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dimanche 15 février 2026

La maison Ipatiev - John Boyne.


De Saint-Saint-Pétersbourg en 1917 à Londres de nos jours, la trajectoire tumultueuse de deux êtres unis par l'amour, les secrets, et la folie de l'Histoire.

Pour Gueorgui Yachmenev, petit paysan russe, tout débute comme un conte de fées : engagé afin de protéger le tsarévitch Alexeï Romanov, il se retrouve dans le fastueux palais impérial. Le rêve se poursuit lorsqu'il rencontre les quatre soeurs d'Alexeï, les princesses Romanov, parmi lesquelles la belle Anastasia. Mais la révolution va éclater, balayant tout sur son passage...

1981, Londres : Gueorgui veille Zoïa, sa femme, qui est mourante. Ensemble, grâce à un amour infaillible, ils ont supporté l'exil et le poids d'incroyables secrets.

Qu'est-il arrivé en Russie ? Pourquoi Zoïa vit-elle toujours dans la peur ? Quels fantômes du passé la poursuivent encore ?



Je ne me penche pas souvent sur le sujet, mais je suis fascinée par l’histoire de la Russie et des Romanov, en particulier Nicolas II et sa famille et la tragédie dont ils ont été victimes. J’avais déjà ce livre dans mes intentions de lecture depuis un moment, et ma question est : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour découvrir ce roman ?


L’histoire nous est narrée par Gueorgui Yachmenev, jeune paysan russe qui, suite à un concours de circonstance, se retrouve amené à quitter sa campagne et sa famille pour servir la famille impériale à Saint-Pétersbourg, en tant que garde et jeune compagnon du tsarévitch, Alexei, et à accompagner la famille du tsar jusqu’à leur chute pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de sa mission, il va s’attacher à ce tsarévitch à la santé fragile, mais aussi vivre une passion interdite et secrète avec la plus jeune des filles du tsar, la grande duchesse Anastasia.


Aux côtés de Gueorgui, nous découvrons la paysannerie en Russie, puis la vie à la cour impériale, nous entrons dans l’intimité de la famille Romanov, un aspect que j’ai beaucoup aimé. J’ai aimé ce voyage dans le temps dans la Russie du début du XXe siècle, le contraste entre la vie du peuple et des paysans qui ne s’en sortent plus, et le faste de la cour, avec un souverain soucieux de son peuple mais dépassé par les événements, qui voit le pouvoir lui échapper peu à peu des mains alors que la colère du peuple prend des airs de révolution, assister à la mort de Raspoutine, la chute de la dynastie Romanov. J’ai aimé entrer dans l’intimité du tsar et de sa famille, voir l’amour qu’ils se portent et qui ne sera jamais ébranlé face aux épreuves.


C’est un récit qui se divise en plusieurs temporalités. D’un côté, nous avons un Gueorgui âgé, qui vit avec sa femme Zoïa, atteinte d’un cancer en phase terminale, leur vie en Angleterre, puis de l’autre nous retrouvons Gueorgui du temps où il travaillait au service de la famille Romanov. Il y a un aspect intéressant dans le sens où : à l’époque du jeune Gueorgui, le temps avance de façon linéaire, jusqu’à cette nuit tragique où les Romanov ont été assassinés. Mais à l’époque du Gueorgui âgé, nous remontons peu à peu en arrière et découvrons comment il en est venu à vivre en Angleterre, la tragédie qui a secoué sa famille, son travail à la bibliothèque nationale de Londres, puis le temps où lui et sa femme ont vécu en France, avant la Seconde Guerre Mondiale, son mariage avec Zoïa, jusqu’à ce retour à notre époque où Gueorgui et Zoïa passent leurs derniers moments ensemble.


La famille Romanov en 1913

J’ai autant aimé ces passages dans la Russie du début du siècle avec Gueorgui au service des Romanov, à faire connaissance de cette famille, le début de sa relation avec Anastasia, son attachement à la famille Romanov qu’il suivra jusqu’au bout, mais aussi Gueorgui et sa famille à notre époque. J’ai aimé voir comment Gueorgui et Zoïa, ce couple soudé, a affronté tant bien que mal bien des souffrances : la douleur de l’exil, tromperie, deuil, tentative de suicide, perte d’amis… C’est une vie bien rude, agrémentée de quelques rares joies, qui nous est contée dans un contexte historique riche puisqu’ils ont connu la Guerre froide, l’URSS, la chute de Lénine, la Seconde Guerre Mondiale, l’ostracisme des Russes, la montée de l'extrême-droite en Europe, etc. Au gré de toutes ces épreuves, le couple n’en demeure que plus soudé. On vit avec eux, on pleure avec eux, on craint pour eux.


Bien-sûr, l’identité de Zoïa n’est un mystère pour personne, surtout quand on considère que l’un des titres du roman est « Ne m’appelle plus Anastasia », cela ne m’a pas dérangé car, pour moi, le mystère ne résidait pas dans la véritable identité de Zoïa, mais bien quel chemin Gueorgui et Zoïa ont parcouru depuis leur départ de Russie et comment Gueorgui a accompagné les Romanov jusqu’au bout, et comment Anastasia a survécu. Le seul bémol est que je trouve que la romance entre eux a été un peu mal amenée, je m’attendais vraiment à voir le début de leur relation, les voir faire connaissance et les voir tomber amoureux mais nous n’en sommes pas spectateur. Pendant un chapitre, ils font indirectement connaissance, puis quelques chapitres plus tard, le narrateur nous apprend qu’ils se voient en secret. Dommage, j’aurais bien voulu assister au début de leur relation. J’ai aussi trouvé que la partie sur [spoiler] leur fuite hors de Russie ne soit pas survolée mais que l’auteur ait passé un peu plus de temps dessus [/spoiler]


La maison Ipatiev en 1928 (détruite en 1977)

Cela dit, c’est vraiment le seul bémol que je peux trouver à ce roman, car ce fut vraiment pour moi un véritable coup de cœur ! La maison Ipatiev fut une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle.


Ma fille m’avait offert une boule à neige, la base n’en était pas plus grande que ma paume, un socle en plastique blanc surmonté d’un hémisphère de verre. Au centre se dressait une maquette maladroite du palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, sa façade bleu foncé alors qu’elle aurait dû être vert pâle, les statues du toit invisibles, la colonne d’Alexandre manquant sur la place ; malgré tous ses défauts, le bâtiment était reconnaissable au premier coup d’œil. Il aurait été reconnaissable pour quiconque avait vécu ou travaillé sous ses lambris dorés. Je le contemplai en retenant ma respiration, comme si je craignais que mon souffle ne le fasse s’écrouler, et j’étrécis les yeux pour examiner les petites fentes blanches qui représentaient les fenêtres des trois étages.

Et les souvenirs revinrent en foule.

Je voyais le tsarévitch, Alexeï, s’élancer à travers la cour, courir d’une colonnade à l’autre, pourchassé par un membre de la Leib-Garde, terrifié à l’idée que l’enfant pourrait tomber et se blesser.

Je me représentais son père dans son bureau du premier étage, en grande discussion avec ses généraux et son Premier ministre, sa barbe parsemée de poils gris, ses yeux injectés de sang qui trahissaient leur angoisse face aux nouvelles décourageantes du front.

Au-dessus d’eux, j’imaginais la tsarine agenouillée sur son prie-Dieu, le starets debout derrière elle, marmonnant tout bas d’obscures incantations tandis qu’elle restait prostrée devant lui, non comme une impératrice, mais comme la femme d’un simple moujik.

Puis, à la porte d’une des cours intérieures, un jeune homme, un paysan de Kachine, allumait une cigarette dans l’air froid, refusait la compagnie d’un autre garde car il voulait être seul avec ses pensées, afin de se demander comment étouffer l’amour immense qu’il éprouvait pour une femme tellement hors de sa portée, une liaison condamnée à l’échec.

Je secouai le globe et les flocons qui reposaient sur la base montèrent dans l’eau, flottèrent doucement vers le toit du palais avant de descendre lentement, et les personnages peuplant ma mémoire surgirent de leurs cachettes pour regarder le ciel, les mains tendues, se souriant les uns aux autres, à nouveau réunis en un moment qu’ils auraient voulu ne jamais voir finir.

jeudi 13 mars 2025

Un jardin de mensonges - Susan Fletcher.


Certains fantômes hantent les demeures, d'autres les cœurs...

Londres, 1914. Atteinte de la maladie des os de verre, Clara vit recluse depuis toujours, choyée par une mère qui lui raconte le monde. À sa mort, la jeune femme prend son destin en main et s'initie clandestinement à la botanique.

Elle est bientôt engagée par Mr Fox pour créer sur son domaine une serre de plantes exotiques. Mais, à peine arrivée à Shadowbrook, elle ressent un étrange malaise. Le mystérieux maître des lieux brille par son absence, la gouvernante est terrifiée, et une présence semble hanter les couloirs de la demeure, où les fleurs fanent en quelques heures...

Avec son étrange héroïne à la peau diaphane, Un jardin de mensonges est un brillant hommage aux grands romans gothiques. C'est aussi le récit de l'émancipation d'une femme qui tente de reprendre possession de sa vie et de son corps, servi par une plume aussi vénéneuse que sensuelle...


Je sors de cette lecture mitigée.


Ce roman me présentait des éléments prometteurs : une héroïne infirme (chose rare dans la fiction), qui s’intéresse à la botanique, une ambiance gothique avec un manoir ancien et hanté, des mensonges et des secrets, un fantôme tourmenté, le contexte historique qui est celui de la belle époque, à l’aube de la Première Guerre Mondiale. Tout était là pour me plaire et je me suis plongée avec enthousiasme dans ce roman.


J’ai beaucoup aimé le début, avec un premier chapitre assez long qui nous présente Clara, sa mère, son beau-père, sa maladie. Comment, à défaut de sortir, elle a découvert le monde à travers des cartes et des ouvrages. Puis, son émancipation suite à la mort de sa mère, comment elle décroche son travail pour s’occuper de la serre de Mr Fox, la découverte du manoir et des employés, les absences fréquentes et mystérieuses de Mr Fox, puis les histoires autour des anciens propriétaires du manoir.


Clara est une protagoniste qui ne laisse pas indifférente. Elle a la maladie des os de verre. De ce fait, tout pour elle représente un danger. Rien qu’une légère bousculade peut lui briser les os. Elle a longtemps vécu enfermée dans la maison familiale, auprès d’une famille aimante, et qui a eu comme compagnons les livres qui lui ont parlé de ce monde extérieur inaccessible. C’est une jeune femme qui a du se forger une carapace et qui cherche à s’émanciper, à vivre sa vie comme elle l’entend, sans être limitée ou définie par sa maladie. Elle est déterminée, cultivée et elle a son franc-parler.


Le hic ? Clara n’est pas une héroïne attachante. Elle m’a semblé bien antipathique pendant une bonne partie du roman. Elle est TROP curieuse d’une part, une curiosité qui frise souvent le côté mal élevé, avec des questions déplacées, ce qui m’a pas mal dérangé, et j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi elle se projette tellement dans les problèmes du manoir où elle travaille et ce depuis les premiers jours.


Bien-sûr, il faut bien que l’histoire progresse et celle-ci nous présente un mystère, mais je trouve un peu ridicule la curiosité mal placée et l’entêtement de l’héroïne qui trouve offensant que son employeur soit souvent absent du manoir et qu’il ait mis du temps pour l’accueillir enfin, rien que pour citer un exemple.


Clara est aussi paradoxale. Elle souhaite se débrouiller seule et être vue au-delà de son handicap, mais c’est souvent elle qui met sur la table sa maladie et elle se permet d’être franchement antipathique avec des personnages qui ne le méritent pas et qui sont, pour la plupart, agréables avec elle, malgré son côté mêle-tout et abrupte.


Pour parler de l’autre élément à m’avoir chagriné, c’est l’intrigue en elle-même. En vérité, je ne saurais dire si je dois applaudir un tel plot twist ou ne pas apprécier le fait qu’on m’a mené en bateau. Encore que je peux excuser le fait que [spoiler] il n’y ait pas un fantôme et que c’est un mensonge taillé de toute pièce, après tout, le roman ne s’intitule pas « Le jardin des mensonges » pour rien ; non, c’est la raison de l’existence de ce mensonge qui me paraît franchement tiré par les cheveux. Un mensonge qui terrorise les villageois et les employés du manoir… tout ça pour que Machin attire chez lui son fils qui est en froid avec lui et la fille qu’il n’a jamais connu, inutile d’ailleurs de vous dire QUI est la fille en question [/spoiler]


L’intrigue reste malgré tout bien menée et nous propose une réflexion intéressante sur le poids de la rumeur et des mensonges qui peuvent se révéler incontrôlables et que certains parviennent à manipuler à leur avantage, ce qui m’a un peu rappelé L’île aux mensonges, de Frances Hardinge. L’écriture de l’auteure est également fluide, il y a des messages forts qui dégagent du texte.


Malheureusement, il y a des longueurs et je n’ai pas été conquise par le dénouement que j’ai trouvé tiré par les cheveux, ni par son héroïne qui – bien que non détestable – est franchement antipathique la plupart du temps. J’ai aussi trouvé la fin un peu trop rapide et elle m’a laissé un peu en suspens. Les personnages secondaires auraient également mérité d'être plus approfondis de mon point de vue (surtout le père Matthew). Je ne dirai pas avoir été déçue de cette lecture car le roman a de très bons aspects, malheureusement les points noirs ont fait que je ressors assez mitigée. Dommage… 


Et vous avez dit « infirme » mais, mademoiselle, n’y a-t-il pas des plantes qu’il faut relever par du bambou ? Elles n’en sont pas moins ravissantes. Alors, je vous en prie, n’écoutez pas les racontars de ceux qui n’ont pas de cervelle.

mercredi 21 août 2024

Les tribulations de Lady Eleanor Grant (T.1) La première reine - Julie James.

1910. Après des années d'un mariage désastreux, Lady Eleanor Grant est enfin libre de mener sa vie comme elle l'entend. Grande amatrice d'égyptologie, elle décide de se rendre dans ce pays qu'elle a si souvent fantasmé, l'Egypte. Là-bas, elle va faire la connaissance de Karl Schaffenberg, un éminent professeur allemand. 

A eux deux, ils décryptent de vieux parchemins, trouvés dans la tombe d'un Grand Prêtre, qui leur révèlent une fantastique découverte : une nouvelle reine égyptienne, Nitetis, inconnue jusqu'alors, vient complètement bouleverser l'ordre dynastique. Lors de cette enquête, Eleanor est amenée à recroiser la route du brillant gallois, Warren Crowley.

Intrigué, ce dernier se laisse entraîner par cette étrange aventure, et se révèle être un précieux allié, pour suivre les traces de cette reine oubliée. Mais pourquoi n'a-t-on jamais entendu parler de cette Nitetis ? Qu'a-t-elle donc fait pour subir la Damnatio Memoriae ? Parfois, certains secrets bien gardés devraient le rester.


Ce roman se présente comme un petit (façon de parler) concentré d’action, d’égyptologie, de romance et de mystère, ce qui en fait une lecture plutôt sympathique pour l’été.


Avec son intrigue et son rythme, le roman n’est pas sans rappeler les films La Momie et Indiana Jones dont il se présente comme un mélange intéressant entre ces deux œuvres intemporelles. Le roman est dynamique. Il y a beaucoup d’actions, de dangers, et de péripéties, si bien qu’on ne s’ennuie pas et que le rythme n’est jamais lent. Malgré tout, j’ai fini par trouver ce roman long, surtout vers la fin où les actions et péripéties s’enchaînaient encore, malgré le fait que le plus gros de l’intrigue soit passée. Après l’affaire autour de la momie résolue, je m’attendais à un temps de pause, une retombée plus calme pour que l’intrigue se termine en douceur, mais les ennuis ont continué à poursuivre nos protagonistes… peut-être un peu trop à mon goût car je n’en voyais pas la fin. J’ai fini par avoir cette impression qu’il se passait beaucoup trop de choses, alors que le roman aurait peut-être bénéficié d’un peu plus de temps morts.


Pour continuer un peu sur les éléments à m’avoir chagriné, j’ai trouvé quelques fautes dans le texte et notamment une phrase qui semblait manquer dans un chapitre (je ne sais plus lequel) car il y avait une phrase qui n’avait aucun sens. J’ai également trouvé l’héroïne un peu Mary Sue-ish dans le sens où elle ne semble avoir aucun défaut, ou alors ses défauts ne sont pas présentés comme tel. Toutefois, elle reste une héroïne plaisante à suivre, et très débrouillarde, qui a été élevée en dehors des règles de bienséance de l'époque : elle sait aussi bien tirer qu'un homme (sa mère faisant partie d'une famille d'armuriers) et elle a été formée aux affaires. Puis sa passion et son enthousiasme pour l'Egypte antique sont amusants et compréhensifs.



J’ai aussi trouvé quelques passages assez discutables ou que j’ai moyennement apprécié, comme le méchant qui est méchant parce qu’il est misogyne, ou encore…


[SPOILER] Le roman a une vision très coloniale de l'égyptologie. Un personnage accuse l'héroïne de vouloir s'approprier les trésors de son pays mais l'héroïne se dit que c’est plutôt heureux que les Européens étaient là pour mettre au jour les trésors antiques, parce que les Égyptiens ne s'y intéressent pas et de toute façon il n'y a pas beaucoup d'égyptologues égyptiens. Et puis, si les Européens ne s’y étaient pas intéressés, une bonne partie de l’histoire antique égyptienne serait encore sous le sable à ce jour et les Européens, même s'il y a de méchants pilleurs, ont fait les fouilles par passion et montrer aux Égyptiens combien leur passé est fascinant à leurs yeux.


Je ne pense pas que ce soit l’opinion personnelle de l’auteure, et je veux bien placer ça dans son contexte historique car de nombreux Européens pensaient ainsi à l’époque, et pour le coup c’est réaliste. Je pense que, dans un roman se situant à notre époque moderne, ce discours aurait beaucoup moins passé. Je peux donc excuser cela en replaçant dans son contexte, mais il n’empêche que j’avais tiqué à ce passage. [/SPOILER]


Pour continuer sur des points plus positifs, j’ai énormément apprécié les illustrations qui accompagnent le récit, c’était une petite touche très agréable, d’autant que les illustrations sont superbes ! J’ai également beaucoup aimé notre trio de personnage, entre notre passionnée Eleanor, l’érudit Karl Schaffenberg qui est tout aussi passionné qu’Eleanor et l’un des rares hommes à la considérer comme son égale (ils ont d’ailleurs une relation très douce, basée sur le respect et l’affection mutuelle qu’ils se portent), et ce séducteur invétéré de Warren Crowley, qui aurait pu facilement tomber dans le cliché du dom Juan beau parleur et sans scrupule mais l’auteure a su lui insuffler assez d’âme et de mystère pour qu’il ne soit pas entièrement stéréotypé et qu’il soit un brin attachant, et ses échanges avec Eleanor sont savoureux, mine de rien.


J’ai beaucoup aimé que le roman ne saute pas directement dans le vif du sujet mais prenne le temps de s’installer, sans que ce soit long ou monotone. L’auteure prend le temps de nous présenter son héroïne, le début de son mariage désastreux et comment elle a réussi à s’émanciper et à s’intéresser à l’égyptologie, puis ses premiers contacts avec Crowley. J’ai beaucoup aimé cette initiative, même si je dois avouer que j’attendais avec impatience toute la partie qui se déroule en Égypte : le voyage en Égypte, le long du Nil, puis le début des fouilles, la découverte du tombeau puis de la momie. J’ai aussi aimé découvrir en parallèle l’histoire de Nitetis, princesse puis reine d’Égypte, et ce qu’il s'est passé pour qu'elle soit condamnée à être oubliée et effacée de l'Histoire, et comment elle se présente comme une figure tragique dont le vécu ne peut que nous émouvoir et nous révolter. J’ai aimé ce mélange entre histoire et fantastique, ce qui n’était pas sans rappeler La Momie, un film que j’aime énormément.


Bon, avouons-le, c’est bourré de clichés sur l’Égypte antique [spoiler] les pièges dans le tombeau, la momie vengeresse, des tierces personnes voulant empêcher nos héros de mener leur fouille à bien et cela pour leur propre profit [/spoiler], mais comme je suis friande de ces clichés, je laisse passer, d’autant que je me suis vraiment laissée bercer par les descriptions précises et imagées qui m’ont fait voyager en Égypte et qui m’ont donné l’impression de fouler le sable du désert et remonter le Nil en bateau.


Malgré les aspects négatifs que j’ai pu relever, c’est un bon roman dans son ensemble. C’est très féministe, rythmé, avec une écriture fluide et agréable et une intrigue qui tient la route. Le récit est plutôt bien dosé : si la romance est bien présente, elle ne met pas l'intrigue au second plan et fait la part belle à l'aventure. 


En bref une lecture qui ne sera pas un coup de cœur mais dont je lirai peut être la suite, d’autant que l’intrigue se déroule en grande partie sur le Titanic (je suis si faible…) 


Eleanor eut le souffle coupé devant la magnificence de ce qu'elle avait devant les yeux. D'immenses colonnes, certaines entières, d'autres fauchées par le temps, se dressaient devant eux, formant une allée qui les invitait à venir explorer plus avant les lieux. Au pied des colonnes, l'on pouvait voir des statues de béliers qui paraissaient presque ridiculement petites. De hauts murs, un peu plus loin, laissaient voir que Karnak recelait encore d'autres trésors antiques. Ça et là, des palmiers amenaient un peu de verdure et de couleur. Sur la droite se trouvait ce qui restait du temple de Séthi II.

(...) Oublieuse de tout, Eleanor s'approcha du socle d'une statue de bélier, et le toucha avec révérence. En fermant les yeux, elle pouvait presque ressentir la foi que portait cet endroit il y a si longtemps, voir les couleurs qui ornaient les colonnes, les murs, entendre les chants et la musique s'élever dans le ciel d'un bleu pur.

(...) Eleanor avait presque les larmes aux yeux. Les descriptions qu'elle en avait lues, les gravures et photographies qu'elle avait vues, tout cela ne valaient rien face à la réalité, et l'ambiance qu'elle pouvait presque palper ici.

lundi 4 avril 2022

La Momie - Anne Rice.


Le pharaon Ramsès ressuscité dans l'Angleterre de 1914, voilà la folle histoire que nous propose Anne Rice ! 

L'absorption d'un élixir l'ayant rendu immortel, Ramsès - rebaptisé Docteur Ramsey pour plus de discrétion - découvre le monde moderne. 

Mais le souvenir de la belle Cléopâtre le hante. Revenue à la vie à son tour, celle-ci va se révéler bien plus dangereuse que ne le dit la légende...



C’est étrange, la première fois que j’ai emporté ce livre à la bibliothèque. Je n’avais plus lu d’Anne Rice depuis des années, et c’était ma première lecture depuis l’annonce de sa mort en décembre 2021, qui nous a causé choc et tristesse. Me replonger dans son écriture a finalement été plus facile que je ne le pensais, et je me suis laissée bercer par ses mots.


Je regrette que ce roman m’ait finalement laissé un avis plus que mitigé.


Nous sommes en 1914, et Lawrence Startford, éminent archéologue anglais, fait la découverte du siècle. Un étrange tombeau dans une pièce au style gréco-romain et dont l’occupant momifié n’est d’autre que Ramsès II. Impossible, puisque la momie de ce célèbre pharaon a déjà été découverte il y a près de deux siècles. Pourtant, les écrits qui s’y trouvent semblent prouver le contraire et révèlent une bien étrange histoire. Ramsès le Grand est un immortel, qui a planifié sa mort et voyagé à travers les siècles et les contrées, avant de plonger dans un éternel sommeil… du moins, jusqu’à ce qu’il ne soit réveillé bien plus tard par une jeune reine d’Égypte demandant son aide et ses conseils, Cléopâtre.


Si j'étais sceptique quant à l'idée de départ, il faut avouer qu'elle présente une sacrée originalité ! Faire de Ramsès un immortel qui a non seulement joué un rôle auprès d'une autre figure historique toute aussi célèbre que lui et qui se retrouve dans le monde moderne, non pas en tant que momie meurtrière laissant des cadavres sur son chemin, mais en tant qu'homme de raison déstabilisé mais fasciné par ce nouveau monde, ce qui nous présente un choc des cultures déstabilisant pour Ramsès, mais ô combien intéressant pour les lecteurs, entre Antiquité égyptienne et modernité occidentale.


J'ai beaucoup aimé voir la première partie du roman avec le réveil de Ramsès et le voir découvrir l'Angleterre de 1914, ainsi que toutes les avancées sociales, culturelles, scientifiques et technologiques, être submergé par la surprise et l'émerveillement... j'en viens à regretter qu'il soit semblable à un surhomme, capable d'assimiler toutes ces nouvelles connaissances à une vitesse folle et être capable de maîtriser l'Anglais et son environnement assez facilement. Toutefois, c'est un personnage charismatique et plein d'assurance que l'on découvre pendant une bonne partie du roman. Tout doué qu'il est, il n'échappe pas aux suspicions de l'entourage de Julie Startford, la fille de l'archéologue qui a découvert Ramsès, qui vont essayer de percer les secrets de son identité mais aussi de son élixir d'immortalité. J'ai trouvé intéressant les réflexions de Ramsès quant à l'époque dans laquelle il se trouve, et le semblant de mystère autour de la mort de l'un des personnages de l'expédition archéologique, notamment l'identité du coupable et ses prochains agissements. 



Couvertures proposées par Pocket à travers les années



La seconde partie du roman, celle où Ramsès et Julie voyagent en Egypte pour permettre à l'ancien pharaon de faire ses adieux à son passé, est un peu plus longue... du moins, jusqu'à ce que Ramsès ne découvre inopinément la momie de Cléopâtre et ne décide, sur un coup de tête inconséquent, de la ramener à la vie. Cependant, sa momie n'est pas complète et cette résurrection ne se passe pas comme prévu, et c'est là où ça coince.


Je peux accepter l'idée de Cléopâtre réveillée contre son grès, dont le réveil se passe mal car elle est une momie incomplète. De ce fait, son apparence présente de nombreux défaut et elle a perdu de très nombreux souvenirs de sa vie passée. Déboussolée, rejetée par Ramsès dans un premier temps, elle ne s'y retrouve pas dans ce monde qui n'est pas le sien et se présente plus comme créature meurtrière, pourtant vulnérable dont on ne peut prédire les réactions. Je n'ai toutefois pas du tout adhéré au fait de voir Cléopâtre sauter sur tout ce qui bouge (ou sauter tout ce qui bouge, mais que des hommes hein, forcément…) et la voir comme une femme fatale qu'aucun homme ne peut résister et qui [spoiler] tombe sous le charme de l'insipide Alex, (le fiancé de Julie, comme c'est pratique tiens !) [/spoiler]


J'ai également été déçue par le personnage de Julie qui était prometteur. Fille unique, elle se retrouve comme seule héritière de l'empire de son père, et s'est donnée pour tâche de faire découvrir son monde à Ramsès et de l'aider, tout en évitant ce mariage dans lequel on la presse et les manigances de son entourage pour avoir la main mise sur l'entreprise familiale. C'est au départ une femme forte cherchant à s'émanciper, ne pas se laisser dicter sa conduite et vivre comme elle l'entend. Elle perd de sa saveur en tombant amoureuse de Ramsès et en devant une amante malheureuse sans son Ramsès, prête à se donner la mort s'il la quitte car elle ne peut vivre sans lui, et qu'elle passe son temps à pleurer et se languir.


La plupart des personnages n'est pas inintéressante mais ne m'a pas laissé forte impression, en particulier l'entourage masculin de Julie, outre Samir (Samir parfait, Samir pas besoin de changer) qui cherche à avoir main prise sur l'entreprise des Startford et à marier Julie au poulain de leur choix pour les avantages que cela leur apporterait.


Cependant, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écriture d'Anne Rice qui maîtrise sa plume à la perfection (à part ses scènes hot risibles tant au niveau du dialogue que des descriptions), et qui parvient à nous faire voyager en Angleterre aussi bien qu'au Caire, mais au final je suis ressortie très mitigée de cette lecture, presque déçue. Peut-être en attendais-je un peu trop, ou que je m'attendais tout simplement à autre chose. Je reste davantage charmée par ses vampires que par sa momie. Peut-être que j'aime tout simplement mes momies comme assoiffées de sang que comme des âmes torturées... Dommage ! Peut-être me laisserais-je convaincre un jour par ses loups-garous... 


- Ce que vous voulez nous faire comprendre, dit Elliott, c'est que nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les anciens Egyptiens.

(...) - Non, ce n'est pas ce que je veux dire, dit Ramsès d'un air pensif. Vous êtes meilleurs. D'un millier de façons. Mais vous êtes toujours humains. Vous n'avez pas encore trouvé toutes les réponses. L'électricité, le téléphone, ce sont là des objets magiques. Mais les pauvres meurent de faim. Les hommes tuent pour avoir ce que leur refuse leur propre travail. Comment partager la magie, les richesses, les secrets, voilà bien le problème.

mardi 10 août 2010

Sherlock Holmes and the Titanic tragedy - William Seil.



The world of Sherlock Holmes and the great Titanic are closely linked in this exciting Sherlock Holmes adventure by William Seil, a life-long devotee of the great detective. In 1912, Holmes and Watson board the Titanic en route to America, where Holmes is to carry out a top secret government mission.

Disguised as a Naval Commodore, Holmes is given the added task of looking after Christine Norton, a young and attractive secret agent, as she transports highly important submarine plans to the US navy. Soon after departure, tragedy strikes and the plans are stolen and concealed somewhere on board the huge luxury liner. The list of suspects is narrowed down to a most curious collection of passengers including a beautiful widow with an undiguised interest in Dr Watson. Most notable of them all is Colonel James Moriarty, brother of the legendary late Professor Moriarty.

As the investigation continues and the plot thickens the Titanic moves swiftly across the Atlantic towards New York. But out in the distance there is a place where the sky is dark and the water is bitterly cold. A gigantic iceberg waits, ready to take on and master mankind's latest challenge to the power of nature.


L'histoire commence avec Mycroft Holmes qui décide de tirer son frère, Sherlock, de sa retraite et de ses abeilles, et le docteur Watson de ses patients afin de leur confier une mission de la part du Premier Lord de l'Amirauté, un certain sir Winston Churchill qui est : veiller à la bonne arrivée des plans en toute sécurité en Amérique pour le ministère de la marine, des plans ultra-secrets du dernier modèle sous-marin britannique portés par miss Christine Norton, fille d'Irène Adler/Norton qui voyagera et transportera ces plans sur le R.M.S Titanic, dernier paquebot conçu par la White Star Line qui partira de Southampton pour arriver à New York. Le voyage se déroule dans le calme et la quiétude jusqu'au vol des plans, l'assassinat de deux personnes et un couple d'allemands qui reçoivent des menaces et si tout finira par rentrer dans l'ordre à la dernière minute, un 'petit' imprévu va bouleverser à tout jamais le voyage du Titanic, géant des mers et des océans...

Mon avis est positif dans l'ensemble. Bien-sûr, j'ai noté quelques trucs négatifs par-ci par-là, mais dans l'ensemble, c'était plutôt bon. Même si bon, utiliser les noms Titanic, Moriarty, fille de Irene Adler, Sherlock Holmes... c'était aussi pour attirer du public... moi y compris, je suis une faible fan que voulez-vous. Le sujet donnait envie, l'idée que Sherlock Holmes ait pu embarquer dans ce célèbre paquebot au destin tragique, et que je rêvais de lire une telle aventure.

J'ai trouvé les descriptions du Titanic précises et fidèles, l'ambiance de la traversée aussi, j'ai retrouvé des personnages que la vie réelle a connu : le capitaine Smith, Bruce Ismay, Sir Andrew, l'écrivain Frutelle aussi. J'avoue que j'attendais surtout le naufrage, je voulais voir comment l'auteur allait nous le présenter, ainsi que la collision fatale avec l'iceberg, comment allait-il nous décrire le Titanic sombrant lentement dans l'océan atlantique, la tension et la peur des passagers, la course affolante pour sauver sa propre vie, cette ambiance tendue alors que le paquebot coulait. Comme j'ai été déçue, si la traversée traîne un peu en longueur (il suffit de voir les titres des chapitres : The early morning of..., the late morning of..., the evening of... plus la date. On va du 9 au 15 avril. Puis on fait un bond jusqu'au 21).

J'ai été déçue, je m'attendais à mieux pour la description du naufrage, tout s'est passé si vite, c'était presque si insignifiant que s'il n'y avait pas avec précision les descriptions du R.M.S Titanic, on aurait cru que Holmes et Watson se seraient retrouvés sur n'importe quel paquebot qui était en train de faire naufrage (et ça ne manquait pas les paquebots à l'époque). C'est un peu comme Miss Norton, fille d'Irène Adler/Norton et du colonel James Moriarty, ils n'ont pas fait grand chose, ils ne me rappelaient pas les professeurs Moriarty et de Irène Adler, d'une façon ou d'une autre, si ce n'est les noms. A mes yeux, ils auraient pû être n'importe quelle personne avec un nom différent que ça n'aurait rien changé, qu'il n'y aurait eu aucune différence. Je n'ai rien contre Miss Norton, elle était plutôt sympathique, même si je trouve qu'elle n'a pas fait grand chose. Une autre personne, même un homme, au nom inconnu aurait pu faire son travail qu'il n'y aurait eu aucun changement, c'était juste une occasion pour l'auteur de glisser le nom d'Irène dans le roman, encore heureux qu'il n'ait pas laissé entendre une romance entre elle et Holmes parce qu'elle est la fille de LA Femme (je ne vois pas comment, elle a entre 20 et 30 ans et Holmes est un vieillard). Je n'ai pas vu, aussi, l'intérêt de Miss Holly Storm-Fleming qui collait un peu trop Watson à mon goût, mais Watson n'a pas montré d'intérêt romantique (Ouf !), plutôt du style 'no sex, please, we are british !', par contre, j'ai bien aimé le neveu de la dame qui s'est montré en vrai fan des aventures de Holmes et qui voulait une dédicasse de Watson sur son exemplaire du Chien des Baskerville, en lui demandant s'il croyait que Holmes voudrait de lui en tant qu'irrégulier.

Sinon... Holmes est déguisé en Commodore, mais pour un commodore, il passe bien beaucoup trop de temps avec Watson, mais ça m'a fait plaisir de les voir ensemble, surtout qu'on voit bien l'ampleur de leur amitié, combien ils sont attachés à l'autre, surtout Watson, lors du naufrage, [ qui voulait rejoindre Holmes, parti combattre Moriarty tout seul après avoir laissé une lettre d'adieu à Watson (petit parallèle à Le Dernier Problème, et un autre pour La Maison Vide lorsque Watson retrouve Holmes sain et sauf, le croyant mort dans le naufrage. Et Holmes qui ne trouve rien de mieux à dire 'Greetings, Watson !' alors que Watson le croyait noyé !) ]

J'ai été surprise de voir un Watson comme je les aime : pas idiot, pas un faire-valoir de Holmes, qui se montre utile, qui enquête aussi de son côté. Un bon Watson en fait. Un bon Holmes aussi, même s'il n'enquête pas assez à mon goût (ou est-ce du au fait que c'est Watson qui est sur le devant de la scène ?) et qu'il [ a été découvert à travers son déguisement deux fois. Pas professionnel du tout, Sherlock ! C'est l'âge qui vous fait ça ? ]
En gros, malgré quelques points négatifs à droite à gauche, c'était plutôt bon, et c'était agréable de voir Holmes mais surtout Watson sur le devant de la scène. J'ai eu (un peu) peur pour rien, ou presque rien. J'espère avoir compris au moins 70 % de l'histoire, comme il n'existe pas de version française, mais je n'ai pas eu trop de difficultés à lire.

Mycroft started, then peered into the distance as if lost in thought.
'It is a dangerous world, Watson. A very dangerous world. But my brother has encoutered danger many times in th past. I am confident that he'll make it though this ordeal. Meanwhile, you have a train to catch. I will not detain you any longer. Tell Sherlock that I will dine with him at the Diogenes Club when he returns.'
We shook hands and I walked quickly into the station (...)

2. The Morning of Wednesday 10 April 1912.

mardi 13 avril 2010

De Gaulle (T.1) L'appel du destin - Max Gallo.

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 Quatrième de couverture :
Sorti de l'ombre de la défaite, il est devenu le symbole de la Résistance et de la Libération. Il a si fort incarné "une certaine idée de la France" que, trente ans après sa mort, son souvenir plane toujours comme une nostalgie, un regret, un espoir.

De l'adolescent, qui en 1905 veut être officier et rêve de sauver son pays, au général de brigade qui, à Londres, le 18 Juin 1940, "seul et démuni de tout, comme un homme au bord d'un océan qu'il prétendrait franchir à la nage", s'assied face au micro et lance son appel, il y a le sillon d'une volonté droite qui ne transige jamais. Il y a la certitude de porter en soi un destin. Il y a le courage d'affronter la mort - comme à Verdun en 1916 -, d'accepter la solitude - comme dans les années trente, face à des chefs conformistes -, de vivre la souffrance - celle d'un père qui berce sa fille handicapée. De 1890 à 1940, il y a le surgissement d'un homme qui va incarner, pour la France, le XXe siècle.

Au-delà de l'histoire, au-delà du roman, découvrir la vérité de cet homme, c'est s'interroger sur le sens de l'histoire de notre nation. De Gaulle disait : "La France ne peut être la France sans la grandeur." Illusion magnifique ? Vérité profonde ? Sa vie répond. Mais la question demeure. Voilà pourquoi le destin de De Gaulle concerne, encore aujourd'hui, chacun d'entre nous.







Mon avis :



J'avais déjà parlé des romans historiques de Max Gallo dans ma critique du tome 2 de la série De Gaulle, voici maintenant le tome 1. Nous suivons ici De Gaulle de sa naissance en 1890 jusqu'en 1940 et ce fut très intéressant ! Je trouve que dans la vie des personnages historiques, l'un des aspects les plus intéressants est le début, l'enfance et si possible l'adolescence, avant la célébrité en fait, pour découvrir la personne avant la célébrité, le contexte dans lequel elle a grandi et évolué, cela peut nous permettre de découvrir des moments inattendus, ou touchants, parfois amusants.


Considérant le Général, nous savons que peu de choses avant les éléments de la Seconde Guerre et ce tome est un bon moyen de s'instruire ! Nous découvrons De Gaulle lorsqu'il était encore que Charles, son enfance et adolescence, ses actions durant la première guerre mondiale, ce qu'il a fait de 1918 à 1939, et sa famille en général, j'ai appris des choses, comme par exemple que De Gaulle et son père étaient des passionnés d'histoire, ou que la grand mère paternelle du général était écrivain, que sa famille du côté maternel vivait à Lille (j'ai retenu ce détail puisque je vis dans le Nord Pas-de-Calais)

Avec Max Gallo, on entre rapidement et facilement dans la psychologie du "personnage" et là, et lorsqu'il s'agit de De Gaulle, on atteint des sommets de grandeur qui se font rares aujourd'hui, le style de l'auteur donne envie de continuer l'histoire, d'avancer au fil des tomes, j'aime assez bien sa plume et il choisit des destins exceptionnels à relater : César, Napoléon, Louis XIV, De Gaulle... abordant aussi bien la vie privée que publique. Ici, il nous montre De Gaulle et sa famille, De Gaulle en tant qu'homme, fils, soldat, politique. Il nous livre une approche assez juste du personnage, c'est ainsi que je vois le général. Et, après la lecture de ces tomes, je pense qu'il serait intéressant de lire les Mémoires de Guerre et les Mémoires d'Espoir rédigés par le général lui-même, d'autant plus que cette fois-ci, il s'agit d'un caractère autobiographique.

On lit beaucoup de choses sur lui, on croit tout savoir et pourtant, à travers ce roman, on redécouvre des choses nouvelles, on redécouvre le désastre que fut la Première Guerre Mondiale où il fit ses premiers faits d'armes, son supérieur hiérarchique durant cette période n'étant qu'un certain Maréchal... Pétain ! ou encore le chaos de 1939. On découvre un jeune De Gaulle, et malgré ses défauts, je me dis que c'est fou de voir aussi autant de qualités chez un même homme qui aura vraiment marqué son pays et c'est aussi incroyable de voir tout ce patriotisme, cet amour qu'il éprouvait pour la France, un amour sans borne. Il a tant traversé pour son pays au cours de la Grande Guerre qu'il a découvert ce que c'était que d'appartenir à la France, et combien il fallait la défendre coûte que coûte et préserver ce qui la définit, que ce soit sa culture ou ses frontières. Il a forgé un lien indicible avec elle, a versé du sang pour elle, et il refuse que ce soit en vain, alors il l'aime tout entière et ne veut surtout aucun changement, et ce à n'importe quel prix.

En même temps, ce livre ne peut pas plaire à tout le monde, je pense à ceux qui ne s'intéressent pas plus que ça à l'Histoire ou à De Gaulle, enfin, je dois dire pour moi que j'ai été influencée par la famille... mais je ne le regrette pas, il est des personnages historiques, de notre pays ou pas, qui fascinent et qu'on ne peut s'empêcher d'admirer, de respecter et Charles de Gaulle est un bon exemple. Surtout pour moi. Et c'est dans des moments comme ça que je regrette de ne pas en avoir parlé à mes grands-parents...


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Extrait :
Henri [le père] répète aussi :
"Il est faux de déclarer que l'Histoire est un éternel recommencement. Il est vrai que les mêmes causes produisent les effets, mais l'Histoire ne repasse jamais sur le même chemin."
Et il en sera de même pour ce fils, Charles André Joseph Marie de Gaulle, qui vient de naître.
' A lui de tracer sa route. A lui d'inventer sa vie sous le regard et dans la main de Dieu. A nous, sa famille, de lui transmettre notre seul héitage : notre mémoire, nos vertus, notre foi enracinées dans l'histoire de notre patrie.'
Première partie. 1.