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mardi 19 mai 2026

Troubadours, princes et chevaliers - Isabelle Lesteplume.

Il était une fois…

Un voleur obligé de travailler pour un prince au cœur de pierre.

Un apprenti sorcier visite dans ses rêves par un étrange fantôme.

Un impitoyable chasseur de montres se liant malgré lui à un troubadour.

Une clairière où se reposent trente-et-une roses, veillées par un chevalier maudit.

Qui sait où la magie d’un conte pourrait vous entraîner ?



Je retrouve avec énormément de plaisir la plume et l’imagination d’Isabelle Lesteplume, qui confirme bel et bien sa place parmi mes auteurs préférés, à travers un recueil de quatre contes de fantasy, avec une romance LGBT+.

On commence le recueil avec L’Eau de Vie et de Mort :

Lyoth est un voleur extrêmement doué et insaisissable… Du moins, jusqu’au jour où Tarrek, le prince cadet lui tend un piège. Il lui propose un marché : il lui rendra sa liberté s’il parvient à lui obtenir l’eau provenant de la fontaine de vie et de mort, située dans une forêt gardée par une chimère, un dragon et un lion géant. Le prince cadet ayant une sinistre réputation de sorcier jaloux de son frère, le prince héritier, Hélios, Lyoth craint que le prince Tarrek n’en veuille à la vie de son frère, ainsi il brave les dangers pour le prévenir. À sa grande surprise, il découvre le prince Tarrek veillant Hélios malade et dont les jours sont comptés. L’eau de la fontaine étant le dernier espoir de Tarrek de sauver son frère du mal qui le ronge, Lyoth et les deux princes partent en quête de la fontaine.

Le sorcier, le fantôme et l’apprenti

Liam est un jeune garçon timide, introverti, qui a bien du mal à communiquer. Mais il aime une chose plus que tout : la magie. Il se met en quête d’apprendre tout ce qu’il peut, et cherche à rencontrer ses semblables. Il attire l’attention de Moldros, un sorcier qui fait de lui son apprenti. Il découvre bien vite que Moldros n’est pas celui qu’il pense être alors que, dans le monde des rêves, il rencontre un jeune homme énigmatique. Sen, l’ancien apprenti de Moldros, disparu dans des circonstances mystérieuses.

L’oiseau et le chevalier noir

C’est l’histoire d’un royaume plongé dans un cauchemar sans fin suite à la malédiction lancée par une sorcière. À la nuit tombée, des monstres se relèvent pour semer la panique et massacrer la population. Des survivants se sont retranchés dans une forteresse. Parmi eux, Hesmé, surnommé l’Oiseau pour la douceur de son chant qui est tant chéri par les habitants du château qu’ils font tout pour retenir Hesmé entre ces murs. Hesmé, pourtant, rêve de liberté, malgré le danger qui rode dehors. Ainsi, lorsqu’il rencontre Kéros, un chevalier et tueur de monstre grincheux, il n’hésite pas et décide de partir avec lui découvrir le monde. Qu’il le veuille ou non.

La clairière aux trente-et-une roses

Gem est un jeune prince arrogant, futile et frivole que sa mère peine à lui faire prendre ses responsabilités, et que les courtisans ridiculisent. Lorsque la guerre éclate, il est enchanté. Voilà enfin le début de ses aventures ! L’occasion tant attendue de briller et de revenir auréolé de gloire. Son arrogance et son manque d’expérience lui font subir une cruelle désillusion lorsque Gem et son armée tombent dans une embuscade. Prenant peur face à la dure réalité de la guerre, ayant perdu chacun de ses hommes, Gem fuit le combat, blessé. Il est recueilli par Arkos, un chevalier, dans une forêt où jonchent plusieurs roses protégées par un dôme de verre, qui prend soin de lui et lui conseille de changer son attitude. Cette rencontre laissera Gem bouleversé et transformé. Honteux et coupable, il retourne dans son royaume avec la ferme résolution de changer et de devenir meilleur. Seulement, il ne parvient pas à oublier sa rencontre avec ce chevalier énigmatique et, quand le brouillard tombe sur la forêt, il ne peut s’empêcher de le rejoindre pour en apprendre plus.

***

Coup de cœur pour ce recueil ! Chaque conte a été un régal à lire, et ont même été dévorés en peu de temps. C’est prenant, rythmé, toujours ponctué d’humour, avec des moments de tendresse. J’avais pensé que le format « nouvelles» fasse que les histoires soient expédiées, avec un goût de trop peu, et un manque de développement. Je n’ai pas vraiment eu cette sensation. Certes, certaines histoires auraient pu bénéficier d’un peu plus de développement (surtout la seconde), mais globalement les événements s’enchaînent de façon fluide et à son propre rythme.

J’aime toujours autant les histoires proposées par Isabelle Lesteplume qui, même à travers des histoires courtes, nous propose des histoires fantasy intrigantes qui tiennent en haleine, avec des plots twist intéressant. On retrouve des thématiques chers à l’auteure : des personnages devant mener une quête ensemble et qui est l’occasion pour eux d’apprendre à se connaître et à se rapprocher, un personnage que l’on dit sombre et qui est plus complexe qu’on ne le pense et qui illustre bien l’adage « les apparences sont trompeuses », la sorcière ou enchanteresse responsable d’une malédiction qui n’est pas forcément celle que l’on imagine, une intrigue plus complexe qu’on ne le pense, et des personnages qui sont attachants.

Les romances ne sont pas en reste. Tous nos couples sont attachants et se développent de façon naturelle (à part peut-être dans la seconde histoire où j’ai trouvé le dénouement et la romance un peu trop rapides), et qui prennent le temps de se développer et qui permettent aussi aux personnages d’évoluer en tant qu’individu. Je pense notamment à Gem du quatrième conte qui commence comme étant un prince capricieux et vaniteux et qui évolue pour devenir un bon souverain et une bonne personne.

En résumé, gros coup de cœur pour ce recueil de contes qui nous propose des histoires rythmées et intéressantes, avec des personnages attachants et des romances que l’on prend grand plaisir à voir se former progressivement. Merci à Mme Lesteplume pour cet agréable moment de lecture !


Il inspira profondément pour calmer la panique qui grandissait en lui. Il pouvait le faire. Ça n'était pas si terrible, après tout, les gens posaient des questions tous les jours, et y survivaient généralement. Une interaction sociale n'allait pas le tuer.

Quoique...

samedi 21 février 2026

Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune homme nommé Éric qui rêvait de quêtes impossibles, de bêtes à terrasser et de grand amour à trouver. Une fois chevalier, il résolut de partir à l'aventure, sur la foi d'un vieux conte, à peine une légende. Il serait question d'un prince maudit et d'un royaume prisonnier d'une muraille d'épines... 

Mais derrière cette muraille se cache une réalité bien plus sombre et bien plus cruelle. Qui sont ces fantômes qui errent la nuit ? Quel crime a réellement commis Maléfique ? Et ce prince que l'on dit si parfait, veut-il seulement être réveillé ? 

Pour mener à bien sa quête, Éric devra apprendre que le monde ne se limite pas aux beaux et aux laids de ses contes de fées. Peut-être que Nyl, le magicien cynique avec lequel il s'est vu forcé de conclure un marché, saura le lui enseigner... Et vous, quel prix accordez-vous à la beauté ?


Ce qui est bien avec les romans d’Isabelle Lesteplume, c’est que j’ai la certitude de passer un bon moment. J’aime beaucoup sa plume, son imagination et ses personnages hauts en couleur. Il était bien temps que je découvre Le prince au bois dormant.


Comme son titre l’indique, il s’agit d’une réécriture de La Belle au Bois Dormant, avec une romance M/M, et le tout premier tome de sa saga des Contes des royaumes oubliés. Cela se ressent dans son écriture qui m’a paru plus simple, un peu moins riche et travaillée, un peu moins « mature ». L’auteure en était à ses débuts, ce qui ne veut pas dire que l’écriture n’était pas plaisante pour autant. On entre dans son univers avec beaucoup de plaisir et de facilité, et la lecture est fluide et la lecture suffisamment addictive pour que les pages se tournent avec plaisir. Je trouve juste intéressant la comparaison entre ce premier tome et ses dernières parutions. Madame Lesteplume en a fait du chemin, pour notre plus grand plaisir.


J’ai beaucoup aimé sa réinterprétation de La Belle au Bois Dormant, nous montrant que l’histoire officielle n’est pas celle que l’on croit être et qu’elle est plus complexe qu’on ne le pense, que certains protagonistes ne sont pas ceux que l’on pense être, et qu’il y a plusieurs zones d’ombre que notre preux chevalier, Eric, découvrira peu à peu. On découvre, par exemple, à quel point la beauté peut être une malédiction, et que le sommeil éternel dans lequel sont plongés le prince et les habitats du royaume a une certaine particularité : ceux endormis le jour se dévoilent la nuit dans une forme fantômatique. J’ai aussi aimé l’atmosphère qui se dégage de cet univers. La forêt de ronce et d’épines n’est pas qu’une simple forêt, elle vit, elle est presque un personnage à part entière, qui se nourrit du sang des âmes courageuses qui ont tenté de délivrer le prince. Concernant celui-ci, je dois avouer que l’auteure aura réussi à me surprendre avec le plot-twist, je ne l’avais vraiment pas vu venir !


Concernant nos personnages, trois se démarquent véritablement (bon, quatre si on compte Maléfique, mais je n’en dirai pas plus sur elle, de peur de spoiler). Nous avons tout d’abord Eric, le preux chevalier, qui nous paraît un peu simplet et boy-scout, un vrai labrador humain, dont l’optimiste contraste avec le pessimisme de son infortuné compagnon de voyage, Nyl, le magicien, qui est plus cynique sur lui-même, Eric et le monde qui l’entoure. Bien malgré eux, ils deviennent compagnons de voyage et leur tempérament différent fait que ça clashe très souvent entre eux. Nyl nargue la naïveté et l’optimisme d’Eric, et le chevalier déplore le pessimisme et le cynisme de Nyl.


Pour autant, ils vont apprendre à se connaître et se surprendre sans cesse, si bien que leurs convictions en seront chamboulées. Toutefois, j’ai trouvé certaines de leurs disputes un peu exagérées [spoiler] surtout une qui tombait comme un cheveu sur la soupe et que l’auteure s’est forcée d’écrire parce qu’elle avait besoin à un moment que Nyl s’éloigne d’Eric et se mette en danger [/spoiler]. Malgré tout, c’est un duo plaisant à suivre et que l’on prend plaisir à voir évoluer et se rapprocher, et de voir le mépris et l’agacement laisser peu à peu place au respect et à de l’affection sincère. J’ai aussi aimé Zig, le troubadour, qui finit par se joindre à notre duo et apporter un certain peps. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteure lui consacre une nouvelle en fin d’histoire.


En résumé, une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


— Je ne peux pas croire, souffla le chevalier, fasciné, qu’une chose si belle puisse être totalement mauvaise…

Pour une raison qu’il ne comprit pas, le magicien lui lâcha le poignet comme s’il s’était brûlé et s’écarta ostensiblement, le regard ombré de colère.

— Mais pourquoi tout le monde est-il si obsédé par la beauté ? cracha-t-il. Je ne fais jamais confiance à ce qui est beau. Tout ce qui présente bien, tout ce qui est lisse, parfait, a quelque chose à cacher, une épine, un poison, une âme stupide ou un cœur de glace. Je n’aime que le laid. On peut faire confiance au laid, il t’a déjà montré le pire de ce qu’il possédait.

— Moi, ce que j’aime, rétorqua Éric, piqué au vif, c’est trouver de la beauté dans toute chose. Ne vois-tu pas comme le monde recèle de trésors et d’émerveillements ? Ne sais-tu vraiment pas apprécier le mystère de ce qui est beau, tout simplement ?

mercredi 31 décembre 2025

Le Chant des Ronces - Leigh Bardugo.




Embarquez dans un voyage vers des terres sombres et dangereuses, peuplées de villes hantées et de bois affamés, de monstres bavards et de golems en pain d'épices, où la voix d'une sirène peut invoquer une tempête mortelle, où les rivières font de terribles promesses d'amour...






Le chant des ronces est un recueil de six contes en rapport avec un autre univers fantasy de l’auteur, les Grishas, un peu comme ce que sont les Contes de Beetle le Barde dans l’univers d’Harry Potter. Fort heureusement, il n’est pas nécessaire d’avoir lu au préalable cette saga pour comprendre et apprécier ces contes, et quelle jolie lecture ce fut, surtout en cette période de fête !


Voici les six contes présents dans ce recueil :


Ayama et le bois aux épines : Tout commence lorsque, dans un royaume fort lointain, une reine donna naissance à un prince charmant, puis à un autre garçon… ou plutôt, une bête. En parallèle, une paysanne donne naissance à Kima, une fille charmante, belle, à la voix chantante, puis Ayama, moins gracieuse, plus maladroite et ronde. Un jour, le second prince s’échappe, semant la panique et tuant les troupeaux. Personne n’est assez valeureux pour l’arrêter ou négocier avec lui. On envoie donc Ayama, que personne ne regrettera, pour trouver la bête qui s’est terrée dans les bois. Celle-ci lui propose un marché : si elle lui raconte une histoire qui lui fera oublier sa colère, il lui laissera la vie sauve et n’attaquera plus les troupeaux.


Le renard trop rusé : Koja, un regard chétif et laid, se sert de sa ruse pour se sortir de situations dangereuses, mais il se pourrait qu’un jour son ennemi soit plus rusé que lui. Heureusement, il peut compter sur l’aide de Lula, l’oiseau chanteur.


La sorcière de Duva : Des petites filles disparaissent dans les bois et, au milieu d’un hiver terrible, Nadya perd sa maman d’une maladie et son père se remarie avec Karina qui ne cache pas son mépris pour Nadya. Alors qu’elle l’envoie dans ces bois inquiétants, Nadya tombe sur la maison d’une sorcière, faite de friandises, et se met à son service…


Petite Lame : C’est l’histoire de Yeva, fille d’un duc, si belle qu’elle fait bien malgré elle tourner la tête de tous ceux qu’elle rencontre. Aimant l’attention que l’on porte à Yeva, le duc décide de faire subir à tous ses prétendants une série d’épreuves dont la récompense sera la main de sa fille. Semyon, un paysan, remporte les épreuves avec l’aide de Petite Lame, une rivière, il espère bien gagner une épouse, mais la rivière a plus d’un tour dans son sac.


Le prince soldat : Droessen est un horloger et chacun est comblé de ravissement face à ses œuvres, mais il souhaite se marier. La jeune Clara, encore malléable, est la candidate parfaite. Il lui offre un casse-noisette dont Clara ne se sépare pas et à qui elle confie tous ses secrets. Le casse-noisette a aussi un secret : il vit, et il a la tête hanté de souvenirs d’une vie qu’il ne comprend pas…


Quand l’eau chantait le feu : Ulla est une sild (sorte de sirène) méprisée par ses pairs à cause de sa différence. Ce qu’elle désire plus que tout est de devenir chanteuse à la Cour. Un jour, alors qu’Ulla et sa partenaire de chant, Signy, chantent devant la Cour, elles attirent l’attention du plus jeune des princes, Roffe, rongé dambition et impressionné par la magie crée par leur chant. La vie d’Ulla bascule le jour où elle rejoint la terre ferme avec Roffe et Signy, et qu’elle découvre le secrets de ses origines, cachés par ses parents, et que le prince Roffe commence à montrer son vrai visage... 


J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ces différents contes. S’ils sont d’intérêt inégal, et que j’ai mes préférences, j’ai pris grand plaisir à découvrir et à dévorer chacun d’entre eux. Ils ne sont pas sans rappeler, pour certains, des contes célèbres que nous connaissons comme Casse-Noisette, La Belle et la Bête, Hansel et Gretel, le Roman de Renart ou encore La Petite Sirène, mais aussi avec quelques éléments qui nous font rappeler les contes russes avec les prénoms des personnages, le froid et l’hiver qui sont présents dans de nombreuses histoires, la nature belle et cruelle à la fois. J’ai beaucoup apprécié découvrir, lors de ma lecture, de quels contes l’auteur s’inspirait (certains sont moins évidents que d’autres), et comment il les a réinventé à sa propre sauce, et avec son propre univers.


L’auteur a très bien su reprendre la recette des contes de fée pour créer les siens, en nous offrant parfois même un dénouement surprenant puisque l’auteur renverse certaines valeurs codifiées et montre combien les apparences et les évidences peuvent paraître bien trompeuses. Il reprend donc le schéma des contes mais apporte sa petite touche. Ainsi, la chute n’est pas forcément celle que l’on croit, le méchant n’est pas toujours celui auquel on pense, on a une héroïne pas bien jolie mais pleine d’esprit, de belles amitiés, des gentils qui ne le sont qu’illusoirement, etc.


Ajoutons à cela que le livre est un bel objet et que nous trouvons, en fin de conte, une jolie illustration pour clore le récit. Ces contes sont ensorcelants, avec une consonance slave, et apportent bien entendu de très belles morales à la fin.


Elle se rappela que ce n’était pas parce que personne ne voulait l’écouter qu’elle n’avait rien à dire, bien au contraire. Si la bête aimait qu’on lui parle, Ayama apprécierait peut-être tout autant d’être entendue.

dimanche 23 juillet 2023

Contes des royaumes oubliés (T.3) La sirène aux écailles d'or - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois une tempête, un naufrage et un jeune homme retrouvé sur le rivage.

Il était une fois un prince sirène prêt à tout pour devenir humain.

Il était une fois un magicien au cœur brisé.

Embarqués par un coup du sort dans une chasse au trésor, ils sont loin de se douter de la menace qui plane. Mais quels liens pourraient avoir une cité engloutie, une perle ensorcelée, une bande d’insaisissables pirates et une arme légendaire ?

Au-delà des mensonges, Caleb, Erël et Abysse devront trouver toutes les réponses avant qu’il ne soit trop tard...

Car toutes les histoires possèdent un fond de vérité. Et certains mystères ne devraient jamais être dévoilés.



C’est l’histoire d’une sirène à la voix d’or, aux cheveux rouges et aux nageoires vertes qui sauve un jeune prince d’un naufrage, et qui va conclure un pacte avec un sorcier des mers, troquant sa voix et sa queue de poisson pour des jambes et une chance de vivre parmi les humains qui le fascinent tant. Non, ce n’est pas l’histoire d’Ariel mais celle d’Erël et, bien que même leurs noms se ressemblent, l’auteure nous embarque dans une aventure bien différente que celle à laquelle on s’attend au départ !



Je n’étais pourtant pas convaincue au début. Le second chapitre à peine fini qu’Erël avait déjà obtenu ses jambes pour rejoindre le monde des humains. Autant le conte et l’adaptation de Disney avaient pris plus de temps à mettre en place le décor et apporter un peu de développement à la sirène pour montrer que son désir d’être humaine n’est pas sortie de nulle part, ici Erël semble avoir agi spontanément et même assez inconsciemment. Un jour il sauve un humain et en tombe amoureux, le lendemain il s’en va changer radicalement le cour de sa vie. Bien que l’on s’aperçoive, au fil de l’intrigue, que la décision d’Erël est au final compréhensive compte-tenu de son vécu (sa passion pour le monde des humains et le traumatisme lié aux années de maltraitance causées par son tyran de mère), au tout début Erël nous semble vraiment être un personnage inconscient et naïf qui agi sans réfléchir. On peut comprendre le mépris que le sorcier des mers, Abysse, a d’emblée pour Erël qu’il considère comme inconscient et stupide.



Erël a pourtant une meilleure place dans mon estime que le prince Caleb qui ne semble pas avoir grandi mentalement. Il est toujours impatient, il ne tient pas en place, est incapable de se concentrer quand il est en réunion, il tape des mains lorsqu’il est content, il faut le surveiller sans cesse sinon il s’enfuit pour aller s’amuser de son côté, il dénigre son rôle de prince et veut devenir aventurier, voire même pirate, et même lorsque des pirates attaquent son royaume, il s’en émerveille au lieu de s’inquiéter pour ses sujets. Ce n’est vraiment qu’à la toute fin où il semble gagner un peu en maturité. Enfin, ne lui jetons pas la pierre à ce garçon, je lui reconnais des qualités. Sans se soucier des ragots et des à priori, il préfère se faire son opinion lui-même et ne juge jamais une personne avant de la connaître, il sait parfois se rendre attachant et j’ai beaucoup aimé la dynamique avec sa sœur Albane.



Je dois pourtant avouer que, dans notre trio de personnages, ce sont les sirènes qui m’ont fait meilleure impression et qui ont su capter mon intérêt. Si Erël peut être sensible, naïf et pas toujours débrouillard, sa vulnérabilité est touchante et c’est un jeune homme passionné par ce qu’il fait et par le monde qui l’entoure, et son vécu nous le rend que plus touchant compte-tenu de ses traumatismes.



Cependant, la star du roman, c’est bien Abysse, magicien des mers, sirène ostracisée pour avoir les yeux et les nageoires dorés, et personnage énigmatique. C’est un personnage cynique, désabusé, parfois froid, qui ne porte pas un regard tendre sur le monde et encore moins sur lui-même. Il a vécu son lot de malheurs par la faute des autres, si bien qu’il s’est forgé une carapace pour se protéger du monde, empêchant les autres d’apercevoir sa véritable personnalité. Vous vous doutez bien que, tout le long du roman, sa précieuse carapace va se fissurer peu à peu et qu’il va apprendre à s’ouvrir doucement au monde, à aimer et se faire aimer en retour, et devenir moins cynique et froid, tout en gardant un humour parfois mordant mais jamais méchant. Il faut croire que j’ai un faible pour ce genre de personnage (ce fut le cas pour Silas dans Le beau et la bête). J’ai aimé le découvrir peu à peu et voir se dévoiler son passé au fil de l’intrigue.



Nous suivons donc ces trois personnages tout au long du roman, sans pouvoir dire au départ quel couple se formera ou si un triangle amoureux va se mettre en place. Ces personnages vont se côtoyer chaque jour, vivre des aventures, braver des dangers, apprendre à se connaître au-delà des idées que l’un a pu se faire sur l’autre, et à s’apprivoiser, si bien qu’ils vont devenir indissociables et que l’un sans les autres semble tout simplement inconcevable. L’auteure m’aura surpris sur ce point en nous offrant un ménage à trois, ou un trouple comme on les appelle également, entre nos personnages, ce que je n’avais jamais vu jusqu’alors dans une fiction. Malgré mes critiques sur Caleb, ces trois personnages forment une dynamique intéressante et attachante et j’ai suivi leur évolution, tant sur le plan personnel que relationnel, avec intérêt, et j’étais curieuse de voir comment les secrets d’Erël et d’Abysse allaient éclater au grand jour et comment cela allait affecter le trio.



L’intrigue en elle-même n’est pas en reste. À l’instar des tomes précédents, l’auteure a su reprendre les bases du contes tout en développant une histoire inédite et y apporter sa touche. Alors qu’elle s’était penchée sur le mythe de la fontaine de jouvence dans Le beau et la bête, elle s’intéresse ici au mythe de l’Atlantide et en nous offrant un décor steampunk, si bien que l’histoire semble se dérouler dans un univers intemporel.



À l’instar de nos personnages, j’ai suivi avec intérêt l’histoire de l’Atlantide, cette cité antique perdue où humains et sirènes vivaient en parfaite harmonie, jusqu’à ce que la soif de pouvoir n’ait corrompu ses habitants et que l’Atlantide se soit auto-détruite. Il y a de nombreux aspects très intéressants autour de l’histoire et l’origine de la chute de l’Atlantide et les sirènes en elles-mêmes qui renferment une forme de magie, les raisons de l’ostracisme envers les sirènes à queue dorée. L’auteure sait construire des intrigues intéressantes et qui tiennent en haleine. Je déplore cependant le fait que la fin soit précipitée, comme ce fut le cas avec les tomes de cette série. Malgré tout, les romans de l’auteure se lisent avec beaucoup de fluidité et beaucoup de plaisir.



En résumé, une revisite intéressante de La Petite Sirène qui se mêle au mythe de l’Atlantide. Malgré une fin précipitée et un prince qui a le plus souvent la personnalité d’un gamin que celle d’un prince adulte, l’auteure nous offre un trio intéressant et attachant à suivre, et une intrigue intéressante.


Les musiciens avaient accéléré le rythme et quelques couples improvisaient avec entrain, supportés par un public enthousiaste. Caleb savait que dès que ses parents arriveraient, la musique redeviendrait sage, guindée, et ne put s’empêcher de le regretter. Car Erël était… Erël était magnifique. Était-ce possible d’être si souple, si gracile. Où était le jeune homme maladroit qui trébuchait sur ses propres pas ? La façon dont il bougeait ses jambes, son bassin et ses bras donnait presque l’impression qu’il était en train de nager, flottant à quelques centimètres du sol, si léger… 

Abysse, tout aussi fasciné, suivait les dessins quasi hypnotiques de la chevelure enflammée d’Erël, dont la longue natte traçait le sillage du moindre de ses mouvements. Tout dans sa façon de danser trahissait ses origines sous-marines, et pourtant… Le magicien réalisa, un peu surpris de ne pas l’avoir compris plus tôt, qu’Erël aimait être humain. Contrairement à lui, qui commençait à avoir ses jambes en horreur, il ne regrettait ni la mer, ni sa queue de poisson : ce corps était réellement le sien et non une peau d’emprunt.

jeudi 4 mai 2023

L'Ickabog - JK Rowling.



La Cornucopia est un petit pays prospère gouverné par le naïf roi Fred. Mais ce pays coloré vit sous la menace d'un monstre : l'Ickabog. Un monstre devenu légende, que personne n'a jamais vu mais que le roi va décider de poursuivre afin de satisfaire ses sujets. Arrivé dans les Marécages, rien ne se passe comme prévu et cette quête est le début de nombreux problèmes qui va résulter à la lente descente aux enfers du pays.




C’est bien la première fois que je ne suis pas emballée par un récit de JK Rowling… La lecture fut bien laborieuse et il m’a fallu un moment avant d’entrer vraiment dans l’histoire et celle-ci était un peu longuette. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, ce qui ne m’a pas aidé à entrer dans le livre. Les personnages sont corrects, ils remplissent bien leur rôle, mais je ne les ai pas trouvé bien mémorables ou attachants. Il n’y a vraiment que le personnage de l’Ickabog qui s’est démarqué par son originalité.


Le roman reprend les bases du conte : un royaume idyllique (ici fait de fromage, charcuteries et pâtisseries), des gentils bons et courageux, des méchants sournois et perfide, un monstre terrible, une morale. Ajoutons-y un roi faible et sans volonté, Fred Sans Effroi que ses deux conseillers cupides et perfides, Lord Flapoon et Lord Crachinay, vont réussir à amadouer. Comment ? En utilisant l’Ickabog, bien-sûr. Ce monstre, que personne n’a vu, cause bien des tracas à la populace de Cornucopia. Le roi, qui cherche à tout prix bien se faire voir de son peuple, se laisse ainsi manipulé en mettant en place une série de lois destinées à tuer l’Ickabog, en apparence du moins car, en réalité, les deux conseillers mettent à profit ces lois pour s’enrichir et éliminer les personnes ayant découvert leur stratagème. Morts et prisonniers se multiplient au sein du royaume. Autrefois idyllique, Cornucopia se transforme en tyrannie. Deux enfants, Bert et Daisy, vont devoir faire preuve de discrétion et d’ingéniosité pour s’en sortir…


Donc, des gentils très gentils et des méchants très méchants, point de nuance mais c’est un conte donc je laisse passer. L’auteure nous prouve une nouvelle fois son talent pour développer des intrigues ingénieuses, en dénonçant ici l’abus de pouvoir caractéristique des politiciens avec leurs manipulations et leurs mensonges et fake news.


On retrouve également des thèmes chers à l’auteure (l’amitié, la famille, le courage, …) et j’ai beaucoup aimé l’Ickabog, mais je ne m’épancherai pas sur lui pour éviter de spoiler. J’ai également apprécié trouver des dessins d’enfants illustrer le récit en fin de roman, c’était une initiative très sympathique.


Toutefois, malgré son côté satyre politique intéressant et un Ickabog fort bien sympathique, la lecture fut laborieuse, j’ai trouvé le récit long et mollasson jusqu’au moins la moitié du roman. Ce n’est pas un mauvais roman, mais JK Rowling m’avait habitué à mieux. Au final, je n’en garderai pas un souvenir mémorable. Dommage…


Au nom d'un pauvre vieux berger puant et de son misérable vieux cabot, lui, le roi Fred Sans Effroi, partait à la chasse à l'Ickabog ! D'accord, l'Ickabog n'existait pas, mais c'étai quand même drôlement gentil et noble de sa part de traverser tout le pays, à cheval, en personne, pour le prouver !

jeudi 20 avril 2023

Contes des royaumes oubliés (T.4) Le beau et la bête - Isabelle Lesteplume.


Entre la belle et la Bête, le plus dangereux n’est pas celui que vous croyez...

Il était une fois un chasseur de monstres à la beauté redoutable nommé Silas. Sans attaches et désabusé, il ne rêve que d’une chose : prendre une retraite anticipée. C’est pourquoi, lorsque le seigneur Gaston lui offre plus d’argent qu’il n’en a jamais vu pour lui ramener la tête d’une effroyable Bête, il accepte sans hésiter. L’affaire semble facile, puisque le monstre ne quitte jamais les ruines d’un château au fond de la forêt.

Mais il aurait dû se méfier, car les apparences sont trompeuses...

Piégé dans le château par un coup du sort, Silas doit élucider plusieurs mystères... Et décider si c’est la tête ou le cœur de la Bête qu’il veut remporter.



Je poursuis ma découverte de la saga Contes des royaumes oubliés, avec ce nouveau tome. La Belle et la Bête étant l’un de mes contes préférés, j’étais curieuse de voir comment l’auteure allait le revisiter.


Silas est un chasseur de monstre aussi redoutable que magnifique. Il est pourtant solitaire et son travail ne lui attire pas que des sympathies. Aspirant à une retraite anticipée au bord de la mer, il accepte pour dernière mission celle que lui propose le seigneur Gaston, celle de traquer une Bête qui ne cesse de lui échapper. Silas s’infiltre donc dans son château mais s’aperçoit bien vite quelle singulière Bête il a face à lui. Si elle n’a rien à voir, à priori, avec les dires du seigneur Gaston, Silas doit mettre tout en œuvre pour gagner sa confiance pour l’approcher suffisamment pour pouvoir découvrir ses points faibles et la tuer. Mais, peu à peu, la Bête lui propose un mystère qui pique la curiosité de Silas. Résoudre cette affaire d’étrange malédiction se révèle peu à peu bien plus intéressant que de tuer la Bête.


J’ai beaucoup aimé cette revisite du conte, on s’éloigne très vite du film des studios Disney ou des autres adaptations. L’auteure a su reprendre les codes du conte tout en y apportant sa propre touche et des éléments originaux et nous offrir un univers dans lequel s’incorporent alchimie, magie, malédiction, l’omniprésence de la nature. L’aspect de la Bête en elle-même est original, ainsi que le fait de mêler le conte de La belle et la bête avec le mythe de la fontaine de jouvence (dont l’aspect peut également nous surprendre). L’auteure nous offre également le cadre d’un château en ruines au beau milieu d’une forêt hantée car elle atteinte d’une sorte de maladie qui s’appelle le Mal Gris. Partout où il se répand, tout meurt et perd ses couleurs. Chaque être vivant contaminé perd son esprit et son âme pour ne devenir qu’une coquille vide qui continue d’avancer, tel un zombie. Cette forêt est également infestée de chimères qui n’hésitent pas à attaquer le château.


Tout a un lien dans cette histoire avec la malédiction. Chimères, le Mal Gris, l’omniprésence des roses. Tout se rejoint progressivement de façon logique et c’était très intéressant à découvrir. J’ai pris plaisir à suivre l’enquête sur l’origine de la malédiction qui touche la Bête ainsi que le Mal Gris, les découvertes sordides de Silas et la Bête, toujours en quête de réponses sur la malédiction et sur l’histoire du roi cruel qui serait à l’origine de tout cela. L’enquête est donc réussie, et si j’avais mes doutes sur certains éléments (Gaston qui ne dit pas toute la vérité par exemple), l’auteure a su me surprendre par d’autres aspects.


L’auteure n’a pas su résister à utiliser la même trope que j’ai déjà trouvé dans Le Prince Cygne. À savoir que l’être maudit (Ode et ici la Bête) vit seul avec des amis qui le protègent et voient d’un très mauvais œil l’arrivée du nouveau venu, menaçant presque de le castrer s’il s’approche trop de leur ami, même si je dois avouer avoir trouvé plus intéressants Akim, ancien mercenaire devenu médecin, et Lianne, femme oiseau, que les amis d’Ode dans Le Prince Cygne. J’ai beaucoup apprécié la dynamique entre Silas, Damien, Lianne et Akim (ce qui était pourtant mal parti avec la méfiance tout d’abord constante – même si justifiée – d’Akim et Lianne envers Silas).


La romance n’est bien-sûr pas en reste. Silas et Damien, ainsi qu’est nommée la Bête, sont deux personnages radicalement différents mais qui se marient bien ensemble et se complètent. Silas est téméraire, cynique et désabusé tandis que Damien est hésitant, trop franc et plein d’idéaux, mais ce sont deux personnages égarés, en quête d’une liberté qui leur échappe, essayent simultanément de fuir le passé et de s’y accrocher, ils sont tous les deux décalés par rapport au monde (l’un trop beau, l’autre trop laid, possédant tous les deux des capacités hors normes). Le contact de l’un avec l’autre fait évoluer leur vision des choses et ils vont s’affranchir d’entraves qu’ils s’imposaient et s’épanouir. L’évolution que j’ai le plus apprécié était celle de Silas qui apprend à s’ouvrir, qui apprend ce qu’est d’aimer et d’être aimé, qui apprend ce que cela fait de vivre en communauté, avec des amis, tout comme Damien apprend également ce qu’est l’amour véritable et qu’il peut être aimé, malgré d’anciennes mauvaises expériences.


Malgré des thèmes sombres, l’humour est bien présent dans le roman, notamment avec Damien qui prend tout au premier degré et ne sait pas détecter le sarcasme ou Silas qui, tueur sanguinaire certes, se révèle fin gourmet très à cheval sur la cuisine. Je ne compte pas le nombre d’omelettes présentes dans ce roman ! Un des plats préférés de l’auteure ?


En résumé, l’auteure nous offre une réécriture originale et prenante du conte. L’auteure a su garder les bases du conte d’origine tout en se le réappropriant pour apporter sa touche. Mon coup de cœur a indéniablement été le personnage de Silas !


Silas lui sourit. Pour lui qui s’était frotté à ce que l’univers avait de plus violent et de plus cynique, c’était étrange de côtoyer quelqu’un qui s’emparait de la moindre chose pour la transformer en poésie. La mort, la solitude, le bois, l’oubli, l’écriture – Damien voyait le monde à travers un prisme étrange, légèrement décalé, qui transformait la vie en kaléidoscope étoilé. C’était difficile à suivre, en particulier pour un chasseur habitué à la réflexion froide et implacable nécessitée pour une survie de tous les instants, mais c’était… agréable.

dimanche 16 avril 2023

Et à la fin, ils meurent : La sale vérité sur les contes de fées - Lou Lubie.



Quels terribles secrets cachent les contes de fées ?

Derrière leur réputation d'histoires un peu naïves, les contes de fées ont des racines sombres et anciennes !

Aujourd'hui édulcorées, les versions originelles osaient le meilleur comme le pire : des princes pas si charmants, Raiponce vendue contre une botte de persil et Cendrillon qui décapite sec sa belle-mère !

En décapant avec humour ces récits d'autrefois, Lou Lubie pose une question d'éthique : violence, sexisme, racisme... Les contes sont-ils encore adaptés à notre époque ?





Une réussite que cette bande-dessinée ! Drôle, passionnante et instructive, elle nous fait un tour non-exhaustif des contes de fées européens. Vous pensiez tout savoir des contes de notre enfance ? Des princesses passives à sauver, de valeureux princes charmants, des histoires niaises où tout finit bien ? Que nenni, mes braves gens ! Dans cet ouvrage, Lou Lubie dissèque les contes de fées sous un trait analytique et surtout beaucoup d’humour !


La construction de l’ouvrage en lui-même est déjà très bien pensé : chaque chapitre représente une thématique précise et chaque chapitre est entrecoupé par un conte mis en scène sous le trait de l’auteure. Son style est doux, rond, assez mignon, et permet de traiter de certains sujets durs propres aux contes sans tomber complètement dans le glauque. En effet, si certaines situations vécues par les personnages peuvent être très glauques, c’est en partie atténué par le style graphique.


L’ouvrage aborde des sujets aussi variés que nombreux qui nous permettent de mieux cerner et définir les contes de fées. D’où viennent les contes, qu’est-ce qu’un conte, la différence avec les fables et mythes, l’évolution des contes à travers l’Histoire, les différents types de contes (contes de fées, contes réalistes et donc sans élément magique, contes religieux, etc), leurs auteurs, leur construction, les différentes thématiques, etc).



Tous les contes n’ont pas toujours un auteur bien défini. Certains remontent à si loin dans l’Histoire qu’il est impossible de déterminer qui en est l’auteur. Certains contes que nous connaissons déjà sous la plume d’un auteur ne sont pourtant pas les siens à proprement parler car l’auteur s’est inspiré d’une version beaucoup plus ancienne (Cendrillon a par exemple une sacrée ascendance ! On retrouve ainsi en Chine, plus de mille ans avant Disney, l’histoire d’une jeune fille maltraitée par sa belle-famille et qui perd son soulier d’or en s’enfuyant d’une fête). Bien-sûr, contes repris ou contes originaux, trois auteurs (ou plutôt quatre) se démarquent tout au long de l’ouvrage.


Nous avons Basile (Giambattista Basile), poète, courtisan et écrivain italien du XVI-XVIIe siècle. Ses contes s’adressaient davantage à un public adulte et dont le statut social était élevé, ainsi ses histoires étaient beaucoup plus crues que celles que l’on connaît (par exemple, dans sa version de la Belle au Bois Dormant, le prince n’avait pas d’intentions courtoises envers la belle endormie, et il a plus ou moins profité d’elle pendant son sommeil enchanté. C’est lorsque l’enfant qu’elle a eu de cet acte non-consenti lui suça le pouce qu’elle se réveilla). C’est parfois violent, souvent absurde et toujours très cru.


Ensuite, Charles Perrault dont les contes ont apporté plus de soin dans ses descriptions et qui s’adressaient avant tout aux enfants. Ainsi, il y avait une morale à la fin, et les héroïnes recevaient de l’aide des fées, le héro est vertueux, etc.


Enfin, nous avons les frères Grimm, dont les héros étaient plus débrouillards et géraient davantage leurs problèmes eux-mêmes que grâce à une fée ou autre être magique, mais les contes étaient plus cruels (les belles-sœurs de Cendrillon qui ont les yeux crevés par des oiseaux lors du mariage de Cendrillon par exemple).


Lorsque Walt Disney reprend ces contes pour en faire des films d’animation, il est bien entendu hors de question de présenter les passages crus de Basile ou les scènes de cruauté chez Grimm. Les histoires sont édulcorées : moins sanglantes, plus romantiques, plus ludique. Après 1989, les personnages Disney gagnent en personnalité (Ariel qui se rebelle contre son père et a comme passion le monde des humains, Belle et son goût de la lecture, etc). À partir des années 2010, on observe un autre changement : les films s’ajustent à l’air du temps, les princesses s’éloignent des stéréotypes, sont plus actives face à leur destin (La Reine des Neiges qui se moquent du mariage au premier mec rencontré et valorise la sororité, La Princesse et la Grenouille avec une héroïne qui exerce un métier), ce qui fait aussi que les premières princesses Disney sont maintenant critiquées, considérées comme naïves, passives, les histoires sexistes, manichéennes…



Cela donne l’occasion à l’auteure d’analyser le sexisme chez les contes de fées. Les héroïnes sont souvent définies par ce qu’elles sont (soit une princesse, soit une belle jeune fille, etc) et non ce qu’elles font. À l’inverse, on n’accorde pas d’importance à l’apparence des héros mais plutôt ce qui les qualifie, ce qu’ils font (brave, intrépide, etc). Ce sexisme se retrouve également chez les méchants : à la fin de l’histoire, les femmes sont toujours punies plus sévèrement que les hommes (exemple du conte La pauvre manchote).


Lou Lubie nous parle également de la place du racisme, mais aussi de la religion dans les contes. Par exemple Perrault était catholique, ainsi ses personnages incarnent les valeurs catholiques comme l’humilité, la vertu, le pardon. Les frères Grimm étaient protestants, ainsi les personnages sont plus maîtres de leur destin. Elle nous parle également des contes LGBT+. Les contes s’inspirent de la mythologie où les relations queer existent, il semble peu probablement qu’il n’y ait jamais existé de conte LGBT+, mais alors où sont-ils donc passés ? Il nous semble probable qu’ils aient soit été effacés car être queer était reprouvé, voire criminalisé, ou alors ces contes existent, sauf qu’ils ont été modifiés pour en faire des contes hétéronormés. Il en existe pourtant, et Lou Lubie a choisi d’en illustrer un, Le chien et la mer, qui a été très plaisant à découvrir.


Les premiers films Disney et les contes de fées ont aujourd’hui mauvaise réputation (princesses considérées comme passives, baisers non consentis, histoires trop manichéenes, etc), ce qui donne parfois lieu à des réécritures pour qu’ils reflètent ainsi notre société, incorporant des éléments du monde réel pour apporter plus de réalisme. Cela donne ainsi lieu à de nombreux romans, films et séries tv pour plaire à notre société actuelle mais aussi aux adultes (les séries Grimm et Once upon a time, par exemple).


Et à la fin, ils meurent est donc un livre très complet sur le monde des contes, leurs origines, leur évolution à travers l’Histoire et en fonction de la plume de l’auteur, les différentes versions selon les différentes périodes et les mœurs de l’époque, ce qui permet bien d’illustrer l’évolution de la société au fil des époques et des pays. En outre, Lou Lubie nous montre bien que les contes de fées sont bien plus que des naïves histoires pour enfants, ils sont notre patrimoine littéraire, notre héritage culturel, les origines de notre imaginaire.


C’est un ouvrage très complet, instructif, drôle et passionnant que je conseille. Ajoutons à cela que l’auteure termine son ouvrage par un petit bonus très plaisant : un conte qu’elle a elle-même créé lorsqu’elle était plus jeune, ce qui rend la lecture encore plus appréciable !


samedi 28 janvier 2023

Contes des royaumes oubliés (T.2) Le prince cygne - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois deux royaumes amis, que la disparition d'un prince précipita dans une guerre sans merci.

Dix ans plus tard, Siegfried, héritier du trône, écrasé par ses responsabilités et déchiré par la perte de ses proches, fuit la bataille en s'engouffrant dans une forêt dite maudite. Il y rencontre Ode, un jeune homme ensorcelé, cygne le jour, humain la nuit, dont le visage lui semble étrangement familier. Qu'est-il réellement arrivé au prince disparu ? Quel rapport avec ce bal dont Siegfried ne cesse de rêver ?


Alors qu'ils se penchent sur ces mystères, une ombre rôde, tout près. Humain ou monstre, souvenir ou simple cauchemar, derrière tout cygne blanc se trouve un cygne noir...



Après Les Amants de Baker Street, j’étais curieuse de découvrir les autres romans de l’auteure, ce qui m’a amené à ma découverte de ses Contes des royaumes oubliés dans lesquels elle nous propose une revisite de contes célèbres tout en y ajoutant une romance M/M. Bien que mes contes préférés restent La Belle et la Bête ainsi que La Petite Sirène, mon choix s’est porté sur Le Prince Cygne car c’est une histoire qui me plaît (j’avoue, j’ai davantage grandi avec Le Cygne et la Princesse qu’avec le célèbre ballet du Lac des Cygnes) mais aussi parce que la couverture semblait se prêter au Cold Winter Challenge.



Ce ne fut pas le coup de cœur que j’ai eu avec Les Amants de Baker Street, mais Le Prince Cygne reste un roman fort sympathique que j’ai pris plaisir à découvrir. Je dois toutefois avouer avoir davantage accroché à l’enquête qu’à l’histoire d’amour, même s’ils sont adorables nos deux tourtereaux. Chacun a son propre vécu, ses propres blessures, et une personnalité avec ses qualités et ses défauts qui rendent nos personnages profondément humains et attachants. Ode nous semble de prime abord froid et méfiant, ce qui est justifié compte-tenu de son vécu, ce qui ne le rend toutefois pas fragile et il se révèle plus malicieux qu’on le pense. S’il subit sa malédiction, il ne s’apitoie pas sur son sort et fait preuve de beaucoup de persévérance et de courage.



Mais je dois avouer que ma préférence va au prince Siegfried, pas comédien pour deux sous, rêveur, courageux, parfois maladroit. C’est un personnage profondément marqué par le deuil qui a du, tout au long de sa vie, abandonner ses rêves et ses passions pour être le prince et le soldat qu’on attendait de lui qu’il soit. Sous l’influence d’Ode, il va retrouver l’âme de rêveur qui sommeillait en lui, se réapproprier tout ce qu’il aimait, l’art, la danse, la lecture. Il n’en demeure pas moins un prince désintéressé qui grandit tout au long du roman, loyal envers ses sujets et prêt à tout pour leur bonheur, pour rétablir la paix au sein de son royaume, pour que son royaume et ses habitants réapprennent à vivre dans le bonheur et l’insouciance. J’ai beaucoup aimé son parcours et son évolution tout au long du roman, tout comme j’ai aimé sa dynamique avec sa mère, ses sœurs d’adoption Odile et Claude (et comment Claude est un personnage à part entière, présente tout le long du roman bien qu’elle ait trouvé la mort en début de roman) mais aussi avec Rothbart, sorcier et ministre.



J’ai aimé la réappropriation du conte par l’auteure. Si la véritable identité de l’antagoniste, celui qui est à l’origine de la malédiction d’Ode, ne sera pas une surprise pour qui connaît un minimum l’histoire du Lac des Cygnes, l’intrigue n’en demeure pas moins intéressante. Tout commence avec l’histoire de la disparition du prince Ode du royaume de Pyrh, un soir de bal donné au château du royaume voisin d’Ezrhyn. Siegfried, alors âgé d’une dizaine d’années, a assisté à cette disparition sans en garder de souvenirs. La reine de Pyrh accuse le royaume d’Ezrhyn de la disparition de son fils. Peu de temps après, on attente à la vie de Siegfried et le royaume de Pyrh est accusé. Depuis, les deux royaumes se livrent une guerre sans merci, qui dure depuis dix ans, n’accordant une trêve qu’à la période hivernale. C’est au cours de cette guerre que Siegfried, grièvement blessé, découvre des bois mystérieux, coupés du monde, dans lesquels vit toute une troupe… des déserteurs ayant trouvé une meilleure vie au sein de ces bois, et l’ancien prince Ode, condamné à revêtir une forme de cygne le jour et redevenir humain la nuit. Ode et Siegfried font connaissance, mais très vite Siegfried fait le lien entre cet étrange jeune homme et le prince disparu. Pour rétablir la paix et briser la malédiction de son ami, Siegfried décide d’enquêter sur le bal où tout a changé.



J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette enquête et découvrir en même temps que Siegfried les événements du passé, voir les morceaux du puzzle s’assembler lentement mais sûrement pour reformer la nuit où Ode a été maudit puis a disparu. Si l’identité du coupable ne m’a pas surprise, il en était autrement des enjeux autour de la malédiction d’Ode [spoiler] le fait qu’Ode n’était pas un cas isolé même s’il était la « pièce maîtresse » si je peux dire, les raisons qui ont fait que le sorcier l’a ensorcelé et qui suggère de la pédophilie. Ce n’est pas montré, simplement suggéré mais cela suffit à nous faire glacer d’effroi [/spoiler], sans oublier la véritable personnalité de l’antagoniste qui se dévoile… malsain, manipulateur, menteur, dangereux et perfide. Un méchant plus que réussi qui nous fait glacer d’effroi une fois les masques tombés.



Les personnages secondaires et tertiaires ne sont pas en reste, et s’ils sont moins mémorables, ils restent plutôt sympathiques. L’enquête tient toutes ses promesses, la romance reste mignonne et avance à son rythme et de façon crédible, même si certains moments le sont beaucoup moins [spoiler] par exemple, Siegfried à peine sorti d’un coma trouve la force de courir hors de son royaume pour retrouver Ode tout en gardant sa forme, pas crédible pour deux sous ! Ou encore lorsque la reine de Pyhr accepte sans trop se méfier la proposition de paix de celle à qui elle fait la guerre depuis dix ans, même si la proposition de paix était sincère, comment pouvait-elle le savoir ? [/spoiler]. Si la fin reste un peu trop précipitée à mon goût, cela n’enlève rien à l’appréciation positive que j’ai de ce roman qui reste une sympathique découverte. Je continuerai par la suite ma découverte des revisites de cette série.


Un grand calme avait envahi Siegfried, qui continuait d’avancer en tenant le bras d’Odile, sans s’arrêter ni se presser. Il avait vaguement conscience que les gens se regroupaient pour les suivre en procession, mais n’y prêtait pas vraiment attention. Il ne pouvait pas voir le tableau qu’ils représentaient, son amie et lui. Un prince en deuil, marchant dignement au milieu de son peuple, partageant sa peine et continuant pourtant sans faillir un seul instant. 

Il songea à Claude. Qu’aurait-elle dit ou fait si elle avait été là ? Qu’aurait-elle pensé ? Il songea à elle et, pour la première fois depuis qu’il l’avait quittée, il ne vit pas son visage éclaboussé de sang, mais souriant, heureux, décidé, comme il l’avait toujours été. Cette vision s’imprima dans sa mémoire. En un sens, elle marchait aussi à ses côtés.

Il prit une grande inspiration, délivré d’un poids. Rien ne serait comme avant. Mais il avait Odile. Il avait Ode. Il avait la vie devant lui. 

Ils mirent une heure à arriver au temple, suivis d’une foule énorme, dont le silence se propagea à ceux qui attendaient déjà sur le parvis. 

La Reine, qui commençait à s’impatienter, se tut aussi en voyant Siegfried arriver, si calme, si solennel, guidant un peuple entier. Son cœur se serra brusquement. Elle fut surprise de sentir une larme se former au coin de ses yeux. Son fils n’était plus un enfant. Plus un prince. Il était roi, déjà, dans son cœur et celui de ses sujets.