compagnon n'avait pas diminué avec les années, bien au contraire. Ronronnant presque d'autosatisfaction béate, il se renversa dans son fauteuil tout en caressant sa moustache.

1. L'hôtel Majestic.

dimanche 8 juin 2014

Meurtre en Mésopotamie - Agatha Christie.



Du même auteur :







Quatrième de couverture :

Amy Leatheran, une jeune infirmière, accepte de partir en Mésopotamie sur un chantier de fouilles afin de prendre soin de la femme de l'archéologue, en proie à de terribles angoisses nocturnes. Quand une série de meurtres inexpliqués se produit, la jeune femme est soulagée de voir apparaître Hercule Poirot qui visite justement le site...

Mon avis :

J'avais envie de me mettre un bon roman policier sous la dent, et si j'aspire à lire en ce moment des policiers plus modernes se rapprochant du thriller, c'était un roman d'Agatha Christie que je voulais lire. Sur les cinq livres d'elle qui me restait dans ma PAL, j'ai choisi ce titre parce que l'auteur nous familiarise un peu avec l'univers de l'archéologie mais aussi dans les déserts de Mésopotamie et que je l'étais dit qu'avec un peu de chance, cela amènerait le soleil dans ma région. Si le soleil se fait indécis, j'ai cependant beaucoup apprécié cette lecture, achevée en quelques jours. J'ai apprécié cette petite virée dans les pays chauds, leur exotisme, les petites coutumes...

Le contexte archéologique m'a également beaucoup plu. À ceux qui ne le savent pas, Mme Christie a épousé en secondes noces un archéologue qu'elle a parfois accompagné lors de ses voyages de fouilles, ce qui l'amena à situer le cadre de certains de ces romans dans les pays où son mari fit ses fouilles, généralement des pays chauds comme la Syrie. Mme Christie eut même cette citation amusante : « Faites comme moi, épousez un archéologues. C'est le seul homme qui vous regardera avec de plus en plus d'intérêt à mesure que passeront les années. » J'ai bien aimé qu'elle nous parle un peu de cet univers particulier et qu'elle a appris à connaître. La mise au jour d'objets, les rapports entre les divers membres de la fouille, le nettoyage des objets trouvés, le stockage des dits-objets... outre certaines pratiques qui horrifieraient n'importe quel archéologue actuel, les méthodes n'ont pas beaucoup changé. J'ai beaucoup aimé les réflexions de la narratrice alors qu'elle découvrait cet univers. Elle est infirmière, ce n'est pas son domaine, cela ne l'intéresse pas beaucoup et elle ne voit pas l'intérêt de s'intéresser au passé ou de fouiller pour découvrir des objets du passé ou des os. Elle ne s'extasie que lorsqu'on lui montre les bijoux ou objets précieux qui ont été retrouvés.


Hercule Poirot, joué par
David Suchet.
N'allez pourtant pas croire qu'Amy Leatheran est une jeune femme ennuyeuse ne s'intéressant qu'aux bijoux. Elle est infirmière, l'histoire ce n'est pas son truc, mais elle a de bonnes connaissances en médecine et sait très bien comment fonctionnent les relations humaines et comment une personne peut réagir face à une situation donnée, par exemple lorsqu'elle garde un secret. Elle est infirmière, elle en a vu passer des patients. Elle fut une narratrice plaisante à suivre, elle est vive, intelligente (loin de tout comprendre de l'affaire comme Hercule Poirot, mais comme je l'ai dit, elle sait comment fonctionnent les relations humaines et elle est vive, observatrice, elle remarque certains détails), amusante avec ses commentaires personnels concernant tel ou tel personnage, y compris Poirot, et dans la façon dont elle détaille son récit. C'est un personnage vif, vivant, réaliste et qui n'a pas la langue dans sa poche, et j'ai bien aimé son duo avec Poirot qui a clairement l'air souvent amusé par cette jeune femme vive qui ne se laisse pas faire, alors que Amy est parfois déroutée par Poirot, qu'elle imaginait d'abord comme Sherlock Holmes, ainsi que ses manières si européennes et ses petites fautes quand il essaye de parler anglais.

Comme je me fais souvent (je devrais dire « tout le temps » !) avoir par Agatha Christie concernant l'identité du coupable, j'avais décidé cette fois-ci de soupçonner tout le monde (sauf Poirot et Amy, cela va de soit), y compris le pauvre mari endeuillé et effondré ! Après tout, dans une affaire de meurtre, c'est souvent le compagnon qu'on soupçonne en premier... j'ai tout de même été surprise par le dénouement de l'affaire, l'identité du coupable et son motif, surtout qu'au départ, Agatha Christie nous menait vers plusieurs pistes ! Une femme mariée victime d'angoisses, elle craint pour sa vie, elle a peur de finir assassinée. Les membres de l'expédition ne voient là que de simples angoisses et poussent même jusqu'à dire que la dame exagère et qu'elle est est même bonne comédienne, et qu'elle aime être au centre de l'attention, l'angoisse est bien réelle car Mme Louise Leidner a reçu, depuis quelques années, des lettres de menaces... de son premier mari, qu'elle croyait décédé, qui la menace de mort si jamais elle venait à se remarier. S'agit-il de son premier époux qu'elle croyait décédé ? Du frère cadet de celui-ci qui voulait à son frère une admiration profonde et qui aurait considéré que Louise a trahit son frère ? D'un membre de l'expédition qui veut lui jouer un sale tour, puisqu'entre Louise Leidner et les membres de la mission, il y a comme une tension qui règne...


Plan dressé par Amy Leatheran.

Tout au long du roman, nous suivons non seulement l'enquête mais Poirot tente aussi de comprendre la personnalité de Louise Leidner et pourquoi ce froid, cette tension entre elle et les autres membres alors que la mari, le professeur Leidner, semble parfaitement ignorant du froid entre ses collègues et sa femme. On découvre donc aussi chaque membre de l'expédition. Il m'a été difficile, au départ, de retenir qui est qui, surtout que j'essayais de donner – dans ma tête – un visage à chaque personne . Le tout est bien mené dans l'intrigue de façon très intéressante, et le passé des personnages est intéressant à découvrir. Un archéologue anglais, un missionnaire français, un moine cultivé, un photographe américain, Mme Mercado qui couve presque de façon maladive son mari... Chacun a un passé plus ou moins trouble, Hercule Poirot cherche à les discerner, il ne néglige personne jusqu'à ce qu'innocence soit prouvée, et puis, chaque détail peut être important !

Puis il y a ces faits inexpliqués et cette tension, ce froid qu'on peut sentir entre eux et Mme Leidner, et on sent que ça va finir par éclater... de quelle façon pour Mme Leidner et/ou les membres de l'expédition ? Il faut lire le roman pour le savoir. À ajouter aussi que j'ai bien aimé ce petit clin d’œil, à la fin du roman, quand Amy fait référence à une enquête bien connue de Poirot, lorsqu'elle raconte que sur le chemin du retour, il résolut une nouvelle enquête au bord de l'Orient-Express... bref, ce roman fut une petite surprise, je m'attendais à ne pas voir le coupable venir, mais au niveau de la construction de l'intrigue, l'intrigue en elle-même, et des personnages, sans compter le cadre, j'ai été agréablement surprise et charmée, je crois que ce roman fait maintenant partie des romans que je préfère de la reine du crime !


Extrait :

Je préfère vous le dire tout net : ne vous attendez pas à la moindre touche de couleur locale dans mon récit. En plus je ne connais rien à l'archéologie et ne m'en porte pas plus mal. Aller farfouiller dans des ruines et remuer les ossements de gens morts et enterrés depuis belle lurette, ça me dépasse. M. Carey passait son temps à me dire que je n'avais pas la fibre archéologique et je le crois sans peine.

7. L'homme devant la fenêtre.